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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 16:03

Parashah 'Hayé Sarah (1984)

 

 

.../...
Je crois que c’était nécessaire de revenir là-dessus, même si cela nous prend du temps. De toutes les façons, il y a une invraisemblance énorme au niveau de la théologie. C’est en grande partie une production de la mentalité chrétienne : c’est de considérer que cette identité hébraïque qui va devenir cet Israël, l’interlocuteur de Dieu à la révélation de la Torah, c’est un irakien d’origine ! Il était irakien comme des Juifs ont pu être français. Il était un hébreu dans la situation d’exil et dans la peau d’un araméen. C’est un peu cette stratégie de survie qui fait que les Hébreux se sont déguisés en juifs pour pouvoir rester hébreux : le temps est arrivé d’enlever le déguisement et de redevenir des hébreux. Cela pose problème.
La tunique de Nessus. Cela fait corps.

 

Nous verrons que cette gangue araméenne a sa valeur propre qui est une valeur conservative qui a fait ses preuves. Mais elle a conservé l’hébreu en lui et il leur faut redevenir hébreu. C’est ce qui va arriver à Abraham.

 

Relisez ces textes avec Rashi et tous les midrashim:  

Avram met du temps à redevenir « Avraham l’hébreu » comme il s’appelle dans le texte. Il lui faut passer de l’expérience de l’identité juive de son temps - l’araméenne – à l’expérience de l’homme d’Erets Israël. Cela ne va réussir finalement que chez son petit-fils. Son petit-fils recevra le nom d’Israël. Alors à postériori - et le midrash explique beaucoup cela - c’est Jacob qui a sauvé Abraham. A postériori, Abraham est d’Israël. C’est le thème important des enfants qui tiennent en main le destin de leurs pères.

 

Imaginons chez les descendants d’Ishmaël comment on peut parler d’Abraham ? Il s’agit d’un autre Abraham : c’est Ibrahim, le père d’Ishmaël. Ce n’est pas le même que le nôtre. C’est a posterori d’Israël qu’Abraham est le nôtre.  Sans refaire l’histoire mais par simple hypothèse d’école : sans Isaac et sans Jacob, jamais la Bible n’aurait parlé d’Avram père d’Ishmaël.

 

Q : Lekh Lekha... quel est l’ordre ?

R : Beaucoup de commentateurs insistent là-dessus et d’ailleurs Rashi sur d’autres versets y répond. Il a fallut attendre notre temps pour pouvoir diagnostiquer cela, la difficulté d’une aliyah : on a un problème avec la famille, avec la culture d’origine, avec le paysage d’origine. Alors « Lekh lekha » il faut quitter les trois ! Si tu n’as pas quitté les trois, tu es encore attaché à ton passé décomposé... 

Q : et les vertus des Goyim ?

R : Il les ramène avec lui. Mais l’essentiel est de ne pas ramener les défauts. Par exemple, comme je dis souvent, le rassemblement des Juifs de tous les pays Goï d’où ils viennent a un sens messianique : on ramène l’humanité derrière nous par délégation. Alors il faut faire attention à ramener les qualités et non pas les défauts. On ramène le camembert et la baguette de pain, c’est très bien, mais il faut aussi ramener la politesse française, ça c’est important ! Si la France n’avait existé que pour ça cela valait la peine. Il y a aussi autre chose mais c’est leurs histoires. A l’échelle universelle, la contribution de la France à l’avenir messianique de l’humanité passe par ses Juifs.  

 

Q : inaudible

R : C’est le premier problème duquel Rashi s’occupe dès le premier commentaire de la Torah : à chaque fois qu’Israël sorti d’exil réclame sa terre, il a des problèmes avec les occupants. C’est à propos de cela, je vais vous citer le verset : [Dévarim- Deut. 2:23] : כַּפְתֹּרִים הַיֹּצְאִים מִכַּפְתֹּר  

l’occupation du pays par les Crétois. Les midrashim expliquent que le pays appartenait à la descendance de Shem, en s’appuyant sur le verset,  mais a été occupé par des envahisseurs venus de Crête – les Kaftorim.

[ וְהָעַוִּים הַיֹּשְׁבִים בַּחֲצֵרִים, עַד-עַזָּה--כַּפְתֹּרִים הַיֹּצְאִים מִכַּפְתֹּר, הִשְׁמִידֻם וַיֵּשְׁבוּ תַחְתָּם

De même, les Avvéens, qui habitaient des bourgades jusqu'à Gaza, des Kaftorîm sortis de Kaftor les ont détruits et se sont établis à leur place.]

 

C’est une des tribus des Philistins. Les travaux contemporains de l’historiographie indique que les Philistins, les Cananéens, étaient des européens nordiques et que finalement à travers la civilisation crêtoise, ils se sont installés surtout dans les comptoirs de la côte : Ashdod, Aza, Ashkelon... cette zone qui s’appelle la Philistée dans le vocabulaire biblique. Finalement, la civilisation qui s’était installée là était la civilisation ‘Hamitique. Alors que cette terre est la terre des Hébreux.

 

Il y a là un problème très important et d’ailleurs vos questions l’indiquent :

Il y a dans notre identité héréditaire de Juifs de l’exil une résistance à ce lien, qui semble aller de soi pour la Torah, entre le peuple et cette terre. Comme si on essaie de faire la preuve que nous sommes ici des étrangers comme le disent nos ennemis. C’est très grave.

Une espèce d’ambivalence et de tension très difficile au niveau de l’exil spirituel : on parlait de la terre sainte et évidemment de Jérusalem.

Il y a un véritable mystère dans la relation du peuple Juif avec Erets Israël. Une sorte d’ambivalence que l’on ne rencontre jamais ailleurs.

 

Je me rappelle une phrase de Edmond Fleg qui nous disait : « Dieu n’a jamais promis leur terre aux peuples, Il leur a donné. Il a promis cette terre à Israël et Il ne la leur donne pas ? La réponse c’est parce qu’au fond Israël n’en veut pas et lui préfère une autre terre ».

 

Si l’on fait le bilan démographique de la proportion des Israéliens par rapport aux Juifs de l’étranger c’est une proportion inquiétante. Cela veut dire que 4/5ème du peuple juif fait comme si cette terre qui est la sienne n’est pas la sienne et lui préfère une autre terre. C’est cette espèce de choc qu’Abraham s’entend dire. 

 

Dans le texte on voit que l’initiative est venue de la famille d’Abraham. Pourquoi ?

Parce que c’était en fin de compte invivable : on les jettait dans les fournaises...

Alors finalement la sortie d’Our-Kasdim.


*** 


On va faire le premier Rashi, cela vaut la peine.

Toute la révélation à Moïse en Egypte désigne le pays promis aux pères d’Israël. Or, effectivement les Hébreux en Egypte sont nés en Egypte. Alors cela a l’apparence de gens venus d’une terre étrangère qui viennent conquérir une terre qui ne leur appartient pas. Ce sont les arguments contemporains des ennemis d’Israël.

 

Le monde entier sait que si il y a quelque part un droit d’un peuple sur sa terre, c’est Israël et sa terre. Midrash : seul Israël est sur sa terre tous les autres l’ont conquise.

 

Un Maharal enseigne ceci : il y a une ambivalence entre le peuple juif et sa terre. Le Maharal nous dit très exactement : Si c’était la génération de la sortie d’Egypte qui elle était entrée en Erets Israël, le lien entre le peuple et sa terre n’aurait jamais pu être atteint. Mais, dans la génération du désert, le peuple d’Israël a dévoilé qu’il avait un problème. Cette tentation de revenir en Egypte les a fait mourrir et enterrer dans le désert, et c’est une génération différente, non sortie d’Egypte mais née dans le désert, qui entre en Israël. Sauf deux exceptions Kalev et Yehoshouah. C’est un peu ce thème que nous vivons dans notre histoire. Il n’y a pas de doute que les Juifs doivent faire un bilan de conscience, concernant leur propre sincérité messianique.

 

Il y a deux dimensions d’identité très importante, ensemble, dans l’identité hébraïque. Celle de l’universel humain (et malheureusement cela se traduit par l’exil), et celle de la spécificité hébraïque qui est difficile à récupérer en fin d’exil.

 

On va voir en tout cas comment Rashi avec une prescience extraordinaire va nous situer ce problème d’emblée : le 1er Rashi de Béréshit rapidement. Il faudrait étudier cela au moins 4 heures avant de commencer à l’approfondir :

 

בְּרֵאשִׁית. אָמַר רַבִּי יִצְחָק לֹא הָיָה צָרִיךְ לְהַתְחִיל אֶת הַתּוֹרָה אֶלָּא מֵהַחֹדֶשׁ הַזֶּה לָכֶם שֶׁהִיא מִצְוָה רִאשׁוֹנָה שֶׁנִּצְטַוּוּ יִשְׂרָאֵל וּמַה טַּעַם פָּתַח בִּבְרֵאשִׁית מִשּׁוּם (תְּהִלִּים קי"א) כֹּחַ מַעֲשָׂיו הִגִּיד לְעַמּוֹ לָתֵת לָהֶם נַחֲלַת גּוֹיִם שֶׁאִם יֹאמְרוּ אוּמוֹת הָעוֹלָם לְיִשְׂרָאֵל לִסְטִים אַתֶּם שֶׁכְּבַשְׁתֶּם אֲרָצוֹת שִׁבְעָה גּוֹיִם הֵם אוֹמְרִים לָהֶם כָּל הָאָרֶץ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא הִיא הוּא בְּרָאָהּ וּנְתָנָהּ לַאֲשֶׁר יָשַׁר בְּעֵינָיו בִּרְצוֹנוֹ נְתָנָהּ לָהֶם וּבִרְצוֹנוֹ נְטָלָהּ מֵהֶם וּנְתָנָהּ לָנוּ:

 

A dit Rabbi Isaac: Il était nécessaire de commencer (léhat’hil) la Torah que à partir de (le verset 2 chapitre 12 Shemot- Exode qui indique le premier des commandements que Israël a reçu en tant que peuple à la sortie d’Egypte) “Ce mois sera pour vous” (Exod. 12:2) qui est le 1er commandemment (au niveau des lois de Pessa’h à la sortie d’Egypte) reçu par les Israélites.

 

C’est déjà une chapitre très avancé dans le livre de l’Exode. J’explique avant d’aller plus loin : Si je considère la Torah comme le livre des Lois, il n’était nécessaire de commencer le livre des lois que par  la 1ère des Mistvot donnée à Israël. Toute cette partie historique aurait pu faire un livre pour lui-même avec les autres livres historiques. C’est un peu comme ça qu’on explique d’habitude.

 

L’expression « était nécessaire de commencer » est un peu bizarre. Parce que s’il y a nécéssité de commencer, on commence au commencement ! Que signifie donc cette expression ? 

Pour une fois qu’un livre commence au commencement, Rashi nous dit que cela ne va pas ? et que ce n’est pas au commencement qu’il fallait commencer ?

Pourquoi a-t-il été nécessaire de trouver un commencement à la Torah ? Parce qu’il était devenu nécessaire de la mettre par écrit !

 

Si déjà il faut la mettre par écrit, alors il n’était nécessaire de la commencer que par la 1ère des Mitsvot qui historiquement a été donnée à Israël. Tout le reste du contenu de l’histoire pourrait faire un livre pour lui-même. Pourquoi donc commencer le livre des lois par l’histoire depuis le commencement ? Voilà la dimension plus profonde de la question. Il y a ici deux genres radicalement différents : L’explication de l’histoire et la loi. Familiers à l’idée qu’ils soient dans le même livre, nous ne voyons plus le problème : ce n’est pas normal de commencer un code par un livre d’histoire !

 

A dit Rabbi Isaac: Il était nécessaire de commencer (léhat’hil) la Torah que à partir de : “Ce mois sera pour vous” (Exod. 12:2) qui est le 1er commandemment reçu par les Israélites.

 

Et Rashi explique lui-même :

« puisque c’est la 1ère mitsvah qui a été ordonné à Israël ».

 

La question de Rashi est très facile à comprendre en fin de compte : s’il y a eu une nécéssité seconde, parce qu’on devait mettre ce livre par écrit, de commencer quelque part, il était logique de commencer par le commencement de la révélation de loi à Israël.

 

Rashi pose la question de la manière suivante :

 

                    et pour quel raison ouvre-t’il son récit à Beréshit au commencement ?

 

Premièrement, il était nécessaire de commencer si déjà il fallait commencer quelque part, mais il était nécessaire de commencer par ce verset qui était la première Mitsvah ; et deuxièmement, si déjà il ne commence pas par où il aurait du, pourquoi commence-t’il au commencement ?

Rashi donne une réponse qui apparemment n’a aucun lien avec sa question : il cite un verset des Psaumes qui est interprété par le midrash qui lui sert de source de la manière suivante :

 

A cause du [verset] “La force de Ses actes Il la raconte à Son peuple, pour leur donner l’héritage des nations » (Psaumes 111:6).

 

La manière dont Rashi, citant le midrash, utilise ce verset va contre son objectif : « Il raconte à Son peupe la force de ses actes (par postulat on va admettre qu’il s’agit de l’oeuvre du commencement Maassé Bereshit) pour pouvoir leur donner (cette terre que le verset appelle) l’héritage des nations ». Je laisse cela en suspend. Et après cela continue :

 

Car si les nations du monde disent « vous êtes des brigands parce que vous avez conquis par la force la terre des 7 nations [de Canaan], ils (Israël) leur répondront :  « toute la terre appartient à Dieu, Lui l’a créée et Il la donne à qui est droit à Ses yeux.  C’est par Sa volonté qu’il vous l’a donnée, et c’est par Sa volonté qu’il l’a reprise et nous l’a donné à nous ». 

 

J’ai consulté une fois les traductions en français de Rashi : il y a une expression que je vous ai corrigé il s’agit d’un verset qui se trouve dans le Prophète Jérémie :  « la asher yashar bé-einav » que j’ai traduit « à qui est droit Yashar à Ses yeux ». En général les traductions française donnent « à qui bon lui semble », et cela n’a pas le même sens. Il est probable que dans l’ancien français cela signifiait « à qui lui semble être bon ».

"A qui bon lui semble" c’est finalement une projection de la mentalité chrétienne, mais cela projette sur le texte et prête à Dieu un arbitraire qu’il n’a pas.

C’est une projection de la mentalité chrétienne. La théologie voit Abraham en faisant abstraction de son passé, et Dieu décide de façon dictatoriale de sauver un homme par grâce, cela tombe sur Abraham. Il faut alors restituer le passé d’Abraham : ce n’est pas n’importe qui qui a été choisi. Dieu sait ce qu’il fait et ne choisit pas n’importe qui. Et c’est pourquoi la Torah depuis le 1er homme nous raconte toute la carte d’identité d’Abraham pour nous montrer qui a été choisi.

 

Ici c’est très paradoxal : la réponse de Rashi ne répond pas à sa question, sans compter qu’on ne voit pas très bien en quoi elle pourrait être convaincante pour qui que ce soit.

 

Je reprends les données du problème : la question de Rashi portait sur tout le texte qui va depuis Bereshit jusqu’à la 1ère mitsvah donnée au peuple. Et il répond sur le 1er mot ? Quid du texte entre les deux ? S’il s’agissait, dit Na’hmanide, d’apprendre que le monde a été créé et d’en tirer une argument théologique pour un problème politique, cela ne fonctionne pas. Alors il suffirait des 10 paroles du Sinaï où il y a allusion au fait que Dieu a créé le monde - c’est important de savoir que Dieu a créé le monde. Pourquoi tout ce texte historique ? Mais surtout la réponse de Rashi n’est pas adpatée à sa question.

 

Il faut prêter attention aux termes choisis par Rashi : Rashi commence par dire : il était nécessaire de faire débuter lehat’hil la Torah par le 1er verset de la première mitsvah ; or, en tant que livre des commandements la Torah commence effectivement par la 1ère Mitsvah là où elle est mais il y a une préface nécessaire. Cette préface est nécessaire mais la question de Rashi est de savoir pourquoi cette préface commence pata’h à la création du monde ? Il a changé de verbe.

 

Il n’était nécessaire de débuter lehat’hil la Torah comme livre de loi que par la première loi révélée à Israël. C’est ce qui a eu lieu. La loi de vérité n’a ni commencmeent ni fin. C’est une vérité d’emblée. Alors si je cherche un ordre de commencement, le seul ordre nécessaire est l’ordre chronologique de la révélation. Effectivement, c’est ainsi que nous est donnée la Torah dans l’ordre chronologique de la révélation.

Alors cette Mitsvah est introduite par un verset :

« Et Dieu s’adressa à Moïse et à Aharon dans le pays d’Egypte pour leur dire parle aux enfants d’Israël et dis leur : « Ce mois sera... »

C’est bien la 1ère mitsvah mais elle a une préface : il faut que je sache qui sont Moïse et Aharon et qui sont les enfants d’Israël et que font-ils en Egypte ?... etc.

 

J’ai donc bien besoin d’une préface  - en hébreu pti’hah du verber pata’h – au livre de la loi. Il faut que je sache qui est cet Israël auquel la loi est donnée. Mais la question de Rashi se restreint et concerne le fait de savoir pourquoi cette préface commence au commencement.

 

Donc la question de Rashi en réalité n’est que sur le 1er chapitre et non pas sur l’ensemble du texte.

 

Etudions sa réponse :

 

L’objection habituelle faite à l’apparence de lecture de Rashi est ainsi : si je parle à des Goyim qui contestent à Israël sa terre pourquoi employer un argument théologique aussi détourné et compliqué ? On apprendrait de ce livre que Dieu a créé le monde et que tout lui appartient et qu’il donne à qui est droit à ses yeux. Pourquoi passer par un argument si compliqué alors qu’il existe quantité de versets stipulant que Dieu donne cette terre aux descendants d’Abraham, de Isaac et de Jacob ?

 

Mais c’est que l’argument des Goyim porte sur autre chose. Leur argument c’est :

« Vous êtes des brigands listim parce que vous avez conquis par la force »

L’argument contemporain contre Israël est le même et on voit la force de Rashi dans sa prophétie.

L’argument des Goyim est de dire : cette terre est donnée par Dieu en héritage par la grâce. Vous l’avez prise par la conquête. Il ne nie pas qu’elle nous est promise. Ce à quoi ils s’opposent c’est que nous l’avons conquise. C’est la raison pour laquelle, nous dit Rashi, il faut que le récit de la manière dont, à la Création, Dieu a donné la terre au premier homme, soit connue de ces gens qui lisent la Bible pour savoir comment Dieu donne à l’homme la terre qu’Il lui promet.

 

Verset 28 chapitre 1 :

 

Ceci pour arriver à la réponse que j’ai donnée : le fait que la terre ait été conquise - kivoush - au temps de Josué et de notre temps comme le dit le verset n’empêche en rien que la terre appartienne légitimement à ceux qui l’ont reconquise.

 

Il s’agit du premier homme et de la terre en général :

וַיְבָרֶךְ אֹתָם, אֱלֹהִים, וַיֹּאמֶר לָהֶם אֱלֹהִים פְּרוּ וּרְבוּ וּמִלְאוּ אֶת-הָאָרֶץ, וְכִבְשֻׁהָ; וּרְדוּ בִּדְגַת הַיָּם, וּבְעוֹף הַשָּׁמַיִם, וּבְכָל-חַיָּה, הָרֹמֶשֶׂת עַל-הָאָרֶץ

Vayevarekh otam Elohim vayomer lahem Elohim perou ourevou oumil'ou et-ha'arets vekhiveshouha ouredou bidegat hayam ouve'of hashamayim uvechol-chayah haromeset al-ha'arets

 

וַיְבָרֶךְ אֹתָם, אֱלֹהִים, וַיֹּאמֶר לָהֶם אֱלֹהִים פְּרוּ וּרְבוּ וּמִלְאוּ אֶת-הָאָרֶץ, וְכִבְשֻׁהָ

Vayevarekh otam Elohim

Et Dieu les bénit

vayomer lahem Elohim perou ourevou oumil'ou et-ha'arets vékhivshouah

Et Dieu leur dit fructifiez et multipliez, emplissez la terre et conquérez-la.

 

La terre promise au 1er homme doit être remplie et conquise !

Le Kivoush « conquérir » ici ce n’est pas dans le sens français de « conquête » mais il s’agit de subjuguer la terre et de la rendre apte à donner une récolte.

 

Na’hmanide le signale à partir du Talmud : tant que les Hébreux n’habitent pas cette terre, elle est non fertile. Dès que les Hébreux y arrivent il y a récolte. Il ne s’agit pas du tout de la conquête des occupants auxquels il est offert un plan de paix. Ils l’acceptent ou pas. Déjà du temps de Josué, Israël est entré par des chemins mystérieux pour s’infiltrer dans le pays et une fois dans le pays il a proposé la paix aux habitants. Ils ont refusé et il y a eu la guerre. C’est exactement ce qui s’est passé de notre temps.

 

Regardez l’ordre anormal du verset « Emplissez la terre et conquérez-là » qui prouve qu’il ne s’agit pas d’une conquête habituelle. Toutes les guerres d’Israël sont parties du centre vers la phériphérie.

Et non pas de l’extérieur vers l’intérieur. On n’a pas débarqué ici en conquérant. On est rentré chez nous comme on a pu. Il y a eu la guerre. Alors on la faite depuis le centre vers la périphérie.

 

Le fait que les Hébreux sortis d’Egypte – kavshou - ont conquis la terre qui est la leur, ne change en rien le fait que c’est la leur. Nous avons cette idée à la racine dans le récit qui concerne le 1er homme mais surtout dans l’intuition de Rashi qui choisit parmi tous les midrashim possibles pour expliquer pourquoi cela commence au commencement, cette réponse-là. Il savait que nous aurions des problèmes avec le lien à la terre.

 

Ceci met en évidence qu’il y a un problème particulier. Si les nations du monde Oumot HaOlam disent «vous êtes des brigands –litsim- parce que vous avez conquis la terre (dont nous savons par ailleurs qu’elle est la vôtre) par la force » c’est qu’il y a un problème. Maharal explique que la force de cette argumentation contre Israël vient de l’ambivalence de ce peuple vis-à-vis de sa terre. Ce n’est pas plus compliqué que cela.

 

Il y a deux expressions différentes pour dire cette contestation :

Si les nations du monde - Oumot HaOlam - disent «vous êtes des brigands parce que vous avez conquis la terre des 7 peuples », il y a deux instances : les nations du mondes et les occupants.

 

Or, nous sommes de nouveau dans la même problématique. Il y a une instance des nations du monde qui s’appelle l’O.N.U. et qui elle a cette argumentation concernant les populations occupant ce pays. Tout se passe comme si cette instance des nations du monde ne devait apparaître que corollairement à ce problème. L’O.N.U. s’occupe exclusivement de ce qui se passe ici !  

 

L’argumentation vient de la mentalité théologique des Goyim : comment Dieu donne ce qu’il promet ? Pour les Goyim c’est par la grâce, sur un plateau. Alors que dans la structure de la Torah l’homme doit mériter et conquérir ce qui lui est promis. C’est la grande différence.

 

Il faut donc citer un verset pour dire à ceux qui savent lire la Bible que leur argumentation ne tient pas : regarder comment Dieu donne ce qu’il promet !

 

Na’hmanide dit que cela ne sert à rien : on aura beau leur dire, il n’entendront pas.

Il cite un verset [Ps. 147:19] :

מַגִּיד דְּבָרָו לְיַעֲקֹב;    חֻקָּיו וּמִשְׁפָּטָיו, לְיִשְׂרָאֵל

« il explique ses paroles à Jacob et ses lois à Israël ».

 

Et il le rapporte à ce problème de Rashi. Qu’est-ce que cela signifie ? Je paraphrase en gardant le sens donné par Na’hmanide : En fin de compte, même si on disposait de cet argument face aux Goyim cela ne changerait rien : cela fait 2000 ans qu’ils ne savent pas lire la bible. Leur argument est précisément celui de Rashi : « vous êtes des conquérants ». « La terre vous appartient mais attendez que Dieu, le messie, vous la donne sur un plateau du Golan... » Na’hmanide nous prévient: ne croyez pas que l’argument concerne uniquement les Goyim, l’argument concerne aussi Israël lui-même s’il a ce doute. Pour Na’hmanide ce Rashi-là est en usage interne : Ce sont les Juifs eux-mêmes qui doivent comprendre cela.

 

Dès l’origine il y a cette ambivalence :

Il sont tous sortis d’Our-Kasdim la famille de Téra’h. Haran n’a pas supporté et il est mort là-bas. Ce sont ceux qui n’ont pas quitté l’exil. Ils sont morts là-bas. Na’hor a accompagné le voyage mais il est mort comme son père qui n’a pas réussi à accomplir sa aliyah. Puis Abraham seul est le rescapé des rescapés. Il y a là une analyse thématique extrêmement claire. Ils connaissaient tous leur pays d’origine, « la terre que je Te montrerais… », le pays de Canaan. Mais il y a des résistances énormes. Quitter une civilisation comme Our-Kasdim est difficile. Même chose avec l’Europe. J’ai vércu cette époque du nazisme en Europe. Il était évident à ce moment-là que le juif qui restait en Europe était syphonné. Imaginez les résistances. Il y avait toute une idéologie ad hoc qu’on s’inventait, l’idéologie de Na’hor, l’idéologie de Haran, l’idéologie de Loth ... Il y a donc un problème dans les relations de ce peuple à sa terre. L’ambivalence du lien d’Israël à sa terre débute dès le commencement.

 

Je vous cite Elie Wiesel, je ne sais pas s’il dirait ce qu’il a dit à l’époque au sortir des camps de concentration, sur la question qui lui fut posée sur le lien entre la restauration d’Israël et la Shoah : « si nous étions vraiment à la hauteur au regard de ce que l’humanité nous a accordé, ce petit territoire indéfendable de l’ONU de 1947, après ce qui s’est passé nous devrions mettre l’Europe à feu et à sang. Mais nous n’en sommes pas capables, nous n’en n’avons pas le courage... »

Il avait raison c’est évident. Pas sur l’Europe à feu et à sang, c’est un autre problème. Mais sur le fait qu’on n’a pas le courage : Arrivé au moment de la décision, cela s’effondre, donc c’est qu’il y a un problème ! 

 

Quel problème ?

 

A deux niveaux : A deux niveaux parce que les deux argumentations existent et parce que les deux sont défendables.

 

Premièrement, une généralisation par commodité :

Il y a, prodondément ancré dans l’inconscient des Juifs, le fait qu’on a définitivement repoussé à un temps mythique de l’arrivée d’un messie mythique (surtout qu’il ne soit pas celui décrit par nos textes) cette histoire de « l’année prochaine à Jérusalem ».

 

« On a eu dans dans l’antiquité hébraïque une tentativesd’avoir une nation à nous cela a échoué, on n’est pas fait pour cela : on sera les Juifs des Goyims ». Je vous récapitule 3000 ans d’histoire.

Et on se cherche alors tous les alibis possibles imaginables pour camoufler cela qu’en réalité on ne veut pas… et pourtant on ne peut pas ne pas le vouloir puisque c’est notre être... et donc cela prend une dimension mythique : « l’année prochaine à Jérusalem ! »

 

Quand on refait l’histoire de la relation mystique des Juifs à Erets Israël c’est une histoire de fou !

 

Je vous raconte la formule du Rav Aviner pour imager une idée que j’ai aussi entendue du Rav Kook : il y a des Juifs pieux de la piété de Jérusalem qui prient et demandent à Dieu de revenir et qui reviendrait si d’après eux c’est Dieu qui les ramène. Et alors ils sont persuadés que c’est Dieu qui doit les ramener. Ils ont raison dit le Rav Kook, c’est Dieu qui doit les ramener. C’est Dieu qui les ramène, mais ils ne voient pas que c’est Dieu qui les ramène... 

 

Exemple : dans les textes du Qriat Shéma : « si tu pratiques les Mitsvot, Je donnerais la pluie en son temps...etc. et l’herbe des champs… » Il racontait l’histoire d’un juif qui est allé dans son champ et s’est assis sur son tabouret attendant que Dieu fasse tout ce qu’il a promis.

Un autre juif est passé qui lui a dit :

-Qu’est-ce que tu attends ?

-J’attends la pluie !

-Comment ? Et pourquoi tu attends la pluie ?

- J’attends la pluie pour que l’herbe pousse. C’est écrit ainsi : Si tu pratiques les commandements, je t’enverrais la pluie et l’herbe poussera. J’ai pratiqué les commandements et j’attends que la pluie vienne pour que l’herbe pousse…

- Et si tu prenais une pioche une pelle et que tu commençais à travailler de telle sorte que… car c’est comme ça que Dieu te donne: avec ta pioche et ta pelle!

  

Vous voyez ce qui se passe dans la mentalité du juif pieux de Jérusalem à l’étranger. Il a raison que c’est Dieu qui doit le ramener mais il n’accepte pas de voir que Dieu fait comme Il le fait. C’est finalement le problème : comment Dieu le fait ?

 

Histoire israélienne du juif qui prie Dieu au kotel tous les jours depuis 3 ans pour gagner à la loterie. Cela ne vient pas. Le chef des anges vient demander à Dieu de l’exaucer. Dieu répond: « Et s’il prenait un billet de loterie avant ? »

 

C’est le même problème.

 

En realité, il y a refus de ce lien et une acceptation que s’il est mystique ou mythique on prend. Que signifie d’avoir prié, sanglotté et supplié pendant 2000 ans et le jour où cela arrive on pense à autre chose ? On ne veut plus et on refuse d’entrer en Israël ? C’est la génération de la sortie d’Egypte qui ne veut pas entrer en Israël, alors qu’on est sorti d’Egypte pour ça !

 

 

 

Il y a une 2ème dimension :

Celle-là est négative totalement. Vous en discutterez avec des Juifs de la diaspora. Vous discernerez derrière tout ce qu’ils vous diront un refus pur et simple. En cherchant à midi et quatorze heures des raisonnements tordus pour essayer de démontrer que blanc c’est noir et noir c’est blanc…

Dans aucun peuple au monde cela n’existe! 

 

Il y a une dimension beaucoup plus profonde : l’identité hébraïque possède l’indice universel, d’emblée, qui se dévoilera à la fin des temps mais qui travaille dans sa conscience. C’est l’attachement aux diasporas. C’est d’autre part, même inconsciente, la tendance à l’universel. On sacrifie donc à Israël cette tendance à l’universel. Pourquoi ? Parce que cela les travaille plus que la relation spécifique de l’identité hébraïque. La critique de cette attitude c’est qu’il s’agit d’une escroquerie. Parce que ce soi-disant universel n’est en réalité que du cosmopolitisme. Ce qui n’a rien à voir.

 

Il faut avoir le courage d’avoir une nation et non pas le refus de cette attitude qui laisse cela aux Goyim pour rester la communauté juive des Goyims.

 

Cela se rattache au sujet : Il faut que Abraham se dégage de sa gangue d’Avram l’araméen pour devenir Avraham. Israël est encombré de Juifs qui ne sont pas encore devenus des israéliens. Même à la 3ème ou 4ème génération. 

 

J’ai un ami isrélien né dans le pays, descendant à la troisième génération d’un des fondateurs de Peta’h Tikvah. On s’était rencontré un jour dans cette région-là, je le rencontre en colère. Je lui demande la raison :

- « Tu te rends compte on est obligé de mettre des serrures sur les portes ! »

Je lui demande :

- « pourquoi tu mets des serrures sur les portes ? ».

- « Parce que les Juifs sont arrivés ! »

Et ce n’était pas antisémite. Lisez les journaux vous saurez que c’est comme cela que ça se passe.   

 

Effectivement, nous sommes des Juifs d’origine et nous ramenons avec nous toutes ces problématiques-là. Il faut s’en dégager et cela prend du temps, c’est difficile...

 

On pourrait en parlez pendant des heures. Il y a 2 polarités :  

- Le refus plus ou moins inconscient qui recule cela à un temps mythique.  

- Quelque chose de l’ordre de la valeur positive dans la relation à l’universel, mais vécue au niveau du cosmopolitisme pur et simple. Et cela c’est un problème très grave.

  <fin>

 

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Published by Rav Léon Ashkénazi - dans PARASHAT HASHAVOUA
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