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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 19:52

KiTissa (1995)

 

 

KiTissa (1995) 1ère Partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/ki_tissa_serie_1995/cours_1

Face A

 

Chapitre 30 verset 11.

Comme chaque année le thème essentiel de cette Parashah est le récit de la faute du veau d’or.

 

Quelques précisions : Cette faute-là n’est pas vraiment une faute d’idolâtrie dans le sens simple de sa définition : remplacer l’adoration du Créateur par l’adoration d’une idole, c’est-à-dire de quoique ce soit des forces de la réalité du monde érigées en idoles à la place du Créateur. Et il y a d’autre part des comportements païens et c’est plutôt de cela dont il s’agit ici. On se posera la question de savoir qui est à l’initiative de cette faute ? Est-ce Israël ? Est-ce le grand-prêtre Aharon ? Est-ce le Erev Rav ?

 

1er thème au chapitre 31 verset 12.

 

Le livre de Shémot possède 11 Parashiot qui en général se groupent de 2 manières.

Shémot-Vaera-Bo-Beshala’h-Yitro-Mishpatim = Shovavim, la première partie du livre qui concernent le récit des différentes péripéties de la sortie d’Egypte.

 

Dans Shemot et Vaéra c’est l’accélération des événements de la persécution des Hébreux en Egypte, l’intervention de Moïse et le début des dix plaies.

Bo et Beshala’h, la fin des plaies et la sortie d’Egypte géographique et la traversée de la mer rouge.

Ensuite, Yitro et Mishpatim la révélation des 10 commandements et la jurisprudence de la Torah.

Tout cet ensemble forme un unité de cohérence, c’est l’événement de la sortie d’Egypte.

 

La 2ème partie est constituée de 5 Sidrot :

Teroumah et Tetsaveh qui constituent les lois de la construction de la préfiguration de ce que sera le Temple de Jérusalem, le Tabernacle Mishkane ou Ohel Moed. C’est un sujet important.

Il s’agit de l’objectif de la sortie d’Egypte. Tout de suite après le récit de la sortie d’Egypte, la Torah nous raconte les lois de construction du Temple dans cette préfiguration qu’est le Mishkane comme temple provisoire pendant les 40 ans du désert. Cela correspond à une question très importante si on se demande dans la définition du 2ème livre de la Torah, le livre de l’Exode-Shemot, qui est le récit important de la fondation d’Israël en tant que nation.

 

La question importante qui se pose : chaque fois que la Torah nous raconte l’histoire d’Israël en tant que nation, c’est toujours à la sortie d’un exil. L’histoire d’Israël commence avec Abraham à la sortie d’exil d’Our-Qasdim, l’histoire d’Israël comme peuple se constitue à la sortie de l’exil d’Egypte. Et ainsi pour la suite des temps jusqu’à nous. L’histoire de la fondation du royaume de Judah au temps du 2ème temple c’est à la sortie d’exil de Babylone. Et de notre temps, de nouveau la fondation de l’état d’Israël 2000 ans après, la restauration de l’état hébreu à la sortie d’exil de 2000 ans dans la civilisation romaine et ses annexes dans les civilisations de l’islam.

 

On ne peut pas être frappé de cette permanence : l’histoire d’Israël surgit, émerge, toujours d’un exil. C’est un sujet pour lui-même, c’est un cas particulier de l’histoire des hommes.   

 

Quoiqu’il en soit, une question centrale se pose à propos de la définition du récit du livre de l’Exode : quelle était la finalité de la sortie d’exil ?

 

Le 1er épisode est la sortie d’Abraham de l’exil d’Our-Qasdim. 

 

Le Midrash Raba se pose la question suivante : il y a deux fois dans le récit de l’histoire d’Abraham, l’expression Lekh Lekha. La 1ère fois quand Dieu s’adresse à Abraham alors qu’il avait déjà quitté Our-Qasdim par lui-même. Cf. la fin du chapitre 11 et le début du chapitre 12 de Béreshit, la famille d’Abraham sur initiative d’Abraham avait décidé de quitter l’exil d’Our-Qasdim et de rentrer au pays des Hébreux qui est appelé le pays de Canaan à cette époque parce qu’à l’époque des patriarches les Cannanéens avaient conquis le pays sur la descendance de Shem auquel le pays appartient. Ceci est indiqué dans un des versets de l’histoire de Joseph que ce pays est connu en ce temps-là comme étant le pays des Hébreux « Erets Ha-Ivrim ». C’est d’autant plus important de savoir cela que lorsque Moïse s’adresse au Pharaon pour exiger la sortie d’Israël de la civilisation égyptienne, il s’adresse à lui au nom du Dieu des Hébreux - Elohi ha Ivrim. Par trois fois au moins dans le début du livre de l’Exode.

 

Dans ce temps de civilisation dont nous parlons au début de la constitution d’Israël comme nation au temps de Moïse à la sortie d’Egypte par rapport au Pharaon de ce temps-là, et bien toute la civilisation de ce temps connait l’identité hébraïque. Ce n’est que dans ces derniers siècles qu’on a oublié le fait que l’identité d’Israël est hébraïque, alors on parle de Juifs au temps des Hébreux ce qui est un anachronisme. 

 

[J’ouvre une petite parenthèse. J’ai souvent entendu de grands sages de la nation d’Israël faire peut-être inconsciemment, peut-être intentionnellement cette anachronisme. Il n’y a pas de juif au temps de la Bible, il y a les Hébreux. L’identité hébraïque est l’identité originelle distincte de l’identité juive qui est celle des Juifs héritiers des Hébreux mais étant en exil. Le mot de « juif » désigne les Judéens dans l’exil à partir de la fin du 1er royaume de Judah. Les 1ères fois où le terme de Yéhoudi est employé pour dire « judéen », c’est aprés le schisme séparant le royaume du nord au royaume du sud de Judah, et les Juifs sont des rescapés des Hébreux. Le grand royaume d’Israël avait pour capitale Samarie, le royaume du nord qui a résulté du schisme après le roi Salomon. Après la perte du royaume du nord et les dix tribus, les Judéens qui etaient les membres du royaume du sud seront dénommés « Juifs » par la suite et qui vont avoir dans leur mémoire cet héritage de l’identité hébraïque détruite par la destruction du 1er royaume d’Israël, et puis cette 1ère exigence messianique de restitution de la nation hébraïque pour que les temps messianiques commencent. C’est une chose très peu connue à laquelle je vous demande de vous réfèrer. Dans le messianisme judéen va s’ajouter une 1ère dimension de messianisme national de restaurer la nation d’Israël, la nation des hébreux. Ensuite apparait le messianisme des Prophètes d’Israël, le messianisme de la fin des temps, de la paix universelle, de la ressurection des morts, de la transfiguration du monde, mais il y a d’abord une 1ère étape messianique nationale de restaurer la nation hébraïque détruite. Et ce messianisme là s’appelle le messianisme du « fils de Joseph ». Le messianisme de la fin des temps est celui du « fils de David ». Les Juifs sont héritiers des Hébreux et dans une circonstance socio-politique bien précise : après la destruction de la nation des Hébreux, les derniers des Hébreux étant les Judéens descendus en exil, en français cela s’appelle des « Juifs », dans les autres langues on a conservé le terme de « judéen ». En français le mot de « juif » est le mot « judéen » corrompu au moyen-âge. Je cite souvent le cas de l’espagnol qui dit « judio » derrière lequel se trouve « yéhoudi », dans le sens de membre du royaume de Juda. En français, c’est l’identité juive qui est une identité de l’exil et qui s’est toujours connue comme provisoire entre deux temps hébreux qui a remplacé l’identité d’Israël des Hébreux. Alors il y a des anachronismes. Parler d’Abraham comme étant le génie de l’identité juive est un anachronisme monumental. Abraham n’a jamais été un juif mais un hébreu. Parler de la révélation du Sinaï comme étant le judaïsme… Il y a des raisons pour cela. Vous avez entendu parler de Abraham Livni dans ces deux livres : « le retour d’Israël » et « l’espérance du monde » qui m’a donné l’explication suivante. Il était un français converti au judaïsme. Il a étudié avec le Rav Kook d’ailleurs. Professeur de philosophie d’origine protestante. Il m’avait donné comme réponse qui ne me satisfait pas vraiment mais cela vaut la peine d’être cité : étant donné que les Chrétiens dénient aux Juifs l’identité d’Israël de la Bible, c’est un bien de s’opposer à cela en parlant des Juifs pour que ce soit bien clair que ce sont les Juifs qui sont Israël. Quoiqu’il en soit du point de vue même de l’intention de la Torah l’identité hébraïque est autre que l’identité juive. Elle en est la racine mais c’est surtout le fait que l’identité hébraïque est au temps de la prophétie. Alors que l’identité juive apparait après l’arrêt de la prophétie. L’identité juive est une identité d’exil alors que l’identité hébraïque est celle d’Israël sur sa terre. Les différences sont énormes. Les Juifs ont oublié qu’ils étaient des Hébreux. C’est pourquoi il y a tant de problèmes en particulier chez les Juifs religieux opposés au sionisme. Le sionisme est un mouvement historique important qui ramène les Juifs à leur identité hébraïque. C’est plein de problèmes mais c’est un événement massif. Beaucoup de Juifs religieux ou pas mais surtout les Juifs religieux anti-sionistes ont un obstacle à régulariser leur situation en devenant israélien c’est-à-dire redevenir hébreu, parce que cela leur apparait comme une sorte de trahison vis-à-vis de l’identité juive. Or, l’identité juive a toujours été une identité provisoire entre deux temps hébreux. Cela a pris tellement de temps, l’inertie fait que des évidences s’inversent. Les Juifs se sont toujours connus pendant 2600 ans depuis l’exil du 1er royaume de Judah, et le 1er à qui officiellement est donné le nom de juif en tant que juif, c’est le Judéen Mardochée [Ester 2:5] :

אִישׁ יְהוּדִי, הָיָה בְּשׁוּשַׁן הַבִּירָה; וּשְׁמוֹ מָרְדֳּכַי

« Ish Yehoudi Hayah BéShoushan Habirah ouShmo Mordékhaï... »

Le mot de « Yehoudi » signifie d’abord membre de la tribu de Judah, membre du royaume de Judah et après seulement cela signifie juif de l’exil. Le 1er grand juif de l’exil est Mardochée qui est un judéo-perse. Un hébreu qui devient persan et qui est à la cour du roi Assuérus exactement comme Joseph et Moïse à la cour du Pharaon : judéo-quelqu’un d’autre. C’est une identité d’exil.

Je vous engage à réagir car c’est le sort de notre identité et la dignité de notre identité qui est en jeu chaque fois qu’on entend ces anachronismes, il faut remettre les choses au point. Plus jeune, je n’ai jamais eu le courage de le faire. Lorsque les universitaires parlent de judaïsme en parlant de l’identité hébraïque de la Bible c’est un anachronisme négatif.

Nous vivons un temps qui a renvoyé l’identité juive à la préhistoire. Les Juifs de la diaspora sont nos ancêtres préhistoriques déjà. C’est important parce que le statut socio-politique juif est un statut anormal et provisoire. C’est pourquoi si on attache la revélation de la Torah à cette identité galoutique anormale et provisoire, c’est une catastrophe. En réalité, notre génération a rejeté le statut juif de l’exil. Beaucoup de Juifs ont rejeté le judaïsme avec. C’est un problème que nous avons depuis 4000 ans. Les Juifs ont oublié qu’ils étaient des Hébreux, d’où les problèmes avec l’état d‘Israël. Et les Israéliens risquent d’oublier qu’ils étaient des Juifs, d’où les problèmes des ‘Hilonim qui rejetent la Torah en même temps que l’exil. Qui est responsable ? Les responsables sont ceux qui ont attachés la Torah avec l’exil. Alors que l’exil est contraire à la Torah. La Torah n’a été révélée à Israël que quand il est sorti d’exil et Jacob n’a reçu le nom d’Israël que lorsqu’il est sorti d’exil.Vous voyez la catastrophe de collision de concepts qui se produit là. J’ai vécu ce temps où l’on devait réagir à l’antisémitisme, c’est-à-dire aux anti-juifs, mais il faut prendre conscience que si on revient aux sources on revient aux sources de l’identité hébraïque.]

 

Lorsqu’Abraham est sorti d’Our-Qasdim, sur le chemin après être sorti de ’Haran, [certains commentateurs disent déjà à Our-Qadim, mais la majorité des commentateur disent à ‘Haran, alors qu’il avait déjà quitté Our-Qasdim c’est dit dans les versets précédents] Dieu se révèle à Abraham et lui dit : « Lekh Lekha va-t’en pour toi vers le pays asher hareika - traductions habituelles rendent « que je te désignerai », « que je te montrerai ».

Or, si on comprend bien la situation, elle est incompréhensible : Dieu lui dit « va je t’attends quelque part, si tu vas là-bas, tu me trouveras la-bàs ».

Il y a une lecture midrashique : « va vers les pays où je Me montrerai à toi asher areika » 

 

En réalité, le texte nous a déjà dit qu’Abraham était sorti d’Our-Qadim pour aller vers le pays de Canaan parce qu’il savait où il allait : il rentrait chez lui ! Il sait où c’est, et on n’a pas besoin de le lui dire. Mais une 2ème fois où « Lekh Lekha » est employé dans ce récit, c’est quand Abraham est arrivé dans le pays de Canaan, Dieu se révèle à lui pour lui dire : « véLekh Lekha el Erets HarMoriah - Va jusqu’au mont Moriah ». Et c’est au mont Moriah qu’aura l’épreuve de Akedat Its’haq. Le mont Moriah est appellé la montagne où Dieu s’est révélé, s’est fait voir : « beHar Hashem Yeraé ».

 

Il y a là un enseignement très peu connu : lorsqu’Abraham quitte l’exil et se dirige vers le pays de Canaan, nommé Erets Israël quand Jacob sera nommé Israël, Dieu lui dit que le sens de la sortie d’exil est d’arriver au Har HaMoriah là où le temple sera construit.  

 

Nous voyons cela comme paradigme, comme modèle, de la structure du livre de Shemot : on nous raconte la sortie d’Egypte, la fin de l’exil, et tout de suite après les lois de construction du tabernacle qui préfigurent la construction du temple. Cela se réfère à la question concernant la définition du livre de Shemot : quel est l’objectif de la fin de l’exil ?

 

Est-ce d’aller au Sinaï pour recevoir la Torah et ensuite d’aller n’importe dans le monde où jusqu’à l’arrivée du Messie ? Ce qui est la thèse des orthodoxes, la thèse la plus hétérodoxe de la Torah, je vous parle des orthodoxes antisionistes : recevoir la Torah au Sinaï et ensuite aller partout dans le monde pour  des raisons mystérieuses pour expliquer leur présence au sein des Goyim... Convalescence d’expiation : à l’hopital dans les terres d’asiles...

J’ai souvent entendu les Juifs français parler de la France avec ferveur comme « terre d’asile ».

 

Entendu d’un de mes maîtres : un Midrash sur un Midrash : Israël est souvent comparé au fils du roi. Un roi dont le fils était malade a envoyé son fils au loin pour se soigner avec la consigne : dès que tu es guéri, reviens le plus possible possible ! Il lui a donné une valise pleine de médicaments.

Le Roi s’impatiente et envoie un télégramme révélé : « reviens tu es guéri ! » Le fils : « pas encore, j’ai encore des médicaments... »

 

La discussions avec des Juifs de diaspora fait apparaître l’alibi des Mitsvot à accomplir en Galout... 

 

Judah Halevi : la faute que l’exil puni est précisèment l’entêtement à rester dans l’exil. L’exil punit l’exil. Effectivement, lorsque l’histoire des Juifs en exil devient un histoire de fous, personne n’y comprenant plus rien, on a oublié que l’histoire de fous c’était d’habiter ailleurs que chez soi. Il faut donc se réhébraïser pour de nouveau voir les choses en clair. La Torah nous a déjà raconté cette histoire-là.

 

Effectivement, il y a deux positions :

 

la position des orthodoxes antisionistes pour qui l’objectif de la sortie d’Egypte était d’aller au Sinaï recevoir la Torah pour après aller partout et revenir à l’arrivée du Messie.

 

La réponse de la Torah est toute autre : l’objectif de la sortie d’Egypte était d’aller le plus vite possible construire le Temple à Jerusalem. Il y a eu un retard de 40 ans pour expliquer à cette génération qui est sortie d’Egypte. La sanction des 40 ans vient sanctionner la faute du veau d’or. Mais en réalité, la Torah répond, l’objectif de la sortie d’Egypte est de contruire le Temple au plus vite.

 

Au début de Parashat Shemini, dans Vayikra, le jour de l’inauguration du Temple était le 1er Nissan de la 2ème année de la sortie d’Egypte. Le Midrash dit que ce jour-là est aussi grand que le jour de la création du monde. Un deuxième Midrash ajoute : ce jour là est plus grand que le jour de la création du monde. Parce que Dieu a créé un monde en vue que les créatures qu’Il a créé lui construise un Temple pour pouvoir résider dans le monde qu’il a créé.

 

Il y a là une principe de la lecture de la Torah qui est très important : on comprend les raisons ultimes des choses, lorsqu’on comprend la conséquence. Quelle est la conséquence de la création du monde ? C’est qu’il y a en-haut et en-bas.   

On ne comprend pas le pourquoi de la création mais on comprend la conséquence : la conséquence de la création du monde c’est qu’il y a un en-haut - la demeure de Dieu - et un en-bas - la demeure de l’homme privé de Dieu.

 

Ce Midrash dit que : il n’y a eu de création du monde que pour qu’il y ait un en-bas où Dieu puisse résider. La demeure « naturelle » de Dieu est en-haut. Mais Il a voulu faire un en-bas et Il ne peut y résider que si on lui fait un Temple.

 

Le Midrash dit :

« Itaavah HaQadosh Baroukh Hou Ladour Bata’htonim »

« Dieu a désiré résider parmi les êtres d’en bas »

Alors Il a créé le monde…

Certains pourraient poser la question : Et pourquoi Dieu a-t’il désiré résider dans le monde d’en-bas ? Ceux qui ont compris la question savent que la question ne se pose pas. Puisqu’il y a un en-bas, c’est donc que Dieu a voulu qu’il y ait un en-bas ! C’est ce que le Midrash ajoute : Afin de résider dans le monde d’en-bas. Avec les Ta’htonim, les êtres d’en-bas et pas avec les êtres d’en-haut. Sous forme un peu sybilline : A la question pourquoi Dieu a créé le monde ? Les rabbins ont l’habitude de répondre : il n’y a que les parents d’enfant qui comprennent pourquoi Dieu a créé le monde. Pourquoi avoir des enfants ? Demander à un père de famille. La question ne se pose même pas ! Chacun qui a encore la mémoire de son premier enfant comprend pourquoi Dieu a créé le monde.

 

En général, les questions qui n’ont pas de réponses sont des questions qui ne se posent pas. 

Cela dépend aussi de qui pose cette question. Celui qui la pose n’est pas dans le coup…

 

Réponse Pshat à la question :

- Quelle est l’objectif de la sortie d’Egypte ?

- La construction du Temple !

 

Or, je vous rappelle un détail de la Halakhah :

Pendant qu’on construit le temple, c’est un monde profane qui n’a pas encore l’endroit de la sainteté : l’expression biblique c’est « El hamaqom asher Yiv’har Hashem » lorsqu’il vous sera révélé quel sera l’endroit que Dieu a désiré, choisi pour y résider, ce sera en fin de compte à Jérusalem où le Temple sera construit...

 

A partir du moment où le Temple est construit, il y a une particularité très importante que nous allons étudier dans le texte.

 

Nous allons voir que dès que les premières Mitsvot concernant la construction du Tabernacle vont être données et juste avant ce récit de la faute du veau d’or, la Torah a décidé de rappeller la loi du Shabat.

 

Pourquoi rappeller la loi de Shabat à propos de la construction du Temple en relation avec la faute du veau d’or ?

 

Chapitre 31 verset 12-13

וַיֹּאמֶר יְהוָה, אֶל-מֹשֶׁה לֵּאמֹר

וְאַתָּה דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, לֵאמֹר, אַךְ אֶת-שַׁבְּתֹתַי, תִּשְׁמֹרוּ:

  כִּי אוֹת הִוא בֵּינִי וּבֵינֵיכֶם, לְדֹרֹתֵיכֶם--לָדַעַת, כִּי אֲנִי יְהוָה מְקַדִּשְׁכֶם

Vayomer Adonay el-Moshe lemor

Et Dieu dit à Moïse

Ve'atah daber el-beney Yisra'el lemor

akh et-shabtotay tishmorou

ki ot hi beyni ouveyneykhem ledoroteykhem

lada'at ki ani Adonay mekadishkhem.

Quand à toi parle aux enfants d’Israël pour dire

Cependant vous préserverez mes Shabat

Car c’est un signe entre Moi et vous pour vos générations

Pour savoir que Je suis Hashem qui vous sanctifie.

 

On est en train de recevoir les Mitsvot de la construction du Temple et la Torah prévient tout de suite : Cependant vous préserverez mes Shabatot...

Pendant que vous construirez le Temple il faut préserver le Shabat. On pourrait croire que la tache de la construction du Temple a une valeur supérieur au Shabat et qu’il doive être construit le plus vite possible, même pendant Shabat. Akh « seulement » « attention » ! On aurait pu croire que construire le Temple suspende les lois du Shabat. La Torah dit non, il faut garder les lois du Shabat.

 

כִּי אוֹת הִוא בֵּינִי וּבֵינֵיכֶם, לְדֹרֹתֵיכֶם--לָדַעַת, כִּי אֲנִי יְהוָה מְקַדִּשְׁכֶם

ki ot hi beyni ouveyneykhem ledoroteykhem

lada'at ki ani Adonay mekadishkhem.

Car c’est un signe entre Moi et vous pour vos générations

Pour savoir que Je suis Hashem qui vous sanctifie.

 

On ne voit pas trop quel est le rapport ? Apparait de manière très simple le fait que Dieu ait décidé  qu’Israël construise le Temple est le signe que Dieu va sanctifier Israël et qu’Il a décidé que Sa Qedoushah sa sainteté va résider en Israël. Quel rapport avec « Gardez mes Shabat » ?

 

On apprend dans le Talmud [Yerushalmi (Nedarim 3:9)] que le respect du Shabat équivaut à toute la Torah. Sheikoul kéneged kol haMitsvot Koulam. Très souvent, suivant les expériences historiques que nous avons eues dans l’histoire, le fait que les maîtres d’Israël mettent en évidence le fait que tel commandement négligé dans telle ou telle ciconstance des péripéties de notre histoire si longues et si complexes, doit être mise en évidence avec force et que cela équivaut à toute la Torah. Ce n’est pas que le Shabat en particulier mais il faut comprendre le pourquoi de cette équivalence à toute la Torah. 

 

On apprend d’un autre contexte (Kidoush du Shabat matin) que ce signe qu’il y a entre Dieu et l’homme « c’est un signe entre vous et Moi... ot li léolam… » Que pendant 6 jours Hashem a façonné les cieux et la terre ». L’alliance du Shabat est le rappel que le monde a un Créateur.

 

Le récit de la Torah nous dit que pendant les 6 jours du commencement Dieu a façonné le monde et au 7ème jour, l’a transmis à l’homme pour entrer en Shabat.

 

Pendant 6 jours Il a agit le monde à partir de son état de Tohou vaBohou l’a façonné pour le rendre habitable pour l’homme : c’est le 6ème jour et Dieu cesse d’intervenir comme Créateur et cela risque de faire oublier que le monde a un Créateur. Lorsque Dieu a cessé d’intervenir comme Créateur, le monde fonctionne d’après ce qu’on appelle les lois de la nature et cela risque de faire oublier que le monde a un Créateur. Alors la Torah institue l’alliance du Shabat, un jour par semaine sur le modèle des jours du commencement, 6 jours et le 7ème , l’homme s’interdit de vivre dans le monde en tant que nature, il vit dans le monde en tant que création, et il s’interdit d’intervenir dans le fonctionnement du monde.

 

C’est le sens minimum de toutes les lois du Shabat : l’interdiction de tout acte qui nécessite une décision de la volonté pour modifier quoique ce soit dans le monde. Il ne s’agit pas de travail et repos. D’autre part, indépendament des 39 travaux interdits le Shabat il y a le principe du Oneg Shabat qu’il est interdit de se fatiguer, d’autre part. Mais les commandements d’interdiction de travail le Shabat n’ont rien à voir avec le travail et le repos.

 

Cela ne veut pas dire qu’Il s’est reposé. Shabat signifie qu’Il a cessé d‘intervenir comme Créateur. D’autre part nous avons un verset (Yitro 20.10) qui dit : וַיָּנַח, בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי Vayana’h béyom hashévii. Mais c’est un tout autre verset et non pas celui qui définit le Shabat. Vous vous référerez à cet autre verset. Que signifie וַיָּנַח, בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי Vayana’h béyom hashévii ? Il y a ici une notion d’étape. Menou’hah le repos est très proche de la racine de Ana’hah qui donnerait le mot de Ta’hanah avec les lettres inversées.

 

Le fait d’avoir introduit cette idée de fatigue et de repos est une erreur sémantique. D’autant plus que l’erreur commence dès le début : quand on dit « Dieu a créé le monde en 6 jours ». C’est faux en hébreu. Dieu a créé le monde dans l’instant du commencement « Bereshit Bara ». Et pendant les 6 jours « Assah » Il a agit, Il a façonné, Il a fait.

ot hi beyni ouveyneykhem ot li leolam ki sheshet yamim assah. (Kidoush du Shabat)

Assah et non pas Bara. Et il n’y a pas « BéSheshet » Yamim mais « Sheshet Yamim » : Dieu en a fait 6 jours de ce monde du chaos du commencement.  

 

Et donc le fait du Shabat va faire oublier aux hommes qu’il y a un Créateur. Donc l’alliance du Shabat réintègre le signe que le monde a un Créateur. Pourquoi est-ce important ?

 

Précisément parce que toute idolâtrie est la négation du Créateur. Donc le Talmud va dire que celui qui pratique le Shabat, comme il faut le pratiquer, a répudié l’idolâtrie et cela équivaut à toutes les Mitsvot de la Torah.

 

Talmud [Shabbat 118B]:

(R. Chiya bar Aba): Shomer Shabat kéhilrato afilou oved avodah zara kélo Enosh moralim lo shene emar shomer shabat me’halelo : tout celui qui pratique correctement un Shabat même s’il pratique la Avoda Zara comme Enosh il lui est pardonné. Comme il est écrit :  Kol Shomer Shabat Mechalelo. (Isaïe 55.7) Al tiqrei mechalelo ela machul lo.

 

Il y a un verset du prophète Esaïe qui parle de celui qui pratique le Shabat afin de ne pas le profaner me’halelo.

[Isaïe 55-7 : כָּל-שֹׁמֵר שַׁבָּת מֵחַלְּלוֹ, וּמַחֲזִיקִים בִּבְרִיתִ tous ceux qui observent le sabbat et ne le profanent point, qui persévèrent dans mon alliance.]

La Guémara dit : Al tiqré me’halelo Aval Ma’houl lo : Ne lit pas « Me’halélo il ne le profane pas » mais « il est pardonné ». Ma’houl lo : il lui est pardonné de quoi ?

De ne pas avoir reconnu que le monde a un Créateur, d’avoir été idolâtre. Etre idolâtre c’est ériger en divinité une des forces du monde créé. L’idolâtrie c’est la négation de la création du monde.

 

Le Talmud dit : Par conséquent, celui qui pratique Shabat comme il faut, même s’il a été idolâtre comme au temps de Enosh on lui pardonne.

 

Car le verset dit que celui qui pratique Shabat le pratique en vue de ne pas le profaner. Or, c’est cela pratiquer Shabat en vue de ne pas le profaner.

 

Quelqu’un qui a été idolâtre sans avoir l’intention de nier le Créateur alors on lui pardonne le fait d’avoir été idolâtre. Celui qui pratique le Shabat dans sa règle vraiment alors c’est le signe qu’il reconnait qu’il a un Créateur.

 

Si la Torah rappelle l’alliance du Shabat avec la faute du veau d’or, c’est parce que le récit de la faute du veau d’or va montrer que à cause de la construction du Temple il y a le risque de violer le Shabat.

 

Q : Comment comprendre alors la prière de Min’ha du Shabat où est répété une dizaine de fois Menou’ha ?

R : c’est pourquoi j’ai parlé de cet autre verset Vayana’h biyom hashévii parce que j’attendais cette question.

.../...
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*** 

 

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