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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 13:48

KiTissa 2 (1980)  

 

KiTissa 2 (1980) Cours 2  - 1ère Partie


http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/ki_tissa_serie_1980/cours_2

Face A

 

 

…/…

… Dieu dit « Ton peuple » en s’adressant à Moïse comme s’il s’agissait du] peuple de Moïse. Qu’est-ce que cela signifierait-il ? Est-ce qu’il ne s’agirait pas du peuple d’Israël ? Il se devoile que non, ou en tout cas pas encore. Et l’expression qui est employée pour dire la sortie d’Egypte est diffèrente de l’expression habituelle lorsqu’il s’agit d’Israël lui-même. Lorsqu’il s’agit d’Israël lui-même c’est le verbe Yatso : c’est Yetsiat Mitsraïm - la sortie d’Egypte - et lorsqu’il s’agit du Erev Rav c’est Aliah - la montée. Je reprends brièvement le verset :

 

32:7

וַיְדַבֵּר יְהוָה, אֶל-מֹשֶׁה:  לֶךְ-רֵד--כִּי שִׁחֵת עַמְּךָ, אֲשֶׁר הֶעֱלֵיתָ מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם

Vayedaber Adonay el-Moshe lekh-red ki shi’het amekha asher he'eleyta me'erets Mitsrayim.

Et Hashem dit à Moïse : va descend ! car ton peuple s’est mal conduit (Celui) que tu as fait monté du pays d’Egypte.

 

Du point de vue du raisonnement, il suffit de mettre en contraste tout les récits précédents depuis le livre de Shemot où il se dévoile que c’est Dieu lui-même qui intervient pour délivrer Israël d’Egypte. Lorsque nous étudierons la Hagadah nous verrons que c’est n’est pas possible uniquement avec des forces humaines de réaliser la fin de l’exil. Il faut que Dieu intervienne. Et il y a donc un contraste avec cette expression qui laisserait supposer dans la bouche de Dieu Lui-même que c’est Moïse qui les a fait sortir d’Egypte. Il y a donc à deux niveaux, deux événements dans le même. 

 

Rashi sur Amkha :

לֶךְ-רֵד--כִּי שִׁחֵת עַמְּךָ

lekh-red ki shi’het amekha

va descend car TON peuple s’est mal conduit

Rashi : « Il n’est pas dit le peuple s’est mal conduit mais ton peuple ».

 

Rashi va accrocher sa question sur la différence qu’il y aurait entre ce mot Amkha et le mot Ha-Am.

Shi’het HaAm lo néemah: On voit la différence entre l’expression Amkha ton peuple - c’est spécifié et défini - et non pas Ha-Am en général.

 

Rashi continue :

« Que signifie Amkha ton peuple ? C’est Erev Rav ce grand mélange de populations que tu as  accueilli, de toi-même «véguiartem» et tu les as converti

 

Le sens de « conversion » en français n’est pas très adapté bien que l’on traduise habituellement Guiyour pas conversion. Cela a pris un sens purement confessionnel. En réalité, le terme plus correct est celui de « naturalisation » : quand on est naturalisé membre d’un autre peuple. Le Guiyour consiste à entrer dans le peule d’Israël. Il y a bien entendu une procédure de Halakhah selon la Torah et qui en fin de compte va prendre dans le vocabulaire une signification confessionnelle. A travers les siècles, on s’est habitué à un dimension du sens de Guiyour qu’on traduit par conversion et qui existe dans le mot Guiyour mais qui n’est pas principal. Parce qu’on s’est habitué à une connotation du mot en français, qui vient de la théologie chrétienne. Etymologiquement, en dehors du contexte juif en français, la conversion correspond à ce que nous disons en hébreu Teshouvah. Lorsqu’un chrétien parle d’un converti, il fait allusion à ce qui, en langage juif, signifie la Teshouvah, et non pas le mot Guiyour d’intégration à un nouveau peuple. « Véguiartem » : il faudrait plutôt traduire par « tu les as naturalisés, tu en a fait des Bnei Israël ». C’est un processus dont la procédure est religieuse mais dont l’acte, le phénomène, est national. Exemple supplémentaire de la confusion des notions occasionnée lors du passage d’une langue à l’autre.

 

Et tu n’a pas pris conseil de Moi.

Qu’est-ce que cela signifie ? Il y a là un problème énorme ! Cela signifie que Moïse a pris l’initiative sans faire une Shéélah ? Il avait un problème de Halakhah à résoudre. C’est le moment de la sortie d’Egypte : va-t’on accepter ou non tous ceux qui ne sont pas d’Israël mais qui veulent sortir avec Israël ? C’est un problème de Shéélah énorme ! Lorqu’un problème nouveau se pose, il faut poser la question aux Talmidei ‘Hakhamim. Qui est alors le maître de Moïse, c’est Dieu lui-même ! Il devait Lui demander la démarche à adopter. Pourquoi ne l’a t’il pas fait ? Comment est–il possible de prendre Moïse en telle faute d’inadvertance ?

 

Cela signifie qu’il connaissait la réponse et c’était non, d’après ce que nous en lisons ici.

Le contexte de ce que Dieu dit ici à Moïse c’est que si Moïse avait demandé, Dieu lui aurait dit non. Mais pourquoi l’avoir fait quand même ? Les raisons pour lesquelles Moïse a fait sortir ce Am d’Egypte c’est une chose, mais pourquoi Dieu l’a t’il fait quand même sachant que Dieu était contre ?

 

Réponse :

Moïse sait très bien qu’il ne faut pas mais qu’il faut quand même. Dans ce problème la solution est double contradictoire : oui il faut et non il ne faut pas...

Nous connaissons d’après les sources données par Rashi quelle est l’opinion de Dieu et l’opinion de Moïse. Il ne faut pas selon Dieu, il faut selon Moïse. Et les deux choses sont vraies.   

C’est pour cela que Moïse ne demande pas. Moïse ne demande pas car il connait la réponse négative de Dieu, mais il sait par ailleurs qu’il faut le faire de l’avis de Dieu lui-même. Quelle est la différence ? C’est un décalage dans le temps : en principe il le faut mais maintenant ce n’est pas possible.

 

Du point de vue de l’objectif - Takhlit - les deux sont bien évidemment d’accord. Il faut que tous ceux des nations dont la Neshamah l’âme est compatible avec celle d’Israël sortent d’exil en même temps qu’Israël. Sinon la fin de l’exil risque d’être un échec. Ici, il y a l’option de savoir quel risque on va préférer.

 

Et donc Moïse sait très bien ce qu’il fait. Mais il sait très bien que s’il posait la question dans ces circonstances précises : la sortie 190 ans avant le terme, dans la précipitation du pain qui n’a pas levé, il y avait quelque chose à faire et on n’a pas eu le temps, est-ce qu’on le fait quand même ?

 

Moïse connait la réponse de Dieu s’il pose la question. Dieu ouvre le Shoukkhan Aroukh et dit non ! C’est la raison pour laquelle Moïse ne pose pas la question et le fait quand même parce qu’il sait que c’est ce qu’il faut faire, bien que prématurément.

 

Sur le fond des choses : La preuve que Dieu est d’accord c’est qu’ensuite après la faute et après la prière de Moïse, Dieu va accepter de les intégrer en Israël. Seulement, du point de vue de la rigueur stricte sur ce problème la loi répond négativement : non, ce n’est pas le temps ! 

 

D’après d’autres commentateurs, autres que Rashi, c’est parce que Moïse n’a pas eu le temps de changer l’identité de ces hommes candidats à l’identité d’Israël pour les accepter. C’étaient eux-seuls qui étaient capables de venir mais ils n’étaient pas encore au stade où l’on pouvait les accepter. Il faut se rappeller que ce n’est pas n’importe qui qui est candidat à devenir Israël. Ce sont qui ont eu la même Galout qu’Israël et qui comprennent que la Guéoula est venue. C’est-à-dire ceux qui à l’échelle individuelle sont en train de vivre ce processus de l’histoire d’Israël Galout-Guéoula.

 

Et cependant, bien que ce soit eux qu’on attendait - et qu’on est allé cherché d’une certaine manière puisque c’est une des raisons de la Galout d’aller les chercher (sans réduire à cela toutes les raisons de la Galout) – et bien qu’il faille le faire, ce n’était pas possible maintenant. La preuve, c’est qu’à la 1ère occasion – comme avec le premier homme - c’est une catastrophe.

 

Les deux opinions (Dieu et Moïse) ont absolument raison mais il y a un décalage dans le moment de la décision. Moïse ne demande pas car il sait la réponse et il prend sur lui ce risque. Et effectivement, il va attacher son sort à ce risque, raison pour laquelle il ne rentrera pas en Israël. Mais c’est pour sauver le peuple d’Israël qu’il a pris ce risque.

 

Question importante : comment se fait-il que Moïse n’ait pas eu le mérite d’entrer en Israël, alors que nous y sommes nous-mêmes ?

 

La réponse de la Guémara est très claire:

Moïse rentrera en Israël que lorsqu’il ramènera avec lui la génération du désert qui a échoué. Il y a ici une option de Moïse de rendre ce risque de se mettre lui-même en question pour le salut propre d’Israël. Il y a par ailleurs d’autres dimensions de la même réponse. Tout ce qu’a fait Moïse devient éternel. La Midah de Moïse c’est Netsa’h Israël. Cela veut dire toutes les réalités, les valeurs, les vertus, que les Patriarches ont transmis à leur descendance constituent l’identité d’Israël. Mais c’est Moïse qui a mis la dimension d’éternité dans ces valeurs venues des patriarches. Par exemple : le fait que la loi c’est la loi de Moïse est irréversible et éternel. Le nom de Moïse est attachée à la Torah.

 

La Guémara explique de la manière suivante : si Moïse avait construit le temple cela aurait été trés grave pour Israël. Parce que tout ce que fait Moïse est éternel. Mais si le peuple avait fauté alors le temple n’aurait pas pu être détruit et cela aurait été le peuple. C’est donc pour sauver le peuple que ce n’est pas Moïse qui est entré en Erets Israël.

 

On retrouvera ce problème lors de l’étude de la fonctions des sacrifices. La fonction de la Avodah avant la faute du veau d’or, avant que la Avodah prenne la dimension de l’expiation - Kaparah.  

 

Dans beaucoup de textes de la prière dont la source se trouve chez les Prophètes, c’est qu’il y a un contrat entre Dieu et Israël. Et ce contrat est éternel puisqu’un des deux contractants est éternel. Dès qu’il y a alliance entre Dieu et Israël on sait que cette alliance est éternelle et irréversible par définition. Le statut de ce contrat c’est la Torah. Et par conséquent, si Israël viole la Torah, il risquerait de disparaître. Puisque l’alliance est éternelle c’est très grave pour Israël. S’il n’est plus Israël, se définissant par rapport à la Torah, il risquerait de disparaître. C’est la raison pour laquelle il faut que le Temple puisse être détruit puisque c’est le Temple qui assure l’expiation. Tant que Israël est Tsadik et qu’il y a des fautes, le Temple peut expier les fautes. Mais si l’alliance de la Torah est rompue, c’est au-delà des fautes, le Temple n’a plus d’objet alors le Temple est détruit. Et  la soupape de sécurité des Juifs c’est l’exil. Si Israël n’était pas capable d’exister dans la dimension de l’exil, il disparaîtrait. Alors, pour qu’Israël ne disparaisse pas – et il ne peut pas disparaître puisque l’alliance est éternelle – il faut que le Temple puisse être détruit et que l’exil soit possible. Et c’est d’ailleurs l’exil qui va prendre le relai du Temple dans la fonction d’expiation.   

 

C’est la raison pour laquelle Moïse n’est pas rentré en Erets Israël, parce que si c’était Moïse qui avait construit le Temple, il aurait été indestructible et le peuple aurait été destructible.

 

C’est pourquoi, on le verra lorsque ce même récit sera repris dans le Deutéronome, Moïse va dire au peuple : « Dieu s’est mis en colère contre moi pour vous » : pour votre bien !

 

Moïse a pris le risque d’intégrer le Erev Rav en Israël pour le bien d’Israël en sachant très bien que s’il demandait à Dieu, Il lui répondrait négativement au nom de la loi. Mais Moïse sait très bien que c’est le secret désir de Dieu de le faire quand même. Il y a un décalage des circonstances.

C’est ici l’exemple d’une question à ne pas poser. Moïse sait très bien que s’il pose la question la réponse est non. Or, il sait très bien qu’il faut le faire, bien qu’il ne faille pas le faire maintenant. Alors il a pris le risque sur lui. 

 

***

Q : Je ne comprends pas pourquoi ce n’est pas Hashem qui prend cette responsabilité et qui la laisse à Moïse ?

R : C’est cela que justement j’ai laissé cela en suspend pour que vous le découvriez par vous-même. Je vous donne un exemple. Dans le verset 10 :

32:10

וְעַתָּה הַנִּיחָה לִּי, וְיִחַר-אַפִּי בָהֶם וַאֲכַלֵּם; וְאֶעֱשֶׂה אוֹתְךָ, לְגוֹי גָּדוֹל

Ve'atah hani’hah li veyikhar-api vahem va'achalem  ve'e'esseh otkha legoy gadol.

Et maintenant laisse-Moi (ne prie pas, la prière ne pourra rien) Ma colère s’enflammera contre eux

Je les détruirais et Je ferai de toi une grande nation…

 

Et Moïse refuse !

 

Midrash :

Exemple donné dans le Midrash sous forme un peu imagé mais pas tellement imagé: Imaginons un enfant qui a fait une faute. D’après la loi cette faute est passible de mort. Les parents doivent juger. Il y a deux principes qui vont s’incarner de façon diffèrente chez le père et la mère. Pour le père la faute exige une sanction prévue par la loi : la destruction en jettant la montagne sur eux… La mère approuve mais demande une sanction morcellée petit à petit sur 2000 ans, par petits cailloux, la montagne sera jetée mais de manière telle qu’ils puissent survivre.

Dieu veut les détruire mais il va les punir à la manière dont Moïse a demandé. En pardonnant mais en mettant la punition en sursis. Cela veut dire que chaque fois qu’une faute sera faite, elle sera payée pour elle-même et un petit peu aussi pour la faute du veau d’or, jusqu’à ce que la faute du veau d’or soit évacuée, expiée. Il en résulte que la décision est là, il faudra les détruire mais là Moïse obtient que cela soit de telle sorte qu’ils survivent quand même. Cela veut dire que toute cette identité va être mise en jeu dans l’histoire : et l’histoire dévoilera que celui qui a vraiment fauté disparaîtra et que celui qui n’a pas vraiment fauté s’améliorera.

 

La question posée « faut-il les accepter ? » conduit Moïse devant un dilemne : oui il faut les accepter du point de vue de l’objectif, mais non il ne faut pas les accepter du point de vue de leur état actuel. Moïse sait très bien que s’il demande à Dieu la Halakhah la réponse sera négative. Mais Moïse sait par ailleurs que Dieu attend l’initiative de Moïse.

  

Je vous donne le 2ème exemple et vous comprendrez par vous-même:

 

2ème exemple : 

A la descente de la montagne, Moïse prend les tables de la loi et les casse.

 

32:19

וַיְהִי, כַּאֲשֶׁר קָרַב אֶל-הַמַּחֲנֶה, וַיַּרְא אֶת-הָעֵגֶל, וּמְחֹלֹת; וַיִּחַר-אַף מֹשֶׁה, וַיַּשְׁלֵךְ מִיָּדָו אֶת-הַלֻּחֹת, וַיְשַׁבֵּר אֹתָם, תַּחַת הָהָר

Vayehi ka'asher karav el-hamachaneh vayar et-ha'egel oume’holot vayichar-af Moshe vayashle’h miyadav et-halou’hot vayeshaber otam ta’hat hahar.

Et il arriva quand il s’est approché du camp il vit le veau et les danses la colère de Moïse s’enflamma et il jetta de ses mains les tables et il les brisa au pied de la montagne.

 

Ensuite, lorsque Moïse va intercèder pour cette partie du peuple qui a fauté, et c’est la 2ème prière qu’il fera. La 1ère des prières est faite pour Israël lui-même, la 2ème est pour la partie du peuple qui n’était pas Israël mais que Dieu a accepté d’intégrer à Israël sur demande de Moïse. A partir du moment où ce Erev Rav entre en Israël, il est justiciable de la loi pour Israël, et c’est la raison pour laquelle il faut prier pour lui. Mais la 1ère prière était pour Israël. Je vous rappelle le raisonnement :

Dieu dit à Moïse : « ton peuple a fauté !» Moïse dit à Dieu : « pour sauver ton peuple » avec pour raisonnement : « Si Tu détruit mon peuple, Ton peuple est perdu... ». Parce que la sortie d’Egypte n’est possible que si le Erev Rav sort avec Israël. C’est le raisonnement de Moïse. L’initiative de Moïse est la suivante: si on n’accepte pas ce Erev Rav, l’exil d’Egypte a raté son objectif sur ce point de la fonction de l’exil. Et c’est cela l’initiative que prend Moïse quelque soit le risque.

 

La première prière est pour Israël lui-même. Une fois que Dieu va pardonner et suspendre la punition en la répartissant sur toute l’histoire jusqu’à la fin des temps, une fois la punition suspendue le Erev Rav est intégré en Israël. Il en résulte qu’il est soumis à la loi d’Israël et que la faute est vraiment une faute. Raison pour laquelle il faut une 2ème prière pour le Erev Rav et pour que la punition soit suspendue au nom de la loi même. A ce moment là, Dieu demande à Moïse de remonter sur la montagne et c’est l’épisode des deuxièmes tables.

 

Chapitre 34 verset 1 :

34 :1

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה, פְּסָל-לְךָ שְׁנֵי-לֻחֹת אֲבָנִים כָּרִאשֹׁנִים; וְכָתַבְתִּי, עַל-הַלֻּחֹת, אֶת-הַדְּבָרִים, אֲשֶׁר הָיוּ עַל-הַלֻּחֹת הָרִאשֹׁנִים אֲשֶׁר שִׁבַּרְתָּ

Vayomer Adonay el-Moshe psol-lekha shney-lou’hot avanim karishonim Vekhatavti al-halou’hot

et-hadevarim asher hayu al-haluchot harishonim asher shibarta.

Et Hashem dit à Moïse taille pour toi deux tables de pierres comme les premières.

Et j’inscrirais sur les tables les paroles qu’il y avait sur les premières tables que tu as brisées

 

Gmara Shabat 87a :

Asher shibarta – que tu as brisées

Shabat 87a enseigne : que nous apprend asher shibarta – que tu as brisées – nous savons que c’est Moïse qui les as brisées d’aprés le verset précédent ?

Asher shibarta – que tu as brisées – signifie en fait : yashar korakha sheshibarta  que tu as bien fait de briser ! Cela nous apprend que Dieu a accepté que Moïse ait brisé les tables.

 

Raisonnement d’exégèse : étant donner que le verset précédent nous a appris que c’est Moïse qui a brisé les tables, il est inutile de rappeler ici que c’est lui qui les a brisé. Par conséquent, si Dieu Lui-même dit : « les premières tables que tu as brisées » cela veut dire qu’Il est d’accord ! C’est donc là le ‘Hidoush du verset : « que tu as bien fait de briser ». C’est le seul raisonnement possible sur l’exégèse de ce verset. On pourrait dire  le contraire que Dieu n’était pas d’accord mais la Guémara nous précise la preuve que Dieu était d’accord c’est qu’Il lui a donné les secondes tables. Donc c’est bien homogène au récit. D’où la question qui va se poser sur cette exemple comme sur l’exemple précédent : tout se passe comme si Dieu attendait que Moïse brise les tables de la loi.

 

Questions :

Pourquoi ne lui a t’Il pas demander de les briser directement ? Et que signifie que Dieu attende que Moïse brise les tables de la loi ? En quoi le fait de briser les tables de la loi va-t’il sauver le peuple ?

 

Réponse :

Tant que la loi n’a pas été donnée il n’y a pas faute ! Et par conséquent, si Moïse donne les tables de la loi, il y a faute ! Il faut par conséquent briser les tables de la loi pour qu’il n’y ait pas faute et pour sauver le peuple. C’est soit les tables, soit le peuple. Dieu attend que Moïse prenne l’initiative d’annuler la loi pour que le peuple ne soit pas détruit.

 

Question : Pourquoi Dieu ne le dit-il pas directement à Moïse : « sort aussi le Erev Rav d’Egypte avec les Bnei Israël », « brise les tables de la loi » ... ?

 

Midrash :

Lorsque Dieu dit à Moïse : « ton peuple s’est mal conduit, ils se sont fait un idole ! »

Moïse répond : jusqu’à présent, il n’y a que moi qui ait reçu la Torah, eux ne l’ont pas encore reçu. Parce que les 10 commandements ont été donné au singulier, Dieu s’adressant à Moïse : « Tu ne feras pas d’idole… » Moïse suspend l’histoire : tant qu’ils n’ont pas reçu la loi, tant que je ne leur ai pas transmise, il n’y a pas faute légale. Il y a bien faute d’identité. Dieu déclare que ce peuple n’est pas fait pour cette loi et veut le détruire... Mais si en plus Moïse leur donne la loi, alors il y a faute légale. Pour qu’il n’y ait pas faute légale, il préfère briser les tables.

 

Ce thème-là nous allons le rattacher au problème de la Teshouvah d’autre part.

 

Avec les premières tables, la loi est telle qu’à la première faute celui qui est coupable est détruit. La loi est donnée sans que le principe de la Teshouvah soit possible. Avec les deuxièmes tables, la loi est donnée avec l’éventualité que s’il y a faute, il y a pardon. Raison pour laquelle les deuxièmes tables sont données le jour de Kipour. 

 

Chronologie des événements:

Au 6 Sivan : la promulgation de la Torah. Moïse monte pour 40 jours. Ensuite il redescend, c’est le 17 Tamouz où les tables ont été détruites. Dans l’histoire, le 17 Tamouz est le jour de la destruciton des murailles de Jérusalem. Ensuite il remonte 40 jours pour prier et 40 jours pour recevoir les deuxièmes tables, et il redescend le 10 Tishri. Du 6 Sivan au 10 Tishri, il y a 3 fois 40 jours, avec la fin des premiers 40 jours le 17 Tamouz. Les deuxièmes tables ont été données le jour de Kipour.

 

L’événement historique du 10 Tishri qui est le jour de Kipour est la promulgation des deuxièmes tables, c’est-à-dire le pardon de la faute qui avait été faite par rapport aux premières tables. Les deuxièmes tables sont la même loi, mais compte tenu de l’expiation possible en cas de faute. C’est pourquoi après Kipour il y aura Sim’hat Torah qui correspond à Matan Torah du 6 Sivan.

 

Question :

Pourquoi Dieu n’a-t’Il pas demandé à Moïse de briser les tables ?

Ici la Guémara veut nous faire comprendre que Dieu approuve le geste de Moïse et n’attend que cela. La Guémara de Shabat nous enseigne que Dieu est d’accord avec l’initiative prise par Moïse.

 

Question : Pourquoi Dieu n’a-t’Il pas demandé à Moïse de briser les tables ?

Reponse : Dieu ne peut pas s’opposer à la loi. Dieu ne peut pas porter atteinte à la vérité absolue. C’est pourquoi il faut que l’initiative vienne de Moïse. L’idée que Dieu suspende la loi est une idée impossible. C’est la stratégie de Moïse qui fait que c’est possible et Dieu est d’accord avec lui.

 

Midrash précédent :

C’est avec une intention très profonde que le Midrash a toujours éclairé et illustré ce genre de  situation avec le problème de la famille. Par exemple quand le père dit à la mère : « arrête-moi, sinon je... », ce qui signifie « arrête-moi ! ». C’est dire que la conduite du père doit être Midat Hadin et c’est la mère qui doit intervenir pour arranger les choses. Mais si la mère n’intervient pas alors les choses ne s’arrangent pas. Parce que la loi est comme cela.

 

Il n’est pas question que Dieu porte atteinte aux tables de la Torah, mais il attend que Moïse prenne l’initiative. Et lorsque Moïse prend l’initiative Dieu le félicite : c’est ce qu’il fallait faire.

 

Quelle est l’idée ?

C’est qu’il faut suspendre la loi en attendant que le peuple soit capable de la recevoir. Si la loi est donnée alors que le peuple n’est pas capable de la recevoir, cette loi va l’écraser.

 

Exemple :

La Guémara nous append par ailleurs que très tôt dans l’histoire d’Israël on a suspendu la peine de mort. C’est un problème dans les temps contemporains dans la civilisation occidentale, ce n’est que très récemment que l’on s’est posé la question de la légitimité de cette peine de mort. Mais la raison pour laquelle le Sanhédrin a supprimé la peine de mort est toute autre. Au point que la Guémara dit qu’un tribunal qui condamne à mort une fois en 70 ans peut être défini comme un tribunal d’assassins. Mais que veut dire la suspension de la peine de mort ? C’est protéger les assassins ?

 

Cette suspension de la peine de mort ne survient pas après un développement de la moralité, c’est exactement le contraire : c’est un diagnostic que la société est tombée à un niveau d’immoralité tel que cela n’a plus de sens d’appliquer la peine de mort. La peine de mort ne vient sanctionner que les cas extrêmes de violation de la loi. Lorsqu’il y a quelques cas de temps en temps, cela a un sens d’appliquer une telle mesure. Cela veut dire que le peuple est au niveau de cette loi. Mais si c’est tous les jours qu’il faut appliquer cette loi de peine de mort cela dévoile que le peuple n’est plus au niveau de cette loi. Alors c’est la loi qu’il faut suspendre. Ce n’est pas par amélioration de la moralité que l’on a supprimé la peine de mort mais pas excès d’immoralité. Cela signifie qu’il faudrait mettre tout le monde à mort. Quand on diagnotique qu’une société est tombée à ce niveau-là cela n’a plus aucun sens d’appliquer cette peine-là.

 

La Knesset a suspendu la peine de mort et en cela n’avait pas vraiment la motivation du Sanhédrin de cette Guémara. C’est plus par raison humaniste d’un peuple de persécutés pendant 2000 ans qui a horreur de la peine de mort... Je crois que l’atavisme juif a joué profondèment lors de ce vote.

 

Mais il peut y avoir des cas exceptionnel où il est évident qu’il faut l’appliquer. Et du point de vue de la loi une telle peine ne peut qu’être exceptionnelle. Lorsque c’est tous les jours, on ne peut plus.

Ce n’est pas par évolution de la conscience morale, c’est l’inverse : c’est par diagnostic d’une immoralité plus grande. Il faut donc suspendre la loi. Le principe ce n’est pas du tout qu’il est immoral de condamner à mort, mais qu’il est immoral de condamner à mort tous les jours. Cela veut dire que le niveau moral de la société a baissé et donc la loi est suspendue. Mais au niveau de la vérité la loi reste la loi. Comme un organisme sain qui a une cellule malade : c’est l’ablation. Mais si c’est tout l’organimse qui est malade il faut choisir une autre thérapeutique...

 

Cela se rattache un peu à notre problème :

Pour que le peuple puisse être sauvé il faut donc suspendre la loi. D’où l’initiative de Moïse que Dieu ne peut pas prendre par Lui-même. C’est le même problème à propos du Erev Rav. Du point de vue de la loi absolue, le Erev Rav n’était pas dans l’état d’être intégré, et pourtant il fallait le faire c’est pourquoi Moïse prend ce risque.

 

Rashi nous explique ce que signifie ici « Ton peuple ».

Jusqu’à ce qu’ils soient à la hauteur de la loi ce n’est pas le peuple de Dieu mais le peuple de Moïse.

C’est pourquoi Moïse ne pose pas la question parce qu’il savait très bien que Dieu aurait dit non. De la même manière s’il avait demandé à Dieu de briser la loi. Dieu aurait répondu négativement. Mais il le fait de sa propre initative et Dieu le félicite.

 

Q : Quand Dieu donne les 2ème tables est-ce que le peuple est apte à les recevoir ?

R : Quand Dieu donne les deuxièmes tables cela veut dire que quelque soit la faute, le repentir peut être possible. Et c’est l’expérience de cela qui a eu lieu dans cet épisode du désert. A priori, seuls ceux qui sont compatibles avec cette loi sont Israël et les autres sont disqualifiés. Mais ce n’est plus les premières tables que l’on reçoit, on n’est pas confronté à ce niveau-là de la loi mais aux deuxièmes. Cela veut dire que s’il y a eu faute, l’expiation peut venir. Et donc que la reception des deuxièmes tables est à un niveau bien plus inférieur que celles des premières.

 

Q : Pourquoi Hashem n’a pas donné directement les deuxièmes tables ?

R : parce que la vraie loi est au niveau des premières bien sûr.

 

.../...
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Published by Manitou - dans PARASHAT HASHAVOUA
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commentaires

Cohen Sabban 28/02/2011 23:23



citation du cours:


Sur le fond des choses : La preuve que Dieu est d’accord


 c’est qu’ensuite , après la faute ,et après la prière de Moïse, Dieu va accepter de les intégrer en Israël.    


  Seulement, du point de vue de la rigueur stricte sur ce problème


 la loi répond négativement : non, ce n’est pas le
temps ! 


 


Remarque :


Or dans l'acte d'accusation de Dieu,il est dit :


   8 De bonne heure infidèles à la voie que je leur avais ordonnés, ils se sont fait un veau de métal et ils se
sont courbés devant lui, ils lui ont sacrifié, ils ont dit: ‘Voilà tes dieux, Israël, qui t'ont fait sortir du pays d'Égypte!’"


C'est bien le terme de mitsvah qui est utilisé ! Et,il s'agit des 10 commandements qui ont été entendus sur le Sinai
en meme temps que les béné isreal !


Donc,le erev rav a été accepté avant la faute et non apres .


De plus,si le erev rav n'avait pas été accepté au sinai ...pourquoi donc,serait-il passible de punition..peine
capital!!


Dieu,s'est finaliment rangé à l'avis de Moise avant le sinai



Présentation

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  • : Bienvenue sur le blog MANITOU! Cet espace est consacré au Rav Léon Askénazi - Manitou - זצ"ל.Vous y trouverez des textes rédigés à partir de cours audio enregistrés (disponibles sur www.toumanitou.org) En modeste hommage à ce Rav génial et extraordinaire...
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