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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 09:16

Jérusalem dans la pensée du Rav Kook - 2ème partie

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/cabale/jerusalem_dans_la_pensee_du_rav_kook/cours_1

W00581-02 Durée : 17,2 minutes Face B

 

C’est une analyse fondamentale pour la compréhension de la Torah.

Chaque peuple, chaque tradition, chaque doctrine, chaque religion à la limite, a semble t-il dans l’histoire pour tache de mettre en évidence de façon spécialisée telle ou telle
valeur en particulier. Le cas du judaïsme est à part, son idéal est l’unité des valeurs.

 

L’exemple qui me reste en mémoire depuis très longtemps tel que je l’ai reçu de mon maitre Jacob Gordin za’l pour essayer de comprendre cela : il se basait sur un enseignement du Rav E. Benamozeg qu’il indique dans la préface de la première édition de « Israël et l’humanité ». Il dit que « chaque nation et chaque tradition a un perle, et Israël est le fil du collier ».

Chaque culture a ainsi une vocation particulière qui lui permet de mettre en évidence une valeur en particulier et de le réussir.

Mais Israël est ce cas particulier de l’unité.

 

Or, dans ce texte, le Rav nous rappelle que l’exil a commencé il y a 2000 ans.  Et depuis cet exil il y a une séparation entre la sainteté (qdoushah) et la vaillance (gvourah). Ces deux forces qui ont jailli de Jérusalem unis à la fois se sont séparées. Et se séparant elles se sont l’une l’autre dégradées. Ce fut l’état de l’exil où la sainteté s’est occultée et où la vaillance a disparu.

Le Rav indique que la reconstruction de Jérusalem aura pour signe l’alliance retrouvée entre la sainteté et la vaillance.

 

Je crois qu’il suffit d’énoncer ces têtes de chapitres pour comprendre qu’une réflexion renouvelée nous permettrait de retrouver une ligne de lecture beaucoup plus aisée de ce chaos d’événements que l’actualité nous renvoie. Je parle des événements de l’histoire juive telle qu’elle se passe en Israël, et où il y a encore semble-t-il ce stade de l’affrontement entre ces deux valeurs issues de Jérusalem à l’origine, qui lorsqu’elles ne sont pas unies s’affrontent, la sainteté d’un côté et la vaillance de l’autre.

 

La sainteté :

Le Rav en particulier dans son livre Orot a expliqué l’existence de deux sortes de sainteté.

Ce qu’il appelle la qédoushah keneged hatévah : la sainteté qui ne peut s’affirmer que face/contre/ s’opposant à l’être de nature.

Et d’autre part la qédoushah tiviit : la sainteté qui procède de l’unité de la création.

 

Le cas particulier du judaïsme est d’avoir été un monothéisme radical parmi des conceptions du monde dérivées du dualisme. Le dualisme est une conception du monde qui n’arrive pas à admettre, penser et vivre, l’unité absolue entre la vérité et la réalité. 

Lorsque nous disons que Dieu est un, en hébreu, nous voulons centralement affirmer que Celui qui nous a donné la vérité est Celui la même qui a créé la réalité.

Or, dans l’expérience humaine habituelle vérité et réalité sont radicalement disjointes. Et ce qui a fait l’essentiel de la tradition grecque c’est la certitude qu’elles ne peuvent jamais se rencontrer.

 

Par rapport au problème de la sainteté, il y a un point important de l’enseignement de la Torah. La sainteté authentique est une sainteté qui s’unit à la nature et ne s’y oppose pas.

On a donc deux stades de la vertu de sainteté.

Un premier stade qui a sa propre valeur et qui s’affirme en s’opposant. La sainteté ne peut s’affirmer qu’en se coupant et s’opposant à la nature. Mais le Rav enseigne qu’il y a une sainteté beaucoup plus profonde et beaucoup plus élevée. Une sainteté où il n’y a pas de conflit entre la tendance de nature et la tendance de la vérité de sainteté.

 

Le Rav a expliqué dans Orot que la sainteté naturelle a été perdue lorsqu’a été perdue notre véritable nature hébraïque, et lorsque nous sommes devenus les juifs de l’exil. Nous avons alors eu un long apprentissage de 2000 ans d’une sainteté qui ne pouvait s’affirmer que contre la réalité du monde. On pourrait avoir des heures d’analyses sur le sujet mais je crois que les choses sont simples. L’identité juive, par rapport à l’identité hébraïque, s’est habituée à connaitre comme expérience de sainteté une sainteté en refus de la réalité du monde extérieur. Car par définition tout ce qui relevait de l’ordre du paysage extérieur était goï ! Et par conséquent, cette sainteté nous dit le Rav, était une sainteté en deuil. Ce n’est donc pas par hasard qu’elle a fini par prendre les apparences du deuil !

 

Ce n’est qu’en Eretz Israël que l’on peut retrouver cette unité entre le paysage du monde et les valeurs la sainteté.

Il faudrait le génie poétique pour décrire ce que je me borne à vous suggérer. Le fait de manger des tomates saintes et de respirer des marguerites pieuses...  

 

Effectivement, lorsque le juif redevient hébreu il a cette découverte qui l’oblige à plonger profondément dans la mémoire des 2000 ans passés pour se retrouver uni et réunifié devant le Dieu un à travers la sainteté et la vie de nature. C’est tout l’apprentissage de la aliah d’ailleurs. On quitte un paysage de deuil où la sainteté était en deuil et la nature était en deuil pour retrouver cette unité entre la sainteté et la vaillance.

 

3ème partie : la dimension de la prophétie.

 

Le Rav insiste beaucoup en parlant de la névouah eloqite, la prophétie divine.

Je crois qu’effectivement, au travers des 2000 ans d’exil, on a fini par perdre l’évidence de ce dont il s’agit dans la notion de prophétie biblique : la prophétie donnée par Dieu à l’homme.

 

Si on explore la très abondante et parfois très brillante littérature juive de la pensée juive contemporaine, en particulier en français, on peut déceler une certaine tendance à dissoudre ce caractère spécifique de ce que le Rav appelle la névouah éloqite. Et je crois qu’il a là un pressentiment qui est extrêmement important.

 

L’affirmation très spécifique de la prophétie hébraïque est que son contenu est la parole de Dieu à l’homme. Et non pas la parole de l’homme sur Dieu. 

 

Il y a une certaine tendance à annexer les contenus de la sagesse rabbinique et surtout de la prophétie hébraïque à la problématique philosophique. Or, il y a une différence de nature : Lorsque le prophète parle, il dit ce que Dieu dit de l’homme. Alors que lorsque le philosophe parle, il dit ce que l’homme pense de Dieu.

 

C’est pourquoi il y a là une annexion usurpatrice des contenus de cette révélation divine présentée, connue et diagnostiquée comme telle par l’humanité entière, à la pensée humaine, quelque soit sa sophistification profondément spirituelle. Mais il y a une différence de nature. Dans ces courants de la littérature de pensée juive contemporaine on trouve cette espèce de forfaiture qui ne pourra rester longtemps incognito, et qui inévitablement sera dénoncée.

 

Je reviens à l’analyse du Rav : de Jérusalem on procédait ensemble ces trois forces. D’une part la sainteté témoignant de l’unité du Créateur et de Celui qui a révélé les valeurs morales spirituelles et religieuses.  

 

On n’arrivera pas à comprendre ce qu’était la sainteté de l’hébreu, elle n’a rien à voir avec cette sainteté qui se croit obligée d’être en deuil pour apparaitre comme sainte. Qu’est-ce que ce deuil ? C’est l’exil ! Dans l’exil, l’âme est en deuil, parce que dans le deuil l’âme est exilée. Et c’est de ce deuil que Jérusalem nous fait sortir…

 

Voilà grosso modo les lignes de forces de ce chapitre. Je regrette le manque de temps pour vous le lire mais je vous invite à la lire.

 

Je voudrais terminer en citant deux enseignements.

-L’un du professeur Néher qu’il a l’habitude de dire le jour de Yom Haatsmaout.

-Et sur ce qui a été dit de la citation de Herzl 

 

Dans le rite ashkénaze dans le Shmoneh Essrei, dans la prière que l’on dit trois fois par jour, il y a une phrase un peu différente dans le rite séfarade et j’expliquerais pourquoi très rapidement.

 

Le rite ashkénaze est un rite dérivé de l’exil du 1er temple des communautés qui ne sont pas revenus au temps du 2ème temple. Alors que le rite séfarade est le rite des communautés exilées du 2ème temple. C'est-à-dire des descendants de ceux qui étaient revenus au temps du 2ème temple.

 

Dans le rite séfarade la phrase est la suivante :

Tishkone betokh Yeroushalayim irekha keasher dibarta.

Tu résideras dans Jérusalem ta ville comme tu l’as dit.

Dans le rite ashkénaze c’est :

וְלִירוּשָׁלַיִם עִירְךָ בְּרַחֲמִים תָּשׁוּב. וְתִשְׁכּן בְּתוכָהּ כַּאֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ

Velyeroushalayim irekha bera’hamim tashouv vetishkone betokha.

Et à Jérusalem ta ville tu reviendras avec miséricorde et tu résideras en elle.

Vous voyez la différence : dans le rite séfarade il n’est pas question d’avoir à revenir, on était à Jérusalem, mais la Shékhinah était cachée, tandis que dans le rite ashkénaze il y a deux étapes : il faut d’abord revenir, et ensuite que la Shékhinah se dévoile.

 

Cela me permet de dire en passant que lorsqu’il y a apparemment des divergences rituelles de rite ne croyez pas que c’est contingent. Il y a toujours un sens extrêmement important. On ne peut pas changer le rite de sa communauté d’origine, cela a un sens pour le rite lui-même et pour la compréhension de cette communauté et dans son rapport avec la Torah et son histoire quatre fois millénaires. Le professeur Néher nous disait ceci en nous donnant chaque fois l’illustration de la récapitulation de l’histoire de sa propre vie, mais il le disait également à l’échelle de l’histoire d’Israël.

 

Pendant 2000 ans cette phrase du rite ashkénaze :

וְלִירוּשָׁלַיִם עִירְךָ בְּרַחֲמִים תָּשׁוּב. וְתִשְׁכּן בְּתוכָהּ כַּאֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ  

Veliroushalayim irekha bera’hamim tashouv vetishkone betokha

Et à Jérusalem ta ville tu reviendras avec miséricorde et tu résideras en elle.

On s’adressait à Dieu. On lui demandait de revenir à Jérusalem sa ville.

Et puis Il ne revenait pas !?

En fin de compte le sionisme est apparu.

Et au début de l’histoire du sionisme très souvent c’était le discours d’un juif envers un autre juif :

Veyeroushalayim irekha bera’hamim tashouv vetishkone betokha

Et à Jérusalem ta ville tu reviendras avec miséricorde et tu résideras en elle.

On disait aux juifs apatrides cette phrase.

Et finalement nous dit monsieur Néher arrive un stade ou il faut prendre conscience que cette phrase il faut se la dire à soi-même :

Veyeroushalayim irekha bera’hamim tashouv vetishkone betokha

Et à Jérusalem ta ville tu reviendras avec miséricorde et tu résideras en elle.

C’est à ce moment-là que la Shékhinah peut revenir à Jérusalem.

 

Monsieur Néher nous a beaucoup impressionné en nous disant qu’il avait vécu ces trois étapes : d’abord il priait que Dieu puisse retourner à Jérusalem et que les Juifs puissent rester dans leur pays d’exil. Ensuite, il demandait aux juifs apatrides de retourner dans leur ville à Jérusalem, jusqu’au moment où il s’est rendu compte qu’il fallait se la dire à soi-même. C’est à ce moment que cette unité se dévoile.

 

Monsieur Harpaz a précédemment cité Herzl qui disait : 

« Si vous le voulez cela ne sera pas une Hagada. »

Je vous donne un ‘hidoush : dans le Talmud il y a deux parties, la Hagadah et la Halakha. Alors si vous le voulez ce ne sera pas une Hagada parce que ce sera une Halakha !

Et pour que la Halakha se réalise il faut une Halikha (une marche).

Alors Lekh Lekha ! A bientôt à Jérusalem !

 

****

 

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Published by Phil O'Semith - dans KABALAH
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