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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 15:32

Mishpatim (1984)

 

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/yitro_michpatim/cours_1

Face B

 

Mishpatim (13:17)

 

21:1

וְאֵלֶּה, הַמִּשְׁפָּטִים, אֲשֶׁר תָּשִׂים, לִפְנֵיהֶם

Ve'eleh hamishpatim asher tassim lifneyhem

 

וְאֵלֶּה  Veeleh – et voici

Le terme ajoute au précédent.

Non seulement cela n’annule pas ce qu’il y a précédemment mais cela ajoute ce dont on va parler à ce dont on a déjà parlé. Quel est l’implication dans notre cas ?

 

Rashi :

וְאֵלֶּה הַמִּשְׁפָּטִים

כָּל מָקוֹם שֶׁנֶּאֱמַר אֵלֶּה פָּסַל אֶת הָרִאשׁוֹנִים וְאֵלֶּה מוֹסִיף עַל הָרִאשׁוֹנִים מַה הָרִאשׁוֹנִים מִסִּינַי אַף אֵלּוּ מִסִינַי וְלָמָּה נִסְמְכָה פָּרָשַׁת דַּיָּנִין לְפָרָשַׁת מִזְבֵּחַ לוֹמַר לְךָ

שֶׁתָּשִׂים סַנְהֶדְרִין אֵצֶל הַמִּקְדָּשׁ

(ס"א הַמִּזְבֵּחַ. וּפֵרוּשׁ בַּעֲזָרָה)

Et celles-ci sont les ordonnances… Partout où il est écrit : élèh (« ceux-ci sont »), le texte implique une rupture avec ce qui précède. Et lorsqu’il est écrit : weélèh (« et ceux-ci sont »), il implique un ajout à ce qui précède. De même que ce qui précède a été proclamé au Sinaï, de même « celles-ci » ont-elles été proclamées au Sinaï. Et pourquoi les lois civiles font-elles immédiatement suite à celles relatives à l’autel ? Pour te dire que tu devras installer le Sanhèdrin près du sanctuaire (Chemoth raba).

 

Sans entrer dans le détail des commentateurs de Rashi, ici la tradition a ce souci particulier de  donner à ces commandements de Mishpatim la même dignité que les lois du Sinaï.

 

La question est finalement très simple et est expliquée par tous les commentateurs de Rashi d’ailleurs : Pourquoi est-il nécessaire que le Midrash insiste sur le fait que telle partie des lois de la Torah fait aussi partie de la Torah ? Toute la Torah est la Torah du Sinaï ! Pourquoi insister sur le fait que les lois de Mishpatim aient la dignité des lois du Sinaï ?

 

C’est un souci beaucoup plus profond : on pourrait croire que seuls les principes généraux, et qui n’engageraient en rien dans le détail, sont la Torah du Sinaï. Beaucoup de croyants de par le monde croient aux dix commandements mais cela ne les engage en rien au niveau d’un code. Et que le code lui est d’un niveau de pratique très inférieur et pas au même niveau de dignité que les grands principes du Sinaï. On retrouve encore le conflit de sensibilité : Israël recevant la Torah sait très bien que les principes qui lui sont donnés doivent être appliqués au niveau des actes. On a donc besoin d’un mode d’emploi, qu’on appelle en hébreu Shoulkhan Aroukh. Le code d’application pratique dans les détails, au niveau de la casuistique la plus fine. C’est-à-dire savoir par l’étude de chaque cas : comment appliquer les grands principes.

 

Exemple classique : « tu aimeras ton prochain comme toi-même » qui équivaut à toute la loi du Sinaï  selon Rabbi Akiva. Le vrai problème est non de savoir contempler ce principe dans sa vérité mais de savoir l’appliquer dans la réalité. Comment faire cela ? Il faut un Shoulkhan Aroukh !

 

Alors, recevoir la Torah du Sinaï sans recevoir les Mishpatim, c’est comme n’avoir que les grands principes, mais comme on manque du code d’application pratique cela reste abstrait…

 

L’histoire juive a traversé une civilisation qui est la civilisation contemporaine depuis 2000 ans, avec toutes les étapes qu’elle a traversé, civilisation qui a fini par choisir comme principe de sa vie spirituelle et religieuse ce verset : « tu aimeras ton prochain comme toi-même » qui a été à la source de violence inimaginable car il manquait les Mishpatim grâce auxquels on applique ce principe.

 

Rashi :

 

Je vous montre la source de l’expression Shoulkhan Aroukh dans le commentaire de Rashi :

Que signifie « tu placeras devant eux » ?

Ne crois pas qu’il suffit de les déposer devant eux, il faut que ce soit suffisamment enseigné pour que ce soit vraiment posé et donné à leur disposition. Leur enseigner plus d’une fois, autant de fois que c’est nécessaire et que ce soit ordonné dans leur bouche et qu’ils soient capable de le répéter comme si c’était toi qui parlais…

 

Au niveau de la pédagogie :

L’enseignement n’a réussi que lorsque l’élève répète ce que le maître a dit : Torah shébé al peh de bouche à bouche. Et non pas de bouche à oreille. Si c’est de bouche à oreille alors la tradition finit par se perdre parce que l’oreille n’entend jamais ce que la bouche a dit. Il faut que la bouche de l’élève répète ce que la bouche du maître a dit. De bouche à bouche.

 

Shoulkhan Aroukh :

אֲשֶׁר תָּשִׂים לִפְנֵיהֶם

אָמַר לוֹ הַקָּבָּ"ה לְמֹשֶׁה לֹא תַּעֲלֶה עַל דַּעְתְּךָ לוֹמָר אֶשְׁנֶה לָהֶם הַפֶּרֶק וְהַהֲלָכָה ב' אוֹ ג' פְּעָמִים עַד שֶׁתְּהֵא סְדוּרָה בְּפִיהֶם כְּמִשְׁנָתָהּ וְאֵינִי מַטְרִיחַ עַל עַצְמִי לַהֲבִינָם טַעֲמֵי הַדָּבָר וּפֵרוּשׁוֹ לְכָךְ נֶאֱמַר אֲשֶׁר תָּשִׂים לִפְנֵיהֶם כַּשֻּׁלְחָן הֶעָרוּךְ וּמוּכָן לֶאֱכוֹל לִפְנֵי הָאָדָם

Que tu placeras devant eux… 

Le Saint béni soit-Il a dit à Mochè : « Ne t’imagine pas qu’il puisse te suffire de leur enseigner un chapitre ou une loi deux ou trois fois jusqu’à ce qu’ils les connaissent dans leur mot à mot, sans devoir t’astreindre à leur en faire comprendre les raisons et la signification ! » Voilà pourquoi il est écrit : « que tu placeras devant eux », c’est-à-dire comme une table dressée, préparée pour le repas devant l’homme »

 

Tout est préparé, il ne manque qu’à se servir.

[Avec le temps le Shoul’han Aroukh cela devient l’inverse.]

 

Il faut bien comprendre que le code a la même dignité que les principes du Sinaï.

Pourquoi restituer cette dignité aux Mishpatim ?

C’est à cause de cette tendance de l’homme de couper le niveau de son expérience spirituelle en deux : la révélation des grands principes au Sinaï et leur application dans le détail.

 

Je donne souvent l’exemple classique du « Amar Rabi Akiva : veahavtah reakha kamokhah Zeh klal gadol batorah »- Le Pshat c’est que Rabbi Akiva enseignait que ce verset « tu aimeras ton prochain comme toi-même » c’est un grand principe de la Torah. Pour l’appliquer il faut tout le Shoulkhan Aroukh. Un de mes maîtres lisait le verset ainsi : « veahavtah reakha kamokhah - Zeh klal shel gadol batorah = C’est le principe d’un grand dans la Torah ! Il faut déjà être grand en Torah pour pouvoir vivre ce principe, car sans la Torah on ne peut pas appliquer cela.

 

En conclusion : Bien comprendre que les Mishpatim ont la même dignité que les ’Houkim du Sinaï

Le code a la même dignité que les 10 commandements. Les grands principes sans leurs casuistiques, leur science du détail pour chacun d’entre eux, devient inefficace, et inopérant. Et je pense que cela sera sûrement le bilan du jugement de l’histoire sur la civilisation contemporaine. C’est une civilisation basée sur de très grands principes humanistes et moraux et de vérités morales. mais faute de volonté d’application de ces grands principes dans le détail des comportements, par manque de Shoulkhan Aroukh, cette séparation entre la moralité contemplée et la légalité appliquée a fait que cette civilisation est devenue une civilisation de l’échec dans la violence.

 

Enseignement du Shlah :

De quoi va parler dès le début la Torah de Mishpatim, la jurisprudence ?

« S’il y arrive qu’il y a un esclave hébreu, libère-le… »

C’est l’achèvement de la sortie d’Egypte. Le principe fondamental des 10 commandements qui commence par : « Je suis celui qui t’a fait sortir de la maison des esclaves...et voici Ma loi... » 

 

Le 1er souci, si cela commence, dans quelque circonstance que ce soit avec une aliénation, la Torah va intervenir pour libérer. Il y a des conditions, il y a des procédures, tout cela s’étudie dans le Shoulkhan Aroukh pour ce problème.

 

Nous avons donc à faire à deux types d’hommes dans la société d’Israël :

ð  Les 1ers, ceux qui sont déjà compatibles aux principes du Sinaï, les hommes qui vivent selon la Torah.

ð  Les 2nds sont ceux que après l’échec on a récupéré, après l’échec on a réhabilité, après l’échec on a libéré. On pourrait croire à une différence de dignité entre les deux, alors le Midrash que Rashi nous cite intervient au niveau cette fois des personnes et non pas seulement des lois en disant מַה הָרִאשׁוֹנִים מִסִּינַי אַף אֵלּוּ מִסִינַי  

 

De même que les Hébreux qui n’ont fauté pas par rapport aux 10 commandements n’ont pas eu à retomber dans la situation d’aliénation ( la 7ème année on les libère et on les réhabilite) de même que les 1ers qui n’ont pas fauté sont les hommes du Sinaï, de même sache que les autres aussi, libérés après l’échec sont aussi des hommes du Sinaï. Nous lisons la même formule mais à deux niveaux radiclement différents. Pour la première lecture Pshat on parle des lois, pour la 2ème lecture il s’agit des hommes concernés par ces lois. 

 

Résumé :

De même que les 10 commandements sont du Sinaï, les lois énoncées en Mishpatim sont du Sinaï.

Dans une autre lecture, il s’agit des hommes de cette loi : de même que les 1ers dont la charte d’identité était la loi du Sinaï sont restés des hommes libres du Sinaï, de même ceux qui ont trébuché et qu’on a réhabilité par la suite, ceux-là seront appelés les hommes du Sinaï par la suite.    

Il n’y a jamais le principe abominable du casier judiciaire dans l’ordre de la Torah.

A partir du moment où il y a réhabilitation, l’effort moral est d’oublier ce qui s’est passé. Alain dans ses carnets de notes : « surtout me rappeler d’oublier ce que untel m’a fait ». Faire l’effort d’oublier ce qu’il m’a fait. L’existence du casier judiciaire nuit à l’existence sociale. A partir du moment où il y a expiation il n’y a plus de casier judiciaire. Il faut remarquer à quel point les rapports sociaux sont intoxiqués par le casier judiciaire.  

 

C’est donc l’enseignement du Shla’h :

De même que ceux qui étaient du Sinaï avant la faute sont du Sinaï, de même ceux après la faute qui sont réhabilités sont aussi du Sinaï.

Conclusion : Je crois que j’ai consolé les Baalei Téshouvah : Vous avez le même niveau que les autres ! 

< fin >

****

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Published by Rav Yéhouda Léon Ashkénazi (Manitou). - dans PARASHAT HASHAVOUA
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