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9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 11:50

Hoshana raba. Redoublement des noms de fêtes III

 

Hoshana raba. Redoublement des noms de fêtes

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/hoshana_raba_redoublement_des_noms_de_fetes/cours_2

Durée : 44,9 minutes
Face A

 

.../...

Alors s’ils ont accepté, on va conforter et renforcer cette acceptation par cette contrainte. Pourquoi y a t’il eu contrainte ? C’est pour aider, renforcer, l’acceptation qu’ils avaient donné. Le Maharal choisi une toute autre manière d’expliquer :

 

 

 

L’argument est clair, le Maharal va discuter, mais l’argument est clair. Prenez plus loin, voilà la thèse du Maharal qui donne une toute autre raison :

 

C’est pour qu’Israël ne dise pas c’est parce que nous avons bien voulu que nous l’avons accepté.

L’enjeu de la Torah est telle que cela ne peut être confié aux aléas des motivations de la volonté-velléité ou la velléité-volonté de la créature. La Torah c’est le statut du monde. On ne peut pas confier un enjeu d’une telle importance aux caprices de la volonté. Un jour je veux, un jour je ne veux pas...  Alors pour éviter cette prétention d’Israël de dire : « c’est parce que nous l’avons bien voulu que nous avons accepté la Torah », Dieu va la leur imposer. Vous voyez que c’est un tout autre système d’explication.

 

Et si nous n’avions pas voulu nous n’aurions pas reçu la Torah ? Ceci n’est pas à la hauteur de la valeur de l’enjeu que représente la Torah, car de la Torah le monde entier dépend. Si la Torah n’était (n’avait pas été acceptée) le monde entier serait retourné au chaos. Et c’est pourquoi il n’est pas approprié que l’acceptation de la Torah dépende de la liberté du choix d’Israël. Mais il fallait que Dieu les oblige, les contraigne de recevoir la Torah car il est impossible autrement de telle sorte que le monde ne retourne pas au chaos.

C’est là un enseignement de Reish Laqish qui se trouve dans la même page de la Guémara autour de l’expression « וַיְהִי-עֶרֶב וַיְהִי-בֹקֶר, יוֹם הַשִּׁשִּׁי Vayhi Erev Vayhi Boqer Yom HaShishi ». Pour tous les autres jours dans le Maasei Bereshit l’expression n’utilise pas l’article défini Hé comme pour Yom HaShishi : « Et ce fut soir et ce fut matin LE 6ème jour ».

 

Reish Laqish dit : c’est une allusion au jour du 6ème jour du 6 Sivan. Cela veut dire que Dieu a fait un contrat avec le monde au Maassei Béréshit à l’heure du commencement de la création des cieux et de la terre : « Si Israël accepte la Torah au Sinaï c’est bien, sinon Je vous renvoie au chaos ! »

 

Nous avons ici un exemple de ce qu’est un midrash à partir de ce midrash. Le monde a été fait en vue d’une finalité, le monde a été fait comme demeure de la créature qui accepterait de se conduire d’après la vérité du monde, la vérité morale, la Torah. Et par conséquent, l’existence et la cohérence de l’histoire dépend du fait que, dans l’histoire, la créature accepterait un jour la Torah. Et s’il s’avère qu’aucune créature n’est prête à accepter la Torah, alors le monde  n’a plus de base, n’a plus de fondement et rentre au chaos.

 

Première remarque : remarquez que le texte ne dis pas : « Je rentre le monde au néant », mais au chaos. Mais toute l’œuvre de l’organisation du monde dépend de la Torah. Et non pas l’existence du monde. Un peu ce qui est arrivé à l’époque du déluge. La Torah dit : l’humanité a été « effacée » et non pas « détruite ». La forme qu’avait la nature humaine de cette expérience de cette civilisation-là est « effacée » parce qu’elle a échoué, mais la nature humaine elle-même n’est pas détruite. De la même manière, la forme des lois qui gouvernent le monde seraient rentrée au chaos mais le monde ne serait pas lui-même détruit. C’est un autre niveau. Pas dépendant du fait que la créature accepte ou pas la Torah. C’est une toute autre éventualité que le monde disparaisse.

 

J’en profite pour relier cela à la notion de la fin des temps. Ce n’est pas du tout dans la mentalité juive que la fin des temps cela veut dire la fin du monde. Cela c’est dans la mentalité chrétienne. La fin des temps cela veut dire la fin d’une certaine période de l’histoire du monde. La fin d’un « éon » comme disent les philosophes.

 

Une anecdote : invité par le C.J.F. juste après la guerre à faire une conférence dans le pays basque devant un couvent de moines basques, tous en soutane et béret basque. Leur question principale était : « les Juifs reviennent à Jérusalem, est-ce la fin du monde ? » Ils voulaient faire allusion à la fin des temps. Cela m’a fait comprendre pourquoi tant de Goyim s’opposent à ce que les Juifs reviennent à Jérusalem. Ils craignent plus ou moins inconsciemment la fin du monde. En fait du point de vue de l’hébreu אחרית הימים A’harit HaYamim c’est la fin de l’exil et non pas la fin du monde. C’est la fin d’un temps du monde. Je referme la parenthèse.

 

J’ouvre ici une analyse de la manière suivante pour vous aider à lire plus rapidement le texte du Maharal. On a bien compris au fond tous les éléments du problème. Les deux choses sont vraies : Israël a accepté et Dieu a imposé. Lorsqu’on entend cet enseignement selon lequel la Torah a été donnée par contrainte, on risque d’oublier que d’autre part c’est parce qu’Israël a accepté. Et lorsqu’on met l’accent sur le fait qu’Israël avait accepté de sa propre bonne volonté - comme dira Kant – on oublie qu’il est vrai d’autre part aussi que c’est sous la contrainte que la Torah a été donnée. Et la contrainte est la contrainte de la révélation elle-même.

 

Je crois que la solution est dans la formule suivante. C’est bien par contrainte que la Torah a été donnée mais elle n’a été donnée par contrainte qu’à ceux qui étaient prêts à l’accepter librement. Et le Maharal va se servir d’une image très forte. C’est l’image du mariage. On ne marie que des fiancés. Mais les fiancés on les marie. A partir du moment où c’est volontairement qu’on accepte l’alliance, l’alliance est imposée. Pourquoi ? Pour qu’elle soit irréversible ! A cause précisément des caprices de la motivation de la volonté. Lorsqu’il y a eu expérience suffisante qu’il y avait bonne volonté, alors c’est imposé ! Et nous verrons comment le Maharal va l’expliquer. Cela fait voler en éclat toute l’analyse de la philosophie générale concernant le problème du devoir, concernant le problème de la bonne volonté.

 

Je vais employer deux termes philosophiques que je vais expliquer en me basant surtout sur Kant parce que c’est son vocabulaire qui a été choisi par les historiens de la philosophie : en philosophie générale on se demande où est la dignité morale : dans une morale de l’autonomie ou dans une morale de l’hétéronomie ?

 

Hétéronome cela veut dire que la loi est imposée de l’extérieur de la conscience. Hétéro-nomos : la loi est donnée de l’extérieur. Autonome, cela veut dire que la loi procède de la conscience même. Vous voyez qu’il y a une sorte de postulat dans la culture occidentale que la dignité morale c’est dans l’autonomie. Je veux la loi.

 

La loi imposée de l’extérieur ce n’est pas joli pour la conscience morale occidentale. Elle refuse la discipline qui vient de l’extérieur mais accepte la bonne volonté qui vient du domaine de la conscience.

 

Les historiens de la philosophie en général se basent là sur Kant et ont commencé à dire qu’il y a une évolution. C’est une mentalité très chrétienne de la critique chrétienne du judaïsme. Il y a d’abord le stade de l’hétéronomie : à l’enfant en bas âge est donnée la loi de discipline, et ensuite à la maturité il accède à l’autonomie morale. Cf. les expressions « ancien testament - nouveau testament » avec toute la manière habituelle des théologiens d’exploiter ce thème. D’abord l’hétéronomie : la loi, la discipline, et ensuite l’autonomie : la bonne volonté, l’amour et la foi... etc.

 

Etudiant en ethnologie, j’ai eu en travaux pratique à étudier des comptes rendus de théologiens belges au Congo belge. Des missionnaires au Congo qui convertissaient les Africains. Le problème était le suivant : ils avaient à résoudre un problème théologique qui nous parait aberrant mais qui pour eux était très sérieux : fallait-il d’abord mener les animistes au judaïsme et ensuite au christianisme ? Les faire d’abord passer par le stade de la loi imposée pour qu’ils puissent ensuite apprécier le progrès de l’amour gratuit ? Mais ils ne le font pas pour la conversion au christianisme d’un occidental !

 

Ce que le Maharal nous dévoile par rapport à ce problème et qui est extrêmement fort, c’est que c’est l’inverse. Ce n’est qu’à celui qui est capable de la morale autonome - « je veux le bien » - que la Loi est imposée. Et non pas l’inverse !

 

Le peuple d’Israël a d’abord passé un test : est-ce que de lui-même il accepte la vérité morale ? Et quand Dieu a été sûr que de lui-même le peuple d’Israël accepte la vérité morale, alors Dieu la lui impose, pour que ce soit sûr et irréversible. C’est donc l’inverse : d’abord le stade d’une autonomie, et ensuite seulement le stade de l’hétéronomie.

 

Alors là il faudrait ouvrir toute une énorme parenthèse en pédagogie. D’autant plus que l’on s’est habitué dans les milieux juifs pieux à la pédagogie de Naassé VéNishma dans l’ordre « fais d’abord tu comprendras ensuite ». Alors que l’ordre qui nous est indiqué ici c’est l’ordre inverse ! C’est celui qui veut par lui-même qui a suffisamment compris ce qu’il y a à faire à qui on demande de faire.

 

J’ouvre donc une parenthèse, d’autant plus qu’il n’y a pas de hasard dans ces sujets-là, c’est dans la même page de la Guémara de Shabat que se trouve l’enseignement du Naassé Vénishma

 

Naassé Vénishma que l’on utilise dans cette pédagogie consiste d’abord à se mettre à l’abri du faire pour se donner le temps du comprendre, de savoir. Je suis en train de réfléchir que dans le terme « savoir faire » le savoir vient avant le faire. Mais là le faire vient avant le savoir : Naassé Vénishma c’est un drash. C’est-à-dire que le pshat c’est l’inverse : on écoute d’abord ce qu’il y a à faire et ensuite on le fait. Mais là on fait avant d’écouter. Avec le faisceau de sens du terme Lishmoa qui signifie à la fois écouter et comprendre, la Guémara dit que lorsque les Hébreux ont dit Naassé Vénishma - Naassé AVANT Nishma: « Dieu a dit : Qui a dévoilé ce secret à mes fils, ce secret qui est le propre des anges ? » qui font pour savoir ce qu’il y a à faire ! Cela veut dire que le pshat c’est Nishma véNaassé et que c’est un ordre a-logique qu’Israël a accepté Naassé Vénishma. Et il y a là toute une dialectique dans les Méfarshim de la Guémara que je vais vous résumer sur certains points.

 

"Rav 'Hama le fils de Rabbi 'Hanina a dit: que signifie le verset: "comme un pommier parmi les arbres de la forêt..." (Cantique des Cantiques, 2-3) ? [D'autre part], pourquoi Israël est-il comparé à un pommier ? C'est pour t'enseigner que de même que le pommier produit son fruit avant ses feuilles, de même Israël a dit: "Nous ferons" avant "Nous écouterons" (Shabat 88a).

 

« Pourquoi Israël est-il comparé, par analogie avec Dieu, au pommier ? » Tossefot expliquent ici qu’il s’agit du cédrat. C’est un arbre qui donne des fruits avant de donner des feuilles.

Mais Tossefot expliquent qu’en réalité, les feuilles de la récolte précédente restent pendant que les fruits de la récolte suivante apparaissent. C’est-à-dire à l’abri du Nishma précédent le Naassé futur se formule. Si bien que cet ordre de Naassé véNishma a d’abord un ordre logique. Seulement il y a urgence dans l’ordre du faire. On se met à l’abri du faire, un faire élaboré par un Nishma précédant, dans la génération précédente. Il y a un ordre différent pour celui qui enseigne ce qu’il y a à faire et pour celui qui écoute ce qu’il y a à faire. Pour celui qui enseigne ce qu’il y a à faire, le Nishma a précédé le Naassé. Mais pour celui qui écoute ce qu’il y a à faire le Naassé va précéder le Nishma.

Mais tant qu’Israël n’a pas dit Naassé Vénishma et n’a pas ajouté Nishma à Naassé, l’alliance de la Torah n’a pas été conclue. Il y a trois fois cette expression. Deux fois il n’y a que Naassé et la 3ème fois, il y a Naassé Vénishma. Ce n’est que lorsqu’il y a Naassé Vénishma que l’alliance de la Torah a été conclue. Voilà donc ce que je voulais ajouter concernant cette expression elle-même.

 

En fait, je reprends l’analyse théologique du problème : Il faut s’habituer à cela qu’il y a d’abord acceptation de la bonne conscience et alors la loi est imposée. Et non pas l’inverse que d’abord la loi est imposée dans l’espoir d’arriver à la bonne conscience.

 

Comme j’ai bien conscience que le sujet est nouveau alors je vous demanderais quand même de réagir car je voudrais être certain que c’est suffisamment clair. 

 

Je répète encore une fois l’analyse : en philosophie générale, l’ordre de la dignité morale c’est hétéronomie d’abord, autonomie ensuite. Le Maharal nous dévoile qu’au Sinaï c’est l’inverse qui s’est passé. La Torah a été imposée – hétéronomie – à l’homme qui était déjà de par lui-même prêt à l’accepter – autonomie. Cela veut dire qu’il y a d’abord l’apprentissage de l’autonomie morale, alors seulement est là la garantie du code de la loi imposée. Avec l’image du mariage : on ne marie que des fiancés, mais des fiancés on les marie. Il y a un contrat.

 

…/…

 

Moïse dit à Dieu : « ils ont dit ‘tout ce que Dieu nous diras nous le ferons’, alors Dieu dit à Moïse : s’il en est ainsi, Je viens dans l’opacité de la nuée pour parler avec toi, de telle sorte que même en toi ils aient foi à jamais ».

 

Cela voulait dire que jusque-là ils n’avaient pas encore foi en Moïse. 

J’ouvre une parenthèse : Pendant tout le temps d’Israël en Egypte, il y avait une tradition de la foi des ancêtres, de la foi des patriarches que l’exil prendrait fin, que Dieu interviendrait, mettrait fin à l’exil et ramènerait le peuple des Hébreux au pays de leurs ancêtres. J’ai schématisé, mais c’est clair. Avant Moïse voilà en quoi Israël croyait : depuis Abraham, Isaac et Jacob. Dans la Torah on voit à quel point c’est dit de façon évidente. De Torah, aucune allusion. Et voilà que Moïse réalise cette foi d’Israël qui est au fond, je schématise un peu, pas autre chose que le sionisme. L’exil va prendre fin et on rentre au pays des ancêtres ! Voilà la foi des Hébreux en Egypte. Et Moïse réalise cette foi des Hébreux en Egypte et les fait sortir d’Egypte, dans les tribulations que vous savez d’autre part. Il les amène au pied du Sinaï et leur dit : voilà ce que Dieu me charge de vous dire :

 

Chapitre 19:6:

וְאַתֶּם תִּהְיוּ-לִי מַמְלֶכֶת כֹּהֲנִים, וְגוֹי קָדוֹשׁ

אֵלֶּה, הַדְּבָרִים, אֲשֶׁר תְּדַבֵּר, אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל

Et vous, vous serez pour moi un peuple de prêtres et une nation sainte.

Voici les paroles que tu tiendras aux enfants d'Israël ».

 

Ce n’est pas encore les 10 commandements ! Dans l’ordre du récit, voilà ce qui devait se passer au Sinaï : Moïse devait transmettre toute la Torah dans un seul message : vous serez pour moi un peuple de prêtres et une nation sainte !

A ce moment-là le peuple dit [19:8] :

 

19.8

וַיַּעֲנוּ כָל-הָעָם יַחְדָּו וַיֹּאמְרוּ, כֹּל אֲשֶׁר-דִּבֶּר יְהוָה נַעֲשֶׂה; וַיָּשֶׁב מֹשֶׁה אֶת-דִּבְרֵי הָעָם, אֶל-יְהוָה

Le peuple entier répondit d'une voix unanime: "Tout ce qu'a dit l'Éternel, nous le ferons!" Et Moïse rapporta les paroles du peuple au Seigneur.

 

Avec l’accent des Taamim : le peuple répond à Moïse : « Tout ce que Dieu nous dira nous le ferons ». Cela implique ce que tu nous dis, toi Moïse, cela a l’air d’être un « nouveau testament », c’est nouveau, alors que Dieu se révèle et nous le dise Lui-Même !

 

On y est tellement familier qu’on lit l’histoire à l’envers. Avant le Sinaï, personne ne se doutait du Sinaï. Sauf la tribu de Lévi qui était au courant. Mais avant le Sinaï, quelle était la foi d’Israël ? La fin de l’exil ! Nékoudah !

 

Et celui-là même qui réalise la foi d’Israël par la fin de l’exil, vient leur dire : il y a une Torah à la clef ! C’est tellement nouveau que le peuple dit : « on veut l’écouter de Dieu !» C’est cela qui se passe. On ne connait pas encore la suite. Alors Dieu dit : « Je vais Me révéler  à eux te parlant ainsi ils auront foi en toi… »

 

Il faut se réhabituer à lire le texte dans l’ordre. On ne connait pas la suite.

 

Cela veut dire : Le message que Moïse leur a sorti est tellement nouveau qu’il était nécessaire que Dieu se révèle pour le confirmer. C’est la grandeur d’Israël d’avoir exigé cela. Lorsqu’il y a eu révélation aux patriarches, la descendance des patriarches a eu foi par cette révélation faite aux patriarches. Relisez la révélation aux patriarches, elle tient toute entière dans cette formule : « Ta descendance sera en exil mais l’exil prendra fin… ». En termes sociologiques simples c’est exactement le sionisme.

 

La foi de nos ancêtres dans l’exil, dans tous les exils, c’est que l’exil prendra fin. Et voilà que Moïse, celui qui réalise le programme « sioniste » de l’Egypte si j’ose dire, leur parle de « Mamlekhet Kohanim véGoï Qadosh » !? Vous allez être le peuple de prêtres de l’humanité... alors le peuple réagit en disant : « Eh bien que Dieu nous le dise !» Mais ils sont prêts à le faire si Dieu le demande.

 

Et donc, de nouveau en schématisant tout cela, lorsque Dieu a fait passer ce test à Israël pour savoir si Israël serait prêt de par lui-même n’ayant aucune preuve de quoi il peut s’agir ce qui est la grandeur, le Zkhout Avot. Alors à ce moment-là,  Dieu décide de l’imposer pour que ce soit sûr et irréversible et pour s’interdire de changer l’état d’Israël.

 

Là je me réfère à tout un passage du prophète Amos : Il y a des turbulences dans la relation conjugale avec des raisons suffisantes de divorce mais comme dit Dieu : « Si je ne m’étais pas interdit de vous changer il y a longtemps que je vous aurais changé avec un autre peuple ». Relisez Amos. Mais J’ai juré et c’est irréversible... L’alliance est irréversible. C’est pour cela que Dieu a imposé ce mariage c’est pour qu’il n’y ait pas de divorce.

 

Mais la Torah a prévu des mariages et des divorces. Mais un seul cas où le divorce est impossible : lorsque la femme a été prise de force. Alors le mari n’a plus le droit de la divorcer. C’est ce qui s’est passé au Sinaï. Dieu a demandé Israël en mariage. Israël a accepté, alors Dieu l’a prise de force pour s’interdire de la divorcer.

 

Voyez la finesse d’analyse du Maharal ! Il va au-delà de l’objection la plus ultime. Il s’agit effectivement de rendre la promesse irréversible : un mariage où il ne peut pas y avoir de divorce. C’est la raison pour laquelle c’est par contrainte que la Torah a été donnée à Israël pour que ce soit Israël pour l’éternité qui soit Israël. Il n’y en a pas d’autre.

 

Q : - inaudible -

R : Il y a une différence entre Israël en tant que collectivité et l’individu. [Divorcer], Israël en tant que collectivité ne l’a jamais fait et ne le fera jamais. Mais les individus sont des individus. Vous comprenez bien le niveau de l’analyse.

Juste avant un passage que l’on n’a pas traduit. Tout un passage dans Ezéchiel sur cette éventualité :  « Vous dites que vous voulez divorcer et bien je ne vous laisserez pas divorcer. Et Je régnerais sur vous de force ». C’est le problème de la dialectique don-acceptation de la Torah c’est de l’ordre d’une alliance de telle sorte que ce soit une alliance irréversible.

 

Je reprends depuis le début de l’analyse :

Il y a d’abord eu le temps des fiançailles où Israël a accepté et ensuite il y a eu le temps du mariage où l’alliance est imposée de telle sorte que ce soit irréversible. En tout cas du point de vue de Dieu effectivement cette alliance est irréversible. Et puisque Dieu ne change pas alors cette contrainte reste perpétuelle pour Israël.

 

Tant qu’Israël pratique Pourim c’est le signe qu’Israël ne demande pas le divorce. Nous avons la clause la meilleure. Quelle est notre Torah finalement ? Le carnaval de Pourim !

 

Q : inaudible –

R : On l’a étudié auparavant : Quelle est la nature de cette contrainte au Sinaï ? La réponse est très simple. C’est la révélation elle-même qui est cette contrainte : quand Dieu se révèle il y a contrainte. Or, le temps de A’hashverosh c’est le temps où la révélation a cessé. C’est la fermeture du canon biblique. La prophétie se tait au temps de Méguilat Ester. Et d’ailleurs la trace de ce silence de la prophétie c’est le fait que le nom de Dieu n’apparait pas dans le livre d’Esther. C’est l’achèvement du temps de la révélation. Cela veut dire : bien que la contrainte de la révélation ait cessé, Israël a continué à rester fidèle à la Torah. Au niveau collectif avec les exceptions possibles à l’échelle individuelle. On voit bien le nombre de demandes de divorce à l’échelle individuelle qui montre bien cette difficulté de tension de cette fidélité entre Israël et Dieu. Je crois que cette image du mariage qu’a choisi le Maharal est plus qu’une image. Il y a dans Massékhet Guitin au 3ème chapitre, la Guémara étudie tous les cas de divorce que le Beit Din refuse. Par exemple, lorsque le mari s’est mis en colère. Il divorce sa femme en lui disant « je te répudie » par colère. Le Beit Din ne considère pas cela comme une motivation suffisante de divorce. Au-delà des aléas de l’alliance, il y a le fait d’une alliance irréversible et c’est pourquoi cela a été imposé.

 

Je le répète parce que la difficulté vient de ce que nous sommes habitués à cause de notre culture générale à un tout autre ordre des valeurs. Dans l’imprégnation de culture générale à laquelle nous sommes habitués il y a d’abord le stade de l’hétéronomie et ensuite le stade de l’autonomie. Alors que selon cet enseignement du Maharal c’est l’inverse. Il y a d’abord eu le stade de l’autonomie, c’est le temps des Avot. Les Avot par eux-mêmes ont choisi Dieu. Alors Dieu a imposé sa souveraineté à la descendance de ces Avot. Il y a d’abord eu le choix libre de bas-en-haut et ensuite il y a eu la transcendance de haut-en-bas.

 

Q : inaudible -

R : Cela veut dire que c’est au temps de A’hashvérosh que se dévoile qu’ils l’avaient accepté volontairement au Sinaï. Et effectivement, il y a une adhésion de 2ème nature au temps de A’hashvérosh. Bref rappel : nous, nous sommes les Juifs et il nous est parlé de la Torah des Hébreux. Or, le temps des Hébreux étaient très différents du temps des Juifs. Au temps des Hébreux il y avait révélation. Au temps des Juifs, la révélation est cachée. Nous étudions dans des livres et avec des maîtres la trace de la parole qui avait été donnée au temps des Hébreux. Mais au temps des Hébreux, cette parole s’est révélée dans une expérience que nous les Juifs nous n’avons pas. Il n’y a que ceux qui sont doués du Roua’h HaQodesh qui ont un peu cette expérience qu’avaient les Hébreux du temps des prophètes. Je crois qu’il faut bien restituer cela : nous sommes secondarisés par rapport à l’expérience qui a été primaire au temps des Hébreux. Nous sommes obligés de passer par des médiations théologiques pour envisager des expériences qui ont été immédiates par nos ancêtres qui vivaient avec les prophètes. Et alors, le grand handicap des Juifs c’est qu’ils font semblant que le monde dans lequel ils vivent c’est le même que celui dont la Bible parle. Alors que ce n’est pas le même monde. Le monde dont la Bible parle c’est un monde où Dieu se révèle. Alors que le monde où les Juifs vivent est un monde où Dieu est caché. Il faut prendre cela au sérieux. Nous les rabbins, quand un Juif vient nous dire : « Dieu s’est révélé à moi », on lui donne l’adresse d’un psychiatre. Cela ne veut pas dire qu’on ne croit pas que Dieu se révèle mais il y a des conditions. Il ne faut pas faire semblant d’esquiver le problème. Il y a un temps différent entre les Hébreux et les Juifs. Et le problème des Juifs c’est que tout se passe comme si nous sommes en train de redevenir Hébreux. Alors, il faut se rendre compte qu’il s’agit d’une mutation d’identité. Mais il y a si longtemps que c’est arrivé, il y a 2000 ans, au temps d’A’hashvérosh.

Pour répondre à la question, il est évident que l’adhésion au judaïsme est un 2ème mérite après l’adhésion à l’hébraïsme. La problématique de l’adhésion à l’hébraïsme émet déjà une première problématique, c’est ce qui se passe au Sinaï et depuis le Sinaï jusqu’à la reine Esther. Et l’adhésion au judaïsme est une 2ème problématique : ce qui se passe à partir de l’arrêt de la révélation.

 

Q : inaudible.

R : Tout se passe comme si nous étions entrain de vivre les événements à la sortie d’Egypte. Oui au temps de la sortie d’Egypte, il y avait un Moïse. En fait c’est cela la question.

On a mythifié ce dont la Bible a parlé et je ne veux pas dire que l’on a fait exprès pour faire en sorte de ne pas le reconnaitre quand cela recommence, mais on a mythifié ce dont la Bible a parlé et on n’arrive plus à reconnaitre ce dont elle a parlé. C’est pourquoi il faut s’en tenir au pshat le plus pshat. Le peuple d’Israël est en train de revivre à sa manière l’histoire que la Torah nous a racontée dans la famille des patriarches. Elle nous raconte l’histoire de la fin d’un exil et de la réhébraïsation de l’identité abrahamique avec toutes les difficultés et toutes les problématiques que nous sommes en train de vivre à l’échelle collective.

 

Je les rappelle en les résumant: Abraham revient d’exil où il s’appelle Abram. C’est là que l’histoire commence, à la sortie d’Our-Qasdim. Le 1er problème c’est de savoir ce que faisait Abraham à Our-Qasdim ? Pas plus difficile que de se poser la question de savoir ce que font les Juifs à Sarcelles ou à Brooklin ? Ce qu’un juif fait où il se trouve partout en exil... Quoiqu’il en soit Abraham sort d’un exil. Il s’appelle Abram. Et la Guémara dit en clair : son identité était araméenne. Abram c’est Av Aram. Il faut tout un effort de retrouver l’identité hébraïque et alors il s’appelle Abraham.  L’alliance va commencer. Ce sont toutes ces péripéties-là que nous sommes en train de vivre. Je vous donnerais une analogie, et je crois qu’avec le temps on peut se permettre d’être un peu plus aigu. Ce couple araméen-hébreu est très parallèle à celui de notre temps entre juif-israélien. Les Juifs sont les Hébreux de l’exil romain. De la même manière que les Araméens étaient les Hébreux de l’exil de Babel. Il faut lire la Bible comme elle est écrite. Et pour que Abraham redevienne hébreu, il faut qu’il se dépouille de ce que les Kabbalistes appelent Qlipat Aram – l’écorce araméenne. Nous savons très bien que c’est le problème de société qui est en jeu entre juifs et israéliens. C’est un problème extrêmement compliqué, grave et difficile. Il faut se dépouiller de la condition du juif de la diaspora. C’est ce qui se passe à chaque sortie d’exil : une nécessité de se dépouiller de l’identité araméenne pour redevenir hébreu. Ce n’est qu’à postériori que les descendants reconnaissent qui étaient Abraham. Ishmaël et Isaac étaient tous deux fils d’Abraham. Mais seul Isaac savait qui était Abraham. Ishmaël avait lui un ancêtre qui s’appelait Abram (ou Ibrahim) et n’avait pas la même perception du phénomène. De la même manière que les contemporains de Moïse, les 4/5ème des Hébreux n’ont pas vu qui était Moïse. Vous me dites : « on ne voit pas !» Mais ceux qui ne voient pas ne voient pas... Ce n’est pas évident que cela doive être évident. Mais quand une vérité est aveuglante, on est aveuglé et on ne voit pas…

 

Même problème avec ceux (souvent les Chrétiens) qui demandent des signes de la fin des temps. Je crois que cela procède d’une mentalité secondarisée, littéraire. Ceux pour qui la Bible est un livre. Mais ce n’est pas un livre mais une parole qui a été mise par écrit quand la révélation a eu lieu. Vous croyez que Dieu est un libraire ? Et nous serions un peuple de libraires ? Je sais bien que depuis Buber il y a une espèce de cliché que nous sommes le peuple du livre. On n’est pas du tout le peuple du livre ! Nous sommes le peuple de Celui qui a dit ce qui est écrit dans le livre. Je dis souvent mais je le répète parce que tout cela est un faisceau de problèmes qui se relient : Ce n’est pas parce que c’est écrit que c’est vrai, c’est parce que c’est vrai que cela a été mis par écrit. Mais qui savait que c’était vrai pour être mis par écrit ? C’est ceux qui voyaient ! Cela sort du Beit Hamidrash de telle ou telle époque. Lisez Baba Batra : comment ces choses-là sont devenues un livre. Mais parmi les contemporains, il y a ceux qui voyaient et ceux qui voyaient pas.   

 

Je reviens au problème, j’ai l’habitude de répondre de la manière suivante, vous me direz si c’est suffisamment convaincant : Il y a des événements qui sont eux-mêmes leurs propres signes. Et si on en cherche le signe, dans un événement qui est lui-même le signe, c’est qu’on est incapable d’être sensible à quelque signe que ce soit.

 

Deux milles ans c’est d’une massivité telle que un événement impossible pendant 2000 ans subitement devient possible c’est l’événement lui-même qui est le signe ! Et si on demande un signe face à un événement pareil, c’est montrer qu’on est incroyant. C’est le fait de demander un signe du miracle qui montre qu’on est incroyant. Cela procède de la mentalité magique et païenne. C’est évident. Je crois effectivement que ces quelques derniers siècles l’intelligentsia qui a mythifié les réalités bibliques alors elle est incapable de les diagnostiquer.

 

On a mythifié la figure du messie. On l’a mythifié de manière telle qu’elle devient indiagnostiquable. Chaque fois que les gens me parlent du Messie qu’ils attendent ou qu’ils n’attendent pas je leur demande de quoi ils me parlent ! Personne n’est capable de dire de quoi il s’agit. La tradition elle-même n’a rien laissé à ce sujet. Sauf Maïmonide. Et alors ceux qui ont des raisons de ne pas croire ce que Maïmonide dit, croient-ils à Maïmonide partout sauf dans ce chapitre ?

 

C’était précisément la prérogative des prophètes de comprendre le présent parce qu’ils connaissaient le passé. Pour expliquer le présent à leurs contemporains. Avec ce grand privilège du temps des Hébreux contemporain de la révélation qui était réelle. Nous sommes d’un temps où cela est caché, il y a un temps où elle était dévoilée. Nous en parlons par allusion. Les Hébreux voyaient alors que, nous, nous comprenons (ou ne comprenons pas) ce qu’on nous dit au sujet de ce que les Hébreux voyaient.

 

 

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Published by Rav Léon Askénazi - dans CALENDRIER & FÊTES
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