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27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 18:51

Kaballe Droite et cercle  immanence et transcendance

Paris, mars 1996

La droite et le cercle (1996) cours 1

 

Dernière apparition publique de Manitou

La création dans la cabale (98 mn)  Sur Akadem.org

http://www.akadem.org/sommaire/themes/philosophie/1/6/module_2981.php

 Sur toumanitou.org:

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/cabale/la_droite_et_le_cercle/cours_1

Durée : 30,5 minutes
Face A

 

Je vous dis en une phrase et demi à quel point nous allons nous engager dans une aventure très périlleuse : en principe on aborde les études de Kaballe qu’après 40 ans d’études scripturaires biblique et talmudiques, mais je vous rassure de suite il s’agit d’un âge mental. On peut avoir 40 ans de sagesse même plus jeune.

Ce qu’il y a de difficile c’est de parler des contenus de la Kabalah à des débutants en étude juive. Je prends donc comme postulat simultanément que vous savez tout et que vous ne savez rien, puisque je ne sais pas ce que vous savez. Je dois donc faire l’effort, en français en plus de parler compte tenu de ce que rien ne va de soi.

Alors j’ai choisi un certain nombre de catégories du vocabulaire de la Kabalah, je ne voudrais pas dire des concepts c’est plus que des concepts , que je vais essayer d’élucider avec le moins de temps possible, je vous demanderais surtout de suivre l’articulation du plan. 

Chacun va structurer les notions qui seront organisées dans ce discours, et s’il y a des notions qui vous apparaissent comme incompréhensibles, laissez-vous traversez, n’y faites pas attention et apprenez la suite. S’il y a des questions je réserverais du temps à la fin. Il ne faut pas s’interrompre pour des parenthèses induites par des questions qui se poseront dès les premiers mots.

 

J’aurais voulu prendre un peu de temps avant de commencer pour revenir sur un certain nombres de points évoqués sur la journée d’hier qui a été extrêmement riche, trop peut-être car on n’avait pas le temps de faire les mises au point nécessaires, et en particulier sur la dernière partie du Rav Abitbol. Je dois vous dire que la première partie m’est très familière, nous avons les mêmes sources si j’ose dire. La deuxième partie, j’ai été indigné, je suis radicalement popposé à tout ce qui a été dit dans la 2ème partie du Rav Abitbol, ce sont des énormités. Ce sera mis au point dans les textes écrits qui seront publiés. Je dois vous dire que le Rav Abitbol que j’aime beaucoup pour tout un faisceau de raisons, c’est un de mes anciens EEI du Maroc, et puis c’est un des premiers de la Yéshivah d’Aix-les-Bains qui est venu à Orsay. On l’appelait « l’exorcisé » ! Par la suite, avec beaucoup de courage il a donné sa vie à l’entreprise de la Yéshiva des étudiants. Et malgré tout, vous avez eu là quand même un témoignage du courant intrégriste du judaïsme traditionnel auquel je ne participe pas du tout bien que je sois né dans une famille de rabbins orthodoxes. Cela n’a rien à voir l’orthodoxie de Torah im Derekh Erets et l’intégrisme lithuanien de ce type de Yéshivot. C’est un autre problème, je tenais simplement à le signaler pour entrer dans le sujet.

 

Vous avez dû voir en lisant l’intitulé de l’exposé d’aujourd’hui que j’ai employé des termes incompréhensibles. Le cercle la droite, transcendance et immanence.

Trancendance et immanence sont des catégories philosophiques. Le cercle et la droite ce sont les arts plastiques. Quel rapport avec la Kaballe ?

 

Entrons dans le sujet immédiatemment avec deux problèmes que je voudrais vraiment patiemment expliquer parce que nous avons assisté à des renversements d’habitudes mentales, d’habitudes mêmes spirituelles. Je vais commencer par une analyse critique de la notion de création ex-nihilo, qui est la notion classique de la définition du concept de création pris au sérieux : la création créée à partir du néant. En hébreu cela se dit Yesh MéAyin. Il y a à partir de il n’y a pas.

 

Or, c’est un concept rebelle à la pensée rebelle à la raison. Nous allons voir immédiatement pourquoi, c’est un conept incompréhensible et qui est reçu comme un objet de foi. C’est parce que la Bible nous a dit que le monde est créé. La notion de création ex-nihilo c’est la notion classique de toute théologie, et même de toute philosophie même non-religieuse qui se sert de ce concept. La notion de création prise au sérieux c’est la création ex-nihilo, mais c’est un concept inintelligible qui est rebelle à la raison.

 

On est tellement familier à ce qu’est censé être la vérité de ce concept qu’on ne se rend pas compte que la familiarité ne peut pas tenir lieu de vraisemblance. Il y a premiérement dans ce concept une contradiction absolue avec le principe d’identité. Et les philosophes ont répondu en latin: ex-nihilo nihil ! Du rien il ne vient rien !

 

Comment se fait-il qu’on ne s’apperçoive pas de cette difficulté ? Cela vient finalement de ce que la loi d’inertie de l’habitude de pensée fait que l’on prend un objet de foi pour un objet de raison parce qu’il parait évident. Mais de quelle nature est cette évidence ? Elle n’est pas du tout une évidence d’ordre rationnelle, c’est une notion impensable pour la pensée humaine et nous pourrons la retenir pour la première partie de l’analyse comme un objet de foi.

Nous croyons que le monde a été créé à partir du néant mais nous sommes incapables de comprendre ce que cela veut dire.

D’abord d’un point de vue formel, cela contrdit le principe d’identité. Ex nihilo nihil !

Et d’autre part, la raison n’est à l’aise que dans les concepts qui renvoie à ce qu’on peut expérimenter. C’est-à-dire à une réalité qui se répète. Toute la pensée scientifique est une réflexion sur des expériences qui se répètent pour en dégager en déduire et en induire la loi.  

Or, par définition le fait de création c’est un harpax si j’ose dire ontologique, c’est une fois pour toute que le monde à partir du néant apparait. J’espère avoir suffisamment dit à quel point c’est de la pensée magique en première perception, et par conséquent, ce n’est pas une notion familière ni à la pensée scientifique ni à la pensée rationnelle, pour les deux raisons que je viens d’évoquer brièvement. 

 

C’est pourquoi nous allons voir que les kabalistes vont inverser radicalement la notion en se posant la question comment expliquer l’existence du monde.

 

Nous trouvons là une deuxième introduction : la perplexité de la Torah ne porte pas du tout sur l’homme ou sur Dieu. La perplexité de la Torah porte sur l’existence du monde : comment se fait-il que le monde existe ? C’est comme cela que la Torah commence par parler.

 

Je vous cite maintenant les traductions habituelles de ces versets car mon propos n’est pas du tout de faire de l’exégèse mais de faire appel à des notions qui vous sont familières :

Au commencement Dieu créa les cieux et la terre.

L’objet de ce récit est d’expliquer l’existence du monde que le texte biblique appelle les cieux et la terre. Il n’y a pas de notion « le monde » en hébreu biblique.  Le mot de Olam, au pluriel masculin Olamim, c’est le temps d’un monde. La notion de Olam, au pluriel féminin Olamot, c’est bien plus tardif et emprunté d’ailleurs à la conceptualisation grecque : les mondes dans le sens spatial et dans le sens culturel. Ce terme de Olam dans le sens de cosmos ne fait pas partie du vocabulaire hébreu de la Bible. C’est une projection du grec.

Il y a trois notions qui sont apparues dans cette première approche Dieu, l’homme, le monde. Or, la conscience biblique n’a aucune perplexité sur l’homme et sur Dieu. Elle est perplexe de la possibilité de l’existence du monde, et c’est là que s’accroche le discours de la Kaballah.

 

Au commencement Dieu créa les cieux et la terre…

La Torah nous parle tranquillement de Dieu alors que personne ne comprend de quoi il s’agit. Une des données immédiates de cette conscience hébraïque, c’est que Dieu cela va de soi et que l’homme cela va de soi. Alors je vais vous situer le problème de la Kaballah dans le discours biblique de la maniére suivante : la philosophie c’est le discours de perplexité portant sur l’homme. Le problème de la philosophie est de savoir à quelle condition l’homme existe. Je me réfère ici à Wladimir Jankélévitch : l’homme est une réalité contradictoire, c’est « une impossible nécessaire ».

Je vous dis très rapidement en me référant cette fois à la La Guémara sans la citer à quel point l’identité humaine c’est quelque chose d’impossible et pourtant cela existe nécessairement. Et alors toute philosophie a pour but d’élucider ce mystère: comment se fait-il que l’homme existe ? Et chaque fois qu’une question est rencontrée dans la science, dans la philosophie, dans la culture, ramenée à la question de l’homme cela devient de la philosophie classique.

Un hébreu n’est pas inquiet de cela : l’homme existe ! Et c’est cohérent, nomral. Et il n’est pas inquiet de Dieu. Si l’homme existe à plus forte raison Dieu. Tout cela ne constitue pas de problème pour la conscience biblique. Le problème de la conscience biblique est de savoir comment se fait-il que le monde existe ? A quelles conditions ?

 

La philosophie c’est le problème de l’homme. La théologie c’est le problème de Dieu. A quelle condition Dieu existe….etc. La Torah ne s’occupe pas de cela. Elle s’occupe de la cosmogonie : comment se fait-il et comment est-il possible que le monde existe ?

 

La Kaballah se pose la question de la manière suivante :

Si Dieu existe…

Je ne voudrais pas prendre trop de temps pour faire une analyse corollaire : Si l’homme existe, ce qui serait une analyse en philosophie idéaliste : si l’homme existe il est tout, et le monde n’est qu’une représentation de la pensée de l’homme. Et il n’y a pas de place pour le monde puisque l’homme c’est le tout de l’être. Et il y a dans la philosophie contemporaine beaucoup de tentations envers ce sollipsisme de la philosophie idéaliste.

 

Si Deu existe, et que c’est sérieux, il n’y a pas de place pour le monde. Si Dieu est l’être absolu, il n’y a pas de place,d e Maqom en hébreu, pour le monde. Alors, comment comprendre qu’il y ait un monde qui soit distinct de Dieu ? Distinct de Dieu, c’est-à-dire existant tout court, parce que exister signifie exister comme distinct de Dieu. Puisque Dieu est nommé, défini, par ce récit de la Bible comme le Créateur, où est la place du monde si Dieu est ?

Cette question est incontournable.

Les Kabalistes vont introduire un renversement de la problèmatique théologique et philosophique en disant que ce n’est pas le néant qui a précédé l’être, parce qu’on ne comprendra jamais comment l’être procède du néant, c’est l’inverse : il y a d’abord l’être absolu. Et à la création Yesh Mé-Ayin a précédé une « création » Ayin Mé-Yesh. Il y a d’abord une néantisation d’un point de l’être absolu qui fait exister la place du monde. Et c’est dans ce néant apparu à l’origine – il y avait l’être antérieur – que le monde est émané, créé, façonné, fait.

C’est un renversement de la problématique qui est très simple.

Effectivement, nous n’avons pas expérience de quelque chose qui nait du néant.

Rappellez-vous Pasteur et de sa critique de la génération spontanée, ce n’est pas au même niveau mais cela ressemble.

Nous n’avons pas expérience de quelque chose qui nait du néant. Nous verrons que oui. Mais pour le moment pas postulat nous n’avons pas expérience de cela.

Par contre, nous avons expérience d’un être qui se néantise. Et donc cette notion de création Ayin Mé-Yesh peut être familière à la raison humaine par expérience : c’est la mort. Un être a disparu. On ne s’en rend pas compte, mais au moment de la naissance aussi, un être est apparu. Et comme nous sommes dans un univers très matérialiste, dans le sens noble du terme, matérialisme grec, on ne se rend pas compte. On croit que l’enfant est enfant du père et de la mère entièrement. Il n’y a que le corps de l’enfant qui est issu du père et de la mère. Mais cet enfant, sa présence, son être, n’a rien à voir avec celui de ses parents. Ceux qui ont eu des enfants savent cela. C’est un monde entier qui apparait là qui n’a rien á voir, ni avec celui du père, ni avec celui de la mère. Sinon, le véhicule organique corporel, le corps lui, est en hérédité très étroite et très précise, psychisme y compris, avec le corps du père et de la mère. Mais sa présence, son être, son monde, est radicalement nouveau, il vient du néant. En tout cas, il vient du néant de notre monde.

Se référer à cette expérience de la naissance pour expliquer la création du monde. Et la manière dont la Torah en parle. Une naissance, une présence à partir du néant.

 

La pensée humaine sera beaucoup plus familière à la notion kabalistique du Tsimtsoum, la néantisation d’un point de l’être, que la notion théologique de création ex-nihilo.

 

Du point de vue de la méthode de la pensée, cela a été notre découverte, nous étudiants de la Kaballah, que lorsque les Kabalistes enseignent c’est toujours très simple, alors que lorsque les philosophes enseignent c’est très compliqué.

 

Pour en revenir à notre propos, je voudrais tout de suite d’emblée, et là je voudrais rendre hommage à Trigano parce que j’ai trouvé dans un de ses anciens écrits, je crois un article de l’Arche, il y a au moins 15 ans, une allusion à ce que je vais dire : ce qui caractérise et différencie la pensée juive de la pensée grecque, c’est qu’elle a le souci de la moralité des concepts. La Kaballah ne se préoccupe pas du sens métaphysique de la notion du créé. Elle l’expliquera, la rendra rationelle et intelligible, crédible, mais elle fait cela en passant puisque ce n’est pas vraiment sa perplexité. C’est le sens moral.

 

Je vous donne un exemple dans la Guémara Sota :

Pourquoi le petit doigt est-il plus petit que les autres ?

La réponse grecque sera d’emblée une réponse au niveau de l’esthétique. Une main aux doigts trops égaux serait trop simiesque…

Mais la Guémara répond que c’est pour pouvoir se boucher les oreilles quand quelqu’un dit une calomnie ! D’emblée le souci moral. C’est ici la même chose.

 

Nous allons analyser une Mishnah du Pirqey Avot qui va nous faire comprendre cette question qui préoccupe tellement les théologiens : que signifie la Toute-Puissance de Dieu ?

 

Il y a une grande discussion chez les maîtres du moyen-âge : est-ce que les attributs de Dieu sont positifs ou négatifs ? Vous connaissez la thèse qui veut faire dire à Maïmonide qu’il n’y a que des attributs négatifs. Serait-ce vraiment une louange de dire que Dieu est fort, tout-puissant ? Par rapport à Dieu Kol Yakhol que signifie que Dieu est fort ? Est-ce que cela implique qu’il pourrait en être autrement alors ce serait une louange de dire qu’Il est fort ?

Maïmonide aurait suivant ces commentaterurs universitaires indiqué la réponse : en disant que Dieu est fort on veut dire qu’il n’est pas le contraire. Cela s’appelle les atrributs négatifs. 

Mais la Torah dit qu Dieu est fort, et cela veut dire fort en hébreu : Guibor.

 

Mishna Avot 4:1:

איזה הוא גיבור--הכובש את יצרו, שנאמר (משלי טז,לב).

טוֹב אֶרֶךְ אַפַּיִם, מִגִּבּוֹר;    וּמֹשֵׁל בְּרוּחוֹ, מִלֹּכֵד עִיר

Ezeh Hou Gibor ? De qui peut-on dire qu’il est vaillant ?

Hakovesh et Yitzro ! Celui qui domine son instinct !

C’est donc quelqu’un qui est plus fort que lui-même.

Sinon c’est qu’il est plus fort que quelqu’un d’autre qui est plus faible.

Etre plus fort que soi-même c’est cela la vraie force.

Ezeh Hou Gibor ? Hakovesh et Yitzro !

De qui peut-on dire qu’il est vaillant ?Celui qui domine son instinct !

Proverbe 16:32 : Meilleur est l’homme patient que le vaillant, et celui qui domine ses tendances qu’un conquérant de ville.

 

Qu’est-ce qu’être vaillant ? C’est être plus fort que soi-même !

Qu’en est-il avec notre problème ?

 

Cela vous éclairera une notion qu’on emploie beaucoup dans les études juives : effectivement, il faut que Dieu arrive à surmonter son Yetzer, c’est-à-dire la tendance de l’absolu à occuper tout l’être, pour laisser une place pour le monde. C’est cela le Tzimtzoum des Kabalistes. Il y a une force qui fait qu’un point de l’absolu se vide, et apparait la place du monde. Donc l’être a précédé le néant, et l’être a néantisé un point d’être pour que la place du monde apparaisse. Et dans cette place du monde que l’on va de suite appeller le ‘Hallal  le vide (on apprendra déjà pourquoi la configuration du monde est sphérique) sera émané – nous allons voir comment – la lumière retirée va revenir et comment – pour construire les mondes à l’intérieur de cette place du monde qui apparait au niveau de la création : néant à partir de l’être.

 

Et apparait là une notion d’ordre moral. La création est un acte moral. Alors que pour les philosophes la création est un processus métaphysique impersonnel. Impersonnel, c’est le mot contre lequel les penseurs juifs ont toujours à lutter. Dépister l’impersonnel comme étant la monstruosité. Voyez par exemple dans la philosophie de Platon : L’esprit mécaniquement devient matière, alors le monde apparait. L’impersonnel cela se fait comme ça. Il y a une involution de l’esprit qui fait que la matière apparait. Et on n’est pas du tout dans l’atmosphère du récit de la Bible. Un quelqu’un que les Kabalistes appelleront le Eïn-Sof l’infini. Et cet infini du Eïn-Sof des Kabalistes n’a rien à voir avec l’infini de Descartes, ni celui de Lévinas. Faites attention à ne pas mélanger avec la notion d’infini des philosophes et des métaphysiciens. Il s’agit d’une volonté qui veut faire place dans son être pour que l’autre que soi puisse exister. Cela veut dire que l’acte de création a une motivation d’ordre moral. Et c’est ce que disent les théologiens sans souvent le comprendre : c’est par un acte d’amour que Dieu a créé le monde.

Et les biologistes retrouveront cela s’ils étudient la Kabalah : il ne faut pas s’étonner de ce que les chemins primordiaux de l’apparition du monde à l’être sont les schémas primordiaux de la vie embryonnaire. Comme s’il s’agissait effectivemment du fait d’engendrer le monde comme « fils de Dieu ». La grande erreur de la pensée magique du christianisme c’est d’inverser l’hébreu en grec et de parler de « Dieu le fils ». L’expression « fils de Dieu » est une expression authentiquement biblique. C’est la créature le fils de Dieu. Et la créature réussie est appelé le fils aîné.

Faire de cela « Dieu le fils » c’est déjà la pensée païenne. Il faut refermer cette parenthèse. Tout le grand malentendu entre Juifs et Chrétiens vient du fait que les Chrétiens projettent la paganité grecque sur la révélation hébraïque. En voilà un exemple.

Je vous en donne un autre : le Roua’h haQodesh l’esprit de sainteté – et le saint-esprit. Cela na rien à voir. L’esprit de sainteté fait des livres, le saint-esprit fait des enfants ! C’est très différent comme monde religieux.

 

Cela nous explique pouquoi dans le monde ashklénaze on a occulté la Kaballah beaucoup plus que dans le monde séfarade : parce que dans lemonde séfarade l’autre croyant avec lequel on est en rivalité c’est le musulman. Il ne prétend en rien être Israël. C’est le chrétien qui dispute à Israël son identité. C’est pourquoi le séfarade a une vie intérieure de timbre différent de l’ashkénaze qui est angoissé. Cela se traduit dans son chant. Alors que la vie intérieure du séfarade est nostalgique, et cela se traduit dans son chant. Cela vient de ce que l’autre du séfarade est musulman, alors que l’autre de l’ashkénaze est chrétien. J’ai une fois formulé ce conflit de la manière suivante et on le vit comme si l’Occident avait dit au peuple juif – son interlocuteur c’est le juif ashkénaze qui a constitué son identité dans le monde de l’empire chrétien : « ton Dieu mais pas toi, ta ville mais pas toi, ton livre mais pas toi, et d’ailleurs toi tais-toi parce que toi c’est moi ! » C’est ce genre de problème dans lequel la conscience ashkénaze a été prise. Alors quand on entend le chant yiddish on comprend qu’à l’ombre des cathédrales on ne pouvait chanter que comme cela. Alors qu’à l’ombre des mosquées le chant est otut à fait différent. Et cela n’a rien à voir avec l’influence orientale ou occidentale de la musique parce que les spécialistes savent que la cantilation de la Torah et de la Haftarah c’est les mêmes mélodies, en majeur chez les Ashkénazes, en mineur chez les Séfarades mais ce sont les même mélodies….

…/…

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*****

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Published by Rav Yéhouda Léon Ashkénazi (Manitou). - dans KABALAH
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commentaires

Bissot Jacques 21/07/2011 19:06



La Création n'est point issue de ex nihilo nihil, elle provient du Réchimou ... - en outre il n'y a pas de principe d'identité en hébreu !



Weil Gérard 30/11/2010 16:31


MANITOU

Mercredi 27 octobre 2010
La création dans la cabale - La droite et le cercle (1996) - 2ème partie
Kaballe Droite et cercle  immanence et transcendance

 
Si Dieu existe, et que c’est sérieux, il n’y a pas de place pour le monde. Si Dieu est l’être absolu, il n’y a pas de place,de Maqom en hébreu, pour le monde. Alors, comment comprendre qu’il y ait
un monde qui soit distinct de Dieu ? Distinct de Dieu, c’est-à-dire existant tout court, parce que exister signifie exister comme distinct de Dieu. Puisque Dieu est nommé, défini, par ce récit
de la Bible comme le Créateur, où est la place du monde si Dieu est ?
Cette question est incontournable."

C'est en effet une bonne question.

"Les Kabalistes vont introduire un renversement de la problèmatique théologique et philosophique en disant que ce n’est pas le néant qui a précédé l’être, parce qu’on ne comprendra jamais comment
l’être procède du néant,"

Je l'ai compris. L'UN étant tout, n'ayant plus d'histoire, n'ayant plus rien à apprendre et surtout........ étant seul est comme le néant. En effet, c'est dans la relation à l'Autre qu'on se
connaît, que la vie se manifeste. Quand on est seul, il n'y a pas de relation à qui que ce soit.



"c’est l’inverse : il y a d’abord l’être absolu. "

D'abord, au sens logique du terme je veux bien, mais pas d'un point de vue temporel. Le qualificatif «  absolu » s'oppose à «  relatif », or il se trouve que l'Être, (avec une
majuscule, pour résumer l'expression «  être absolu »), est relatif à l'existence et réciproquement. L'Être, c'est, si l'on veut la notion abstraite et mystérieuse du «  il y
a », mais un «  il y a » dont la manifestation est impermanente.


"Et à la création Yesh Mé-Ayin a précédé une « création » Ayin Mé-Yesh. Il y a d’abord une néantisation d’un point de l’être absolu qui fait exister la place du monde. "

C'est exactement ce point que je récuse, pas logiquement, car logiquement c'est parfaitement soutenable encore qu'en approfondissant, on trouverait sans doute des contradictions logiques, mais
éthiquement. Si l'Être s'est néantisé en un point de lui-même, cela laisse entendre qu'il subsiste dans son complémentaire, pour utiliser un concept mathématique. Donc, si ce monde n'aboutit pas,
malgré les innombrables souffrances qui y règnent, le complémentaire pourra toujours se néantiser en un autre point pour créer encore une fois.

"Et c’est dans ce néant apparu à l’origine – il y avait l’être antérieur – que le monde est émané, créé, façonné, fait."
Oui, à l'origine, il y avait peut-être un être pensant, aboutissement d'un monde précédent le notre. Mais cet être ne s'est pas annulé en UN point de lui-même, mais s'est éclaté en une multitude
d'étincelles. En même temps, naissait une supra conscience ( Voir «  de la sensation à l'Être »), hors du temps mais qui n'est pas de ce monde.
""C’est un renversement de la problématique qui est très simple.
On ne s’en rend pas compte, mais au moment de la naissance aussi, un être est apparu. On croit que l’enfant est enfant du père et de la mère entièrement. Il n’y a que le corps de l’enfant qui est
issu du père et de la mère. Mais cet enfant, sa présence, son être, n’a rien à voir avec celui de ses parents. Ceux qui ont eu des enfants savent cela. C’est un monde entier qui apparait là qui n’a
rien á voir, ni avec celui du père, ni avec celui de la mère. Sinon, le véhicule organique corporel, le corps lui, est en hérédité très étroite et très précise, psychisme y compris, avec le corps
du père et de la mère. Mais sa présence, son être, son monde, est radicalement nouveau, il vient du néant. En tout cas, il vient du néant de notre monde."
Oui, je comprends très bien cela, le bébé est en quelque sorte un nouveau monde. Il faut examiner cette «  apparition » dans la réalité, il y a deux cellules, un ovule et un
spermatozoïde, toutes deux vivantes, i.e. douées de sensibilité, puis un embryon encore plus sensible, puis un fœtus, etc. Autrement dit, le « monde » du bébé ne sort pas du néant, il est
le lieu d'une manifestation de l'Être. Il est vrai toutefois que l'Être non manifesté est comme le néant, mais un néant de conscience ( et de sensations ) pas un néant de substance.

"La Kaballah ne se préoccupe pas du sens métaphysique de la notion du créé. Elle l’expliquera, la rendra rationelle et intelligible, crédible, mais elle fait cela en passant puisque ce n’est pas
vraiment sa perplexité. C’est le sens moral.
 Je vous donne un exemple dans la Guémara Sota :
Pourquoi le petit doigt est-il plus petit que les autres ?
La réponse grecque sera d’emblée une réponse au niveau de l’esthétique. Une main aux doigts trops égaux serait trop simiesque…
Mais la Guémara répond que c’est pour pouvoir se boucher les oreilles quand quelqu’un dit une calomnie ! D’emblée le souci moral. "

Oui, c'est amusant et même édifiant, mais on peut se boucher les oreilles avec 'n'importe que doigt, c'est en ce sens que je dis qu'il ne faut pas se couper de la réalité.


"que signifie la Toute-Puissance de Dieu ?
 

De qui peut-on dire qu’il est vaillant ?
Celui qui domine son instinct !
C’est donc quelqu’un qui est plus fort que lui-même.
Sinon c’est qu’il est plus fort que quelqu’un d’autre qui est plus faible.
Etre plus fort que soi-même c’est cela la vraie force."

Etre plus fort que soi-même ne signifie strictement rien, car qui est soi-même ? Quand on dit « être plus fort que son yetzer, ses instincts », on fait référence à la part de l'homme qui
n'est pas instinctive, sa raison, sa conscience morale ?

 
"Qu’est-ce qu’être vaillant ? C’est être plus fort que soi-même !
Qu’en est-il avec notre problème ?
 effectivement, il faut que Dieu arrive à surmonter son Yetzer, c’est-à-dire la tendance de l’absolu à occuper tout l’être, pour laisser une place pour le monde."
C'est parfaitement clair, mais c'est une conception anthropomorphique de Dieu, c'est lui attribuer des instincts, du moins cette tendance égotique à n'être que Lui. Or, ce n'est pas cela, il n'y a
pas en l'Être une partie qui décide de «  faire de la place » à un monde. L'Être s'éclate sur sa lancée, aboutissement d'un précédent monde. L'Être ne peut pas ne pas créer, car s'Il ne
créait pas, il serait deviendrait « inconscient » , comme on peut l'être dans une opération sous anesthésie.
 
"Et apparait là une notion d’ordre moral. La création est un acte moral. Alors que pour les philosophes la création est un processus métaphysique impersonnel. Impersonnel, c’est le mot contre
lequel les penseurs juifs ont toujours à lutter. Dépister l’impersonnel comme étant la monstruosité."
C'est curieux, car pour moi, qui suis juif, la monstruosité serait qu'un être conscient puisse créer le monde que nous connaissons. Je préfère nettement une création impersonnelle.

"Et on n’est pas du tout dans l’atmosphère du récit de la Bible. Un quelqu’un que les Kabalistes appelleront le Eïn-Sof l’infini. Et cet infini du Eïn-Sof des Kabalistes n’a rien à voir avec
l’infini de Descartes, ni celui de Lévinas. Faites attention à ne pas mélanger avec la notion d’infini des philosophes et des métaphysiciens. Il s’agit d’une volonté qui veut faire place dans son
être pour que l’autre que soi puisse exister. Cela veut dire que l’acte de création a une motivation d’ordre moral. "

On peut qualifier cet acte de moral, mais il est parfaitement, absolument et infiniment égoïste, car sans l'Autre, l'UN n'est rien.

"Et c’est ce que disent les théologiens sans souvent le comprendre : c’est par un acte d’amour que Dieu a créé le monde."
On peut aussi dire que cet un acte d'amour, mais d'amour de la vie, pas d'amour de l'autre, d'autant qu'avant la création, l'Autre n'existe pas et donc, cet acte n'est un don pour personne d'autre
que pour Lui-même.
Par analogie avec l'expression «  donner la vie, est le plus beau cadeau qu'on puisse faire à son enfant » est absurde, puisque l'enfant n'existe pas avant d'être né.
De toutes façons, quoi qu'on fasse, c'est toujours égoïste, même si l'on se sacrifie pour autrui. Ce peut être terriblement douloureux, mais si on ne le faisait pas, dans certaines circonstances,
la honte de soi ôterait toute saveur à la vie.

"Et les biologistes retrouveront cela s’ils étudient la Kabalah : il ne faut pas s’étonner de ce que les chemins primordiaux de l’apparition du monde à l’être sont les schémas primordiaux de
la vie embryonnaire. Comme s’il s’agissait effectivemment du fait d’engendrer le monde comme « fils de Dieu ». La grande erreur de la pensée magique du christianisme c’est d’inverser
l’hébreu en grec et de parler de « Dieu le fils ». L’expression « fils de Dieu » est une expression authentiquement biblique. C’est la créature le fils de Dieu. Et la créature
réussie est appelé le fils aîné.
Faire de cela « Dieu le fils » c’est déjà la pensée païenne."

Oui et non, car dans le fils, c'est toujours Dieu qui est vivant, Dieu, c'est-à-dire la substance du monde.

"Parce que c’est au sein de Dieu que le monde est en gestation. D’où d’ailleurs cette figure de l’embryo


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