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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 16:17

Morale et Cataclysme Naturel

(Peri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse) 1981

Cours 3

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_3

Durée : 45,0 minutes - Face B - 150 02

 

…/…

 

Les Hébreux ont eu peur parce qu’ils réagissent en monothéistes.

Tout se passe comme si le peuple s’est enfui de l’Egypte, Moïse est là et on va profiter du temps astrologique et de l’heure précise de la sortie du temps égyptien, et on va en profiter suite à la panique de la mort des premiers-nés qui les a paralysé pour sortir.

Trois jours après, Pharaon apprenant qu’ils se sont enfuis et qu’ils ne reviennent pas comme prévu après avoir rendu un culte à leur Dieu, prend conscience d’avoir laissé partir Israël qui lui appartenait encore. Parce que Pharaon avait rempli sa part du contrat des 10 plaies : laisser sortir le peuple Israël ou recevoir les dix plaies. Or, l’Egypte avait été frappée des dix plaies jusqu’à la dernière !  Par conséquent, Israël appartenait toujours à l’Egypte.

C'est-à-dire qu’Israël savait qu’il n’avait aucun droit à s’enfuir puisque l’Egypte avait payé le prix. C’est pourquoi Israël prend peur.  

 

De quel mérite de la foi s’agit-il ? Il s’agit précisément d’une foi au-delà du mérite, sachant qu’ils n’avaient aucun droit, de croire que c’est possible. Dieu leur répond qu’ils n’ont qu’une seule chose à faire, puisque même prier est hors de question puisqu’ils n’ont aucun droit contre l’Egypte: il faut prendre le pari d’entrer dans la mer pour créer ce décalage avec l’Egypte et alors Dieu peut intervenir. Tant qu’Israël ne fait rien, Dieu ne peut rien faire dans cette situation où même la prière ne pouvait être opératoire. 

Parce qu’il y a réclamation de l’Egypte d’en-haut qui interdit le favoritisme divin au nom de la justice. A cause précisément de la mort des premiers-nés : jusqu’à la dernière plaie, l’Egypte a payé le prix du contrat : laisser partir le premier-né de Hashem ou laisser le premier-né égyptien être frappé. Donc Israël lui appartient encore. Israël est conscient qu’il n’a aucun mérite supplémentaire sur l’Egypte à ce moment-là. Alors il prend peur et avec ses quatre réactions étudiées. Le suicide dans la mer, le retour en Egypte, la guerre, la prière. Mais Dieu refuse ces quatre réactions. La cinquième option de foi: « Parle aux Bnei-Israël et qu’ils avancent… » ! Elle implique les quatre autres stratégies, mais au niveau de la foi et non plus au niveau purement existentiel, y compris le quatrième qui serait un niveau religieux.  C’est une foi au-delà du mérite, la foi que même sans aucun mérite la promesse s’accomplira. C’est croire en une chose invraisemblable, non pas d’après des théologies des hérétiques, mais invraisemblable du point de vue de la loi de Dieu Lui-même. Rappelez vous la définition de la gdoulah de Dieu : que signifie être grand pour Dieu ? C’est être plus grand que soi-même ! Cette foi gratuite leur a donné force sur Dieu. C’est ce qu’Il attendait. 

La réalité est impitoyable, parce qu’au niveau de la vérité tout est clair. On s’attend à ce que tout Israël soit ce peuple de la foi - Maaminim Bnei Maaminim – et que tout Israël s’engage dans sa propre foi… Et c’est toujours en cela que l’on a cru depuis Abraham. On a cru en des choses invraisemblables, mais pas invraisemblable pour la raison mais pour la foi elle-même.

 

Le midrash va préciser qu’un seul homme a eu ce courage, et grâce à lui les autres ont suivi !  Mais il a fallu ce premier qui était Na’hshon Ben Aminadav. De la même manière après les 40 ans du désert un seul va avoir le courage d’entrer en Eretz Israël et il entraine tous les Bnei Israël : Kalev Ben Yéfouneh. Avec Yéhoshoua à la place de Mosheh.

 

Abraham se connait selon la vraie loi du monde comme Dieu l’a créé comme ne pouvant pas avoir d’enfant. Cela vient de Dieu lui-même. Et quand ce même Dieu lui dit qu’il aura quand même un enfant, il lui est difficile de le croire jusqu’à ce qu’il intègre cette foi-là. Et c’est la mutation religieuse dont j’ai parlé qui se produit.

Parce qu’Abraham est le fils de Téra’h le grand prêtre de la civilisation du temps. Cela se rattache à la fonction des Hébreux dans la civilisation du temps. Le midrash nous enseigne que Tera’h était fabriquant d’idoles. C'est-à-dire le grand-prêtre de la religion du temps qui fabriquait les symboles des idéaux auxquels les croyants de ce temps croyaient.   

Suivant la religiosité de ce temps-là, au niveau de la religion naturelle, mais nous sommes toujours dans le monothéisme hébreu, Abraham se connait comme la fin d’une civilisation. C’est une identité humaine qui connait les lois qui président à l’histoire du monde, et selon la vérité de la volonté du Créateur, elle prend connaissance d’elle-même comme étant à bout d’espérance, se connaissant comme stérile. C’est précisément à cet homme Abram que Dieu dit qu’il sera fécond, n’étant pas la fin d’une histoire antérieure mais le point de départ d’une fécondité pour l’avenir. C’est cette foi qui est difficile à intégrer au nom de la vérité et non pas parce qu’Abraham ne croit pas que Dieu soit incapable de le faire. Il entend deux voix contradictoires venant du même Dieu : la voix du Créateur du monde qui lui fait savoir qu’il ne peut pas avoir d’enfant, étant arrivé à la fin d’une histoire. Il ne s’agit pas ici d’avoir un petit d’homme, nous savons qu’Abraham en est capable comme le prouve sa descendance par Ishmaël avec Hagar princesse d’Egypte. Il s’agit d’être le point de départ d’une identité qui mènera à l’identité messianique. Or, Abraham se connait comme la fin d’un cycle antérieur, se connait comme le fils de ses pères… Mais Dieu lui dit qu’il est le père de ses fils. Et cette parole divine se heurte à ce qu’il sait de lui-même, jusqu’à ce qu’il arrive à croire en cela que Dieu puisse être plus fort que Lui-même, et qu’il y a donc un autre niveau de la providence divine, au-delà de celle qui travaille avec les lois de la nature. Puisque ces lois de la nature appliquées aux sociétés humaines font que c’est la fin d’un cycle et qu’Abraham n’a pas d’enfant. Mais il y a une instance de la providence qui est supérieure aux conditionnements naturels et qui s’appelle Hashem et non plus Elohim. « Véhémin Abraham bashem » dit le verset. Abraham, et c’est son mérite, a été capable de croire en la promesse de Hashem ce qui est contradictoire avec la décision de Elohim.        

 

Q : Comment relier avec le problème de la Aqédat Yits’haq, il lui donne et ensuite il doit le rendre ?

R : Oui, il faut aller jusque-là, il faut confirmer par le mérite de Aqédat Yits’haq ce don du fils. Ensuite le midrash étend cela à toute naissance. C’est caché et non visible, mais chaque fois qu’un enfant nait c’est le même miracle. Et il faut arriver à le déceler : selon la nature pure et simple on ne voit pas pourquoi un homme a un enfant ! Mais nous sommes tellement familiers à ce miracle qu’on ne voit plus que c’est un miracle. Chaque fois qu’un enfant nait c’est d’un néant qu’il est né, cela fait irruption dans la nature et on croit que c’est un phénomène naturel. Il y a dans la prodigalité de la bénédiction une familiarité dangereuse car elle rend aveugle.

Cf. dans « le Petit prince » de Saint-Exupéry la planète avec une seule rose, alors on sait ce qu’est une rose.

Lorsque c’est banalisé les fleurs perdent leurs parfums comme dans les sociétés contemporaines. Chose inouïe !

 

Retenez que nous sommes dans un monothéisme absolu. Par conséquent, la difficulté de comprendre que Dieu puisse me sauver de mon ennemi. Car c’est une relation à Dieu qui est réciproque : mon ennemi demande au même Dieu de le sauver de moi. Par conséquent, c’est le même Dieu qui est contre Lui-même ! Raison pour laquelle aucune des stratégies indiquées n’est opératoire et qu’il faille quelque chose d’autre.  

 

Devant la mer rouge, il fallait mettre à l’épreuve la capacité intellectuelle d’avoir foi. Il n’y a pas de contradiction.

L’option de foi est au niveau de la vie intellectuelle : croire que c’est possible. Et croire qu’il y a un mérite à cela parce que du point de vue de la vérité c’est impossible.

On peut objecter de la manière suivante : après tout, il avait la promesse, donc les Hébreux n’avaient pas à se préoccuper de la possibilité ou de l’impossibilité de son accomplissement ! Mais il y a une inquiétude. Cette promesse est faire pour un Israël en générale et s’accomplira pour un Israël en général, mais le particulier est-il concerné par cette promesse ? C’est là que réside l’inquiétude. Dit d’une autre manière : dans la conduite de la foi, il y a simultanément certitude absolue et incertitude absolue. Certitude absolue que la promesse venant de Dieu s’accomplira, mais incertitude absolue qu’elle s’accomplisse pour moi.

Et peut-être que le mérite qui fasse qu’elle s’accomplisse pour moi réside justement dans cette foi qu’elle s’accomplira précisément pour moi !

C’est à ce niveau-là qu’est la foi, et que cela me concerne. Et me connaissant cela est vraiment invraisemblable. D’où le mérite de la foi.

 

Il fallait qu’ils soient mis à l’épreuve au moment de la mer rouge pour mettre à l’épreuve leur intelligence : sont-ils capables de penser comme des Hébreux, c'est-à-dire savoir qu’une telle foi a un fondement ? Et il y a un mérite exceptionnel à croire cela. Parce qu’au fond c’est le devoir d’humilité qui risque de m’empêcher d’y croire. On admet que Dieu puisse envoyer le messie, mais pour soi-même ! C’est difficile à comprendre. Qui suis-je ? Pourquoi cette promesse me concerne ? C’est le courage de cette foi-là qui est recherché ici.

 

Je me rappelle très bien au moment de la guerre des six jours la question que nous avions posée au Rav Kook : pourquoi cela nous arrive-t-il à nous ? Pendant 2000 ans Israël a espéré parvenir au Kotel Hamaaravi en hommes libres et cela nous arrive à nous !? C’est le problème de la foi à l’échelle individuelle. Sa réponse fut très simple et très profonde à la foi : nous nous posons la question parce que nous ne savons pas qui nous sommes !

Si nous savions qui nous sommes, la question ne se poserait pas !

Au fond il s’agit de croire que Dieu a eu raison de nous créer. Sans savoir pourquoi, mais c’est cela la foi. Dieu sait pourquoi. C’est cela le courage de la foi et c’est la clef de tout le reste.

Il faut prendre conscience de cela pour arriver avec un dossier bien préparé à l’examen, car on ne sait pas ce qu’on doit réussir. Cette foi est d’un optimisme radical mais elle est très difficile. Il arrive un stade de la connaissance où on commence à entrevoir qui on est. Alors la foi devient plus facile parce qu’elle devient connaissance. Et si je sais qui je suis alors cela devient facile de savoir pourquoi Dieu m’a créé. Mais tant que je ne sais pas il y a un courage de la foi qui est une épreuve.

Cela veut dire au fond que tant que je n’ai pas confiance en moi, je mets en doute Dieu Lui-même, parce que c’est Lui qui m’a créé. Donc il faut commencer par avoir confiance en soi pour commencer d’avoir confiance en Dieu. 

 

La faiblesse de la foi risque de venir d’une trop grande vertu d’humilité. Beaucoup refuse d’être Israël parce qu’ils pensent qu’ils ne le méritent pas. Ils ne pensent pas être à la hauteur de cet appel divin et de cette promesse divine. C’est une sorte de reproche fait à Dieu de les avoir interpellés.

A l’échelle collective, on comprend le mérite d’Israël et donc il ya certitude absolue que la promesse s’accomplira. C’est à l’échelle individuelle que s’introduit l’incertitude. Ne pas se sentir concerné… etc.

 

…/… pause

 

Nous sommes arrivés en fin d’explication de l’enseignement de Rabi Eliezer selon lequel le passage par la mer rouge était la mise à l’épreuve au niveau de l’intelligence pour savoir si cette partie du peuple serait ou non capable de cette foi dont nous avons parlé.

 

Dans la formule du Maharal la difficulté est précisément dans le monothéisme lui-même.

 

« Tout ce que Dieu leur a fait parce qu’au moment de la sortie d’Egypte la Shekhinah était avec Israël »

 

Ce n’est pas seulement la sortie des Hébreux d’Egypte mais également la sortie de la Shékhinah d’Egypte. C’est donc plus important que ce qu’on pourrait croire. Sont en jeu le sort d’Israël mais aussi le sort de la Shékhinah. ébreux

 

Que signifie l’exil de la Shékhinah et son enjeu ?

Rappelez-vous du verset :

14.13

יג וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל-הָעָם, אַל-תִּירָאוּ--הִתְיַצְּבוּ וּרְאוּ אֶת-יְשׁוּעַת יְהוָה, אֲשֶׁר-יַעֲשֶׂה לָכֶם הַיּוֹם: כִּי, אֲשֶׁר רְאִיתֶם אֶת-מִצְרַיִם הַיּוֹם--לֹא תֹסִפוּ לִרְאֹתָם עוֹד, עַד-עוֹלָם.

«… Rassemblez-vous et regardez le salut que Dieu fera pour vous... »

Mais entendu en hébreu cela dit : « יְשׁוּעַת יְהוָה   le salut de Hashem lui-même ».

C’est le salut de la Shékhinah, car un monde où la Shékhinah est en exil a besoin de la délivrance de la Shékhinah de l’exil.

On dit souvent que « lorsque les Bnei Israël est en exil, la Shékhinah est en exil avec eux », et on entend en général que c’est pour les protéger. Mais on oublie ce que cela signifie : pour les protéger parce qu’ils sont en exil, il faut que la Shékhinah soit elle-même en situation d’exil ! Et l’exil de Shékhinah transforme le monde en enfer ! Cela veut dire un monde sans Shékhinah parce que le monde est en exil de Shékhinah ! Cela veut dire que cette fin d’exil pour Israël recouvre quelque chose d’une importance considérable : la délivrance de la Shékhinah.

Nous avons par d’autres traditions que la Shékhinah est délivrée au prorata du nombre des Hébreux sortis d’Egypte. La quantité (qualité) de Shékhinah dans le monde dépend de cela. Tout se passe comme si les Goyim, consciemment ou inconsciemment, savent ce problème que si la Shékhinah est en exil c’est parce qu’Israël est en exil, et que si le monde est privé de Shékhinah c’est la faute des Juifs ! Et il arrive que les Goyim se vengent de cet état de fait car un monde sans Shékhinah c’est un monde impossible.   

 

Il y a beaucoup d’exemple de ce problème. Quand par exemple Jacob bénit ses enfants en fin de sa vie, et il veut leur prophétiser la fin des temps d’exil, mais qu’il ne voit pas la fin des temps d’exil. Alors il s’arrête dans les bénédictions pour dire un verset extraordinaire :

49.18

«לִישׁוּעָתְךָ, קִוִּיתִי יְהוָה   J’espère en ton salut Hashem »

Au niveau pshat : « je ne vois pas la fin de l’exil pour mes enfants mais j’espère en ton salut Hashem ». Ce pshat nous mène à une autre lecture : Israël ne mérite pas d’être sauvé de l’exil mais il faut que Hashem soit sauvé de l’exil, c’est donc l’assurance qu’Israël sera sauvé de l’exil…

C’est la foi que Dieu puisse être sauvé. La Shékhinah, la présence de Dieu au monde est prisonnière et il faut la délivrer. Et c’est toute l’histoire d’Israël. Si Israël sort de l’exil alors la Shékhinah sort de l’exil pour le monde entier. C’est pourquoi les Goyim sont toujours pris dans cette impasse : laisser partir les Juifs et donc la Shékhinah, garder les Juifs et donc maintenir la Shékhinah en exil chez eux… Ils préfèrent donc à tout de rôle l’une ou l’autre des solutions : une petite Shékhinah mais au moins qui soit chez eux… ou bien une grande Shékhinah pour le monde ? Et finalement, la décision dépend des Juifs…

Cela touche au problème de la cause profonde de l’antisémitisme.

Toutes les argumentations des antisémites sont fausses. Ils reprochent aux Juifs des choses fausses. Avec une permanence dans cette obsession incompréhensible à rejeter la faute sur les Juifs. Sans pourvoir formuler clairement cette vérité : c’est la faute des Juifs que le monde soit sans Shékhinah. 

Ils ne savent pas ce qu’ils disent mais c’est cela qu’ils disent… Et de nouveau nous sommes dans cette cohérence du monothéisme total…

 

Quand les Hébreux sont en Egypte la bénédiction est en Egypte. Pas question de les laisser partir. On devrait leur enseigner qu’ils ont intérêt à les laisser partir car si la Shékhinah est à Jérusalem la bénédiction sera en abondance pour le monde entier, plus encore que dans les pays d’exil lorsque les Juifs y sont en exil. Il y a une bénédiction à la hauteur de la Galout de la Shékhinah. Il y a des temps où la Shékhinah fonctionne dans l’exil et des temps où la Shékhinah ne fonctionne plus dans l’exil. Parce que le temps d’exil a cessé. Si la Shékhinah n’arrive pas à se libérer pour fonctionner à Jérusalem, alors c’est là que le monde se transforme en enfer. Dans la mesure où les Goyim le perçoivent inconsciemment, à leur manière, alors ils déclenchent une haine contre les Juifs qui est incompréhensible tant qu’on ne la comprend pas.

 

…/…

 

Dès qu’il y a un problème, les Goyim considèrent que c’est la faute des Juifs. Avec derrière le fait que la Shékhinah est prisonnière.

Pendant 2000 ans les Chrétiens ont dit que les Juifs étaient déicides, et subitement ils s’aperçoivent que peut-être ce n’est pas vrai. Ils réfléchissent, grâce à Jules Isaac entre autres. C’est énorme parce que pendant 2000 ans ils avaient de cela l’axe principal de leur foi. Comment faire, et c’est là le secret de la conscience chrétienne, après s’être trompé sur l’essentiel et rester infaillible ? Comment vivre avec de telles contradictions, c’est leur mystère !

Quand commencent-ils à douter cette accusation de déicide des Juifs ? Quand Israël revient sur sa terre ! C’est frappant. Ils expriment donc la même chose dans leur langage.

Nous disons que la Shékhinah est en exil, et eux ils disent que nous avons tué Dieu ! Et ils commencent à en douter quand ce n’est plus le cas dans la  réalité. Il est bien évident que cela ne justifie aucun antisémitisme, fut-il chrétien, car dans tous les cas ce sont des méchants. Mais c’est ce qu’il y a derrière. Derrière la dialectique galout-géoula il s’agit bien sûr de l’histoire d’Israël, mais plus profondément, il s’agit de l’histoire de la Shékhinah.

Le monde est tombé en syncope, est comme un somnambule, depuis 2000 ans après la destruction du temple. Vous n’avez qu’à suivre la littérature universelle depuis ce temps-là et vous voyez que le monde est entré dans l’âge de l’absurde. Un enfant qui grandit et prend conscience du monde dans lequel ses parents l’ont fait naitre constate que quelque chose ne tourne pas rond. Ce n’est pas un monde mais un enfer ! Un monde sans espérance… Depuis 2000 ans, depuis la destruction du temple. Depuis que la Shékhinah est en exil !

Cette philosophie de l’absurde, c’est la prise de conscience au niveau existentiel simple de ce que le midrash dit en disant que la Shékhinah est en exil. C'est-à-dire un monde qui ne porte pas l’évidence qu’il ait un sens. Un monde où on attend une présence et qui est une absence. Et n’importe quel enfant vous expliquera cela. Il est probable que ce soit cela qui nourrit la haine des enfants pour leurs parents. Cette mise au monde de l’enfant est en fait une mise en enfer.

Rabi Na’hman de Braslav sur les notions de Olam Haba et Olam Hazeh : Olam Haba un monde qui soit vraiment un monde, je peux le comprendre, mais Olam Hazeh où est-ce ? Parce qu’ici c’est l’enfer !  

 

Il faut relire toute l’histoire des grandes civilisations, impures et idolâtres mais qui avaient une foi et donnaient un sens à leur vie. Mais depuis 2000 ans on entre dans ce que les traditions extrême-orientales appellent « l’âge noir », le Kali Yuga. C’est exactement le temps de l’exil de la Shékhinah dans le vocabulaire hébraïque. Et pendant ce temps-là, les Chrétiens qui représentent la religion officielle de la civilisation du temps disent une absurdité colossale à laquelle ils croyaient sans savoir en quoi ils croyaient : « vous avez tué Dieu ! »

Les Hébreux leur répondent au niveau de la raison : « peut-on tuer Dieu ? »

Ils invoquent : « C’est un mystère, mais vous avez tué Dieu ! »

Mais le fait frappant c’est qu’ils commencent à douter de cela, tout en restant infaillibles, quand les Juifs reviennent à Jérusalem. Il y a alors un espoir que Dieu va être ressuscité…

 

Quelque soit la manière dont ils le disent ou ils le pensent, ils seront punis pour cela, mais le fait reste. C’est ce à quoi fait ici allusion le Maharal :

Au moment de la sortie d’Egypte, la Shékhinah est également impliquée. Et Dieu a voulu enlever l’indignité d’Israël comme véhicule de la Shékhinah : Il a voulu les rendre aptes à être ce véhicule de la Shékhinah. Ils sont sortis avec la Shékhinah avec eux, mais la Shékhinah était mal à l’aise à cause de ce véhicule trop grossier, alors il a fallu épurer ce véhicule…

 

Tous ces enseignements qui nous viennent des sources traditionnelles sont du domaine du nistar, des choses cachées. Dès qu’on commence à en parler on les viole. Peu importe le vocabulaire employé, l’essentiel est d’avoir l’intuition de ce dont il est parlé…

 

Histoire de Pourim :

Shabat 88a l’enseignement suivant :

Guemara shabat 88a

Shemot 19.17

« Et ils se rassemblèrent au pied de la montagne ».

"Israël s´installa sous la montagne"[1]. "Sous la montagne?" S´interroge Rav Yossef Bar Avdimi. Oui, explique‑t‑il, ce verset nous enseigne que Dieu plaça le Mont Sinaï au dessus des Hébreux comme un tonneau et leur dit: "Si vous acceptez la Torah, c´est bien, sinon là‑bas sera votre tombeau". Rav A´ha fils de Yaakov interpella: Si c´est ainsi, la violence a été utilisée pour la Thora! Rav a dit : malgré cela ils l’on de nouveau accepté au temps d’Assuérus.

Ainsi qu’il est écrit : « qimou veqiblou hayéhoudim ils ont accompli et accepté les Juifs les jours de Pourim » Esther 9.27

 

« Lorsqu’Israël est arrivé au pied du Sinaï Dieu a soulevé la montagne et déclara à Israël : « Si vous acceptez la Torah c’est bien, sinon là-bas sera votre tombeau ! »

Objection de la guémara : cela rend possible la contestation contre la Torah ! Puisqu’il a été imposée par la force.

Réponse : Au moment de Pourim il se dévoile qu’il l’avait réellement accepté de bonne grâce comme il est écrit dans la méguilah : « Qimou veqiblou HaYehoudim ».

En résumé : Les Juifs ont réalisés et accepté la Torah. Au Sinaï il y avait contrainte parce qu’il y avait révélation. Lorsque Dieu se révèle qui peut dire non ? C’est ce que dit ce midrash.

Arrivés au Sinaï, les Hébreux étaient contraints, donc ce n’est pas un mérite. Leur mérite est de se rendre au rendez-vous lorsque Dieu se révèle tout en sachant ce qui les attendrait. C'est-à-dire que Dieu a imposé la Torah mais a ceux qui étaient prêts à l’accepter d’eux-mêmes. Mais Il l’a imposé pour que ce soit définitif, sinon si cela dépendait de l’homme : un jour je dis oui, un jour je dis non. Mais l’alliance imposée par Dieu est définitive et irréversible, sans divorce possible. 

Et la preuve qu’ils étaient prêts à accepter est donné quand la révélation cesse. La révélation prophétique a duré depuis Avraham jusqu’à Pourim. A Pourim, la révélation a cessé et pourtant les Juifs sont restés fidèles à la Torah. Cela dévoile qu’ils étaient déjà consentants au Sinaï. 

 

Mais le verset de la méguila est écrit de la manière suivante :

 9.27

כז קִיְּמוּ וקבל (וְקִבְּלוּ) הַיְּהוּדִים עֲלֵיהֶם וְעַל-זַרְעָם וְעַל כָּל-הַנִּלְוִים עֲלֵיהֶם, וְלֹא יַעֲבוֹר--לִהְיוֹת עֹשִׂים אֵת שְׁנֵי הַיָּמִים הָאֵלֶּה, כִּכְתָבָם וְכִזְמַנָּם: בְּכָל-שָׁנָה, וְשָׁנָה.

Ils ont accompli et accepté les Juifs sur eux et sur leur postérité et jusqu’à tous ceux qui s’adjoignent à eux (les guérim) de faire sans exception ces deux jours de fêtes comme ils ont été écrits et en leurs temps.

 

קִיְּמוּ וקבל   Qimou veQibel

Au singulier et on lit comme s’il était écrit Qiblou.

Ils ont réalisé et il a accepté : un seul avait accepté. C’est Kalev Ben Yefouneh.

Le midrash enseigne que HQBH avait soulevé la montagne et dit : soit vous acceptez la Torah et c’est bien, soit là-bas sera votre tombeau !

 

Or, ils ont accepté la Torah et pourtant le désert fut leur tombeau ! Toute la génération a été enterrée dans le désert !

Comme le dit le verset :

Or, la raison pour laquelle ils ont été enterrés dans le désert c’est parce qu’ils n’ont pas voulu entrer en Eretz Israël.

On apprend deux choses : premièrement que rentrer en Eretz Israël et accepter la Torah c’est la même chose, (c’est écrit dans la guémara, je ne vous cite pas Ben Gourion !) et deuxièmement, qu’un seul de cette génération avait accepté de rentrer dans cette génération c’était Kalev Ben Yefouneh. Avec ce rémez dans ce verset de la méguila. 

 

Guémara Méguila pose la question suivante :

Chaque fois qu’un récit commence par Vayhi cela indique un malheur

Objection de la guémara avec le début de Méguilat Ester qui raconte un événement heureux. « Vayhi Bimei A’hashverosh… »

Réponse : ce fut un grand malheur, le prix à payer pour que la communauté juive soit sauvée fut la reine Esther et donc la royauté d’Israël donnée au Perse.

 

Midrach Rabah 58.3 : Rabbi Akiva était assis et enseignait et ses élèves somnolaient. Il a voulu les réveiller. Il a dit: «Pourquoi Esther a-t-elle régné sur 127 provinces? Parce qu’Esther descendait de Sarah qui a vécu 127 années, elle (Esther) a régné sur 127 pays.

 

Ce midrash compare le nombre des provinces de l’empire Perse au nombre d’année de Sarah 127.

Un des grands maitres des ‘hassidisme allemand, rabi Yehoudah Ha’hassid, a enseigné dans le Sefer Ha’Hassidim : la raison pour laquelle le nom divin n’apparait pas dans Méguilat Ester. (Nous avons vu une autre raison hier). Il dit que le nom Hashem apparait dans l’histoire des engendrements de l’homme, les toladot. Or, les engendrements d’Israël ont commencé avec Sarah et se sont arrêtés avec Esther. C’est pourquoi le nom de Hashem disparait. Elle a eu des enfants mais qui ne sont pas des toladot.

 

Nous avons un parallèle du rythme des événements extraordinaire entre les événements du temps de Mardochée et Esther à Pourim, et les événements contemporains que nous avons vécus : il y a eu la déclaration Qoresh-Cyrus, quelque temps après Hamane prend le pouvoir, mais en ce temps-là il y avait la reine Esther. De notre temps, nous avons eu la déclaration Balfour, quelques temps après Hitler prend le pouvoir, mais on n’a pas eu la reine Esther.   

 

On apprend de la Méguilat Esther que les Juifs sont restés en Perse malgré la déclaration de Cyrus : tout celui qui le veut peut monter. De la même manière de notre temps, les Juifs sont restés en Europe, malgré la déclaration Balfour.

 

Cela veut dire, dans le fond des choses, que quand c’est encore le temps de l’exil, la Shékhinah a la force de protéger Israël. Quand ce n’est plus le temps de l’exil, elle n’a plus cette fonction.

Effectivement, pendant ces deux mille ans, nous avons supporté les persécutions et ce programme des Goyim qu’ils appellent pogroms. Et arrive un temps où les persécutions ont changé de niveau et où il s’agissait vraiment d’annuler le peuple juif. Mais on a cru qu’il ne s’agissait encore que de persécutions, sans percevoir que le temps de l’exil s’était achevé, et on se retrouve devant le néant. Cela suscite la question : que fait la Shékhinah ? Elle est ligotée, prisonnière parce qu’il y a un contrat. C’est dit à propos de Jacob, quand il reçoit l’ordre de descendre en Egypte, il refuse car il a peur, et HQBH lui dit de ne pas avoir peur, qu’Il sera avec lui et le ramènera. Mais cela veut dire que HQBH est avec Jacob en exil pendant tout le temps où il doit y être ! Quand c’est le temps de revenir il faut revenir.

 

Voilà, dit comme ça ou autrement, on peut toucher du doigt un problème extrêmement grave : Il y a une loi des temps. Durant tout ce temps possible prévu pour l’exil il y avait des étapes où Israël aurait pu mériter que cela s’achève. Mais on n’a mérité à aucune des étapes. Arrive alors la fin de l’époque d’exil. Et si à cette date les conditions du retour sont en place et le peuple ne veut pas revenir alors il est sans protection. Dans le langage imagé, je vous ai dit que la reine Esther n’était pas là. Elle était là mais impuissante. A part pour les na’hshonim, une simple poignée d’abord en Russie, qui ont perçu le changement d’allure des persécutions qui montraient le risque d’annihilation du peuple juif et qui ont décidé de décrocher. Mais ils n’ont pas été suivis.

 

Cette histoire n’est pas finie. C’est la même guerre avec Amaleq qui travaille là-dedans.

Chaque fois qu’il y a intention d’annuler l’identité Israël c’est Amaleq qui est derrière. Ce n’est probablement pas un hasard que « Assué-russe » ! Mais il faut avoir des yeux « persans » pour le voir… (Rires)  .../...  

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Published by Phil O'Semith - dans PENSÉE JUIVE
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  • : Bienvenue sur le blog MANITOU! Cet espace est consacré au Rav Léon Askénazi - Manitou - זצ"ל.Vous y trouverez des textes rédigés à partir de cours audio enregistrés (disponibles sur www.toumanitou.org) En modeste hommage à ce Rav génial et extraordinaire...
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