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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 16:23

KiTissa  (1984)

 

KiTissa  (1984) 2ème Partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/ki_tissa_serie_1984/cours_1

Face B

 

…/…

Verset 32.5:

וַיַּרְא אַהֲרֹן, וַיִּבֶן מִזְבֵּחַ לְפָנָיו; וַיִּקְרָא אַהֲרֹן וַיֹּאמַר, חַג לַיהוָה מָחָר

Vayar Aharon vayiven mizbea’h lefanav

vayikra Aharon vayomar ‘hag l'Adonay ma’har

il y aura une fëte pour Hashem demain.

« Demain » dit le Midrash quand Moïse reviendra...

 

Verset 32: 4

וַיִּקַּח מִיָּדָם, וַיָּצַר אֹתוֹ בַּחֶרֶט, וַיַּעֲשֵׂהוּ, עֵגֶל מַסֵּכָה; וַיֹּאמְרוּ--אֵלֶּה אֱלֹהֶיךָ יִשְׂרָאֵל, אֲשֶׁר הֶעֱלוּךָ מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם

Vayika’h miyadam

Et Il prit cet or (des anneaux) de leur mains…

 

Le Midrash insiste en disant que seuls les hommes ont donné leur bijoux, les femmes ont gardé les leurs, non pour conserver leur bijoux mais pour ne pas participer à l’idolâtrie – c’est à compter pour le mérite des femmes de cette génération - Nashim Tsedkaniot.

 

vayatsar oto bacheret

et il le forma dans le creuset

 vaya'asehou egel masekhah

et il en fit une statue de veau (Egel petit du Shor)

[Massekhah = objet fondu coulé]

vayomerou.

Et ils dirent

[ceux qui ont demandé qu’on fasse une idole qui représenterait symboliquement Moïse non redescendu de la montagne]

eleh eloheykha Yisra'el

« voici tes dieux Israël 

asher he’eloukha me'erets Mitsrayim

qui t’ont fait monté du pays d’Egypte».

 

C’est dire : « Voici le génie d’Israël qui t’a fait sortir d’Egypte », génie d’Israël qui n’est pas Dieu Lui-même mais ce génie d’Israël qu’ils ont perçu dans le génie de Moïse.

On apprend tout de suite du verset que ce n’est pas Israël qui a fait cette faute puisque c’est cette partie du peuple qui s’adresse à Israël lui disant « voici Israël tes dieux... »

Ceux qui parlent ici d’Israël ne sont pas des tribus d’Israël ! C’est comme si en actualisant et en laïcisant totalement la formulation du discours nous avions à faire au nationalisme chauviniste de l’identité israélite coupée complétement de la Torah qui dirait : « c’est le génie d’Israël qui est le libérateur d’Israël, et pas du tout le Dieu d’Israël ». Le refus de toute transcendance absolue pour se rabattre sur une immanence totale avec un symbole, la Magen David par exemple. Je ne dis pas la Ménorah qui est beaucoup plus cachère (‘Hanoukah).

 

Il y a plus que cela dans le verset.

 

Cette expression qui a été employée deux fois pour dire la sortie d’Egypte est une expression absolument inhabituelle. La règle est la suivante : Chaque fois qu’il s’agit du « Erev Rav », l’expression employée est celle de « Aliah ».  Laalot meerets Mitsraïm : la montée d’Egypte. Quant il s’agit d’Israël, l’expression est « Letsiah meErets Mitsraïm - la sortie d’Egypte ». Il n’y a pas d’exception dans tout le ’Houmash.

 

On trouve chez les prophètes des versets qui emploient le terme de « Aliah » pour Israël, apparement c’est une exception mais pas du tout : c’est lorsqu’après la sortie d’Egypte, Israël retombe dans la situation d’exil et retombe dans la situation du Erev Rav. Et donc pour lui revenir en Israël c’est une « Aliah ».

 

Mais c’est une expression radicalement différente. Quant c’est Israël qui sort d’Egypte, le texte dit « Létsiat Mitsraïm ». « asher hotseticha me'erets Mitsrayim » (Yitro 20:2)

 

Lorsque c’est le Erev Rav, c’est « asher he'elanou me'erets Mitsrayim » (Ki-Tissa 32:7 et 32 : 23)

 

Voilà une confirmation du fait que l’initiative de cette faute n’est pas prise par Israël lui-même mais par le Erev Rav que Moïse a intégré à Israël.

 

Il y a quand même une part de responsabilité de la part d’Israël par rapport à l’influence du Erev Rav qui s’intègre à Israël, et qui a lui pris l’initiative du veau d’or : c’est le fait que Israël n’a pu l’empêcher. C’est dire qu’en fin de compte il y a une sorte de solidarité récapitulée dans la responsabilité.

 

Judah Halévi dans le Kouzari

 

Ce qui apparait c’est que l’objet de la faute du veau d’or c’est de remplacer Moïse.

Judah Halévi dans le Kouzari dans un grand ‘Hidoush va mettre l’accent sur un aspect de l’explication : leur intention n’était pas de remplacer Dieu mais de symboliser la relation qu’ils ont reçu de Dieu grâce à Moïse. En fin de compte, nous revenons à l’explication précédente : le piège était de diviniser Moïse parce que ce n’est pas n’importe qui qui peut être le véhicule grâce auquel la révélation est possible. C’est la tentation païenne de la divinisation du médiateur. 

Je crois qu’en fin de compte le peuple d’Israël fait la preuve qu’il est pur de cette tentation-là. Quiconque est tenté par cela quitte Israël. C’est ainsi que le christianisme a quitté Israël d’ailleurs.

 

Je n’ai trouvé aucune allusion, aucune trace d’un culte à Moïse jusqu’au risque de trouver l’ingratitude vis-à-vis de Moïse. Etant donné sa valeur on pourrait s’attendre à ce que la liturgie fasse une place particulière à la commémoration de son anniversaire. Mais il n’y a rien ! La mémoire de Rabbi Shimon est une plus grande fête que le 7 Adar ! C’est le mérite du peuple d’Israël de s’être gardé de ce risque de la divinisation de Moïse. S’il s’agissait d’un autre peuple, Moïse serait la plus grande idole de tous les temps. Il n’y a qu’à voir ce que les Goyim font de leur médiateur lorsqu’ils les divinisent. Au point que la Torah ne précise même pas où il est enterré pour éviter un Saint-Sépulcre supplémentaire...

 

Verset 32:7

Il faudrait plus de temps pour étudier attentivement chaque mot.

32:7

וַיְדַבֵּר יְהוָה, אֶל-מֹשֶׁה:  לֶךְ-רֵד--כִּי שִׁחֵת עַמְּךָ, אֲשֶׁר הֶעֱלֵיתָ מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם

Et Hashem parla à Moïse : Va descend ! car ton peuple s’est mal conduit (littéralement « a détruit son chemin » = shi’het et darko) que tu as fait monté du pays d’Egypte.

 

Nous avons apris que cette expression finale confirme qu’il s’agit du Erev Rav.

Nous en avons la confirmation par un autre verset, au moment de la première prière de Moïse, au verset 32.11 :

 

וַיְחַל מֹשֶׁה, אֶת-פְּנֵי יְהוָה אֱלֹהָיו; וַיֹּאמֶר, לָמָה יְהוָה יֶחֱרֶה אַפְּךָ בְּעַמֶּךָ, אֲשֶׁר הוֹצֵאתָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם, בְּכֹחַ גָּדוֹל וּבְיָד חֲזָקָה

Et Moïse pria à la face de Hashem son Dieu et il dit : Pourquoi Dieu ta colère s’enflammerait-elle ? Contre ton peuple (il s’agit Israël) que Tu as fait sortir du pays d’Egypte avec une grande force et une main forte ?

 

On voit la dialectique qui se met en place : quand Dieu parle à Moïse, Il lui dit « ton peuple à toi Moïse », il s’agit du Erev Rav et lorsque Moïse intercède dans cette première prière il dit « Ton peuple à Toi Dieu » et il s’agit d’Israël. L’argument de la prière de Moïse ici, c’est : « pour sauver Ton peuple, sauve aussi ceux-là ! »

 

Midrash : c’est un peu le dialogue entre un père et d’une mère quand l’enfant s’est mal conduit. Alors le père dit à la mère : « tu as vu ce que TON fils a fait », et la mère repond « pardonne à TON fils... » 

 

Verset 32:7

Voilà ce que Dieu dit à Moïse :

 

וַיְדַבֵּר יְהוָה, אֶל-מֹשֶׁה:  לֶךְ-רֵד--כִּי שִׁחֵת עַמְּךָ, אֲשֶׁר הֶעֱלֵיתָ מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם

Et hashem parla à Moïse : va descend ! Car TON peuple s’est mal conduit (littéralement ‘a détruit son chemin’ = shi’het et darko) que tu as fait monté du pays d’Egypte.

 

Rashi sur Ki Shichet Amekha :

שחת עמך: שחת העם לא נאמר אלא עמך, ערב רב שקבלת מעצמך וגיירתם ולא נמלכת בי, ואמרת טוב שידבקו גרים בשכינה, הם שחתו והשחיתו

« Car ton peuple s’est mal conduit :

Le texte n’a pas dit « le peuple Ha-Am » mais « ton peuple Amkha » Erev Rav (cette grande foule sortie d’Egypte en même qu’Israël) que tu as accepté de toi-même et tu les a naturalisé et tu n’as pas pris conseil de Moi et tu as dis : « c’est un bien que des étrangers s’attachent à la Shekhinah » C’est eux qui ont fauté et qui ont fait fauter ».Shémot Raba 42 :6

 

Dans l’explication que donne Rashi nous avons la réponse : Dieu sait pourquoi Moïse a fait cela : parce c’est un bien que des Guérim s’attachent à la Shekhinah.

La difficulté c’est que cela a été fait avec précipitation. Mais toute la sortie d’Egypte est avec précipitation !? Nous verrons plus loin dans le verset qui suit, un raisonnement plus précis de ce que Moïse répond à Dieu dans sa prière.

 

Mais déjà dans une première approximation de réponse : il y avait un projet de tout cet exil d’Egypte. Dans les Sidrot précédentes, Dieu explique à Moïse qu’il faut prendre patience lorsque Moïse perd patience devant l’accélération des persécutions et de l’intensification des événements.

 

Au début de Parashat Bo dans le livre de Shemot, lorsque Dieu dit à Moïse : ce que vous deviez faire en Egypte n’a pas été fait et il ne faut pas que cet exil ait eu lieu pour rien et par conséquent Dieu doit intervenir pour faire que Son Nom soit reconnu par l’Egypte. Si l’objectif des plaies avait été uniquement de contraindre Pharaon à laisser sortir les Hébreux, une plaie aurait suffit, la dernière, la plus terrible qui a d’ailleurs provoqué la décision. Mais Parashat Bo dévoile qu’il y avait une autre préoccupation : il ne fallait pas que le passage des Hébreux en Egypte soit sans objet.

 

Kaballah :

L’exil d’Egypte avait pour objet de ramener en Israël toutes les âmes d’Israël qui étaient restées en dehors à la suite des péripéties de l’histoire.

C’est un enseignement du Ari : La lumière donnée au monde a été trop forte pour que le véhicule qui devait la recevoir puisse la supporter. Et donc, une infinité d’étincelles de lumière qui devrait être dans le véhicule d’Israël sont tombées en dehors. Le Ari ajoute dans un autre chapitre en se rattachant à ce 1er thème : une des  fonctions de l’exil est d’aller là où ces étincelles de sainteté sont tombées et sont enfouies dans la Qlipah - la gangue de l’impureté - pour les sauver et les ramener dans le foyer de la lumière centrale.

 

Ce n’est pas l’objectif de l’exil, mais secondairement si déjà nous sommes en exil alors oui, une des fonctions de l’exil c’est cela. L’objectif c’est d’éveiller ces âmes enfouies à l’extérieur et les ramener à l’intérieur.

 

Moïse sait cela et a fait ce qu’il fallait faire, mais dans la précipitation de l’événement ces deux principes évoqués toute à l’heure sont dans une situation de contradiction : il faut le faire, mais  c’est trop rapide, mais il faut le faire quand même... alors Moïse va décider qu’on va le faire quand même… Ce que Dieu ne peut pas décider Moïse peut le décider. 

 

Je vais vous donner un exemple :

Lorsque Moïse descendant de la montagne voit la scène du veau d’or, il brise les tables de la loi. Et lorsque Dieu ensuite va suspendre le châtiment et redonner les tables de la loi, le verset dit :

 

34 :1

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה, פְּסָל-לְךָ שְׁנֵי-לֻחֹת אֲבָנִים כָּרִאשֹׁנִים; וְכָתַבְתִּי, עַל-הַלֻּחֹת, אֶת-הַדְּבָרִים, אֲשֶׁר הָיוּ עַל-הַלֻּחֹת הָרִאשֹׁנִים אֲשֶׁר שִׁבַּרְתָּ

 « Le Seigneur dit à Moïse: "Taille toi-même deux tables de pierre semblables aux précédentes, et tu inscriras sur ces 2ème tables les paroles que j’avais inscrites sur les 1ère tables que tu avais brisées ». 

 

Le Midrash intervient sur l’expression « Asher shibarta que tu as brisé »: cela veut dire « que tu as bien fait de briser !»

Puisque l’expression « que tu as brisées » est de trop, superflue : on sait bien que les premières tables sont celles que Moïse a brisées ! Donc c’est que cette expression est venue pour nous enseigner un ’Hidoush, nous enseigner quelque chose de plus. Lequel ? Il faut lire avec les Taamim avec l’accent : « les tables que tu as brisées (que tu as bien fait de briser)... »

 

Cela veut dire que Dieu attendait que Moïse brise les tables de la loi parce que cette faute du veau d’or est faute par rapport à la loi. Mais si on met provisoirment entre parenthèse la loi, ce n‘est plus une faute et le peuple est sauvé. Mais Dieu ne peut pas briser les tables de la loi parce qu’il est la vérité, alors Il attend que Moïse le fasse pour ensuite l’approuver. 

 

C’est un peu analogue ici.

L’intégration des Guérim par Moïse était nécessaire sinon toute l’histoire d’Egypte aurait été à refaire. On aurait laissé ceux qu’il fallait délivrer. C’est Moïse qui intervient pour les délivrer d’un coup. Ce n’est pas du tout contradictoire avec ce que Dieu lui dit dans ce Midrash. « Tu l’as fait sans me demander conseil » C'est-à-dire « tu as bien fait de ne pas me demander conseil ». Si tu me l’avais demandé,  Je t’aurais dit non, alors tu as bien fait de le faire sans me demander... »

 

Confirmation dans la prière de Moïse :

 

Kitissa 32:11

וַיְחַל מֹשֶׁה, אֶת-פְּנֵי יְהוָה אֱלֹהָיו; וַיֹּאמֶר, לָמָה יְהוָה יֶחֱרֶה אַפְּךָ בְּעַמֶּךָ, אֲשֶׁר הוֹצֵאתָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם, בְּכֹחַ גָּדוֹל וּבְיָד חֲזָקָה

Et Moïse pria à la face de Hashem son Dieu et il dit : Pourquoi Dieu ta colère s’enflammerait-elle ? Contre ton peuple (Israël) que Tu as fait sortir du pays d’Egypte (Il s’agit d’Israël) avec une grande force et une main forte ?

 

C’est dire : si tu détruis le Erev Rav c’est mauvais pour Israël car Israël devra retomber dans un exil pour reprendre ces valeurs que les Guérim ont apporté avec eux. Ces valeurs, on a étudié cela dans Parashat Troumah, sont périlleuses et dangereuses, mais sont indispensables pour l’achévement de l’histoire d’Israël. Parce qu’elles arrivent en Israël avec une grande impureté et donc il faut le temps de désintoxication.

 

32:11-12

וַיְחַל מֹשֶׁה, אֶת-פְּנֵי יְהוָה אֱלֹהָיו; וַיֹּאמֶר, לָמָה יְהוָה יֶחֱרֶה אַפְּךָ בְּעַמֶּךָ, אֲשֶׁר הוֹצֵאתָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם, בְּכֹחַ גָּדוֹל וּבְיָד חֲזָקָה

Mais Moïse implora l'Éternel son Dieu, en disant: Pourquoi, Seigneur, ta colère s’enflammerait contre ton peuple, que tu as fait sortir du pays d'Égypte avec une grande force et une main forte ?

לָמָּה יֹאמְרוּ מִצְרַיִם לֵאמֹר, בְּרָעָה הוֹצִיאָם לַהֲרֹג אֹתָם בֶּהָרִים, וּלְכַלֹּתָם, מֵעַל פְּנֵי הָאֲדָמָה; שׁוּב מֵחֲרוֹן אַפֶּךָ, וְהִנָּחֵם עַל-הָרָעָה לְעַמֶּךָ

Pourquoi l’Egypte dirait ainsi : Il les a fait sortir sous un signe maléfique pour les détruire dans les montagnes et les détruire de dessus la face de la terre. Reviens de ta colère et reprend ta décision de mal pour Ton peuple.

 

On trouve dans les dictionnaires le terme de regret qui est trop anthropomorphique appliqué à Dieu.

Nous allons voir que la lecture directe est bien plus précise que cela. Avec les Taamim c’est un autre sens qui apparait : vehina’hem al-hara'ah le'amekha - Et reprend ta décision de sanction.

C’est une unité de lecture, et la fin est pour elle-même : le'amekha en faveur de ton peuple.

Il n’est pas écrit « reviens sur ta décision de faire du mal à ton peuple »

Mais : « reviens de ta décision de sanction, pour (le bien de) ton peuple - en faveur de ton peuple»

 

Confirmation dans un autre verset encore plus explicite d’après les Taamim.

Lorsque Dieu accepte la prière de Moïse alors le verset dit ceci :

32:14

וַיִּנָּחֶם, יְהוָה, עַל-הָרָעָה, אֲשֶׁר דִּבֶּר לַעֲשׂוֹת לְעַמּוֹ

Et Hashem repris sa décision au sujet de ce malheur dont il avait parlé pour agir en faveur de son peuple.

 

Et non pas ce qu’on trouve dans les traductions françaises « qu’il avait parlé de faire contre son peuple ». C’est très clair avec les Taamim.

 

Le nom des Taamim en Séfarade :

Fin du verset 13, on a sous vehina’hem al-hara'ah : Maarikh Ta’ha c’est une unité de lecture.

Chez les Ashkénazim il s’appelle ?

En tout cas chez les Séfardim il s’appelle Maarikh Ta’ha c’est deux accents à la fois.

le'amekha en faveur de ton peuple : Sof Passouk.

Sinon il y aurait une toute autre accentuation.

 

Au verset 14 c’est la même chose :

Vayina’hem Adonay al-hara'ah:

asher diber Maarikh Ta’ha

la'assot le'amo : Maarikh Sof Passouk

 

la lecture de la Massoret nous montre bien que le sens de la phrase est très différent des traductions habituelles.

 

Je reprends maintenant un verset précèdent : le verset 13 du plaidoyer de Moïse pour Israël. On se souvient de l’argumentation de la prière : « Si tu détruis le Erev Rav c’est un malheur pour Ton peuple. Alors sauve-les pour sauver Ton peuple ».

 

Il faut mettre en évidence que la première prière de Moïse c’est de prier pour Israël qui n’a pas participer au veau d’or mais n’a pas pu l’empêcher. La 2ème prière sera pour le Erev Rav lui-même.

Voilà comment Moïse plaide :

 

32 :13

זְכֹר לְאַבְרָהָם לְיִצְחָק וּלְיִשְׂרָאֵל עֲבָדֶיךָ, אֲשֶׁר נִשְׁבַּעְתָּ לָהֶם בָּךְ, וַתְּדַבֵּר אֲלֵהֶם, אַרְבֶּה אֶת-זַרְעֲכֶם כְּכוֹכְבֵי הַשָּׁמָיִם; וְכָל-הָאָרֶץ הַזֹּאת אֲשֶׁר אָמַרְתִּי, אֶתֵּן לְזַרְעֲכֶם, וְנָחֲלוּ, לְעֹלָם

Souviens-toi d’Abraham de Isaac et de Israël tes serviteurs auxquels Tu as juré au nom de Toi-même, et Tu leur as parlé en leur disant : Je multiplierais votre postérité comme les étoiles du ciel et toute cette terre que J’ai dit Je donnerais à votre postérité et ils l’hériteront à jamais.

 

Et si tu détruis ce peuple comment s’accomplirait les promesses faites à leur ancêtre ?

Pour que cette promesse s’accomplisse il faut donc que le Erev Rav s’introduise en Israël.

 

Dans la perspective du thème du Ari : Tout se passe comme si au moment de la constitution d’Israël une quantité de l’être d’Israël est restée à l’extérieur et une des fonctions de l’exil est de restaurer cette complétude, cette finitude, cette unité, cette entité d’Israël. Ceci est un thème que nous apprenons d’autre part. C’est le thème de la 13ème tribu.

 

Jacob a eu 12 fils fondateurs des tribus et une fille. Et par conséquent, il faut chercher quelque part le fondateur de la treizième tribu qui achèverait l’unité d’Israël et en même temps la relierait à l’unité du genre humain tout entière. Nous avons des textes très clairs dans la Torah qui nous parlent de cela.

 

La 1ère stratégie de Jacob pour fonder la 13ème tribu – l’unité a 13 dimensions, valeur numérique du mot E’had – et donc tout ce passe comme si il y a une porte ouverte dans l’unité d’Israël au niveau 12, porte par laquelle en même temps que s’achève l’identité d’Israël, s’achève l’identité des nations reliées à Israël – consiste à marier Dinah à Shkhem.

 

C’est le thème de la messianité universelle. Le messie d’Israël est le messie de l’humanité entière. Et donc c’est cette entité de la 13ème tribu qui est en question. Vous avez bien compris déjà que c’est la porte par laquelle le Erev Rav entre pour fermer la porte...

 

La 1ère stratégie de Jacob était de marier Shkhem et Dinah, c’est un échec et il y a une deuxième stratégie avant sa mort : c’est de diviser la tribu de Joseph en deux – Menasheh et Efraïm  - pour faire 13 tribus. Mais après la faute du veau d’or la tribu de Lévi se retire du compte des 13. Il n’en reste plus que douze et c’est encore en suspend. C’est dans ce principe là que s’introduit l’argumentation de Moïse. Pour que la promesse à Israël s’accomplisse, il faut que le Erev Rav entre en Israël.

 

Il faut compléter cela par l’enseignement du Ari qui a une portée beaucoup plus métaphysique et profonde. Dès l’origine de la construction d’Israël, quelque chose est resté à l’extérieur. Par conséquent, pour le bien et de l’extérieur et de l’intérieur, il faut que le tri se fasse. Moïse est pris par le temps et il y a accélèration des événements. En vrac, il va intégrer le Erev Rav en faisant confiance à l’histoire future que l’épuration se fasse. Cette épuration a duré 4000 ans. Au bout de 4000 ans on arrive délivré, purifié de cette tentation de divinisation de Moïse. On voit cet abcès qui est sorti, un abscès de fixation qui est vraiment la fondation du christianisme. Ceux qui étaient comme ça sont partis là.

 

A propos des événements contemporains, la reprise du Kotel et de Jérusalem a été effectué par un Moshé Dayan qui n’a pas été divinisé. Il y a eu une espèce de stage de purification dans l’exil. Tous ceux qui étaient tentés par cela sont partis là où ils sont partis… Dès l’origine il y a cette dimension-là de piège de tentation de risque de la divinisation de Moïse. C’est le contraste qu’il peut y avoir entre la piété chrétienne et la piété juive à tous les niveaux. C’est exactement la différence entre le paganisme et le judaïsme. Le peuple juif est vacciné à ce niveau-là. On a mis le temps pour s’en désintoxiquer mais finalement on y est arrivé.

 

Les 2 prières :

ð  « Sauve Israël et pour sauver Israël pardonne au ErevRav... »

ð  Maintenant que Dieu a suspendu la sanction, le Erev Rav entre en Israël – alors sa faute se dévoile. Tant qu’il n’était pas en Israël, il n’était pas justiciable de la loi, et dès que Dieu accepte de les intégrer à Israël en faisant comprendre à Moïse qu’il avait raison de faire ce qu’il a fait sans prendre conseil sinon Dieu lui aurait dit non, et Moïse savait très bien que c’est ce qu’il fallait faire, pris par le temps de la précipitation de la sortie d’Egypte. Alors que de notre temps comme le dit Isaïe : « A la fin des temps vous aurez le temps… » Depuis la fondation du sionisme jusqu’à nous il s’est passé beaucoup de temps et pourtant toujours dans ce fantasme de précipitation...

 

ð La 2ème prière est pour pardonner au Erev Rav lui-même et c’est là que Dieu dira à Moïse que la sanction sera suspendue pour le Erev Rav mais le peuple sera mis à l’épreuve. Il y a là un tout autre thème.

 

C’est à ce propos que l’expression « Am Qashe Oref  peuple à la nuque raide » est employée. Elle concerne non pas Israël d’abord mais le Erev Rav. Ce n’est pas comme une calomnie de nommer Israël « peuple à la nuque raide » - la signification de l’expression on la trouve en particulier dans Rashi, c’est « rebelle au repentir ».

 

Le Midrash pose la question ainsi : pourquoi Dieu dit tout de suite « Je vais les détruire » ?

N’y-a-t’il pas la clause du repentir ?

C’est pourquoi Dieu explique à Moise en disant : J’ai vu ce peuple, Je l’ai jugé : « Véhiné Am Qashe Oref Hou » : il s’agit du Erev Rav. « Peuple à la nuque raide » cela veut dire « incapable de se repentir ». C’est pourquoi - et c’est étonnant – le texte ne tient pas compte de la clause du repentir possible. Cela devrait faire l’objet de toute une étude.

 

Mais lorsque le peuple est intégré à Israël, alors cette Midah cette dimension de « Am Qashe Oref » rentre en Israël. Donc ce n’est qu’à postériori d’une certaine manière qu’il y a une générosité de l’Israël hébreu à prendre sur lui ce qui s’est passé à l’extérieur de lui pour l’intégrer dans l’histoire de son salut. L’Israël hébreu a accepté de devenir « Am Qashe Oref » pour pouvoir intégrer le Erev Rav. Il est évident que maintenant nous ne disposons plus des critères de diagnostic. L’entêtement d’un juif ne le désigne pas forcément comme membre du Erev Rav...

 

***

 

le 7 Adar relié à Pourim.

 

Lorsque Haman a jeté le sort pour décider la date du jour de destruction du peuple juif en Perse, à chaque lancer des dés pour chaque jour il y avait le mérite d’un événement de l’histoire d’Israël et en fin de compte il est tombé sur un mois ambigu (12 ou 13ème) et il en fut content car il savait que c’était le mois où Moïse est mort pressentant que c’était un jour néfaste pour Israël sans Moïse, c’est-à-dire lorsqu’Israël n’a plus de relation avec la Torah. C’est pourquoi on commence par les assimiler et quand on commence par les assimiler alors on essaie de les détruire. On comprend cette stratégie et lorsqu’on veut les détruire c’est dans le temps symbolique du moment où Moïse n’est plus là qu’Israël est vulnérable. 

 

Midrash : Haman savait que le 7 Adar c’était le moment de la mort de Moïse mais ne savait pas que c’était également sa date de naissance. Par conséquent, son calcul était vain. Malgré les apparences Israël rester relié à Moïse. On croît que Moïse est mort mais Moïse vient de naître.

 

Maharal dans son livre consacré à Pourim « Or ‘Hadash », toute l’atmosphère de Pourim est une atmosphère de lumière. Midrash : Haman connaissant sa date de décès ne savait–il pas sa date de naissance ? L’explication du Maharal est très profonde : il a cru que l’histoire qui concerne Israël a le même rythme que l’histoire qui concerne les nations. Un commencement, une apogée, et une fin qui est la fin. Il ne savait pas qu’il y a une dimension d’éternité pour Israël. Et que ce qu’il a pris pour la fin n’était pas autre chose que le début du commencement. C’est ainsi qu’il a été pris au piège. Le nom de Moïse n’apparait pas dans Parashat Tetsaveh mais on n’y parle que de lui.

 

< fin >

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Published by Manitou - dans PARASHAT HASHAVOUA
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