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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 12:52

Hanouka – la notion de miracle

 

Hanouka - la notion de miracle - 1ère partie

                              

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/hanouka_et_la_notion_de_miracle/cours_1

Durée : 46,8 minutes
Face A

 

L’intitulé choisi c’est la notion de miracle en relation avec ‘Hanoukah. Je vais vous rappeller très briévement un certain nombre de données pour arriver au sujet lui-même que je vais définir.

 

La notion de miracle est un problème qui est en question chez les théologiens. Je vais un peu schématiser la manière dont ce problème se pose entre deux groupes de théologiens que je vais définir un peu de façon abstraite : Ceux qu’on peut appeller les rationalistes et les non-rationalistes.

Il n’y a pas vraiment de vocabulaire précis pour ce que je voudrais expliquer, peu importe l’approximation des termes ce sont les idées qui sont importantes.

Ceux que j’appelle les rationalistes sont ceux qui ont des difficultés à donner un base à la notion de miracle dans sa définition élémentaire : l’intervention de Dieu.

On se rappelle que la première définition de Dieu pour les théologiens c’est le Créateur du monde qui a instauré dès l’origine de l’histoire du monde des lois de la nature à travers lesquelles ce monde fonctionne. Dans la cohérence de la théologie monothéiste c’est le Créateur qui est le garant des lois de la nature. Il n’y a pas d’opposition, de tension, de conflit, entre la notion de la nature et la notion de la création dans le monothéisme intégral. C’est un sujet pour lui-même que je vous rappelle pour mémoire.

 

Ce premier groupe de théologiens a des difficultés à donner un fondement à cette idée que à partir du moment où le Créateur a instauré un ordre des lois (Seder) à travers lesquelles l’histoire du monde fonctionne, quelque soit l’histoire des phénomènes, de penser une intervention ponctuelle qui serait le miracle - suspension des lois de la nature – de la part du Créateur lui-même, qui interviendrait en tant que Providence.

Pourquoi ?

Parce que cela impliquerait un Shinouï, c’est-à-dire un changement, une modification, une altération de la substance divine qui est définie comme simple et immuable. 

 

Il y a différentes écoles dans cette thèse. J’en citerai deux. Certains qui identifient l’essence divine avec la connaissance. Et donc un changement dans la connaissance impliquerait un changement dans l’essence. Et la difficulté essentielle pour ce groupe de théologiens est l’idée qu’il puisse y avoir Shinouï changement dans l’absolu absolument simple de la substance divine. 

D’où vient la difficulté ? C’est qu’on identifie l’essence divine avec la connaissance.

Vous comprenez quel est l’abord de ce problème : étant donné que les événements du monde sont changeants et mouvants, Shinouï perpétuel, le fait qu’il y ait changement dans la connaissance de Dieu au moment où les changements se passent impliquerait qu’il y ait changement dans Son essence même. D’où la difficulté.

 

Nous trouvons une difficulté analogue sur une autre catégorie, chez un groupe de théologiens qui identifient la substance divine avec Sa volonté. De la même manière s’il y a changement dans la volonté, ce qui impliquerait l’intervention ponctuelle dans l’histoire du monde, il y aurait changement dans la substance.

 

Il y a d’autres nuances mais je me borne à vous indiquer ces grandes tendances. Sans même vous donner de noms car cela nous ferait une érudition un peu trop vaste. Je me baserais tout à l’heure sur une mise au point de ce problème du Maharal dans un chapitre de sa 2ème préface au livre de Gvourot Hashem sur les événements et les miracles de la sortie d’Egypte. Ensuite nous terminerons  sur un texte qui se relie à l’épisode de ‘Hanoukah

 

Je reviens donc à la définition du problème : ce premier groupe de théologiens que j’ai appelé « rationalistes » parce que les lois de la raison s’opposent à cette éventualité d’un changement, d’un Shinouï, dans l’essence divine. Les lois de la raison sont basées sur le principe d’identité ; et par conséquent, toute idée d’un Sinouï de ce type est difficile à intégrer dans un système qui a pour postulat que Dieu créateur du monde a institué les lois suivant lesquelles le monde fonctionne. Et par conséquent, supposer qu’il y ait intervention de Dieu après la Création impliquerait donc cette difficulté qu’entraine l’idée du Shinouï, l’idée du changement en Dieu.

 

Il y a alors deux catégories :

1- Ceux qui par postulat identifient l’essence divine avec la connaissance, alors que dans l’autre groupe la difficulté serait évacuée de façon très simple : la connaissance est une fonction, un attribut, et non pas l’essence elle-même. 

 

2- Ceux qui identifient l’essence divine avec la volonté. Et là encore la volonté est une fonction, un attribut et non pas l’essence elle-même.

 

Le deuxième groupe des théologiens est complétement à l’aise dans ce problème de l’éventualité de la notion de miracle : un événement d’intervention du Créateur après la création suspendant provisoirement, ponctuellement, l’ordre des lois de la nature. C’est la définition simple du terme de miracle en français tel que la question se posera à nous dans ce sujet. L’autre groupe de théologiens est donc à l’aise dans la lecture du texte biblique tel qu’il est écrit en hébreu et tel qu’il décrit des événements d’interventions à tous les niveaux de la providence. De nouveau nous sommes dans la cohérence du monothéisme intégral : c’est le Créateur lui-même qui intervient alors même qu’il intervient à travers d’autres catégories de puissances supérieures comme les anges par exemple. C’est une parenthèse furtive, je n’ai pas l’intention de rentrer dans ce sujet-là. Mais en tous les cas  dans le monothéisme intégral : même à travers un ange selon le récit biblique – officiellement on ne sait pas ce qu’est un ange, par conséquent, j’y fais simplement allusion puisque le récit biblique en parle - c’est Dieu lui-même qui intervient à travers l’ange.  

 

Je voudrais donc étudier à ce sujet un des paragraphes de la 2ème préface que le Maharal a consacré à son livre Gvourot Hashem sur un des points particuliers de l’argumentation qui l’oppose à ces théologiens que j’ai appelé « rationalistes ». Cela ne signifie par qu’ils soient opposés à l’idée de miracle, mais l’idée de miracle leur parait difficile à intégrer dans une vision des relations entre  Dieu Créateur du monde et l’histoire du monde basée sur les lois de la raison humaine. Et je dirais pourquoi. En général, ces auteurs qui sont parmi les grands maîtres de la tradition juive expliquent la chose de la manière suivante : on ne peut nier les récits bibliques, ils sont là – ce qui fait problème d’ailleurs – mais il faut donc expliquer cela en disant que dès la création Dieu aurait prévu qu’il y aurait ponctuellement ces événements qui apparemment sont des exceptions dans l’ordre naturel du monde tel que le raconte le récit biblique. A mon avis, avec une telle thèse, cela complique la difficulté au lieu de l’évacuer. Cela voudrait dire que finalement il y aurait des caprices à l’origine de ce déterminisme du monde qui ferait qu’il y ait prévu à l’avance des événements d’un ordre fatal, tel que par exemple la sortie d’Egypte ou l’événement que nous commémorons à ‘Hanoukah et qui va nous servir d’exemple : dès l’origine de l’histoire du monde, il était prévu que lorsqu’il y aurait conflit entre les Judéens et les Grecs, une fiole d’huile brûlerait 8 jours au lieu d’un seul...   Vous comprenez comment ces « rationalistes » avec ce souci d’évacuer une difficulté accumulent finalement des difficultés beaucoup plus grandes.      

 

Ce sera l’essentiel du sujet que nous étudierons avec le texte du Maharal.   

 

Avant cela je voudrais lire le passage que nous lisons dans la Téfilah le Al HaNissim qui témoigne qu’à ‘Hanoukah on commémore des miracles. Le 1er mot de cette Tefilah que je vais lire dans le Moussar Séfardi, le texte est le même dans le Moussar Ashkénazi, mais un mot change qui me semble important à signaler parce qu’il n’y a aucune allusion dans ce texte au miracle de la fiole d’huile.      

 

Cela a du vous frapper chaque année d’ailleurs lorsque vous lisez le Al HaNissim de ‘Hanoukah on n’y fait pas allusion. Je vais lire le texte et le traduire.

Je voudrais rappeler que, dans la Guémara, il y a trace de la discussion qui implique une hésitation qui a sans doute duré un certain temps avant que la Halakhah et les Dinim de ‘Hanoukah aient été fixés par le Beit Hamidrash des ‘Hashmonayim pour savoir quoi commémorer dans l’événement de commémoration de ‘Hanoukah. 

 

Voici le contenu de cette Ma’hloqet : certains pensent qu’il faut commémorer le fait que le jour de ’Hanoukah les soldats de Judah Makabi sont entrés dans le temple avec des torches sur leurs lances parce que c’était ‘Hanoukah. Voilà une première thèse qui est moins connue que celle que nous réalisons chaque année dans la commémoration.

 

Pour la 2ème thèse, l’événement de miracle qui est commémoré, c’est le fait que lorsque les Grecs s’étaient emparés du temple de Jérusalem pour l’annexer à un rite judéen du paganisme de l’empire grec, (il y a tout un sujet dans cette phrase mais je vous l’indique en passant), ils ne voulaient pas détruire la judéité comme telle, mais ils voulaient la banaliser comme une des religions de l’universel humain du style empire grec. Parce que tous les empires de ce modèle se pensaient comme étant l’oecumen comme on dit en grec, c’est-à-dire « l’universel humain civilisé », les autres n’étant que des barbares, même pas des païens ! Et avec la volonté de ramener la spécificité de l’identité Israël à l’indice historique des Judéens de cette époque à une parmi les cultures religieuse de l’univers. Ils avaient donc rendu impurs les instruments, les Kélim, les ustensiles du temple, et en particulier les huiles dont le grand-prêtre se servait pour allumer le candélabre du temple. Et comme vous le savez, il fallait de l’huile pure, c’est-à-dire qui n’avait été au contact d’aucune impureté transmise par l’homme lui-même impur, pour pouvoir assurer la validité du rite de l’illumination du candelabre.

 

Et voilà que toutes les huiles avaient été rendues impures ! Or, on a trouvé – je ne dirais pas « par miracle » parce que ce mot serait banalisé – une petite fiole contenant la quantité d’huile pour illuminer durant une journée le candelabre du temple et elle a duré 8 jours. Et le Beit Din, le Sanhédrin, des Makabim a institué en commémoration de ce fait les 8 jours de ‘Hanoukah tels que nous les connaissons.

 

Vous voyez deux thèses. Très schématiquement parce que ce n’est pas le sujet:

- la 1ère thèse semble être dans le sens de la commémoration de l’événement historique national militaire qui a permis la restauration de l’indépendance de la Judée et la restauration du culte de la Torah dans sa pureté.

- la 2ème thèse semble comme venir atténuer cet aspect historique et national pour se ramener à un aspect à la limite purement religeux. Et à travers les siècles on s’est habitué à retenir cet aspect purement religieux d’un miracle « religieux », et il a fallu le temps présent où le folklore israélien a réinstitué l’autre aspect : l’aspect de l’indépendance proprement nationale. Cette question s’étudie pour elle-même, elle se rattache à un autre problème d’ordre général que nous avons étudié dans d’autres sujets, raison pour laquelle il y a une telle réserve dans le Talmud concernant toute l’histoire des Hasmodéens et de leur dynastie et tout ce qui a été l’histoire du 2ème temple après la restauration de l’indépendance judéenne sur les Grecs, plus exactement les Gréco-syriens. Cela vient de ce que cette dynastie hasmodéenne à la longue est devenue saduccéenne, est sortie de la tradition de la loi de Moïse en particulier sur 2 points que je vous rappelle rapidement :

 

1- Le premier point c’est qu’ils ont cumulé les pouvoirs sacerdotale et politique, ce qui est inerdit par la Torah. Au moment de la lutte de l’indépendance contre l’empire grec parce qu’il y avait cas d’urgence, alors il était possible à une famille des Lévites, des Kohanim, de prendre provisoirement le pouvoir politique et d’instaurer la royauté hasmodéenne. Mais dès que l’événement avait porté ses fruits, elle aurait dû rendre le pouvoir politique à la dynastie royale et rentrer dans le temple en tant que Kohanim. Or, il a été instauré une théocratie. Et en cela la Torah a été violée. La dynaatie des Hasmodéens sort de la tradition qui, elle, continue à passer par les Pharisiens et entre dans la clandestinité. Le Talmud c’est le Talmud des Pharisiens. Lorsque le 2ème royaume de Judah, devenu d’obédience saduccénne, aura été détruit par les Romains il disparait. Nous savons très peu de choses des Saduccéens, seul nous est restée la tradition des Pharisiens. Donc, il était normal que dans ce Talmud des Pharisiens il y ait cette réserve concernant toute cette histoire de ce qu’il est advenu des Makabi. L’événement en lui-même en tant que réussite miraculeuse va être gardé comme l’événement central de la commémoration de ‘Hanoukah, mais l’accent va être mis beaucoup plus sur l’aspect religieux que sur l’aspect national qui en fin de compte va aboutir à une catastrophe au temps des Romains.

 

2- La 2ème grande règle de la Torah qui a été violée par les Hasmodéens c’est la conversion de force de peuplades iduméennes au judaïsme. Cela a été à l’origine d’une énorme catastrophe. C’est peu connu sous cette forme. Premièrement, le principe de l’interdiction de la conversion par groupe : les conversions sont individuelles. Et les Hasmodéens pour des raisons d’ordre politique ont voulu judaïser, rendre judéens, les Iduméens. Or, finalement c’est une dynastie iduméenne qui a pris le pouvoir. Il suffit de citer Hérode et cela me mène à ce que je voulais dire : de cette erreur des Hasmodéens d’avoir converti en masse des Iduméens est sortie le christianisme. C’est un autre sujet. Il m’a suffit de vous citer Hérode pour vous situer la période. Or, l’identité chrétienne est sortie d’une alliance entre Rome et Edom contre les Judéens. Cela a été facilité par l’existence de toute une population prétendument juive mais d’origine iduméenne.   

 

Petite parenthèse qui me semble importante à signaler : ceux qui connaissent les Evangiles savent à quel point certains évangélistes se font une coquetterie de rappeler leurs origines iduméennes. C’est l’indice de l’importance du problème que je viens de signaler : la suspicion sur certains prétendus judéens qui étaient en réalité des Iduméens convertis à l’eau bénite si j’ose dire, au temps de cette dynastie des Iduméens. Je referme la parenthèse.

 

La première étude, je l’ai choisi à cause du premier mot : Al Hanissim.

et je vous signale que le mot de Ness signifie miracle dans le sens élémentaire rappelé précédemment, c’est-à-dire un événement ponctuel qui d’après l’ordre habituel des lois de la nature n’aurait pas du se produire, et qui s’est produit de façon miraculeuse pour assurer un certain salut. Tout à l’heure nous aurons à retrouver plus précisément le vocabulaire hébreu de cette notion de miracle. Il y a différents termes, et je vous en citerais deux en particulier. Mais pour le moment c’est ce terme de Ness. Un événement arrive, et on réagit en disant que c’est un Ness, c’est-à-dire que selon l’ordre habituel de la nature cela n’aurait pas dû se produire, mais c’est arrivé ! Et c’est arrivé au moment où cela assure un salut – Pourkane - c’est le mot araméen pour dire délivrance.

 

 Al Hanissim :

הנרות הללו אנו מדליקים

Hanérote halalou anou madliqim… Ces chandeliers de lumières, nous allumons…
על הניסים

Âl hanissim pour les miracles
ועל הפורקן

vé âl hapourqane et pour la délivrance

ועל הגבורות

véâl haguévourote et pour les vaillances
ועל התשועות

véâl hatéshouôte et pour les saluts
ועל הנפלאות

vé âl haniflaote et pour les merveilles
ועל הנחמות

véâl ha né'hamote, et pour les consolations
שעשית לאבותינו בימים ההם בזמן הזה

shé âssita laavotéinou que Tu as fait pour nos pères
bayamim hahém en ces jours-là (c’est-à-dire l’époque des Hasmodéens)

bazémane hazéh en ce temps-là (c’est le moment de ‘Hanoukah dans l’année).

על ידי כוהניך הקדושים

âl yédé Kohanéikha haqédochim par Tes Cohanim saints.

 

C’est le Pshat, mais on peut élargir le sens en lisant Bayamim Hahém c’est arrivé dans cette époque-là Bazémane hazéh cela arrive aussi de notre temps.

Mais le Pshat de Bezmane Hazeh cela veut dire dans ces jours-là de l’année.

 

Je signale que c’est la même introduction pour Pourim et pour ‘Hanoukah.

Et quelle est la nature de la différence du miracle à Pourim et à ‘Hanoukah ?

 

Pour dire qu’à Pourim aussi on commémore un miracle comme à ‘Hanoukah ! Mais c’est que à Pourim les événements de miracle sont appelés Ness Nistar, des miracles cachés, imperceptibles, sinon par un diagnostic qui réclame une certaine sagesse. C’est-à-dire des événements qui sont complétement occultés, derrière les conditionnements des lois de la nature. Et nous retrouverons cette notion tout à l’heure discutée par le Maharal à propos du problème général que porterait une attitude qui consisterait à dire qu’il n’y a pas de mystère avec le miracle, tout est miracle… Faites bien attention ! Ce n’est pas ce que veut dire la notion de Ness Nistar le miracle caché. Il y a un ordre de la nature, mais il y a des interstices qui laissent diagnostiquer que de façon occultée (Nistar) des événements miraculeux se passent, mais c’est de manière cachée. Cela ne veut pas dire que tout dans le déroulement de la nature est miracle. Il y a des thèses de ce type, mais cela va être rejeté par le Maharal de façon claire en se basant sur une Guémara très claire d’ailleurs.

 

Vous voyez qu’il y a une stratégie d’une conscience religieuse du type « foi du charbonnier » qui consisterait, pour évacuer le problème de la difficulté de la notion du miracle, de dire qu’il n’y a pas de difficulté puisque tout est miracle ! C’est d’une toute autre manière que tout ce qui se passe est voulu par Dieu. Pas à travers la catégorie du miracle, mais à travers la catégorie d’une Hashga’ha dans l’ordre des lois de la nature. Si je crois que tout est miracle, cela veut dire que rien n’est miracle ! Et cela veut dire surtout qu’il n’y a pas d’ordre de la nature, et donc qu’il n’y a pas de garant du Créateur ayant créé son monde et gérant son monde selon sa volonté. Très souvent la piété naïve, plus ou moins inconsciemment, en tout cas au niveau de l’intelligence, abouti à se contredire elle-même.  

 

A Pourim, il s’agit bien de Nissim puisque la Téfilah que je viens de lire commence par la même introduction. Mais le Ness est caché à travers un événeemnt historique dont on ne peut percevoir l’importance vraiment qu’à postériori. Evénement qui n’a pas simplement son importance historique, comme tous les événements historiques qui sont définis comme tels à cause de leur conséquence, mais il s’agit d’un événement qui n’aurait pas dû se passer d’après l’ordre habituel de ce que nous savons des lois qui régissent les événements dits historiques. Le fait que le roi Assuérus ait pour femme la reine Esther, et que cela a sauvé le peuple juif de ce temps d’une Shoah qui aurait pris des dimensions insoupçonnables dans l’empire perse de ce temps-là. Les voies de la providence ont travaillé à travers un récit qui apparemment est très anecdoctique : le miracle est caché !

 

A ‘Hanoukah le miracle est dévoilé. C’est pourquoi il y a dans la Halakha la nécéssité de témoigner publiquement de ce miracle. C’est le Pirsoumei Nissa (propager–diffuser-publier le miracle), qui a lieu aussi à Pourim mais à ‘Hanoukah il est beaucoup plus spectaculaire. 

 

 

Bimê Matityáhu ben Yocha-nan cohen gadol, Chashmonaí uvanav,

Au temps de Matiatiahou fils de Yo’hanane le grand prêtre des Hasmodéens et de ses fils…

 

Il ne faut pas oublier les fils là parce que c’est à travers les fils que les événements proprement nationaux militaires ont eu les conséquences de la révolte de conscience d’un Kohen parmi les Kohanim.

 

 

… "ke'sheomda Malkhout Yavan ha'reshaah al amekha Yisrael

lorsque s’est dressé l’empire de Grèce le méchant contre ton peuple Israël…

 

le'hashkicham Toratecha

pour leur faire oublier ta Torah.

 

C’est le mot que je voulais signaler : dans le Moussar Ashkénaze c’est Leshake’ham torateikha.  

Je traduis d’abord le Moussar Ashkénaze : pour leur faire oublier ta Torah. Alors que dans le Moussar Séfarade il y a Leshake’ham Mi-Torateikha : pour les faire oublier de Ta Torah.

 

Il y a là quelque chose d’assez important que je voudrais mettre en évidence avant de dire la suite : les Grecs ont failli réussir, n’était-ce la fidélité juive à eux-même pendant 2000 ans, à faire que la Bible la Torah elle-même apparaisse comme étant de l’héritage culturel universel d’indice chrétien sans plus aucun rapport avec le judaïsme : faire oublier Ton peuple Israël de Ta Torah !

Il y a là une intention dans la Guirsa Séfaradite qui est importante et qui a été mise en forme par le Rav Hutner dans une de ses Drashot sur ‘Hanoukah. J’ai utilisé le contenu de son analyse.

 

Je dois dire pour êre objectif que le Rav Hutner a donné cette analyse pour justifier le Moussar Ashkénaze. Mais il semble bien que l’analyse du rav Hutner finalement justifie plutôt le Moussar Séfarade, grammaticalement en tout cas.  

C’est-à-dire que non seulement il y avait un des édits des Grecs d’interdire l’étude de la Torah, cela fait partie de la suite :

 

ou'lehaaviram mi'houkei retzonekha

et de les faire transgresser les statuts de Ta Volonté…

 

Donc y compris la Mitsvah de Talmid Torah. Mais il y avait une intention beaucoup plus profonde et insidieuse : dénaturer le lien entre Israël et la Torah. J’ai vécu dans une ambiance culturelle européenne où en tout cas officiellement c’était le cas. Avant la guerre mondiale, je me souviens de l’université: citer la Bible cela voulait dire la Bible des Chrétiens. Cela n’existait pas « la Bible des Juifs » ! C’était aussi indécent de relier la Bible aux Juifs que de s’évanouir dans un salon de Pompadour un tasse de thé à la main, comme on disait à l’époque à l’université.

Voilà comment les concepts ont évolué : on parlait d’abord des Hébreux, ensuite des Juifs, puis des judéo-chrétiens, et ensuite des Chrétiens. Tout le reste était oublié et la Bible c’était la Bible des Chrétiens. J’ai connu des grands penseurs juifs qui connaissait la Bible en grec qui faisaient semblant de ne pas savoir que l’original était en hébreu ! Il citait la Bible en grec à bout portant !

  

Et l’idée que les Juifs c’est cela Israël dont parle la Bible c’était évacuée de la culture générale. Sauf quelques individus plus ou moins érudits, on ne faisait aucun rapport entre les Juifs et Israël dont parlait la Bible ! Parce que l’Israël dont parlait la Bible c’est l’Eglise ! Vous avez compris comment cela a failli réussir depuis que les Grecs ont obligé à traduire la Bible en Grec. Cela a commencé avec la Septante. Cela s’est vulgarisé avec la Vulgate… et puis cela a continué comme cela.

 

ve’Atá, be-ra-chamêcha harabim,

Et toi, par ta grande miséricorde 

amádta lahêm beet tsa-ratam:

Tu t’es dressé en leur faveur au temps de leurs problèmes angoissants (tsarot),

ráv-ta et rivam,

Tu as querellé leurs querelles (l’événement national)

dánta et dinam,

Tu as jugé leurs jugements ( tu es intervenu pour juger que c’est eux qu’il fallait sauver)

nacámta et nicma-tam;

Tu as vengé leur vengeance

masarta gibborim beyad ‘halashim

Tu as livré des vaillants entre les mains des faibles

 

C’est là que la notion de miracle commence : l’ordre des choses veurt que les forts soient les forts et les faibles soient les faibles. Où se traduit ce miracle : suspension de l’ordre habituelle du fonctionnement des phénomènes du monde par le fait que les forts sont livrés entre les mains des faibles !

 

Si j’ose dire, de notre temps nous avons vécu cela au début de l’état d’Israël. Maintenant il faudrait peut être un peu modifier le vocabulaire. 

 

ve'rabim beyad me'atim,

et les nombreux dans la main des moins nombreux

u'temaim beyad tehorim"

les impurs aux mains des purs

u-reshayim beyad tsdikim

et les méchants entre les mains des justes…                  

 

En quoi est-ce un miracle ? Parce que l’ordre impersonnel de la nature ne fait pas de différence entre les méchant et les justes.

 

vezedim beyad ossekê Toratêcha

et les orgeuilleux entre les mains de ceux dont la préoccupation est Ta Torah.

 

Et là, je crois qu’il ne s’agit ni des Grecs ni des Hasmodéens, mais des Mityavnim, ces Juifs hellénisés qu’on appelait les Zédim. Il y a toute sorte d’événements dans notre histoire que l’on peut rattacher à cette notion.

 

Oulekhá assíta shem gadol veqadosh baolamêkha,

Et à Toi tu as fait un grand nom et saint dans ton monde,

 

Retenez cette expression, shem gadol veqadosh baolamêkha, nous allons la retrouver dans l’étude du Maharal.

 

 ul’amechá Yisrael

et pour Ton peuple Israël

assíta teshuá guedolá

tu as fait un grand salut

ufurcan, kehayom hazê.

Et une délivrance jusqu’à aujourd’hui

Veachar cach báu vanêcha lidvir Beitêkha,

Et après cela tes enfants sont venus sur le parvis de Ta maison

ufinu et Hecha-lêkha,

et ils ont débarassé ton sanctuaire

 

Vous rattacherez l’expression dans un verset de l’histoire d’Eliézer lorsqu’il va dans la famille de d’Abraham pour Rivcah et qu’on lui dit Vanifti et habayit : J’ai débarrassé la maison. Rashi : J’ai débarrassé la maison de la Avodah Zara. C’est le même sens ici.  

 

vetiharu et Micdashêkha;

et ils ont purifié ton sanctuaire

 

Cela implique donc la purificaiton de l’huile pour l’illumination du candelabre.

 

vehid-lícu nerot bechatsrot cod-shêcha,

et ils ont allumé des lumières dans les parvis de ton sanctuaire

 

J’ouvre une petite parenthèse: nous sommes tellement familiers à toutes ces traditions que nous rattachons la fête de ‘Hanoukah à cet événement historique de la victoire des Judéens contre les Grecs et que c’est à partir de ce temps-là qu’il y a la fête de ‘Hanoukah.

 

Ce qu’il faut comprendre c’est que tous les jours commémorés du calendrier ont depuis toujours leur signification dans l’ordonnance du calendrier, et lorsque l’autorité traditionnelle d’un certain temps diagnostique que l’événement historique de signification du jour dans l’année est arrivé, alors elle attribue la commémoration de ce jour-là en relation avec l’événement historique ainsi diagnostiqué.

 

Pour le dire en d’autres termes, ‘Hanoukah le 25 Kislev, depuis toujours c’est ‘Hanoukah. Jusqu’à cet événement historique de la victoire des Hasmodéens contre les Grecs c’était une fête disons folklorique populaire qui s’appelait ‘Hag HaOurim et c’est un terme qui est revenu de notre temps, la fête des lumières. Et à partir de l’événement historique de cette victoire des Judéens contre les Grecs, le Beit Din des Hasmodéens a décidé qu’à partir de maintenant cette fête a trouvé son événement historique, et voilà sa commémoration.

 

Ce qu’il faut comprendre c’est que cela a pris du temps avant que cette Halakha soit intégrée dans la tradition comme nous la connaissons. Et il y a eu controverse. Nous n’avons plus tellement de documents historiques, mais, pour juger à quel point la controverse a pu être intense, il suffit de comparer la controverse contemporaine concernant Yom Haatsmaout. Voilà une date, le 5 Iyyar, le jour de l’indépendance de l’état d’Israël, connue des Kabalistes depuis toujours.

 

Dans le calendrier de commémoration des communautés kabalistes tous les jours de l’années sont commémorés. Tous les jours ont une signification. Et dans la communauté « officielle », seule les jours où des événements fondateurs de l’histoire collective d’Israël sont déjà apparus dans l’histoire sont commémorés. Mais dans le calendrier des communautés Kabalistes, tous les jours de l’année ont une liturgie particulière de chaque jour. Dans d’autres traditions religieuses c’est le cas aussi. Il y a des communautés d’initiés qui ont une liturgie beaucoup plus complexe que celle connue dans les communautés « officielles ».            

 

Par exemple, le 28 Iyyar, le jour de Jérusalem. Je me souviens qu’avant le 28 Iyyar historique de la  libération de Jérusalem, le 28 Iyyar était commémoré. Et je vous donnerais un certain nombre de repères : c’est la Hilloulah de Shmouel Hanavi, et c’était commémoré au Merkaz Harav le jour de la Aliah du Rav A.I. Kook. Il y avait une petite brochure sur le 28 Iyyar avant l’événement qui portait comme titre: « HaYom HaGadol VéHaNora Hazeh Kaf ‘Het béIyyar : ce jour grand et redoutable le 28 Iyyar ». Lorsque l’événement est arrivé, les plus étonnés étaient ceux qui savaient !

 

Je vais vous donner un exemple beaucoup plus massif. D’abord je rappelle pour ‘Hanoukah, c’est le fait que le 25 Kislev qui est le jour du solstice d’hiver dans le calendrier hébraïque, il y avait depuis toujours, depuis les premiers hommes dit la Guémara (Avoda Zara 8a), depuis Adam harishone, la commémoration de la fête des lumière. Quand l’événement du risque de la disparition de la lumière – je passe sur un registre symbolique – la Torah - et puis de sa résurgence par miracle est arrivé dans l’histoire, c’est cet événement là qui a été dit ‘Hanoukah historique. Il y a une ‘Hanoukah cosmique.

La Guémara explique comment le 1er homme fêtait ‘Hanoukah. C’est un Midrash que j’aime beaucoup : le 1er homme a été créé selon le  récit biblique le jour de Rosh Hashanah, le 1er Tishri. Et ce jour-là il a mangé une pomme avec du miel comme on le fait ce jour-là (rires…) ! Un pépin de la pomme a eu pour conséquence que la lumière commence à décroître dans le monde. Effectivement, à partir de Rosh hashanah la quantité de lumière dans la journée décroit jusqu’au solstice d’hiver. Alors il a eu peur que par sa faute la lumière risque de quitter le monde. Quand à partir du 25 Kislev il a vu la lumière recroître, alors il a allumé des feux pour aider la lumière à croître. Dans toutes les traditions humaines, à cette époque, il y a quelque chose qui ressemble à la fête de la lumière. Par la suite, le christianisme va transposer le 25 Kislev au 25 décembre (comme par hasard) et va aussi instaurer une fête de la lumière, donnant une liturgie à sa manière de ce qu’était la fête de la lumière de toutes les traditions depuis le premier homme selon le Talmud.

Alors ce qui est vrai pour ‘Hanoukah est vrai pour toutes les fêtes ! Jusqu’à la sortie d’Egypte, Pessa’h était connu. Mais ce que commémorait Pessa’h jusqu’à la sortie d’Egypte n’était pas encore  la sortie d’Egypte. Quand l’événement de la sortie d’Egypte a eu lieu, la Torah diagnostique : à partir de maintenant, Pessa’h c’est la sortie d’Egypte !

 

vehid-líku nerot bechatsrot kod-shêcha,

et ils ont allumé des lumières dans les parvis de ton sanctuaire

 

Et vous voyez que ce texte ne fait pas allusion à ce qu’on appelle classiquemnt le miracle de la fiole d’huile, mais désigne comme miracle l’événement lui-même qui a été énuméré.

J’en reprends l’essentiel :

 

Tu as livré des forts entre les mains des faibles

et les nombreux dans la main des moins nombreux

les impurs aux mains des purs

 et les méchants entre les mains des justes…                  

et les orgeuilleux entre les mains de ceux dont la préoccupation est Ta Torah.

 

 C’est l’événement qui n’est pas « normal » d’après une vue naturelle des phénomènes des lois de la nature, c’est l’événement qui est le miracle. Et la raison pour laquelle la tradition va finalement se fixer sur le miracle ponctuel de la fiole d’huile qui dure 8 jours alors que normalement elle devait durer un jour, a été mise en évidence lorsque la dynastie des Hasmodéens devenue saduccéenne quitte la tradition et on va alors occulter tout cet aspect de l’événement pour ne garder que cela…

Encore au temps de ma jeunesse c’était la tradition habituelle, et de notre temps on retrouve avec l’état d’Israël, l’autre dimension de la commémoration.

 

Je finis le texte :

ils ont purifé ton sanctuaire, ils ont allumé des lumières dans les parvis de ton        sanctuaire…

veca-veú shemonat yemê Chanucá êlu, leho-dot ul’halel leshimechá hagadol.

et il sont fixés ces huit jours de louanges et d’action de grâce.

 

 Retenez le mot de Hallel que nous allons retrouver.

 

.../... 

 

lire la suite 

***

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