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30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 12:19

LEH LEHA (1995)

Par le Rav Yéhouda Léon Ashkénazi (Manitou) זצ"ל
 

Rédigé et mis en forme à partir d'un enregistrement:

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/lekh_lekha_serie_1995/cours_1

Face A

 

Comparaison entre Noa’h et Abraham. Question posée la dernière fois sur la différence entre le Tsadik selon Noa’h et Tsadik selon Abraham.

 

La première occurence du terme de Tsadik dans le Miqra est à propos de Noa’h.

En dehors d’Israël, il y a donc des Tsadikim : Noa’h ancêtre d’Abraham n’est pas d’Israël.

 

D’ailleurs, c’est un sujet qu’on étudiera d’autre part, Abraham et Isaac eux-même ne sont d’Israël qu’à postériori de Jacob. Il y a toute une discussion dans le Talmud à ce sujet. C’est quand Jacob devient Israël qu’à postériori Isaac et Abraham font partie d’Israël. Au fond toute la préface historique depuis le 1er homme jusqu’au moment où Jacob reçoit le nom Israël, le récit choisit comme ligne de force le fait de raconter la préhistoire de cet événement où Jacob est appelé Israël. Alors, à postériori, Isaac est habilité et Abraham est habilité, Noa’h est habilité, dans la mesure où, à postériori de Jacob, ils ont menés à Jacob. S’ils n’avaient pas mené à Jacob, on n’aurait pas parlé d’eux.

 

Le foyer (moked) du récit c’est la Torah révélée à Israël. Cela commence donc avec l’identité Israël. L’identité Israël commence lorsque Jacob reçoit le nom Israël. Il y a une identité préalable à l’identité Israël qui est l’identité hébraïque qui émerge avec un ancêtre d’Abraham qui est Ever. Tous les hébreux ne sont pas devenus Israël.

 

Nous le verrons, c’est très important pour l’histoire contemporaine, que de cette identité hébraïque préhistorique antérieure à Abraham, mais surtout antérieure à Jacob petit-fils d’Abraham lui devenant Israël, ont émergés et se sont installées dans l’histoire des rivalités à Israël qui procèdent  de l’identité hébraïque antérieure qui n’est pas habilitée à devenir Israël : ces rivalités sont les plus terribles qu’Israël supportent. En réalité ces rivalités apparaissent dans toutes les lignées humaines, mais centralement dans les lignées issues de la famille d’Abraham et qui ne sont pas Israël. Il y a 6 lignées qui ne sont pas Israël mais des anciens hébreux qui ne sont pas redevenus hébreux, qui étaient araméens dans l’exil de Babel, et d’où procèdent les rivalités les plus terribles.

 

Nous vivons quelque chose d’analogue à la fin de chaque exil.

 

Lorsque les Juifs de l’exil, au moment du retour, ne veulent pas participer du retour, s’instaure alors uen identité de type araméen, les Hébreux de l’exil de Babel qui ne voulaient pas revenir de l’exil de Babel. Le modèle en est l’un des frères d’Abraham, Na’hor, qui a fondé une lignée Bethouel, père de Lavan. Et comme nous le savons par les sources du Talmud et du Midrash, Laban est le pire ennemi de Jacob. Tout cela est déjà vécu dans la plus haute antiquité et nous sert de modèle, de paradigme, pour mieux comprendre cette histoire mystérieuse qui est l’histoire du peuple juif au milieu des nations. Il y a une sorte de carte d’identité préalable, de carte d’identité préhistorique, qui nous est racontée dans l’histoire au moment de cette préhistoire des Patriarches.

 

L’étude du jour concerne précisément la nature de cette identité hébraïque qui résurgit avec Abraham. Elle lui est bien antérieure puisqu’il est un des descendants de Ever. Ever l’ancêtre des Hébreux, lui-même descendant de Shem.

Nous verrons quelqu’uns des aspect de cette identité hébraïque, mais c’est cette identité hébraïque qui habite l’identité Israël. Il y a décalage ce ne sont pas deux ensembles qui se recoupent absolument, l’identité hébraïque est en réalité plus large que l’identité Israël, mais seule dans l’identité d’Israël, l’identité hébraïque se retrouve à chaque fin d’exil.

 

Il faut mettre en évidence le fait qu’Israël va se constituer en nation et c’est là que la Torah prend force de loi, force d’obligation. Jusque-là elle ne prend pas force de loi. Même pas encore pour les patriarches qui sont encore des individus.

La notion de Mitsvah, de Torah comme commandement, obligation, pour légitimiser l’identité Israël à l’indice Torah, ne prend force de loi que lorsqu’Israël est une nation, lorsqu’Israël est un Klal, une collectivité, c’est-à-dire à la sortie d’Egypte. Et c’est confirmé officellement au Sinaï. Au Sinaï, Israël devenu nation à la sortie d’Egypte reçoit la Torah sous forme de loi.

 

Noa’h - Abraham :

Je vais revenir sur un des points de la différence entre Noa’h et Abraham, pour comprendre la différence de Tsadik, l’être juste, chez les nations qui a pour modèle Noa’h, et en Israël qui a pour modèle Abraham. 

 

La différence à laquelle on est habitué à penser spontanément, c’est que le juste en Israël est défini d’après l’accomplissement de la Torah, alors que le juste chez les nations est défini d’après la bonne volonté morale. Quelque soit la manière dont un homme de bonne volonté chez les nations considère la table des valeurs du bien et du mal, cela dépend de son écoute, de sa culture, de son éducation, de sa sensibilité, mais au bénéfice de la bonne foi. Et quelque soit sa table des valeurs, s’il préfère le bien, tel que lui se le définit, au mal tel que lui se le définit, c’est un juste. C’est l’attitude de la bonne volonté qui consiste à préférer le bien et le mal par rapport à une table des valeurs. Il faut les lois. C’est cela un juste chez les nations. Il n’est pas nécessaire que cela se réfère à la table des valeurs de la Torah, puisque celle-là n’est révélée qu’à Israël.

Il y aurait une injustice de fond, colossale et blasphématoire que Dieu ait créé l’humanité en ne réservant qu’à une toute petite minorité privilégiée la possibilité d’être Tsadik. L’humanité entière serait condamnée, « Abadon » en hébreu, à l’abandon, la perdition par nature...

 

Il ne s’agit pas du tout de cela : n’importe quel homme par le bénéfice de la bonne foi et de la bonne volonté est appellé Tsadik. Et même ce sont les Goyim qui sont appelés Tsadikim avant ceux d’Israël dans l’ordre historique.

 

Pour le Tsadik selon Israël, selon Abraham, on a l’habitude de dire que la table des valeurs est ici la Torah. Mais la définition est insuffisante. Il faut étudier la différence entre le Tsadik selon Noa’h et le Tsadik selon Abraham avec la question théologique de fond : le salut est-il possible chez les nations même en dehors de la Torah ?         

 

Quelques versets :

On va étudier le statut d’un des ancêtres de Noa’h chez lequel on trouve la même expression utilisée par la Torah pour le définir comme Tsadik :

Chapître 6 en fin de verset 9 :

אֶת-הָאֱלֹהִים, הִתְהַלֶּךְ-נֹחַ

 « et haElohim hitalekh Noa’h »

Baal haTourim : Les 3 Safé Tévot (Mem-Kaf-‘Het) font apparaître le mot ‘Hakham. C’est-à-dire que Noa’h se relie à la Torah en tant que sagesse. Il n’y a pas encore cette notion de Mitsvah qui ne sera propre qu’à Israël à partir du Sinaï. Les patriarches respectaient la Torah au niveau de leur Midot, leur manières d’être, et non dans l’attitude religieuse du devoir à accomplir pour être authentique. La Torah s’adresse à l’individu à travers la collectivité. Quand l’individu entend la Torah à travers la collectivité alors la voix de la Torah prend le ton de l’obligation.

 

Dans la philosophie générale, le problème du fondement de la moralité et des valeurs morales est un problème extrêmement difficile. Chez tous les philosophes que j’ai étudié il y a la même attitude qui consiste à réduire la notion du bien à une autre valeur. Comme si la philosophie générale ne savait pas fonder ce qui fait que le bien est bien. Lorsque j’entends la voix de ma conscience dans la perspective du devoir à accomplir le bien qu’est-ce que j’entends ? Il y a des tas de systèmes philosophiques. Pour les uns, c’est la voix de la société qui se présente à moi sous forme de cette obligation du devoir. « Je suis obligé de... », et je ressens ce sentiment du devoir que Kant a beaucoup analysé. D’autres diront : c’est la recherche du bonheur. Qu’est-ce donc que le bonheur ? L’école la plus connue fait du bonheur le plaisir. D’autres plus pragmatiques disent : c’est l’utilité qui est le bien... Tout se passe comme si les philosophes et les théologiens ne sauraient fonder la notion de bien dans cette voix de la conscience de l’homme.

C’est corollaire à un 2ème problème en philosophie qui ne trouve pas de solution : pourquoi notre manière d’exister est-elle d’exister dans le temps ? Le philosophe qui a le mieux posé et caractérisé le problème est Bergson. Il y a une perception du temps par la conscience humaine qui est la durée. « Nous n’existons que le temps que nous existons ». On voit très bien que l’élan de survie c’est de survivre encore un instant. Il y a ces abérrations de la médecine contemporaine avec l’acharnement thérapeutique qui consiste à ajouter une seconde à une seconde même au prix des pires souffrances.

 

C’est très lié : Les philosophes ne savent pas assigner une finalité à la durée parce qu’il ne savent pas non plus assigner une finalité au devoir moral.

 

La réponse que la Torah donne et qu’il faut étudier pour elle-même : Nous sommes créés dans l’existence en vue de mériter l’être, l’être absolu. Il nous faut le temps de mériter l’être absolu, et on nous divise la tache, car la difficulté est énorme : mériter d’être ! On a donc tout le temps de l’existence, à travers le prisme des 613 Mitsvot. Pour chaque Mitsvah réussie, on acquiert un point d’être. Il faut du temps pour cela, la durée de l’existence humaine, parce que la finalité de la morale c’est de mériter d’avoir été créé. Il ne s’agit pas du tout de telle ou telle discipline philosophique ou religieuse, ou théologique même. Mais il s’agit de quelque chose de plus profond : le devoir est le sentiment qu’il faut mériter d’avoir été créé.

 

C’est la grande différence entre une morale religieuse et une morale laïque. Les morales laïques sont d’ailleurs dérivées des morales religieuses. Les laïcs croient en la morale religieuse mais en lui ôtant « Torah Min Hashamayim », en lui enlevant le fait que cela vient de la Bible et que c’est révélé. Il y a une espèce de mauvaise foi intellectuelle mais qui est pardonnable : l’essentiel est qu’ils soient moraux. Dans une morale laïque, une faute c’est grave mais pas plus. Dans une morale laïque une bonne action c’est bien, mais pas plus. Dans la morale religieuse on a le sentiment profond que cela met en jeu la destinée. Faire une faute est un désordre grave mais cela aggrave le sort du sujet de la moralité. Corollairement pour le mérite. Il y a une tonalité radicalement différente même si le comportement est identique. C’est pourquoi les rabbins nomment « civilités », « politesses » dans le sens grec, la morale laïque. Alors que la morale vraiment c’est le Derekh Erets de la Torah, ce qui est très différent.

 

Le laïc ressent bien qu’il y a plus que cela devant un bien ou un mal accompli, mais il ne poursuit pas le raisonnement par panique : sinon c’est qu’il y a un Dieu, et donc c’est qu’il y a un jugement...etc. Il n’y a aucune dialogue possible entre ces deux univers intellectuels. Les uns tombent dans le légalisme de la convention sociale et les autres s’occupent des valeurs morales vraiment. Et cela n’a rien à voir, même si cela ressemble.

 

Retour au sujet :

La Torah ne prend force d’obligation qu’à travers le fait qu’elle s’adresse à l’individu membre d’une collectivité. Il y a là un sentiment religeux métaphysique très différent des religions du salut personnel. Parce qu’il s’agit du salut de l’humanité. Or, l’humanité est une collectivité.

Israël est délégué pour prendre sur lui – non pas, comme le diraient les théologiens chrétiens, sur la croix – mais en tant que collectivité c’est un peuple à qui est délégué le problème de l’universel humain. Un individu n’est pas dans ce cas de pouvoir être le délégué de l’humanité. C’est pourquoi la Torah s’adresse à Israël comme peuple. Elle ne s’adresse jamais à l’individu comme individu. Sinon à travers l’identité du peuple.

 

C’est très différent de la religion chrétienne, par exemple, où c’est un individu qui est présenté comme le levier du salut. Et la communion avec cette histoire individuelle ferait participer au salut.

 

Nous naissons avec un projet d’identité à atteindre. Nous naissons comme Jacob avec le devoir de devenir Israël. Or, toutes les promesses faites à Jacob concernent un Jacob devenu Israël. L’impératif de la Mitsvah a fortement signifié que nous devons faire coïncider notre identité individuelle avec le modèle qui est Israël. Et dès que l’identité individuelle coïncide avec l’identité du modèle Israël, alors les promesses s’accomplissent. C’est pourquoi il faut mériter l’accomplissement des promesses. Il faut mériter d’être ceux à qui la promesse a été faite. Dès qu’on devient celui à qui la promesse a été faite, elle s’accomplit. Chacun peut l’expérimenter dans sa vie indivuelle. Pourquoi a-t’on tellement prié et que subitement un jour de l’année cela s’accomplit et pas avant ? Il y a tout un faisceau de conditions dans l’accomplissement de la promesse dont la réalisation nous dépasse. Subitement une porte s’ouvre et énormément de prière qui assiégeait cette porte se réalisent. Pourquoi maintenant et pas avant ? Il faut que je sois devenu sur ce point celui à qui cela a été promis.   

 

Les promesses sont faites à Jacob sous la condition simple qu’il devienne Israël.

Comment ?

Par la Torah !

 

C’est le verset (Deut 33:4):

תּוֹרָה צִוָּה-לָנוּ, מֹשֶׁה:  מוֹרָשָׁה, קְהִלַּת יַעֲקֹב

Torah Tsiva Lanou Mosheh Morashah Qehilat Yaaqov

Torah que dicta pour nous Mosheh, héritage de la communauté de Jacob

 

Mais en vue de quoi ? De devenir Israël !

 

Histoire ‘Hassidique :

Un maître ‘Hassidique voulait entrer un jour dans le Beit Knesset mais reste bloqué à la porte. Ses éléves l’interroge. Il répond qu’il ne peut pas entrer parce que l’endroit est plein de prières qui ne sont pas montées...

 

Toutes les prières sont entendues : « Shoméaa Tefilah », mais elles en sont exaucées que si précisément la porte s’ouvre. Qu’est-ce qui fait précisément que la porte s’ouvre ? C’est d’être celui qui en possède la clef. Savoir quand cela arrive ou pas cela nous dépasse. En général dans les temps où les Juifs sont des Juifs, et les rabbins sont des rabbins, on demande au rabbin qui l’explique quelle prière pour qui, ce qui est faisable ou pas... Et la règle est d’expérience individuelle. Ce qui va pour l’un ne va pas pour l’autre. Il y a des biens dont on ressent le manque qui peuvent être objet de prière pour l’un et pas pour l’autre. C’est une ‘Hokhmah que certains rabbins ont. C’est pourquoi la Halakhah est que si on veut demander quelque chose de particulier en dehors de la prière de la communauté dans laquelle en principe tous les manquent sont définis, il faut demander à un rabbin qui sait prier. On appelle cela un rabbin miraculeux : un rabbin dont c’est un miracle qu’il soit rabbin... Un de mes maîtres, Chouchani ou le rav Abraham Epsteïn, disait cela de manière très sérieuse.

 

Retout au sujet :

Chapître 6 verset 9 :

 

אֶת-הָאֱלֹהִים, הִתְהַלֶּךְ-נֹחַ

 « et haElohim hitalekh Noa’h ».

 

Et un verset à propos d’Abraham. Chapitre 17 verset 1:

 

 וַיְהִי אַבְרָם, בֶּן-תִּשְׁעִים שָׁנָה וְתֵשַׁע שָׁנִים       

Vayehi Avraham Ben Tishiim shanah véTeshaa Shanah

Et Avraham fut âgé de 99 ans.

 

Vous devinez qu’il y a ici un nombre significatif qui se réfère aux différents niveaux de mérite qu’Abraham a acquis dont le niveau maximum est de 100. 

וַיֵּרָא יְהוָה אֶל-אַבְרָם, וַיֹּאמֶר אֵלָיו אֲנִי-אֵל שַׁדַּי--הִתְהַלֵּךְ לְפָנַי, וֶהְיֵה תָמִים

« Et Hashem s’est révélé à Abraham et lui dit Je suis le Dieu tout puissant : marche conduis-toi devant-Moi et sois intégre ». 

 

Nous allons comparer ces deux versets qu’il faut étudier en détail : pour Abraham c’est Hashem qui s’adresse à lui et lui dit « marche devant Moi ». Alors que pour Noa’h, il s’agit de Elohim et le verset dit  « avec-à côté de Elohim marchait Noa’h »

 

Il y a donc deux différences.

 

1- Pour Noah, il est avec Dieu, et un commentaire ajoute « et pas avec les hommes ». Certains Tsadikim se retirent de la relation avec les hommes pour se consacrer à la relation à Dieu. C’est une forme de Tsadik. En milieu juif, c’est difficilement diagnosticable, mais en milieu chrétien c’est la vocation monacale. La vocation du moine qui se retire de la cité pour être avec Dieu. Il y a une grandeur dans cette vertu. Beaucoup de monastères forment leurs fidèles pour ensuite entrer dans la cité et aider les hommes. Mais l’échec c’est de se préparer pour se préparer... Cela arrive dans les Yéshivot. C’est l’échec du Tsadik qu’on va étudier avec ‘Hanokh.

   

2- 2ème différence encore plus forte : Tsadik à côté de Elohim - Dieu créateur du monde, selon les normes et les critères de la sagesse naturelle. Noa’h est ‘Hakham mais par rapport à la nature, par rapport au Dieu Créateur. Il a une morale naturelle, c’est à peu près ce que j’ai appelé le juste laïc. Noa’h n’est pas laïc, il connait le Créateur. Mais c’est la conformité à un ordre des choses. Finalement, les Grecs et les Romains à leur manière ont gardé comme notion de la moralité, cette notion des normes aux fonctionnements des phénomènes naturels. Ils appelent cela la morale naturelle. Cf. le latin Norma - normal cela veut dire naturel. Conforme aux comportements naturels.

En fin de compte c’est la même pente que le naturisme. Cela n’a rien à voir avec la morale qui transcende les instincts et les tendances de la nature humaine. Le paradoxe est que même les laïcs ont une âme et entendent la voix du Créateur, mais à travers un silencieux.

 

C’est Hashem qui va demander à Abraham : « marche devant Moi » : « Annonce-Moi ! », « Invente ce que J’ai à dire pour que je puisse le dire à ceux qui t’auront écouter »... C’est cela le secret d’Israël. Il a été choisi pour témoigner de la Torah parce qu’il a été capable de réinventer la Torah même si elle n’était pas révélée. Cf. le mythe chez les philosophes grecs concernant la connaissance : la connaissance est toujours une reconnaissance. On ne pourrait pas connaître si on ne savait déjà, alors on reconnait une connaissance qu’on avait et qui s’était perdue quand on est sorti de la caverne...

C’est quelque chose de cet ordre dans le Midrash qui dit que Israël avait la Torah, et c’est pourquoi il est capable de la comprendre. Avant même qu’on la lui révèle, il l’avait. S’il ne l’avait pas dans son âme, il ne pourrait pas la comprendre ! C’est la raison pour laquelle il n’y a qu’Israël qui comprend la Torah, qui la comprend vraiment en tant que Torah Lishmah.

 

Cf. Guémara Nidah 30b : Chaque enfant d’Israël dans le sein de sa mère connait la Torah. Au moment de la naissance un ange vient le faire oublier en lui fermant la bouche, c’est la trace du doigt sur la commissure des lêvres. Objection : c’est vrai aussi chez les Goyim ! Mais c’est pour tromper l’ennemi...

 

Israël possède en lui le pré-sentiment de la Torah, c’est pourquoi il la comprend. Cela vient de l’identité hébraïque. Quand le Midrash dit qu’il faut être Israël pour la comprendre cela veut dire qu’il faut être hébreu parce que la Torah a été révélée en hébreu. On ne s’en rend pas compte. Celui dont ce n’est pas la langue ne peut rester qu’à la surface des traductions qui trahissent complétement ce dont il s’agit.

 

Nous les Juifs, héritiers des Hébreux, avons fini par tomber dans ce fantasme de croire qu’étudier c’est traduire parce qu’effectivement il faut faire un effort considérable pour arriver à se remettre dans le texte hébreu. Alors c’est là qu’il faut commencer à étudier. Beaucoup de Juifs croient qu’étudier c’est être capable de traduire. Alors que la Torah a été donnée aux Hébreux dont c’était la langue.

 

On va étudier cette différence entre être en avant-garde de Hashem : annoncer et défricher ce que Hashem a à dire pour que cela soit entendu, et c’est la capacité d’Abraham ; et puis être à côté de Dieu plutôt qu’à côté des hommes impies.

 

Nous allons voir un cas où le Midrash va être impitoyablement négatif pour cette attitude tout en étant laudatif vis-à-vis de ces Tsadikim qui sont quand même des Tsadikim mais « stériles » si j’ose dire.

 

Dans la lignée de Shet se trouve l’histoire de ‘Hanokh un des grands Tsadikim de l’humanité. Il y a aussi un ‘Hanokh dans la lignée de Caïn mais c’est une toute autre lignée et un tout autre ‘Hanokh.

Dans les Bibles françaises : Enoch. La traduction du nom est impropre. Il y a un autre personnage qui est le fils de Shet et qui s’appelle Enosh. Ne pas confondre.

 

Gn. 5:24 :

וַיִּתְהַלֵּךְ חֲנוֹךְ, אֶת-הָאֱלֹהִים; וְאֵינֶנּוּ, כִּי-לָקַח אֹתוֹ אֱלֹהִים

 

וַיִּתְהַלֵּךְ חֲנוֹךְ אֶת-הָאֱלֹהִים

Et ‘Hanokh se conduisait avec Elohim

 

C’est la même expression qu’avec Noa’h.

 

וְאֵינֶנּוּ, כִּי-לָקַח אֹתוֹ אֱלֹהִים

 Et il n’était plus là car Dieu l’avait pris.

 

C’est le premier modèle de ce qu’on pourrait appeler l’ascension de ‘Hanokh. On ne se rend pas compte. Qui est ‘Hanokh ? Personne n’en parle !

Mais le mystère c’est ce mot de Véénénou parce que subitement il n’était plus là parce que Dieu l’avait pris.

 

Il y a 3 personnages que Dieu a pris dans l’histoire des hommes c’est ‘Hanokh – Mosheh – et Eliyahou Hanavi. C’est dire qu’ils sont passés vivants de ce monde-ci au Olam Haba le monde futur, avec trois niveaux différents de vertus. Ce sont donc des personnages exceptionnels. Il n’y en que 3 et pas 4.  

 

Q : Mosheh n’a-t’il pas été enterré ?

R : Son corps, mais on ne sait pas où.

 

 

 .../...
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*****

 Parasha - Leh Leha 95
Première partie.
 

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Published by Rav Léon Askénazi - dans PARASHAT HASHAVOUA
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