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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 15:54

Morale et Cataclysme Naturel

(Peri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse)

1981

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_1

Durée : 43,3 minutes - Face B – 148-03

 

 

13.17

וַיְהִי, בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת-הָעָם, וְלֹא-נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים, כִּי קָרוֹב הוּא:  כִּי אָמַר אֱלֹהִים, פֶּן-יִנָּחֵם הָעָם בִּרְאֹתָם מִלְחָמָה--וְשָׁבוּ מִצְרָיְמָה

Et il arriva lorsque Pharaon renvoya HaAm le peuple, Elohim ne les a pas conduit par le chemin de la terre des Philistins car il était proche, car avait dit Elohim : de peur que HaAm le peuple ne regrette en voyant (l’éventualité de) la guerre et ne retourne en direction de l’Egypte.

13.18

וַיַּסֵּב אֱלֹהִים אֶת-הָעָם דֶּרֶךְ הַמִּדְבָּר, יַם-סוּף; וַחֲמֻשִׁים עָלוּ בְנֵי-יִשְׂרָאֵל, מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם

Et Dieu fit contourner HaAm le peuple par le chemin du désert de la mer rouge Yam Souf

Et c’est armés en guerre que Bnei Israël les enfants d’Israël sont montés d’Egypte.

 

On trouve 3 occurrences du terme HaAm, et une seule occurrence du terme Bnei Israël. Cela fait quatre et nous allons voir la correspondance de cette structure avec les quatre niveaux de l’identité d’Israël tels qu’ils sont indiqués dans le midrash. Trois sont appelés HaAm et la quatrième est appelée Bnei Israël. Ensuite le cinquième niveau est indiqué un peu plus loin dans le récit.

 

14.8

וַיְחַזֵּק יְהוָה, אֶת-לֵב פַּרְעֹה מֶלֶךְ מִצְרַיִם, וַיִּרְדֹּף, אַחֲרֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל; וּבְנֵי יִשְׂרָאֵל, יֹצְאִים בְּיָד רָמָה

Et Hashem endurcit le cœur de Pharaon roi d’Egypte, Il alla après les enfants d’Israël (Bnei Israël) et les enfants d’Israël (Bnei Israël) sortaient avec une main élevée... 

 

C’est la cinquième mention Bnei Israël.

La structure révèle une structure en cinq niveaux :

HaAm – HaAm - HaAm - Bnei Israël - Bnei Israël.

D’un point de vue formel, il apparait que le peuple d’Israël à la sortie d’Egypte est bien évidemment une unité, seulement il y a différents niveaux d’identité.

 

Quelle est la différence lorsque le mot employé est le mot Am ou le mot Bnei Israël ?

Pour répondre il faut passer par un schéma de la kaballah expliquant les différents niveaux de la neshamah qui font apparaitre la même structure:

Nefesh – Roua’h – Neshamah – ‘Hayah – Ye’hidah.

Nous retrouvons-là dans cette structure au niveau de l’être collectif du peuple la même structure formelle de niveau d’identité à l’échelle individuelle.

 

Cet enseignement vient du Péri Tsadiq, le Rav Tsadoq HaKohen MiLoublin, qui a écrit un commentaire sur le ‘houmash inspiré de l’enseignement de la kaballah du Ari, et qui met en évidence la structure de ces cinq niveaux de l’âme humaine à l’échelle individuelle dans l’identité collective du peuple. Par conséquent, cela signifie que dans cet ensemble un du peuple Israël sortant d’Egypte apparaissent les différents niveaux d’identité correspondant aux différentes réactions décrites dans la Mekhilta.

 

L’étude d’aujourd’hui va s’attacher à lire ces versets pour comprendre la signification de ces différentes réactions.

 

13.17

וַיְהִי, בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת-הָעָם, וְלֹא-נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים, כִּי קָרוֹב הוּא:  כִּי אָמַר אֱלֹהִים, פֶּן-יִנָּחֵם הָעָם בִּרְאֹתָם מִלְחָמָה--וְשָׁבוּ מִצְרָיְמָה

Et il arriva lorsque Pharaon renvoya le peuple Elohim ne les a pas conduit par le chemin de la terre des Philistins car il était proche car Elohim s’était dit de peur que le peuple ne regrette en voyant (l’éventualité de) la guerre et ne retourne en direction de l’Egypte.

 

1er étonnement : dans tous les récits précédents la Torah veut nous faire comprendre que c’est Dieu Lui-même qui intervient pour sauver le peuple Israël de l’esclavage d’Egypte. En particulier avec le récit des dix plaies. L’étonnement est ici massif : comment s’exprime le texte de la Torah dans notre verset : Et il arriva lorsque Pharaon renvoya le peuple !

 

Tout se passe comme si ce n’est pas Dieu qui est intervenu pour délivrer Israël mais c’est le Pharaon qui va prendre l’initiative de renvoyer le peuple !?

Pourquoi la Torah a-t-elle préféré une formulation négative ?

 

J’ouvre une parenthèse pour éclairer cette manière de répondre en citant un midrash à propos de Pourim: Dans Méguilat Ester le nom de Dieu n’apparait pas. La réponse classique c’est qu’étant donné que la Méguila  était destinée à être traduite dans toutes les langues des provinces de l’empire d’Assuérus on voulait éviter la traduction du nom Havayeh en différentes notions idolâtres. Réponse véridique mais insuffisante car le même risque existe pour tous les livres de la Bible. Il y a d’autres raisons. En particulier, on peut relier cela à l’atmosphère de clandestinité dans laquelle l’identité juive de ce temps-là commence à rentrer. La Méguilat Ester montre cette stratégie de camouflage et de déguisement de l’identité juive par rapport à l’identité hébraïque. D’une certaine manière, un juif c’est un hébreu déguisé. C’est là que l’histoire de la grande diaspora commence avec le temps de Mardochée et Esther, des Juifs déguisés en perses. L’atmosphère est celle d’un empire extrêmement libéral. Les premiers versets montrent l’autonomie de chaque province où chaque peuple garde sa culture, sa langue et sa religion, et chacun des ministres d’Assuérus sont les différents princes qui gouvernent ces provinces… Avec le cas particulier des Juifs qui sont les seuls sans territoire correspondant dans l’empire. Cette situation décrit parfaitement l’identité juive de diaspora dès l’origine. On entre alors dans une atmosphère de clandestinité.  On n’ose pas exprimer son identité en tant qu’hébreu puisqu’on est entré dans une époque de l’histoire où il faut déguiser cette identité hébraïque dans l’identité juive qui, en ce temps-là, cherche à se justifier en temps que perse. Cela ne trompe pas Hamane et le parti au pouvoir des Amalécites qui dénoncent ce déguisement…

 

Un rite de la fête de Pourim dévoile cela : à Pourim on se déguise ! Et le déguisement traditionnel c’est de se déguiser en juif ! C’est pour dévoiler qu’en réalité cette identité juive n’est que l’identité hébraïque déguisée ! C’est une sorte de rite de purification de l’identité de l’origine par le déguisement. Dans les anciennes communautés traditionnelles se déguiser en juif c’était le déguisement classique de Pourim. Cette identité juive apparait dans les récits de la Bible dans le livre d’Esther, avec ce verset central :

3.5

Ish Yehoudi Hayah BeShoushane Habirah OuShmo Mordekhaï Ben Yaïr  Ben Shemini Ben Kish Ish Yemini : il y avait un homme juif dans la ville de Suse et son nom Mardochée fils de Yaïr…

Un homme judéen venant du royaume de Juda au temps de Yekhonia dernier roi de Juda au temps de la destruction du premier royaume de Juda, les Judéens sont déportés en exil dans la Mésopotamie, l’empire de Babel. A l’époque du récit de la Meguilat Ester cet empire de Babel a pour dynastie régnante une dynastie perse qui est celle d’Assuérus. Les derniers des Hébreux, les Judéens, se trouvent en situation d’exil dans l’empire perse. C’est là que le mot de « yéhoudi » qui étymologiquement signifie « judéen » va signifier « juif » dans le sens classique que nous connaissons depuis ce temps-là. C'est-à-dire depuis 2600 ans. C’est le commencement de l’identité d’une communauté de diaspora suite à la destruction de la métropole qui était le 1er royaume de Juda.

Après le temps du temple de Salomon, le bayit rishone, eut lieu un schisme. La nation d’Israël s’est divisée en deux. Le royaume du nord regroupait 9 tribus et demi autour de la tribu d’Ephraïm qui était la tribu dominante et le royaume su sud regroupait 2 tribus et demi : Juda, Benjamin et la moitié de la tribu de Ménaché. Yéhouda a désigné le royaume du sud parce que la tribu dominante était la tribu de Yéhouda.

 

On retrouve donc trois niveaux d’identité.

Judaïtes : les membres de la tribu de Juda.

Judéens : les membres du royaume de Juda dans l’exil dont l’appellation juif, juive est la corruption à travers le latin du mot de Judéen.

Yehoudi : Membre de la tribu de Juda.

Comme Juda a donné son identité dominante au royaume de Juda, tous les membres du royaume de Juda s’appellent Yéhoudi.

Et quand les Judéens ont été déportés l’histoire de la communauté commence. Et elle commence en Perse. Mais c’est peut-être de notre temps que cette histoire s’achève avec les événements de Perse, cette histoire commencée au temps de Mardochée et Esther s’arrête de notre temps…

 

Cette identité juive c’est l’identité hébraïque, mais déguisée dans l’identité de l’homme de diaspora en Perse. C'est-à-dire que c’est un hébreu déguisé en perse, mais sachant qu’il est déguisé, camouflé. D’où cette atmosphère de clandestinité qui apparait dans la lecture de la Méguila. On n’ose pas dire qui on est vraiment, on n’ose pas parler de son propre Dieu. On ne parle de Jérusalem que par allusion pour dire que c’est de là-bas que nous avons été exilés. Mais la capitale reste Suse…

 

C’est très exactement la situation sociopolitique du juif de diaspora contemporain. Une allusion à Jérusalem mais la capitale reste Londres, Paris, New-York… Cette attitude commence en Perse avec Mardochée et Esther. La tradition intervient alors en instituant le rite du déguisement à Pourim. Le juif déguisé en juif dévoile en réalité qu’il est un hébreu déguisé en juif… C’est de cela que Hamane va les accuser : « le déguisement ne sert à rien nous savons très bien qui vous êtes… »

 

Le verset dit :

3.5

Ish Yehoudi Hayah BeShoushane Habirah OuShmo Mordekhaï Ben Yaïr  Ben Shemini Ben Kish Ish Yemini

Un homme juif originaire du royaume de Juda se trouvait à Suse la capitale…

Ishsignifie une grande personnalité.

Ish Yémini : homme de la tribu de Benjamin.

Il est nommé Yéhoudi, non pas parce qu’il est membre de la tribu de Juda, mais parce qu’entretemps cela signifie juif, c'est-à-dire originaire du pays des Judéens, les derniers des Hébreux de l’histoire. Mais en quittant le pays d’Israël, la Judée de l’époque, ils ne sont plus hébreux mais juifs. Leur identité devient une identité mixte. Ils se présentent comme perses au même titre que les autres perses, avec le droit à la différence comme toutes les autres peuplades de cet empire libéral, mais le cas particulier des Juifs apparait.

 

L’exemple le plus frappant de notre temps est l’empire soviétique.

Avec au niveau théorique une constitution très libérale, mais qui rencontre le même problème de ce cas particulier d’Israël sans relation territoriale dans l’empire, et cela pose problème.

 

On peut même pousser la comparaison un peu plus loin. Dans l’empire perse, il y avait deux cas particuliers : le parti au pouvoir des Amalécites et la communauté juive. De la même manière en Russie on a la même structure aujourd’hui (1981), le parti au pouvoir des communistes et le peuple juif. Avec ce même conflit, quelque soit le caractère libéral indéniable théoriquement de la constitution officielle.

C’est exactement cette même histoire qui se produit depuis 2600 ans dans toutes les histoires des communautés de diaspora, quelque soit le style d’apparence extérieure. Et cette apparence extérieure c’est le déguisement de Pourim qui est dévoilé par un déguisement au second degré.

 

Le nom de Dieu n’apparait pas dans la Méguila, mais la tradition enseigne une allusion assez claire. Lorsque Mardochée explique la situation à Esther, de la catastrophe imminente, avec Hamane devenu premier ministre, ayant décidé de détruire la communauté juive, et Esther devenue reine, jusque là n’avait pas révélé son identité qui était restée dans la clandestinité absolue sur consigne de Mardochée. Survient la péripétie où on a besoin d’Esther qui devient le deus ex machina. Mordekhaï lui demande d’intercéder auprès du roi.  Et il ajoute que Dieu sait si ce n’est pas pour cela que tu es devenu la reine... Et Mordekhai ajoute : si ce n’est pas toi qui nous sauve le salut viendra « mimaqom a’her - d’un autre endroit » (Esther 4.14). Mais il ne faut pas oublier la fin du verset : « Et toi et la maison de ton père vous serez détruits ! »

Cela signifie que soit le salut vient par la reine Esther qui prend le courage de s’identifier comme telle pour sauver son peuple, soit le salut vient d’un autre endroit. Mais d’un endroit tel qu’Esther et sa maison seront détruites !

Or, nos savons que Mardochée et Esther faisaient partie d’une maison royale d’Israël. La royauté de Shaoul qui a précédé la royauté de David. Et l’héritage de la royauté de Shaoul c’est la famille de Mardochée. Esther était donc déjà reine d’Israël en tant que capacité de royauté.

 

Il y a un autre rite de Pourim, qui est l’épreuve du vin où l’on doit boire jusqu’au stade de confondre Mardochée et Hamane.

On se trompe souvent sur la Halakha croyant qu’il faut passer cette limite, mais c’est absolument interdit. L’épreuve du vin est jusqu’à la limite du risque du mélange entre le côté du bien Mardochée et le côté du mal Hamane, et non au-delà. L’épreuve est justement de s’arrêter à cette limite, c’est le plus difficile. Il ne s’agit pas de rouler sous la table. 

 

L’expression « maqom a’her - un autre endroit » pour désigner Dieu est difficile. Nous savons que le mot de maqom est employé pour désigner Dieu, mais le mot de a’her fait difficulté !
L’alternative est la suivante : soit le salut vient de la maison de Mardochée et d’Esther qui se mettent en danger (Mardochée lorsqu’il entend l’édit contre les Juifs prend le deuil dans la cour du roi, alors que c’était interdit par la loi royale pour les dignitaires du roi), soit le salut viendra de Hamane qui est ce « maqom a’her » ! Si c’est le cas, alors la maison d’Esther risque d’être détruite.

 

Soit le salut vient à l’initiative des Hébreux, et donc à visage découvert, soit le salut vient à l’initiative du Pharaon. Comme le dit notre texte :

 

13.17

וַיְהִי, בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת-הָעָם

Vayhi… Et il arriva lorsque Pharaon renvoya le peuple !

 

Et cela arrive avec les catastrophes (Vayehi !)

On ne fait pas le lien avec la Shoah parce que cela nous prendrait trop de temps, mais voyez que c’est tout de même relié. Cela nous explique en tout cas la fin du verset de Meguilat Ester :

« Toi et la maison de ton père seront détruites ! »

 

Guémara Sanhédrine : à la fin des temps, Israël sera sauvé. Discussion entre R. Yehoshoua et R. Eliezer sur le retour avec ou sans repentir. « S’ils ne se repentent pas Je leur enverrai un roi plus méchant que Hamane, et ils se repentiront. »

On voit bien les deux stratégies.

Cela commence déjà lors de la sortie d’Egypte : soit ils répondent d’eux-mêmes à l’appel de Moïse, soit c’est avec la catastrophe lorsque le Pharaon doit renvoyer le peuple.

 

Je reviens à ma question d’exégèse précédente : il y avait le contraste entre les récits précédents où c’est Dieu qui intervenait et notre verset indiquant la sortie d’Egypte à l’initiative du Pharaon qui a renvoyé le peuple.

 

Cela répond à notre problème : il s’agit d’une partie du peuple, la plus inférieure au niveau du mérite de sa foi, qui n’est sorti que parce que Pharaon l’a renvoyé. Et c’est cette partie, le 1er HaAm,  que nous retrouvons dans la première catégorie citée par la Mékhilta : Tombons dans la mer !

 

Le peuple est ici désigné à différents exposants, à différents niveaux d’identité.

Ici le renvoi du peuple par Pharaon correspond à cette partie.

 

Deuxième partie :

13.17

וְלֹא-נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים, כִּי קָרוֹב הוּא

Et Elohim ne les a pas conduit par le chemin de la terre des Philistins car il était proche.

 

Avec la sortie d’Egypte, il y avait un chemin direct pour Eretz Israël par la côte avec 11 jours de marche d’après le récit biblique. Mais Dieu refuse ce chemin. La côte s’appelle Eretz Pelishtim, le pays des Philistins, une peuplade issue de Crête. Leur origine était d’ailleurs d’une région d’Asie mineure beaucoup plus haute et qui avait des comptoirs de colonie sur la côte méditerranéenne.  Aza, Ashkélone,… etc. Toute la bande côtière depuis l’Egypte jusqu’à Tel Aviv : Eretz Pelishtim.

Cela aurait été le chemin le plus proche.

 

13.17

וְלֹא-נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים, כִּי קָרוֹב הוּא:  כִּי אָמַר אֱלֹהִים, פֶּן-יִנָּחֵם הָעָם בִּרְאֹתָם מִלְחָמָה--וְשָׁבוּ מִצְרָיְמָה

Et Elohim ne les a pas conduit par le chemin de la terre des Philistins car il était proche car Dieu s’était dit de peur que le peuple ne regrette en voyant (l’éventualité de) la guerre et ne retourne en direction de l’Egypte.

 

C’est la deuxième catégorie.

La première est celle qui n’est sortie que parce que Pharaon les a renvoyés, expulsés et qui choisissent le suicide dans la mer.

La deuxième partie est celle qui est sortie d’elle-même, mais avec une faiblesse dans le courage et qui devant la difficulté préfère revenir en Egypte.

 

Cela pose un problème d’exégèse.

Aucune raison n’est donnée au passage au désert. Après la sortie d’Egypte, rien n’indique qu’il fallait passer au Sinaï pour recevoir la Torah ! 

Pourquoi ce passage au Sinaï ?

Parce que le peuple n’était pas suffisamment fort pour rentrer directement en Eretz Israël.

Cela correspond à la troisième partie :

 

13.18

וַיַּסֵּב אֱלֹהִים אֶת-הָעָם דֶּרֶךְ הַמִּדְבָּר, יַם-סוּף; וַחֲמֻשִׁים עָלוּ בְנֵי-יִשְׂרָאֵל, מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם

Et Dieu fit contourner le peuple par le chemin du désert Yam Souf  et c’est armés en guerre que les enfants d’Israël sont montés d’Egypte

 

On s’attendrait avec le verset 11 à une toute autre motivation : finalement le peuple sorti d’Egypte n’est pas entré directement en Eretz Israël parce qu’il devait passer par le Sinaï pour recevoir la Torah, mais il n’y a aucune allusion à cela.

 

Il faut donc prendre le récit d’une autre manière : ce n’est qu’a postériori, avec les raisons que nous apprendrons, que le peuple devait passer par le Sinaï. Mais la raison essentielle était sa faiblesse dans la foi. Et la stratégie de la Providence se servira de cet événement pour donner la Torah au Sinaï. Mais à priori il fallait dès la sortie d’Egypte rentrer en Eretz Israël.

A cause de l’empêchement, il faut passer par le désert et donner rendez-vous au Sinaï pour la Torah.

C’est indiqué par l’expression « derekh hamidbar ».

 

Va’hamoushim : armés, prêts à faire la guerre

‘hamoush : décidé à.

La deuxième traduction du midrash : en rang par cinq. En formation de guerre.

Alors que les équipages des chars étaient « shalishim - par trois ».

Le midrash intervient en disant que ‘hamoushim signifie : un sur cinq.

Nous donnant le fameux problème de la proportion des 1/5ème et 4/5ème.

 

Q: Dieu avait dit à Moïse qu’il reviendrait le servir ici… ?

R: Oui, lors de la vision du buisson ardent lorsque Moïse demande un signe pour habiliter sa mission et qu’il redoute que les Hébreux ne le croient pas lorsqu’il annoncera le temps de la sortie d’Egypte. « Et Dieu lui dit : et voici le signe que c’est bien moi qui t’ai envoyé : lorsque tu feras sortir le peuple (haAm et non pas Bnei Israël) vous viendrez rendre un culte à Dieu sur cette montagne. »

Cela veut dire : « Si effectivement, tu te heurtes à un refus de la part du peuple HaAm, amène-les ici et J’habiliterais ta mission… » Mais c’est à postériori ! Il fallait d’abord que Moïse se débrouille à les faire sortir. Le signe dont Moïse avait besoin était d’abord en Egypte ! Tout se passe comme si Dieu avait dit à Moïse : « Si le peuple te suit, vous entrerez directement à Jérusalem ! S’il ne te suit pas amène-les ici sur la montagne ! » Et cela veut dire qu’ils ne sont pas encore capables d’arriver directement. Il leur faut un séminaire préparatoire avec Moïse au Sinaï. C’est la difficulté pour Moïse. Cela veut dire que la Torah n’est révélée au Sinaï qu’a postériori, de façon négative.  Parce que le peuple n’a pas mérité plus. Le verset de la révélation de la Torah est très clair : « KiMiTsion Tetsé Torah OuDvar Hashem MiYiroushalayim ». Et non pas au Sinaï !

Cela nous permet d’identifier des situations historiques permanentes, même contemporaines. 

On trouve les Juifs du Sinaï partout sauf en Eretz Israël, et les Juifs de Tsion en Eretz Israël !

C’est la différence d’identité qui apparait. C’est très important de voir cela.

Sur ce problème il y a deux attitudes :

L’attitude de ceux dont l’objectif de la sortie d’Egypte est d’aller au Sinaï recevoir la Torah et d’attendre le Messie qui les amènera à Jérusalem…

L’attitude de ceux dont l’objectif de la sortie d’Egypte est de monter en Eretz Israël. Devant l’impossibilité pour des raisons qui seront expliquées, il y a un détour par le stage au Sinaï pour y recevoir la Torah.

 

Q : Il semblerait que les archéologues aient découvert la présence de colonies égyptiennes en Eretz Israël et en Eretz Pelishtim ?

R : Il y a eu des guerres et contre-guerres, des occupations de territoires… etc.

 

Cette deuxième partie qui voit le risque de guerre et qui ne sont pas au niveau de la troisième catégorie qui est prêt à la guerre veut retourner en Egypte.

Dans le pays de Kénaan, il y avait des colonies égyptiennes. C’était des envahisseurs, mais les envahisseurs originaires c’était les Philistins. Le mot de Pelishtim vient de la racine Liflosh, occuper.

Madame Amado-Valensi a écrit que c’est significatif que les Palestiniens aient pris le même nom. Le mot de Palestine cela veut dire la Philistée. Voyez l’ironie du langage. L’identité palestinienne cela veut dire en hébreu l’identité des conquérants qui ne sont pas chez eux ! Ils sont tombés dans ce piège du langage.

 

D’une certaine manière, seules ces deux parties qui sont nommées Bnei-Israël pouvaient directement quitter l’Egypte et rentrer dans le pays. Il a fallu faire ce détour à cause des trois autres parties.

 

Nous étudierons par rapport à l’événement de la mer rouge la différence de réaction de ces différentes parties. Dieu refuse les stratégies des quatre premières parties, même celle de la quatrième partie qui est déjà nommée Bnei Israël avec la stratégie de la prière. C’est finalement la cinquième partie du verset 14.8.

 

14.8

וַיְחַזֵּק יְהוָה, אֶת-לֵב פַּרְעֹה מֶלֶךְ מִצְרַיִם, וַיִּרְדֹּף, אַחֲרֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל; וּבְנֵי יִשְׂרָאֵל, יֹצְאִים בְּיָד רָמָה

 « Et Hashem endurcit le cœur de Pharaon roi d’Egypte, Il alla après les enfants d’Israël Bnei Israël et les enfants d’Israël Bnei Israël sortaient avec une main élevée... »

 

C’est de cette catégorie-là que fait partie Na’hshon Ben Aminadav qui comprend ce que Dieu dit à Moïse : « Parle aux Bnei Israël, et qu’ils avancent… ». Nous verrons ces midrashim qui indiquent qu’ils n’avaient rien d’autre à faire parce que toutes les autres stratégies sont impossibles. Une seule stratégie de survie possible : l’entrée dans la mer. Cet acte déclenche la fin de la civilisation égyptienne. Puisque toute la force de l’Egypte est engloutie dans la mer. Et le verset nous donne rendez-vous à la fin des temps.

 

C’est la grandeur du Maharal et de tout la lignée des commentateurs qui ont expliqué ces textes non seulement en éclairant ce qui est survenu dans le passé mais aussi en donnant la signification des thèmes d’identités pour nous prévenir de ce qu’est la structure de leurs histoires et des éventualités. C’est très frappant que nous retrouvions aujourd’hui, dans des styles différents, les mêmes attitudes, devant la difficulté de cette impasse, les quatre réactions. Et la cinquième qui récapitule les quatre autres.

 

Q :

R : Non, ce n’est pas une nécessité.

Si on abdique la liberté et on laisse les mécanismes jouer c’est comme cela que cela joue. C’est une sorte d’avertissement qui donne la structure des phénomènes lorsqu’ils fonctionnent impersonnellement. Lorsque la liberté individuelle abdique. Mais si la liberté individuelle joue cela fait reculer l’aspect de fatalité des événements.

Q : Mais maintenant il nous faudrait un Moïse !

R : C’est exactement ce que disait les Hébreux de la génération de la sortie d’Egypte parce qu’ils ne croyaient pas en Moïse ! Il a été contesté ! C’est nous qui savons qu’il était vrai.

S’il y a abdication de la volonté, alors on rentre dans un monde pessimiste où les mécanismes jouent et broient les personnes humaines. Mais la réponse en elle-même est optimiste. Il n’y a pas de fatalité. On  peut faire jouer la liberté. Mais le pessimisme revient dès qu’on ne s’en sert pas et qu’elle ne joue pas. Il semble bien alors qu’il y ait abdication de la liberté et que ces structures impersonnelles apparaissent inévitablement. 

On verra la réponse que donne Maïmonide, et pourquoi il faut d’une certaine manière y passer.

Mais pour l’instant nous restons au niveau de l’exégèse de l’histoire.  

 

La signification des différents niveaux de la neshamah, et la signification de HaAm le peuple, les trois niveaux d’identité inférieure à l’échelle de l’identité collective d’Israël déterminée par l’appellation Bnei Israël. .../...

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Published by Phil O'Semith - dans PENSÉE JUIVE
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