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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 16:05

KiTisa (1985)

 

KiTisa (1985) 1ère Partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/ki_tissa_serie_1985/cours_1

Face A

 

La foi d’Israël était préalable à la révélation de la Torah.

Et Moïse va l’utiliser pour faire admettre que c’est le même Dieu qui a fait sortir Israël d’Egypte et qui donne la Torah.

 

Et la société juive contemporaine israélienne est divisée en deux :

 

ð  Ceux qui sont encore au stade de la foi de la 1ère étape = ceux du sionisme sans Torah.

ð  Et ceux de la 2nde  étape = celle du Moïse donnant la Torah.

 

En fait, l’équation est plus nuancée. Par rapport à ce problème il y a 4 attitudes :

 

ð  Ceux qui reçoivent le Moïse de la sortie d’Egypte et pas le Moïse de la Torah,

ð  Ceux qui reçoivent le Moïse de la Torah et pas celui de la sortie d’Egypte,

ð  Ceux qui ne reçoivent ni l’un ni l’autre,

ð  Et ceux qui, grâce à Dieu, reçoivent les 2.

 

Le fait d’avoir à réaliser que c’est ce même Moïse qui fait sortir d’Egypte (le programme de l’histoire nationale) qui d’autre part donne la Torah, c’est le même. C’est cette perplexité qui était celle de la génération du désert au pied du Sinaï.

 

Commentaire cité par Rashi :

Chapitre 20 sur le 1er commandement au verset 2 :

Yitro 20:2

אָנֹכִי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, אֲשֶׁר הוֹצֵאתִיךָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם מִבֵּית עֲבָדִים:  לֹא-יִהְיֶה לְךָ אֱלֹהִים אֲחֵרִים, עַל-פָּנָי

Anokhi Adonay Eloheykha asher hotseticha me'erets Mitsrayim mibeyt avadim.

Je suis l'Éternel, ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, d'une maison d'esclavage.

 

Rashi :

 

אֲשֶׁר הוֹצֵאתִיךָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם

כְּדָאי הִיא הַהוֹצָאָה שֶׁתִּהְיוּ מְשׁוּעְבָּדִים לִי. דָּבָר אַחֵר לְפִי שֶׁנִּגְלָה בַּיָּם כְּגִבּוֹר מִלְחָמָה

Qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte… Il valait la peine que vous sortiez, afin que vous soyez soumis à ma puissance (Mekhilta). Autre explication : Tandis qu’Il s’est manifesté sur la mer comme un puissant guerrier…

 

« Cela valait la peine cette sortie d’Egypte (malgré eux) afin que vous soyez mes serviteurs à Moi, cela vaut mieux que d’être les serviteurs de l’Egypte ». (Même sans les allocations familiales, c’est mieux). Autre enseignement : parce qu’Il s’est révélé sur la mer rouge comme un héros de guerre. C’est la 1ère expérience. Et ici, il s’est révélé comme un vieillard plein de miséricorde, un Rosh Yeshivah. C’est la 2nde expérience.

 

Il faut arriver à comprendre qu’un Rosh Yeshivah et un officier de Tsahal c’est la même chose...

C’est là le problème de l’histoire juive contemporaine, particulièrement en Israël.

Grâce à Dieu il y a des Rashei Yeshivot officier de Tsahal ou inversément des officier de Tsahal qui sont des Rashei Yeshivot. En dehors d’eux, il n’y a que soit des officiers de Tsahal soit des Rashei Yeshivah, et il n’est pas évident que c’est la même chose…

 

Rashi l’explique clairement pour expliquer le mot de Anokhi :

אָנֹכִי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, אֲשֶׁר הוֹצֵאתִיךָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם מִבֵּית עֲבָדִים

Anochi Adonay Eloheycha asher hotseticha me'erets Mitsrayim mibeyt avadim

Je suis HM ton Dieu qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison des esclaves...

                      וַאֲנִי מִשְׁתַּנֵּה בְּמַרְאוֹת אַל תֹּאמְרוּ שְׁתֵּי רָשׁוּיוֹת הֵן

אָנֹכִי הוּא אֲשֶׁר הוֹצֵאתִיךָ מִמִּצְרַיִם וְעַל הַיָּם

Et comme je me suis manifesté successivement sous des apparences différentes, ne dites pas qu’il existe deux pouvoirs : C’est moi-même qui vous ai fait sortir d’Egypte, et aussi celui qui vous ai sauvés sur la mer.

 

Mais le mot de אָנֹכִי Anokhi ne veut pas dire « Je suis » (Ani) mais signifie « C’est moi qui suis »

Il n’y a pas écrit Ani. Il faut entendre en hébreu la différence entre אָנֹכִי Anokhi et Ani.

Il y a une différence d’affirmation de confirmation parce que Dieu a donné la Torah et il est obligé de s’identifer en disant : Attention ! c’est bien Moi qui vous ai fait sortir d’Egypte…

Pour ne pas qu’ils pensent que ce même Dieu qui leur donne la Torah il s’agit d’un autre.

 

Ceci dit, entendez bien qu’il y a un ordre : il faut d’abord sortir d’Egypte, d’abord le passage de la mer rouge et après on arrive au Moïse de la Torah. L’ordre inverse n’est pas logique. C’est l’échec. Tant qu’on est dans la 1ère phase et l’expérience de la fin de l’exil il y a des chances qu’on arrive cachère dans la Torah. Mais si on commence par la Torah sans l’expérience de la sortie d’Egypte on ne sera jamais cachère.

 

Dans un vocabulaire plus simple :

Un juif non religieux mais sioniste devenant religieux devient un juif normal.

Mais un juif religieux qui n’est pas sioniste ne deviendra jamais un juif normal puisqu’il ne  deviendra jamais sioniste...

 

Je sais très bien que la génération contemporaine est très perplexe devant l’existence de grandes autorités rabbiniques qui vivent à l’envers. Il faut leur poser la question. La question est de savoir s’il n’ont pas lu Rashi ? Bien sûr qu’ils ont lu Rashi ! Mais vous comprenez à quel point lorsqu’on a une option de logique préalable on ne voit pas ce qu’il y a d’écrit !  

 

Chap 3 verset 11-12 :

 

וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה, אֶל-הָאֱלֹהִים, מִי אָנֹכִי, כִּי אֵלֵךְ אֶל-פַּרְעֹה; וְכִי אוֹצִיא אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, מִמִּצְרָיִם

Vayomer Moshe el-ha'Elohim mi anochi ki elech el-Par'oh vechi otsi et-beney Yisra'el mi-Mitsrayim.

Moïse-dit au Seigneur: "Qui suis-je, pour aborder Pharaon et pour faire sortir les enfants d'Israël de l'Égypte?"

וַיֹּאמֶר, כִּי-אֶהְיֶה עִמָּךְ, וְזֶה-לְּךָ הָאוֹת, כִּי אָנֹכִי שְׁלַחְתִּיךָ:  בְּהוֹצִיאֲךָ אֶת-הָעָם, מִמִּצְרַיִם, תַּעַבְדוּן אֶת-הָאֱלֹהִים, עַל הָהָר הַזֶּה

Vayomer ki eheyeh imach vezeh-lecha ha'ot ki anochi shlachticha behotsi'acha et-ha'am mi-Mitsrayim ta'avdun et-ha'Elohim al hahar hazeh

Il répondit: "C'est que je serai avec toi et ceci te servira à prouver que c'est moi qui t'envoie: quand tu auras fait sortir ce peuple de l'Égypte, vous adorerez le Seigneur sur cette montagne même."

 

Lorsque Dieu s’adresse à Moïse au moment de la révélation du buisson ardent, il le charge d’aller affronter Paro pour faire sortir les Hébreux de l’empire du Pharaon. Et Moïse qui a déjà l’expérience 40 avant qui avait déjà essayé et n’avait pas pu, on a étudié cela les problèmes de la vocation de Moïse 40 ans auparavant, et Moïse dit ceci au verset 11 :

 

וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה, אֶל-הָאֱלֹהִים, מִי אָנֹכִי, כִּי אֵלֵךְ אֶל-פַּרְעֹה; וְכִי אוֹצִיא אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, מִמִּצְרָיִם

Vayomer Moshe el-ha'Elohim mi anochi ki elech el-Par'oh vechi otsi et-beney Yisra'el mi-Mitsrayim.

Moïse-dit au Seigneur: "Qui suis-je, pour aborder Pharaon et pour faire sortir les enfants d'Israël de l'Égypte?"

וַיֹּאמֶר, כִּי-אֶהְיֶה עִמָּךְ, וְזֶה-לְּךָ הָאוֹת, כִּי אָנֹכִי שְׁלַחְתִּיךָ:  בְּהוֹצִיאֲךָ אֶת-הָעָם, מִמִּצְרַיִם, תַּעַבְדוּן אֶת-הָאֱלֹהִים, עַל הָהָר הַזֶּה

Vayomer ki eheyeh imach vezeh-lecha ha'ot ki anochi shlachticha behotsi'acha et-ha'am mi-Mitsrayim ta'avdun et-ha'Elohim al hahar hazeh

Il répondit: "C'est que Je serai avec toi et voici pour toi le signe que c'est bien Moi qui t'ai envoyé: quand tu auras fait sortir ce peuple de l'Égypte, vous adorerez le Seigneur sur cette montagne même."

 

La première réponse concerne le Pharaon :

« En ce qui concerne Pharaon, n’aies pas peur Je serais avec toi… »

« Maintenant en ce qui concerne les Hébreux et leur réaction dont tu as peur : « alors voici pour toi le signe que c’est bien Moi qui t’ai envoyé, lorsque tu feras sortir le peuple d’Egypte vous viendrez servir Dieu sur cette montagne ».

 

Et la révélation du Sinaï s’est faite sur la montagne où il y a eu la révélation du buisson ardent.

Cela veut dire : Si tu as des problèmes avec les Hébreux amène-les ici, et ici Je me révélerai à toi !

Par conséquent, si Moïse les a amené là-bas c’est qu’il avait des problèmes avec eux ! Sinon il les aurait amené directement à Jérusalem !

 

2ème message : « en ce qui te concerne toi, voici le signe que c’est bien moi qui t’ai envoyé… »

Ce que je vous ai raconté du Maamad Har Sinaï. Il les a amené au Har Sinaï et Dieu s’est révélé à eux pour habiliter Moïse. Parce que voyez la difficulté du verset : Moïse a besoin d’un signe à ramener en Egypte pour habiliter sa mission.

 

Et c’est ce qu’Il lui répond :

« Débrouille-toi, fais les sortir d’Egypte, Je serais avec eux, et amène-les ici. Là, ils verront bien que c’est toi qui a raison… »

 

Nous voyons la tache immense de Moïse qui doit arriver à réussir sans aucun truc, sans aucun signe. S’il est nécessaire que ces signes soient donnés, c’est une fois que Moïse aura réussi.

 

Les Midrashim vont utiliser cet aspect de 2 manières :

 

ð  Négatif : a priori l’événement du Sinaï est en défaveur d’Israël : on n’était pas capable du premier projet de la Torah et donc c’est une descente de niveau : on a eu besoin de les amener par le détour du Sinaï.

 

ð  Positif : a postériori, c’est au contraire la preuve d’un mérite suffisant, dans l’état dans lequel ils étaient, pour recevoir la Torah et l’habilitation de Moïse.

 

Le thème général dans tous ces enseignements est important : c’est le problème de la relation à la Torah, à la révélation. En général, lorsqu’il y a refus de la Torah, refus de la révélation, ce n’est pas cette ’Houtspa cette insolence de refuser ce que Dieu a dit, mais on nie que c’est Dieu qui l’a dit.

C’est ce qui se passe dans cette scène. Dans tous les cas c’est à imputer au mérite du peuple : la vérification de la mission de Moïse.

 

L’objectif et la raison du Maamad Har Sinaï, de la révélation du Har Sinaï, c’est fait pour habiliter Moïse. Certains commentateurs des Pirqey Avot ont utilisé cela que nous venons d’apprendre pour rendre compte de la 1ère phrase de la 1ère Mishna :

Mosheh Qibel Tora miSinaï

Moïse a reçu la Torah du Sinaï.

Une question se pose sur la formule étrange de la Mishnah qui nous est maintenant familière « Torah miSinaï » ? Pourquoi la Mishna ne dit-elle pas Mosheh Qibel Torah méHaQadosh Baroukh Hou béSinaï ? C’est comme si il avait reçu la Torah du Sinaï et que le Sinaï lui avait donné la Torah ? La réponse c’est qu’on n’a pas lu attentivement ce qui est écrit là :

Mosheh Qibel Tora miSinaï !

« Mi Sinaï » signifie à partir du Sinaï.  A partir du Sinaï Mosheh a été habilité comme celui qui reçoit la Torah... Mosheh Qibel Tora, miSinaï.

 

Je vais vous donner un plan que j’ai étudié dans un livre peu connu d’un des grands Kabalistes du 10ème siècle qui est אברהם בר חייא הנשיא Rabbi A. bar ‘Hiyyah hanassi maitre kabaliste nommé également R. Avraham bar Hiyya ha-Sefaradi,  ayant vécu au 10e 11e siècle en Provence dans le sud de la France nord de l’Espagne dans son Livre « Higayon ha-nefesh ha-azuva : Guérison du nefesh ».

 

Il a une exégèse des versets qui est assez exceptionnelle, et on a toujours regretté de n’avoir pas retrouvé son manuscrit de son commentaire de la Torah qui a disparu. On n’a plus que les commentaires de son Livre « Hégayon hanefesh ».

http://www.teachittome.com/seforim2/seforim/hegayon_hanefesh.pdf

Il a une exégèse extrêmement originale. Il dit ceci :

 

On a l’habitude de parler des 10 commandements. En réalité il y en a 9. De ces 10 paroles en réalité une seule, la première est une définition que Dieu donne de lui-même.

Cette définition implique certaines Mitsvot commandements mais n’est pas en elle-même un commandement, une Mitsvah.

 

Par exemple, Maïmonide va se rattacher à cette première parole des 10 commandements pour un certains nombres de sujets concernant la foi en l’unité de Dieu.

 

Mais je schématise un peu, il nous donne le plan suivant : la Torah concerne la mise à l’épreuve de l’homme dans ce monde-ci de façon à savoir si l’homme est plutôt Tsadik juste que Rashâ méchant ou dans une autre formule : Dieu cherche à savoir si cela valait la peine de l’avoir créé.

Nous vivons d’abord dans un monde où nous sommes en test, à l’épreuve.

Et cette mise à l’épreuve a lieu dans trois types de relations (surtout mises en évidence dans le détail dans l’enseignement du Maharal à travers toute son œuvre qui est axée sur ces 3 principes :

ð  Beïn Adam lamaqom - entre l’homme et Dieu.

ð  Beïn Adam la’havéro - entre l’homme et autrui.

ð  Beïn Adam léatsmo - entre l’homme et soi-même.

 

On est beaucoup plus habitué en dehors de l’enseignement du Maharal à diviser les 10 paroles en deux ensembles :

 

ð  Beïn Adam lamaqom, les commandements qui régissent la nature de la relation entre l’homme et Dieu.

ð  Beïn Adam la’havero entre l’homme et son prochain.

 

Rabbi ‘Hiyyah propose avant le Maharal une division précises en trois groupe de commandements.

 

L’objectif de la Torah est de faire que chaque créature devienne quelqu’un qui puisse dire Anokhi.

Cela veut dire : il s’agit de construire le sujet. Et le sujet se construit dans trois types de relations.

ð  La relation à Dieu qui est la source de l’être de toute créature.

ð  La relation à soi-même - la dignité de l‘homme en soi.

ð  La relation à autrui - la relation avec l’autre créature.

 

Le Gaon de Vilna enseigne cela d’une autre manière : toute la Torah peut être récapitulée en un seul mot, c’est le mot de Anokhi. Il s’agit de devenir quelqu’un qui soit sur le modèle de celui qui est Anokhi.

 

Si on reprend le verset du Qriat Shéma analysé en liaison avec le premier verset des dix commandements cela fera un sens important.

« Et seront ces paroles que Anokhi t’enseigne aujourd’hui »

C’est ici Anokhi qui t’enseigne, c’est la Torah de Anokhi que nous avons.

Dieu commence par dire « Anokhi Hashem Elohékha » ie. Hashem Elohékha c’est Anokhi.

C’est-à-dire que l’objectif c’est de construire la personne de la créature, en fin de compte de l’homme, dans sa dignité totale.

 

Midrash :

Au moment où Moïse est sur le Har Sinaï pour y recevoir la Torah, pendant ce temps une partie du peuple fait le veau d’or et il y a une lutte entre la partie du peuple qui veut le veau et celle qui ne le veut pas. Et lorsque Moïse descend de la montagne, Josué monte à sa rencontre et la rencontre se fait au milieu de la montagne. Moïse entend une voix, un bruit et Moïse demande à Josué quel est ce bruit ? Et Josué répond : « Je n’entend ni de bruit de victoire ni de bruit de défaite, j’entends un bruit ». C’est un thème pour lui-même : chaque fois qu’Israël doit se décider sur un programme essentiel on arrive pas à avoir de majorité. C’est l’éternel problème de la Knesset.

 

Le Midrash dit ceci :

Les Hébreux ont entendu dire directement de Dieu : Anokhi et Lo yiyeh lekha.

Ces deux commandements ont été entendus directement de Dieu.

Le Midrash explique qu’ils se répétaient ces deux commandements là et c’est le bruit que Moïse entendait : ils disaient « Anokhi, Anokhi, lo yiyeh lekha » « moi, moi, j’ai rien à voir avec toi ». 

Chacun répétait anokhi, anokhi, anokhi… Chacun le répétait pour lui et se pose le problème de l’égoïsme (en hébreu Anokhi).

 

Cette identité du Anokhi se construit dans trois relations.

Les 9 paroles qui suivent sont les 9 commandements de bases, les principes de ces 3 relations

ð  entre l’homme et Dieu,

ð  entre l’homme et lui-même,

ð  entre l’homme et autrui.

 

Je ne sais pas si vous avez en mémoire les dix commandements mais vous pourrez faire cet exercice pour vous-même. Voilà cet enseignement : chacun de ces commandements est donné à trois niveaux :

ð  Au niveau de l’intention, la pensée, Ma'harshavah.

ð  Au niveau de la parole, Dibour, et,

ð  Au niveau de l’acte, Maasséh.

 

Je vous donnerais l’exemple du premier groupe des trois.

L’ordre de gravité est différent dans chacune de ces relations Ma'harshavah, Dibour, Maassé

 

Il y a une division des 9 commandements en trois par trois qui font apparaitre 3 niveaux Ma'harshavah, Dibour, Maassé : pensée parole et acte pour chacun.

 

Le ‘hidoush de Rav ‘Hiyyah c’est d’indiquer que dans l’ordre des relations entre l’homme et Dieu, ce qui passe avant c’est l’intention, ensuite c’est la parole et ensuite c’est l’acte.

 

D’où l’ordre des trois commnandements :

Interdiction de l’idolâtrie : c’est l’intention qui fait qu’une idole est une idole.

Interdiction de prononcer le nom de Dieu en vain, le niveau de la parole qui vient après.

La pratique du Shabat, la reconnaissance du Créateur, le Maassé vient après.

 

Cela veut dire que l’ordre Ma'harshavah-Dibour-Maassé / Pensée-Parole-Action c’est l’ordre de la relation entre l’homme et Dieu

 

Alors que dans les 3 derniers commandements :

-Tu ne voleras pas.

-Tu ne porteras pas de faux témoignage.

-Tu ne convoiteras pas.

 

L’ordre est inversé d’abord le Maassei, le vol est un acte, ensuite la parole, le faux témoignage et ensuite l’intention, tu ne convoiteras pas.

 

Cela veut dire que l’ordre Action-Parole-Pensée c’est l’ordre de la relation entre l’homme et son prochain.

 

L’ordre de la relation entre l’homme et lui-même est encore un ordre différent, que vous devinerez d’ailleurs par vous-même en étudiant le texte.

 

Dans le rapport à autrui l’urgent, l’essentiel c’est l’acte, et puis la parole c’est important, l’intention c’est important mais moins que l’acte. C’est au niveau des actes qu’il faut être d’abord scrupuleux.

Et aussi dans la relation de parole et aussi dans la relation d’intention, mais il y a urgence dans l’acte. Dans la relation à Dieu c’est l’inverse, c’est l’intention où l’accent est le plus fort, ensuite la parole et ensuite l’acte.

 

Dans le 3ème groupe,

[Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne - Tu ne commettras point d'assassinat - Tu ne commettras point d'adultère]

C’est la parole qui vient en tête. Tu respecteras ton père et ta mère. Et c’est une question de Shoulkhan Aroukh très importante. C’est d’abord au niveau de la parole que se perçoit le respect aux parents, la manière dont on leur parle et dont on les laisse parler.

On l’apprend de la manière dont Esaü et Jacob s’adresse à Isaac qui est différente au moment de la bénédiction. Jacob dit :

 קוּם-נָא שְׁבָה

Koum na sheva

« lève-toi donc stp et assied-toi… »

Alors que Esaü dit :

יָקֻם אָבִי וְיֹאכַל מִצֵּיד בְּנוֹ

Yakoum avi véyikhol mitsaïd beno

Que mon père se lève et s’asseye…

 

Le Midrash enseigne que le sens de  הַקֹּל קוֹל יַעֲקֹב, וְהַיָּדַיִם, יְדֵי עֵשָׂו : Le timbre de la voix était le même mais pas les mains. Les mains ne sont pas les mêmes…

 

***

 

Mishpatim

Sidra qui ne peut pas être étudiée vraiment sans les traités talmudiques Baba Metsia, Baba Qama et Baba Batra.  

Vous verrez par vous même que l’ensemble des Mitsvot de la Parashah de Mishpatim concerne l’ensemble de la législation du code de la Torah. Et par conséquent, elle nous donne que les têtes de chapitres, les principes de la juridiction de la Torah qui va devenir la juridiction talmudique par la suite, c’est-à-dire qu’elle a été mise par écrit au temps du Talmud.

 

J’en arrive au 1er point.

 

La caractéristique du Shabat

 

Il y a une période de l’année qui commence au 1er Shabat du livre de Shemot et qui se termine à Shabat Mishpatim et qu’on appelle la période de Shovavim

(Acrostiche Shmot Vaera Bo Beshalakh Yitro Mishpatim)

 

D’autre part c’est la Parashah qui s’appelle Shabat Shekalim

 

Et c’est le Shabat qui précède le Rosh ‘Hodesh Adar dans lequel se trouve Pourim.

C’est le mois qui précède le mois de Nissan où se trouve Pessa’h

Dans l’année où il y a 13 mois, il y a 2 mois de Adar alors la Parashah de Shekalim c’est le Shabat qui précède le Rosh ’Hodesh du 2nd mois de Adar et il s’agit du mois qui précède le mois de Nissan.

 

Shovavim :

La période de Shovavim est une période de pénitence.

Assez analogue à la période du mois de  Eloul  qui précède Rosh Hashanah et les fêtes de Tishri.

On est plus habitué à connaitre Eloul comme mois de pénitence Teshouvah mais Shovavim est toujours pratiqué par les sociétés des ‘Hassidim. C’était une période, depuis Shemot jusqu’à Mishpatim, où l’on avait l’habitude de jeûner par pénitence le lundi et jeudi de chaque semaine.

C’est à relier au fait que ce sont les jours de lecture du Sefer Torah dans la semaine.

 

Le mot de Shovavim signifie « rebelles ».

L’adjectif est Shovav.

C’est un des deux adjectifs construits sur le verbe Shouv qui signifie revenir et qui signife faire repentir d’où le mot de Teshouvah qui signifie le repentir.

La racine shouv a deux adjectif : Shovav rebelle et Shav celui qui se repent.

Shovav => revenir pour recommencer=récidiver => idée d’entêtement et de rebellion.

 

A partir de Lashouv il existe 2 substantifs :

-Teshouvah repentir avec shav/shavim ceux qui reviennent, se repentent.

-Meshouvah entêtement, rebellion avec Shovav/Shovavim, ceux qui se rebellent.

 

Ce mot de Shovavim existe dans un verset des prophètes (Jérémie 3 :14) :

« שׁוּבוּ בָנִים שׁוֹבָבִים Shouvou Banim Shovavim- Revenez enfants rebelles.

 

Shovavim = Rashé Tévot des Sidrot de Shémot => Shemot Vaera  Bo Beshalah Yitro Mishpatim.

Période qui correspond dans le récit de la Torah à une période de risques et de dangers de rebellions, et qui a été instituée comme période de pénitence.

 

On lit les récits de la sortie d’Egypte dans ces différentes étapes à travers ces différentes Sidrot depuis Shemot jusqu’à Mishpatim. On s’aperçoit de l’extrême difficulté à réussir la sortie d’Egypte.

Les deux premières Parashiot, Shémot et Vaéra, relatent l’intervention de Dieu pour que les Egyptiens finissent par laisser partir Israël d’Egypte. Ensuite l’intervention de Dieu pour l’événement de la sortie elle-même dans Bo et Beshala’h. Ensuite la révélation de Dieu à Israël dans les deux Sidrot de la fin de cet ensemble : Yitro les dix commandements et Mishpatim la législation de ces dix commandements.

 

La question est formulable ainsi :

Normalement, un seul événement, qui était attendu et espéré depuis le temps des patriarches à travers toute l’histoire de l’exil d’Egypte, aurait du se faire de façon plus aisée ; mais la Providence s’est heurtée à la résistance, à la rebellion Meshouvah, à la résistance d’Israël lui-même. C’est une sorte de période de pénitence et une sorte d’expiation de cette période de résistance qui a fait que le récit de la sortie d’Egypte va occuper toute cette période de Shovavim.

 

2ème caractéristique: Shabat Shekalim

début de Parshat Ki-Tissa : Chapitre 30 verset 11

Après avoir lu la parashah de Mishpatim, on ouvre une 2ème Sefer Torah où l’on va lire le 1er verset de ce chapitre 31 jusqu’au verset 13.

 

Ce texte comporte l’institution de la contribution du Ma’hatsit Hashekel la moitié du Shékel  c’était le Shékel de ce temps qui avait une valeur différente. Ma’hatsit Hashekel c’était déjà une somme considérable. C’est ce Shékel qui était la Téroumah, l’offrande de contribution qui avait pour objectif la construction du tabernacle dans le désert. Le tabernacle étant la préfiguration de ce que sera le Temple de Jérusalem. Et la première fois de la première année que cette Mitsvah a été donnée à la sortie d’Egypte, cet argent du Ma’hatsit Hashékel que chacun donnait dès les premières années dans le dénombrement des enfants d’Israël à la sortie d’Egypte  était consacré à la fabrique des socles des montants du tabernacle. A partir de l’institution du Temple ce Ma’hatsit Hashekel servait à la caisse servant au fonctionnement du culte du Temple. Tous devaient participer.

 

C’est le cas opposé dans la communuauté où une personne riche assume la majorité du budget de la communauté. Cela lui donne un poids dans la représentation de la communauté qui est exagéré par rapport au droit de dignité de chaque membre de la communauté. La régle dans la Torah c’est que chaque membre de la commaunauté doit participer exactement avec la même cotisation qui est le demi-shékel : « le riche ne donnera pas plus et le pauvre ne donnera pas moins » de telle sorte qu’il y ait une démocratie de participations à la gestion de la communauté.

 

Maintenant que le temple est détruit, ce Ma’hatsit Hashekel est consacré à la Tsedakah de Pourim.

Une des Mitsvot particulières de la fête de Pourim c’est la Mistvah de Tsedakah, un des comportements de constitution de la communauté  c’est la Tsedaqah. Ces Shkalim ne sont plus consacrés à une caisse centrale de la communauté pour l’entretien du culte dans le temple de Jérusalem, mais sont donnés à la Tsedaqa.

 

C’est pourquoi étant donné que pendant tout le mois de Adar c’était le temps où l’on apportait le Ma’hatsit Hashékel pour chacun, alors c’est le Rosh ’Hodesh Adar à la synagogue pendant la prière où l’on annonce que le temps des Shekalim est arrivé. Et la disposition du rite c’est que la lecture complémentaire de la Parashah est consacrée à la lecture des versets qui instituent précisèment le Ma’hatsit Hashekel.

 

Etude du texte :

Chapitre 30 verset 11-12

וַיְדַבֵּר יְהוָה, אֶל-מֹשֶׁה לֵּאמֹר

כִּי תִשָּׂא אֶת-רֹאשׁ בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל, לִפְקֻדֵיהֶם, וְנָתְנוּ אִישׁ כֹּפֶר נַפְשׁוֹ לַיהוָה, בִּפְקֹד אֹתָם; וְלֹא-יִהְיֶה בָהֶם נֶגֶף, בִּפְקֹד אֹתָם

Et Dieu s’adressa à Mosheh pour dire lémor : ki tissa ...

Lorsque tu dénombreras les Bnei Israël selon leur fonction dans la société d’Israël.

 

C’est tout particulièremnt au moment de la sortie d’Egypte les différentes tribus familles qui s’étaient organisées par rapport aux fonctions qu’ils avaient en relation avec le culte du Temple

Le mot de Pékoudim est proche du mot contemporain Pakid = préposé à

Les Pekoudim sont les différentes fonctions de la société. Chaque institution a ses Pékoudim et donc ses Pékidim...

 

Ici c’est un verset qui s’introduit par l’expression « lorsque ».

Lorsque tu dénombreras...

 

Et on nous donne de suite la seule raison pour laquelle la Torah va autoriser le dénombrement qui est interdit par principe, mais si on est contraint de compter, en particulier en cas de nécessité de guerre, alors cela est autorisé et il y a une clause : on peut dénombrer indirectement par le biais du Ma’hatsit Hashekel, par le biais de la contribution de chacun se faisant représenter par la moitié d’un Shékel donné au moment du dénombrement.

 

Nous aurons à étudier plus centralement cette substitution du dénombrement.  

Comment comprendre le dénombrement et pourquoi cet interdit de la Torah ?

 

On notera d’abord les expressions avec lesquelles la Torah exprime l’idée de dénombrer :

Ki tissa et rosh : élever la tête – il y a une ambivalence du terme :

=> mettre en évidence chacun pour le dénombrer.

=> enlever la tête.

Dénombrer signifie d’une certaine manière condamner à mort. C’est pourquoi c’est dangereux !

 

1er point :

Comprendre le caractère dangereux du dénombrement.

C’est la question du Ayin hara que l’on appelle le « mauvais œil ».

 

Il faut rappeler qu’il y a un certain nombres de réalités psycho-sociales, une nature à la fois psychologique et sociologique, auxquels les modernes se sont totalement déshabitués mais pour les anciens il s’agit d’évidences qui allaient de soi. Ces évidences traditionnelles lorsqu’on en perd la signification et qu’on est plus capable d’en diagnostiquer l’expérience alors on a la tentation en tant que moderne de les définir comme étant de la superstition.

 

C’est le cas de ce qu’on appelle le « mauvais œil », « jeter un oeil mauvais » etc..

Ayin hara = l’envie.

 

Le fait de regarder quelqu’un avec une sorte de jalousie qui mène à l’envie. Les sociétés traditionnelles connaissaient la réalité trés grave de ce fait qui amène de la gêne à vivre. Le mauvais oeil fait du mal : le comportement de l’envie qui se traduit par ce regard est une réalité psycho-sociologique profonde.

 

Dénombrer amène le risque de malheur du mauvais oeil à un 1er sens à ce niveau-là.

…/…

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Published by Rav Léon Ashkénazy - dans PARASHAT HASHAVOUA
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