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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 16:09

Ki Tissa (1984)

 

Ki Tissa (1984) 1ère Partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/ki_tissa_serie_1984/cours_1

Face A

 

Parashat Ki-Tetsé :

Fin de parashah KiTetsé dans Dévarim chapitre 25 à partir du verset 17.

De nouveau nous avons une correspondance puisque c’est le texte qui rappelle le conflit de Amaleq contre Israël au moment de la sortie d’Egypte, et que de nouveau cet épisode se retrouve dans une toute autre époque, celle que commémore la fête de Pourim, et de nouveau Israël dispersé dans le royaume de Perse est en butte avec la descendance de Amaleq par le biais d’Aman.

 

Parashat Tetsaveh :

L’exception dans le récit de la Torah depuis que la Torah nous parle de Moïse c’est la seule Parashah où son nom n’apparait pas.

 

27 :20

וְאַתָּה תְּצַוֶּה אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, וְיִקְחוּ אֵלֶיךָ שֶׁמֶן זַיִת זָךְ כָּתִית--לַמָּאוֹר:  לְהַעֲלֹת נֵר, תָּמִיד

Veatah Tetsaveh et Beney Israël veyik’hou eleykha shemen zayit zakh katit lamaor leha'alot ner tamid.

Et quant à toi, tu ordonneras aux Benei Israël et ils prendront pour toi de l’huile d’olives pures

broyées pour le luminaire pour faire monter une lumière perpétuelle.

 

c’est la forme très analogue à celle rencontrée dans Teroumah mais en plus avec la forme Daber el beney Israël, il y a וְאַתָּה תְּצַוֶּה Veatah Tetsaveh – et quant à toi ...

Le thème concerne les Mitsvot concernant l’huile du candelabre.

 

Il s’agit donc de la Mitsvah concernant l’éclairage du Temple - qui est ici le Mishkane le tabernacle provisoire dans le désert – à travers le candelabre et il faut que ce soit de l’huile la plus pure possible : 1ère pression.

 

On s’attendrait à la forme Vaydaber Hashem el Mosheh lemor tsav et Benei Israël mais le texte embraille directement avec וְאַתָּה תְּצַוֶּה Veatah Tetsaveh.

 

En partant d’un point de vue beaucoup plus général, le commentaire fondamental auquel je me réfère dit ceci :

Chaque Neshamah d’Israël a un lien avec la Torah. La Torah a été donné pour Israël et Israël est l’Israël de la Torah. Et donc ce principe que je vous cite est un enseignement traditionnel de la parshanout – l’étude du texte de la Torah en tant que récit – indépendament de l’étude du texte de la loi qui est l’étude du Talmud – c’est que chaque juif, chaque Ben Israël a son propre ‘Hidoush de la Torah – son propre visage de la Torah qui lui correspond et qui ne peut être mis en évidence que par lui. Chaque Neshamah a une prérogative de pouvoir mettre en évidence un sens de la Torah qui est vrai pour tous mais que elle seule à le capacité, le privilège, de pouvoir dire, de faire passer de la Torah shebikhtav à la Torah shébé al péh – de la Torah écrite à la Torah parlée.

 

C’est la notion de ‘Hidoush : les mêmes enseignements dit par tel ou tel personne ont une valeur de Torah très spécifique et chacun a sa spécificité propre. Ne serait-ce que dans un verset, un mot, chacun a son ’Hidoush.

 

Tous les grands ‘Hakhamim on écrit un Piroush de la Torah -  leurs commentaires personnels. Ils s’en est perdu malheureusement énormément. Mais de ce qui est resté en nombre et en valeur on s’aperçoit de toute cette ‘Hokhmah de la Parshanout de la Torah. Sommes considérables de ‘Hokhmah de différentes valeurs, de différentes portées, mais que chaque Neshamah est capable d’apporter. On a souvent l’impression que tout a déjà été dit. Que peut-on ajouter de plus ? Sa façon de dire !

 

On a remarqué à ce propos que l’auteur du Piroush n’a rien à dire sur une Parashah particulière : c’est précisément la Parashah de sa mort dans laquelle il ne voit rien de plus.

Tetsaveh indique cela par le fait que le nom de Moïse n’apparait pas dans le texte pas. Cela se relie a l’un des contenus de l’une des deux prières que Moïse a faite après la faute du veau d’or et qui est le thème de la Parasha de Ki-Tissa.

 

Ki-Tissa chapitre 32 :

Nous allons immédiatemeent isoler le verset  qui se relie à ce 1er thème à la base de l’enseignement donné précédemment : le nom de Moïse n’apparait et cela se relie à ce principe général que toute Neshamah a sa propre lecture de Torat Mosheh, sauf dans la semaine où il va mourir. Ne me demandez pas comment cela fonctionne je ne le sais pas.

 

Correspondance entre le nombre de Neshamot d’Israël qui ont reçu la Torah au Sinaï, les 600 000 âmes d’Israël, et le nombre de lettres de la Torah. D’après la tradition, il y a 600 000 lettres dans la Torah. Ne vous amusez pas à les compter vous ne trouverez jamais 600 000. La manière de compter pour que cela fasse 600 000 est une manière secrète.

 

« Yisraël = Yesh Shishim Ribo Otiot LaTorah : Il y a 600 000 lettres dans la Torah ».

D’autre part un des noms d’Israël est Yeshouroun.

Yeshouroun = “Yesh Shishim Ribo Neshamot - Il y a 600 000 âmes”.

 

Il y a donc 600 000 Neshamot de base et 600 000 lettres dans la Torah.

Si on compte, on ne les trouve pas mais c’est une manière secrète. Exemple : Lamed décomposé en 2 lettres = Vav + Kaf donc 2 lettres... etc.

Un livre d’un très grand kabaliste qui a écrit un livre sur les lettres de la Torah qui s’appelle « Maguen David » mais qui est introuvable et qui explique chaque lettre et sa composition.

 

Chaque juif d’Israël a son ‘Hidoush de la Torah qui se traduit dans son Piroush, son commentaire, qui est sa manière de lire et d’expliciter le texte.

 

C’est pourquoi il y a une Halakhah que lorsque quelqu’un dans son étude a établi une nouveauté dans la formulation, il a le devoir de le faire partager avec tous et donc de le mettre par écrit. Parce que la Torah appartient à tout Israël et celui qui ne donne pas le ‘Hidoush qu’il a reçu est appelé Gazlan – pirate violent.

 

C’est vrai tant pour les ‘Hidoushei Torah que pour les ‘Hidoushim dans le Derekh Erets au niveau de la sagesse de la morale en général. Darka déAra en araméen.

Chacun qui a une idée apparemment nouvelle doit vérifier si c’est nouveau.

 

****

 

Très brièvement, avant d’entrer dans la Parashah de Ki-Tissa et avant d’arriver au thème du 7 Adar lui-même en relation avec cette question, je vous rappelle les événements de ces chapitres là 30 à 32 de la parashah de Ki Tissa.

 

Après la révélation de la Torah sur le Sinaï, Moïse est monté sur la montagne pendant 40 jours et le texte nous dit au début du chapitre 32 :

 

KiTissa 32:1

 

וַיַּרְא הָעָם, כִּי-בֹשֵׁשׁ מֹשֶׁה לָרֶדֶת מִן-הָהָר; וַיִּקָּהֵל הָעָם עַל-אַהֲרֹן, וַיֹּאמְרוּ אֵלָיו קוּם עֲשֵׂה-לָנוּ אֱלֹהִים אֲשֶׁר יֵלְכוּ לְפָנֵינוּ--כִּי-זֶה מֹשֶׁה הָאִישׁ אֲשֶׁר הֶעֱלָנוּ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם, לֹא יָדַעְנוּ מֶה-הָיָה לוֹ

Vayar ha'am ki-voshesh Moshe laredet min-hahar

vayikahel ha'am al-Aharon vayomru elav kum aseh-lanu elohim asher yelchu lefaneynu ki-zeh Moshe ha'ish asher he'elanu me'erets Mitsrayim lo yadanu meh-hayah lo.

Et le peuple vit que Moïse tardait à redescendre de la montagne

s'attroupa autour d'Aaron et lui dit: "Allons! fais-nous un dieu qui marche à notre tête, puisque celui-ci, Moïse, l'homme qui nous a fait sortir du pays d'Égypte, nous ne savons pas ce qu'il est devenu."

 

וַיַּרְא הָעָם, כִּי-בֹשֵׁשׁ מֹשֶׁה לָרֶדֶת מִן-הָהָר

 Vayar ha'am ki-voshesh Moshe laredet min-hahar

Et le peuple vit que Moïse tardait à redescendre de la montagne…

 

Il y a là un moment très important à comprendre, c’est un retard de 6 heures. Le retard, du mot boshesh qui signifie tarder et le Midrash lit ici Bé SheshShesh qui fait 6 – Le Midrash pour les raisons qui lui sont propres dit que le Rdv. auquel le peuple s’attendait (Moïse redescendant de la montagne avec les tables de la loi) n’a pas eu lieu suite à un malentendu horaire de calendrier, suite à un retard de 6 heures. Entre temps le peuple est pris de panique et presse Aharon de faire une idole qui représenterait Moïse qui ne redescend plus de la montagne. C’est le 1er moment de l’épisode du veau d’or.

Lorsque Moïse redescend de la montagne et s’aperçoit que cette partie d’Israël que les textes appellent « Ha-Am » le peuple – qui ne signifie pas les descendants des tribus d’Israël  mais du Erev Rav, la foule sortie d’Egypte en même temps qu’Israël et que Moïse a intégré à Israël au moment de la sortie d’Egypte.

 

Chaque mention de Ha-âm signifie le Erev Rav. Lorsque le texte veut parler des descendants des tribus d’Israël, le texte emploie l’expression Bnei Israël. Quand la synthèse, l’unité des deux parties du peuple – Bnei Israël descendants des tribus, les Hébreux et tout ceux qui se sont adjoints à la destinée du peuple des Hébreux sortis d’Egypte, le Erev Rav – est faite, alors le texte emploie l’expression « Ha-âm Bnei Israël » – « le peuple des enfants d’Israël

 

Donc, Moïse s’aperçoit que cette partie du peuple avait été responsable de la fabrication de cette idole du veau d’or. C’est un enseignement très précis donné par Judah Halévi dans le Kouzari  que cette idole qu’ils ont construite n’était pas du tout destinée dans leur pensée à fonder un culte païen qui remplacerait le culte du Dieu Unique, mais à remplacer Moïse.

Nous le verrons attentivement dans le texte.

 

Et donc finalement Moïse brise les tables de la loi et puis prie pour intercéder pour que cette faute très grave soi pardonnée. On ne prend pas garde au fait qu’il prie deux fois et qu’il y a donc deux prières. Dans la 2ème de ces prières - chapitre 32 verset 31 :

 

וַיָּשָׁב מֹשֶׁה אֶל-יְהוָה, וַיֹּאמַר:  אָנָּא, חָטָא הָעָם הַזֶּה חֲטָאָה גְדֹלָה, וַיַּעֲשׂוּ לָהֶם, אֱלֹהֵי זָהָב

Vayashav Moshe el-Adonay vayomar ana ‘hata ha'am hazeh ‘hata'ah gedolah vaya'assou lahem elohey zahav.

Et Moïse revint vers Hashem et il dit : de grâce, ce peuple a fait une grande faute, et il se sont faits des dieux d’or

 

 וְעַתָּה, אִם-תִּשָּׂא חַטָּאתָם; וְאִם-אַיִן--מְחֵנִי נָא, מִסִּפְרְךָ אֲשֶׁר כָּתָבְתָּ

Ve'atah im-tissa ‘hatatam ve'im-ayin Me’heni na misifrekha asher katavta.

Et maintenant soit tu suspends (le châtiment de) leur faute (et ils feront Teshouvah) et sinon efface-moi de Ton livre que Tu as écris.

 

Cela veut dire dans le Pshat le plus immédiat la Torah, le livre que Dieu a écrit par l’intérmédiaire de Moïse. Le Talmud dit ceci : en fin de compte nous allons voir que d’après la réponse de Dieu, qu’Il va accepter la prière de Moïse et suspendre la sanction de la faute du veau d’or. Nous savons d’autre part que cette sanction ne va prendre acte et force qu’après une 2ème faute qui est celle de la faute des explorateurs. La faute du veau d’or ayant été faite, sur l’intercession de Moïse, Dieu va donner un sursis qui prendra fin et la sanction sera scellée au moment de la faute des explorateurs.

 

La faute du veau d’or est par rapport à la Torah qui a été promulguée au Sinaï. La faute des explorateurs est par rapport à Erets Israël. Lorsque ce peuple ne va pas vouloir entrer en Erets Israël, alors Dieu tiendra compte de la faute du veau d’or. Nous allons voir ce verset immédiatement.  

 

La demande de Moïse se résume donc ainsi : « ou bien Tu suspends leur faute ou bien efface-moi de Ton livre que Tu as écris ».

 

C’est une parole terrible que le Midrash explique comme cela : Qu’on ne dise pas Moïse était là pour leur donner la loi (et c’est par rapport à la loi que telle conduite est faute ou pas faute), mais n’était pas là, quant il y a eu faute, pour prier pour eux... Ce sont les deux fonctions de l’intercesseur : entre Dieu et le peuple, la loi (Torah) ; et entre le peuple et Dieu la prière (Téhilim).

 

Moïse plaide ainsi dans le Midrash : qu’on ne dise pas que j’étais là pour vous donner la loi c’est-à-dire faire que vos fautes sont des fautes, et que je n’étais pas là pour intercéder pour eux. Si tu ne leur pardonnes pas, qu’on ne dise plus qu’ils ont des fautes par rapport à Torat Mosheh, on dira qu’ils ont des fautes par rapport à la Torah.

 

Et Dieu lui répond :

 

Verset 33- 35

וַיֹּאמֶר יְהוָה, אֶל-מֹשֶׁה:  מִי אֲשֶׁר חָטָא-לִי, אֶמְחֶנּוּ מִסִּפְרִי

Vayomer Adonay el-Moshe mi asher chata-li em’henou misifri.

Et dit Hashem à Moïse celui qui a fauté contre Moi Je l’effacerai de Mon livre.

 

Sous-entendu pas toi Moïse. Mais en fin de compte nous verrons que la prière de Moïse a été entendue et que Dieu a suspendu cette faute dans la perspective suivante : c’est que le peuple sera mis à l’épreuve dans l’histoire et la sanction sera distribuée dans toute l’histoire et celui qui referra cette faute c’est le signe qu’il l’avait vraiment faite. Et par conséquent, il sera puni de sa faute et de la faute du veau d’or qu’il avait vraiment faite. Et ceci à l’échelle de l’histoire du peuple tout entier.

 

Un des Midrashim explique comme cela à propos de ces problèmes que Dieu dit : « ce peuple a fauté Je vais le détruire ». Le Midrash emploie l’expression habituelle : « Je jetterais la montagne sur eux ». Et Moïse dit : la règle de justice absolue la règle de rigueur la Midat haDin veut qu’il en soit ainsi, mais Moïse intercède du poin de vue de la Midat HaRa’hamim la Midah, la règle de miséricorde : c’est la sanction qu’il faut appliquer mais il faut la distribuer tout le long de leur histoire. La montagne va bien être jetée mais sous la forme de petits cailloux…

 

C’est ce verset là 32-33 que le Talmud cite pour dire ceci :

« La malédiction d’un Talmid ‘Hakham même si elle n’a pas d’objet se réalise ».

 

Guemara Makot (page 12a) «  Rav Yéhouda dit au nom de Rav : La malédiction d’un Sage est exaucée  en tout état de cause, d’où apprenons nous cela : d’Ahitofel. Lorsque David creusa les fondements du Temple, les eaux des abîmes montèrent et menacèrent d’inonder le monde entier. Rachi explique que le Roi David trouva un morceau de grès qui éleva la voix et lui dit de ne pas le déplacer car, depuis le jour du don de la Thora où la terre trembla, il est placé là pour maintenir l’abîme. David ne l’écouta pas et le prit.

 

                             David interrogea alors : Est-il permis d’écrire le Saint Nom sur ce grès et de le jeter dans les eaux pour les apaiser ou non (Rachi explique qu’il contreviendrait alors à l’interdiction d’effacer le Nom divin).

 Personne ne dit ce qu’il fallait faire. Le Roi David décréta que tout celui qui a la connaissance de quelque chose et ne le dévoile pas  s’étranglera. Ahitofel  affirma  que pour la paix entre un homme et sa femme, la Thora permet d’effacer le nom de D… écrit dans la sainteté , dans de l’eau ; à fortiori pour le monde entier. Le Roi David écrivit le nom saint sur du grès et le jeta  dans  de l’eau  qui s’immobilisa. Il est écrit que, voyant que son conseil ne se réalisa pas, Ahitofel prit son âne, rentra chez lui et s’étouffa ». 

 

Depuis le début du livre de l’Exode (Chémot), le nom de Moché figure dans toutes les Sidrot sauf celle de Tétsavé. Moshé s’est en effet totalement dévoué au peuple d’Israêl à la suite de la faute du veau d’or ; il a récité 120 prières et a dit ( Exode, sidra Ki tissa chapitre 32,verset 32) « et maintenant si tu pardonnais leur faute !… Sinon efface-moi de ton  livre que Tu as écrit ». Rachi explique ce verset en disant : « Si Tu pardonnais leur faute »- « C’est bien ; «  Sinon, efface-moi  de  Ton livre »,  il s’agit de la Thora toute entière. Pour qu’on ne dise pas de moi que je n’ai pas été capable de demander pour eux la miséricorde. ».

 

Moïse d’une certaine manière a proféré une malédiction qui n’avait pas d’objet. Mais puisqu’il l’a dite cela va se réaliser d’une manière quelconque. Et le Talmud continue : Cela va se réaliser dans la Parashah de Tetsaveh où le nom de Moïse n’apparait pas.

 

« La malédiction d’un Talmid ‘Hakham même si elle n’a pas d’objet se réalise » parce que la malédiction d’un talmid ‘hakham a toujours un objet. Cela a été formulé par un Talmid ‘Hakham, c’est qu’il y a même au niveau le plus inconscient, le moins dévoilé, le plus intériorisé, il y a quand même un objet et à un certain niveau quelconque cela doit se réaliser.

 

Pour répondre à la question que pose ce principe, il y a toute un ensemble de sources qui finalement tendent à dire ceci : Il y a un certain risque de divinisation de Moïse. Et c’est ce risque qui éclate lors de la faute du veau d’or. Lorsque le Erev Rav a demandé à Aharon une idole pour remplacer Moïse, cela signifie qu’ils avaient divinisé Moïse. Et donc sans parler de responsabilité de la part de Moïse, il y a un certain risque objectif de la divinisation de Moïse, risque dans lequel est tombée toute cette partie du peuple que la Torah appelle le Erev Rav – la grande foule qui n’était pas les Hébreux et qui n’a pas bénéficié de l’éducation préalable des 6 générations des Patriarches depuis Abraham jusqu’à la sortie d’Egypte, et qui se sont intégrés à Israël avec leurs comportements anciens. Et nous avons là très très précisèment le risque de la divinisation du médiateur.

 

Donc, la faute du veau d’or est reliée objectivement d’une certaine manière à Moïse, sans parler de culpabilité de Moïse, par le fait que c’est Moïse qui a pris cette initiative de les intégrer à Israël sans cette préparation préalable. Il y a là deux événements qu’il faut penser ensemble :

 

ð  Il était nécessaire d’intégrer ces hommes et femmes à Israël à la sortie d’Egypte. Et Moïse savait que c’était l’intention ultime de Dieu Lui-même,

 

ð  mais cependant c’est extrêmement dangereux et périlleux de les intégrer sans préparation et Moïse l’a fait quand même.    

 

Il faut penser cela simultanément, les deux causes sont vraies ensemble.

Le problème grave contemporain qui s’y relie c’est le problème de Giyour KaHalakah ou de Giyour pas KaHalakhah. Toute la question de l’imbroglio juridique qui se discute à la Knesset c’est ce problème-là. Les uns ont pour motivation la seconde motivation de Moïse : puisque ce sont des candidats à l’histoire d’Israël, ils sont déjà d’Israël. Il faut les prendre tout de suite. Les autres disent oui d’accord mais KaHalakhah. Pas tout de suite, sinon c’est le Erev rav et tout le reste…

 

Cf. Parashat Teroumah : de la même parcelle d’or que va-t’il en sortir ? Le candelabre et sa lumière pure ou le veau d’or ? Quelle réponse face à un tel problème ?

 

Non pas dans le oui et non comme avec tous les problèmes qui divise la société israélienne. La réponse c’est bien sur oui mais aux conditions de l’authenticité du oui, ce qui s’appelle Giyour KaHalakhah. Cf. aussi dans la société israélienne l’agitation avec le problème des Juifs d’Ethiopie.

 On trouve déjà cette dialectique d’opposition dans le Midrash.

 

Je rappelle les deux formules, les deux principes :

Moïse sait que c’est le plan de Dieu d’intégrer à Israël ceux des hommes des nations qui ont eu la même histoire qu’Israël en Egypte, quelque soit la manière dont ils ont perçu ou vécu cette dialectique Galout-Guéoula. Et par conséquent, Moïse sait qu’il faut le faire et je vous donnerais d’autres raisons supplémentaires tout à l’heure au courant de la lecture, mais à certaines conditions. C’est le deuxième principe.

 

La discussion entre Moïse et Dieu dans les Midrashim que cite Rashi est très précise : les deux choses sont vraies et c’est pourquoi finalement c’est le temps d’épreuve de l’histoire qui montrera qui était KaHalakhah et qui n’était pas KaHalakhah à l’échelle de l’histoire collective.

 

C’est pourquoi en particulier on va buter très rapidement sur la faute des explorateurs et lorsque ce Erev Rav va dévoiler qu’il veut à la rigueur de la Torah mais pas d’Erets Israël, alors là se dévoile une catastrophe. C’est à ce moment-là que la sanction sera donnée.

 

Voilà donc pour le premier point, c’est-à-dire la raison pour laquelle le nom de Moïse n’apparait pas en Parashah de Tetsaveh.

 

Pourquoi en particulier dans cette Parashah de Tetsaveh et en corrélation avec ce qu’on a déjà appris comme 1er principe que c’est la Parashah de la mort de Moïse ?

 

C’est parce que le risque d’idolâtrie vient finalement de ce risque de la divinisation de Moïse et par conséquent c’est à Moise à se débrouiller et s’arranger pour que le culte rendu au Dieu vrai et unique dans le Temple soit sans allusion à Moïse en tant que médiateur, puisque le culte de ce Temple sera la rédemption de la faute d’idolâtrie.

 

Veatah Tetsaveh ...

Quant à toi, et tu sais très bien pourquoi, et Je ne dis pas ton nom pour pas qu’on dise que c’est le temple que Moïse a construit parce qu’on risquerait d’adorer Moïse là-dedans... 

 

Hier, l’exposé de Benno Gross sur le monothéisme de Maïmonide : Tout l’enseignement de Rambam, en particulier dans le Guide des Egarés, de l’intention de toutes les prescriptions de l’ensemble de la Torah pour mettre en garde et vacciner contre toutes les tentations de l’idolâtrie.

 

D’une certaine manière c’est en relation avec ce risque de la divinisation de Moïse et par conséquent, sans que son nom n’apparaisse, Moïse doit arriver à ce qu’on construise ce temple de vérité qui fera la rédemption de la faute du veau d’or.

 

Je commence la description de cette faute, il y a nombres d’indications dans le texte qui ne sont pas toujours forcément visibles avec comme objet de l’étude en particulier la raison pour laquelle Moïse a prié deux fois pour obtenir que Dieu suspende la sanction de cette faute.

 

Ki Tissa - Chapitre 32 :

 

Le peuple s’aperçoit que Moïse a tardé et il faut expliquer cette précipitation, cette panique : tout de suite il faut faire le veau d’or. [C’est un thème de calomnie d’antisémitisme classique qui a utilisé cette expression du veau d’or pour accuser le peuple juif de futilité : le veau d’or comme adoration de l’argent... C’est autre chose : c’est une faute de gens très pieux qui ont fait leur idole en or et ce n’est pas l’or en soi qu’ils adoraient…]  

 

KiTissa 32 :1

וַיַּרְא הָעָם, כִּי-בֹשֵׁשׁ מֹשֶׁה לָרֶדֶת מִן-הָהָר; וַיִּקָּהֵל הָעָם עַל-אַהֲרֹן, וַיֹּאמְרוּ אֵלָיו קוּם עֲשֵׂה-לָנוּ אֱלֹהִים אֲשֶׁר יֵלְכוּ לְפָנֵינוּ--כִּי-זֶה מֹשֶׁה הָאִישׁ אֲשֶׁר הֶעֱלָנוּ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם, לֹא יָדַעְנוּ מֶה-הָיָה לוֹ

Vayar ha'am ki-voshesh Moshe laredet min-hahar

Et le peuple vit que Moïse tardait à redescendre de la montagne

vayikahel ha'am al-Aharon

et le peuple s’est assemblé contre (littéralement « sur ») Aharon

vayomrou elav koum

et lui dit «lève-toi » !

aseh-lanou elohim

fais-nous des dieux

[Ce pluriel ici va se retrouver dans le verbe donc ce n’est pas un singulier mais vraiment des dieux au pluriel, des idoles :]

asher yel’hou lefaneynu

qui marcheront devant nous

ki-zeh Moshe ha'ish

car celui-là l’homme Moïse

asher he'elanu me'erets Mitsrayim

qui nous a fait monter du pays d’Egypte

 lo yadanou meh-hayah lo.

Nous ne savons pas ce qu’il est adevenu de lui.

 

On voit cette précipitation, avec tout de suite l’indication principale du début de cette étude c’est que l’intention  même de ceux qui voulaient faire le veau d’or, n’était pas de remplacer le culte au Dieu unique qui s’est révélé au Sinaï mais de remplacer Moïse et c’est dit en clair : « Fais-nous des dieux qui marcheront devant nous, qui nous guideront car cette homme Moïse qui nous a fait sortir d’Egypte nous ne savons plus ce qu’il est devenu.. il n’est plus redescendu de la montagne... ». Une ascencion sans descente.

 

Il faut essayer de comprendre cette précipitation : Au Sinaï, il s’est passé quelque chose de radicalement nouveau dans l’histoire des religions, dans l’histoire de l’expérience religieuse de l’humanité. En particulier le Erev Rav qui a eu l’expérience historique analogue à celle d’Israël en Egypte a malgré tout été imprégné des comportements religieux de ces temps-là et avait sa religiosité propre qui était l’adoration et l’asservissement aux forces de la nature. La phrase la plus simple pour définir le paganisme quelque que soit par ailleurs le symbolisme propre à chaque culture et à chaque société, en fin de compte le minimum commun des religiosités païennes est la transfiguration et la divinisation, et donc l’adoration, des forces de la nature érigées en divinités.

 

Et voilà qu’un évènement radicalement nouveau intervient dans l’histoire des religions par l’événement du Sinaï dont Moïse est le porteur : c’est que c’est la loi morale qui va se substituter aux forces naturelles comme étant l’expérience religieuse.

 

C’est vraiment un choc. Les Hébreux sont préparés à cela depuis les 6 générations commençant avec Abraham - Isaac – Jacob - Lévi – Qehat - Amram et menant à Moïse... Les Hébreux sont préparés à cela surtout la tribu de Lévi, en particulier Aharon son frère aîné. Moïse étant le chef politique, Aharon lui est par définition le chef religieux et le grand prêtre de cette religion d’Israël. Son rôle dans la fabrication du veau d’or est mal compris puisqu’apparement c’est lui qui l’a fait ! Mais en réalité c’est lui qui les a empêché de le faire.

 

Stratégie d’Aharon :

 

Cette révolution dans l’expérience religieuse où c’est la loi morale qui va se substituer à la relation aux forces de la nature – en particulier les religions astrologiques utilisant les forces du zodiaque – est tellement nouveau. Or, le garant de cette vérité nouvelle est Moïse qui est apparement comme une de ces divinités des religions païennes, le médiateur devenu divin et remonté au ciel sans redescendre. Ce qui les fait retomber dans leur mentalité religieuse précédente.

 

Tout naturellement, s’il en est ainsi, et si Moïse est une divinité du type médiateur divinisé, alors ils retombent dans la religiosité antérieure. Au Sinaï, ils ont accepté la loi morale comme religion authentique, Moïse étant présent. Moïse n’étant plus présent alors tout revient comme avant : c’est le constat faux qui est fait que Moïse était une divinité païenne qu’ils veulent donc représenter et symboliser pour le remplacer et l’adorer.

 

C’est ce qui explique sans épuiser le sujet cette panique cette précipitation du peuple, Moïse n’étant plus là. On voit à quel point cette idolâtrie du veau d’or est très analogue aux motivations profondes de l’apparition du christianisme.

 

On est pris de panique devant la loi morale comme étant la règle du salut religieux et on retombe dans le même comportement de divinisation du médiateur... etc. On voit à quel point c’est analogue.

 

Ensuite viennent un certain nombre de versets où Aharon tente de retarder l’événement. Il demande à chaque membre du peuple de donner les anneaux – qui indiquaient l’insigne de la tribu.

En ce temps-là chaque appartenance tribale était indiquée par un certain signe vestimentaire. Exemple du kilt en Ecosse par exemple, et d’autres formes selon les sociétés. En ce temps-là en particulier la filiation familiale ou tribale était indiquée par la forme de l’anneau que l’on se mettait à l’oreille ou au nez. Ici les boucles d’oreilles.

 

La stratégie d’Aharon pour retarder l’événement fût de les inviter à constituer d’abord la première instance de cette divinité médiatrice, c’est-à-dire l’être collectif d’Israël. En guise d’analogie de comparaison : Tout se passe comme si il leur avait demandé de faire un Maguen David – symbole de l’unité.

 

Le Midrash dit que l’or amassé fut jeté dans un creuset et qu’il en est sorti la forme d’un taureau qui est d’une certaine manière le Totem d’Israël en tant que peuple d’après les versets qui comparent telle ou telle tribu à tel ou tel animal. Israël en tant que nation serait donc le Shor. Bien que de notre temps on choisirait un Maguen David.

 

Il y a ici une sratégie d’Aharon pour retarder cet événement.

 

En realité il y a une médiation entre le Dieu unique et Israël. Comment la représenter ? Par l’entité nationale collective. Il y a là d’ailleurs un piège : le substitut de l’entité nationale d’Israël à Dieu lui-même. Quelque chose qui remplacerait la relation au Dieu unique. Substitut à la relation du Dieu unique envers Israël : mettre l’identité d’Israël entre Dieu et les hommes. Dans le temps contemporain un nationalisme évacuant toute référence au Dieu unique et s’y substituant… Sorte de blasphème d’Israël: « Shéma Israël, Israël Eloheinou, Israël E’had ! »

 

Il y a quelque chose de cet ordre-là de la part d’Aharon dans une stratégie de retardement de cette tentation d’idolâtrie à ce moment-là.

…/…

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Published by Manitou - dans PARASHAT HASHAVOUA
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