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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 19:01

HOSHANA RABBAH - TEMPS JUIF ET TEMPS UNIVERSEL - Suite & fin.

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/hoshana_raba_temps_juif_et_temps_universel/cours_1

 Durée : 44,8 minutes
Face B

 

Effectivement, beaucoup de traditions se sont fondées au nom de la Torah elle-même sur ce principe que la loi est trop difficile pour être appliquée : il faut trop chaud, le soleil brille trop fort...

 

Cela peut être analysé, c’est un sujet pour lui-même. Cette attitude consiste à reconnaître que Dieu a bien révélé Sa loi mais qu’elle est trop difficile à pratiquer et donc on ne peut pas être sauvé d’après cette loi trop difficile à pratiquer. On claque la porte ! Alors que l’attitude de la fidélité des Juifs à la Torah a été tout à fait différente. Même lorsque les conditions d’existence font que telle ou telle loi  de la Loi est difficile à appliquer, alors la législation orale établit comment on se relie à la loi, même sans l’appliquer, et en regrettant de ne pas pouvoir l’appliquer. C’est une attitude radicalement différente. Et ce sont effectivement des  théologies radicalement différentes qui sont issues de ce débat.

 

De la même manière cet échec, ce danger, cet écueil, se trouve aussi au sein de la communauté juive qui reste fidèle à la tradition en général. On a dans certains milieux qui s’appellent « réformés » ou « libéraux » une attitude assez analogue. Leur discours consiste à dire qu’au 20ème siècle, il y a des prescriptions trop difficile à pratiquer et qu’on annule... Cela ressemble à l’attitude qui referme violemment la porte de la Soukah. Alors que l’attitude traditionnelle est très différente : la vérité de la loi c’est la vérité de la loi, et si les conditions de l’existence font qu’il y a difficulté on regrette de quitter la Soukah si on la quitte et on regrette de la quitter (et de ne pas pouvoir accomplir la loi).

J’en arrive au dernier point de cette correspondance en citant une tradition très connue qui nous vient du Talmud : Sim’hat Torah est donnée comme jour supplémentaire après Soukot et qui est de nouveau réservé à la spécificité d’Israël.

Rappelez-vous de ce parallèle : Soukot c’est comme Pessa’h au niveau de l’universel. C’est Israël qui fête Soukot, mais en lui donnant une signification d’introduction de ce qui peut être sauvable et sanctifiable dans l’universel humain à l’intérieur de la liturgie d’Israël. Et nous verrons les correspondances de détails qu’ont donnés nos maîtres de façon très précises. Ce sont-là les 7 jours de Soukot qui s’achèvent à Hoshana Raba où nous vivons cette demande du salut telle qu’on l’avait connu au passage de la mer rouge : Vayoshaa – Hoshaana – Et une fois que ce salut est obtenu à l’échelle de l’universel, cependant il y a un jour supplémentaire qui est Shemini ‘Hag Aatseret-Sim’hat Torah qui est réservé uniquement à Israël.

 

Le Midrash, si je me souviens bien des détails, dit que le Roi du monde après avoir offert un banquet à toutes Ses créatures a dit à son fils préféré : « Toi, reste un jour encore avec moi » C’est Sim’hat Torah !

 

Maharal et spécificité d’Israël

 

Nous en arrivons-là à la 2ème partie du sujet que je voulais analyser, je le ferais sur un texte du Maharal qui est sur la spécificité d’Israël à travers cette expérience qui, je crois, est propre la tradition d’Israël : une religion de l’universel humain, une religion qui reconnait comme Dieu le Créateur de l’universel humain.

 

Nous avons commencé notre histoire à Pessa’h. Elle aurait pu être, si les nations du monde l’avaient accepté, en même temps l’histoire du salut de l’universel humain.

 

Je vous le rappelle très rapidement : Au moment de la sortie d’Egypte, Israël reçoit comme vocation d’être peuple de prêtres de l’humanité entière. Et à travers Israël, le fils aîné, qui a eu le premier l’expérience de ce salut de la sortie d’Egypte, l’humanité entière aurait pu à travers le salut d’Israël être sauvée du salut d’Israël en acceptant Israël comme « מַמְלֶכֶת כֹּהֲנִים, וְגוֹי קָדוֹשׁ   mamlekhet kohanim ve goy qadosh. » (Ex.19:6). L’humanité a refusé. Elle le refuse encore. Je n’ai qu’à citer une motion de l’O.N.U désignant Israël comme le seul peuple raciste de l’humanité. Il faut se rendre compte du manque d’humour de l’universel humain, et cela est dit sérieusement en plus !

Cela a été refusé. Corollairement, il se dévoile qu’Israël sortant d’Egypte n’était pas encore à la hauteur d’une telle mission. Rappelez-vous ce qui est arrivé 40 jours après le Sinaï à la fête du veau d’or, et les raisons pour lesquelles ce qu’on appelle « la faute du veau d’or » a eu lieu. Tout cela est reporté à la fin des temps.

 

Alors, entretemps, Israël vit sa propre histoire à Nissan dans une sorte de souvenir familial. La Hagadah de Pessa’h est une histoire de famille, mais à Soukot, Israël vit le Pessa’h de l’universel humain en y intégrant en intention (parce que c’est impossible autrement) les 70 nations.

 

Mais voilà que, lorsque c’est réussi, alors se dévoile de nouveau le caractère de la spécificité de « l’élection d’Israël ». Vous savez que ce terme est un peu insidieux, désignant de façon négative une sorte de prétention d’Israël à un élitisme d’élection. C’est mal traduit de l’hébreu. [Cf. A. Chouraqui : « Le peuple élu est souvent en ballotage ».] Mais de fait, il y a une mise à part d’Israël, et qui commence à se dévoiler de notre temps de plus en plus, par rapport à l’histoire des nations.

Nous sommes à la 40ème année de l’état d’Israël. Ceux qui ont vécu le temps d’avant l’état d’Israël mais même ceux qui sont nés après du temps de la société d’Israël ressentent que la relation des nations du monde au peuple Israël a changé depuis de notre temps. On perçoit que les nations du monde perçoivent la mise à part de ce peuple et du témoignage qu’il donne aujourd’hui après 2000 ans de son histoire jusqu’à aujourd’hui. Chacune de ces phrases forment le sujet de toute une analyse, mais je referme la parenthèse.

 

Mais cependant il reste Sim’hat Torah après Hoshaana Raba, c’est-à-dire le cas particulier de la spécificité d’Israël.

 

Texte du Maharal:

 

Au début du chapitre 37 de « Tiferet Israël » qui parle précisément de la spécificité d’Israël dans son rapport à Dieu, à Dieu qui est le Créateur et la Providence de l’universel des mondes et donc de l’universel humain et en ce qui concerne la relation à la Torah, à Shemini ‘Hag Atseret, le jour du « préféré de Dieu » (J’ai lu je ne sais plus chez quel auteur mais cela m’a beaucoup frappé : On demandait à un père de famille lequel de ses enfants il préférait ? Il répond qu’ils sont tous ses préférés, mais chacun d’entre eux à leur manière ! Alors il y a un préféré absolu, et c’est lui qui est le préféré...)

On commence à reconnaître que le peuple Israël est sans conteste le peuple de Dieu, on commence à l’entendre en clair, mais la Torah l’a dit depuis longtemps.

Voilà comment le Maharal en parle. On peut donner en introduction à cette lecture la phrase que nous disons avant de lire la Torah, on dit dans la Brakhah : « ashér ba’har banou mikol haâmim vénatane lanou éte torato». Les deux choses sont liées : Comment se dévoile cette spécificité d’Israël par rapport à Dieu, Créateur du monde ? C’est à Israël que Dieu a donné la Torah !

 

On peut analyser cela dans les deux sens mais finalement la signification est la même :

Pourquoi la Torah a t’elle été donné à Israël ? C’est parce qu’Israël est le peuple de Dieu à priori !  Et pourquoi est-il le peuple de Dieu ? Parce que c’est le peuple à qui on peut donner la Torah !

 

Une autre citation du Maharal dans « Netsa’h Israël » :

 

« De la même manière que c’est Dieu qui unifie Israël, pourquoi c’est Dieu qui unifie Israël parce que Lui est Un et Il est le Dieu d’Israël. »

 

Israël est une sorte de résumé de l’humanité. C’est un sujet pour lui-même. Israël reflète toute la diversité de la diaspora humaine. Et effectivement, ceux qui connaissent les problèmes propres à la société israélienne en général se rendent compte à quel point c’est une société où se reflètent toutes les diversités de l’humanité en général. La spécificité d’Israël c’est d’être universel. Cela a l’air d’un paradoxe, mais c’est un sujet pour lui-même. Et c’est Dieu qui les unifie parce qu’Il est Un et que parce que ce peuple est Son peuple. Cela veut dire qu’on trouve en Israël ce même lien – à la fois tension - que nous avons en Dieu Lui-même : spécifique, unique et en même temps, l’universel absolu. Ceci se retrouve au niveau humain dans l’identité d’Israël nous dit le Maharal.

 

« Et c’est pourquoi Dieu unifie Israël jusqu’au point où ils sont un peuple un. Comme nous disons dans la prière (Shabat après-midi): « Tu es Un et Ton Nom est Un, et qui est comme ton peuple Israël, peuple un sur la terre ? » Que Dieu qui est Un et en cela qu’il est le Dieu d’Israël (en particulier) c’est par là qu’Israël est un peuple un ».

 

Voyez ce paradoxe qu’un peuple aussi divisé en lui-même, aussi ‘diasporisée’ à l’intérieur de lui-même soit un peuple un. Et nous avons le témoignage négatif de la part des nations du monde : tout juif, quel qu’il soit et de quelque manière qu’il se connaisse ou se définisse, est accusé d’être juif de manière unanime. Nous avons une sorte de témoignage négatif qui met en évidence ce que le Maharal nous dit. L’extérieur d’Israël ne se préoccupe pas des divisions intérieures à l’identité d’Israël pour le mettre à part en tant qu’Israël. (Exemple : à Anvers un attentat a atteint des Juifs orthodoxes antisionistes. Ce fut la stupéfaction chez eux parce que les Palestiniens les avaient attaqué en tant qu’ils étaient d’Israël ! )

 

« Et c’est la raison pour laquelle les guerres de Gog ouMagog qui se définissent comme une guerre contre Israël par le fait que les nations du monde sont l’universel (au pluriel rabim) et Israël un peuple unique, spécifique, seul (yé’hidah). Or, cette Yé’hidout Israël spécificité unicité d’Israël vient de Dieu. Il en résulte que les guerres de Gog sont en réalité contre Dieu en réalité. Car c’est Lui Dieu qui est l’unité d’Israël. »

 

Et lorsque nous sommes dans ce phénomène annoncé dans les prophéties d’Ezéchiel que les nations du monde se dresseront contre Israël – le pluriel des nations contre la nation une et unique – et cela s’appelle la guerre de Gog OuMagog contre Israël – le roi de Gog roi de Magog faisant la guerre contre Israël. Or, j’ai là un texte du Péri Tsadik qui y fait allusion : les kabbalistes ont indiqué que la valeur numérique de Gog OuMagog fait 70 et cela représente la coalition des 70 nations du monde contre Israël.

 

C’est le sujet que vous verrez avec le rav ‘Hazan. Je ne veux pas anticiper sur le sujet : est-ce qu’on a déjà dépassé la guerre de Gog OuMagog, est-ce qu’elle n’est pas encore commencée ? Est-ce qu’on y est en train ? Mais dans tous les cas, sans trancher sur ce problème, on ne peut pas ne pas remarquer qu’Israël a toujours été – bien que cela se dévoile maintenant - en but à une coalition de l’universel humain contre -  chose invraisemblable - ce tout petit peuple qui a eu l’histoire qu’il a eu. Je n’ai pas besoin de vous rappeler tout cela. C’est tellement invraisemblable que c’est un peu comme lorsqu’on parle d’une lumière aveuglante : il fait tellement clair que l’on n’y voit plus rien, cela aveugle…  

 

C’est une des citations par laquelle le Maharal nous définit l’identité spécifique d’Israël.

 

Il nous reste une demi-heure pour aborder ce texte du Maharal sur ce sujet. Je voudrais par crainte de manque de temps tout à l’heure dire quelques mots très rapidement, c’est relié à la conclusion de cette exposé, mais c’est encore à sa place, un peu de la liturgie des Hoshaanot de Hoshaana Raba que nous aurons tout-à-l’heure en Sli’hot, et des Hakafot de Sim’hat Torah. 

 

Il y a chaque jour de Soukot une cérémonie de Hoshaana où l’on entoure le Sefer Torah en disant cette liturgie de la demande du salut. Je vous l’ai dit et j’en profite pour le rappeler : en français le mot de « Hozaana » que l’on entend dans les textes français a changé de sens. On l’emploie dans le sens d’action de grâce, une action de glorification. Alors qu’originairement c’est une prière de supplication qui demande le salut : qu’on soit sauvé de quelque chose...

De quoi demande-t-on à être sauvé ?

En tout cas, il y a chaque jour de Soukot cette cérémonie, et le 7ème jour, c’est-à-dire à Hoshâna Rabah, elle se fait 7 fois. Pendant les 6 jours, il y a à chaque fois une Hakafah un tour et à Hoshâna Rabah, 7 fois. C’est pourquoi il y a 7 prières de Sli’hot, qui correspondent aux 7 bergers d’Israël, les piliers de la famille et de l’identité d’Israël, et qui chacun d’entre eux a réalisé sur terre une des vertus qui ensemble fondent l’unité de la vérité des valeurs.

 

Le premier est Abraham dont la vertu est ‘Hessed la vertu de charité. Le 2ème est Its’haq dont la vertu est Gvourah, le Din, la vertu de rigueur. Le 3ème est Jacob dont la vertu est Tiferet, l’harmonie – l’unité entre la charité et la rigueur. On l’appelle aussi la miséricorde. Et le 4ème est Mosheh dont la vertu est Netsa’h, la permanence, l’éternité. Tout ce que Mosheh a touché devient éternel. Toutes les valeurs d’Israël auxquelles Moïse a donné son empreinte sont devenues éternelles à travers d’ailleurs l’universel humain aussi, même si c’est contesté. Mais c’est cela qu’on conteste et pas autre chose. Le 5ème est Aharon avec la vertu de splendeur - Hod. Yesod le fondement de la fécondité, dans le sens strict de ce qui permet les engendrements dans l’histoire. Bien que l’homme ait une existence qui est coupée entre sa naissance et sa mort, l’humanité est traversée d’une fécondité dont la force est celle de Yesod, et c’est Joseph qui la représente. Et la 7ème qui est Malkhout la souveraineté, c’est David.

 

Le Péri Tsadik a mis en forme un enseignement du Zohar selon lequel chacun de ces jours qui est consacré à l’une de ces valeurs et à l’un de ces patriarches : c’est la demande d’être sauvé de ce qui peut rendre impur cette valeur considérée.

Il y a la charité et la charité impure. Il y a la rigueur et la rigueur impure... etc. C’est ce qu’on appelle en termes de Qabalah « l’autre côté » du monde. Nous sommes dans un monde ambigu, qui est à la fois bien et mal. Alors il y a la charité du bien et la charité du côté du mal... Il y a une manière de faire la charité qui consiste à être charitable pour les Reshayim. Etant donné que le propre de la charité est précisément d’être charitable pour celui qui ne le mérite pas, on en profite pour être charitable par privilège pour ceux qui ne le mérite pas. La croix rouge par exemple qui se fait charitable par privilège sélectif pour les ennemis d’Israël assassins. C’est à cela que je pense. Cette manière d’être charitable qui d’ailleurs intoxique souvent la conscience juive elle-même.

Pour chaque valeur, il y a une caricature correspondante de la valeur du côté de l’impureté. Et c’est de cela que nous demandons à être sauvé. Le 1er jour de Soukot, nous demandons à être sauvé du ‘Hessed de Sitra A’harah. Hoshaana de cela. Le 2ème jour de Gvourah de Sitra A’harah... etc.

 

Le Péri Tsadik nous dit qu’effectivement il y a eu 7 ennemis d’Israël qui ce sont polarisés autour de ces caricature de valeurs. Il nous faudrait des citations et une érudition très abondante mais je vous le dit vraiment en filigrane simplement pour vous indiquer ce plan d’une étude qui mériterait d’être faite à la loupe pour elle-même. Elle nous prendrait des heures.

 

Par rapport à ‘Hessed la vertu d’Abraham, c’est l’Egypte. Il faudrait citer les versets.

Par rapport à Gvourah c’est la Syrie - Ashour.

Par rapport à Tiferet c’est Babel.

Par rapport à Netsa’h de Mosheh c’est Madaï (Paras ouMadaï).

Par rapport à Aaron c’est Yavan. Yavan c’est la sagesse du côté de l’impureté, la philosophie, celle qui s’attaque à la Torah shébéalpeh qui est le privilège d’Aharon. « Torat Emet Béfiou » c’est Aaron.

Et donc Yesod c’est Edom.

Donc ce sont là les 6 jours de ‘Hessed à Yessod. Intentionnellement, je vous dis des choses intraduisibles pour vous inciter à les étudier. Vous avez toute la vie pour cela.

Et le 7ème jour par rapport à Mashia’h ben David c’est Gog ouMagog : 7x10, les 70 nations coalisées contre Israël. C’est le grand Hoshaana : qu’on soit sauvé de cela ! 

 

Le Péri Tsadik du Rav Tsadok Hakohen de Loublin, que je crois le seul à le faire, a cité un verset qui se trouve dans Job au chapitre 5 au verset 19 :

 

                             Iyyov 5.19

                             בְּשֵׁשׁ צָרוֹת, יַצִּילֶךָּ;    וּבְשֶׁבַע, לֹא-יִגַּע בְּךָ רָע

                             De 6 catastrophes Il te sauvera et à la 7ème  le mal ne t’atteindra pas.

 

Le Peri Tsadik explique que pendant les 6 jours de Soukot on demande à être sauvé de ces 6 catastrophes, de ces 6 civilisations, qui se sont mesurées à Israël chacune par rapport à un défaut de la cuirasse d’une des valeurs d’Israël. Alors pour le 7ème, le mal ne t’atteindra pas : c’est pour Hoshâna Rabah.

 

Je tenais à vous citer cela comme une illustration de ce que représente cette liturgie de Soukot : le lien d’Israël aux nations où nous demandons d’être sauvé de ce dont les nations doivent être sauvées : la manière impure dont ils représentent et effectuent les valeurs que finalement l’histoire a fait émerger de façon positive dans l’identité d’Israël à travers les 7 grands patriarches cités précédemment.

Le Maharal explique cette spécificité d’Israël à propos du 1er commandement des 10 commandements. J’ai choisi ce texte parce qu’il est relié à Sim’hat Torah tout en sortant de Hoshâna Rabah.

 

Je vais vous lire le premier chapitre et le traduire. La question est de savoir si le premier des dix commandements doit être considéré comme une mitsvah ou pas. Je vous rappelle qu’on a l’habitude de définir les 10 paroles Asséret hadibérot – Asseret hadévarim parfois aussi – comme 10 commandements. Il s’agit de savoir si ces 10 paroles, chacune étant un dibour, une parole de révélation, est une Mitsvah, une obligation. Or, il y a un problème concernant la 1ère :

 

אָנֹכִי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, אֲשֶׁר הוֹצֵאתִיךָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם מִבֵּית עֲבָדִים:  לֹא-יִהְיֶה לְךָ אֱלֹהִים אֲחֵרִים, עַל-פָּנָי

Je suis Hashem ton Dieu, qui t’a fait sortir du pays d'Égypte, d'une maison d'esclavage. (Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face).

 

Il s’agit de savoir s’il y a ici un commandement de reconnaître l’unité ou l’existence de Dieu en tant qu’Il nous a fait sortir d’Egypte. Rambam insiste en disant qu’il y a là une mitsvah de reconnaître l’existence de Dieu puisqu’Il s’est manifesté dans l’événement de la sortie d’Egypte. Ou bien si c’est autre chose qu’un commandement : une définition que Dieu donne de lui-même. Et dans ce cas comment parler de 10 mitsvot, alors qu’il y en a que 9 ?

 

Un enseignement de Rabenou Be’hayé enseigne qu’il y a une seule mitsvah qui est la première et que les 9 suivantes sont les 9 dimensions intérieures de la première.

 

« Je suis Hashem Ton Dieu... »

Comment réaliser cela ?

Les rapports à Dieu ce sont les trois premiers commandements, les rapports à autrui les trois suivants, les rapports à soi-même trois autres commandements, cela fait 9 commandements qui déploient le premier. Mais cela fait 10 quand même.

 

Voilà ce qu’en dit le Maharal :

 

La première parole qui a été émise par Dieu « Anokhi Hashem Eloheikha - Je suis Hashem ton Dieu » a été considérée comme difficile par beaucoup d’hommes. La question qui s’est posée à eux a été de savoir si cette première parole « Anokhi Hashem Eloheikha » n’est pas une mitsvah un commandement. Car si c’était une mitsvah elle aurait dû être formulée en langage d’obligation (Tsivouï). «Anokhi Asher Hotsatikha MéErets Mitsraïm Yiyeh Lekha Elohim - Moi qui t’ai fait sortir d’Egypte Je serais ton Dieu » Le fait d’avoir dit « Je suis Hashem ton Dieu qui t’ai fait sortir d’Egypte » semble être une définition et pas du tout une obligation. Et c’est pourquoi beaucoup de gens, qui n’ont jamais vu la lumière de la sagesse mais qui ont suivi le raisonnement de leur cœur, qui se basent sur leurs propres pensées, ce qui leur apparaît comme étant vrai, et qui n’ont pas recherché la sagesse dans le trésor des sages, et qui ont dit (ce sont des opinions caduques mais qui avaient pignons sur rue en son temps) : « que le début des 10 commandements ce n’est qu’à partir de la 2ème mitsvah : « Tu n’aura pas d’autres dieux devant ma face ». Et ils inventent des explications imaginaires pour trouver quand même 10 commandements. Le 2ème commandement devant se diviser en 2 ce qui en ferait 10. Ils sont tombés dans la poussière et ils n’ont pas réussi à trouver leur erreur. D’autres ont prétendu diviser le dernier commandement en deux  לֹא תַחְמֹד, בֵּית רֵעֶךָ   lo ta’hmod beit réékha - tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain -  לֹא-תַחְמֹד אֵשֶׁת רֵעֶךָ   lo ta’hmod eshet réékha - tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain...mais en réalité c’est un seul.

 

Maharal citent plusieurs exemples d’explications pour expliquer que la première parole n’est pas une mitsvah mais qu’il y en a quand même dix en coupant certaines paroles en deux.

La chose claire c’est que « Je suis Hashem ton Dieu » c’est la première des 10 paroles.

 

Il y a une parole en soi et un enseignement qui est formulé pour lui-même. Et ici le Maharal va insister sur le sens de « ton Dieu ». L’explication qu’il va en donner et que je vais vous lire est la suivante :

 

Je ne suis pas ton Dieu, dit le Créateur du monde, de la même manière que Je suis le Dieu du monde tout entier. « Anokhi Hashem Eloheikha » Ce n’est pas un adjectif que tu Me donnes en Me reconnaissant comme « ton Dieu ». C’est par essence que Je suis Hashem ton Dieu, étant d’autre part le Dieu de l’universel. Il y a un caractère spécifique propre à Israël, et nous allons voir comment le Maharal l’explique : cette spécificité se traduit par le fait que c’est à Israël que la Torah a été donnée.

                     

Et l’explication de cela (que « Je suis Hashem ton Dieu » c’est la 1ère des 10 paroles) en ce que je t’ai fait sortir d’Egypte et c’est pourquoi ne sois pas renégat par rapport à Moi en disant que Je ne suis pas ton Dieu.

 

Cela veut dire : le fait que c’est toi que J’ai sorti d’Egypte c’est cela qui dévoile et qui exprime que Je suis ton Dieu en particulier, parce que si Je n’étais pas ton Dieu tu n’aurais jamais été délivré d’Egypte. C’est parce que Je suis ton Dieu que Je t’ai délivré d’Egypte. Et donc le fait que cet intitulé אָנֹכִי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, אֲשֶׁר הוֹצֵאתִיךָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם    commence les 10 commandements de la Torah indique la spécificité du lien entre Dieu comme Dieu d’Israël et Israël. Je continue pour amplifier l’explication :

 

Et le fait que le texte n’ait pas dit « Anokhi Yiyeh Lekha Elohim - Moi Je serais ton Dieu » parce que cela aurait impliqué que ce commandement (aurait été) comme les autres commandements, comme par exemple : « Tu n’aura pas d’autre dieux devant Moi ».

 

Cela veut dire que cela aurait été un commandement au même niveau que les autres, alors qu’il y a là une indication de la spécificité du lien entre Dieu et Israël par rapport aux autres commandements.

 

Car si le lien entre Dieu et Israël était une parmi les autres mitsvot, alors il aurait été possible de se faire d’autre dieux aussi, comme pour les autres mitsvot il y a d’autres mistvot.

 

Si le fait de reconnaître Dieu comme Dieu d’Israël est une mitsvah parmi les mitsvot, alors comme il y a aussi d’autres mitsvot parmi les autres mitsvot, il y aurait pu avoir d’autres dieux pour Israël. C’est très profond ce que dit le Maharal ici.

 

Mais « Anokhi Hashem Eloheikha c’est Moi qui suis Hashem ton Dieu » même si l’homme ne le reconnaît pas comme son Dieu, Il l’est quand même.

 

Ce n’est pas un adjectif que l’homme lui donne, c’est un nom d’essence. « Dans Mon essence, Je suis Celui qui est ton Dieu, que tu Le reconnaisses ou pas… » Comment cela se dévoile-t-il ? Par le fait que Je t’ai fait sortir d’Egypte nous dit le texte, selon l’explication du Maharal.

 

De même qu’a dit le verset (Ezéchiel 20:33) : Ceux qui voudraient rompre le lien que Dieu a avec eux, qui ne voudraient plus que Hashem soit leur roi, pour cela le verset a dit « Vivant je suis parole de celui qui est Dieu, si cela ne sera pas par une main forte et un bras étendu, et par une colère déversée je régnerais sur vous ».

 

Cela veut dire que c’est irréversible et inévitable. C’est par essence que Je suis votre Dieu et pas du tout comme on le dit dans les religions : « je te reconnais comme mon dieu alors tu es mon dieu »... Vous avez compris la différence de nature.

 

Et afin que les hommes ne se trompent pas en pensant qu’ils peuvent se défaire de cette souveraineté comme par rapport à un roi de chair et de sang et ils ne sont plus sous sa souveraineté…

 

Il suffit de changer de nationalité, de passeport, ou de drapeau et alors on croit qu’on a changé de nationalité...

 

C’est pourquoi Il s’est exprimé ainsi : Anokhi Hashem Eloheikha : « Je suis » (au présent) « Hashem Eloheikha », comme pour te dire que de toute manière « Je suis Hashem ton Dieu par Moi-même » (sous-entendu que tu le veuilles ou non).

 

C’est là le ‘Hidoush du Maharal, la chose nouvelle que nous apprenons ici. Où en est la preuve ? C’est que Je t’ai fait sortir d’Egypte !

 

Au fond, je n’ai même pas à continuer le paragraphe, l’idée est claire : il y a une spécificité d’Israël qui se prouve et s’éprouve par ce que nous fêtons dans la liturgie de Hoshâna Rabah, par cette délivrance du salut que cela est possible et cela a eu lieu. En cela se dévoile que celui qui a été sauvé, c’est précisément le peuple dont le Dieu de l’universel dit : « Je suis ton Dieu !»

 

Je terminerais par un verset que nous lirons d’ailleurs dans la Parashat de Sim’hat Torah , tiré de Parashat Vezot Haberakha dans le chapitre 33.29 :

 

                        33.29

                             אַשְׁרֶיךָ יִשְׂרָאֵל מִי כָמוֹךָ, עַם נוֹשַׁע בַּיהוָה, מָגֵן עֶזְרֶךָ

                             Bienheureux es-tu, Israël! Qui est comme toi, peuple que sauve Hashem?

       Bouclier qui te sauve…

 

Je crois que ce verset récapitule tout ce qu’on a pu apprendre aujourd’hui concernant cette notion.

A Tishri, nous vivons en préfiguration pour l’universel ce que nous savions par expérience de ce qui nous arrivé à nous à Nissan. « Vayoshaa » au passage de la mer rouge – « Hoshaana » à Soukot.

 

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fermaton.over-blog.com (Clovis Simard,phD) 25/08/2011 12:32



Bonjour,


 


Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.


 


Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.


 


No-28: L'HOMME VÉRITABLE:DES DÉS ET HOMMES.


 


 


Cordialement


 


Clovis Simard



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