Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 13:00

Hanouka – La notion de miracle - 2ème partie

 

Hanouka – La notion de miracle – 2ème partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/hanouka_et_la_notion_de_miracle/cours_1

Durée : 47,0 minutes
Face B

 

…/…

 

Des miracles et des merveilles

Vénodé léshimkha ha gadol sélah

Et nous sommes reconnaissant à ton grand nom

 

Voilà ce texte, qui est le texte de base de la liturgie de ‘Hanoukah dans la Tefilah (la prière), caractérise cette notion de miracle, en dehors de l’allusion à tel ou tel prodige par rapport à des choses qui nous semblent inhabituelles comme voir une quantité d’huile brûler beaucoup plus de temps  qu’elle ne le devrait d’après les lois de la nature.

 

***

 

Je reprends donc le problème général.

Nous allons lire maintenant un texte du Maharal qui est un texte de théologie que je lirais assez rapidement pour mettre en évidence l’essentiel sur le point suivant.

Dans l’introduction, nous avons vu que ce qui gênait les théologiens rationalistes par rapport à la notion de miracle, c’est l’idée qu’il puisse y avoir un changement dans la volonté du Créateur. C’est la volonté du Créateur qui a institué l’ordre des lois de la nature, en hébreu le Tévah, la nature, et l’idée que Dieu intervienne pour changer les lois de la nature c’est un cas particulier de son action de providence. Le cas général étant le fait qu’Il intervienne dans la gestion du monde à travers les lois de la nature, en tout cas dans la cohérence du monothéisme intégral.

Mais ce cas particulier, en contradiction avec les lois de la nature, est une idée qui gène les théologiens que j’appelle par méthode « rationalistes ». En fait, un théologien n’est par définition pas rationaliste puisqu’il croit en Dieu, et que la raison livrée à ses propres forces n’y croit pas, mais nous n’avons pas d’autres vocabulaire en français pour les définir, ce sont disons les théologiens non-mystiques. Il vaudrait mieux employer des attributs négatifs.

 

Pourquoi cette difficulté ? A cause de l’existence du texte biblique qui raconte des événements de ce type que nous commémorons à ‘Hanouka. Depuis le 1er Shabat du monde, depuis que la nature fonctionne, le texte biblique raconte l’intervention de Dieu pour réaliser dans l’histoire des hommes des événements qui ne devraient pas se passer si le monde ne fonctionnait que d’après les lois que  Diue lui-même a institué. C’est cela qui gêne les théologiens. Ces théologiens sont par ailleurs des croyants, des grands maîtres de la tradition. Ils seraient beaucoup plus à l’aise si le texte biblique n’existait pas. Mais alors ils n’auraient pas de chaire de théologie…

 

Pourquoi cette difficulté ?

C’est parce qu’à partir d’un certain temps dans l’histoire du monde, le monde a changé par rapport à ce problème. Ce n’est plus le monde où, de façon visible et diagnosticable, Dieu intervient, et que j’appelle d’habitude le monde où Dieu se révèle. Le temps de la Bible a été clos. C’est le temps où est clos la période de la révélation dévoilée de l’intervention de Dieu dans le monde. C’est la période de l’achèvement de la prophétie. Achèvement qui ne veut pas dire fin dans le sens total. Cela veut dire occultation. Il y a une rémanence de ce qui s’est passé en ce temps-là. Mais je vous rappelle la formule essentielle pour situer ce problème. On a oublié que la révélation a eu lieu et que c’était sérieux parce qu’on a oublié qu’elle a cessé. Le fait même qu’on ait oublié ce phénomène de cessation de la prophétie a  dénaturé la relation à la notion même de prophétie. Les hommes se relient au monde comme il se trouve depuis l’arrêt de la prophétie – c’est-à-dire il y a 2600 ans à peu près la fin du 1er temple -  comme si c’était le monde dont la bible parle. Or, la bible parle d’un monde où Dieu intervient de façon dévoilée. Mais ce n’est pas le nôtre ! Donc il s’est passé quelque chose ! On a oublié ce qui s’est passé ! Ce qui s’est passé c’est la clôture du temps de la révélation.

 

Et alors nos théologiens, finalement, évoluent dans un monde où il est difficile de formuler et de diagnostiquer les choses dont parle la Bible dans le monde tel que l’homme cultivé en a expérience dans sa représentation disons rationnelle.

 

J’essaie de vous faire comprendre la difficulté de ces théologiens du moyen-âge, comme Maïmonide, qui bien sûr dans son enseignement de rabbin parle des miracle de la Bible avec la foi du charbonnier. Après tout c‘est un rabbin ! Mais quand il fonctionne comme théologien et comme philosophe il s’évertue à essayer de faire comprendre à un rationaliste, pour qui le monde n’est que le monde de notre contemporanéité dans lequel il n’y a aucune évidence des choses dont parle la Bible, que l’on peut quand même lire la bible. Avec des stratégies intellectuelles. Je vous en rappelerais une qui évacuent les difficultés de ces récits de miracle.

 

Que Dieu aurait prévu dès la Création du monde que les miracles racontés par la Bible se passeraient comme il se sont passés.

 

C’est une des explications que l’on accroche à Maïmonide. Le texte de Maïmonide est plus subtil que cela, mais en général les universitaires accroche à Maïmonide la thèse suivante : dès la création, Dieu a prévu que la mer rouge s’ouvrirait le jour où elle devait s’ouvrir. Dès la création du monde Dieu a prévu qu’une petite fiole d’huile donnerait de l’huile pour 8 jours…etc.

 

Encore une fois, cette explication complique le problème. N’est-il pas plus simple d’admettre que Dieu est Dieu.  

 

Pour un théologien « normal », il n’y a aucun mystère quand Dieu intervient : c’est Dieu qui intervient ! Bien entendu, il faut craindre les faux diagnostics, les miracles de sorciers, et toute cette superstition.  Depuis la fin de la prophétie, les théologiens se trouvent dans le même monde que celui des philosophes. Or, le monde des philosophes c’est un monde où il n’y a pas de révélation. Or, c’est le monde de l’histoire depuis la destruction du 1er temple, où la révélation a cessé. Que signifie qu’elle a cessé ? Elle s’est cachée ! Mais nous ne rencontrons plus d’événements de ce type, des récits de miracles de la Bible.

 

L’argument principal de ces théologiens dits « rationalistes » - et encore une fois, je réserve leur quant-à-soi intérieur – il suffit de lire leurs autres livres comme par exemple de Maïmonide. Si nous lisons ce qu’il dit des miracles dans Mishnei Torah cela n’a rien à voir avec ce qu’on lui fait dire dans le Guide des Égarés. Et pas seulement Maïmonide, le Ravdak, Saadiah Gaon, et tous les autres…

 

Maharal :

 

Indépendamment des arguments que je vous ai cité en introduction, il y a un argument auquel le Maharal va se confronter dans le texte que nous allons lire.

C’est l’idée que le miracle brise l’ordre du monde. C’est la notion de Seder.

Je vous dis tout de suite la thèse du Maharal : Il va expliquer que les miracles eux-aussi obéissent à un ordre. Il y a un ordre des miracles qui n’est pas le même que l’ordre des lois de la nature, mais il n’y a pas d’arbitraire. Ce n’est pas n’importe quoi dans l’ordre de l’arbitraire qui est défini par le miracle par les catégorie du récit biblique. S’il nait un veau à 5 pattes ce n’est pas un miracle c’est un déchet statistique. Et il y a des veaux à 5 pattes qui naissent. Par exemple, nous savons que pour 10 000 naissances il y a un garçon qui nait circoncis. C’est statistique ce n’est pas forcément un miracle. Je dis « pas forcément » c’est pour les familles où cela arrive, je veux les laisser croire qu’il y a un miracle…

 

Le Maharal explique : il ne faut pas croire que il y ait un arbitraire dans ces événements que nous définissons comme miracle dans la définition simple : un événement qui contredit les lois habituelles du fonctionnement des phénomènes selon l’ordre de la nature. Ce n’est pas arbitraire, il y a un ordre des choses. Et là, il y a une logique très profonde. C’est le Créateur qui fait des miracles. Ce même Créateur qui a institué les lois de la nature, c’est lui qui fait des miracles. Donc dans l’ordre de Sa volonté un autre niveau de Son projet pour l’histoire de Son monde.

 

Vous comprenez pourquoi le Talmud nous habitue à être rebelle à cette attitude de débusquer le miracle partout. La religiosité talmudique a horreur de cela. Cela va jusqu’à cette consigne : il ne faut pas s’attendre à un miracle. Si le miracle vient, on fait une fête. Et bien sûr, on espère toujours que s’il faut, pourvu qu’il y ait…, mais d’abord vivre dans l’ordre du monde tel que Dieu l’a voulu en le créant.

 

Eïn soum’him al ha-ness (Pessachim 64b) on ne compte pas sur le miracle.

 

Le Maharal va nous dire qu’il y a un Seder propre aux Nissim.

Je vais introduire cela par une analyse très brève de deux mots du vocabulaire biblique qui disent les miracles. Il y a au moins 7 mots différents, je vais en prendre deux. Ot et Mofet.

Le miracle est toujours appelé smultanément Ot et Mofet.

La signification de Ot, c’est un signe. C’est-à-dire un événement qui a une signification.

Mofet dans l’hébreu moderne signifie une preuve. Mofet c’est un prodige. C’est un événement qui en lui-même sert de preuve. Cette notion de miracle a ces deux dimensions entre autres.

 

Je vous cite un texte du Sifrei, un des Midrashim sur la Torah, à propos de la sortie d’Egypte. Le même événement était Ot pour les Hébreux et Mofet pour les Egyptiens. Les Hébreux en percevaient la signification et les Egyptiens étaient frappés par l’aspect de prodige qui les terrorisait. Dans le même miracle ces deux dimensions, Ot ou Mofet. Mais le fait qu’il y ait signification n’évacue pas l’aspect Mofet, l’aspect prodige.

Par expérience pédagogique, je sais que très souvent l’esprit humain a tendance dès qu’il atteint la signification d’un événement de le banaliser. Pourquoi ? Parce qu’il en connait la signification, alors cela perd tout sens. Comprenez le sens des mots : signification et sens. Parfois on hésite à donner des significations pour éviter que cela perde du sens. C’est pourquoi on ne donne de significations qu’à ceux qui sont capables d’apprécier le sens si j’ose dire.

 

La 2ème explication du Sifrei était de dire que c’était Ot baShamayim Mofet al haarets  un signe dans le ciel et un prodige sur terre.  On peut relier d’ailleurs les deux niveaux de signification.       

 

Texte du Maharal :

C’est une des objections des théologiens rationalistes que le Maharal discute.

Nous en avons vu déjà deux :

 

-           L’identification de l’essence divine avec la fonction de connaissance. Le Maharal refuse cela. L’essence divine est autre que le fait que Dieu soit capable de connaissance absolue. C’est un de Ses attributs.

 

-           L’identification entre l’essence divine et Sa volonté. Là encore le Maharal en prenant à l’appui des versets très clairs évacue tout cela.  

 

Son argumentation principale est de dire que tout ce que nous savons de Dieu c’est qu’il est Qadosh, séparé, à part, des conditionnements du monde. Et que nous ne connaissons aucune autre définition de Son essence sinon qu’elle est en-dehors, séparée de tout ce qui conditionne le monde de la Création. Et par conséquent, les théologiens qui affirment que Dieu est tout entier connaissance, tout entier volonté, sortent cela de leur tête dit le Maharal. Ce que la Torah dit c’est que Dieu est Qadosh. On traduit par « Saint » en français mais dans le sens étymologique « à part » et donc non soumis aux conditionnements du monde.

 

Par conséquent, il en résulte que le fait qu’Il soit connaissant du monde Lui permet de suivre les fluctuations des changements de ce qui se passe dans le monde sans que Son essence soit atteinte puisque c’est une fonction. De la même manière, pour la volonté lorsqu’il décide d’intervenir au moment où il intervient, ponctuellement, et non pas, comme selon la stratégie intellectuelle des théologiens rationalistes l’imaginent, de prévoir tout avant de créer le monde comme si c’était une mécanique fataliste. Le Maharal est parfois très sévère pour ces théologiens. J’espère avoir montrer que ce n’est pas la foi théologique qui est en question mais leur système pédagogique ; parce qu’ils se trouvent dans un monde où il faut s’expliquer avec des arguments d’athées. Alors leur théologie devient une athéologie. On commence le texte :

 

Une autre difficulté consiterait à dire à ordonnancer l’existence des existants, il n’est pas possible que lui-même change leur ordre - seder. Parce que lorsqu’il fait exister cette chose nouvelle du miracle - Ot – comme par exemple le fait que le soleil se soit arrêté au temps de Josué, et ce cas-là serait une annulation et un changement dans l’ordre des phénomènes. Et il n’est pas pensable que le désordre vienne de Celui qui avait mis l’ordre. N’est-ce pas que contre cette objection ont déjà répondu nos maîtres : lorsqu’ils ont enseigné par exemple : Dieu a fait une condition avec l’œuvre du commencement (le monde) que lorsqu’il serait nécessaire que la mer s’ouvre elle s’ouvrirait. Leur intention était de dire qu’il leur a semblé difficile de penser après que tous les existant existent selon un certain ordre qui vient de Dieu lui-même, il est impossible qu’il y ait un changement dans cet ordre car l’œuvre de Dieu et l’ordre qu’il a mis dans le monde est digne d’être éternel et de ne pas changer. Et aussi que toutes les créatures sont créées par le Nom de Dieu.

 

[Il y a ici un autre problème mais je n’ouvre pas de parenthèse, la médiation du Créateur c’est le Nom de Celui qui est Dieu.]

 

Et du fait que tous ont été créés par Son Nom qui est éternel, subsistant à jamais, de même que Son Nom est un existant éternel, ainsi sont dignes d’être les créatures du commencement qui dépendent de Son Nom.

 

[Si Son nom est éternel, ce qu’Il a créé doit être éternel. Vous voyez la difficulté parce que la notion d’éternel et la notion de créé semblent être en contradiction. C’est pourquoi il dit « les créatures qui dépendent de Lui ». En quoi sont-elles créatures si elles sont éternelles ? Puisque créature cela veut dire qu’il y a eu un commencement. « Au commencement Dieu créa… » Je laisse cette difficulté de côté. J’avance :.]

 

« כִּי בְּיָהּ יְהוָה, צוּר עוֹלָמִים   Ki BeYah Hashem Tsour Oulamim « Car avec/par Yah Adonaï roc éternel ». (Isaïe 26:4) (cette citation ouvrirait une autre parenthèse dans laquelle je n’entre pas…) Et en cela ils ont dit, que lorsque les créatures ont été créées était déjà prévu dans cet ordre le miracle qu’il y aurait dans l’histoire des créatures. De même qu’a été ordonnancé de par Sa Volonté l’ordre de la nature. Et cet ordre-là (le terme a changé non plus Seder mais Sidour. Seder c’est la structure de l’ordre, Sidour c’est l’ordre lui-même. Si je mets en ordre des éléments, les éléments sont dans un certain Sidour, mais quelque soit les éléments la structure s’appelle le Seder). Cet ordre des choses dans l’œuvre du commencement Dieu n’a pas décidé que le monde serait que nature.

 

[Il y a là une idée importante : nous sommes habitués à dire que le monde est la nature. C’est la création devenue la nature lorsque Dieu a décidé de lui donner son autonomie. L’idée qu’il y a là, c’est que le monde c’est la nature. Mais ce n’est pas la nature strictement nature: il y a des interstices dans lesquels un autre ordre peut apparaitre.]

 

Mais il y a aussi un ordre pour les miracles qui ne sont pas d’après la nature. De telle sorte que en fin de compte le miracle se fasse.

 

Le Maharal critique en cela les positions décrites précédemment. Ce n’est pas que Dieu avait prévu que l’événement du miracle se fasse, mais qu’il y ait possibilité d’un événement s’il doit se faire.

 

Il y a un ordre de la nature, mais il y a aussi un ordre des miracles. Ce qui ne veut pas dire que ces miracle soient prédestinés de manière fatale. C’est une notion très différente de celle de la fatalité. Les astrologues modernes commencent un peu à corriger cette notion de fatalité astrologiques en y introduisant un peu cette notion-là que l’événement n’est pas fatal mais possible. Depuis quelques dizaines d’années, un nouvelle astrologie a corrigé tout ce qu’il y avait de fatal et de prédéterminé, le fatum des Latins, la prédiction astrologique. Je vous le signale parce que cela existe et que vous risquer de le rencontrer : une irruption de la mentalité biblique dans l’astrologie moderne.  

 

Q : Comme s’il y avait deux structures parallèles, la structure d’un certain ordre voulu et la structure d’une possibilité ?

R : l’idée est là mais il y en a une infinité, et non pas seulement deux. Il y a l’ordre de la nature. C’est la structure de base qui fait que le Olam, le monde créé, est devenu la nature. Et il y a une infinité de niveaux qui, suivant la Volonté de Dieu, joue à tel ou tel moment. Infinité et non pas deux seulement. Il y a un ordre de miracle qui est à un certain niveau et il y a un autre ordre qui est à un autre niveau. Par exemple, une naissance impossible qui arrive quand même c’est à un certain niveau de ces structures auxquelles tu penses. De l’huile qui brûle 8 jours au lieu d’un jour, c’est un autre niveau. Du vinaigre qui brûle comme si c’était de l’huile. On en a des traces dans le Talmud.

 

Q : Le miracle avec Elisha le prophète… ?

R : C’est toi le prophète parce que c’est ce texte que l’on va étudier !

 

Garder l’idée essentielle de ce texte du Maharal : de même qu’il y a un Seder de la nature, il y a un Seder des Nissim. Il donne d’autres exemples.

 

Le Maharal donne une citation de la Guémara de Shabat:

 

                       « Celui qui dit le Hallel tous les jours est un blasphémateur ».

 

Le Hallel est la prière de louange après un miracle. Pourquoi celui-ci est-il considéré comme un blasphémateur ? Parce qu’il considère que tout est miracle ! Donc il ne considère par que le miracle existe comme tel. C’est comme s’il n’admettait pas qu’il y a un Minhag HaOlam une manière de se conduire du monde qui est garantie par la Volonté du Créateur.

 

Une expression que nous rencontrons dans la liturgie : Dieu qui est El Néeman.

’El melekh Ne’eman (אל מלך נאמן  ), Dieu, Roi, en Qui l'on place sa confiance.

 

Dans la prière, en dehors de la collectivité, on ajoute ces 3 mots dans la lecture du Shéma pour faire le nombre des mots. On traduit habituellement « Dieu fidèle ». Que signifie que Dieu est fidèle ? Il est fidèle à Ses promesses fidèle à Sa parole donnée, Dieu à qui on peut faire confiance, Dieu digne de foi. Cela semble être l’inverse mais c’est le sens du terme El Nééman. « Dieu à qui on peut faire confiance ». C’est enseigné à propos des lois de la nature : les lois de la nature sont garanties par le Créateur. On peut lui faire confiance qu’il n’y aura pas de miracle tous les jours…

 

Parce que si nous étions dans un monde enchanté alors la liberté de l’homme n’aurait pas d’appui. On peut faire confiance à Dieu que le monde fonctionne comme Il l’a voulu. C’est avec Abraham que cette conscience apparait dans l’histoire. La conscience moderne qui est sortie de la conscience magique, la conscience affolée dans la crainte que les phénomènes changent par caprice des dieux. Abraham sort de cette conscience magique et fonde la modernité.

 

Bien entendu, la Bible nous raconte des miracles et chacun dans l’expérience de sa vie en a expérience. En général on n’en parle pas parce que seul celui qui l’a expérimenté comprend de quoi il parle. Je vous donnerais presque le conseil de ne jamais en parler si vous avez dans votre vie l’expérience de choses dites miraculeuse dans l’ordre du miracle caché. Des événements inattendus qui ne devraient pas se passer normalement qui se passent quand même…

 

El Néeman : cela veut dire que l’on peut faire confiance à Dieu que le monde fonctionne comme les savants nous disent qu’il fonctionne (lorsque ces vrais savants établissent les vrais lois des phénomènes). Alors cela garantit cette sécurité de la conscience, c’est en cela que Dieu est fidèle.

C’est l’allusion au verset [Tehilim 148:6] :

  חָק-נָתַן, וְלֹא יַעֲבוֹר  

‘Hok Natan VéLo Yaavor: 

Il a institué un statut et Il ne le transgresse pas.

   

Haftara : 2 Rois chapitre 4

 

C’est un récit dans la Bible qui parle de quelque chose d’analogue à ce miracle de la fiole de ‘Hanoukah. Une fiole d’huile qui ne devait brûler qu’un jour et a brûlé 8 jours. Pourquoi 8 jours et non pas 9 ou 7, 6… ? Quel en est la signification ?

C’est un enseignement du Maharal que le chiffre 8 est à l’indice du 8ème jour qui est le temps messianique. Il y a les 6 jours du commencement, le 7ème jour où est logé toute l’histoire du monde, le 7ème jour aboutit au 8ème qui est le jour messianique. Shmoneh, huit en hébreu, c’est la même racine que Shémén qui veut dire l’huile. C’est le jour de l’onction par laquelle le dignitaire était oint. Ha Melekh Ha-Mashia’h : le roi qui était choisi par le prophète parmi tous les prétendants légitime pour être oint. On l’appelait le Melekh HaMashia’h le roi oint. Ce mot est devenu en français le mot Messie à travers le grec qui a pris un décalque de Mashia’h. Messia dans les bibles traduites est devenu messie en français. Le mot messie en français connote ce que les Français disent du Christ. Cela n’a rien à voir avec la notion étymologique de Mashia’h qui était un roi. Il y avait 2 Messi’him : le roi messie et le prêtre messie. Le Kohen HaMashia’h et le Kohen HaMashia’h. Cela veut dire que le 8ème jour est défini comme étant le jour de l’onction le jour de l’huile. Il est fort possible que l’expression française « une huile » pour dire une personne importante vienne de là.

 

Où est la signification messianique de l’événement ? C’est très simple comme d’habitude : pendant combien de temps cette fiole qui ne devait brûler a-t’elle duré ? Pendant le temps qu’il fallait pour préparer l’huile nouvelle. Il a fallu 8 jours pour préparer l’huile nouvelle, alors elle a brûlé 8 jours ! La signification messianique de cela est maintenant très claire: où était l’aspect miraculeux du miracle ? C’est que quelque chose de pur était resté. Un reste de reste de reste, qui a, si j’ose dire, tenu le coup le temps qu’on prépare la nouvelle huile. Il faut le comprendre au niveau des hommes :  Il était restée une poignée de Judéens fidèles qui ont réussi à faire la transition de l’histoire jusqu’à ce que la restauration de la nation judéenne apparaisse. C’est ce que nous avons vécu dans notre génération. Or, cet événement comme tel est à l’indice huit.

 

La signification doit d‘abord être mise dans l’événement, alors après on comprend la signification du chiffre. Ne faites pas les choses à l’envers. Ce n’est pas parce que 8 est le chiffre messianique que cela a duré 8 jours, c’est parce que l’événement était messianique que cela a duré 8 jours. Par exemple : ce n’est pas parce que l’horloge marque l’heure qu’elle fasse qu’il est cette heure-là. C’est l’inverse, c’est parce qu’il est cette heure-là que l’horloge le marque…

  

2 Rois Chapitre 4 :

וְאִשָּׁה אַחַת מִנְּשֵׁי בְנֵי-הַנְּבִיאִים צָעֲקָה אֶל-אֱלִישָׁע לֵאמֹר, עַבְדְּךָ אִישִׁי מֵת, וְאַתָּה יָדַעְתָּ, כִּי עַבְדְּךָ הָיָה יָרֵא אֶת-יְהוָה; וְהַנֹּשֶׁה--בָּא לָקַחַת אֶת-שְׁנֵי יְלָדַי לוֹ, לַעֲבָדִים

Une femmes parmi les femmes des fils de prophètes

(Les Bnei Ha-Neviim בְנֵי-הַנְּבִיאִים    étaient les élèves de prophètes. Retenez que cela ne se passe pas n’importe où mais dans une famille de prophètes. Il y avait des écoles de prophètes où les Bnei Ha-Neviim בְנֵי-הַנְּבִיאִים   que l’on traduit par fils de prophètes s’initiaient à la prophétie. Une des disciplines qu’ils apprenaient était la musique. Pour pouvoir être prophète il fallait, entre autres grandes qualités, être capable d’être grand musicien. Les Bnei Ha-Néviim on les prenait chez les musiciens. C’est clair quand on parle des Léviim, les Lévites, qui étaient les chanteurs. Je crois que dans la société juive contemporaine si on cherchait qui sont les Lévites j’aurais tendance à répondre que ce sont les poètes. Ceux qui sont capables de les écrire et d’en faire le chant. Poiën créateur qui a donné le mot Païtan qui est le mot rabbinique du temps des Grecs. Je crois effectivement que cette fonction des Lévites est en quoique ce soit jouée de notre temps par les poètes. Derrière les grands mouvements de l’histoire juive, il y a d’abord des poètes. Le discours d’un poète est commun à toute la communauté, alors que le discours d’un idéologue n’est commun qu’à ses fidèles. Ce n’est pas pour rien que les prophètes étaient de si grands poètes. Ce qu’il faut comprendre c’est qu’ils étaient musiciens. La preuve c’est qu’on ne lit pas on chante, et pour chanter il faut être musicien.

 

וְאִשָּׁה אַחַת מִנְּשֵׁי בְנֵי-הַנְּבִיאִים צָעֲקָה אֶל-אֱלִישָׁע לֵאמֹר, עַבְדְּךָ אִישִׁי מֵת, וְאַתָּה יָדַעְתָּ, כִּי עַבְדְּךָ הָיָה יָרֵא אֶת-יְהוָה; וְהַנֹּשֶׁה--בָּא לָקַחַת אֶת-שְׁנֵי יְלָדַי לוֹ, לַעֲבָדִים

Une femmes parmi les femmes des fils de prophètes…

 

Traduction du rabbinat :

    La femme de l'un des jeunes prophètes vint se plaindre à Elisée, disant:

Tsaaqah צָעֲקָה   est beaucoup plus fort que cela: a crié, a réprimandé.  

Je vous dis ce que j’ai entendu hier sur ce verset du Rav Eliyahou. Je me trouvais à une soirée où il se trouvait aussi, et il a cité ce verset pour tout à fait autre chose, il a donné un Diyouk une précision de sens que je voudrais mettre en evidence cela nous servira pour ce texte. Il a cité cela en disant : c’est une femme qui était pleine de dettes, et le créancier est venu réclamer ses dettes qu’elle ne pouvait pas payer, et lui réclamer ses deux enfants comme esclaves au service du roi d’Israël. En ce temps-là c’était A’hav-Achab un païen marié à Izevel-Jézabel.  

 

La revendication de cette femme au prophète Elisée est très forte, elle le met en accusation : comment peux-tu laisser faire une chose pareille que des enfants d’un fils de prophète reçoivent une telle éducation chez des païens ! Cela veut dire que ce qui va déclencher le miracle à venir est un événement suffisamment important pour qu’on apprenne pourquoi le prophète va déranger le bon Dieu pour faire un miracle. Vous voyez déjà le parallèle avec l’identité des Makabi. Toute l’identité des Judéens est en risque d’être hellénisée, alors il faut faire quelque chose pour être sauvé de cela. Cela veut dire qu’il faut arriver à comprendre l’événement au niveau du miracle. Est-ce que l’événement justifiait le miracle ? Alors le miracle devient vraisemblable, et après on comprend comment il fonctionne. Si on a déjà compris cela c’est l’essentiel. Pourquoi de tels récits nous gênent-ils ? Parce qu’ils sont apparemment anecdotiques. Des histoires de bonne-femmes, de foi de charbonnière, si j’ose dire ! Parce qu’elle n’arrive pas à payer ses dettes, le bon Dieu va faire que de l’huile va couler, comme on va le voir ! Ou bien parce que les Judéens voulaient allumer leur candelabre, une petite fiole d’huile va brûler 8 jours au lieu d’un !

 

Ce qui est en jeu est beaucoup plus important que cela. Voilà l’exemple que le rav Eliyahou a donné :  

 

 וְאִשָּׁה אַחַת מִנְּשֵׁי בְנֵי-הַנְּבִיאִים צָעֲקָה אֶל-אֱלִישָׁע לֵאמֹר, עַבְדְּךָ אִישִׁי מֵת, וְאַתָּה יָדַעְתָּ, כִּי עַבְדְּךָ הָיָה יָרֵא אֶת-יְהוָה; וְהַנֹּשֶׁה--בָּא לָקַחַת אֶת-שְׁנֵי יְלָדַי לוֹ, לַעֲבָדִים

Une femmes parmi les femmes des fils de prophètes est venu se plaindre en disant : Ton serviteur, mon mari est mort: et toi tu sais que ton serviteur était craignant Dieu. Or, le créancier est venu prendre mes deux fils pour lui comme esclaves."

 

On ne parle pas de n’importe qui, le miracle a lieu pour un craignant Dieu.

 

וַיֹּאמֶר אֵלֶיהָ אֱלִישָׁע, מָה אֶעֱשֶׂה-לָּךְ, הַגִּידִי לִי, מַה-יֶּשׁ-לכי (לָךְ) בַּבָּיִת; וַתֹּאמֶר, אֵין לְשִׁפְחָתְךָ כֹל בַּבַּיִת, כִּי, אִם-אָסוּךְ שָׁמֶן

Elisha lui dit: que puis-je faire pour toi. Raconte-moi ce que tu as dans la maison.

 

Il lui dit qu’il ne peut pas faire un miracle sur rien. Si elle a quelque chose il peut le miraculer. Sans base, rien !

וַתֹּאמֶר, אֵין לְשִׁפְחָתְךָ כֹל בַּבַּיִת, כִּי, אִם-אָסוּךְ שָׁמֶן

                      Elle dit : Il n’y a rien de ta servante dans la maison sinon une fiole d’huile.  

וַיֹּאמֶר, לְכִי שַׁאֲלִי-לָךְ כֵּלִים מִן-הַחוּץ, מֵאֵת, כָּל-שכנכי (שְׁכֵנָיִךְ)--כֵּלִים רֵקִים, אַל-תַּמְעִיטִי

Il dit : Va et demande pour toi des Kélim des vases.

 

Retenez ce terme Kéli, il faut qu’il y ait un Kéli pour que le miracle vienne. Il faut qu’il y ait un véhicule du miracle. Alors, on traduira Kéli pour l’histoire de l’événement par des vases, des récipients… Mais en hébreu, Kéli, cela veut dire des véhicules de présences. Présences qui ne peuvent venir que s’il y a des véhicules. De la même manière que le Or-lumière dépend de son Kéli-réceptacle. Sans Kéli, le Or ne vient pas.

La lumière ne vient que s’il y a un véhicule approprié.

…/…

lire la suite

 

*****

Partager cet article

Repost 0
Published by Rav Léon Askénazy - dans CALENDRIER & FÊTES
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : MANITOU
  • MANITOU
  • : Bienvenue sur le blog MANITOU! Cet espace est consacré au Rav Léon Askénazi - Manitou - זצ"ל.Vous y trouverez des textes rédigés à partir de cours audio enregistrés (disponibles sur www.toumanitou.org) En modeste hommage à ce Rav génial et extraordinaire...
  • Contact

Recherche