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19 décembre 2009 6 19 /12 /décembre /2009 20:23

MIKETS (1984)

 

 

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/mikets_serie_1984/cours_1

Face A

 

Du chapitre 41 au chapitre 44 verset 17.

 

Je prends comme postulat que vous connaissez le récit de la Parashah de Vayeshev.

 

Dans la Parashah précédente deux récits entremêlés: le récit de Joseph d’abord qui est le gros plan du récit de la fin du livre de Béréshit, et puis le chapitre 38 qui est une sorte de parenthèse qui met déjà en place un récit concernant l’histoire de Juda. 

 

La question étudiée la dernière fois : comment comprendre que Jacob semble se retrouver plus en Joseph que chez les autres frères? Cf. Midrash Raba à ce sujet. 

 

Important d’avoir très clairement à l’esprit : nous avons souvent rencontré ce thème qu’il y a deux périodes d’identité radicalement différentes dans l’histoire d’Israël. La période des pères et la période des fils.

 

La Torah s’adresse aux Bnei Israël. Il faut que la descendance des Avot les pères se constitue en nation. Et c’est à partir du moment où elle s’est constituée en nation que nous avons le temps de référence de la révélation. Tout ce qui est avant nous est donné comme introduction à ce qui commence au moment où la descendance des Avot - Abraham, Isaac et Jacob - à travers la sélection d’identité, se constitue en Klal, en nation, en collectivité.

 

Rappelez-vous de façon simple que le verset clef de la Torah ou de la prophétie c’est « Daber El Bénei Israël ». Il faut comprendre cette expression très littéralement : « Parle aux enfants d’Israël ». Cette expression désigne la descendance des Avot en tant qu’elle est devenue une collectivité, un peuple avec ses attributs, une nation.

 

C’est important de le remarquer et d’en comprendre la signification elle-même, parce que l’histoire que raconte la Bible et en particulier le récit historique de la Torah, c’est l’histoire de la recherche d’un salut à travers l’histoire de l’humanité toute entière.

 

On commence par un premier enseignement qui est le postulat de tout le récit, c’est que l’humanité toute entière forme un seul ensemble, un seul corps, si j’ose dire, une seule histoire. Cela commence avec Adam Harishone qui est le principe de l’identité humaine et de l’universel humain. L’histoire des Avot prend le récit en cours de route, il s’est déjà passé énormément d’épisodes, énormément de tentatives de civilisations à l’échelle universelle. La Torah nous raconte pour l’essentiel de son objectif qui est de donner une préface à l’histoire d’Israël, l’essentiel dans telle ou telle lignée, quels sont les progrès depuis le premier homme jusqu’à Abraham, et quelles sont surtout les impasses d’échec et les problèmes dans cette identité humaine qui émerge avec Abraham et qui deviendra Israël.      

 

Alors il est important de mettre en évidence que nous n’avons pas du tout ici le récit d’une histoire qui se cherche des héros exemplaires, lesquels auraient pu être fondateurs d’une tradition religieuse de prétention universaliste. Comme un héros qui se donnerait dans sa propre aventure individuelle comme modèle à des disciples. Il ne s’agit pas du tout de cela dans le récit que nous donne la Torah.

 

D’emblée, dès que l’on comprend cela, il y a de nouveau à reprendre cette expression qui est révoltante pour le type de cultures auxquelles nous sommes habitués dans la culture occidentale : Il y a deux manières d’être homme : Israël d’un côté, et tous les autres de l’autre, en particulier pour ce sujet. Dans toutes les autres traditions (avec une exception peut-être pour l’islam), il y a un héros exemplaire qui va servir de modèle personnel à une expérience religieuse, une recherche du salut.

 

Cf. le phénomène des sectes qui est tellement grave et dangereux et très répandu de notre temps d’ailleurs indépendamment des grandes religions classiques qui ont aussi une espèce de héros légendaire fondateur présentant son modèle propre à l’imitation, il  a un phénomène extrêmement massif de notre temps en Israël comme hors d’Israël avec toujours cet être d’exception qui se présente comme modèle à l’imitation.

  

Parce que ce qui se cherche n’est pas le salut des élites, mais le salut de la création du Créateur, à l’échelle universelle.

 

Et donc, si nous étions dans une tradition non juive, non hébraïque, alors il aurait suffit d’un héros comme Abraham, et puis aussi tous les autres, pour avoir dans la synagogue la chapelle de Saint Abraham, la chapelle de Saint Isaac, de Saint Jacob…etc.

L’histoire du salut aurait été scellée par le fait qu’un homme aurait réussi et se serait présenté en modèle à l’imitation. Mais finalement, à la limite, ne seraient sauvés que les imitateurs, les disciples du modèle.

 

Et c’est cela qui se cherche dans l’expérience religieuse telle qu’elle est décrite par la Torah et qui commence par le postulat qu’il y a un Créateur qui a créé un monde et c’est l’histoire de ce monde à l’échelle universelle qui est en question.

 

C’est pourquoi il faut attendre que cette identité qui se forge et s’engendre et émerge à travers l’espoir des patriarches, les Avot, les engendreurs, devienne une nation à l’échelle collective. Car c’est à l’échelle collective qu’elle peut être déléguée de l’humanité en tant que collectivité, ce que des individus ne peuvent pas représenter. Fussent-ils des Tsadikim authentiques comme Abraham, Isaac ou Jacob, ou les autres de l’histoire d’Israël! A partir de chacun des piliers de l’histoire d’Israël. Il y en a que 7 qui sont Avraham, Its’haq, Yaaqov, Mosheh, Aharon, Yossef, et David ou Shlomo.

Dans la Guémara de Sanhedrin 98a où l’on cherche le nom du Mashia’h on cite des versets pour appuyer le fait que dans telle Yeshivah on nomme le Mashia’h de telle façon tout simplement parce que c’est le nom du Rosh Yeshivah, et les Rashé Tévot des 4 noms proposés font le nom Mashia’h:
 

Sanhedrin 98a

 

La Guémara demande : quel est le nom du Mashiach? Elle donne plusieurs réponses: les élèves de Mena’hem disent que son nom est Mena’hem. Les élèves de Shiloh disent que son nom est Shiloh. Les élèves de Yanai disent Yanai, et les élèves de ‘Hanina disent ‘Hanina.

 

Les Rabbanim disent, Son nom est ‘Hivra dvei Rebbi – le Metzora de la maison de Rebbi. Mashia’h est appelé un Metzora parce que tout comme un Metzora souffre, Mashia’h souffre pour les péchés des Bnei Yisroel.

 

Chaque partie, chaque tribu, chaque ensemble, à quelque niveau que ce soit, de l’identité d’Israël a sa figure de prou qui est dans le sens même de ce qui se cherche à l’échelle collective. Mais jamais il n’y a eu ce comportement de l’expérience religieuse des Goyim qui consiste à considérer que le salut est acquis dans l’expérience de l’individu, fut-il exemplaire, qu’il suffirait d’imiter.

 

Il est important de comprendre cela que il faut qu’Israël soit constitué en nation pour que commence le temps des enfants d’Israël auxquels la Torah s’adresse.

 

D’une certaine manière, l’histoire des Avot c’est la préhistoire d’Israël.

Il n’y a aucune commémoration de commencement qui ferait que l’histoire commence à la commémoration de l’histoire d’Abraham. Alors que l’histoire d’Israël commence comme tel en tant que l’événement fondateur de cette histoire en tant que collectivité.

 

Retour au sujet :

L’identité "père" est attribuée à ceux qui sont capables de récapituler en eux toute l’identité antérieure. Alors que l’identité "fils" est attribuée à ceux qui sont capables d’être fidèles au projet des pères.

 

Si vous suivez cela dans le déroulement des générations : un stade d’identité "père" c’est celui qui a été capable de récapituler tout ce qu’il y a eu avant lui.

« Natal zerakh koulam » dit la Mishnah : « il hérite, il récapitule le mérite de tous »

C’est dire que à la limite l’histoire que raconte la Torah aurait pu commencer à Abraham. Elle commence avec le premier homme pour indiquer l’objet universel de ce que cherche cette histoire. Cela ne commence vraiment qu’au stade des Bnei Israël.  

 

Retour à notre Parashah:

Dès qu’on commence à lire l’histoire de Joseph en Egypte -  Pararshat Miqets à partir du chapitre 41 -  on a quand même l’impression de lire un récit merveilleux, dans le sens étymologique du terme, c’est-à-dire quelque chose qui ne se passe pas dans la vie quotidienne. Cela ressemble à un conte de fée. Voilà l’histoire d’un enfant vendu comme esclave qui finalement a fait ses premières armes de la cour du Pharaon d’Egypte, et après les péripéties racontées dans la Parashah précédente, en fin de compte, il se trouve être enfermé dans un cachot. J’emploie volontairement le terme de cachot qui fait partie du vocabulaire des contes de fée. Nous dirions plus historiquement un camps de concentration. Et puis voilà que le Pharaon se met à rêver, encore une autre indication du merveilleux : personne n’arrive à expliquer les rêves du Pharaon, mais vous avez du remarquer qu’un petit enfant du Talmud Torah pourrait expliquer les rêves du Pharaon ! On profite bien sûr de l’explication qu’a donné Joseph et de la grande familiarité qu’on a à travers les siècles avec l’explication de Joseph. Mais même quelqu’un sans culture biblique qui n’aurait pas de mémoire de Talmud Torah en lisant ce récit aurait au moins l’hypothèse que les rêves du Pharaon concernent le risque d’un déréglement de l’économie de son pays !  Il y aurait d’abord des années d’abondance et ensuite des années de famine : c’est donc un point à exliquer : que signifie qu’on ait besoin de Joseph dans le récit pour expliquer quelque chose de si élémentaire apparemment? Surtout le fait que les savants de l’Egypte, dans le vocabulaire du Midrash les sorciers de l’Egypte, disons les mages, n’arrivent pas à expliquer  ces rêves-là !?

 

Le Midrash nous dit que les savants qui conseillaient le Pharaon avaient à leur disposition toute une série d’hypothèses d’explications de ces rêves. Mais ils ne pouvaient pas envisager l’hypothèse de Joseph, l’explication réelle qui elle troublait la conscience ou l’inconscience du Pharaon qui sentait lui-même qu’il n’était pas satisfait par les explications que ses sages lui donnaient.

 

C’est que la conscience égyptienne, étant donné sa religiosité propre, était conditionnée de manière telle que l’hypothèse explicative de Joseph était par définition une hypothèse absurde. L’économie ne se dérègle pas lorsque la divinité principale qui rêgne sur l´économie s’appelle le Nil, érigé en divinité.

 

Je fais une échapée très rapide sur ce qu’on pourrait appeller la mentalité orthodoxe des sociologues marxistes soviétiques. Encore aujourd’hui à la radio : celui qui n’admet pas les normes de la société soviétique est envoyé en asile psychiatrique parce qu’il est considéré comme fou. Il y a là quelque chose d’incompréhensible à la conscience occidentale. Et malheureusement, on a finit par s’y habituer. Il y a eu quand même des réactions. Cela rappelle ce qui se passait au moyen-âge avec l’inquisition. C’est la même mentalité. Ces prêtres qui étaient d’autre part capable de faire des sermons sur l’amour du prochain, étaient finalement persuadés qu’il fallait sauver les mécréants en les brûlant. S’ils ne croyaient pas dans le dogme de l’église catholique c’est qu’ils étaient fous, et donc il fallait faire quelque chose pour eux… 

Il y a une sorte de crispation, de cristallisation, d’une certaine orthodoxie de pensée qui fait que l’explication la plus simple qui pourrait résoudre tel ou tel probleme qui se pose dans le courant de l’histoire est rejeté à priori comme injure, comme blasphématoire, comme à traiter dans un asile psychiatrique...

 

D’après les données du Midrash, et aussi d’après les données de l’histoire des religions, on s’aperçoit que le style de religiosité de cette époque était ce que j’appelle une orthodoxie de pensée. 

Orthodoxe : celui qui suit la voie droite. Mot grec Orto doxia : l’enseignement droit, la doctrine droite. Il y a à mettre en évidence ce danger de l’esprit d’orthodoxie. L’esprit d’orthodoxie c’est lorsqu’on se fixe sur une idéologie et que si la réalité dément cette idéologie c’est la réalité qui a tort, c’est elle qui est folle, au nom de l’idéologie. Cela aboutit de suite au totalitarisme.

 

Il y avait une conscience religieuse de base : la vie de la société humaine à la manière de la vie biologique chez les espèces animales est soumise à des lois de nature qui comme toutes les lois de nature n’ont pas d’exception. Il y a donc une régularisation des comportement de la société humaine par des divinités caratérisées à cette époque dans des styles différents suivant les continents, mais ce sont finalement les mêmes dans l’essentiel fondamental: les lois de la nature érigées en divinités. Cette mentalité se retrouve dans le matérialisme dialectique. A partir du moment où l'on a un principe déterministe aussi absolu projeté à l’échelle de la vie dans la société humaine, dans les faits sociaux, dans le phénomène humain, alors il y a incapacité de tenir compte du facteur liberté.

 

Cela vous explique un peu l’analogie que nous venons de faire entre les deux types de mentalités. J’ai beaucoup schématisé ce problème mais il est bien évident qu’il apparaitra un jour clairement que cette mentalité du laïcisme idéologique matérialiste dialectique c’est finalement si vous voulez la conscience païenne laïque. C’est le même fonctionnement.

 

C’est la raison pour laquelle le Pharaon n’arrive pas à comprendre son rêve, et surtout que les sages autour de lui n’arrivent pas à lui donner une explication qui le satisfasse.

 

Le Midrash (Béréchit Rabba 89, 6) donne des exemples au nom des sages de l’Egypte :

 

Midrach Berechit Raba, 89, 6

"Il manda tous les magiciens … mais nul ne put lui en expliquer le sens" : Rabbi Jehochoua de Sikhnin enseigne au nom de Rabbi Lévi : certes, il y avait des interprètes, mais leurs voix n’atteignirent pas ses oreilles, comme par exemple : les sept vaches grasses, signifiant : tu engendreras sept filles ; les sept vaches maigres : tu enterreras sept filles. Ils ajoutaient : les sept beaux épis impliquent que tu conquerras sept provinces ; les sept épis maigres, que sept provinces se révolteront contre ton autorité. C’est l’illustration même du verset : "le persifleur recherche la sagesse : elle lui échappe" (Proverbes 14 ;6). Tel est certes le cas des magiciens d’Egypte, tandis que la suite même du verset : "Le savoir est d’un accès facile pour l’homme intelligent" se réfère à Joseph.

 

On pourrait faire l’analyse du contenu de ces Midrashim, mais finalement l’idée que l’économie puisse se dérégler - alors que c’est dit Pshat, c’est dit « à rêve ouvert » si j’ose dire, il n’y a pas à faire d’effort pour décrypter cela - ça ne peut pas être pris au sérieux.    

 

Alors c’est pourquoi la Torah va nous indiquer que Joseph est nommé très précisément à cette occasion Naar Ivri, un adolescent hébreu. C’est dire qu’il faut l’identité hébraïque pour percevoir cela que le monde n’est pas soumis à une fatalité aveugle de comportements impersonnels.

 

C’est un Pharaon qui rêve ? Alors que c’est normalement les patriarches qui rêve !

 

Q : comment est-ce que Pharaon … ?

R : Parce qu’il l’a entendu. Je vous donnerais tout à l’heure l’exemple de la psychologie contemporaine. Quelqu’un qui est l’objet d’un trouble psychique – et ici 41:8: Vatipaaém Rou’ho וַתִּפָּעֶם רוּחוֹ c’est vraiment la définition du complexe – son esprit était comme une cloche qui résonnait à cause d’un noyau dur qui la faisait résonner…

Il peut y avoir un certain nombre d’hypothèses mais surtout il y a un phénomène de refoulement qui joue, et il faut que quelqu’un le lui fasse dire. La formule du Talmud qui parle de l’explication des rêves indique : l’explication du rêve vient d’après la manière de raconter le rêve. Rolefet al hapeh 

Ce Pharaon n’est pas n’importe qui. Je vous ai préparé un dossier d’érudition très judicieuse concernant les dynasties égyptiennes. Un de mes élèves a fait un travail d’étude colossal : il a étudié toutes les dynasties tels que les historiens les ont expliqué pour voir qu’il y a confusion à ce sujet puisqu’il n’y a aucune trace du passage des Hébreux d’après les égyptologues. Finalement, il a restitué l'identité du pharaon dont il s’agissait. Le Pharaon de Joseph si je me rappelle bien il s’appelle Téti (?) premier qui a vécu 90 ans et a rêvé 90 ans. Le fait de situer cette généalogie finalement redistribue complétement les correspondances de calendrier entre le calendrier hébraïque et le calendrier universel. Cela fait plusieurs fois que je lui demande de préparer une conférence ou un séminaire pour cela. Il ne parle pas en public alors c’est difficile d’arriver à le décider. Mais je crois que je finirais par le décider.

 

Il y a là un phénomène qu’il faut caractériser : ce Pharaon nous est très sympathique. Remarquez à quel point il va se cacher, s’effacer derrière Joseph au moment où il va l’installer sur le trône. Ce n’est pas n’importe quel Pharaon, c’est un Pharaon qui rêve !

Cela veut dire qu’il est presque candidat à l’identité hébraïque.

 

J’ouvre un parenthèse sur une des rêves antérieurs. Pas celui de Joseph ni celui des ministres de Pharaon mais le rêve de Jacob. Je vous l’avais souvent cité mais je crois que c’est très important de le comprendre. Le verset (28:12) qui en parle dit ceci :

וַיַּחֲלֹם, וְהִנֵּה סֻלָּם מֻצָּב אַרְצָה, וְרֹאשׁוֹ, מַגִּיעַ הַשָּׁמָיְמָה

Vaya’halom véhineh soulam moutsav artsah

Maguiyaa hashamayimah

Il rêva et voici une échelle dont le pied était en direction du sol, et le haut de l’échelle arrivait jusqu’aux cieux…

 

Et là les Midrashim donnent tout une série d’explications à la question: qu’est-ce que cette échelle ?

Qu’est-ce qui est représenté par ces anges qui montent et qui descendent ?

Vous avez du remarquer que c’est un ordre inhabituel, auquel on ne s’attend pas :

וְהִנֵּה מַלְאֲכֵי אֱלֹהִים, עֹלִים וְיֹרְדִים בּוֹ

VéHineh Malakhei Elohim Ôlim véYordim Bo

Et voici les anges divins montaient et descendaient sur elle.

 

On ne s’y attend pas du tout : si déjà on parle d’anges alors il faudrait d’abord les voir descendre du ciel pour remonter ensuite, mais là le verset dit bien que les anges montent et descendent!

 

Les Midrashim donnent un certain nombre d’explications sur ce que cela représente et signifie. Tout ce qu’ils citent comme explication se sont des réalités de communications entre le ciel et la terre.

 

Pour schématiser le problème nous allons le prendre par postulat : depuis la destruction  du temple nous sommes dans une de ces époques où semble-t’il l’horizon qui relie le ciel et la terre en réalité les sépare. C’est bouché ! Il ne se passe rien apparemment. Et nous avons une mémoire de traditions, en particulier de la Bible, qui nous parlent d’une temps où il y avait communication. Donc, il y a des temps où il y a communication et il y a des temps où il n’y a pas communication.

 

A moins de considérer comme légendes tout ce dont toutes les traditions ont parlé – et je crois qu’il y a une seule tradition dans laquelle on a été réfractaire à ce postulat de légende, c’est bien la tradition juive. La Bible ne parle pas de légende, même si ceux qui sont déjudaïsés pensent que ce sont des légendes parce que la Bible parle de l’histoire concrète d’un peuple historique concret qui se passe comme elle le dit. C’est un sujet pour lui-même. C’est le titre d’un des livres des archéologues su siècles dernier : « la bible a dit vrai ». La Bible a dit vrai, non parce qu’on a trouvé des stelles de peuplades de telle ou telle antiquité qui font allusion à ce dont parle la Bible, la Bible a dit vrai parce que il y a une révélation qui concerne l’histoire d’un peuple et sa mémoire. Ce n’est que parce qu’on risque de perdre la mémoire qu’on a besoin de livres écrits et de stelles gravées. Mais si on n’avait que des livres écrits et des stelles gravées sans le peuple  concerné il n’y aurait plus de mémoire.

 

Rappelez- vous ce qu’on a étudié à propos de ‘Hanoukah : la raison pour laquelle l’histoire de ‘Hanoukah n’a pas été mise par écrit parce que l’objectif des Grecs était d’annuler cette mémoire. Et si on avait mis par écrit cette histoire de la victoire des Makabi contre les Grecs cela aurait signifié que les Grecs avaient gagné leur objectif. On en aurait fait un livre. C’est difficile à comprendre directement mais réfléchissez à ce thème-là. Indépendamment des raisons concrétes que l’on peut citer et elles sont nombreuses, pourquoi la tradition n’a pas de livre concernant ‘Hanoukah, c’est une des raisons les plus profondes que l’on peut mettre en évidence.

 

Voilà donc que le Midrash nous explique ce qui se passe apparemment dans ces rêves par des phénomènes qui sont décrits d’autre part dans la Bible comme des phénomènes concrets et réels. Le phénomène de la prière est aussi dans ce sens-là :

Quelque chose qui monte de l’homme vers Dieu et redescend vers l’homme en exaucement de prière. Le phénomène de la prophétie : quelque chose qui descend de Dieu vers l’homme et remonte de l’homme vers Dieu en prières. Le phénomène des sacrifices… les phénomènes de la communication entre le ciel et la terre.

 

Alors je crois que ce verset nous indique l’importance du rêve dont parle la Torah. Le Talmud en parlant du rêve dont parle la Torah dit : le rêve est le 60ème de la prophétie.

Bien entendu cela signifie qu’il y a deux catégories de rêve : une catégorie purement onirique : un déroulement d’images qu’on appelle les hirhurim :  les préoccupations de la journées reviennent dans la nuit sous forme d’images codées. Cela peut être facilité si on a une digestion lourde. Mais il ne s’agit pas de ces rêves-là. Il s’agit du rêve que je vais essayer de vous décrire d’après ce verset.

 

Le verset dit :

וַיַּחֲלֹם, וְהִנֵּה סֻלָּם מֻצָּב אַרְצָה, וְרֹאשׁוֹ, מַגִּיעַ הַשָּׁמָיְמָה

Vaya’halom véhineh soulam moutsav artsah

Il rêva et voici une échelle dont le pied était en direction du sol.

 

Le verset n’a pas dit : Il a rêvé et dans son rêve il a vu une échelle…

Le verset dit : il a rêvé, alors il y a eu une échelle…

Cela veut dire que puisqu’il a été capable de rêve alors il y a eu communication entre la terre et le ciel. Et  cette communication qu’est-elle ? Le Midrash dit : c’est  la prière, les sacrifices, la prophétie… Mais cela se passe dans la réalité et non dans le rêve ! Alors qu’est-ce que le rêve ?

Le rêve c’est cette capacité préface à la prophétie, le présentiment du projet du Créateur. A quoi rêve-t’on ? A ce que Dieu a voulu que notre existence soit.

 

On a remarqué que le rêve a été comparé au pain pour le corps. Le pain pour le corps et le rêve pour l’esprit : Lé’hem - ‘Halom. Il y en a dautre d’ailleurs à tous les niveaux de l’être mais déjà ces deux-là sont significatifs. De la même manière que le corps a besoin de Lé’hem pour exister, le ‘Halom est la nourriture de l’esprit.

 

Voilà que nous avons affaire à un Pharaon qui rêve.

Tout ce que je voudrais vous citer du point de vue des généalogies des dynasties égyptiennes, c’est que les historiens grosso modo parlent d’un changement de dynastie à un certain moment de l’histoire de l’Egypte et l’installation d’une dynastie monothéiste. Les Hyxos sont des envahisseurs de l’Egypte à ce moment-là. Ils ne sont pas des Egyptiens.  

Les historiens des religions en profitent pour dire que les Hébreux n’ont rien inventé et que précisément ils ont appris le monothéisme de cette dynastie égyptienne. Vous voyez comment les historiens travaillent : pour expliquer quelque chose qui leur apparait comme un mystère, alors ils inventent un autre mystère beaucoup plus difficile à expliquer.

Que les Hébreux soient les dépositaires du monothéisme il faut en fin de compte dissoudre cela, il faut noyer cela, par antisémitisme bien entendu, mais on ne peut pas annuler les faits, il faut donc un commencement. Alors on va inventer un monothéisme égyptien que les Hébreux auraient imité… Alors que le Midrash nous parle exactement de la chose inverse. Joseph fait tout ce qu’il peut  pour « monothéïser » l’Egypte. Je vous citerais les versets avec Rashi.

 

Mails il n’en reste pas moins que Joseph ne peut être ce Joseph de l’Egypte que parce qu’il y a eu ce Pharaon-là. Voilà donc un Pharaon qui rêve : cela veut dire qu’il est candidat à l’identité hébraïque et il va garder une place très importante dans l’histoire de la Torah.

 

**

 

Sans avoir à récapituler les événements du récit biblique on peut se demander ce qui se cache derrière cette histoire d’un Joseph ?

On va partir d’un verset : Chapitre 42 verset 2 :

 

Je vais essayer de vous expliquer une expression qui revient beaucoup dans ce chapitre et qu’on trouve déjà au premier verset de ce chapitre. Surtout au verset 2 du même chapitre.

 

וַיֹּאמֶר--הִנֵּה שָׁמַעְתִּי, כִּי יֶשׁ-שֶׁבֶר בְּמִצְרָיִם; רְדוּ-שָׁמָּה וְשִׁבְרוּ-לָנוּ מִשָּׁם, וְנִחְיֶה וְלֹא נָמוּת

Et Jacob vu qu’il y avait Shever dans l’Egypte.

 

Shéver : racine Shvor – Shavér brisé.

 

Expression dont on va se servir au niveau du récit pour dire « on battait le blé ».

  יֶשׁ-שֶׁבֶר בְּמִצְרָיִם Ceal veut dire finalement que à tous les niveaux du systéme économique, il y a de quoi faire marcher le moulin. Ensuite, par conséquent, cela arrive jusqu’à la notion de mashbir  tel qu’on le trouve dans l’hébreu moderne : celui qui dispose des marchandises. De quoi vendre à ceux qui veulent acheter. L’enseignement de Kabalah qui vient du Ets ‘Hayim a retenu l’expression qui est très souvent répétée dans ces récit. Et c’est de ce récit qu’on apprend la signification de ce terme : on a trouvé quelque chose à manger alors qu’il y a la famine : Yesh Shever BaMitsraïm !

Littérallement il faudrait traduire : « il y a de la casse en Egypte ».

 

Le postulat est finalement très simple à comprendre : dans toutes sociétés, dans toutes civilisations, il y a une partie des valeurs de l’universel. Seulement elles sont enfouies dans une gangue, une coquille, une peau, une Qlipah comme on dirait en hébreu. Arrive un temps où l’on est occupé  à casser cette Qlipah. Et donc toutes les valeurs se dévoilent. Voilà ce qui se passe. Et cela commence à se passer au niveau de la nourriture. Rappelez-vous le 1er rêve de Joseph voyant des gerbes de blés. Il a exprimé ce présentiment d’une mission qui existait pour lui à aller là où il aime le plus, à en faire des gerbes pour les mettre en réserve et les donner à toute la terre lorsque ce serait un temps de famine. Derrière cette image du rêve, le pressentiment qu’il y a là est quelques chose de beaucoup plus important. C’est dire que Joseph avait cette dimension de l’identité d’Israël qui va aller aider à cette « casse », dont on est en train de parler, qui se passe queque part et qui va y amener une fécondité qui ensuite va mettre en réserve toutes ces valeurs de telle sorte qu’au moment de la Guéoula, au moment de la délivrance, au moment de la fin de l’exil, elle puisse être enlevée du lieu de l’impureté où elle se trouvait, enfouie, sanctifiée, dans l’identité d’Israël à titre et à l’échelle de l’universel.

 

C’est la raison pour laquelle lorsque Jacob comprend cela, alors il se résoud à laisser descendre ses enfants  en Egypte.

 

Et Jacob vit qu’il y avait de « la casse » en Egypte ?

Midrash s’interroge : qu’est-ce que cela  signifie ? Il a vu par le Roua’h haQodesh. Il n’arrive pas encore selon le Midrash à savoir clairement qui travaille là-bas, mais cela il le sait, il a le pressentiment…/…

…/…

lire la suite

 

 

 

***

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