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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 21:22

Mishpatim (1994)



Mishpatim (1994) 2ème partie


http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/michpatim_serie_1994/cours_1

Face B

 

 

…/…

et le principe de la loi que l’on lit dans la Parashah, c’est que dans tous les cas, ce contrat n’était valable que pendant 6 ans. La 7ème année il devait être libéré. Si la 7ème année il ne voulait pas être libéré, alors il perdait complètement le droit d’être un jour un homme libre. Mais la Torah donne quand même une autre limite, le Jubilé après 49 ans. S’il persistait il devenait esclave dans le sens banal du terme. Par conséquent, il ne possédait plus rien. Le régime matrimonial devenait différent pour lui.

 

2ème cas :

Quelqu’un qui s’était rendu coupable de transgression des lois sociales.

En particulier le vol. Quelqu’un a volé parce qu’incapable de gagner sa vie par son propre travail, alors le tribunal le condamnait  à être vendu comme « esclave » Eved sur le marché des Avadim. Alors là aussi la loi exigeait la libération à la 6ème année. 

 

Voilà quel est le raisonnement :

Le peuple d’Israël au Sinaï a entendu les principes  de la loi de la libération des hommes libres. Mais voilà qu’une histoire va commencer où la société va fonctionner : schématiquement, dès que la société fonctionne, inévitablement, il y a des forts et des faibles, des esclaves et des maîtres. 

 

La Torah prend acte que l’histoire va commencer, fait un Mishpat et va directement à l’essentiel :

Il y aura donc des esclaves hébreux parce que la société va fonctionner. Et alors la Torah intervient là : « Lorsque tu acquerras un esclave hébreu : libère-le ! »  

 

En général, lorsqu’on cite ces lois de la Torah, on les appelle des « lois de justice sociale ». C’est absolument faux, ces lois concernent l’injustice sociale. Le fonctionnement de la société et sa justice voudrait qu’il y ait des maîtres et des esclaves. La Torah intervient contre cette justice de la société pour obliger le maître à libérer son esclave.

 

Effectivement, la Torah fait allusion à une cérémonie à la fin de la 6ème année, si le Eved en question ne veux pas être libéré, s’il n’est pas capable de fonctionner de façon autonome, il préfère avoir un patron, (c’est un fait connu en psychologie sociale : l’immense majorité des citoyens sont incapables de fonctionner comme hommes libres, il leur faut un patron) c’est comme arrivant à la retraite, beaucoup en meurent parce qu’ils sont devenus libres et alors ils en deviennent fous.

 

Un exemple au niveau de la psychologie de l’adolescence :

La crise de l’adolescence est souvent une crise d’angoisse d’avoir à voler de ses propres ailes. L’oiseau qui a peur quitter le nid pour voler de ses propres ailes. Elle touche plus les garçons puisque les filles qui elles ont des ailes, puisqu’elles sont des « demoiselles »...

La Torah va à l’essentiel : dès que la Torah va fonctionner il y aura Eved Ivri.

Il faut voir la collision des deux termes antinomiques : Eved Ivri. Cela ne va pas ensemble !

Là où un homme est vraiment aliéné c’est quand il s’agit d’un homme libre ! Alors si c’est un homme libre qui est aliéné, alors toi libère-le ! C’est la Mitsvah.  

 

Si donc à la 6ème année il ne veut pas avoir le courage de vivre comme un homme libre, alors on l’approche de la Mézouzah, on lui transperce l’oreille. Et le Talmud explique : cette oreille qui a entendu le 1er des 10 commandements « Moi qui t’ai libéré de la maison des esclaves... », on va la poinçonner sur le montant de la porte. Le Talmud discute très sérieusement pour savoir s’il s’agit de la droite ou la gauche. 

 

Q : Pourquoi le Eved Kenaani bénéficie-t’il de l’identité juive lorsqu’il devait être libéré ?

R : Ce n’est pas si simple que cela. On ne peut libérer un Eved Kénaani que s’il accepte d’être juif sinon il est Eved perpétuellement. 

 

Q : Pourquoi le Eved libéré ne prend pas sa femme et ses enfants ?

R : C’est la 1ère question j’ai peut-être trop répondu par allusion : Finalement, il fait partie des instruments de travail qui appartiennent à son maître. Lorsque cet esclave à la 6ème année doit être libéré il refuse et avance l’argument : « j’aime ma femme et veut rester esclave avec elle ».

Mais cela dépend de la femme. Il faut reprendre cela à partir de l’étude de la Guémara.

 

Nous vivons dans des sociétés où tout ceci à travers des siècles, des millénaires, de cultures s’est élaboré d’une certaine manière. Alors il ne faut pas juger les principes de ce que la Torah nous donne à la sortie d’Egypte d’après ce que nous savons nous des sociétés dans lesquelles nous rencontrons ces mêmes réalités. 

 

Quand on étudie cette législation on comprend ce que la Guémara dit à propos de ce verset : « celui qui a acquis un esclave en réalité a acquis un maître ».

Les devoirs du maître vis-à-vis de son Eved d’après la législation talmudique sont exorbitants. Il doit lui donner à manger avant de manger lui-même. S’il a un seul lit, une seule ouverture... il doit les lui donner. Au moment de sa libération, il doit lui donner sa part d’héritage comme s’il était l’un de ses enfants. En vérité, il s’agit d’un apprentissage à la liberté.

 

Dans le système biblique, il n’y avait pas de prison.

La société israélienne n’arrive pas encore à comprendre que la criminalité est fabriquée dans les prisons. J’exgère un peu mai spas tellement. Beaucoup de rabbins tentent de rééduquer ceux qui n’ont pas réussi à être libres et qui finalement sont pris au piège des prisons. Mais la prison n’a jamais éduqué quelqu’un, au contraire. Elle le condamne.

 

Il n’y avait pas de peine de prison. Il n’y avait que deux peines :

Un crime tel que le tribunal avait diagnostiqué une volonté mauvaise et inguérissable : c’était la peine de mort. Le Talmud précise de suite : Un tribunal qui a condamné une fois en 70 ans à une peine de mort est appelé un tribunal d’assassins. Pour dire que c’est exceptionnel. Il y a très longtemps que le Talmud a aboli la peine de mort. Ne pas croire que c’est par évolution des mœurs et des idées de l’humanisme. C’est tout le contraire : dans une société où la condamnation par peine de mort est rare et exceptionnelle. Alors c’est une société qui a un niveau moral tel que si la règle de la moralité était violée la punition serait la mort. Mais une société où il faut sans arrêt punir de la peine de mort, c’est une société qui est tombée si bas qu’on enlève la peine de mort qui n’est plus adaptée. Le fait d’abolir la peine de mort est le signe d’une dégradation morale de la société. 

 

Exemple en pédagogie simple : les enfants ont besoin de recevoir de temps en temps une raclée. Ils la cherchent. Mais si un père de famille donne à son fils une raclée par un an c’est en ordre, mais si c’est tous les jours, c’est le père qu’il faut soigner.

 

Il y a avait donc deux systèmes de peine :

ð  La peine de mort lorsque c’est très grave.

ð  Le Eved Ivri : la mise en apprentissage de liberté davka chez celui chez qui il a fait un dommage, un dol.

 

Effectivement, c’est l’apprentissage de la liberté chez un tuteur. Dans nos sociétés actuelles nous avons oublié cela. Les prisons sont pleines. C’est le système éducatif qu’il faut changer et pas les prisons. 

 

Le Eved est en apprentissage de liberté chez un homme libre. Il ne faut pas raisonner sur les droits et devoirs du Eved comme si c’était un homme libre. Il s’est rangé au niveau des outils de travail du patron qui a plus de devoirs encore vis-à-vis de son Eved...

 

Il ne faut pas projeter sur des données de la Torah des notions de civilisations qui n’ont rien à voir. 

 

La justice israélienne prend pour modèle la jurisprudence anglo-saxonne alors que c’est la société la plus esclavagiste, la plus barbare que le monde ait connu.

 

Depuis la dernière guerre mondiale si vous suivez les interventions de la politique américaine sur les 5 continents, à chaque fois et sans exceptions le résultat a été des dizaines de milliers de morts...

 

C’est important de voir que la Torah a une vision des rapports sociaux qui va directement à l’essentiel : dés que la société va fonctionner – et c’est pour cela que cela s’appelle un Mishpat – la société va fonctionner donc il y aura des « esclaves » hébreux, donc libère-les.

 

Ce n’est pas une loi de justice sociale mais une loi de charité. La Torah intervient : c’est l’achèvement de la sortie d’Egypte, l’achèvement de l’événement de libération. La logique est absolue : juste après les 10 commandements, il faut parler de la libération des esclaves !

 

Q : les villes-refuges quelle est leur place dans ce thème ?

R : Ce n’est pas exactement la même Mitsvah mais cela se relie au même principe : il y a un meurtrier Beshogueg par inadvertance – sans volonté de nuire – selon l’exemple du Talmud : un bûcheron qui est en train d’abattre un arbre et voilà que le fer de la hache lui échappe et frappe un autre bûcheron... Normalement son crime doit être puni par la loi de vengeance. La vendetta corse. Le goel ladam - le plus proche parent – doit venger celui qui est mort. Mais ce n’est pas intentionnel ! Alors la Torah va intervenir pour protéger ce meurtrier par inadvertance en l’envoyant dans une ville refuge. Les villes refuges font partie de l’héritage de la tribu de Lévi dans lesquelles le meurtrier involontaire va être en apprentissage d’homme libre chez les Lévites tant qu’est vivant le grand-prêtre du temps. Une des fonctions du grand-prêtre est de prier pour que cela n’arrive pas qu’il y ait des meurtres par inadvertance.. Si cela arrive, la responsabilité retombe en fin de compte sur le grand-prêtre. Et dès sa mort on libère ce meurtrier par inadvertance. Donc c’est vraiment très parallèle. Les Lévites avaient une manière de vivre exemplaire et on envoyait dans leur villes les gens à rééduquer de la même manière que le Eved était envoyé chez un homme libre pour être rééduqué...

 

Il faut comprendre qu’un acte même non-intentionnel a quand même un agent qui a réalisé cet acte. Ce n’est pas volontaire mais c’est instinctif. Et ce n’est pas l’instinct de n’importe qui. Il faut donc qu’il y ait réparation de faite. Les peines des fautes faites Beshgagah ne sont pas du tout les mêmes que les peines des fautes intentionnelles, mais il faut quand même marquer le coup.

 

Exemple de la faute de violation du Shabat machinalement sans désir de violer le Shabat. Cependant l’acte est fait ! Ce n’est pas n’importe qui qui a fait cela ! Et que signifie d’être inattentif le jour de Shabat ? Il y a quand même une culpabilité même refoulée. Alors il faut donc un apprentissage. 

 

Il y a un principe important de la Torah du point de vue des sanctions : Il n’y a pas de sanction dans la Torah mais il y a une rééducation.

 

Je voudrais expliquer cela de maniére halalkhique :

On n’est jamais puni pour le contenu de la faute que l’on a faite mais pour le fait de l’avoir faite. On n’est pas responsable de son contenu, c’est le fonctionnement du monde qui fait que A amène B.

On est puni pour le fait de s’être mis dans l’engrenage du fonctionnement du monde qui fait que le résultat d’une action peut être un crime.

 

Il y a aucune exception. J’ai étudié cela à la loupe avec mes maîtres dans la Guémara. Pour tout acte interdit, il y a toujours une occasion où c’est permis et c’est un bien. Donc ce n’est pas le contenu de l’acte qui est en question. Et c’est pourquoi la peine, la sanction est toujours formelle. On est puni d’avoir violé la loi.

 

C’est-à-dire qu’il faut se déculpabiliser de toutes ces pseudo-culpabilités que les gens trainent dans leur mémoire.

 

Je vous donne un exemple d’un enseignement important sur ce sujet :

On n’est jamais puni pour une mauvaise intention s’il n’y a pas eu passage à l’acte.

«Une mauvaise intention n’est pas comptée comme une mauvaise action ».

Nous sommes traversés par des pulsions. Nous ne sommes pas responsables des pulsions qui nous traversent mais nous sommes responsables de les laisser nous dominer.

 

Exemple des enfants mal éduqués par leurs parents qui les culpabilisent de choses dont ils sont innocents. Il faut déculpabiliser la conscience. La conscience est exilée dans un monde qui est ce qu’il est et fonctionne comme il est. On ne peut pas être puni du fait que cela se passe comme cela, on est puni du fait de se mettre là-dedans.

 

Beaucoup d’hommes pieux ont des scrupules exagérés. Le scrupule est précisément d’éviter de se risquer dans une tentation. Cela devient parfois exagéré.

 

J’ai en tête les autobus cachères avec un rideau au milieu. C’est le scrupule.

 

Je me souviens d’un ’Harédi chez le Rav Kook qui lui demanda: ais-je le droit de m’assoir à côté d’une femme dans l’autobus ? Réponse du Rav : si cela te gêne, cela t’est interdit !

 

Beaucoup par scrupule passent le temps à ne pas vivre.

Il leur manque le courage de l’homme libre. Cela va dans le mëme sens : C’est des Avadim. 

« Im kébanim im ka avadim» : Les Juifs sont « ou des fils ou des esclaves »

 

***

 

Q : Quelle est la définition de la Shif’ha ?

R : Il faut faire une définition du mot même, c’est la même racine que le mot Mishpa’hah.

Le statut du Eved et de la Shif’hah est différent mais du point de vue social à proprement parler c’est le même problème. 

Il faut garder en mémoire que la société n’est pas adaptée à ces règles. C’est interdit à un homme d’employer une servante, à moins de lui faire un contrat de mariage. Pour qu’elle sache à l’avance et qu’il sache à l’avance que le jour où elle est libérée elle devient sa femme. On n’a pas le droit d’avoir une femme à son service si ce n’est pas sa propre femme. Aujourd’hui des rabbins qui ont des secrétaires, mais c’est interdit par la Torah. Des médecins ont des secrétaires... on sait ce qui se passe, on ne peut pas tricher avec la Torah : un homme n’a pas le droit de faire travailler une femme chez lui sauf si il y a un contrat de mariage.

 

< fin >

 

****

 

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Published by Rav Yéhouda Léon Ashkénazi (Manitou). - dans PARASHAT HASHAVOUA
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