Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 11:48

Hoshanah Rabba redoublement des noms de fêtes- 2ème partie

Hoshanah Rabba redoublement des noms de fêtes

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/hoshana_raba_redoublement_des_noms_de_fetes/cours_1

Durée : 45,7 minutes
Face B

 

Dans l’histoire des patriarches 

toutes les problématiques de l’identité humaine sont reprises dans la perspective de la réussite.

Cette équation Caïn-Abel se retrouve avec Esaü-Jacob.

Mais là leur mère intervient, Rivqah intervient lorsqu’elle s’aperçoit qu’Esaü n’a pas pu être éduqué par Jacob. Il y a un parallèle d’identité entre Caïn et Esaü énorme. ‘Havah nomme Caïn ainsi parce qu’elle dit « Qaniti ish ». Caïn est Qanouï - acquis. C’est pourquoi il est réfractaire à la notion de mérite et au fait qu’il faut qu’il se mérite. « Je n’ai pas à me mériter, je suis ! ». Essav, nous dit Rashi, tout le monde l’a appelé ainsi parce qu’il était fait Naassah, il est Assouï. Essav aussi est achevé. Il est tellement achevé qu’il est poilu nous dit le Midrash. Il y a la même problématique qui revient, et là ils sont vraiment jumeaux : pour Abel il y a un Safek chez les Méfarshim. Ce n’est pas dit qu’ils soient nés du même accouchement. Mais en tout cas, ils sont nés de la même conception. Il n’y a pas écrit Vatahar – elle conçut - pour Abel. Ils sont nés de la même conception et sont comme s’ils étaient des jumeaux. Esaü et Jacob sont des jumeaux. Et voilà que Jacob n’arrive pas à faire qu’Esaü soit son frère. Lui, Jacob, est le frère d’Esaü. Alors Rivqah intervient et dit à Jacob enfuis-toi, ne me refais pas le coup que tu m’as fait au temps de ‘Havah avec Abel avec Caïn. C’est un Guilgoul de Abel qui revient-là. Enfuis-toi, ne reste pas sinon tu sais ce qui risque de t’arriver... Et lorsque le peuple d’Israël jouera le rôle d’Abel c’est très dangereux. C’est oublier que Israël ne descend pas de Abel mais descend de Shet. Shet est celui qui remplace Abel. Lorsque Shet nait, ‘Havah dit :

וַתִּקְרָא אֶת-שְׁמוֹ שֵׁת:  כִּי שָׁת-לִי אֱלֹהִים, זֶרַע אַחֵר--תַּחַת הֶבֶל, כִּי הֲרָגוֹ קָיִ

et lui donna pour nom Seth: "Parce que Dieu m'a stabilisé une postérité en place de Abel, parce que Caïn l'avait tué."

 

Donc Shet vient à la place d’Abel mais c’est un Abel inassassinable.

C’est proche de notre actualité, surtout israélienne, dans la conduite vis-à-vis de l’autre. L’autre étant le frère, dans notre cas le cousin. Lorsque la Torah nous dit comment Caïn a tué Abel : il se leva et le frappa et le tua  וַיַּהַרְגֵהוּ. וַיָּקָם קַיִן אֶל-הֶבֶל אָחִיו

Le Midrash interroge: Vayaqom il se leva ? Abel était plus fort que Caïn et l’avait mis à terre. Et Caïn l’interpella « mon frère ! ». Il le laissa se relever… et Caïn a tué Abel...

 

Ce n’est pas pour rien que la Torah nous a raconté cette première tentative avortée entre les frères. Il y a une équation Caïn-Abel, et Abel a échoué. D’où le scandale de la première victime : c’est l’assassin qui reste en vie. Et c’est la victime qui meurt. Il y a dans le meurtre un scandale épouvantable. C’est un problème métaphysique qui donne le vertige. 

 

Dans le cas de l’équation Caïn-Abel c’est clair, Dieu veut savoir ce qui s’est passé en réalité. Il ne va pas sanctionner tout de suite. Le Midrash nous dit que Dieu va mettre un signe sur le front de Caïn qui va le protéger. Cela ressembleàá la civilisation contemporaine : Exemple d’un meurtre avec flagrant délit avec l’arme du crime et la victime : malgré tout la police va mettre Caïn à l’abri dans une maison où il y a écrit liberté-égalité-fraternité. Une prison. La police intervient pour le mettre à l’abri du sursis de ce signe dont parle le Midrash jusqu’à ce que le jugement se fasse et que le jugement dise ce qui s’est passé en réalité. Caïn était-il assassin ? Ou était-il justicier ? Il aurait alors puni le mauvais berger. Il s’avère 7 générations après qu’il était assassin ! Son descendant à la 7ème génération a fabriqué les premières armes, donc l’ancêtre était bien un assassin…

 

Nous avons en filigrane un paradigme des civilisations contemporaines. Selon le récit de la mémoire romaine, Rome a été fondée par le meurtre du frère par le frère. Remus assassiné par Romulus... On félicite l’assassin car cela fonde la cité. Tandis que dans la Torah l’assassin va être jugé, mais tant qu’on n’est pas sûr, il y a un sursis. Homicide il y a bien eu, mais est-ce un assassinat ou le geste du bourreau qui fait justice ?

En tout cas c’est très clair, Israël ne descend pas de Abel mais de Shet.

 

Q : Est-ce que être Shet c’est s’enfuir alors ?

R : Pas du tout, être Abel et échouer, alors il faut s’enfuir.

Le Midrash court-circuite votre question ainsi : l’exil est la conséquence de la Sinat ‘Hinam. Lorsque les frères ne s’aiment pas c’est l’exil. Je veux faire allusion à cette irresponsabilité d’un Abel qui se laisserait égorger suite à son échec à fraterniser son frère. Nous sommes la génération qui a connu l’affrontement de la Shoah et de la 2ème guerre mondiale avec les nazis et les S.S. 

Chez les SS, doit-on se préoccuper de savoir si après 2000 ans d’enseignements de « tu aimeras ton prochain comme toi-même » qui n’ont pas suffi, faut-il encore rester à se faire égorger comme Abel ? Si nous devions être jugés sur ce message qu’il y avait à apporter aux nations : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Elles l’ont entendu. En Allemagne, 1000 ans de christianisme. Pendant 1000 ans on a enseigné aux Allemands par curés interposés cette parole juive : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Cela n’a pas fonctionné ! Faut-il alors continuer ou s’enfuir ? Ou alors on se laisse égorger ! Finalement, c’est ce qui est arrivé. Je suis pris d’angoisse lorsque j’entends les rabbins de Golah sermonner que nous avons un message à porter aux Goyim ! Lequel ? « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ? Mais cela ne marche pas !

Il faut donc aborder la question d’une autre façon : peut-être n’est-ce pas la faute de Abel et que Caïn est inéducable ? Mais on est renvoyé au point précédent : que fait-on chez Caïn ? Il y a un optimisme juif énorme des Juifs de la Golah qui espère toujours que Caïn soit éducable : on va alors de concessions en concession jusqu’à la concession perpétuelle.

 

A une cérémonie de Yad Vashem un rabbin français disait que nous n’avons pas le droit de nous poser des questions au sujet de la Shoah, parce que nous n’avons pas les moyens de savoir quels sont les desseins du Créateur. Et dans la phrase qui suit, il a dit : il fallait passer par là pour recevoir le cadeau de l’état d’Israël ! (C’est un rabbin qui ne vit pas en Israël). Vous voyez qu’il y a là des choses révélatrices : penser que ce qui s’est passé chez Caïn cela pourrait être le prix à payer pour l’état d’Israël montre qu’on n’a vraiment pas étudié ces choses-là comme la Torah les enseigne.

 

Q : En quoi Israël est-il porteur de l’offrande des prémices pour pouvoir recevoir la Torah ?

R : C’est dans son identité. Avant Matan Torah, il y a eu un test pour savoir qui était le véritable premier-né. Celui qui mérite d’être le premier-né. Ce n’est que lorsqu’il se dévoile que « Béni Bekhori Israël » que d’une part à postériori on sait que Yaaqov était l’aîné et pas Essav, et qu’Israël devient le véritable premier-né. La rédemption - le tiqoun - de la faute de Caïn, c’est Joseph qui va la faire. En réalité ce tiqoun se fait à différents niveaux d’après la Qabalah.

 

Bereshit 4.24

כִּי שִׁבְעָתַיִם, יֻקַּם-קָיִן

Ki shiv'atayim youqam-Kayin...

Car 7 fois se perpetuera Caïn

 

On lit le verset 70 fois mais il s’agit de 7 fois = 7 générations

Le mot de Youqam – Youd-Qouf-Mem est lu comme Rashei Tevot pour Yitro-Qora’h-Mitsri.

Ki shiv'atayim youqam-Kayin...

Youd-Qouf-Mem Rashei Tevot Yitro-Qora’h-Mitsri

Ce qui se cherche c’est un premier-né capable d’aimer ses frères. Le premier où cela éclate c’est Joseph. C’est pourquoi on a l’habitude d’y voir le tiqoun de la faute de Caïn dans ce premier homme à aimer ses frères. Alors, l’histoire de la rédemption du monde peut commencer. Et elle commence effectivement à ce moment-là. Le livre de la Genèse s’arrête et l’histoire d’Israël commence lorsque Joseph a fait la preuve que le premier-né peut aimer ses frères. Qui est le premier-né qui peut aimer ses frères ? C’est le Kohen ! Le Kohen et le Bekhor ont la même fonction. Le Kohen c’est ce Bekhor, l’aîné qui s’occupe de ses frères. 

La recherche dans toute l’histoire d’Israël c’est celui qui cherche ses frères.

Alors c’est Joseph. Gn. 37:16 : וַיֹּאמֶר, אֶת-אַחַי אָנֹכִי מְבַקֵּשׁ  il dit: ce sont mes frères que je cherche…

C’est Moïse.  Ex. 2 :11 : וַיֵּצֵא אֶל-אֶחָיו  il descendit vers ses frères…

Dieu fait passer un test dans l’histoire d’Israël. Qui est capable d’être berger ? Qui est capable d’être celui qui s’occupe du frère et des troupeaux du frère ? Et finalement, c’est lui le véritable premier-né ! Alors « Béni Bekhori Israël », d’où le rendez-vous au Sinaï…

 

Je vous cite encore un enseignement du Shlah : le véritable premier-né c’est celui qui sait qu’il y a quelqu’un avant lui : le terme de Bekhor est formé de trois lettres qui sont les deuxièmes lettres dans l’alphabet : Beit-Khaf-Resh formées des deuxièmes lettres des trois séries de l’alphabet. Beit deuxième lettre des unités, Kaf 2 deuxième lettre des dizaines, Reish deuxième lettre des centaines. Le Bekhor est en deuxième position et reconnaît qu’il y en a un avant lui, alors c’est lui l’aîné.

 

Il y a un entrecroisement entre l’aîné et le puîné qui dévoile qui est le véritable aîné.

 

Effectivement, lorsque Jacob fait la preuve qu’il est capable de cette véritable fraternité, alors la Torah lui est donnée. Et Jacob a fait cette preuve avec Joseph. Il faut dire que tous les autres premiers-nés de Jacob, il y en a quatre, mais je pense surtout à Réouven, ont déjà fait cette preuve. Mais c’est surtout Joseph qui va la faire. Joseph les a reconnus alors qu’ils ne l’avaient pas encore reconnu.

 

C’est ce que la Guémara dit à propos du nom de Réouven. Que signifie Réouven ? On s’attendrait dans le pshat « Réou Ben : Regardez c’est un fils ! ». Le Midrash va beaucoup plus loin : « Réou Mah Bein Béni véBen Am - Regardez la différence qu’il y a entre mon fils et le fils de mon beau-père ». Qui était le fils du beau-père de Léah ? C’est Esaü ! Elle dit : regardez la différence qu’il y a entre Réouven et Essav ! Et cette différence va se dévoiler dans l’histoire de Réouven ! C’est dire qu’avec le Roua’h HaQodesh, Léah s’aperçoit que Réouven était un premier-né qui aimera ses frères. C’est Réouven qui sauve Joseph de la fosse, et c’est Judah ensuite qui finit de le sauver, mais c’est Ruben qui le protège.

 

Cela veut dire que les enfants de Jacob ont cette capacité du frère qui aime le frère. Ils doivent en faire la preuve, c’est là leur épreuve  jusqu’à ce que cela réussisse.

 

Et il y a eu une tension et un procès entre Joseph et ses frères. Joseph était condamné à mort à juste titre. Mais finalement il est protégé et condamné à sa vocation. Et en fin de compte c’est lui qui donne la preuve : Joseph est le premier né qui aime ses frères. Il fait le tiqoun de la faute de Caïn. L’exil a commencé avec Caïn et s’achève avec Joseph. Et l’exil, c’est la sanction du manque d’amour entre les frères.

 

J’ajoute un autre enseignement à propos de la question précédente : faut-il toujours s’enfuir ?

Lorsque Rivqah intervient entre Jacob et Esaü, elle lui dit « enfuis-toi, je sais qu’il veut te tuer », le bilan de cet échec à le fraterniser conduit à ces deux éventualités : il est tué, il le tue ou il s’enfuit.

 

C’est pourquoi, j’insiste, il faut vraiment crier au secours lorsqu’on entend cet argument de la mission juive chez les Goyim... Après tout ce qui s’est passé, cela suffit !

 

Lorsque Joseph est né, Rachel dit :

 

וַתִּקְרָא אֶת-שְׁמוֹ יוֹסֵף, לֵאמֹר:  יֹסֵף יְהוָה לִי, בֵּן אַחֵר

...Yosef Hashem Li Ben A’her

Que Dieu m’ajoute un autre fils

 

Cela veut dire que Yossef est nommé du souhait que Benjamin puisse naître.

De la même manière qu’avec Léah, Rachel a vu que Joseph serait un premier-né qui aimera ses frères, et donc elle souhaite avoir un fils qui ne sera pas en danger comme Abel chez Caïn...

Dieu peut maintenant lui donner Benjamin. Il ne sera pas en danger.

 

Le porteur de l’offrande des prémices, le prêtre, c’est la même chose par rapport à Matan Torah.

 

***

 

Shémini Atseret dont David vous parlera par rapport à Soukot. Le nom de Sim’hat Torah et sa liturgie qui apparemment est une répétition de Shavouot. En fait comme vous le savez, en Erets Israël, Shémini HaAtseret et Sim’hat Torah c’est le même jour, alors que dans la Golah,  Sim’hat Torah c’est le lendemain de  Shémini HaAtseret. C’est le 2ème jour des Galouyiot.  Peut-être est-ce une mise en évidence de Sim’hat Torah de manière un peu plus exclusive en Galout qu’en Erets Israël.

 

J’introduis très rapidement le sujet avant d’étudier un texte du Maharal dans Tiferet Israël au chapitre 32 sur un des points de l’analyse que nous allons voir.

 

La différence qu’il y a entre Shavouot et Shémini Aatseret en tant que Sim’hat Torah, pourrait être formulée de différentes manières. Je vais d’abord la formuler sur un point principal : lorsque la Torah a été donnée le 6 Sivan au mont Sinaï, elle a été imposée à Israël. Qu’est-ce que cela signifie que la Torah ait été imposée à Israël ? Alors que nous savons d’autre part par le récit qu’Israël était tout prêt à l’accepter en disant « Naassé Vénishmah » ? Tandis qu’à Sim’hat Torah elle est censée être acceptée par Israël. D’une certaine manière cela veut dire que Matan Torah c’est le 6 Sivan à Shavouot, mais que Qabalat HaTorah c’est à Sim’hat Torah.

 

Je vous le dirais de cette manière :

A Shavouot ont été données les premières tables. Les premières tables de la Torah ont été données à priori de la faute. Cela veut dire : voici la carte d’identité du Tsadik selon la loi de la Torah Et s’il y a faute on a perdu cette identité. Tandis qu’à Sim’hat Torah, la Torah des deuxièmes tables va être reçue et donnée compte tenue de l’éventualité de la faute. Même ceux qui étaient dans le cas d’avoir été en faute, d’avoir été en manque, vis-à-vis du niveau d’identité que donnent les deux tables de la loi données à Shavouot font quand même partie d’Israël de la Torah. Donc au fond c’est le problème de la Teshouvah qu’il faudrait essayer de centrer dans cette question.   

 

Tout d’abord d’un point de vue assez direct de l’analyse du calendrier : le 6 Sivan, la Torah a été donnée. Ensuite Moïse est monté 40 jours sur la montagne pour recevoir l’ensemble de la Torah. Les 10 commandements ont été promulgués et Moïse est monté 40 jours sur la montagne pour y recevoir la Torah. Il redescend de la montagne le 17 Tamouz. Pendant ce temps, le peuple était occupé à la faute du veau d’or. La faute a eu lieu le 17 Tamouz, 40 jours après le 6 Sivan. Et les premières tables ont été brisées sur l’initiative de Moïse.

 

Il y a là un thème important.

Que signifie  que Moïse ait pris l’initiative de supprimer la loi qui avait été donnée à Israël et que signifie surtout le fait que d’après les sources Dieu l’en a félicité ? Lorsque Dieu va accepter que des deuxièmes tables soient données, le texte fera allusion aux premières tables de la manière suivante : « et il y aura sur les deuxièmes tables ce que J’avais écrit sur les tables que tu avais brisé ». Et sur l’expression HaLou’hot Asher Shibakhta les tables que tu avais brisé, le Midrash va lire : que tu as bien fait de briser. Dieu félicite Moïse d’avoir brisé les tables de la loi. Il faut comprendre. C’est ce qui se passe le 17 Tamouz 40 jours après le 6 Sivan. Et puis Moïse intercède et remonte sur la montagne pour intercéder pendant 40 jours. On arrive au 1er Eloul, 40 jours après le 17 Tamouz. Et 40 jours après, les deuxièmes tables sont données, et c’est le 10 Tishri.

 

Donc, le jour de Kipour commémore lui aussi un événement historique : c’est la première fois dans l’histoire au niveau d’un événement historique qu’on a l’expérience que la Teshouvah est possible, que le repentir est possible, et que le pardon est possible.

 

J’ai insisté parce que pour la pensée naturelle c’est une impossibilité. La notion du repentir est un ‘hidoush de la Torah. La pensée naturelle ne connait pas cette possibilité de penser l’éventualité du repentir. Cela nous explique pourquoi, selon le midrash, les nations du monde ont refusé la Torah. Non par perversité biologique mais parce qu’elles ne possèdent pas la catégorie du repentir. Et par conséquent, accepter la Torah reviendrait à se perdre : nous sommes faillibles – les chrétiens disent pécheurs – disons que nous sommes peccables, soumis à la tentation de la faute, et si le repentir n’est pas possible et si le pardon n’est pas accordé, alors on est perdu.

 

Voilà pourquoi les nations du monde refusent la Torah comme voie du salut. Non par simple refus de la Torah mais parce qu’accepter la Torah serait se perdre. Je fais allusion d’ailleurs à toute l’argumentation de saint Paul sur le problème de la loi. Ce qui me fait penser que c’est une légende de dire que saint Paul était juif parce qu’il fait allusion à une loi qui n’a rien à voir avec la Torah.  

 

La problématique est la suivante : « voici la loi, et si tu fautes tu es perdu ! » C’est là la loi donnée à priori de la faute, compte non tenu de l’éventualité de la faute. Et par conséquent, une conscience humaine qui ne posséderait pas la capacité de penser l’éventualité du repentir et du pardon ne peut pas accepter une telle loi.

 

C’est un midrash énorme : d’un côté, ce tout petit peuple Israël qui est un peuple de justes capables d’accepter la Torah, et de l’autre côté, l’humanité entière qui sont des méchants ? En fait, c’est beaucoup plus grave que cela : l’humanité entière, semble-t-il congénitalement, ne peut pas accepter la Torah. Elle ne peut pas accepter la Torah - et c’est ce que saint Paul a formulé - parce que l’accepter c’est se perdre, puisqu’à la première faute on est damné plus que condamné.

 

C’est étonnant que Saint Paul, soi-disant juif, ne connaisse pas l’éventualité de la téshouvah ni tout l’enseignement jusqu’à lui qu’aucune faute, quel qu’elle soit, ne résiste à la téshouvah, si la téshouvah est sincère. Tout se passe comme si sa mentalité fonctionne à la grecque ! Elle fonctionne d’ailleurs à la gréco-romaine puisqu’il était à la fois grec et romain.

 

Je le dirais de la manière suivante à deux niveaux.

 

1- J’ai beaucoup étudié cela chez un philosophe juif belge nommé Perelman. Un grand philosophe rationaliste de la morale rationnelle, complètement athée mais juif et belge. C’était un homme très érudit, il faisait très 18ème siècle. D’un certain point de vue, la notion de repentir est une notion injuste, immorale pour la pensée naturelle : il y a eu faute et on va tout effacer ? Pardonner ? Pas punir ? Cela choque le sens rationnel de la justice. La pensée naturelle n’accepte pas la notion de repentir. Il y a un grand prophète de la Bible qui ne l’accepte pas non plus : Yonah. Cela a d’ailleurs été utilisé par les Evangiles.

 

2- Il y a une 2ème raison qui me semble encore plus forte, indépendamment de cette sensibilité morale particulière. Cela semble un paradoxe de dire que le pardon est immoral. Mais c’est parce que nous sommes familiers à la morale biblique. C’est le fait que pour que le repentir soit possible, pour que le repentir soit pensable, il faut arriver à penser la réversibilité du temps. Téshouvah signifie Lashouv : revenir en arrière à l’endroit où il y avait eu une déviation et reprendre le droit chemin. C’est un schéma de Maïmonide. Mais pour revenir en arrière faire ce tiqoun de la Téshouvah et reprendre le droit chemin, il faudrait que le temps soit réversible. Or, le temps est irréversible ! C’est la raison pour laquelle la pensée naturelle ne pense pas la Téshouvah. C’est un ‘hidoush de la Torah. Lorsque cette notion apparaît dans la culture humaine, elle vient d’Israël et est perçue comme une folie.

 

Nous sommes, nous, conditionnés par cette conscience biblique, par ces intuitions de la conscience biblique, et pour nous cela nous paraît comme une évidence que le repentir soit possible. Mais il faut faire l’effort de découvrir que pour la pensée naturelle c’est impensable, quoique la pensée moderne commence à découvrir l’idée que, peut-être, à certains niveaux d’être, le temps est réversible. Mais quoiqu’il en soit, dans notre perception empirique de la réalité du monde, le temps est irréversible, donc la notion de repentir fait partie de la pensée magique.

 

Il nous faut découvrir cela :

Shavouot c’est la Torah qui est donnée avant l’éventualité de la faute du veau d’or. Alors que Sim’hat Torah c’est la Torah qui est reçue après l’éventualité de la faute et du repentir. Sim’hat Torah vient après Yom Kipour. Après la faute, les deuxièmes tables sont rendues, et on est réhabilité au niveau même des premières tables, certains disent même plus haut. Il faut donc comprendre et éclairer quelle est cette différence. Voilà comment l’étudier avec ce texte du Maharal : à Shavouot la Torah a été imposée à Israël, alors qu’à Sim’hat Torah elle est acceptée par Israël.

 

Lecture du texte du Maharal : 

 

Chapitre 32 du Tiferet Israël, il y cite un passage de la Guémara de Shabat.

Le verset de Shemot chapitre 19 dit que le peuple s’est rassemblé au pied de la montagne. Mais l’expression hébreu peut être lue :

 

                      19.2

 וַיִּתְיַצְּבוּ, בְּתַחְתִּית הָהָר

ils se sont rassemblés - ta’hat – « sous » la montagne.

 

... Cela nous apprend que Dieu a renversé la montagne comme un tonneau et leur a dit : « si vous acceptez la Torah c’est bien, sinon là sera votre tombeau » 

 

Rappelez-vous que dans le contexte du chapitre 19 (verset 19:8) on avait déjà appris que le peuple était prêt à « accepter tout ce que Dieu a dit –aura dit – dira ». Kol Asher Diber Hashem Naassé. Tout ce que Dieu « a dit - dit –dira » nous le ferons. A ce moment-là Dieu demande à Moïse que le peuple se prépare pour qu’Il se révèle à eux sur la montagne. Et puisque le texte dit qu’ils se sont rassemblés sous la montagne, les rabbins du Talmud en déduisent une contrainte. Il y a eu une contrainte absolue qu’il faut prendre au sérieux. C’est n’est pas une façon de parler du midrash. Si Dieu se révèle, il y a contrainte absolue. Le seul fait que Dieu se révèle empêche la liberté du peuple d’accepter ou de refuser. Cela n’a plus de sens. A la manière des rabbins : devant le roi l’esclave n’est pas libre. C’est quand le roi se cache que l’esclave croit qu’il l’est. Que signifie donc que le peuple ait eu le mérite d’accepter ? Il y a eu contrainte de par la révélation même : Dieu se révélant cela veut dire que la rébellion ne peut plus exister. De plus, cette notion même de mérite du peuple d’accepter la Torah s’effondre complètement. Quel mérite ? Quel est le mérite d’accepter quand Dieu le demande en se révélant ? Voilà ce que je veux mettre en évidence : il y a bien eu contrainte, c’est la révélation elle-même.  

 

Raba d’Acco intervient et dit : de là on apprend une grande contestation par rapport à la Torah…

 

Les Mefarshim nous expliquent : au temps du jugement on pourra toujours dire : pourquoi Tu me juges d’après une loi que Tu m’as imposé par contrainte ? Il n’y a pas de place pour le jugement ! Il y a place pour une sorte de témoignage contre.

 

Mais Raba intervient et dit : Malgré cela le peuple a de nouveau - est revenu sur le même problème - et ils l’ont accepté au temps d’Assuérus. Comme il est écrit : ils ont réalisé et accepté la décision de pratiquer Pourim.

 

Or, l’ordre n’est pas logique : il devrait y avoir écrit qu’ils ont « accepté et réalisé », et là, il est écrit « réalisé et accepté » ? La Guémara va dire : Cela veut dire qu’ils ont là réalisé ce qu’ils avaient déjà accepté auparavant.

 

Nous avons alors là la réponse à notre question déjà : précisément au temps d’Assuérus c’est le temps de l’arrêt de la révélation. La révélation s’arrête en ce temps-là. Cela veut dire qu’il n’y a plus de contrainte de la révélation, et cependant, le peuple continue d’accepter la Torah : la preuve, c’est qu’ils acceptent les lois de Pourim. 

 

C’est pourquoi la Torah Shébéalpeh va donner à la Méguilat Ester la dignité de la Torah elle-même. La révélation commence au Sinaï pour le peuple et le peuple est sous la contrainte de cette révélation. Cette contrainte cesse au temps d’Assuérus. Le fait qu’Israël continue d’être fidèle à la Torah et accepte l’autorité de la Torah Shébéalpeh après les temps d’Assuérus, montre que le Sinaï c’était bien de par leur volonté même qu’ils l’avaient accepté, et donc la question se repose : Pourquoi la contrainte ?

 

Si vraiment on peut démontrer qu’ils l’ont accepté en bonne volonté pourquoi faut-il mettre en évidence qu’il y a eu contrainte ?

 

J’en profite avant d’aller plus loin pour indiquer une remarque qui me semble importante : nous les Juifs sommes Israël d’après les temps d’Assuérus, mais il nous est extrêmement difficile - pratiquement impossible sauf pour les kabbalistes - d’essayer de réaliser ce qu’était le temps de Hébreux. C’est-à-dire le temps où la révélation était immédiate, une réalité expérimentale, quotidienne : le temps de la Bible. Alors que nous, nous vivons le temps d’après la révélation. Nous nous référons à l’événement de la révélation par une médiation intellectuelle. Alors que les Hébreux

n’avaient pas de problème théologique. La révélation se révélait. On ne discute pas avec une révélation. Très rares sont les Juifs qui sont capables d’être hébreux. Chez les Hébreux il y avait déjà des Juifs. C’est-à-dire que Juif c’est quelqu’un qui croit qu’il lui est possible de discuter avec le prophète. Lisez toute la Bible, il n’y a aucun endroit où les Hébreux discutent avec leurs prophètes. Ils sont pour ou contre, mais ils savent très bien que lorsque le prophète parle c’est le prophète qui parle. Il n’y a pas trace de raisonnement théologique dans la bible. Même pas dans Qohelet, même pas dans Mishlei. Cela commence après : quand la révélation cesse, les théologiens commencent à parler.  Je ne veux pas dévier sur un autre problème, mais vous voyez l’ampleur du problème.

 

Que nous dit ici Raba :

Il se révèle à partir du temps d’Assuérus que les Hébreux avaient bien accepté en bonne volonté la Torah au Sinaï, puisque la contrainte ayant cessé ils continuent à la pratiquer. Ceci dit la vraie question est : Pourquoi une telle contrainte ?

 

Une remarque supplémentaire :

C’est un peu ce que nous avons dans l’actualité juive contemporaine, énormément de juifs (libéraux, réformés... etc.) contestent la Torah orale, non donnée sous contrainte mais pas la Torah écrite donnée sous contrainte : ce qui est écrit c’est écrit ! Voyez à quel point cela ressemble…

 

Les Tossefot avaient déjà objecté : nous savons qu’ils avaient déjà dit « naassé vénishmah »,

 

Là je vais objecter sur Tossefot que à ce moment du récit ils n’avaient dit que Naassé et pas encore Naassé vénishmah, mais on fait comme si par manque de temps.

 

ils ont résolu la difficulté : pourquoi Dieu leur a t-il donné sous la contrainte ? Parce que peut-être qu’en voyant la difficulté qui s’attache au fait de recevoir la Torah… 

 

Le grand feu qui accompagnait la théophanie du Sinaï posé comme paradigme du vertige que prend l’ordre que prend le problème qui est posé à Israël : c’est la Torah de l’absolu que tu l’acceptes ou pas, lorsqu’on réalise ce vertige-là peut-être va-t-on se rétracter et revenir sur cet enthousiasme initial. Cela explique l’attitude de capitulation de beaucoup de juifs : c’est tellement énorme ce qu’un juif est censé être que beaucoup de juifs démissionnent ! C’est trop ! Il y a un vertige. D’une part, on se dit que ce n’est pas possible, mais d’autre part, c’est dangereux. Imaginez à quoi cela ressemble : Au fait qu’il faille prendre au sérieux que c’est Dieu qui a dit à quelqu’un : « c’est toi ! ». Il va finir par le croire, et finir par se prendre pour Dieu lui-même. Cela donne le vertige. C’est tellement énorme !

 

C’est ce que disent Tossefot : c’est tellement énorme que peut-être ils vont regretter…

 

…/…

 lire la suite ici

 

*****

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : MANITOU
  • MANITOU
  • : Bienvenue sur le blog MANITOU! Cet espace est consacré au Rav Léon Askénazi - Manitou - זצ"ל.Vous y trouverez des textes rédigés à partir de cours audio enregistrés (disponibles sur www.toumanitou.org) En modeste hommage à ce Rav génial et extraordinaire...
  • Contact

Recherche