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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 17:13

LEKH LEKHA (1992)

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/lekh_lekha_serie_1992/cours_1

Face A


Je voudrais me référer en première partie à l’étude que nous avons eu la semaine dernière, et en deuxième partie nous étudierons dans le début de la Parashah de Lekh Lekha un problème en controverse chez les commentateurs:

Il s’agit de comprendre la portée et l’objectif de la première révélation que Abraham a reçu : se trouvait-il encore à Our-Qasdim ou était-il déjà à ’Haran ?

Je reprendrasi dans la deuxième partie du cours ces éléments.

 

J’aborde de suite le premier thème :

La semaine dernière nous avons étudié la période de temps depuis le déluge jusqu’à la naissance d’Abraham. Il y a 10 générations depuis la naissance de l’humanité qui sont la 1ère partie de la 1ère tentative de la civilisation humaine, depuis le 1er homme jusqu’à Abraham et qui a duré à peu près 2000 ans. Il y a 1948 ans de Adam harishon jusqu’à la naissance d’Abraham. Coïncidence avec la date (dans le calendrier goï) de la proclamation de l’état d’Israël.

Il y a à peu près 2000 ans que suivant la définition qui nous est donnée par la Torah shébéalpeh, cette 1ère partie de l’histoire de l’humanité qui en principe est dans une cadre de 6000 ans puis le 7ème, c’est 2000 ans de chaos. Et ensuite 2000 ans de Torah, 2000 ans de révélation qui vont de Abraham jusqu’à Ezra, depuis le commencement de la résurgence de l’identité hébraïque jusqu’à la fondation du judaïsme à la fin de la prophétie.

 

[(Des étudiants arrivent en retard)

Entrer dans un cours qui a commencé, c’est interdit par la Halakhah cela s’appelle Ever min ha’hay un corps vivant qu’on prend par morceaux... ]

 

Il y a un cadre historique de l’histoire de l’humanité dans l’appelation « Olam hazé », pas tellement dans l’appellation Pshat de « ce Monde-Ci », mais le monde de Adam harishon qui est appelé HaAdam hazeh. Le Olam haba c’est « le Monde-à-venir » de l’homme à venir qui est en train d’être engendré à travers l’histoire de ce monde-ci. Le Talmud nous donne un cadre de 6000 ans – on peut maintenant en parler puisqu’on est près de la fin des 6000 ans -  divisés en 3 groupe de temps (Sanhédrin 97a)

 

-   Alpayim Shanah Tohou - 2000 ans de Chaos : à travers les différentes strates de siginification du chaos, dans tous les sens du terme, il s’agit du chaos de la conscience morale : il a fallu 2000 pour que se reconstruise la conscience morale qui va  commencer à émerger avec Abraham. Cela s’appelle les 2000 ans de l’effort du Derekh Erets qui a précédé la Torah. Le Derekh Erets c’est un terme qui a plusieurs significations. Pour ce sujet là ici nous retiendrons celui d’accès à la conscience morale. Selon le Pri Tsadik, c’est l’expression « Yirat Elohim » qui est le Derekh Erets. On peut traduire « civilisation », « culture », mais c’est surtout la moralité, la conscience morale préalable indispensable de l’accés à la sainteté. Ensuite pendant 2000 ans :

 Alpaïm Shanah Torah pendant 2000 ans : la révélation du projet de sainteté qui commence avec les premiers Patriarches hébreux et s’achève au temps de la fin de la prophétie au temps de Ezra et Néhémie, la fondation du judaïsme comme héritier de l’hébraïsme. (L’hébraïsme c’est le temps des Prophètes). Et ensuite, les troisèmes 2000 ans :

-   Alpaïm Shanah Yemot haMashia’h les 2000 ans où auraient pu débuter les temps messianiques. C’est un thème plein de problémes, en particulier par le fait que le christianisme y fait débuter le temps prétendu du messianisme. Dès la destruction du Temple et la fin de la prophétie et le commencement de la grande dispersion, la restauration de la nation hébraïque aurait pu être obtenue, et les temps messianiques auraient pu commencer. Et puis finalement, je vous cite là le Maharal, « Rov rav zman » : plus le temps passe et plus il faut se résigner que la fin sera à la fin des 2000 ans.

Effectivement, c’est à la fin des 2000 ans des Yémot Hamashia’h que le rassemblement des exilés a commencé avec le sionisme et l’Etat d’Israël. Il y a une convergence dans cette indication de la Guémara : 6000 ans + le 7ème millénaire.

Rien á voir avec le millénarisme, c’est tout á fait autre chose.

C’est sur le plan de la semaine hébraïque 6 jours plus le 7ème , et le plan de l’oeuvre du commencement le Maassé Bereshit 6 jours + le 7ème

C’est un plan qui revient très souvent dans la structure du temps hébraïque et biblique. Et nous sommes à la fin du 6ème milénaire, à la veille de Shabat.

 

Le Erev Shabat  a commencé 272 ans avant le 7ème millénaire, valeur numérique de Erev.

C’est une indication du Zohar qui reprend des versets : 6000 - 272 = 5728. Si cette date ne vous dit rien, je n’ai rien à vous dire !  (מלחמת ששת הימים – la guerre des 6 jours)     

 

Ceci dit, je reviens au sujet, il y a une question soujacente à cette analyse : s’il y a une programmation aussi datée où est le fondement de la liberté ? Cela peut sembler contradictoire avec un des principes essentiels du judaïsme : qu’il y a liberté. Et par conséquent, pourquoi y aurait-il des temps fixés ?

Le Rav Kook nous l’a expliqué au moment de la guerre des 6 jours. Cette date de la veille de l’année 5728 qui s’appelle chez les Kabalistes Shnat me’harefet.

Je vous le signale en passant pour vous dire que ces références existent. On ne va pas les étudier. Les plus surpris ont été ceux qui savaient, parce que ceux qui ne savaient pas ont vécu l’événement dans toutes les surprises de l’événement, mais pas dans cette surprise maximale que la date était connue par la tradition !  

 

C’est d’ailleurs moi qui ait posé la question au Rav Kook au moment de la guerre des 6 jours : si cela arrive à une date prévue où est la liberté ?

Je me souviens de la réponse du Rav avec son sourire caractéristique lorsqu’il parlait de ces choses profondes: si tu sais qu’une femme est enceinte, tu dis d’abord « Mazel tov ! » et après si tout se passe bien tu sais que dans 9 mois elle a un enfant. Es-tu prophète ?

 

Il y a donc une programmation, un conditionnement des structures du temps de l’histoire de l’humanité, et lorsque on se laisse aller au fonctionnement de ces structures, alors elles jouent à plein. On n’a pas mérité avant la date inéluctable après laquelle il n’y aurait plus d’espérance, alors c’est arrivé le 9ème mois !  

 

Le fait d’attente, d’espérance, Tiqvah, d’un enfant qui survient après 9 mois, ne supprime pas la liberté. Il fallait aussi le faire cet enfant. La liberté n’est pas mise en cause. Il fallait aussi le faire cet enfant et qu’il arrive viable.

 

Cela se relie à une expression de la Guémara et du Midrash et du Zohar pour désigner le Mashia’h : on l’appelle chez les rabbins, Bar Nafli terme araméen qui signifie « le fils des foetus avortés » (nefel terme hébreu pour « mort-né »). Cela veut dire qu’il y a eu des occasions qui ont été avortées : des temps possibles où l’on n’a pas obtenu car on a démérité. Ces temps ont été dévoilé de temps en temps par les maîtres de la tradition. Ils auraient été des occurences possibles de date pour que le messie apparaisse... Effectivement, il y a avait des occurences objectives qui faisaient que cela aurait pu être le temps du rassemblement des exilés et de la restauration de la nation hébraïque du dedans du peuple juif, et cela a échoué.

 

Par exemple, au moment de l’inquisition. Si au temps de l’inquisition, les Juifs espagnols avaient acheté Erets Israël au lieu d’acheter Amsterdam en Hollande et le Sud de l’Angleterre, alors peut-être que cela se serait passer autrement. Très peu de Juifs espagnols sont allés en Erets Israël, car ils ont préféré aller fonder New-York qui s’appelait d’abord la New-Amsterdam : ce sont des Séfardim d’Amsterdam descendants des exilés d’Espagne qui ont fondé New-York. Et tout cela on le paie, avec garantie... Je referme la parenthèse.

 

***

 

La Parashah de Noa’h nous parle de ces 2000 ans de Tohou à travers lesquels il y a eu un effort de l’identité humaine d’accéder à la conscience morale qui s’est détruite dans les premières générations de l’humanité : les 7 générations de sursis données à la faute des premiers hommes.

 

On est familier avec la notion de la faute du premier homme, mais il y a la faute du 1er homme et du 2nd du 3ème … jusqu’au 7ème . je ne veux pas ouvrir de parenthèse mais c’est un sujet à étudier, on est en général polarisé sur la notion de la faute du 1er homme.  Il faudrait dire la faute des premiers hommes. Et la faute du 2ème homme est beaucoup plus grave encore que celle du 1er : la faute de la révolte contre Dieu - Bein Adam Lamaqom - qui a trouvé son principe de rédemption au temps des Patriarches et sa rédemption avec le roi David. Le roi David a été le 1er roi d’une société humaine qui a restauré la souveraineté divine dans sa royauté sur terre.

 

Par conséquent, vous comprenez ce Midrash qui dit que Adam harishon a donné 70 ans de sa vie au roi David. Lorsque Dieu a révélé la chaine des générations à Adam harishon, il a vu qu’il y a avait un roi d’Israël qui n’avait pas de temps pour vivre et alors il lui a donné 70 de sa vie. J’ouvre un peu ce Midrash : Dans le récit de l’histoire de Adam HaRishone le verset (Gn. 2:17) dit :

כִּי, בְּיוֹם אֲכָלְךָ מִמֶּנּוּ--מוֹת תָּמוּת

« Beyom a’holkhah miménou mout tamout - le jour où tu en mangeras mourir, tu mourras ».

Le Midrash précise que le jour divin est de 1000 ans :

כִּי אֶלֶף שָׁנִים, בְּעֵינֶיךָ--    כְּיוֹם אֶתְמוֹל, כִּי יַעֲבֹר

C’est un verset des Psaumes (Ps. 90:4). Et pourtant on voit que Adam a vécu 930 ans ! Où sont passées les 70 ans manquants ? Il y a 2 Midrashim :

ð  L’un dit qu’ils ont été distribués aux Patriarches et au roi David

ð  L’autre dit que les 70 ans ont été donné au roi David.

 

C’est dire que c’est dans le roi David que l’identité du 1er  homme a réalisé la rédemption de sa faute. Je l’ai dit en français mais je vous dis à quel verset cela se réfère :

C’est un verset des Psaumes du roi David (Ps. 3:3):

רַבִּים, אֹמְרִים לְנַפְשִׁי:    אֵין יְשׁוּעָתָה לּוֹ בֵאלֹהִים סֶלָה.

Rabim omrim lenafshi Eïn yeshouah atah lo

David se plaint en disant :

« Beaucoup disent à propos de ma personne, elle n’aura pas de salut »

 

On le lit en hébreu :

Rabim omrim lenafshi

Et son Nefesh est celui d’Adam harishone

Eïn yeshouah atah lo

Et le Nefesh de Adam harishon ne pas être sauvé par David

 

Effectivement, le roi David a établi le principe de rédemption - Tiqoun - de la faute du 1er homme. A l’échelle collective, la faute du 1er homme a déjà trouvé sa redemption. C’est un des grands différents que nous avons avec le christianisme.

A l’échelle individuelle, il peut arriver  que des individus de l’histoire de l’humanité refasse cette faute de la révolte contre Dieu, mais à l’échelle collective elle a déjà été expiée, elle a déjà eu son Tiqoun, sinon vraiment sa Kaparah.

Nous sommes actuellement occupés à la rédemption de la faute du 2ème homme qui est Bein Adam la’havero : la faute du frère contre son frére : le meurtre d’Abel par Caïn.

 

Le chistianisme prétend que le judaïsme est dans la préhistoire mais il révèle par là qu’il est encore obsédé par la faute du 1er homme bien que le slogan officiel soit « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Toute la religiosité et la piété chrétienne est focalisée sur la faute du 1er homme. Lire  saint Paul à ce sujet.

 

Alors que dans l’ordre du judaïsme, c’est vraiment « Vehavtah léréakha kamokha zeh klal gadol baTorah » : il peut arriver qu’à l’échelle individuelle on refasse la faute du 1er homme, mais Israël a déjà donné à l’humanité le Tiqoun de cette faute. Ce qu’il faut réussir c’est le Tiqoun de la faute de Caïn. Et c’est pourquoi nous attendons le fils du Roi David, le Ben David. David a été le Mashia’h de la faute « Bein Adam LaMaqom ». nous attendons le Ben David qui va être le Mashia’h de la faute « Bein Adam La’Havero ». Le Ben David premier fils de David s’appelle précisément Shlomoh-Salomon.

 

Dans la lignée messianique, le nom du fils de David, c’est Shlomoh, l’homme de la paix.

Il y a eu des étapes qui ont préparé le temps du Roi Salomon, en particulier Joseph, mais on étudie cela d’autre part. Le Midrash et la Guémara enseignent que depuis le commencement de l’histoire de l’humanité il y a toujours eu la guerre. Sauf au temps du rêgne du roi Salomon. Il y a un moment de temps messianique au temps du « fils de David ».

 

***

 

Babel :

Il y a un moment particulier, que nous avons étudié la semaine derniére, lorsque l’humanité qui était une à partir du recommencement de l’histoire humaine après le déluge, à partir de la famille de Noé, l’humanité qui était une, l’indice de l’universel que donne la Torah c’est que l’humanité parlait la même langue et avaient les langages particuliers des nations. Il y a eu la révolte contre l’unité divine, la langue une a disparu et sont restées les dialectes particuliers, ce qu’on appelle la confusion des langues. Et donc l’humanité est entrée dans la diaspora humaine.

 

J’en profite pour reprendre cette notion de « diaspora » :

Selon l’enseignement de la Torah, ce sont les Goyim, l’humanité entière, qui sont en diaspora de l’éclatement de l’unité humaine. C’est le sens grec du mot « diaspora ». La diaspora d’Israël est une diaspora seconde quand le peuple un d’Israël est en dehors de sa terre (« goy e’had baarets » – petit ‘hidoush entendu du Rav Kook : cela signifie que Israël n’est un peuple un que sur sa terre). La diaspora d’Israël est une diaspora seconde qui vient se greffer sur la diaspora humaine en vue de l’unification de l’unité de l’homme.

La preuve ? les Juifs !

Les Juifs sont des Hébreux dispersés dans la dispersion humaine. On a les judéo-quelque chose d’autre de l’humanité entière... Nous sommes dans le cas des judéo-français avec ses 70 tribus ie. les différences judéo-alsacien ou parisien ... etc. Tout cela c’est le judéo-français. C’est une tribu qui a ses 70 tribus. Mais il y a aussi les judéo-germaniques, les judéo-arabes...etc.

 

Ce peuple d’Israël, à certaines occurences de son histoire, en relation avec l’histoire universelle, éclate, se diasporise, et va se fixer sur la diaspora humaine.

 

Je cite souvent à ce propos une image de Judah Halévi qui compare le peuple Israël au coeur. Et par conséquent il y a deux souffrances, la souffrances du coeur et celle du membre.

Je vais utiliser cette image de Judah Halévi de la manière suivante : Israël fonctionne comme le coeur  de l’humanité, le coeur envoie le sang aux organes et puis ramène le sang au cœur, et le purifie et le renvoie aux organes... il y a si vous voulez une circulation d’âme qui se produit entre Israël et l’humanité. Comme la diastole, la systole, l’aller vers les nations et le retour vers Israël, c’est diaspora et sionisme... et sinon, si cela ne fonctionne pas, l’humanité a mal au coeur... Cela veut dire qu’elle a mal à ses Juifs. Il faut que cela fonctionne.

On ressent cela en diaspora qu’il y a une sorte d’asphyxie spirituelle, cela ne fonctionne pas, parce que l’Agence Juive ne fait pas son travail grosso-modo...

 

La Torah décrit bien cela comme la Pelagah : la génération de la diaspora humaine : Dor HaPelagah. L’unité humaine a éclaté, et le résultat de cet éclatement sont les Goyim.  

 

Retenez que jusqu’à Abraham, dans la Parashah de cettte semaine, il n’y a pas trace d’un projet d’Israël. L’unité humaine a éclaté en 70 nations de base et parmi ces 70 nations de base, il n’y a pas Israël.

 

Nous allons voir que l’identité hébraïque va résurgir avec Abraham et c’est à partir d’Abraham qu’une sélection d’identité chez les Hébreux de l’exil de Babel va se faire. D’abord dans l’exil : une partie des Hébreux de l’exil vont rester dans l’exil, c’est celle des Araméens. Une partie va revenir avec Abraham, Lot son neveu qui accompagne Abraham qui va fonder deux peuplades rivales d’Israël: Amon et Moav. D’Abraham  avec Agar l’égyptienne va apparaître Ishmaël. D’Isaac avec Rebeqah va sortir Esaü.

 

Et toutes ces lignées issues à l’origine de la même famille qu’Abraham vont finalement se séparer et s’instaurer en rivaux d’Israël. Il y a les 70 nations, et il y a la famille d’Abraham comme source de lignées rivales d’Israël, entre les nations et Israël.

On est surtout familier à Ishmaël et Essav. A l’islam et la chrétienté. Il y a les 70 nations, les musulmans d’un côté, les chrétiens de l’autres et Israël au milieu. C’est ainsi que fonctionne l’ONU: l’Arabie Saoudite, Rome et Israël... Tout tourne autour de cette recherche d’identité. Tout le monde le sait. Il n’y a que les Juifs qui ne s’en rendent pas compte. Je crois que c’est parce que nous sommes conditionnés pour ne pas nous en rendre compte.

 

On est étonné devant cet entêtement des Juifs depuis 4000 ans que cela dure : tout recommence et cela continue... Et on n’arrive pas à tirer les leçons de l’histoire qui marche malgré nous.

Les non-Juifs perçoivent clairement cette spécificité d’Israël. Les Juifs ne s’en aperçoivent pas sinon de manière hypertrophiée, grandiloquente. Comment comprendre que nous soyons tellement conditionnés à ne pas voir un événement si massif ? Il y a des milliards de consciences et ce tout petit peuple et tout petit pays qui focalise une obsession de milliards ce consciences à travers des milliers d’années ! Comment comprendre que les Juifs soient aveugles? Cette difficulté à comprendre, cette sorte d’aveuglement du peuple juif d’autant plus significatif que le discours officiel dit le contraire. C’est le discours grandiloquent : « mamlekhet kohanim ve goy kadosh » qui ne trouve aucune réalité. Par exemple, dans le cas de la France : ce sont les curés qui s’occupent d’éduquer les consciences et non pas les rabbins !

 

Réponse : c’est pour nous protéger du vertige ! Si on avait la conscience lucide de ce qu’est en réalité Israël, cela donnerait le vertige avec le risque de folie : se prendre pour le bon Dieu ! C’est arrivé à un certain nombre de Juifs dont l’un célébre a un milliard d’adeptes ! La maladie qui guette les Juifs c’est de se prendre pour le Christ donc pour Dieu. Dieu nous a dit : « Tu es mon fils ! ». Et l’un déclare : « je suis son fils ! ».

 

Ce qui sauve Israël c’est son humour. Sans humour il deviendrait fou.

Dieu s’adresse a une collectivité entière, le peuple d’Israël. Lorsqu’un individu prétend incarner le peuple, il arrive le phénomène du vertige. C’est ce qui se produit avec tous risques des faux messianisme où les adeptes prennent le guide spirituel pour l’incarnation de la collectivité. C’est une maladie mentale que j’ai étudié avec le Pr. Barukh : lorsqu’un individu cumule sur lui les caractères d’une collectivité. Cela s’appelle le mythe. Il y a un support au mythe, mais le mythe reste un mythe. Et nous sommes « anti ce mythe »...

 

Je vais vous donner un certain nombres d’exemples comment les Rabbins disent la même chose que les énormités que disent les curés et vous verrez la différence.

Par exemple, Judah Halévi parle de l’identité divine d’Israël: le « hiniane haElohim ».

Dieu a confié un projet divin à l’identité d’Israël, mais cela concerne la collectivité. Cela ne peut pas concerner un seul individu, quelque soit sa valeur en tant qu’individu. De là, le basculement dans l’idolâtrie et le paganisme. Ce sont les dangers de la mystique qui échoue. Les maîtres des kabalistes sont les seuls maîtres de la vérité absolue qui ne sont pas tombés dans les dangers de la mystique. Le christianisme est « mystique » dans ce sens-là. La mystique est une sorte d’effacement de la frontière entre le divin et l’humain. L’expérience mystique est une expérience de consubstancialité entre l’homme et Dieu.

Il y a des kabalistes mystiques, mais ils ne parlent jamais de leurs expériences.

Les historiens par ouïe-dire savent citer des noms : par exemple Aboulafia. Mais personne ne sait comment cela se passait l’expérience mystique d’Aboulafia !

Et Aboulafia jeûnait le jour de Kipour et non pas à Mardi Gras !

« Hiniane haElohim » : Ce terme de divin a un tout autre sens chez le Juif. Lorsqu’un chrétien dit de Jésus qu’il est divin, il veut dire que sa substance participe de celle de Dieu. Lorsque Judah Halévi dit d’Israël qu’il est le Hiniane HaElohi c’est au niveau créature. La créature telle que l’oeuvre divine a voulu qu’elle soit. C’est une œuvre divine parce que œuvre voulue par Dieu et non parce qu’elle est œuvre d’essence divine.   

 

Exemple :

Les chrétiens disent à leur manière que les Juifs tuent Dieu. Déicide qu’ils classent parmi les « mystères ». Une pasteur protestant, le Pasteur Dubois, dans une conférence, expliquait que les Juifs ne sont pas déicide mais que les Juifs tuent l’idée de Dieu : le mystère des Juifs déicides devient philosophie et intelligible intellectuellement, et ce n’est plus barbare ni honteux mais cela est d’autant plus dangereux, car ce n’est pas faux ! Il y a un nombre colossal de Juifs qui passent leur temps à essayer de tuer l’idée de Dieu dans la civilisation occidentale. Le chrétien a tendance mystiquement à se relier aux Juifs comme à une présence théophore - porteur de Dieu. Le gentil non-juif s’approche du Juif mystérieusement pour entendre quelque chose de Dieu et il a affaire à un intellectuel juif athée ! Imaginer la fureur du goy frustré ! La frustation absolue ! Mais je crois très profondément que tant qu’un juif est juif, sa manière d’être athée est profondément religieuse.

Cela n’a rien à voir avec l’athéisme.

Q : « grâce à Dieu je suis athée » !

R : je vais vous dire comment j’ai l’habitude de le formuler :

Un goy ne croit pas que Dieu existe, néqoudah !

Un juif croit que Dieu n’existe pas.C’est très différent.

 

Une de mes interventions dans un colloque de la chrétienté fut de préciser que les chrétiens ne croient pas tellement que Dieu s’est fait homme pour sauver l’humanité, mais en réalité croient que Dieu s’est fait juif pour sauver l’humanité. C’est tellement énorme que les Juifs ne se rendent pas compe de ce dont il s’agit. Il y a une phénomène historique d’une massivité colossale, la Bible qui dit cela d’Israël ! Mais à l’échelle collective, et non pas individuelle ! Lorsque l’individu se met à la place de la collectivité c’est le mythe...

 

Il y a eu un séminaire du centre Rashi sur la différence entre le mythe et le midrash.

De nombreux universitaires, croyants et praticants, manient le midrash comme si c’était des mythes.

Une des grandes différences : lorsque le mythe parle d’un personnage d’exception, il accumule sur une figure devenu mythique à force de contamination littéraire, tous les éléments qui caractérisent une collectivité. Dans les Evangiles, les textes racontent précisément à propos de Jésus tout ce qui est arrivé à tous les personnages de l’histoire d’Israël. La littérature appelle cela « une contamination littéraire » l’accumulation dans une sorte de figuration symbolique qui remplace Israël.

 

En milieu juif, c’est contre ce danger-là que le sionisme nous a immunisé, car le sionisme parle en clair d’Israël comme nation et peuple. C’est la nation qui prime.

Dieu ne parle pas à l’individu. Le Dieu d’Abraham d’Isaac et de Jacob c’est ceux qui ont fondé la nation mais nous ne parlons jamais du Dieu de Moïse. Ce serait blasphématoire de parler ainsi (comme le font toutes les autres religions) dans le judaïsme. Moïse est le maître. 

Dieu est créateur du monde et non créateur de religion. C’est le créateur des mondes qui en fin de compte fait exister une manière d’être créature - l’identité hébraïque - qui va traverser l’histoire du monde.

C’est de cela que je dois vous parler ce soir à propos de notre thème.

 

Je termine cet exemple pour dire à quel point il faut être extrêmement prudent lorsqu’on manie ces discours grandiloquents et éviter de ramener le phénomène de nation d’Israël à un phénomène de sectes, ou d’Eglises même si elles s’appellent synagogues, à un phénomène de partis même si c’est un parti religieux…

 

.../...
lire la suite ici 

*****

   

 

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Published by Manitou - dans PARASHAT HASHAVOUA
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