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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 18:32

Matan Tora – Midrashim Maharal - 1ère Partie

 

Rabbi Yehuchoua Ben Levi disait :

 

Lorsque Moïse est monté au firmament, au sommet du mont Sinaï les anges de service se présentèrent devant l’Eternel et protestèrent en disant : Maître de l’univers, que fait cet être de chair et de sang parmi nous ? L’Eternel leur dit : il est venu pour recevoir la Thora. Comment, rétorquèrent-ils, un trésor précieux enfoui voici neuf cent septante-quatre générations avant que le monde ne vint à l’existence, tu voudrais le donner aux mortels ? Comme dit le psalmiste : ‘’Qu’est donc l’homme que Tu penses à lui ? Le fils d’Adam que Tu le protèges.’’ (Ps. VIII, v.2, 5). Conserve-le plutôt pour nous, Eternel notre Seigneur ! Que ton nom est glorieux par toute la terre ! D… dit alors à Moïse notre maître : donne leur une réponse et explique pourquoi la Thora doit être donnée aux hommes. Moïse Lui dit : Maître de l’univers, je crains qu’ils me consument par le souffle de leur bouche. L’Eternel lui dit : accroche-toi à mon trône pour trouver la force et la protection et rétorque-leur ce qui suit : ‘’Il dérobe la vue de son trône en déroulant sur lui sa nuée’’ (Job XXVI – 9). Ce qui signifie selon Rabbi Nahoum que l’Eternel a étendu sur Moïse le reflet de sa présence divine et l’a enveloppé de sa nuée. Alors Moïse notre maître dit : Maître du monde, dans la Thora que Tu m’as donnée, il est écrit : Je suis l’Eternel ton D… qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison d’esclavage (Ex. XX – 2). Et se tournant vers les anges de service, dit : Etes-vous descendus en Egypte ? Avez-vous été asservis au pharaon ? Pourquoi la Thora vous serait-elle réservée ? N’est-il pas écrit : ‘’vous n’aurez pas d’autre dieu devant ma face’’ (Ex. XX – 3). Vivez-vous parmi les nations idolâtres pour qu’il vous soit recommandé de ne pas vous laisser choir et adopter leurs égarements et vous vouer à l’idolâtrie ? ‘’Souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier’’ dit la Thora (Ex. XX – 8). Vous adonnez-vous à l’ouvrage pour que vous ayez besoin de célébrer le Chabbat ? Il est écrit également : ‘’tu ne prononceras pas le nom de D… en vain’’. Vous arrive-t-il de vous livrer à un échange commercial qui vous amènerait à prêter un faux serment ? ‘’Honore ton père et ta mère’’ Ou encore : ‘’ne pas tuer, ne pas commettre d’acte incestueux, ne pas voler’’ Cela vous concerne-t-il ? Eprouveriez-vous de la jalousie les uns envers les autres ? Le penchant du mal a-t-il une quelconque prise sur vous ?

 


Les anges de service reconnurent alors que l’Eternel dans sa bonté infinie a bien fait de confier la Thora aux êtres humains, selon la parole du psalmiste : ‘’Eternel notre Seigneur, que Ton nom est glorieux par toute la terre !’’ (Ps ; VIII – 10), et ne firent plus référence au verset :’’car Tu as répandu ta majesté sur les cieux’’. Ainsi donc, les anges acquiescèrent et éprouvèrent de l’affection pour Moïse notre maître, et le comblèrent de présents. Comme dit le psalmiste :’’tu es remonté dans les hauteurs après avoir fait des prodiges ; tu as reçu des dons parmi les hommes. Même des rebelles (sont contraints) de demeurer près de l’Eternel, près de D…’’ (Ps. LXVIII – 19). Même l’ange de la mort lui fit don du secret de l’encens. Ainsi, lorsque la calamité avait commencé à exercer ses ravages, suite aux murmures des enfants d’Israël contre Moïse et Aaron, disant : ‘’C’est vous qui avez tué le peuple de l’Eternel’’ Moïse dit alors à Aaron : saisis l’encensoir, mets-y du feu de l’autel, pose le parfum au milieu de l’assemblée pour effacer leur faute. Aaron posa le parfum et il fit expiation sur le peuple. Il s’interposa entre les morts et les vivants et la mortalité s’arrêta’’(Nbres XVII – 12, 13). Si l’ange de la mort n’avait pas révélé à Moïse ce pouvoir élevé de l’encens pour arrêter le fléau de la mort, Moché Rabbenou n’aurait pas su cela.
(Traité Chabbat 88b-89a)

 

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/midrash/midrash_matan_tora/cours_1

Face A

 

L’étude porte sur des midrashim sur la révélation d’après l’interprétation du Maharal, en particulier dans le Beer HaGolah. C’est un petit livre très important du Maharal parce qu’il se préoccupe de formuler en langage compréhensible pour la civilisation occidentale de la renaissance qui était celle de son temps - et nous profitons de son enseignement dans un moment historique analogue puisque c’est le moment d’une mutation culturelle - de formuler donc le pshat, la forme exacte des midrashim de la Torah, qui se trouvent, soit dans les livres du midrash, soit dans le Talmud, de telle sorte de la rendre accessible à des catégories de pensée assez différentes malgré tout des postulats spirituels de l’expérience de la tradition hébraïque de façon spécifique.

 

On peut mettre en évidence que la préoccupation principale du Maharal, d’un point de vue méthodologique, concernant le problème de la révélation, a été de poser la question suivante : Comment comprendre que ce qui est par nature et par définition inaccessible à l’homme ait été rendu accessible à l’homme ?

 

Par définition, si c’est Dieu qui révèle sa parole, Dieu étant défini comme le Créateur comme l’Autre absolu du monde, alors une difficulté historique apparait : comment se fait-il que Dieu puisse parler à l’homme et que l’homme puisse écouter et comprendre ? Tout simplement au fond, cette question pourrait se formuler ainsi : comment la révélation peut-elle être possible ?

 

La question est importante car si on ne l’élucide pas, alors il y a ce doute que peut-être la révélation n’a pas eu lieu, et qu’il s’agirait de la part d’un peuple sage, le peuple d’Israël, d’une sorte de pieux mensonge se référant à la parole de Dieu pour diffuser ou formuler une sagesse qui ne serait qu’humaine.

 

Je vais commencer par un Drash à ce sujet tiré de la Massekhet Shabat 89 qui raconte un dialogue entre les anges et Mosheh lorsque Mosheh est monté au ciel pour y recevoir la Torah.

Il y a dans ce midrash beaucoup de thèmes mais nous essaierons comme d’habitude d’isoler, de mettre en évidence un thème principale qui se réfère à la question du Maharal telle que je vous l’ai citée.

 

Déjà, dans l’énoncé du midrash, lorsque Moïse est monté au ciel pour recevoir la Torah, il y a eu un dialogue de contestation de la part des anges. Déjà dans l’énoncé, vous voyez que tous les termes posent problèmes.

Que Moïse monte au ciel, c’est déjà un problème, qu’est-ce que cela peut bien signifier pour une mentalité humaniste qu’il reçoive la Torah de Dieu ? de quoi s’agit-il ? comment rendre cela vraisemblable ? et que sont les anges ? pourquoi contestent-ils ? …etc.

 

Nous allons tenter de mettre en lumière ce que les maitres ont voulu nous transmettre à ce sujet.

La question principale étant : comment la révélation est-elle possible. C’est le problème théologique de fond.

 

Et puis, dans le déroulement de l’analyse se poseront un certain nombre de questions, et j’espère pouvoir provoquer les vôtres. L’expérience me montre qu’il est préférable de répondre à vos questions plutôt que vous faire écouter les réponses que je donne à mes questions.

 

C’est un enseignement de Rabbi Yehoshoua Ben Lévi qui pose la question suivante :

 

« Rabbi Yehoshoua Ben Lévi a enseigné : lorsque Mosheh est monté lamarom en haut

les anges du service ont dit devant le SBSI, Ribono Shel Olam que vient faire un fils de femme parmi nous ? Il leur a répondu : lekabel torah ba : pour recevoir la Torah ! »

 

Il est bien évident que lorsque l’histoire humaine arrive à une étape où l’on peut pressentir, tant du point de vue du jugement des hommes que d’après le jugement du Créateur, que la réussite est possible, alors il faut authentifier cette réussite.

Il y a eut une histoire d’Israël jusqu’au moment de la sortie d’Egypte, et au moment de la sortie d’Egypte se constitue une société qui, soit contrainte par l’histoire, soit par vocation profonde depuis les ancêtres, les patriarches, décide d’accepter cet enjeu d’authentifier l’histoire humaine en acceptant ce que par la suite la tradition juive de la Torah nomme la Torah, c’est-à-dire la charte qui permet de légaliser et normaliser le projet de la Création.

 

Dès que cet événement apparait, alors apparait aussi ce que le midrash appelle « malakhei hasharet », littéralement les anges du service. Je voudrais d’abord expliquer cette expression.

 

Malakhei hasharet - les anges du service

 

La relation entre le Créateur et la créature ne peut pas être une relation simple, parce que la créature, déjà au niveau philosophique, se définit comme étant dans le monde de la multiplicité. Il y a différents niveaux dans les étapes d’évolutions et de réussites de la créature, du point de vue même du projet du Créateur ; et par conséquent, il est inévitable qu’apparaissent, du point de vue du Créateur différents niveaux de Sa volonté, concernant le projet de monde réussi.

 

Ce qu’en général le vocabulaire biblique appelle les anges - les malakhim - désigne cette réalité très précise de la volonté générale du Créateur telle qu’elle se différencie, telle qu’elle se particularise, par rapport à telle ou telle créature. D’une façon plus générale ou plus banale, on dira que chaque créature a son ange, son malakh. Ce n’est pas autre chose que la volonté de Dieu pour elle, mais telle qu’elle se développe à l’étape où se trouve la créature. Le projet ultime c’est ce que nous appelons en langage théologique, l’être des béatitudes, l’être de l’identité humaine réussie, l’être de bonheur, l’être de Olam Haba, l’être de monde réussi.

 

Mais nous nous trouvons chacun d’entre nous à une certaine étape de la réussite de ce projet unique qui est toujours le même pour tous de la part du Créateur unique.

Ce projet finalement n’a été finalement dévoilé qu’aux prophètes. Seuls les prophètes ont eu la capacité de voir, et par la suite d’écrire chacun dans son style, et de décrire ce que le Créateur voulait faire du monde qu’il a créé. Dans l’histoire dans son existence, chaque créature se trouve à une certaine étape de ce projet.

 

Mais, de façon permanente il y a une Providence du Créateur et la manière dont la volonté ultime  du Créateur atteint l’être en cours d’histoire, c’est cela l’ange qui lui correspond.

 

A la limite, il ne sera pas faux de dire que les anges n’existent pas. Ils n’existent pas dans la mesure où l’on comprend que c’est toujours le Créateur Lui-Même mais dans une relation très précise, particulière et singulière avec chaque créature à l’étape de son histoire actuelle et au stade de son ascension vers l’être des béatitudes ou vers le Monde à Venir.

 

Je crois qu’il serait plus précis de dire que dans le sens de la relation entre Dieu et l’homme, il y a toute une hiérarchie d’anges qui correspondent à toutes la hiérarchie de niveaux des créatures, mais dans le sens de la créature à Dieu, de l’homme à Dieu, il n’y a pas d’ange.

 

Nous retrouvons là une consigne de la liturgie : nous avons bien entendu le devoir de respecter tant dans l’étude que dans la liturgie elle-même, de respecter ces hiérarchies qui vont de Dieu à l’homme, mais nous avons interdiction absolue de faire passer aucun culte vers cettte hiérarchie de l’homme vers Dieu. En d’autres termes, entre Dieu et l’homme, il y a une infinité Ein-Sof de hiérarchies d’anges, mais de l’homme à Dieu il n’y a rien.

 

L’idolâtrie consiste à mal comprendre le sens de l’homme à Dieu et de s’arrêter à une de ces hiérarchies angéliques qui sont réelles et utiles dans l’autre sens.

 

Je vous donne pour éclairer cela une image empruntée à la biologie : c’est le problème de l’osmose: il y a des substances qui permettent l’osmose dans un sens et pas dans l’autre...

 

Les « malakhei hasharet » finalement c’est Dieu lui-même.

Ce monde angélique est donc un monde qui nous est caché, par définition. Il y a des catégories d’anges très différentes qui en français deviennent les anges, les archanges, les séraphins, les ophanim...

 

Lorsqu’il y a un jugement à porter sur une certaine étape de l’histoire alors nous lisons dans le langage du midrash que Dieu rassemble la famille d’En-haut « familia shel maalah » c’est-à-dire Son Beth Din, Son tribunal, et Il prend conseil de Son tribunal. Mais il s’agit, en terme humains, d’une sorte de réflexion intérieure à Dieu en tant que Créateur, et où Il se parle à Lui-Même mais en parlant à ceux que nous avons nommé Ses anges, c’est-à-dire Sa propre Souveraineté par rapport à l’état actuel et contingent de telle ou telle de Ses créatures.

 

Lorsque Moïse monte en haut pour recevoir la Torah, il y a un débat intérieur à la Divinité Unique, et ce débat est nommé en termes de midrash un dialogue entre Dieu et les anges. Les anges vont entreprendre d’empêcher Dieu de donner la Torah à Moïse. C’est l’objet du Midrash.

 

 

Par rapport à cette 1ère analyse je crois que l’on pourrait donner un commentaire qui se trouve dans le Zohar concernant la définition du ciel qui est donné dans le Maassé Bereshit l’oeuvre du commencement.

Dans le Maassé Bereshit, il est dit que Dieu a séparé les eaux d’en-haut des eaux d’en-bas et qu’il a installé un firmament, un horizon, entre les les eaux d’en-bas et les eaux d’en-haut.

Le Zohar pose la question : pourquoi est-il écrit entre les eaux qui sont en-bas du firmament et entre les eaux qui sont en-haut du firmament, et non pas l’inverse ?

Le texte dit que le Raqia sépare entre les eaux inférieures et les eaux supérieures. Précision inutile. Il suffisait de dire que le Raqia sépare entre les eaux.

 

Le Zohar explique que la séparation ne va que dans un sens, de bas en haut. La séparation n’existe pas de haut en bas. Le monde d’en-haut voit le monde d’en-bas, mais le monde d’en-bas ne voit pas le monde d’en-haut.

 

Même idée que celle des anges définis comme une hiérarchie qui va de Dieu à l’homme mais pas de l’homme à Dieu.

 

Inversément, il faut savoir que le monde d’en-haut surveille le monde d’en-bas et le juge de façon permanente.

 

Les Malakhei Hasharet sont la volonté de Dieu telle qu’elle se différencie, se spécifie par rapport à ce qui se passe dans l’histoire d’en-bas.

 

En quelque sorte, la liberté est en bas et façonne l’histoire du monde que Dieu l’a créé, mais il y a une sorte de contrecoup qui juge cette histoire qui se fait. C’est toujours Dieu lui-même mais étant donné que nous somme toujours dans le temps du monde d’en-bas à une certaine étape de réussite du projet du Créateur, alors les anges sont très différents, et dans le temps et dans l’espace si j’ose dire. Il y a une multitude d’anges qui correspondent à chacun de nos actes et à chacunes de nos pensées, à chacunes de nos initiatives et à chacunes de nos réussites et de nos échecs ou de nos tentations, c’est tout ce monde angélique qui est Dieu lui-même, mais figuré, différencié, multiplié dans le monde d’en-bas.

 

C’est pourquoi on peut affirmer dans le langage du midrash simultanément que les anges n’existent pas et pourtant il n’existe que les anges.

 

Les Malakhei Hasharet sont la Providence de Dieu telle qu’elle est différenciée par rapport aux événements qui se passe dans le monde de la création.

 

Et voilà que nous sommes arrivés à une étape importante dans l’histoire du monde. Il y a une société humaine qui, à la suite de son expérience en Egypte, et à la suite aussi de son éducation qu’elle reçoit et transmet déjà depuis le temps des patriarches Abraham, Isaac et Jacob, arrive à se constituer en société et qui s’apprête, sous la direction de Moïse, à relever le défi de la création.

 

Le défi de la création c’est que Dieu a créé un monde à partir du néant, et que pour que ce monde existe vraiment, alors il faut qu’il le mérite. Encore une fois, la charte de ce mérite, c’est ce que nous nommons la Torah, c’est-à-dire la Loi Morale.

 

Au fond, toutes les sociétés pourraient définir ce qu’est la Loi Morale ; nous savons par tradition que seule la loi morale telle que définie corollairement à la société d’Israël est la Loi Morale absolue. Et c’est d’elle que nos textes parlent lorsqu’ils parlent de la révélation de la Loi.

 

Nous avons déjà expliqué ces 3 expressions que Moïse est monté en-haut, c’est-à-dire à un niveau du monde qui nous accompagne et qui est déjà, de notre temps, ce que l’histoire de notre monde réussi et abouti arrivera à obtenir dans la catégorie du Monde-à-Venir.

 

Ce que nous nommons le monde d’en-haut, marom ou meromim, c’est très exactement à l’indice de ce Monde-ci ce que le Monde à Venir sera. Horizontalement, ce monde-ce arrivera à être le Monde à Venir, mais verticalement, le Monde-à-Venir est déjà présent en tant que Monde d’En-Haut de notre monde à nous.

 

Et Moïse allant chercher la Torah, c’est Moïse allant dans l’avenir le plus ultime, un avenir où la société humaine coïncidera avec la Loi Morale avec le projet du Créateur, et par conséquent, Moïse projeté dans cet avenir c’est Moïse monté en haut.

 

Et là, il se heurte aux « malakhei hasharet » parce que les « malakhei hasharet » qui sont En-haut ne sont pas encore satisfaits de l’état du monde. Les « malakhei hasharet » jugent le monde au temps historique où il se trouve lorsque Moïse monte en haut. Mais Moïse monte en haut dans un temps projeté qui serait celui de la fin des temps et qui serait un monde où l’homme aurait déjà mérité l’être de la perfection et des béatitudes. D’où le conflit. Et d’ailleurs ce conflit est permanent: à chaque instant de l’histoire du monde, il y a une Moïse qui se heurte aux « malakhei hasharet ».

 

Nous allons suivre en détail le déroulement de ce dialogue.

 

Les « malakhei hasharet » sont étonnés :

mah iloud ben ishah beinenou ? que vient faire un fils de femme parmi nous ?

 

Vous pensez bien qu’un tel texte vieux de 2000 ans a sucité énormément de commentaires, et je choisi bien entendu une des lignes de pensée que l’on pourra enrichir par la suite plus exactement.

 

Lorsque Dieu dit aux anges : il est venu recevoir la Torah alors les anges ont dit devant Dieu :

« Une chose précieuse qui était cachée chez Toi pendant exactement 974 générations avant que le monde ne soit créé, Tu voudrais la donner à un être de chair et de sang basar vadam ? »

 

Nous savons que Moïse a reçu la Torah à la 26ème génération après la création du monde. Effectivement, de Adam à Noa’h 10, de Noa’h à Abraham 10 et d’Abraham à Mosheh 6, il y a donc 26 génération depuis Adam à Moïse. Et nous savons d’autre part qu’il y a eu 1000 générations qui définissent les différents niveaux de valeurs et de significations de la Torah.

 

Par conséquent, le midrash dit très exactement que c’est 974 générations avant le temps où nous nous trouvons que la Torah a été préparée pour être donnée au monde.

 

De façon plus générale, cela signifie que les anges mettent en évidence l’importance de cette Torah, indépendament du chiffre qui implique que le temps était venu de la donner quand même. Cela signifie que si l’histoire du monde a un sens, c’est pas rapport à une référence de valeur qui en même temps juge l’histoire du monde.  Et voilà qu’apparait un projet inattendu.

Dans le raisonnement des anges, voilà que Dieu décide de se défaire de la prérogative du jugement de l’histoire au nom de la Torah (au nom des valeurs qui font que le monde a un sens) pour confier cette prérogative à ce que les anges nomme « un fils de femme » ou un être de chair et de sang, c’est-à-dire la créature elle-même.

 

Il se produit là un événement important qui motive la manière dont le Maharal avait posé la question. Le fait même que la Torah soit révélé par Dieu à l’homme est absolument inattendu : cela signifie que Dieu va se dépouiller de la prérogative d’avoir à juger le sens de l’histoire du monde.

 

Nous retrouvons ce thème dans toute l’atmosphére de la traditon juive parlant de ce fait. A partir du moment où Israël a accepté d’être jugé d’après la Torah, où Israël a accepté que son histoire propre et spécifique soit mise en jugement d’aprés la Loi morale absolue, à partir de ce moment même Dieu renonce, semble-t’il ou apparemment, à la prérogative d’être seul à décider de ce jugement et confie les attendus de ce jugement à l’identité d’Israël elle-même. 

 

Nous avons d’autres textes dans le Midrash qui l’explique de la manière suivante : en cours de discussion quant à la jurisprudence, ou à la législation appliquée à la Torah, il arrive, nous dit le Midrash, que Dieu demande conseils aux rabbins. Trés souvent, le Talmud raconte que la discussion s’arrêtent dans le Sanhédrin ou la Yeshivah de Jérusalem parce qu’une voix du Ciel demande un renseignement. On a besoin de savoir En-haut comment décider, alors on demande à Israël comment il faut juger quant aux attendus de la Loi morale et du jugement de l’histoire.

 

Puisqu’il est arrivé un événement historique aussi important qu’Israël sous la direction de Moïse qui accepte d’entreprende cette ascension qui consiste à demander à Dieu de donner la Torah sur Terre, alors corollairement cela signifie que Dieu a à se dépouiller d’une partie de Ses prérogatives et de confier aux sages d’Israël d’avoir à décider ce qui est le bien ou le mal pour la poursuite de l’histoire du monde. Et c’est bien ainsi que la tradition talmudique en parle, à tout ces niveaux.

 

Je rappelle en parenthèse l’un de ces enseignements : est arrivé à une époque le temps où un rabbin tres célébre du talmud devait mourir. Mais il était tellement saint et pur que l’ange de la mort n’avait pas le courage d’approcher de lui pour lui prendre son âme. Dieu a envoyé plusieurs fois l’ange de la mort qui est toujours revenu bredouille et tremblant disant qu’il ne pouvait s’approcher de ce rabbin, et pourtant le temps était arrivé et cette âme devait remonter. Alors Dieu s’est servi d’une stratégie : il a posé dans l’histoire humaine un problème difficile à trancher qui finalement s’est répercuté à la Yeshivah de ce Rav pour décider d’un certain problème pour savoir si c’était tamé ou tahor, impur ou pur. On a discuté longtemps et finalement un voix est sorti du Ciel demandant au Rav de donner la réponse. Pour donner la réponse, il a fallu que le rav lève les yeux de sa Torah, et il s’est donc mis en danger en cessant la relation entre lui et la Torah, l’ange de la mort a donc pris son âme au moment précis où il a levé les yeux et déclaré que c’était tahor-pur. A ce moment-là l’ange de la mort lui prit son âme. On apprend par là que ce rav est mort dans le mot de tahor-pur.

 

Ce midrash éclaire bien notre problème : à partir du moment où la créature accepte cet enjeu d’avoir à être jugée d’aprés la loi morale absolue, alors elle se trouve être investie de la prérogative d’avoir à dire ce qu’est la loi absolue. Parce que finalement l’histoire se fait dans le monde de la réalité et non pas dans le monde des anges comme nous le verrons dans la suite du midrash.

 

C’est cette prérogative qui éclaire déjà la réponse que le Maharal donne à notre question : comment se fait-il que la révélation puisse se faire ? Comment se fait-il que l’homme, alors en cours d’histoire et donc en cours d’imperfection, puisse capter, percevoir et recevoir la révélation de la vérité morale absolue ?

Puisqu’on comprend bien que du point de vue du projet de la Torah il ne s’agit pas du tout de définir Israël dans le sens d’une subjectivité morale, ou plus exactement dans le sens d’une relativité morale, mais dans le sens de la société qui est le dépositaire de l’exigence absolue de la moralité telle que le Créateur l’a conçu comme enjeu de l’être.

 

Nous avons donc une 1ère réponse :

C’est d’abord dans le courage pour une société qui a accepté d’être jugé par rapport de cette Loi. A partir de ce moment, il est bien évident qu’une partie des prérogatives du Créateur par rapport à la définition de la morale est confiée à Israël.

 

C’est cela que les anges contestent. Et ce débat est à l’intérieur de Dieu lui-même : que vont-ils faire de cela ? Il y a une valeur qui fait que le monde a une valeur et cette valeur précéde le monde depuis déjà 1000 générations. 26 générations se sont passées et le temps est arrivé où une société humaine a le courage de déléguer son chef pour monter en haut comme si il y avait déjà une projection d’Israël dans l’avenir (Moïse monté en haut c’est Israël déjà arrivé au bout de l’histoire). Mais à ce moment-là nous sommes quand même en cours d’histoire, alors les anges craignent que la Torah soit gâchée. Puisque Dieu va confier le sort et le sens de l’histoire du monde à une société humaine : ce qui veut dire « fils de femme »  ou « de chair et de sang ». Cela veut dire que la Torah risque d’être gâchée.

En d’autres termes, les anges, c’est-à-dire Dieu, savent ce que l’homme a fait du monde ; et la dernière chance pour que le monde soit transfiguré et sauvé, c’est quand même ce monde des valeurs qui reste en haut, c’est-à-dire qui ne sera atteint qu’en fin d’histoire. Au fond les anges ont toute la patience des éternités pour attendre que le monde mérite cette perfection, et voilà qu’au moment de risquer cet enjeu, il y a cette crainte que le monde soit gâché. Et que le monde soit gâché par ceux-là mêmes qui auraient été les meilleurs parmi le monde, ceux d’Israël sortis d’Egypte qui ont le courage d’accepter la Loi morale. Mais il y a toujours ce risque que le monde soit gâché si la torah est gâchée.

 

Que l’humanité toute entière, les goyim, aient fait du monde un champs de bataille ou une tombe au lien d’un berceau, du point de vue des anges ce n’est pas grave car l’histoire de l’humanité peut se perpétuer d’âge en âge et de génération en génération, et l’on pourra toujours  reconduire l’échéance le plus loin possible. Mais que Israël risque de gâcher la torah, de faillir, de perdre cette chance unique de la révélation, c’est beaucoup plus grave dans le raisonnement des anges.

 

C’est l’idée générale d’autre part que c’est le tribunal terrestre humain qui est responsable de la dignité de valeurs : la justice ne vaut que ce que les tribunaux en font. Nous retrouvons ici le même thème.

 

L’histoire du monde pourrait continuer encore longtemps à être une préhistoire, une jungle de l’histoire d’une espèce animale parmi les autres. Au fond tout cela pourrait durer très longtemps  jusqu’à ce que germe l’humanité vraie... mais que Dieu se décide à révéler aux hommes la seule loi possible pour la réussite du monde et avec celle du monde, celle de tous les univers, à un peuple non encore préparé à la perfection telle que les anges la connaissent déjà, alors ce serait un enjeu trop grave.

 

Voilà pourquoi  Dieu (les anges) hésite à donner la Torah à Moïse. Dans cette discussion entre Dieu et les anges c’est une discussion entre Dieu et Lui-même comme nous l’avons dit.

 

A ce propos, les anges citent un verset des Psaumes (8.5) :

מָה-אֱנוֹשׁ כִּי-תִזְכְּרֶנּוּ; וּבֶן-אָדָם, כִּי תִפְקְדֶנּוּ  

« Qu’est l’homme pour que Tu tiennes compte de lui ?

Et le fils de l’homme que tu t’en occupes ?

Hashem Adonenou combien est redoutable Ton Nom sur toute la terre.

Ainsi donc met ta gloire au-dessus du ciel. »

 

Je dois vous expliquer que par définition les anges sont athées, et par conséquent il était normal que la Torah soit donnée aux hommes qui sont seuls capables d’être croyants. Malgré tout, on voit dans ce verset qui est un verset pour l’homme, que les anges deviennent pieux, puisque c’est là qu’ils nomment Dieu « Hashem notre maitre. »

 

Au fond ce que les anges veulent dire dans ce verset c’est que sur terre la Torah risque d’être gâchée puisque la terre est le lieu d’habitation des hommes ben Adam fils de la première créature qui a connu les valeurs (et c’est sa grande dignité) et qui a fauté, faisant la preuve de son échec, et d’autre part Enosh est le 1erdescendant d’Adam qui a osé être idolâtre (qui a oublié de se souvenir qu’il avait un Créateur). Et voilà que les anges sont inquiets de ce que les hommes jusqu’au temps de Moïse n’ont pas donné la preuve qu’ils étaient capables de lucidité de perfection par rapport aux valeurs morales tel que Dieu lui-même les a projettées.

 

Effectivement, jusqu’au temps de Moïse c’est l’histoire de l’idolâtrie, de la faute, du monde transformé en impossibilité d’accéder à l’être des béatitudes qui était le projet du Créateur. Et voilà, qu’il apparait une sorte de société trés frustre, trés grossiére du point de vue de la civilisation du temps : les hébreux sortis d’Egypte. Cette société entreprend de prendre sous sa responsabilité la prérogative d’avoir à dire le bien et le mal pour tout le déroulement de l’histoire. Alors on comprend l’inquiétude des anges…

 

« Ton Nom est redoutable sur toute la terre alors laisse Ta gloire dans le ciel »

 

 ‘Hidoush sur Bereshit

 

J’ai entendu il y a peu à Jérusalem un ‘hidoush à Jérusalem qui éclaire au niveau formel de façon très précise quelle était l’intention des anges dans ce verset cité.

 

On remarque une chose : tous les mots qui définissent l’homme commence par la lettre alef

Par exemple : Adam, Enosh, Ish… etc.

On remarque une 2nde chose : les 7 premiers mots de la Bible qui décrivent le projet de la création - Bershit Bara Et Hashamayim Ve Et Haarets – comportent tous la lettre alef sauf le mot shamayim.

C’est dire que l’identité humaine, en tant que créature, a sa place partout dans l’être sauf dans cet endroit de l’être où réside le principe du jugement de l’histoire qui se fait à travers l’homme. La lettre alef (qui définit l’homme Adam, Enosh, Ish...) se trouve dans les 7 mots du premier verset de la bible qui décrit le projet du Créateur sauf dans le mot shamayim.

Or, on apprend d’autre part que ces 7 mots correspondent à 7 middot, valeurs ou vertus, 7 médiations que les kabalistes appellent les Sefirot. Je vous les énumèrent d’après leurs appellations classiques qui se trouvent dans un certain nombre de versets que nous disons dans la priére quotidienne également. Lekha Hashem Hagedoulah VèhaGvourah vehatiferet, vehanetza’h, vehahod, Ki kol bashamayim ouvaaretz.   

 

=> Bereshit correspond à la midah de ‘Hessed – la générosité.

Dans la relation entre le Créateur et la créature il y a un monde angélique, si vous voulez, qui s’appelle la Générosité. C’est facile à définir : le fait que Dieu ait créé un monde et qu’il ait donné l’être à autrui, c’est un acte de générosité=’hessed. “Olam ‘hessed libané”

C’est ici le mot Bereshit, et il y a un alef

 

=> Bara correspond à la modalité de la rigueur Gevourah ou Din

 

=> Elohim c’est Tiferet : la magnifiscence de la révélation du Créateur par rapport au monde créé : lorsque se révèle qui est le Créateur dans le monde, alors il y a dans le monde un reflet de magnifiscence, et cela s’appelle Tiferet.

 

=> « Et » qui introduit le mot de HaShamayim

« Au commencement Dieu créa… »

quoi ?

le ciel

Ce quoi intraduisible en français ‘et’ c’est la Sefirah de Netsa’h Eternité

Par conséquent, il y a un reflet de ce qui va avec Dieu dans le monde et cela s’appelle en hébreu Netsa’h qui signifie l’éternité.

 

=> HaShamayim = Sefirah Hod la Splendeur, pas dans le sens de la magnifiscence, mais corrspondant à Netsa’h.

 

=> Vé Et = Sefirah de Yessod

 

=> Haarets = Sefirah de Malkhout

 

Nous trouvons la lettre Alef dans tous les mots sauf dans le mot Shamayim : cela veut dire que l’homme a une relation directe à toutes les médiations entre le Créateur et la créature, sauf avec cette médiation qui s’appelle Shamayim les Cieux et où se situe cette contestation des anges, c’est-à-dire ce principe du jugement qui accompagnent toute l’histoire jusqu’à ce qu’elle ait aboutie.

 

En d’autres termes ce que les anges veulent faire comprendre, ce scrupule de Dieu décidant de donner la Torah à Israël à travers Moïse, c’est que finalement tant que l’histoire est en cours de tentative on n’est pas sûr qu’elle réussisse et donner les clef de la réussite à un être en cours de tentative c’est périlleux, risqué, dangeureux.

 

C’est tout le problème que le peuple de la révélation a vécu : d’avoir le pressentiment qu’effectivement il possède la clef des valeurs mais qu’en fin de compte il risque de gâcher toutes ces valeurs et donc l’histoire du monde parce qu’étant encore en cours de réussite.

Exprimée par une idée simple : à 15 cm du rivage on peut encore se noyer ! .

 

Voilà donc ce que Dieu craint à travers la crainte des anges : d’avoir à livrer à Israël la loi morale, mais si jamais Israël ne réussit pas, alors il n’y a plus aucune chance que le monde réussisse puisque la Loi serait gâchée.

 

Après Matan Torah, c’est la La Torah telle qu’Israël la donne qui est la Torah de Dieu. C’est dans la yeshivah d’en-bas que l’on décide ce qui se passe dans la yeshivah d’en-haut : d’où l’inquiétude des anges telle que la formule ce midrash.

 

Il est très important de remarquer que le verset cité par les anges dit :

Tena hodkha al hashamayim.

C’est effectivement la Sefirah de Hod qui est très exactement à la place du mot de Shamayim dans le verset de Bereshit.

C’est pourquoi les anges disent « tena hodkha al hashamayim »

 

Rashi :

En fait d’après le commentaire de Rashi sur ce verset, il y a aussi un alef dans le mot shamayim.

Rashi citant le midrash : Shamayim doit se lire en réalité « esh ou mayim » = « feu et eau ».

Rashi définit le ciel comme étant le lieu de conciliation entre le feu et l’eau.

Par conséquent, en réalité le mot de Shamayim a également un Alef mais il est caché.

 

Cela me rappelle un tout autre midrash. Lorsque les Goyim félicitent Israël d’avoir accepté qu’un des critères de leur jugement soit la paix, alors Israël répond n’avoir aucun mérite pour l’avoir appris du « maassé kedera » « ce qui est capable de faire une marmite ». Un sage goy étonné demande des explications – le ‘hakham lui explique de la manière suivante : l’eau et le feu ensemble c’est la vaporisation de l’eau ou l’extinction du feu, mais si on met entre le feu et l’eau une marmite alors on peut manger. Donc shalom c’est maasse kelera, ce qui est capable de faire une marmite ! La paix entre le feu et l’eau c’est ce que la marmite est capable de faire.

 

D’une certaine manière, shamayim représente ce même thème.

D’après l’explication de Rashi, shamayim c’est esh oumayim. Dans lequel le alef est occulté. Je vous dirai pourquoi tout à l’heure. Dans le langage du midrash : le feu esh représente la midat hadin,  la rigueur. Et l’eau mayim représente la midat ha’hessed, la miséricorde.

 

Effectivement le ciel - shamayim là où se trouvent l’ensemble des anges - c’est la conciliation entre la rigueur et la miséricorde ; c’est cela l’unité de Dieu, c’est lorsque tous les anges sont identifiés, résorbés et unifiés, que l’unité de Dieu apparait, au-delà d’ailleurs de la somme des anges possibles. Puisque nous l’avons vu, les anges ne sont que le reflet par en-bas de ce qui se passe en bas, mais il y a plus que cela en-haut.

 

Par rapport à ce principe de l’unité des valeurs qui est l’objectif de la Torah: comment se conduire de telle sorte que tant la midat hadin que la midat hara’hamim soient satisfaites et donc conciliées ? Et bien cela se trouve dans le ciel mais pas sur la terre. Et devant cet enjeu de la Torah les hommes sont incapables…

…/…

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Published by Rav Yéhouda Léon Askénazi (Manitou). - dans MIDRASH
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