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31 août 2010 2 31 /08 /août /2010 10:29

Le 3e Bayit par Manitou

  

 

Le 3ème Bayit - la 3ème maison (1988) - 1ère partie.

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/messianisme/la_troisieme_maison/cours_1

Face A - Durée : 42,16 minutes

 

Le thème concerne le 3ème Bayit : le 3ème temple et la période qui l’entoure.

 

Je ne vous cache pas que bien que n’étant pas complétement étranger à cette maison c’est quand même pour ce soir avec quelques émotions que je vais prendre la parole sur le sujet qui a été choisi, d’une part parce qu’il s’agit d’une de nos premières manifestation au centre Rashi, en ce qui concerne le 40ème anniversaire de l’état d’Israël, et 40 ans c’est long. Ceux d’entre nous qui étions déjà conscients de l’importance de cet événement considérable dont je vais essayer de parler ce soir à cette époque, ne peuvent pas ne pas avoir en tête les souvenirs de ce temps-là lorsque nous avons appris que plus de 2000 ans après la grande dispersion du peuple juif, la nation d’Israël se restaurait, dans les difficultés que vous savez, extérieures et intérieures, auxquelles il faudra faire allusion immédiatement et tout à l’heure ; et je crois que la massivité de l’événement que nous commémorons, bien que les contemporains n’aient pas toujours le recul suffisant ou nécessaire pour apprécier le privilège de vivre l’époque qu’ils vivent, ne peut que déclencher et produire l’émotion dont je vous parle.

 

Et à titre personnel, cela se colore du fait que cette soirée se passe à Rashi bien entendu. Et du fait que j’ai ce privilège d’être à la fois membre de la communauté où nous nous trouvons en France et citoyen israélien. 

 

Comme vous le savez on ne peut pas parler de tout à la fois, mais on ne peut pas éviter le fait que les sujets que nous allons traiter, ou en tout cas les remarques ou analyses que je voudrais vous proposer,  impliquent des passions.

 

Lorsque nous vivons un événement de changement d’identité, ce que j’ai l’habitude d’appeler de mutation d’identité, bien que logiquement ces deux termes sont en collision de concept, il y a inévitablement un monde de passions tel que chacun les vit à sa manière ; et puisque notre vie s’insère  dans la durée cela change parois le long de la durée, cela se nuance le long du temps de chacun, mais je vais essayer de me tenir au niveau le plus abstrait possible dans le sens étymologique, c’est-à-dire un peu en recul des passions de l’immédiateté que nous avons en mémoire et à l’esprit de telle sorte de pouvoir me relier aux enseignements de la tradition qui est très longue et  ancienne concernant ce moment que nous vivons d’avoir le privilège de vivre un 40ème anniversaire de l’apparition de la société israélienne comme nation hébraïque après 2000 ans et plus de temps juif.  

 

Je voudrais consacrer une partie des premières analyses à la confrontation si j’ose dire de ces trois termes qui vont revenir dans nos propos ce soir : hébreu, juif, israélien. Nous avons tous conscience qu’il y a premièrement synonymie à beaucoup de niveaux, qu’il s’agit de la même identité, mais que, cependant, à travers l’histoire et à travers les grands événements de passage d’époque à époque de notre histoire si longue, il s’agit quand même de trois indices d’identité différents de la même identité.

 

Les choses ne sont pas simples, mais rien de ce qui concerne Israël et les Juifs n’est simple comme vous le savez. Il faut nous relier à la réalité comme nous la connaissons, comme nous la vivons, comme l’histoire nous la propose ou nous l’impose même parfois. C’est à ce niveau que j’essaierais d’une part de m’en tenir aux contenus de messages, d’informations, de connaissances que certains textes auxquels je vais me référer nous transmettent au sujet de l’événement dont nous parlons, le début de la troisième maison d’Israël – et je préciserais très rapidement dans quel sens j’ai pris ce terme - et d’autre part, de ne jamais oublier que pour nous Juifs, il ne peut s’agir que d’idées seulement, d’idée abstraites seulement. Nous sommes insérés dans une question qui par rapport à notre longue histoire est une question d’existence. Je ne tomberais pas dans le pathos de dire "question de vie ou de mort" parce que la vie d’un peuple qui a une dimension d’éternité ne se définit pas à ce niveau-là, mais en tout cas d’existence et de conditions d’existence.

 

Et j’y ferais allusion que cela sera nécessaire que nous avons à rencontrer des problèmes graves et qui parfois déclenchent des options passionelles qu’on ne peut nier, mais que nous essaierons de laisser en marge de l’analyse de connaissances proprement dite de l’analyse de ce sujet.

 

Première remarque sur le sens de l’expression « la troisième maison d’Israël ».

Evidemment, il y a une ambiguïté. S’agit-il du Beit Hamiqdash ? 

Le temple qui se dit dans l’hébreu traditionnel « la maison de la sainteté ».

 

Il y a eu le Bayit Rishone le premier temple, la première maison.

Il y a eu le Bayit Shéni le deuxième temple, la deuxième maison.

Y-a-t’il déjà les signes plus qu’annonciateurs puisqu’il s’agit de l’existence d’un rassemblement qui ne s’était pas fait depuis 2000 ans, un Bayit Shlishi, une troisième maison ?

 

Ce n’est pas d’abord dans ce premier sens du temple - Beit Hamiqdash - que j’ai pris ce terme, puisque je parle de la réalité. La réalité de l’expression de "maison d’Israël" c’est "Beit Israël". C’est le fait que après un long temps d’exil, l’identité Israël se reconstitue, se restaure. Et de même qu’il y a Beit Israël la première fois au temps du premier temple, Beit Israël la deuxième fois au temps du deuxième temple et du royaume de Juda, il y a déjà Beit Israël, la maison d’Israël, avant même que l’on ne parle de la question du temple à proprement parler.

 

Parmi toutes les sources très nombreuses qui parlent du 3ème retour et de la 3ème construction de la maison d’Israël qui implique à un certain niveau du programme messianique le Beit Hamiqdash  le temple à proprement parler, et dès que quoique ce soit de ce programme a commencé, c’est que tout a commencé, en particulier l’événement massif que pendant 2000 ans le rassemblement des exilés ne pouvait se faire et qu’il s’est fait : c’est l’événement qui est son propre signe à ce niveau. Et pour une tradition qui commence par affirmer que l’histoire qu’elle vit est sous le regard du Créateur et de la Providence, de la Shékhinah la Présence de cette Providence, même si elle est cachée - et c’est le postulat premier et profond de toutes traditions juives de quelques nuances qu’elles soient - et bien des événements d’une telle massivité ne peuvent pas ne pas avoir leur sens traditionnel.

 

Les modernes ont certaines réticences vis-à-vis des événements et de leur « historiosophie » selon le terme de Jacob Gourdin za’l. Réticences parce qu’on leur a proposé tellement de modèles d’explication de l’histoire qui ont abouti à des catastrophes, des systèmes idéologiques qui ont basculé dans des positions politiques qui évacuaient la morale de l’histoire. Et nous devons prendre acte que c’est avec beaucoup  de précautions, de méfiance et de prudence, que nous devons manier cette catégorie de l’historiosophie – la signification au niveau de l’histoire de la destinée des événements que nous vivons.

Mais il faut savoir que la conscience du Talmid ‘Hakham dans l’atmosphère de son étude baigne dans cette évidence du lien profond entre la vérité et la réalité.

 

Nous sommes des monothéistes. Il n’y a pas de dychotomie entre la réalité et la vérité. Et lorsque la vérité parle de la réalité, c’est de la réalité vécue qu’elle parle. Je sais encore une fois que pour le moderne une telle catégorie ou postulat d’évidence est non pas seulement étrangère mais également suspecte. En atmosphère de culture occidental, cela peut paraître « mythique » à force d’être « mystique ».

Je vous propose une définition de la mystique: on dit de queulqu’un qu’il est mystique lorsque tout simplement il croit vraiment à ce en quoi il croit. Or, je parle de la tradition juive et de ce qu’elle dit et croit d’elle-même.

 

Or, précisément, parmi toutes les références des sources très nombreuses qui parlent de l’éventualité du retour du troisième exil, du commencement de la 3ème maison d’Israël, c’est toujours dans ce sens de Beit Israël - maison d’Israël - que l’expression est prise, mais toujours dans la référence au Beit HaMiqdash.

 

J’ai choisi une de ces références dans un des grands commentateurs des textes de la révélation qui est Rabbénou Be’hayé qui parle de ce problème à propos de la vision de Jacob. Je vous citerais immédiatement cette référence, avec comme principe de ce que je voudrais essayer de vous transmettre sour forme de 2 remarques :

 

Sur ce premier point qui parle donc de cette 3ème maison d’Israël, nous avons le privilège de connaitre et d’être contemporains, témoins, participants et acteurs de ce qui se passe dans cette mutation énorme de l’identité d’Israël : hébreu-juif-israélien.  Il en parle comme d’un événement irréversible et définitif. La 3ème maison d’Israël, avec toutes les connotations que cette expression exprime, est toujours citée dans nos textes comme un événement ultime, définitif, irréversible. C’est la 1ère remarque.

 

La 2ème remarque : je me référerais à un exemple dans la discussion talmudique à propos apparemment d’une question de rite éloignée de notre sujet mais qui est en plein dans notre sujet. Dans de telles questions, il faut savoir que ni l’érudition (la référence à la lecture des textes de la révélation hébraïque, ou au commentaire du verset) ni l’idéologie (terme moderne pour parler de la capacité de raisonnement de l’analyse d’une réalité), ni l’érudition (le recours au verset ou au commentaire du verset, et quelque soit l’honnêteté de l’érudition) ni la clarté du raisonnement exposé (une prise de position à ce sujet) ne peuvent trancher. C’est un enseignement du Talmud :

Ee Ba'it Eima Kera, Ee Ba'it Eima Sevara.

 

Lorsque 2 sages sont en controverse, alors tout de suite la dialectique propose une discussion au niveau du verset ou une discussion au niveau de la raison. Et nous voyons que ni l’érudition, ni le raisonnement ne peuvent trancher parce qu’il y a une option de foi... C’est la 2ème remarque. C’est donc aussi à ce niveau et ces catégories que j’en parlerais.

 

Il faut savoir que dans la tradition juive authentique, lucide, attentive, adulte, toutes les opinions ont place, mais cela ne signifie pas que toutes ont force de loi.

Il est bien évident, en me référant à cette exemple de dialectique évoquée dans la première remarque, que ces deux positions nous pouvons les rajeunir dans l’événement que nous vivons et que nous commémorons ce soir.

 

Devons nous considérer  les événements qui font que du sein du peuple juif la nation hébraïque s’est restauré 2000 ans après dans les commencements d’une histoire difficile, parce que c’est selon l’expression même des prophètes un véritable engendrement dans le sens d’un accouchement dans les douleurs des problèmes intérieurs et extérieurs, doit-on considérer le troisième état juif qui s’appelle Israël comme la 3ème maison d’Israël ou pas ?

 

Alors il est évident que les passions auxquelles je me référerais tout à l’heure sont inévitables. Les uns diront oui, les autres diront non.

 

Et quelque soit le nombre de nuances d’opinions qu’il peut y avoir entre ce non et ce oui, en réalité, il n’y a que deux opinions : ceux qui disent oui et ceux qui disent non. Il faut le savoir clairement. Et avec référence, soit à l’érudition, soit au raisonnement.

 

C’est pourquoi j’ai tenu dès le début à indiquer qu’en saine dialectique talmudique cela ne suffit pas. Ni par l’érudition, ni par le raisonnement on ne pourra trancher.

J’ai évacué peut-être un point énorme de ce problème : Pourquoi tant de consciences juives nobles ne se réfèrent-elles pas du tout à l’événement que je désigne comme à un événement réel que nous sommes au commencement de la 3ème maison d’Israël. Et je vous rappelle que d’après nos textes s’il en est ainsi c’est irréversible, définitif et ultime.

 

Voilà à quel niveau de gravité nous devons nous approcher de ce problème.

 

Je disais donc qu’il y a aura l’opinion oui et l’opinion non mais il y a toujours la règle de la Halakha, c’est-à-dire la tradition qui tranche d’une certaine manière.

 

On dit souvent que la tradition hébraïque est une tradition à multiples facettes, parce que la vie est à multiples facettes. On cite « elou v'eilou divrei Elohim ‘hayim -  ceux qui disent cela et ceux qui disent celà sont paroles du Dieu vivant... ». Mais il faut comprendre ce qui est écrit : ce sont les  paroles vivantes du Dieu vivant. Cela ne veut pas dire n’importe quoi à propos de n’importe quoi.

 On ne peut pas dire n’importe quoi de n’importe quoi. Il y a, de façon légitime, telle facette ou telle facette, l’une et l’autre qui pourrait être la vérité dans telle ou telle condition et pas plus. Et ce sont les paroles du Dieu vivant qui sont les paroles du Dieu vivant ! Ce ne sont pas n’importe quelle parole juive qui sont paroles du Dieu vivant.

 

Dans l’exemple de dialectique que je signalais [ndlr. Berakhot 4b], Rabbi Yéhoshua Ben Lévi dit « non », lorsque nous sommes seulement au soir, bien sûr le jour nouveau a commencé puisque pour nous le jour commence au soir. Une fois arrivé au Erev, le crépuscule du soir, c’est déjà la délivrance du lendemain matin, mais il faut passer à travers la nuit. L’un dira « oui » cela a commencé, et l’autre dira « non » il faut attendre le lendemain matin lorsque le soleil se dévoilera pour savoir si le soir était vraiment le soir. Ce sont ces 2 opinions-là.

 

Cela a commencé... Qu’est-ce qui a commencé ? L’un dira : la nuit ! L’autre dira : le jour qui se lève commence cette nuit-là.

 

Il n’y a pas que la nuit, le soir en Israël, il y a aussi le clair de lune..., mais cette discussion que je vous cite :  Rabi Yo'hanane dit : Qui aura part au monde à venir ? C’est celui qui considère que la délivrance du soir c’est déjà la délivrance, bien qu’il faille attendre le lendemain matin seulement lorsque la lumière se dévoile totale.

 

Rabbi Yéhoshua ben Lévi pense: Non, puisque la délivrance du soir n’est pas sûre car elle n’est que le commencement d’elle-même, il faudra attendre le dévoilement du soleil pour savoir si le soir était vraiment le soir…

 

Deux opinions nous sont données en parallèle : ni la référence au verset – ils citent le même verset -  ni le raisonnement qu’ils proposent ne permettent de trancher.

Simplement, Rabi Yo'hanane dira : bien que la délivrance du soir n’est que la délivrance du soir et qu’elle ne sera excellente que le matin, c’est déjà la délivrance. 

Rabbi Yéhshua ben Lévi dit : puisque la délivrance ne sera excellente que le matin, celle du soir n’est pas délivrance ! 

 

Ces deux opinions qui sont paroles du Elohim vivant, sont présentes dans le Talmud l’une et l’autre.

Mais on oublie que la Halakhah a tranché pour Rabbi Yo’hanane.Deux opinions parrallèles se référant au même verset, donc ni la référence, ni le raisonnement, ne permettent de trancher. Mais la Halakha a tranché pour Rabbi Yohanan.

 

En effet, la discussion était de savoir si le soir on doit d’abord lire le Qriat Shémâ et ensuite la Téfilah ? Ou bien si on devait dire d’abord la Téfilah et ensuite le Qriat Shémâ ?

 

Cela s’appelle dans les catégories talmudiques, joindre la Guéoula, la référence à la notion de délivrance, à la Tfilah à la prière (ndlr. Semikhat Geoula Lit'filah). Pour le matin, il n’y a pas de problème : on est sorti de la nuit. On se sait délivré de la nuit, c’est dans la symbolique du rite. L’étude est beaucoup plus ponctuelle et profonde. Et donc le matin c’est clair : je sais que je suis sorti du monde de la nuit, et je peux me référer à cette délivrance que j’ai eu. Il y a providence, je suis sorti de la nuit. Je peux donc prier, c’est-à-dire demander...

Mais le soir ? Je ne sais pas si je sortirais de la nuit puisque j’entre dans la nuit ! Est-ce que j’ai le droit de me référer à la délivrance du matin alors que je suis à l’entrée du soir ? à l'entrée de la nuit ?  Rabbi Yéhoshua Ben Lévi dit donc: on fait la prière d’abord et l’invocation de l’unité de Dieu ensuite.(Les choses sont beaucoup plus amples que cela mais je schématise). C’est l’exemple que je voulais citer. Et la tradition dira « elou v'eilou divrei Elohim ‘hayim ».  Mais la Halakha a tranché : on fait comme Rabi Yo’hanane dans le rite.

 

Il y a une comparaison historiosophique que je voudrais vous proposer à partir de cette remarque.Il y a la position de ceux qui disent : la délivrance du soir n’est pas une vraie délivrance, on attendra les événements de dévoilement. Ce sera évident pour tous.En termes un peu "Talmoud Torah" : "quand le messie viendra !"Cela se rattache à l’opinion de Rabbi Yoshua Ben Lévi.

Pour Rabi Yo’hanane, ce qui a commencé c’est cela qui a commencé.  Qui aura part au monde à venir ? Celui qui le soir fait référence à l’expérience de la délivrance de l’exil d’Egypte, la Guéoula - Gaal Israël - et immédiatement après prie le soir aussi et non pas seulement le matin.

 

J’ai bien conscience qu’il faudrait des heures pour expliquer ces 4 lignes de Talmud. Mais j’espère que vous avez retenu l’atmosphère générale de cette dialectique.

  

Nous verrons tout à l’heure qu’un des grands problème de cette 3ème maison d’Israël c’est les problèmes multiples de clivages, de ruptures et de fractures, de cet ensemble qui se rassemble.Et nous en connaissons au moins trois qui sont graves :

 

1-

La tensions entre les Juifs venus du monde occidental et les Juifs revenus du monde oriental.On les appelle par des termes trops schématiques Ashkénazim d’un côté et Séfardim de l’autre. Grâce à Dieu il y a déjà des mariage mixtes et les enfants vont bien !C’est un problème grave, mais il n’est que grave, si j’ose dire.

 

2-

Il y a aussi le problème diaspora-Israël.  Ceux des Juifs qui, quelque soit les raisons, sont en dehors d’Israël. Et ceux des Juifs ici qui quelque soit les raisons aussi sont en Israël. Israël-diaspora, c’est un problème grave.  On en parlera, mais il n’est que grave.

 

Je me souviens, enfant au Talmud Torah, le rabbin nous avait fait étudier un verset des Prophètes :

לא ידח ממנו נידח

Lo Yida’h Miménou Nida’h

Il m’est arrivé de citer cela qui est significatif.

Aucun ne sera repoussé au temps du retour.

Un enfant du Talmud Torah - avait demandé : est-il possible qu’ils reviennent jusqu’au dernier ?Nous savons maintenant que c’est invraisemblable !Et le Rav avait répondu : « ils reviendrons jusqu’au dernier qui reviendra ! » Et cela veut dire tous, puisque tous sont dans le cas. C’est pourquoi je vouis dis que c’est un problème grave. Mais il n'est que grave et pas plus. 

 

Nous verrons que peut-être dans la société israélienne le problème est moins grave malgré les apparences parce qu’il y a un avenir possible, et qu’il est peut-être plus grave en diaspora mais quoiqu’il en soit, le grave problème intérieur de cette 3ème maison d’Israël c’est cette cassure entre deux partie du même peuple, l’une qui se définit comme disciple de Moïse, la Torah, et l’autre qui se définit comme descendant des patriarches, le peuple, et pas plus.

 

A l’échelle individuelle cela ne serait pas très grave puisque c'est notre identité cette tension d’ambivalence dans l’identité elle-même : nous sommes à la fois des descendants des patriarches, et à la fois des disciples de Moïse.  A l’échelle individuelle, il est normal que cette tension dans la même identité soit vécue par chacun dans l’indice qu’il vit. Mais à l’échelle collective, cela fait problème. Je m’y référerais tout à l’heure.

 

Voilà pourquoi il faut dire que c’est sur cet écran de gravité que les autres problèmes prennent leur signification immédiate.

 

Ashkénaze – Séfarades, et cela veut dire 120 tribus différentes, ce n’est pas si simple que cela. Ce n’est pas grave.

Diaspora-Israël. En fin de compte, ce n’est pas grave. Car même si nous ne sommes pas unis le monde entier se charge dans les occasion qu’il choisit de nous unir…

 

Mais là où cela est vraiment grave c’est que nous risquons de faire éclater ce que la révélation nous a révélé d’unir: les descendants des patriarches et les disciples de Moïse.

 

Peut-être que si de notre temps ce problème se dévoile de façon aussi grave, c’est aussi paradoxalement un signe positif que nous nous trouvons vraiment dans un temps où l’identité hébraïque émerge de nouveau puisque ce sont ces problèmes qui émergent de façon si intense.

 

Or, on ne peut nier que 40 ans après – l’enseignement du désert entre l’enseignement de l’Egypte et le nouveau monde d’Israël – nous nous trouvons dans une situation qui devient aigüe. Les positions se radicalisent des deux côtés. Il y a un risque de « culture-camp », pour employer ce mot à la mode il y a quarante ans, qui affleure au niveau des municipalités.

 

Voici donc cette 1ère référence avant les deux schémas expliquant cette mutation d’identité dont je vous parle : hébreu, juif, israélien. Et avant la citation des deux problèmes principaux qui sont ceux de la 3ème maison d’Israël, les frontières. En termes géopolitiques c'est l’hostilité de l’environnemnt extérieure et d’autre part à l’intérieur cette cassure de notre identité profonde, qu’elle soit hébraïque, juive ou israélienne. Le problème Datim - ‘Hilonim. Voilà un peu le programme sur lequel nous allons réfléchir rapidement.

 

La 1ère citation à propos de la notion de l’idée de la 3ème maison d’Israël se trouve chez Rabénou Bé’hayeh à propos du chapitre 17 verset 28, dont je vous dirais quelques mots très rapidement : Lorsque Yaakov est parti pour son exil, il a eu une vision à Beit El, le fameux rêve de l’échelle. Et lorsqu'il s’est réveillé, il a pris acte, alors qu’il ne le savait pas, qu’il se trouvait dans un endroit où la révélation était réelle bien que cachée. Il a eu une révélation du sens de la destinée de sa descendance. C’est lui Jacob qui va fonder le peuple d’Israël après la sélection d’identité qui commence à Avraham, ensuite Isaac, et c’est Jacob qui devient Israël. Cette révélation bien que cachée lui est communiquée dans un rêve dit apparemment le texte. 

 

28:17 :

וַיִּירָא, וַיֹּאמַר, מַה-נּוֹרָא, הַמָּקוֹם הַזֶּה: אֵין זֶה, כִּי אִם-בֵּית אֱלֹהִים, וְזֶה, שַׁעַר הַשָּׁמָיִם

« il se réveille et il eu crainte et il dit : combien est redoutable cet endroit, cela ne peut être que la maison de Dieu, et cela est la porte du ciel... »

 

Petite paranthèse que je voulais vous citer : Le texte dit qu’il a eu un rêve.

C’est le verset 12 du chapitre 28.

28:12:

וַיַּחֲלֹם, וְהִנֵּה סֻלָּם מֻצָּב אַרְצָה, וְרֹאשׁוֹ, מַגִּיעַ הַשָּׁמָיְמָה; וְהִנֵּה מַלְאֲכֵי אֱלֹהִים, עֹלִים וְיֹרְדִים בּוֹ

Il rêva et voici qu’il y avait une échelle plantée dans le sol et vers le ciel...

 

On explique habituellement que dans son rêve se trouve une échelle plantée en terre et la tête dirigée vers le iel : la communication entre le ciel et la terre.

Mais ce n’est pas écrit ainsi. Il n’y a pas écrit « Vaya’halom il rêva, ouba’halomo et dans son rêve il y avait une échelle... ». Il est dit tout simplement: il rêva, ALORS il y a eu une échelle entre le ciel et la terre. C’est dire que c’est la capacité du rêve qui crée l’échelle, la communication entre la terre et le ciel et le ciel et la terre.

Et tous les Midrashim qui en rendent compte vont dans ce sens.

Quelle est cette échelle ? Un Midrash dira : c’est la prophétie. Un autre Midrash dira : c’est la prière. Un autre Midrash dira : c’est fumée du sacrifice ou de l’encens qui s’élève et monte depuis la terre vers le ciel… etc.

 

Il est bien évident qu’il s’agit de la communication entre le ciel et la terre c’est-à-dire entre la vérité et la réalité.

 

Dans sa vision, il a vu, dit le Midrash, le sens de la destinée de sa descendance. Les exils et le retour, jusqu’au dernier.

 

Rabénou Bé’hayé reprenant ce verset 28:17

28:17 :

וַיִּירָא, וַיֹּאמַר, מַה-נּוֹרָא, הַמָּקוֹם הַזֶּה: אֵין זֶה, כִּי אִם-בֵּית אֱלֹהִים, וְזֶה, שַׁעַר הַשָּׁמָיִם

Vayira Vayomar

Mah Nora HaMaqom Ha-Zeh

Eïn Zeh Ki Im Beit Elohim

Vé-Zeh Shâar HaShamayim

« il eut crainte et il dit : combien est redoutable cet endroit,

cela ne peut être que la maison de Dieu,

et cela est la porte du ciel ! »

nous dit qu’il y a 3 fois le terme de Zeh dans ce même passage qui font alllusion aux 3 maisons d’Israël.

La 1ère qui est le temps du 1er temple :

Mah Nora HaMaqom Ha-Zeh - combien est redoutable cet endroit

La 2ème qui est le temps du 2ème temple :

Eïn Zeh Ki Im Beit Elohim - cela ne peut être que la maison de Dieu,

Et la 3ème c’est pour le 3ème temple :

Vé-Zeh Shâar HaShamayim - et cela est la porte du ciel ! 

 

Et pour la troisième maison d’Israël, il ajoute : «  qui ne sera plus jamais détruite... ».

Si nous avions le temps, je vous lirais ce texte à la loupe. Je vous en donne la référence : le Rav Rabénou Bé’hayé sur le chapitre 28 de la Parasha de Vayetsé.

 

***

Voici pour la 1ère remarque. J’aborde maintenant un premier schéma de ces parallèles qui nous sont donnés par toutes les sources auxquelles je fais allusion, entre le fait qu’Israël a été fondé par 3 patriarches, les 3 pères engendreurs de son identité et le parallèle de ce qui se passera dans l’histoire du peuple d’Israël à travers les 3 grands exils et les trois grands empires (il y a toujours une dialectique de 3 qui sont 4 mais je simplifie) qui ont été en fait les grandes civilisations des grandes époques que nous avons traversés dans notre histoire, et les 3 patriarches.

 

C’est un peu une indication d’« historiosophie » dont je parlais tout à l’heure et à laquelle nous sommes habitués et familiers profondément dans nos études et dans l’atmosphère de l’étude traditionnelle. Cela demande beaucoup de temps pour rendre compte des analogies et des parrallèles de détails, mais je me bornerais aux grandes catégories.

 

D’abord, première remarque sur ce sujet, ce n’est pas habituel qu’une tradition soit fondée par 3 fondateurs. Toutes les autres traditions nous les connaissons à partir d’un fondateur. Qu’il soit le père engendreur ou le maître enseignant. Et voilà que dans le cas d’Israël, il y a trois pères-fondateurs: Abraham, Isaac, Jacob.

 

Ce n’est que au temps de Jacob lorsque l’épurement de la sélection d’identité des Banim, les fils des pères, est achevée que Jacob le 3ème des patriarches reçoit le nom d’Israël et fonde le peuple d’Israël. Peu de siècles après Moïse le maître et non plus l’engendreur, donne la Torah à cette nation d’Israël. Remarquez que cette nation d’Israël fondée par 3 fondateurs existe comme nation avant même que Moïse ne lui transmette la Torah.

 

Deux modèles :

D’une part, Avraham comme figure du père engendreur fondateur du peuple comme peuple, et d’autre part Moïse comme maître, enseignant et révélateur de la Torah.

 

Cela ne signifie pas qu’Avraham n’ait pas une capacité de prophète, c’est le premier homme dans la Torah a être nommé prophète. Cela ne signifie pas que Moïse n’aurait pas capacité à être fondateur de peuple, Dieu le lui propose. Mais le peuple est déjà irréversiblement celui des descendants des patriarches. Mais ce sont deux fonctions différentes.

 

Et j’espère montrer assez rapidement que ces tensions d’identité de cette troisième maison d’Israël dévoilent, au niveau le plus fort, notre carte d’identité d’hébreu en tant que fils des patriarches et disciples de Moise. entre ces deux fonctions.

 

Essayer de raccorder et de mettre ensemble, d’une part, les problèmes décrits par les journaux qui ont une apparence de faits sociaux et politiques sans signification spirituelle sinon politique et sociologique, et d’autre part, les grands enseignements de l’esprit que la Torah nous donne concernant notre identité. Ce que j’ai appelé en citant  notre maître Jacob Gordin une  historiosophie. C’est-à-dire un effort de réflexion pour trouver le lien entre l’enseignement de la Torah comme Torah - ce que Dieu dit de l’histoire d’Israël dans la Torah – et d’autre part, les faits de la réalité que nous vivons, en tout cas dans les moments privilégiés. Il ne peut pas ne pas y avoir de moment aussi privilégié que le passage de l’identité juive à l’identité hébraïque de nos jours qui s’appelle Israël.

 

Effectivement, nous avons d’abord été des Hébreux. Ce n’est que tardivement que nous avons été les Juifs. Quelle différence entre ces deux termes au niveau de l’identité profonde ?

 

Et bien, le peuple hébreu se connait comme un peuple, comme une nation. Alors que le peuple juif, ce sont les rescapés des Hébreux comme peuple dispersé, greffé sur des identités de cités étrangères. Un hébreu du temps des Hébreux n’a jamais été qu’un hébreu, un point. Mëme lorsqu’un hébreu voyageait, il se connaissait et il était connu comme un hébreu en voyage, même si le voyage durait longtemps. Même si un hébreu parlait une langue étrangère, c’était un hébreu qui parlait une langue étrangère, enrichi par elle.  Et vous connaissez l’enseignement du Midrach sur Joseph et le « don des langues » que la traditon chrétienne a repris dans un tout autre sens. Le don des 70 langues.

 

Effectivement, l’hébreu était capable de parler toutes les langues de la terre. Mais lorsque c’était un hébreu qui parlait toute les  langues de la terre, il communiquait dans la langue en question – quoique ce soit la vérité unique pour ce peuple. Mais lorsque c’est l’inverse: quand c’est l’homme du peuple étranger qui parle de ce que la Bible des Hébreux a à dire, il projette son propre paganisme sur la révélation monothéiste de la Torah. C’est aussi un des problèmes actuels que nous vivons.

Pour dire que l’hébreu est capable des langues, mais comme hébreu. Et il sait que les langues dont il est capable sont des langues étrangères.

 

Imaginez le malentendu très fin qu’il y a entre nous ce soir: Je vous parle en français, essayez de faire l’effort d’imagination d’un hébreu parlant une langue étrangère. Cela vous parait invraisemblable. Surtout que je vous dirais que si je parle le français, ce n’est pas parce que né en France, mais c’est parce qu’il y a eu un incident dans l’histoire de Fance – la colonisation de l’Algérie – alors je parle français. Mais en réalité, ma langue, c’est l’hébreu, mais cela ne s’entend pas ! Vous avez remarqué ? En tout cas pas tellement ! C’est invraisemblable mais c’est comme ça…

 

Un hébreu en voyage c’était un hébreu en voyage.

Au temps des Juifs, après la destruction du 1er royaume de Judah et puis surtout du deuxième royaume de Juda, les Juifs étaient originairement des Judéens, les derniers des hébreux. Juif cela veut dire « judéen ». Et les Juifs sont les Hébreux de l’exil, tout simplement. Et la grande différence c’est que l’hébreu est hébreu, un point. Alors que ke juif a toujours été une identité mixte.

L’identité juive c’est les Hébreux en exil : Le juif c’est l’hébreu de l’exil. L’identité juive est toujours mixte : nous avons toujours été judéo-quelqu’un d’autre. Et comme le voyage a duré si longtemps les tensions d’identité dans cette identité de trait d’union - judéo-quelqu’un d’autre – avait tendance à s’inverser le plus souvent.

 

Or, voici qu’il y a 2000 ans l’hébreu est devenu juif, et de notre temps le juif redevient hébreu et c’est cela la troisième maison d’Israël.

Bien entendu, il redevient hébreu, mais il a une origine juive.

Les Juifs avait oublié qu’ils étaient d’origine hébraïque.

Et alors les Hébreux d’aujourd’hui, les Israéliens ont comme problème de ne pas oublier qu’ils sont d’origine juive !

Il s’agit pour nous de redevenir hébreux compte tenu du temps de mémoire de l’histoire juive, mais qui est si j’ose dire d’une certaine manière la préhistoire de cette 3ème maison d’Israël.

Et la 3ème maison d’Israël d’une certaine manière est contemporaine de sa propre préhistoire, puisque l’histoire du peuple juif continue, autour de la 3ème maison d’Israël. Et tout cela est un monde de problèmes que nous connaissons mais qu’il s’agissait d’identifier.

 

Il y a 2000 ans les Hébreux sont devenus les Juifs, et de notre temps 2000 ans après les Juifs redeviennent les Hébreux. Or, cela déclenche problèmes identitaires que nous vivons en tant que société de la société d’Israël actuelle. D’un côté vis-à-vis de l’extérieur, de l’autre côté à l’intérieur.

 

Je prends quelques exemples très rapides.

Il n’est pas étonnant que retrouvant l’identité hébraïque, le monde entier la redécouvre avec nous et que se retrouve toutes les difficultés dont la Bible avait parlé au temps des Hébreux.

 

Notre maître (Jacob Gordin ndlr.) nous disait souvent que la Bible c’est notre carte d’identité.

Nous sommes arrivés à un temps où nous pouvons lire notre carte d’identité.

S’est passé au moment de l’émergence de l’identité hébraïque dans l’universel humain, toute une série de réalités, de tensions, de conflits, d’oppositions, contre l’identité hébraïque d’Israël, que nous redécouvrons de notre temps. A l’intérieur et à l’extérieur.

 

Avant d’y arriver, je voudrais justifier cela, parce que les Juifs se sont habitués à projeter à postériori, de façon anachronique, le thème d’identité juive sur les Hébreux. On parle du judaïsme de Moïse, du judaïsme d’Avraham, parler des Juifs en Egypte…etc. Tout cela est un anachronisme énorme. C’étaient des Hébreux !

Mais il faut entendre que les Juifs sont d’origine hébraïque, ce sont les Hébreux de l’exil et non l’inverse.

 

Et la Bible elle-même nous l’indique : On nous parle d’Avraham l’hébreu.

Chapitre 14 de la Génèse :

Rachi avec humour : parce qu’il parlait la langue d’Ever, l’ancêtre des Hébreux.

Ever descendant de Shem et ancêtre d’Avraham a donné son nom aux Hébreux.

Que faisait un homme de la civilisation chaldéenne à Our Chasdim ? Il parlait la langue de Ever...

Il était hébreu en exil. Un peu comme de notre temps es Juifs qui parlent hébreu en Scandinavie !

Que fait un scandinave à parler hébreu ? C’est un juif !

Il y a là une analogie très frappante entre ces deux noms d’Abraham. Abram est son premier nom. La Guémara dit : son identité était araméenne - Av Mé-Aram - et qui parle l’hébreu…

 

…/…

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Published by Rav Yéhouda Léon Askénazi (Manitou). - dans MESSIANISME
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