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19 décembre 2009 6 19 /12 /décembre /2009 20:25

MIKETS (1984) - 2ème Partie.

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/mikets_serie_1984/cours_1

Face B

 

Je vous donne un exemple dans l’histoire : à un certain moment de correspondances entre l’histoire de la civilisation contemporaine et du développement de l’histoire des communautés juives, on s’aperçoit qu’après la renaissance toutes les valeurs de la civilisation ont été remises en question. Les méthodes de toutes les sciences ont changé et la science a fait un bond énorme dans toutes les directions. Or, cette période est très exactement celle de la sortie des Juifs des ghettos d’Europe. Derrière toutes les évolutions des methodes des sciences se trouve un petit juif sorti du ghetto avec le rêve d’un Joseph. En particulier l’école de Vienne a été extrêmement importante dans ce schéma.

C’est quelque chose qui peut être mis en analogie avec ce qui se passe à ce moment-là en Egypte. L’histoire de cette première phase de Joseph en Egypte: pousser à l’accélération de ce mouvement  de civilisation et la faire éclater. Joseph y met la fécondité, mais avec une accélération telle que cela finit par éclater. Et les valeurs qui étaient cachées, qui étaient enfouies, se dévoilent. A ce moment-là, le temps de la sortie d’Egypte est arrivé, et Israël sort d’Egypte emportant avec lui ce qui était sanctifiable des valeurs de l’Egypte. Dans l’histoire personnelle de Joseph tel qu’il a vu sa propre vocation, il avait dans la première partie une stratégie différente : c’est d’aider et de collaborer au développement de ces valeurs mais au titre de l’Egypte elle-même. C’est là qu’est le conflit entre Joseph et Judah dont on a parlé dans les récits précédents.

 

וַיֹּאמֶר--הִנֵּה שָׁמַעְתִּי, כִּי יֶשׁ-שֶׁבֶר בְּמִצְרָיִם

Vayar Ya'akov ki yesh-shever beMitsrayim

Et Jacob vu qu’il y avait 'Shever' dans l’Egypte.

; רְדוּ-שָׁמָּה וְשִׁבְרוּ-לָנוּ מִשָּׁם, וְנִחְיֶה וְלֹא נָמוּת

vayomer Ya'akov levanav lamah titra'u

Et Jacob dit à ses fils: Pourquoi seriez-vous dans la crainte?

וַיֹּאמֶר--הִנֵּה שָׁמַעְתִּי, כִּי יֶשׁ-שֶׁבֶר בְּמִצְרָיִם

Vayomer hineh shamati ki yesh-shever beMitsrayim

Voici j’ai entendu qu’il y a 'Shever' en Egypte.

 

Tout cela est expliqué par le Midrash comment il l’a perçu.

רְדוּ-שָׁמָּה וְשִׁבְרוּ-לָנוּ מִשָּׁם, וְנִחְיֶה וְלֹא נָמוּת

redu-shamah veshivru-lanu misham venichyeh velo namut

Descendez là-bas, et cassez pour nous là-bas et nous vivrons et nous ne mourrons pas.

 

Vous voyez comment les termes sont concis, précis et ramassés.

 

Il ne s’agit pas de pain encore. Après, cela va commencer avec le pain, mais on parle de quelque chose à casser de telle sorte de vivre et de ne pas mourir. Vous avez compris l’importance de l’explication qu’a donné la Kaballah à ces thèmes-là. Nous sommes toujours au niveau de l’universel : dans l’universel humain, des valeurs sont en travail, et puis elles sont exilées, dispersées et lorsqu’arrive le temps où le grain lève et où ces valeurs se laissent deviner, alors il faut aider à cela et c’est comme cela que Joseph entend sa propre tâche. Et vous voyez comment Jacob, nommé ici "Jacob" et non pas "Israël", va mettre les autres fils sur cette même voie.

 

Rashi sur Rédou Shamah du verset 2:

רְדוּ שָׁמָּה

וְלֹא אָמַר לְכוּ רֶמֶז לְמָאתַיִם וְעֶשֶׂר שָׁנִים שֶׁנִּשְׁתַּעְבְּדוּ לְמִצְרַיִם כְּמִנְיָן רְד"וּ

Descendez-y:

Ya‘aqov ne leur dit pas : « Allez ! », mais « Descendez ! » (redou) Allusion à (la guématria valeur numérique des lettres de Redou qui est de) deux cent dix ans que durera l’esclavage d’Egypte.

 

Descendez c’est une Yéridah. Ils sont en Erets Israël qui s’appellait Erets Kenaan, il leur faut aller là où le blé pousse (en langage d’aujourd’hui, là où il y a les allocations familiales). Et alors, c’est une Yéridah. Rashi cite un midrash qui met cela en évidence. Il ne leur dit pas Lékhou Allez – Ramaz - il a fait allusion lématayim asher shanim - aux 210 ans - shénishtaabédou lémitsraïm kéminayin rédou - où ils ont été asservi en Egypte selon le nombre du mot Rédou.

 

Ce mot Rédou a pour valeur numérique 210.  Rashi cite ici un Midrash qui dit qu’ici le choix du terme pour dire d’aller en Egypte n’est pas arbitraire. Il y a une intention particulière parce qu’il aurait pu dire autrement. Il a dit "Descendez-y", allusion au fait qu’effectivement l’exil d’Egypte a duré 210 ans et c’est la valeur numérique du mot Rédou.

 

D’ailleurs c’est entré dans le langage du Midrash. Pour parler des 210 ans de l’exil en Egypte on ne trouve jamais une expression qui dit matayim véesser shanim 210 ans mais celle qui dit Rédou Shanim. On sait que cela veut dire 210 et que c’est relié à ce verset.  

 

J’ouvre une petite parenthèse : la prophétie qui avait été donnée à Abraham pour l’éventualité de l’exil dans sa descendance qui les ménerait "dans un pays qui ne serait pas le leur" portait la durée de 400 ans. Et puis nous savons qu’à partir du moment du texte ici, la descente de Jacob et de ses enfants en Egypte jusqu’au moment de la sortie d’Egypte, il y a eu 210 ans. Nous savons d’après le calcul de l’âge des patriarches. Tous les textes sont clairs à ce sujet. Il y a donc apparemment une différence de 190 ans entre les 400 ans prévus et les 210 ans où, effectivement, il y a eu exil en Egypte. C’est une des raisons pour lesquelles Moïse s’est heurté à une telle difficulté au moment où il a déclenché les événements de la sortie d’Egypte. Parce que tant chez les Hébreux que chez les Egyptiens, il y avait cette tradition de 400 ans. Or, Moïse déclenche les événements de la sortie d’Egypte au bout de 210 ans! Moins 40 puisqu’il y a avait d’abord une première étape. 210 – 40 = 170. Au bout de 170 ans depuis le commencement de l’exil, Moïse prend l’initiative de la sortie d’Egypte. Cette initiative échoue, il recommence 40 ans après. Cela fait 210 ans. J’y fait simplement allusion en passant. 

Il y avait 2 dangers corollaires qui imposait une accélération de l’événement de la sortie d’Egypte elle-même. Un danger intérieur qui était l’assimilation systématique des Hébreux en Egypte comme cela a été le cas dans chaque civilisation du temps où Israël se trouvait. On peut diagnostiquer ce qui nous est arrivé à nous au terme de la civilisation contemporaine.  Premiérement, un danger d’assimilation accélérée et corollairement un danger de persécution accélérée.

Deux dangers qui justifiaient le fait de prendre l’initiative de faire débuter ces 400 ans beaucoup plus haut qu’au temps où Jacob est descendu en Egypte avec sa femme. Et on s’aperçoit que en fin de compte depuis la naissance d’Isaac jusqu’à la sortie d’Egypte, il y a effectivement 400 ans. Ce qui justifie le verset donné à Abraham :

 

Lekh Lekha 15:13

וַיֹּאמֶר לְאַבְרָם, יָדֹעַ תֵּדַע כִּי-גֵר יִהְיֶה זַרְעֲךָ בְּאֶרֶץ לֹא לָהֶם, וַעֲבָדוּם, וְעִנּוּ אֹתָם--אַרְבַּע מֵאוֹת, שָׁנָה

«yadoa teda ki-ger yihyeh zarâkha be'erets lo lahem »

« savoir, tu sauras que ta postérité sera étrangère dans une terre qui n’est pas à eux »

 

Or, la postérité d’Abraham commence avec Isaac.

Donc, depuis la naissance d’Isaac jusqu’à la sortie d’Egypte, il y a effectivement 400 ans. C’est un point de référence possible.

Il y a un autre nombre que vous rencontrerez dans un autre contexte c’est 430 ans. Mais le texte le dit très clairement Shémot 12.40 :

 וּמוֹשַׁב בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, אֲשֶׁר יָשְׁבוּ בְּמִצְרָיִם--שְׁלֹשִׁים שָׁנָה, וְאַרְבַּע מֵאוֹת שָׁנָה

Umoshav beney Yisra'el asher yashevu beMitsrayim shloshim shanah ve'arba me'ot shanah

Et le séjournement des enfants d’Israël dans le pays d’Egypte a été de 430 ans.

 

Le Midrash ajoute une réponse : il y a 430 ans à partir du moment où Abraham a reçu cette prophétie. Et il s’est lui-même considéré comme en exil chez lui.

 

Ici, nous avons le nombre de 210. On va le rattacher à un autre Rashi qui va nous expliquer pourquoi ce texte va employer cette expression particulière.

 

Bereshit 1.28:

וַיְבָרֶךְ אֹתָם, אֱלֹהִים, וַיֹּאמֶר לָהֶם אֱלֹהִים פְּרוּ וּרְבוּ וּמִלְאוּ אֶת-הָאָרֶץ, וְכִבְשֻׁהָ; וּרְדוּ בִּדְגַת הַיָּם, וּבְעוֹף הַשָּׁמַיִם, וּבְכָל-חַיָּה, הָרֹמֶשֶׂת עַל-הָאָרֶץ

Vayevarech otam Elohim vayomer lahem Elohim perou ourvou oumil'ou et-ha'arets vechiveshouha ourdou bidegat hayam ouve'of hashamayim ouvkhol-chayah haromeset al-ha'arets.

Et Il les bénit et il leur dit Elohim : Fructifiez, multipliez-vous, emplissez la terre et conquérez-la, et dominez sur les poissons de la mer et les oiseaux du ciel, et sur tout être vivant qui rampent surt la terre.

 

On a ici de façon très claire la même expression : "Ourdou" c’est traduit ici "Dominez".

 

Rashi sur 1.26 où nous avons l’expression dans le projet de la création de l’homme:

וְיִרְדּוּ בִדְגַת הַיָּם וּבְעוֹף הַשָּׁמַיִם, וּבַבְּהֵמָה וּבְכָל-הָאָרֶץ, וּבְכָל-הָרֶמֶשׂ, הָרֹמֵשׂ עַל-הָאָרֶץ.

Et ils domineront sur les poissons de la met et les oiseaux du ciel, et sur les animaux sur toute la terre…

 

Rashi sur VéYirdou :

 וירדו בדגת הים

יש בלשון הזה לשון רידוי ולשון ירידה, זכה רודה בחיות ובבהמות, לא זכה נעשה ירוד לפניהם והחיה מושלת בו

  Yesh belashon hazeh lashon Ridouï vé lashon Yéridah

Zakhar Rodeh Bé’Hayot véBaBéhémot

Lo Zakhah Naassah Yaroud Lépaneihem véha’Hayayh Moshelet Bo.

 

Hébreu וירדו  Cette expression contient à la fois le sens de domination et de soumission. S’il mérite, il rêgne sur les bêtes, s’il ne mérite pas, il devient Yaroud tombé, déchu, devant eux (soumis), et la bêtes rêgne sur lui. [Gen. Rabbah 8:12].

 

Ce mot de Yirdou peut procéder d’une racine qui signifie « domination » Redou. Un mot en hébreu moderne qui veut dire le tyran Roda. Ridouï veut dire domination. C’est apparemment le Pshat du verset : lorsque Dieu créé l’homme, Il lui donne un projet de destinée, ce qui n’est pas le cas pour les animaux. Les animaux se bornent à exister et font partie du paysage qui va devenir l’habitat de l’homme. Mais à la créatton de l’homme, il y a l’expression d’un projet pour l’homme, qui peut se formuler ainsi : de subjuguer le monde de la nature d’humaniser le monde de la nature. Rapellez-vous comment la Kaballah explique cela : ce qui est créé à l’échelle impersonnelle, l’homme doit le prendre en charge et en faire un personne : Du Mah arriver au Mi.

La Béhémah est le point le plus élevé du Mah. On lit ce mot "Béhémah" autrement: "Bah Mah", "en elle il y a le Mah". Et l’homme le prend en charge au niveau de son corps. D’où l’importance de la nourriture, la Béhémah, pour en faire un quelqu’un, la conscience de sa personne.

vé Lashon Yéridah...

La deuxième racine Yarod descendre et non plus Rado qui donne le même mot Rédou. Et le Midrash que cite Rashi explique cela.

 

Je vous explique pourquoi je relie ces deux Rashi en vous rappelant les données du problème : d’un côté dans le verset du chapitre 42, Jacob a inauguré le voyage de sa famille en Egypte. Que se passe-t’il ? Yesh Shéver Bé Mitsraïm : on est dans le pays où un Pharaon rêve, et finalement Jacob sait que c’est une civilisation qui est arrivée à son apogée, cela commence à craquer, les valeurs prisonnières et rendues impures par la mentalité païenne de l’Egypte cherchent à se dévoiler. Il faut y aller pour collaborer à ce qui  se passe. Et c’est là la mission de Joseph. Il inaugure ce voyage qui va durer 210 ans avec un mot Rédou qui a pour valeur numérique 210 et qui signifie « Descendez ! », mais qui pourrait signifier d’après le Rashi concernant le projet de l’homme : « Dominez ! ».

 

Si vous reprenez le Rashi du verset de Bereshit, on voit très bien ce qui se passe. Ou bien l’homme est authentique, alors il domine sur l’être biologique de l’être vivant Béhémah vé’Hayah, la bête et l’animal. Sinon c’est l’être biologique de l’être vivant qui va dominer sur lui! Or, c’était très exactement la symbolique de l’imagerie et de l’expérience religieuse de l’Egypte qui finalement, avec une dimension non seulement d’esthétique mais de religiosité extrêmement profonde que les modernes sont inaptes à comprendre, ont finalement assigné à leur divinité un être de bête et d’animal. Cela veut dire qu’on est dans une civilisation où le Rédou a pris leur sens de LoZakhah lorsqu’on ne mérite pas, c’est la manière d’être de l’animal qui devient la divinité, qui prend le pas.

 

Vous voyez donc le lien qu’il y a entre ce projet de l’exil qui va durer 210 ans et d’autre part le projet de destinée qui avait été donné à l’homme et qui implique cette alternative : ou bien il y a mérite, et alors effectivement, l’homme va dominer la création; ou bien il y a démérite, et l’homme va tomber à un degré inférieur à celui de l’animal.

 

Et je pense que l’on étonnerait beaucoup un égyptien de ce temps-là en lui disant purement et simplement qu’il adore des animaux. Il faut bien remettre les choses à leur place. Lorsque l’Égyptien adresse sa ferveur religieuse au bélier par exemple, il ne s’agit pas du belier du troupeau même si le bélier du troupeau lui sert d’image. C’est l’origine d’une force qu’il appelle le bélier, aussi au niveau du signe du zodiaque, une force de la nature qui se formule dans sa morphologie même si j'ose dire, dans la forme animale. Ce type de religiosité est représentée par une sorte d’asservissement à la vie animale purement et simplement.

 

De la même manière qu’on étonnerait beaucoup des peuples de l’Occident si on les définissait de la même manière au niveau des comportements des animaux. Je pense en particulier à l’Angleterre. Il y a des sociétés protectrices des animaux qui montre une sensiblité hypertrophiée qui va dans le même sens. Le fait que l’animal doit être protégé en tant qu’être vivant est un principe absolu de l’enseignement de la Torah. Le fait de causer une douleur à un être vivant est interdit Mi déOroïta, par la loi de Moïse. Si un animal a souffert au moment de la Shé’hitah il n’est plus cachère…etc. C’est un commandement de la conscience hébraïque qu’il faut protéger la vie animale, mais il ne s’agit pas de cela. Il s’agit du fait que on ne partage pas cette sensibilité pour la vie animale avec celle de l’être humain. C’est cette civilisation où le chien est roi et où l’on traite les hommes comme des chiens.

 

Au niveau des grands paganismes de l’antiquité c’était beaucoup plus dangereux parce qu’effectivement ces civilisations-là aboutissent inévitablement à être ce que la Torah nomme Beit Avadim, la maison des esclaves. Finalement, la dignité de la personne humaine est complétement évacuée parce que la mentalité est ainsi que dans cet esprit d’orthodoxie que j’ai décrit précédemment, les lois de la biologie de l’être vivant priment les valeurs de la personne, et en particulier les valeurs de liberté.

 

Ceci pour répondre en partie à notre première question : ce qui se cache derrière ce récit. Pharaon a le pressentiment de ce qu’est la vérité de l’histoire du point de vue de l’identité hébraïque, du point de vue de la Torah elle-même, et c’est pourquoi il y a une telle collaboration immédiate entre Joseph et ce Pharaon.

 

Yossef Hatsadik.

 

Je vais prendre l’histoire de Joseph au début dans la première étape. Il faut comprendre qu’il y a un temps de Katnout (petitesse) et un temps de Gadlout (grandeur). C’est-à-dire dans le développement de la destinée d’une identité humaine qui finalement devient un de ces personnages exemplaires dont la Torah nous raconte le récit, il y a toujours deux étapes : l’histoire de Jacob devenant Israël, ce sont deux niveaux d’identité radicalement différent. Lorsque la Torah nomme Jacob "Jacob" c’est une identité de Katnout, alors que lorsqu’elle utilise Israël c’est une identité de Gadlout. En particulier le Shlah en se basant sur un enseignement du Zohar a dit ceci : pourquoi - lors de cet épisode des rêves de Joseph sont survenus, et la brouille avec ses frères, et le commencement de l’exil de tout Israël qui commence par l’exil personnel de Joseph… - la Torah  a-t’elle tenu a nous faire savoir que  Joseph avait  17 ans ? Et le Shlah explique que 17 ans est le nombre qui représente l’identité humaine au stade de Katnout petitesse. La même identité peut s’exprimer dans l’indice de petitesse ou dans l’indice de grandeur. 

 

Au niveau des procédés de lecture de la Kabalah, il y a ce qu’on appelle la Guématria dont l’un des procédés consiste à lire suivant la valeur numérique de grandeur ou de petitesse. Mispar Gadol ou Mispar Katan qui ramène à l’unité chacune des lettres. 

Le mot de Shem Havayah Youd-Hé-Vav-Hé a pour valeur numérique 26 en Mispar Gadol et 17 en Mispar Katan. 17 signifie la Havayah de Katnout. Yossef dans la première partie de sa vie est à l’indice de Katnout. Et quand cela a fini de se développer, il se dévoile que Yossef était Tsadik.

 

Mais l’expression de Yossef HaTsadik est très particularisée dans les sources. Ce n’est pas ce terme de Tsadik pris dans le sens le plus large et général qui reste flou. 

Par rapport à Yossef, et à un hébreu en particulier, on dit Tsadik dans le domaine des rapports d’autrui à autrui. En quoi est-il défini comme Tsadik? Cc’est celui qui ne tire pas vengeance de ses frères, et au contraire il leur fait du bien alors qu’il aurait pu se venger. C’est cela Tsadik Bein Adam La’havéro.  

 

Effectivement, pendant toute son histoire on pourrait le juger comme traitre à la cause d’Iisraël s’étant mis au service du projet de civilisation égyptienne. Dans la Parashah suivante, Judah interpelle Joseph : Ki Kamokha KéParo! Comme toi comme Pharaon! Le sens Pshat du verset : Judah demande mansuétude de Joseph alors qu’ils ne se sont pas encore reconnus, lui disant, "tu es aussi puissant que Pharaon, j’ai peur de toi"… Mais le Midrash met de suite en évidence "Ki Kamokha KéParo" jusque là voyant Joseph on croit voir le Pharaon ! Comme toi comme le Pharaon! Tu as pris fait et cause pour le Pharaon, pour l’Egypte!

Rashi sur Ki Kamokha KéParo : il t’arrivera à toi comme il est arrivé au Pharaon du temps d’Abraham. Il avait voulu prendre pour femme Sarah, et il lui est arrivé des malheurs, toi aussi tu veux prendre Benjamin, il t’arrivera des malheurs...

Quelle est la correspondance des deux événements ? C’est ce thème rappelé au début de l’Exode que le Pharaon de ce temps-là avait eu un rêve lui aussi voyant un enfant naître qui le vaincrait, et il avait pris l’édit de tuer tous les enfants mâles. Les Égyptiens s’étant révoltés, il a conservé l’édit pour les enfants mâles hébreux. Cette stratégie voulait détruire les fils et garder les filles pour les égyptianiser. A la racine c’est ce que Pharaon voulait faire de Sarah : s’approprier la matrice d’engendrement pour l’égyptianiser. S’annexer la valeur de l’identité d’Israël. C’est le thème de ’Hanoukah : Ursurpation d’identité. On traduit la Bible pour que les Juifs n’aient plus aucun droit sur la Bible. C’est ce que le Pahraon voulait faire avec Sarah voulant en faire la matrice de l’Egypte.    

C’est ce que finalement Judah dit à Joseph : Benjamin est la dernière chance de l’identité d’Israël, le benjamin. Vouloir s’approprier Benjamin est du même ordre.

 

Pendant toute sa vie Joseph est dans ce profil : on risque de le prendre pour Pharaon. Ce n’est qu’à la fin qu’il se dévoile qu’il était l’hébreu déguisé en égyptien pour pouvoir sauver ses frères.    

          

Il faut bien faire attenttion à ce diagnostic : il y a toute une force du peuple d’Israël qui est en travail de Joseph dans l’humanité. A la limite ce sont des Juifs assimilés et qui mettent au service des civilisations extérieures les valeurs de l’identité d’Israël. Il faut se garder d’un jugement schématique, et de croire qu’ils sont tous Tsadikim et de leur projeter le thème de cette identité Joseph, et de croire qu’ils sont effectivement des Tsadikim. La torah nous raconte l’histoire d’un Joseph qui lui a été Tsadik. In extrémis, il s’est dépris des mains de la femme de Poutifar. En fin de compte il fait le diagnostic que sa propre tentative de sanctifier l’Egypte au titre de l’Egypte mène à un échec. A la fin, il se dévoile qu’il était Tsadik, mais à postériori.

 

Enormément de Juifs ont joué le rôle de Joseph et se sont perdus. Un a été tsadik. Ce n’est pas la raison historique pour laquelle la tradition l’a nommé Yossef HaTsadik. Il a été nommé ainsi pour la conduite vis-à-vis de ses frères.

 

Mais je peux utiliser cette expression pour dire que celui-là a été Tsadik. Mais cette tentative reste perilleuse. Combien de Juifs restés dans les bras de la femme de Poutifar? Et combien de Juifs devenus les idoles des Goyim sans parvenir à ce déovilement de l’identité de Joseph ? C'est-à-dire celle de l’hébreu déguisé en égyptien qui en fin de compte se dévoile.

***

 

Q:  inaudible.

R: il y a un premier thème moins connu : on le cite après Mosheh et Aharon.

Dès que Jacob apparait, apparait aussi Joseph : Eleh Toldot Yaaqov Yossef. On peut parler en terme de Séfirah : Dès qu’apparait la Séfirah de Tiféret apparait aussi la Séfirah de Yessod. La Séfirah de Tiferet correspond au Vav du Shem Havayah. Dans la lettre Vav deux Vav : un Vav dévoilé Jacob et un Vav non dévoilé qui est Joseph. Il faut que le vav caché se dévoile. Il ne se dévoile que grâce à Moïse et Aaron. C’est pourquoi finalement au niveau de la Séfirah de Yossef on attribue cette Séfirah à toute la descendance de Joseph qui se dévoile après Moïse et Aaron. La forme de Joseph devient réellement dévoilée après Moïse et Aaron, et elle s’appelle Pin’has. Et Pin’has c’est Eliyaahou HaNavi.

 

Q:

R: Cette Séfirah de Yessod est par rapport aux trois : Bein Adam lé’havéro - Bein Adam lamakom - bein Adam lé’atsmo.

Mais fondamentalement, il a reçu le nom de Yossef haTsadik lorsqu’il a dévoilé qu’il est un premier né qui aime ses frères. C’est là le Tikoun de la faute de Caïn. L’exil a commencé parce qu’un premier né n’a pas aimé son frère. Finalement, c’est quand un premier né qui aime ses frères que c’est la fin de l’exil. Quand Joseph est né, Jacob décide de mettre fin à l’exil. Et quand il s’aperçoit qu’il n’y a pas la paix entre les frères alors il se résoud à ce que l’exil recommence. C’est en fin de compte lorsque Joseph et ses frères se reconnaissent et scellent un pacte, une alliance d’amour, entre les frères que l’identité d’Israël est fondée, et que c’est la fin de l’exil de Bereshit. Alors l’histoire des Benei Israël commence…

 

Yossef apparait mais est en réserve, c’est Moïse et Aaron qui font que ce que représente Joseph se dévoile, et on l’a dans le personnage de Pin’has.

 

Dans Yossef, cela nous est indiqué dans notre Parashah d’ailleurs, il y a cette charnière entre le temps de pères et le temps des fils. Il y a un certain nombre de Midrashim selon lesquels Jospeh aurait pu être un des quatres patriarches. Joseph était censément avoir 12 enfants comme Jacob. S’il avait eu 12 enfants alors les nombres des personnes d’Israël, des figures, des visages d’Israël n’aurait pas été seulement 70 mais 80. Ce qui fait que toute l’histoire d’Israël aurait été beaucoup plus forte. Il y a un enseignement très important : à cause de cette faiblesse de Joseph vis-à-vis de l’Egypte il a perdu une capacité d’engendrement qui s’est résorbé à deux au lieu d’être douze. Et par conséquent, le nombre des identités de la descendance de Jacob n’était plus que 70 correspondant aux 70 nations du monde. S’il avait été au nombre de 80 il y aurait eu un Israël invicible!

C’est relié à ce verset [Tehilim 90:10]: וְאִם בִּגְבוּרֹת שְׁמוֹנִים Au niveau de Gévourah c’est Shmonim.

Dans l'enseignement du Or Ha’hayim au début de la Parashah de Shémot sur le verset qui dit:

וַיְהִי, כָּל-נֶפֶשׁ יֹצְאֵי יֶרֶךְ-יַעֲקֹב--שִׁבְעִים נָפֶשׁ

Vayhi Kol Nefesh Yerekh Yaakov Shivayim Nefesh

Et ce fut toutes les personnes composant la lignée de Jacob étaient au nombre de soixante-dix.

 

Vayhi indique un malheur ! Quel malheur ? Ils n’étaient pas au nombre de 80 ! Et c’est relié à ce thème des 12 enfants potentiels de Joseph. Cette force lui est partie des 10 doigts des mains nous dit le Midrash, lorsqu’il attrapé la femme de Poutifar.

 

Un des Midrahsim indique que Joseph avait cette capacité d’ëtre aussi compté parmi les Avot. Encore une fois, ce qu’on a vu la semiane dernière : Eleh Toldot Yaakov Yossef. Et Yossef est équivalent aux Avot d’une certaine manière. En fait cela va se dévoiler dans l’histoire. Lorsque Jacob cherche à fonder la 13ème tribu qu’il n’a pas pu réalisé danns l’histoire Shkhem avec Dinah, alors finalement il va diviser la tribu de Joseph en deux Menaché et Ephraïm. Et Joseph va monter au niveau des patriarches. Il n’y a pas une tribu de Joseph, c’est la tribu d’Ephraïm qui représente vraiment ce que serait la tribu de Joseph. La tribu d’Ephraïm est appelée "Beit Yossef" "la maison de Joseph". Mais finalement cela indique que Joseph avait cette capacité à être fondateur de tribu, et pas seulement d'être une parmi les tribus.

 

Il est comme une charnière, il est comme les pères récapitulant l’identité antérieure et aussi comme les fidèles au projet des pères. Mais le stade Joseph a une fin. Lorsque Joseph va être installé sur le trône d’Egypte par le Pharaon, alors la Torah nous raconte une scène (Gn.41:43) que l’on va retrouver plus tard dans la Méguilat Ester, lorsque Mardochée a été installé, comme un Joseph, sur le trône de la Perse.

Il y avait de héraults qui marchaient devant lui pour faire agenouiller tout le monde devant lui, avec le mot de Avre’h "à genou" de racine Beit-Resh-Kaf. Ce mot dans la langue des Yéshivot désigne les étudiant des Yéshivot : les Avré’him.

 

                      Rashi sur Avrekh :

                      אַבְרֵךְ

כְּתַרְגוּמוֹ דֵּין אַבָּא לְמַלְכָּא רַךְ בְּלָשׁוֹן אֲרַמִי מֶלֶךְ. בְּהַשֻּׁתָּפִין לֹא רֵיכָא וְלֹא בַּר רֵיכָא. וּבְדִבְרֵי אַגָּדָה דָּרַשׁ רַבִּי יְהוּדָה אַבְרֵךְ זֶה יוֹסֵף שֶׁהוּא אָב בַּחָכְמָה וְרַךְ בַּשָּׁנִים אָמַר לוֹ בֶּן דּוּרְמַסְקִית עַד מָתַי אַתָּה מְעַוֵּת עָלֵינוּ אֶת הַכְּתוּבִים אֵין אַבְרֵךְ אֶלָּא לָשׁוֹן בִּרְכַּיִם שֶׁהַכֹּל הָיוּ נִכְנָעִין לְפָנָיו וְיוֹצְאִין תַּחַת יָדוֹ כָּעִנְיָן שֶׁנֶּאֱמַר וְנָתוֹן אוֹתוֹ וְגוֹ'

 

Avrékh Traduction du Targoum : Le père [à savoir le conseiller] du roi. Le mot araméen rékh (ou latin rex, selon certaines éditions) veut dire « roi », comme dans « ni noble (rékha) ni fils de noble » (Baba Batra 4a). Dans le midrach, rabi Yehouda applique le mot avrékh à Yossef en ce qu’il était av (« père ») en sagesse, et rékh (« tendre ») en années (Sifri Devarim 1). Sur quoi rabi Yossé ben Dourmasqith lui a objecté : « Jusqu’à quand vas-tu détourner les textes de leur sens ? Le mot avrékh n’a pas d’autre signification que celle de « genoux » (birkayim), voulant dire ici que tous lui étaient soumis, comme indiqué à la fin du verset : « il fut installé dans tout le pays d’Egypte ».

 

Le Midrash va expliquer ce mot de Avre’h à propos de Joseph de la manière suivante. Il était Av bé’Hokhmah - père par la sagesse et  Rekh baShanim - tendre par les années : jeune et pourtant sage. Rappelez vous l’expression Ben Zikounim il était « enfant de vieillesse » mais cela voulait dire « enfant de sagesse » dans la Parashah précédente.

On retrouve là ces deux identités en une si j’ose dire : D’un côté, il est Av parmi les Avot. Mais de l’autre côté, il est Ben parmi les Banim.

 

Quoiqu’il en soit, le chef des Bnei Israël n’est pas Joseph mais Yéhoudah. Mais Yossef va apparaitre comme presqu’à un cran supérieur à ses autres frères. Il a cette dimension qui fait partie des Avot avant le temps des Banim.

 

Yéhossef

 

Je termine là-dessus. Nous avons une fois dans un verset des Psaumes le nom de Yossef qui n’est pas écrit Yossef mais Yéhossef avec un Hé. Je résume un certain nombre d’enseignements à ce sujet. Il y a un stade de la royauté de Joseph qui précède celle de Judah. Mais elle a un fin. Le nom de Yéhossef est dans ce Psaume lu à Rosh HaShanah, et le jeudi matin dans la prière du matin:

עֵדוּת, בִּיהוֹסֵף שָׂמוֹ

Eedout Biyhossef Shamo…

Youd-Hé-Vav-Samekh-Péh = Yéhossef: On a ajouté la lettre Hé au nom de Yossef. C’est relié d’ailleurs au fait de Yossef Hatsadik. Mais Yéhoudah va se révéler plus Tsadik que Yossef. Dans Yéhossef, il y a le commencement du Shem Havayah (Youd-He-Vav) mais il y a le mot "fin" (Sof).  Youd-Hé-Vav et au lieu du dernier Hé il y a Sof.

Alors que dans le mot de Yéhoudah se trouve les 4 lettres du nom de Dieu qui sont exprimées.

 

En fait, par le procédé de la Tmourah la permutation des lettres, tous les noms des tribus sont des Temourot du Shem Havayah, des manières de dire le nom d’Israël. Alors il y a des manières différentes suivant la manière d’être Israël. Mais deux se dévoilent avec un privilège particulier c’est Joseph-Yossef et Juda-Yehoudah. Yéhossef a quand même un terme, et ensuite apparait le stade de… C’est dire que dans l’histoire de la relation à l’histoire des empires il y a d’abord le stade Joseph. Et c’est le stade de la relation à l’exil. Ensuite apparait le stade avec Judah qui est le stade de la Guéoulah.

 

Q : identité Benyamin ?

R : Elle fait partie de l’histoire de Joseph mais elle annonce l’histoire de Juda. En fait c’est la fin de la Galout et le commencement d’Erets Israël puisque il nait sur la frontière.  

 

< fin >

 

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Published by Manitou - dans PARASHAT HASHAVOUA
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