Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 16:48

Lekh Lekha 93 - 1ère partie

  Rédigé et mis en forme à partir d'un enregistrement:

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/lekh_lekha_serie_1993/cours_1

Face A

 

Lekh Lekha 93 - première partie.

 

Je vais rappeler briévement le sujet de la semaine dernière à partir duquel nous allons commencer à étudier : nous avions étudié la Parashah de Noa’h et nous étions arrivés en fin de Parashah à un texte qui met en évidence que tout le récit précédent depuis le début devait aboutir à Abraham. Effectivement, Abraham apparait dans l’histoire à la fin des dix générations qui vont depuis le 1er homme jusqu’à Noa’h, et des 10 générations depuis Noa’h jusqu’à Abraham. Il y a donc une période de 20 générations où la Torah nous a raconté une première tentative de la civilisation humaine qui a échoué. Ces deux Parashiot de Béréshit et Noa’h devraient s’étudier pendant des mois parce qu’il y a là le modèle, la structure disons, de toute une civilisation humaine, et les différentes causes d’échec à cause de l’échec du problème moral de cette tentative de l’histoire de l’humanité, et aussi corrolairement, les différents sursis qui sont sucités à travers cette histoire et qui n’arrivent pas quand même à être une aide suffisante pour que l’humanité arrive à résoudre le problème fondamental qui lui est posé à travers ce récit, et qui est le problème de la relation humaine des personnes dans la société.

 

Schématiquement, il faut mettre en évidence le fait que c’est le problème moral dans le fait social, la relation des personnes entre elles, qui est posée. Il y a une équation à résoudre, le problème de la fraternité : le problème entre Caïn et Abel qui commence le récit de l’histoire de la société humaine dans son échec qui va aboutir au déluge. On pourrait l’appeler le problème de la relation d’autrui à autrui.

 

Mais la relation fondamentale d’autrui à autrui c’est la relation du frère au frère qui est elle-même la première étape d’un problème à résoudre qui comporte trois étapes :

 

ð la relation entre l’épouse et l’époux

ð la relation du frère au frère, et

ð la relation entre la créature et le Créateur

 

C’est un même problème mais qui se divise en trois axes que l’on retrouve très systématiquement dans l’enseignement de la Torah. La relation entre l’époux et l’épouse est un cas particulier de la relation d’autrui à autrui, laquelle est une expérience, et une épreuve, et une preuve, que nous avons à faire de la relation entre la créature et le Créateur.

 

C’est donc un récit extrêmement important, qui nous amène finalement à la notion d’une sorte de préhistoire d’une histoire qui commence avec Abraham. Si la Torah nous a raconté l’histoire précédant l’apparition d’Abraham dans l’histoire, c’est qu’elle veut que nous sachions qu’Abraham n’est pas n’importe qui. C’est un thème important, Ce n’est pas qu’un jour, de manière arbitraire, Dieu aurait décidé de choisir un homme arbitrairement, par grâce, pour ménager l’histoire du salut.

Abraham n’est pas n’importe qui. Nous avons une identité très précise qui nous est expliquée. C’est l’identité hébraïque. Abraham est un hébreu. Qu’est-ce que c’est ?  

C’est la raison pour laquelle nous avons un récit aussi circonstancié depuis l’histoire du 1er homme jusqu’au temps du déluge, jusqu’au temps d’une génération particulière de l’histoire de cette humanité, la génération que l’on appelle en hébreu, Dor HaPélagah, le moment où l’unité humaine, l’universel humain a éclaté en nations. C’est l’épisode de la Tour de Babel.

 

Et dans la reprise de l’histoire humaine à partir de Noa’h après le déluge, là apparait cette dialectique, cette expression que nous retrouverons sous différents formes : Israël - les Nations.

J’ouvre une petite parenthèse : nous avons énormément de sujet s qui se rattachent à cela : Israël - les Nations :  Israël d’un côté et les nations de l’autre. C’est une notion polémique, agressive et difficile à entendre. Les Juifs y sont familiers et ne se rendent pas compte du scandale que cela représente pour une oreille non-juive. Un tout petit peuple, Israël, et de l’autre côté, l’humanité. Faites bien attention au caractère pas évident d’une notion pareille. L’histoire s’entête a nous démontrer qu’il en est réellement ainsi. Il y a des moments historiques importants de l’histoire de l’humanité, surtout contemporaine, qui démontrent qu’il y a vraiment cette dychotomie claire : d’un côté Israël et de l’autre côté toutes les nations et les autres manières d’être hommes. Qu’on le veuille ou pas, même si cela n’apparait pas toujours de manière évidente et massive, il y a de temps en temps des clins d’œil de l’histoire qui montre que c’est massif et que comme ça.  

 

Dans l’histoire contemporaine en tout cas, deux événements massifs qui le montrent :

ð   D’abord ce qui s’est passé au temps du nazisme. Il y avait vraiment les Juifs d’un côté et le reste du monde de l’autre. Les Juifs et leurs amis non-juifs. Il ne faut pas oublier que pendant le temps du nazisme les Juifs ont eu beaucoup d’amis. Mais ils avaient tous ceci en commun qu’ils ont été impuissant à empêcher la catastrophe. Il y a pu avoir des sauvetages individuels. Nombreux grâce à Dieu. Je crois qu’il faut être rassurés qu’il y a un peu de bien    dans ces grands événements du mal. Cela rassure, il y a quelque chose derrière.   

 

ð   Je crois aussi que nous avons présents en mémoire ce qui s’est passé au temps de la guerre des 6 jours. Il y avait Israël et les Juifs et leurs amis d’un côté et le monde entier de l’autre...

 

Mais il n’en reste pas moins que c’est une notion qu’on manie très souvent sans se rendre compte de son caractère polémique, surtout encore une fois pour une oreille non-juive qui serait attentive à entendre ce qu’elle entend. 

 

Comment comprendre cette séparation totale ? d’un côté une toute petite société des juifs et Israël et de l’autre côté l’humanité entière ?

 

Et nous le voyons aussi actuellement, ce qui se passe ici met en branle le monde entier comme nous le voyons à diverses occasions.

 

Rav Kook : la plupart du temps nous ne sentons cela qu’incognito mais il y a des moments de l’histoire où cela se dévoile clairement, massivement.

 

Retour au sujet :

Dès le moment de la dispersion de l’humanité en nations - Dor hapelagah (cela vient du terme hébreu Léhitpaleg  qui signifie diasporiser) apparait cette différence entre l’identité hébraïque représentée par l’ancêtre d’Abraham, le fondateur de la religion des Hébreux qui s’appelle Ever, qui a gardé l’identité humaine une, indifférencié. Et Les nations sont autant de manière différenciées d’être hommes, chacun avec son génie propre, avec sa spécificité propre, mais avec aussi sa partialité propre.

 

Et l’histoire de la relation entre Israël et l’humanité montre bien que l’humanité a diagnostiqué qu’il y avait quelque chose de particulier dans cette identité hébraïque. Chaque fois que l’humanité est en quête d’espérance à travers les grands moments de l’histoire (là il s’agit d’une histoire de près de 4000 ans depuis le temps des Hébreux), elle a cherché des Hébreux. Chaque fois que l’humanité est en quête de salut, c’est l’identité hébraïque qui apparait comme modèle de salut.

 

Je veux simplement mettre cela en évidence et ce ne sont pas des thèmes littéraires purs et simples. Effectivement, beaucoup de livres s’en servent de manière littéraire. Beaucoup de livres qui paraissent sur les Juifs, écrits par des Juifs ou non-juifs, et qui mettent en évidence ce paradoxe de ce tout petit peuple qui semble avoir un destin à part...

 

Evangile de saint Jean : un verset faisant parler les Samaritains qui disent: « le salut vient des Juifs » ! Et c’est un verset des Evangiles ! Il n’y a pas d’écrit « le salut vient de qui vous savez… C’est une livre écrit par des Juifs d’ailleurs. Il y a une espèce de reconnaissance et de consensus.

Mais il y a du point de vue des événements de l’histoire d’Israël, une réalité qui fait que l’universel juif est en réalité un cosmopolitisme juif. Le cosmopolitisme juif est la preuve que cette identité qui nous vient des Hébreux peut être n’importe quelle manière d’être homme à la fois. Et c’est un cas particulier. Les Juifs sont n’importe quel manière d’être homme s’ils le décident.

Un Juif peut être français ou être allemand. Quand il est français il est très français et quand il est allemand il est très allemand. Cela peut aller jusqu’à un patriotisme local déconcertant. Le Juif peut être très alsaciens et donc très auvergnat. Il y a des Juifs corses et patriotes corses... Cela va très loin. D’ailleurs au retour d’exil cela nous fait les 22 parties de la Knesset, chacune représentant son Goy préféré... Tous les Goyims ont un juif préféré, mais il faut découvrir que les Juifs ont aussi leur Goy préféré... Je ne sais pas si vous vous rendez compte qu’on parle français ! Cela ne va pas de soi pour les Juifs yéménites ! Lequel est exotique ? Un juif yéménite ou un juif français ? Réfléchissez bien. 

 

C’est le fait de l’universel humain à travers le cosmopolitisme juif. Ces deux catégories de l’universel et du cosmopolite ne sont pas les mêmes, mais je prend l’exemple du cosmopolitisme juif pour parler de l’universel hébreu. 

 

Tant que nous étions en diaspora, et que en diaspora, les Juifs pouvaient se réclamer de l’universalisme, il y a avait un fait masqué par la diaspora, c’est d’ailleurs déjà dans notre Parashah, lorsque Dieu interpelle Abraham sur la terre d’Israël – il y avait quelque chose qui a été caché, le fait que les Juifs parlaient d’universalisme sans savoir vraiment s’il s’agissait d’universalisme ou de cosmopolitisme. A partir du moment où l’état d’Israël existe, c’est-à-dire où la société juive est redevenue la nation hébraïque, il se dévoile pour énormément de Juifs, surtout de disapora, que peut-être ce n’est pas de l’universalisme mais du cosmopolitisme.

 

Nous, ceux de ma génération, sommes des Juifs revenus d’exil, avec l’identité juive cosmopolite, et nous sommes en train de retrouver notre identité nationale qui est l’identité hébraïque. C’est un processus qui traverse l’histoire de la société israélienne en maelström avec tous les remouds et les péripéties de l’histoire des quelques dizaines d’années de l’état d’Israël, c’est le récit que nous sommes en train de lire comme modèle : l’histoire d’Abram redevenant Abraham, ce processus des Juifs revenus de tous les paysages des voyages d’Israël. Le juif de diaspora est un hébreu en voyage, et ce n’est pas parce que le voyage a duré longtemps que ce n’est pas un voyage. Quand le voyage dure longtemps on oublie que c’est un voyage, et pourtant on se rappelle pieusement que c’est un voyage : « l’année prochaine à Jérusalem... ». Mais le voyage a duré longtemps. Nous revenons avec des identités de diaspora, et nous sommes en processus de réhébraïsation. Ce n’est pas simplement un probléme linguisitique culturel mais fondamentalement un problème d’identité nationale. Il y a une nation, la nation de Hébreux, dont la Torah a raconté l’histoire et qui en tant que nation est universelle. C’est pourquoi j’ai commencé par dire : à l’indice de cela, c’est le caractère cosmopolite des Juifs qui sont les Hébreux de diaspora. Ils peuvent être n’importe quelle manière d’être homme.

 

Je vais prendre une image, c’est plus qu’une image, empruntée à l’anthropologie: J’ai l’impression qu’il y a un capital génétique de l’identité hébraïque et que les gènes correspondant à la spécificité des peuples chez lesquels on vit, à la longue, apparaissent comme dominants chez les Juifs de tels ou tels paysages.

 

[J’ai dans mes dossiers un article assez extraordinaire paru il y a quelques mois en Israël : Un chercheur israélien a établi qu’il y a une maladie très rare qui est commune aux Juifs irakiens et ashkénazes. Très birévement, il y a eu une première dispersion du temps des Judéens du 1er temple. C’est la dispersion de Babel, dont la région de l’Irak qui est une partie de Babel. Cet exil de Babel est un exil d’où procède les grandes communautés, ce que je dis est très schématique, parce qu’à traversles siècles il y a eu des brassages des communautés juives à travers toutes les catégories. Moi-même comme vous le savez je m’appelle Ashkénazi je suis séfardi. C’est donc qu’il y a une histoire de brassage historico-géographique. Et je suis effectiement d’origine ashkénaze mais très lointaine. Et pour tant je suis séfarade come vous le savez. Indépendament des problèmes existentiels que cela pose - les enfants vont bien grâce à Dieu – c’est une histoire juive ! Ceci dit il y a eu énormément de brassages.

 

Cet exil de babel qui a été la dispersion des Judéens du 1er temple est à l’origine de trois grands embranchements :

=> les Bablim (essentiellement les Irakiens, Bagdad...)

=> les Juis Yéménites

=> et les Juifs Ashkénazes.

 

Ces 3 grandes communautés ont été fondées au temps de la dispersion du 1er temple. Et ne sont  pas revenus (hormis la poignée de sionistes de ce temps-là) au temps du 2nd Temple avec Ezra et Néhémie, à Shivat Tsion.

Il y a différents indices de cela. En particulier la prononciation. La pronociation ashkénaze de l’hébreu est beaucoup plus proche de la prononciation yéménite que de la prononciation sefaradite. Le fait que le Yemen était dans l’empire de l’islam nous laisse croire que les Yéménites sont des séfardim, mais en réalité ce sont des exilés du temps du Bayit Rishon, la même souche éthnique que les Ashkénazes et que les Bablim qui se sont trouvés dans l’aire culturelle islamique. C’est pourquoi ils sont d’un rite qui ressemble seulement au rite séfarade car ils ont accepté comme Possek le Rambam, mais leur identité au niveau éthnique est proche de celle des Ashkénazes.

 

J’ai expérimenté cela la première années où je suis arrivé à Jérusalem. C’était l’époque de Tisha BéAv et je suis allé dans un synagogue yéménite de Méa Shearim. Il y avait à côté une petite synagogue de Juifs hongrois qui ont fini la prière avant les Yéménites et sont venus les rejoindre. Et alors j’ai vu ce spectacle des visages de Juifs hongrois ou yéménites qui sont sensiblement identiques, l’un dans le genre oriental et l’autre dans le genre occidental. Mais c’est les mêmes. Ils l’ont senti eux profondément puisqu’ils sont venus naturellement prier avec eux. Ils l’ont senti eux profondément, puique les Hongrois sont venus avec les Yéménites naturellement, et pourtant Dieu sait si c’est différent au niveau folklore. Mais leur identité est la même. Notre histoire est très longue. Il faut comprendre cela.

J’ai lu récemment un article d’une revue scientifique a établi l’existence d’une maladie génétique commune aux Juifs irakiens et ashkénazes. Cela veut dire que cette mutation s’est déclarée à Babel avant l’exil au 2nd degré des Juifs de Babel de ce temps-là en pays ashkénazes.]

 

Cela veut dire que finalement cette identité hébraïque à travers le temps de la diaspora est allée se fixer sur des paysages de l’universel humain. Mais cet universel humain c’est une fiction, c’est un terme théorique des philosophes, il n’y a pas d’homme universel, mais l’homme personnalisé, concret. Les Latins disaient hic et nunc, ici et maintenant. On est Monsieur Untel avec une carte d’identité très précise. Et même s’il y a dans les grandes métropoles ce cosmopolitisme à causes des brassages d’immigrants qui ne savent plus comment se rattacher à une tribu humaine, finalement c’est le Erev Rav de l’humanité – et il n’en reste pas moins que chacun est ce qu’il est. Et on ne peut pas parler de l’homme en genéral parce qu’on ne sait pas où il est.      

 

L’homme universel est une fiction philosophique issue d’un idéal de l’universel, mais la Torah nous parle d’une identité concrète humaine : l’identité hébraïque qui porte en elle les véhicules de l’universel. L’indice c’est le caractère cosmopolite des Juifs. C’est-à-dire qu’un juif peut être ou français, ou allemand, ou russe ou polonais et parfois tout cela à la fois… Mais cela n’est pas l’universel mais le cosmopolitisme. Et cela se dévoile lorsqu’on ne fait pas partie d’une nation, alors on est de la nation des autres : c’est cela le cosmopolitisme. Ce n’est pas l’homme cosmique ou l’homme universel qui n’est qu’une fiction littéraire.  

 

Il y a, traversant l’histoire humaine, cette identité hébraïque dont la Torah a raconté l’histoire, et qui a empoigné l’humanité entière à travers l’islam en orient et à travers le christianisme en occident, à travers beaucoup de ses courants culturels.

 

Les Juifs sont des Juifs parce qu’ils sont originellement des Hébreux. Or, le problème de la société israélienne c’est que les Juifs que nous sommes, revenus des paysages des voyages, redeviennent Hébreux. C’est la clef de tous les problèmes de politiques intérieures et extérieures. Parce que ce n’est pas un processus simple, c’est un processus de ré-engendrement de l’identité hébraïque. Or, c’est ce récit, le récit de l’histoire d’Abraham. 

 

Ce que nous lisons de la Torah dans ces Parashiot, aux derniers versets de Noa’h et dans Lekh Lekha, c’est cette histoire-là .

 

Je vous rappelle la clef que nous avions déjà utilisé la semaine dernière: c’est une citation du Talmud :en fin du premier chapitre de la Massekhet Brakhot 11 ou 12 a - b:  La Guémara dit ceci : Il y a un verset des Chroniques qui dit: Abram hou Abraham.

Les Chroniques sont les derniers livres historiques de la Bible qui recommencent la généalogie depuis le 1er homme jusqu’à l’engendrement messianique. [C’est là-dessus que ce sont greffés les récits des généalogies que l’on a dans les Evangiles].

 

Le verset dit ceci : Abram hou Abraham

 

Parce qu’il faut redécouvrir que ce grand personnage central de l’histoire d’Israël dès l’origine, mais qui a lui-même une origine, il est le descendant de Ever du temps de la tour de Babel. Lorsque l’humanité une, l’universel humain, qui existait concrètement et vraiment en ce temps-là, a éclaté en nations des différentes manières d’être hommes – et c’est le problème des civilisations : comment faire pour que  ces différentes manières d’être hommes vivent ensemble ? C’est ce salut-là que l’humanité cherche.

La Guémara dit que cette identité hébraïque était en diaspora dans la civilisation du temps, qui était celle de Babel, dans la région de la Mésopotamie des historiens de l’antiquité, Irak, Iran actuel..., qui était la civilisation du temps.

 

Petite parenthèse :

Nous savons d’après l’enseignement de la Torah elle-même que le pays dit de Canaan est nommé ainsi parce qu’aux temps de l’histoire des Patriarches il a été conquis par les Cananéens. 

 

C’est dans le verset de notre Parashah [Gn. 15:6] :

 וְהַכְּנַעֲנִי, אָז בָּאָרֶץ

Ve hakenaani az baarets 

 

Au temps des Patriarches les Cananéens ont envahi ce pays qui était dans l’héritage de la lignée de Shem, ancêtre de Ever, au moment du partage des pays selon les peuples. Et ce pays est appelé le pays des Hébreux. 

 

Se pose la question importante: Que faisaient les Hébreux ailleurs que chez eux ?

Cela a été notre histoire pendant 4000 ans ! Une espèce de tendance à l’universel – c’est très schématique - qui fait que les Juifs font comme si ils étaient chez eux n’importe où. Il y a alors le retour de volant : quand ils sont chez eux, on dit qu’ils sont chez les autres ! Midah kenegued midah… On a fait semblant d’être chez nous chez les autres, alors quand on est chez nous on fait semblant qu’on est chez les autres.

 

Cela s’attache au destin ambigü et ambivalent de cette nation spécifique qui a pour fonction l’unité et l’universel. Le monde entier réclame sa terre, sa ville, son identité, et pendant ce temps, elle, elle fait semblant d’être l’identité des autres... C’est le cosmopolitisme juif.

 

Cela ne veut pas dire que cela n’implique pas des richesses culturelles. Mais cela a un prix. Lisez l’histoire juive. Finalement, cela aboutit à un grand cimetière qui s’appelle le musée de la diaspora à Tel-Aviv : une richesse de 2000 ans d’histoire qui finit.. dans un musée... Je referme cette triste parenthèse. Nous sommes vraiment dans une admiration caractéristique à ce niveau, c’est la mutation qui se passe. Israël est en train de faire le bilan de sa préhistoire, et cela s’appelle « le musée de la diaspora ». Visitez la diaspora après un stage en Israël vous allez voir que vous aurez l’impression d’être dans un musée...

 

***

 

Retour au sujet :

 

Il y a eu des événements - une shoah – qui ont fait que les rescapés des Hébreux de la civilisation de Babel ont décidé de rentrer chez eux. Anachroniquement, c’était le sionisme du temps d’Abraham.

Nous allons lire le récit et vous allez voir que sans aucune révélation d’en-haut, une famille, celle d’Abraham, sous la direction du chef de famille Tera’h, décide de quitter Our-Qasdim et d’aller en direction du pays de Canaan.

 

Q : D’où venaient les Cananéens ?

R : De Crête, mais ils venaient de beaucoup plus haut. C’étaient des Européens, des blancs  d’Europe qui ont envahi, et d’ailleurs les Phillistins sont une partie des Cananéens. Il y a d’ailleurs une analogie avec les Carthaginois. Ce n’est pas loin.

Q : les Berbéres aussi ?

R : Non c’est un tout autre rameau humain. Les Berbères, les Basques, les Hongrois et les Finlandais sont du même rameau humain (s’originant en Yafet). Ce que les Grecs appelaient des barbares d’où berbères. Si vous aller au pays basque et que vous êtes de Kabylie vous retrouverez les mêmes rythmes de musique, et on les retrouve aussi jusqu’en Finlande....

 

Bereshit Chapitre 11 verset 31 : Fin de Parshat Noa’h.

 

Dans l’ordre du récit, il n’y a eu aucune révélation de Dieu à Abraham. On nous raconte ce qui se passe : en fin de compte, il est arrivé un temps où les descendants de Ever, il y a Tera’h qui a eu trois fils Na’hor, nommé du nom de son grand-père, Haran et Abraham. On nous raconte que ces Hébreux sont les rescapés des Hébreux au temps de Nimrod où il y a eu une shoah. Le Midrash nous restitue ce qui s’est passé. Nimrod était le tyran de ce temps-là, et on jettait les Hébreux dans les fournaises de Our-Qasdim. C’était les chambres à gaz de l’époque. Le Midrash est impitoyable : c’est la mémoire de la tradition des Hébreux. Imaginez que les antisémites révisionnistes s’arrangent pour qu’on oublie complétement la Shoah pour mieux pouvoir recommencer plus tard. Voyez comment on oublie l’histoire. Cela va vite, au niveau universitaire : les fours crématoires ont-ils ou non existé ?

 

Il y a une famille rescapée de cela :

וַיִּקַּח תֶּרַח אֶת-אַבְרָם בְּנוֹ, וְאֶת-לוֹט בֶּן-הָרָן בֶּן-בְּנוֹ, וְאֵת שָׂרַי כַּלָּתוֹ, אֵשֶׁת אַבְרָם בְּנוֹ; וַיֵּצְאוּ אִתָּם מֵאוּר כַּשְׂדִּים, לָלֶכֶת אַרְצָה כְּנַעַן, וַיָּבֹאוּ עַד-חָרָן, וַיֵּשְׁבוּ שָׁם

Vayika’h Terach et-Avram beno ve'et Lot ben-Haran ben-beno ve'et Saray kalato eshet Avram beno vayetse'ou itam meOur Kasdim lalechet artsah Kena'an vayavo'u ad-Charan vayeshvu sham.

Vayika’h Terach et-Avram beno

Et Tera’h prit Abram son fils

ve'et Lot ben-Haran ben-beno

et Lot fils de Haran son petit fils

ve'et Saray kalato

et Sarah sa brue

eshet Avram beno

femme d’Abram son fils

vayetse'ou itam

ils sortirent avec eux

meOur Kasdim

d’Our-Qasdim

lalekhet artsah Kena'an

pour aller au pays de Canaan

vayavo'ou ad-‘Haran vayeshvou sham.

Ils arrivèrent jusqu’à ‘Haran et s’intallèrent là-bas.

 

Entretemps Dieu va se révéler à Abraham au début de notre Parashah pour dire :

Quitte ta maison paternelle... Entre temps Dieu va se révéler à Abraham pour confirmer.

 

Le rythme de l’événement est le suivant : l’initiative vient de la famille de Tera’h provoqué par Abraham pour se déconnecter de la civilisation de Babel qui est devenue ce qu’elle était devenue : ils sont les rescapés de la Shoah de ce temps, et ils vont au pays de Kenaan. Pourquoi ? Parce qu’ils rentrent chez eux ! Ils savent donc où ils vont ! Ce sont exactement comme les délibérations du congrès de Bâle : Ouganda ou Erets Israël ? On a décidé de rentrer chez soi et on sait où c’est....

 

Effectivement, entre temps :

 

Chapitre 12 verset 1

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-אַבְרָם, לֶךְ-לְךָ מֵאַרְצְךָ וּמִמּוֹלַדְתְּךָ וּמִבֵּית אָבִיךָ, אֶל-הָאָרֶץ, אֲשֶׁר אַרְאֶךָּ.

Vayomer Adonay el-Avram

Et Dieu dit vers Abram

lekh lekha

va pour toi (Rashi explique : pour ton bien)

me'artsekha

de ton pays

oumimoladetekha

de ta terre natale

oumibeyt avikha

de ta maison paternelle

el-ha'arets asher areka

vers le pays que Je t’indiquerais.

 

Le raisonnement semble incompréhensible : « Va vers un pays que Je te montrerais quand tu y arriveras » ? Cela ne veut rien dire ! Et tous lisent comme si Dieu avait dit à Abraham d’aller au pays de Canaan. Ce n’est pas ce qu’Il a dit. Ce récit dit : cette famille a décidé d’aller au pays de

cannaan.

 

En chemin il y a discussion des Méfarshim : la révélation de Lekh Lekha a-t’elle été dite à Our-Qasdim ou à ‘Haran, une étape où s’était arrêté une première fois Tera’h ? Il avait fait une petite incursion au pays de Canaan et était revenu à ‘Haran, un peu comme des Olim qui font leur Aliyah en commençant par une visite de reconnaissance... Tera’h est le 1er sioniste de l’histoire. Il est venu faire un petit tour pour aboutir à ‘Haran. Entretemps Dieu confirme à Abraham que c’est là qu’il faut aller.

 

Un texte du Midrash montre que le Midrash a posé la question, et à travers cette question nous enseigne que en fait la révélation de Lekh Lekha concerne le fait d’aller au ’Har haMoriah, là où aura lieu la Aqédat Its’haq. On comparera les deux versets.

 

Parshat Vayera verset 2 chapitre 22:

Lorsque Dieu s’adresse à Abraham pour lui dire tu vas prendre ton fils bien aimé Isaac..

 

וַיֹּאמֶר קַח-נָא אֶת-בִּנְךָ אֶת-יְחִידְךָ אֲשֶׁר-אָהַבְתָּ, אֶת-יִצְחָק, וְלֶךְ-לְךָ, אֶל-אֶרֶץ הַמֹּרִיָּה

Vayomer qa’h-na et-binkha

Il Dit : prends ton fils

et-yechidecha

ton unique

asher-ahavta

que tu as aimé

et-Yitschak

Isaac

velekh-lekha el-erets haMoriah

et va pour toi au pays de Moriah

 

C’est sur le mont de Moriah qu’aura lieu la scène de l’épreuve d’Abraham, Aqedat Its’haq.

 

La famille d’Abraham va d’elle-même au pays de Canaan. Dieu n’a pas indiqué à la famille d’Abraham dans quel pays ils doivent aller. En réalité, cette incidence du verset de Lekh Lekha c’est pour lui indiquer que son retour d’exil va le mener à la scène du mont Moriah.

 

Par conséquent, nous étudieront ce texte et nous poserons la question suivante :

Puisque ce pays est le pays des Hébreux et qu’Abraham rentre chez lui, pourquoi est-il nécessaire que Dieu lui promette tant de fois que ce pays sera donné à sa descendance puisque c’est le sien ! Pourquoi cette répétition de ce serment aux enfants d’Israël ?

 

 
.../...
lire la suite ici

*****

Partager cet article

Repost 0
Published by Rav Léon Ashkénazi - dans PARASHAT HASHAVOUA
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : MANITOU
  • MANITOU
  • : Bienvenue sur le blog MANITOU! Cet espace est consacré au Rav Léon Askénazi - Manitou - זצ"ל.Vous y trouverez des textes rédigés à partir de cours audio enregistrés (disponibles sur www.toumanitou.org) En modeste hommage à ce Rav génial et extraordinaire...
  • Contact

Recherche