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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 13:39

L’objet de la Cabale

 

L’objet de la Cabale - 1ère partie

 

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/cabale/l_object_de_la_cabale/cours_1

Durée : 46,0 minutes
Face A

 

Il ne faut pas vous attendre à des révélations magiques, même pas sur le taux du dollar demain. Il y a tout un aspect de mystique autour du thème de la Kaballah qu’il est nécessaire dès le début d’atténuer.

 

Plan de l’étude :

Nous allons d’abord nous occuper d’un problème de linguistique. Ce mot de Qabalah que signifie-t’il dans la tradition juive? De telle sorte de bien comprendre ce qu’il véhicule comme enseignement et message, et transmet. Ensuite nous aborderons un premier aperçu très bref de la relation entre le temps de la prophétie et le temps de la Kaballah. Ensuite, j’enterrais dans le gros du sujet, la définition de l’objet de la Kaballah, la relation entre la Kaballah et la prière.

En fin de scéance nous verrons un bref récapitulatif historique de longues époques de la Kaballah jusqu’à nos jours.

 

Nous avons décidé de mettre sur pied ce séminaire surtout comme introduction à l’enseignement du Rav Kook qui, lui, ne peut vraiment être reçu avec bénéfice si j’ose dire, que si on possède déjà un certain nombre de notions suffisamment éclaircies et suffisamment précisées du vocabulaire de la Kaballah.

 

Par conséquent, il n’est pas question ce soir de vous apprendre l’histoire de la pensée kabaliste de la tradition kabaliste dans son ensemble.

…/…

 

Première partie: la terminologie.

 

Le mot de Qabalah a un 1er sens très général, et peut-être trop général, dans le sens de tradition. C’est un des termes traditionnels dont se sert l’hébreu pour dire la « tradition ». Les connaissances qui se sont transmises par traditions. Il y a déjà une première précision : ce sont des connaissances qui si elles n’étaient pas transmises ne pourraient pas être connues. On pourrait tout de suite objecter qu’il y a cependant des livres ! En particulier la mise par écrit de la parole prophétique dans la Bible. Il y a la Bible ! Ne suffit-il pas de lire, d’étudier, d’approfondir le texte biblique ; et aussi les textes de la tradition orale qui ont été mis par écrit d’autre part parallèlemment pour disposer de ce contenu traditionnel de connaissances transmises dans le sens premièrement étymologique du mot de Qabalah. La réponse est apparemment non, puisque nous sommes en présence dans la tradition juive – comme d’ailleurs dans d’autres traditions – de deux dimensions traditionnelles, l’une ésotérique et l’autre exotérique. Point sur lequel je reviendrais aussi.

 

Ce qu’on appelle la tradition ésotérique – celle qui est réservée à certains initiés et qui se transmet de « bouche à oreille », en hébreu de « bouche à bouche » – ce changement d’expression est important à comprendre aussi : de « bouche à oreille » signifie que celui qui entend entend ce que son oreille entend de ce que la bouche dit. De bouche à oreille il y a une diminution sinon parfois dénaturation de ce qui a été transmis. C’est le risque. De bouche à bouche signifie que la bouche de l’oreille qui a entendu répète ce qu’elle a entendu de la bouche qui a parlé. L’expression n’est pas exactement la même, et la mentalité même et la philosophie de la transmission de la tradition n’est pas exactement la même.

 

Il y a donc une lignée ésotérique de la tradition initiatique s’appuyant bien sûr et au-delà de ce qui est dit-écrit dans le livre, et d’autre part, la lignée de l’enseignement exotérique, celle qui est explicite, et celle qui se réfère directement, purement et simplement, au contenu des livres.

 

Nous verrons tout à l’heure dans le descriptif historique à quel moment la tradition prophétique s’est scindée pour devenir l’une ésotérique qui va devenir la Laballah dans la traditon juive, et l’autre ésotérique, qui est l’enseignement du judaïsme en général tel qu’il est connu en dehors de la tradition kabaliste.

 

Voilà donc le premier sens : Qabalah signifie tradition.

 

Avec déjà cet accent sur le fait qu’il s’agit d’une tradition particulière qui est essentiellement orale. Je ne voudrais pas trop pousser les concepts et les catégories à la limite, nous sommes obligés d’être trop schématiques, mais à la limite on pourrait dire que il y a certes des textes écrits par des Kabalistes, mais que la Kaballah elle-même est restée orale. Et si ces textes des kabalistes eux-mêmes ne sont pas décodés, décryptés, expliqués par quelqu’un qui en a reçu l’explication oralement de génération en génération il reste finalement hermétique. Le plus grand piège c’est leur facilité. Ils sont très simples à lire, tellement facile que l’on croit avoir compris. Dans le cours du séminaire vous en aurez quelques exemples. A simple lecture au niveau purement littéraire ce sont des textes faciles et d’ailleurs très séduisant par leur facilité littéraire. Mais tant qu’on n’a pas entendu de quelqu’un qui a lui-même entendu de quelqu’un ce que signifie chacune des catégories employées alors cela se fait prendre pour une sorte de poésie philosophique, il y a là un piège.

 

Mais cependant, le premier sens du mot de Qabalah signifie tradition, je pose de nouveau la même question : en quel sens ?

 

Le sens du mot hébreu Qabalah se rattache à la racine Léqabel qui signifie tradition reçue.

Alors que nous avons d’autres termes pour dire la tradition en général. Par exemple, la Massorah, ce qui est transmis. Et chacun reçoit ce qu’il peut recevoir. La Kaballah, d’après le terme même qui est employé – Léqabel – cela signifie recevoir. Donc cela restreint de façon bien précise la définition déjá sémantique du terme : des connaissances que l’on en peut posséder que si on les a reçu et en tant qu’on les a reçu.

 

Historiquement, cela signifie, et nous allons le voir de différentes manières, que la Kaballah est la tradition hébraïque telle qu’elle représente la perpétuation de la prophétie. Cette définition de la connaissance par révélation qui ne peut être connue que si elle a été reçue, c’est d’abord la définition dela prophétie. Par conséquent, il y a un monde important de notre étude que je mettrais en évidence : c’est le temps  de la cessation de la prophétie. Et c’est déjà à ce moment que divergent ces deux lignées d’enseignements, la lignée ésotérique et la lignée exotérique, à partir du même tronc de la révélation prophétique. Nous verrons pourquoi. Mais il y a quelque chose de plus qui nous amène au deuxième point. La relation entre la Qabalah et la prière, toujours dans l’exploration de l’objet de la Kaballah, et nous n’en sommes vraiment que à la surface.

 

Ce qu’on appelle en français les Kabalistes – je laisse de côté les spécialistes de la Kabalah, universitaires et historiens, ces savant qui s’occupent des textes de la Kabalah, cela ne signifie pas qu’ils soient kabalistes dans le sens traditionnel, qu’ils fassent partie de cette lignée traditionnelle que j’ai appelée ésotérique qui fait suite à l’enseignement des prophètes - mais en hébreu ceux qu’on appelle les Kabalistes dans le sens réel sont les Mékoubalim.

Si on devait retenir uniquement le premier sens de recevoir Leqabel on devrait dire en hébreu pour désigner ceux qui ont reçu un enseignement spécifique le terme de Mékabélim. Mais on les nomme en hébreu les Mékoubalim et non pas les Mékabélim.

 

Quelle est la différence ?

-Mékabélim : ceux qui reçoivent.

-Mékoubalim : ceux qui sont reçus.

 

Première définition possible : ils sont reçus dans un cercle d’initiés. C’est peut-être une définition que vous trouverez chez les historiens. Mais lorsqu’on se réfère aux textes de référence on s’aperçoit que c’est un peu plus profond que cela.

 

Il y a un premier texte qui se trouve dans la Massékhet Brakhot et qui appelle Mékoubal celui dont la prière est acceptée, reçue. (Brakhot 34b)

On s’est aperçu que certains priants – hommes capables de prier – voyaient leurs prières exaucées rapidement, presque parfois spectaculairement et d’autres pas. On appelle celui dont la prière est reçue, acceptée, celui dont la prière est Me´koubélet, on l’appelle un Mékoubal. Il y a certains signes dans l’enseignement du Talmud grâce auxquels on peut connaitre qu’une prière sera acceptée.

 

Toutes les prières sont entendues mais ne sont exaucées immédiatement sans que ce soit différé, qu’une certaine catégorie de prières qu’on appelle les prières des Mékoubalim, ceux qui sont eux-mêmes acceptés dans la prière.

 

La relation entre la prophétie et la prière, nous l’apprenons dans un thème général important et connu sur lequel il faut réfléchir et qui nous remet de nouveau en évidence l’importance de ce moment où la prophétie a cessé comme événement historique à la fin du Bayit Rishone à peu près 450 années avant l’ère actuelle. Donc il y a grosso-modo 2400-2500 années. Pendant le temps où la prophétie était une réalité expérimentale et surtout depuis le temps où la prophétie n’est plus réalité expérimentale, il n’y a qu’une seule relation admise par la tradition prophétique entre Dieu et l’homme, c’est la relation par la parole. Or, la relation de la parole lorsqu’elle va de Dieu à l’homme c’est la prophétie, et lorsque la parole va de l’homme à Dieu c’est la prière. Par conséquent, il y a un contenu commun entre le contenu de la prophétie et le contenu de la prière.

C’est ce contenu commun à la prophétie et à la prière qui est le véhicule des relations possibles quelque soient les hiérarchies que nous aurons à explorer entre Dieu et l’homme et l’homme et Dieu qui est l’objet de l’étude de la Kabalah.

 

Et c’est la relation entre l’homme est Dieu par la parole. Or, il y a donc un appui historique. Cette relation a déjà eu lieu dans le sens de Dieu à l’homme, dans l’univers de la prophétie hébraïque biblique. Et par définition, les priants étaient les prophètes et les prophètes étaient les priants. Et nous l’apprenons d’Avraham lui-même.

La première fois où la Bible emploie dans e même verset simultanément le mot de prophétie et le mot de prière c’est à propos d’Avraham au verset 7 du chapitre 20 :

20.7

וְעַתָּה, הָשֵׁב אֵשֶׁת-הָאִישׁ כִּי-נָבִיא הוּא, וְיִתְפַּלֵּל בַּעַדְךָ, וֶחְיֵה; וְאִם-אֵינְךָ מֵשִׁיב--דַּע כִּי-מוֹת תָּמוּת, אַתָּה וְכָל-אֲשֶׁר-לָךְ

Et maintenant, tu vas rendre la femme de cet homme, car il est prophète; il priera pour toi et tu vivras. Que si tu ne la rends pas, sache que tu mourras, toi et tous les tiens!"

 

Il y a donc indépendamment des autres secteurs de la préoccupation de la tradition kabaliste un centre de définition qui nous est donné par le terme lui-même : il s’agit d’une tradition reçue des prophètes et qui rend possible le fait que la prière soit exaucée.

Cela ne signifie pas que toute prière dite n’ait pas son importance. Elle est entendue. On dit de Dieu qu’Il est Shoméâ Téfilah (Celui qui entend la prière). Et l’exaucement est différé et suspendu jusqu’à ce qu’un certain nombre de conditions soient remplies. 

Tout se passe comme si il y a des êtres privilégiés dont la prière a une conséquence immédiate. L’exemple que nous avons dans l’histoire de la Bible ce sont les prophètes eux-mêmes, et à la suite des prophètes ceux que nous appelons en français les Kabalistes, c’est-à-dire les Mékoubalim dans cette définition bien précise : ceux dont la prière est exaucée.

 

J’en viens, en charnière de l’analyse, à ce moment important que je voudrais remettre en évidence pour son importance historique surtout au niveau de ses implications et de ses conséquences pour l’histoire universelle.

On oublie que la prophétie comme réalité du dévoilement de la révélation du Créateur à sa créature a eu un temps historiquement clos. On oublie que la prophétie a cessé. C’est parce qu’on oublie qu’elle a cessé qu’on oublie qu’elle a eu lieu. L’essentiel du message de la Bible c’est de nous dire que la capacité de prophétie qui devrait être normale à tout homme, puisque tout homme est créature du même Créateur. Mais étant donné ce que l’histoire de l’homme a fait d’elle-même, il en a résulté que la capacité de prophétie demande un certain nombre de critères, une certain nombre de conditions particulières, et par conséquent, elle représente un fait exceptionnel. Or, ce fait exceptionnel était une réalité présente pendant un certain temps de l’histoire que raconte la Bible, et la Bible elle-même nous annonce que c’est ce qui va être clos.

 

Je dirais tout de suite les deux raisons principales qui rendent compte du fait de la fin du temps de la prophétie, mais nous (ceux qu’on pourrait appeller les modernes avec une bonne distance par rapport à ce temps où la prophétie a cessé, c’est-à-dire la fin du 1er temple) nous nous trouvons dans un temps où nous n’avons pas expérience de ce qu’a été la prophétie comme réalité expérimentale. En prenant au sérieux la formule biblique que Dieu parle à l’homme pour lui dire que : « Vaydaber Hashem El Mosheh Lémor… » ou à tel ou autre prophète – nous sommes tellement éloignés de ce temps là que nous cherchons déjà l’analogie dans notre propre expérience intellectuelle ou spirituelle parce que nous n’avons peut-être pas le courage d’oser envisager de prendre au sérieux ce fait que la Bible nous raconte.

 

En tout cas, nous nous trouvons dans un temps du monde où la prophétie a cessé. Nous verrons tout à l’heure que cela n’a pas cessé complétement. Il y a comme on pourrait le dire une sorte de rémanence de la parole prophétique qu’on va retrouver dans la tradition kabalistique de façon privilégiée, mais d’abord il faut prendre acte et remettre en évidence ce fait historique de l’arrêt de la prophétie : ce temps où l’existence du prophète était une donnée immédiate de l’existence tout court. Ce temps a cessé, nous nous trouvons dans un monde où ceci a changé.

 

Précisément à partir de ce temps-là, le contenu de la parole prophétique va être transmis dans des lignées différentes. Celle qui se relie aux textes de la mise par écrit de la parole des prophètes par la médiation de la foi. Et à partir de cette foi que ces textes sont vérité, on essaie par l’étude d’aborder une connaissance à l’échelle humaine, chacun à son niveau, autant que se peut, du contenu de cette mise par écrit de la parole prophétique. C’est là la lignée exotérique. Ce qui se passe dans toutes les écoles où l’on étudie les textes de la tradition.  Et comme vous le savez les textes de la tradition hébraïque c’est une bibliothèque d’une épaisseur considérable. Et il y a une médiation par la foi à ce que les prophètes ont dit et mis par écrit dans des livres. Et on étudie ces livres avec des maîtres, et de façon indispensable avec l’expérience faite par soi-même de ce qui est dit de sorte d’arriver à une élucidation et à une compréhension de plus en plsu claire, mais finalement, on ne peut pas identifier réellement totalement fondamentalement ce que le prophète a dit. On entend à tout le moins ce que le prophète a dit en ce temps-là pour le monde qui est le nôtre maintenant. Comment dans le monde qui est le nôtre nous entendrons ce que le prophète disait dans son monde. L y a une clause qui a disparu entretemps : le fait du dévoilement de la perception expérimentale de ce que les prophètes parlaient. Et donc nos lisons avec une foi entière et une connaissance chacun à son niveau la plus claire possible, nous lison par allusion dans notre monde ce que les prophètes avaient dit dans le leur.

 

Je pourrais prendre beaucoup de temps pour develloper ce point qui me semble important. Il faut diagnostiquer le fait que depuis la cessation de la propphétie nous nous trouvons dans un monde qui n’est pas exactement celui dont la Bible nous a parlé au moins pour cette première raison que dans le monde dont la Bible a parlé il y avait des prophètes et ce fait a cessé.

 

La plupart du temps les hommes de culture parlent de la prophétie uniquement pas analogie avec l’expérience que nous pouvons avoir nous dans notre monde spirituel du temps où la prophétie a cessé : une inspiration. Mais lorsque l’on parle de l’inspiration prophétique, parfois on lui donne la signification d’un expérience poétique, d’un certai indice, on parle des choses de la sainteté, on parle plus sérieusement que par allusions poétiques, mais malgré tout, cela reste du même ordre. Alors que si on prend les textes de la Bible au sérieux et surtout l’histoire qui a véhiculé ces textes et l’histoire que ces textes véhiculent, on s’aperçoit qu’il s’agit d’autre chose.

 

On oublie toujours cette clause sur laquelle j’ai insité ce soir, c’est que ce phénomène du dévoilement de la parole de Dieu à la conscience humaine a cessé au niveau objectif et expérimental à un certain moment de l’histoire.

 

Vous comprenez mieux cette bifurcation :

Ceux qui ont reçu l’initiation des prophètes eux-mêmes et la signification de la structure de leurs langages, de leurs catégories, la manière d’identifier ce qu’ils voulaient dire lorsqu’ils s’exprimaient dans leur hébreu à eux au temps du devoilement l’ont transmis de génération en génération dans les lignées dites ésotériques. Et les mêmes textes dans la lignée exotérique vont avoir une signification des termes mystiques pour le monde où nous vivons. Alors que chez les kabalistes, descendants directs des prophètes, la signification est celle exprimée par le prophète dans la langue même du prophète.

 

J’en donnerais un exemple : dans le contenu même à simple lecture du récit biblique, il y a énormément de textes la bible étant tombée dans le domaine public tous sont familiers avec son contenu obvie mais il reste des textes étranges, incompréhensibles, des notions sur lesquelles parfois les modernes jettent un voile pudique, déclarant ces passages des façons de parler, des tournures de langages anciennes…etc.

Par exemple, la Bible parle des anges ! Mais personne n’a jamais vu un ange dans notre monde !

Qu’est-ce que cela signifie ? Quelle est cette expérience réelle des hommes bibliques qui voient des anges et les entendent parler ? Tout est normal dans le récit biblique et pourtant pour nous c’est singulièrement étrange !

 

Vous devinez tout de suite que la lecture de la lignée exotérique et la lecture de la lignée ésotérique du discours prophétique lui-même sont différentes. L’acte de foi est le même. C’est l’acte de foi qui consiste à se relier dans cette médiation de la conviction que ce qui est dit est vrai. Et puis c’est un problème pour lui-même. Comment la foi se vérifie dans l’expérience de l’existence. Comment la foi en le passé de la révélation prophétique se vérifie dans l’histoire. C’est un sujet pour lui-même.

 

Mais le résultat dans le contenu de la connaissance, dans l’éclairage de l’esprit lui-même, est différent.

 

Dans la lignée exotérique, c’est la règle au niveau des connaissances intellectuelles desquelles on va déduire des implications pour la conduite morale et la vie spirituelle elle-même. C’est une religion de la parole de la prophétie, connue par ses adeptes comme étant vraie à priori. C’est le monde traditionnel habituel.

 

Tandis que dans la lignée ésotérique des kabalistes on va rentrer dans le jardin de la connaissance, derrière le voile. On va comprendre et lire le monde à la manière dont les prophètes l’ont fait. Ces prophètes qui avaient d’ailleurs une initiation de connaissance avant d’être capables du dévoilement comme expérience. Pour les kabalistes ce dévoilement se transmet comme atténué, dilué, chacun dans sa capacité de réception, à travers une initiation et une étude.

 

Cela ne signifie pas qu’il n’est pas arrivé que tel ou tel kabaliste n’ait pas eu une expérience prophétique ponctuelle. Mais la tradition n’en parle jamais.

 

La différence essentielle entre le prophète et le kabaliste du point de vue de la valeur du dévoilement, c’est que le prophète recevait son dévoilement à l’échelle objective et universelle – sa prophétie était valable pour tout Israël et à travers Israël pour toute l’humanité, c’est l’objet de l’a prophétie biblique à proprement parler – la capacité prophétique du kabaliste elle est beaucoup plus subective et concerne sa manière d’être homme en particulier et celles de ses disciples dans leur manière d’être homme à la manière de leur maitre. Elle concerne tel ou tel cercle restreint, défini en une équation personnelle humaine beaucoup plus particulière. Raison pour laquelle on trouve à travers l’histoire des écoles kabalistes différentes suivant tel ou tel sujet.

 

Malgré tout, la kaballah représente la suite, la rémanence de ce qu’il a pu resté de la prophétie dans le monde privé de prophétie. Mais c’est différent du fait que tel ou tel kabaliste dans l’histoire de sa vie ait pu avoir tel ou tel moment prophétique réel. Nous en avons beaucoup d’exemple, surtout dans la Kaballah de Safed du 16ème siècle.

 

Par exemple les récit de Maguidim. Le Maguid est, pour celui qui en a l’expérience, un ange qui se révèle à celui qui étudie la Torah à la maiére de la Kaballah, en général el vendredi soir, et qui lui donne des dévoilements et des révélations de contenus de connaissances. Ce sont des moments de l’ordre de la prophétie.

 

Mais cela reste subjectif, personnel. C’est particularisé. C’est la Torah de Dieu de la parole prophétique, mais dans les limites très précises de telle manière d’être homme.

 

L’objet de la Kaballah en général :

 

La méthode la plus simple est de comparer ce qui ressemble le plus à la pensée de la Kaballah, c’est-à-dire l’élucidation du contenu de vérité á travers l’enseignement des prophétes. Ce que Dieu avaiot à dire à l’homme du monde dans lequel l’homme a été situé.

Nous avons dans la culture humaine deux courants qui ont apparemment le même objet : d’une part, la philosophie, et d’autre part la théologie.

 

Je vous donnerais très rapidement la définition de la pensée de la kaballah et de son objectif entre la philosophie d’un côté et la théologie de l’autre.

 

La perplexité de l’homme philosophe c’est précisément l’homme. Le philosophe apparait comme un homme  préoccuppé par l’homme, inquiet au sujet de l’homme, et qui cherche à trouver les conditions théoriques et pratiques d’existence de l’idée d’homme.

 

Pour récapituler la définition globale de l’ensemble des préoccupations philosophiques et ses perplexités c’est au sujet de l’homme.

Effectivement, les grans philosophes ont essayé d’élucider la notion d’homme. Chaque fois qu’une connaissance est rattachée à la question de la destinée de l’homme, elle prend une allure philosophique  et devient philosophique en elle-même.

 

Très brièvement, je rappelerais que la pensée philosophique n’est pas premiére. L’homme à la recherche de la sagesse n’a pas premiérement pensé comme le philosophe. Il y a d’abord eu un stade qui était le stade des sages, censés posséder la sagesse. Alors que le philosophe – étymologiquement c’est son nom -  se définit comme celui qui recherche la sagesse dans l’attitude de perplexité de quelqu’un qui avoue qu’il ne la posséde pas. Il la recherche. Philosopher signifie étymologiquement aimer la sagesse, la rechercher parce qu’on en la posséde pas. L’indice même de la philosophie c’est la perplexité et la recherche.

Or, la tradition de la pensée philosophique dans l’histoire de la pensée humaine est datée de façon précise. L’homme commence à philosopher historiquement en Grèce pour des raisons sociologiques et historiques dont les historiens peuvent rendre compte, précisément au temps de l’arrêt de la prophétie dans la tradition juive. C’est à peu près à la même époque que les derniers des prophètes parlent et que les premiers des philosophes philosophent. Dans l’humanité universelle, le temps de la mythologie est contemporains de la prophétie en Israël.

 

La fin du temps de la mythologie qui correspond au temps de la fin de la prophétie en Israël c’est le temps de la sagesse. La sagesse retient la mémoire des mythes anciens, mais très rapidement, parce que la prophétie a cessé et puisqu’elle a cessé en Israël elle a cessé partout, alors les mythologues n’ont plus compris leurs mythes. Ils sont devenus incapables d’identifier le contenu de sagesse des mythes qui leur avaient été révélés par leur propre tradition. C’est le temps de la sagesse. Et très rapidement cette sagesse va se remettre en question dans la méthode de la philosophie. Il est important de noter pour notre sujet que c’est la même période de l’histoire de l’humanité.

 

Rapport entre la mythologie et la prophétie :

 

Je voudrais l’éclairer du point de vue des critères de la tradition juive elle-même : selon les postulats du récit biblique c’est un Dieu unique qui se révèle lorsqu’Il se révèle. Et par conséquent s’il en est ainsi, lorsque le Dieu unique se révèle, Il se révèle à l’échelle universelle. Chacun de ceux qui écoutent écoute à sa maniére. Le cas particulier d’Israël dans cette écoute a été la prophétie. Pour toutes les autres sociétés, les nations, les Goyim, ce fut la mythologie, chacun dans le style de son équation personnelle. Il y a le cas particulier de l’être hébreu qui a fait que la parole émise par Celui qui donne la parole prophétique est reçue comme elle a été donnée. C’est le mystère de la famille des patriarches.

Chaque manière d’être homme qui va fonder telle ou telle nation, telle ou telle tradition, a constitué une équation personnelle psychique et culturelle qui fait écran entre la parole du Dieu unique et l’homme qui la reçoit. Elle a joué le rôle d’un prisme transformant la lumière en en gardant ce qu’il voualit en garder. Mais la transformant.

Le cas particulier dans l’histoire des traditions du peuple d’Israël et de l’identité hébraïque au niveau des patriarches, c’est qu’il n’y a pas de prismes ou diaphragme mais transparence absolue. Et c’est pourquoi à travers l’histoire humaine la parole de Celui qui apparait au temps de la prophétie a été véhiculée tel quel à l’échelle de l’universel humain à travers l’identité hébraïque.

C’est un sujet pour lui-même.

C’est important à comprendre pour découvrir ce fait banal qui peut être refusé, et contesté, de la portée universelle de la prophétie hébraïque, même chez les pires ennemis d’Israël.

 

Or, il y a un fait élémentaire qui va être notre premier étonnement :  cette parole est en hébreu. Dieu s’est adressé à l’homme en hébreu. Nous pouvons le dire de maniére inverse : c’est l’hébreu qui a écouté en hébreu cette parole divine. Et c’est ainsi qu’elle a été donnée à l’humanité.

 

Cela veut dire qu’il y a dans l’identité hébraïque elle-même une maniére d’être celui qui écoute la parole qui fait qu’il y a une homogénéité entre la parole et celui qui écoute     

La tradition nous apprend que la Kaballah ne commence pas avec Israël mais avec le premier homme. Le dialogue entre le Créateur et la créature commence avec le premier homme. Mais dans toutes les lignées humaines cela finit par se perdre et ne s’est conservé qu’à travers la lignée hébraïque. Et encore de manière extraordinairement restreinte puisque l’immense majorité des lignées d’enseignements sont des lignées exotériques et que de très rares lignées ont été des lignées ésotériques, parfois avec de longs siècles d’éclipses comme nous le verrons.

 

Au temps du dévoilement prophétique, les étincelles de cette vérité sont tombées partout si j’ose dire et ont atteint toutes les cultures à leurs racines qui ont leur origine dans cette révélation unique. Tant que c’était le temps de la captation de l’événement de la prophétie, les hommes des mythes qui parlent de la révélation entre Dieu et l’homme, entre Celui qui a créé le monde et la créature, ont une expérience assez analogue qui peut être diagnostiquée : celui qui a dit le mythe comprend ce qu’il dit et celui qui a écouté le mythe en comprend le contenu, chacun à son niveau, mais dans le temps où la prophétie était là comme expérimentale. Lorsque la prophétie cesse, elle cesse à l’échelle universelle. Le résultat de la cessation de la prophétie en Israël est l’existence de ces deux lignées émergentes exotérique-ésotérique.

Chez les nations c’est essentiellement le phénomène de la philosophie. La sagesse étant le moment intermédiaire entre le temps du mythe et le temps de la philosophie. Vous retrouverez là  en particulier pour la société grecque qui a été la matrice de l’Occident et de la culture occidentale les différentes étapes de la transformation de la relation à la parole de vérité.

 

Je citerais très briévement à l’appui de cette analyse deux références que nous trouvons dans le Talmud. La première qui nous explique d’abord une définition : l’élément de révélation dont parle la bible en général c’est à deux niveaux : soit par l’événement, soit par la parole.

Nous avons l’habitude de réserver le terme de prophétie au niveau de la révélation dans la parole. Mais il y a aussi la révélation par la vision : on voit l’événement, on y assiste. Ces événements nous sont racontés sous forme de miracles, ce sont des événements de dévoilement. Par exemple, au temps de la sortie d’Egypte.

 

Nous avons un exemple très clair, le Talmud nous dit que lorsque la mer rouge s’est ouverte pour laisser passer le peuple Israël pendant la sortie d’Egypte , toutes les mers de tous les continents se sont ouvertes en même temps. L’explication simple de la tradition exotérique elle-même : si un conditionnement naturel est suspendu, il l’est à l’échelle universelle. Pour que la mer rouge s’ouvre il faut que toutes les mers s’ouvrent. La Bible en parle toujours à l’échelle universelle et chacun l’a vécu à sa manière. Le cas d’Israël est le cas particulier.

 

Si on trouve dans d’autres traditions des récits du déluge très différentes du récit biblique, ce n’est pas étonnant puisque dans cette mémoire de cette manière d’être ce qui s’est passé s’est formulé de cette manière-là et pas d’une autre.

 

La deuxième expérience de révélation c’est par la parole. Cela concerne directement notre sujet. Là encore, lorsque le Dieu unique qui révèle par la parole se révèle à l’échelle universelle quiconque a la capacité d’écoute écoute, mais il le fait à sa manière. Le cas particulier dans l’histoire de l’humanité étant la maniére hébraïque d’écouter la parole hébraïque.

 

Nous trouvons des textes kabalistes qui parlent d’un langage supérieur à toutes les langues, l’hébreu des prophètes y compris, ce langage sans lettre ni voyelle qui est la parole du Dieu Unique mais tout se passe comme si lorsque la révélation se fait elle se fait en direct pour Israël, et en différé pour les autres traditions et les autres nations. Il est évident qu’un homme d’une autre tradition pourrait discuter ce postulat.

 

Le phénomène massif du caractère universel de la parole hébraïque dans le temps où nous vivons est une preuve expérimentale suffisante qui montre d’autant le mérite des premiers, les anciens qui n’avaient pas cette épaisseur d’histoire pour en avoir la vérification. Si on fait aujourd’hui le bilan du minimum commun d’évidences spirituelles de la conscience humaine universelle en général on retrouve en fin de compte les évidences de la prophétie hébraïque.

 

Je dis bien « hébraïque » car il y a d’autres bibles traduites depuis la bible hébraïque qui sont d’autres livres, la manière dont d’autres hommes ont perç de plus ou moisn loin ce qui a été dit à l’hébreu.  Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas traduire, mais lorsque l’hébreu traduit dans d’autres langues il y a des chances que le contenu hébraïque soit passé dans les autres langues, si c’est un homme d’une autre langue qui traduit de l’hébreu, il projete dans l’hébreu sa propre langue.    

 

Ce moment de l’arrêt de la prophétie est d’autant plus important, apparait à ce moment-là la tradition philosophique. Or, si nous demandons quel est l’objet de la pensée philosophique, la réponse c’est la recherche du fondement de l’idée d’homme.

 

La pensée philosophique évacue complétement l’éventualité d’une réalité prophétique. Son postulat même c’est qu’il n’y a pas eu de révélation prophétique comme la Bible en parle, et que les prophètes sont des pilosophes. C’est l’homme qui parle dans la Bible, c’est la parole du prophète. De ce point de vue-là le prophète est athée. 

 

…/…

 

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Published by Rav Yéhouda Léon Askénazi (Manitou). - dans KABALAH
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