Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 13:41

Hanouka (1968) Actualisation : pensée juive et pensée grecque (Pahad Isaac)

 

 

Hanouka (1968) Actualisation : pensée juive et pensée grecque (Pahad Isaac)

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/hanouka_pensee_juive_et_pensee_grecque/cours_1

Durée : 45,9 minutes
Face A

 

L’exposé de ce soir a été intitulé « actualisation de ‘Hanoukah » et cela signifie en 1ère définition : dans quelle mesure pouvons nous retrouver dans notre actualité, dans le temps historique dans lequel nous vivons, la problématique de la lutte entre les Judéens et les Grecs de l’époque du 2ème temple ?

 

C’était un cycle historique très différent du nôtre, mais peut-être y a-t’il une correspondance culturelle du point de vue des problèmes qui se sont posés dans les heurts entre la culture grecque et la culture juive dans les temps que nous commémorons à propos de ‘Hanoukah ? 

 

1- Cela me mènera à vous donner en préface une certain nombres d’analyses qui ont pour objectif de mettre en évidence l’importance de la commémoration de ‘Hanoukah telle qu’elle a été comprise par la tradition juive déjà depuis l’époque du 2ème temple au temps où l’événement s’est produit, et à travers les siècles, puisque comme vous le savez, jusqu’à nous, la fête de ‘Hanoukah a eu un impact assez particulier dans la vie traditionnelle juive et dans les temps plus récents dans la vie nationale juive.

  

2- En second lieu nous essayerons de mettre en évidence les thèmes théoriques principaux qui expliquent la gravité qui a été accordé à cette épisode de notre histoire. C’est un épisode d’un passé très lointain. La gravité, l’importance, et le sérieux qui y a été rattaché, au-delà de la notion de rivalité de deux nations, de deux éthnies, de deux cultures, définies de façons spécifiques. Nous tenterons de comprendre au niveau le plus universel possible à quel niveau les responsables de la tradition juive du temps des Makabi ont jugé que ce conflit entre culture grecque et culture hébraïque mettait en jeu le destin de l’humanité de telle sorte d’accorder une signification messianique à la commémoration de ‘Hanoukah juive déjà en ce temps-là.

 

3- En troisième lieu nous essaierons de comprendre la manière dont le Talmud en parle. Et en particulier pourquoi il en parle si peu ? On en parle souvent à travers les siècles dans l’étude juive : comment se fait-il qu’un événement aussi considérable dans son aspect spectaculaire comporte si peu de place dans le contenu même du Talmud où nous sont laissées les traces des préoccupations culturelles de l’identité juive à travers les siècles ? Effectivement, on s’aperçoit que la quantité de pages talmudiques consacrées à l’évenement de ‘Hanoukah est réduite à quelques lignes alors que l’événement même est malgré tout d’une signification considérable.

 

***

 

1-       Importance de la commémoration de ‘Hanoukah

 

Dans le calendrier juif, la fête de ‘Hanoukah se situe avec une signification messianique d’emblée. Dès la lecture du rituel, dès la réflexion sur la liturgie propre du rite de la fête de ‘Hanoukah, nous découvrons que la tradition a voulu lui assigner une signification messianique. Et c’est donc corrolairement qu’on a porté un diagnostic d’une extrême importance concernant l’événement qui allait être commémoré. Ceci est visible déjà par le seul fait que l’on découvre que, dans cette fête de ’Hanoukah, le rite de commémoration occupe 8 jours. C’est un des principes du calendrier juif que le chiffre 8 est attaché à des rites qui ont une signification messianique.

 

Je voudrais très brièvement essayer de rendre compte de cela d’après la cohérence même de la symbolique des chiffres rapporté au temps dans la tradition biblique déjà.

Selon la cohérence de la manière dont le vocabulaire biblique rend compte des structures du temps, nous savons déjà, depuis les deux premiers chapitres de la Genèse, que c’est le chiffre 7 qui désigne la quantité de temps qui occupe l’histoire humaine. La bible nous dit que le monde a été façonné pendant 6 jours. A la fin du 6ème jour l’homme apparait dans l’histoire du monde. Et par conséquent, tout se passe comme si dans la cohérence de ce vocabulaire biblique on a considéré que toute l’histoire humaine occupe ce 7ème jour du commencement.

 

Tout se passe comme si on veut nous faire comprendre que le monde a une préhistoire avant l’apparition de l’homme. Cette préhistoire est désignée par les 6 jours du commencement. Le monde une fois créé a été façonné pendant 6 jours nous dit le récit biblique de tel sorte d’être suffisamment structuré pour qu’il puisse être habitable par l’homme. Et je vous demande de faire enfin l’effort de mémoire pour pouvoir retenir toutes ces remarques que nous aurons à utiliser par la suite dans l’analyse des termes généraux concernant la signification de ‘Hanoukah de nos jours.

Je cite souvent cette remarque : le récit biblique comporte une certaine cohérence même littéraire si j’ose dire. Le récit de l’œuvre de chaque jour se termine par un verset analogue:

Ce fut soir, ce fut matin, jour un… jour second, … jour troisième… et ce verset qui rythme le récit du commencement indique que le jugement porté par le Créateur sur son œuvre est tel que le projet concernant chacun des jours du commencement est suffisamment atteint pour que l’on puisse passer à l’étape suivante. L’œuvre du premier jour est accomplie alors apparait le deuxième jour… , l’œuvre du deuxième jour est accomplie…etc. La ligne de force, le projet général de cette « façonnation » - néologisme traduisant le terme Yetsirah – étant que le monde une fois créé (Briah) a été façonné (Yetsirah) avec pour objectif qu’il devienne un jardin habitable par l’homme. Et on s’aperçoit que c’est au soir du  6ème jour que l’homme apparait comme la dernière apparition, la dernière nouveauté qui apparait dans le monde. Et dès que l’homme apparait le monde entre dans l’état de Shabat. Le Créateur n’intervient plus au niveau des lois de la nature. Parce que va commencer une tout autre dimension de l’être : l’histoire. L’histoire de l’homme semble être logée dans ce 7ème jour qui commence au terme du 6ème jour du commencement.

Et ce que je voulais mettre en évidence de nouveau c’est le fait qu’il n’existe pas encore dans la Bible le verset qui dirait : « Et ce fut soir et ce fut matin, jour septième ».

Effectivement, dans le premier chapitre de la Genèse tout se passe comme si les 6 premiers jours du commencement sont accomplis. Cela n’est pas évident que ce qui a été réalisé coïncide vraiment avec le projet correspondant à chaque jour, il y a toujours un décalage. L’homme entre dans un monde où il y a l’héritage de la préhistoire d’avant la naissance de l’homme. Et il y a un certain décalage entre la réalité et le projet, donc entre la réalité et l’idéal. Et en fait, tout se passe comme si le jugement du Créateur juge que c’est suffisamment bon pour que l’homme puisse apparaitre dans le monde.

 

Et l’histoire de l’homme se développe. Son objectif nous le connaissons d’autre part par une autre cohérence du vocabulaire biblique : l’histoire de l’homme consiste à être occupé à engendrer le « fils de l’homme ». C’est toute l’histoire d’une gestation qui doit aboutir à un engendremment du « fils de l’homme », dans le sens messianique que lui assigne le vocabulaire des prophètes. 

Et il n’est pas encore écrit : « Et ce fut soir et ce fut matin, jour septième ».

Tout se passe comme si nous sommes encore à l’intérieur de ce grand 7ème jour du commencement et que lorsqu’il prend fin, lorsque ce projet de l’engendrement du fils de l’homme est accompli, alors on passerait au jour huitième.

 

Vous devinez déjà pourquoi chaque fois que la tradition met une commémoration ou un rite à l’indice du 8ème jour, c’est qu’elle a l’intention de lui assigner une signification messianique. C’est dire, en d’autres termes: tout se passe comme si, d’une certaine manière en préfiguration, ce qui est advenu dans l’histoire du 7ème jour était déjà de l’ordre du 8ème jour. Alors cela doit être commémoré à l’indice du 8ème jour.

 

Il y a une confrontation possible à faire entre la cohérence des différents calendrier qui s’inspire de la Bible. D’un côté l’islam, de l’autre côté la chrétienté. Et il est très frappant de voir que dans la logique de la cohérence propre interne à la liturgie chrétienne, la théologie chrétienne a fini par fixer le jour de commémoration le lendemain du 7ème jour. C’est-à-dire selon la semaine du calendrier habituel le dimanche. Mais c’est en réalité le 8ème jour par rapport au Shabat. C’est dire que puisque c’est le jour que la théologie chrétienne consacre à ce qu’elle appelle « le jour du Seigneur », pour elle, l’engendrement du « fils de l’homme » aurait déjà été réussi. Et par conséquent, il était normal en fin de compte que dans sa propre cohérence la théologie chrétienne change le 7ème jour en 8ème. (Cf. Concile de Nicée).

Il était normal d’autre part que dans la cohérence propre à l’islam ce ne soit pas encore déjà le  7ème jour qui soit désigné comme jour consacré mais le 6ème. Tout se passe comme si la conscience de l’islam se situe encore au 6ème jour, et que la conscience de la chrétienté se situe déjà fictivement au 8ème jour, alors que la conscience juive, elle, se situe dans l’ordre de la réalité du monde où nous sommes, dans l’ordre du 7ème jour. Bien entendu, un 7ème jour qui porte en gestation l’œuvre du 8ème. Mais nous n’y avons pas encore accédé. C’est là la grande contestation qu’il y a entre nos deux théologies juive et chrétienne. Nous sommes encore dans le temps du 7ème jour, mais dans un temps du 7ème jour qui porte en germe le 8ème.

 

Dans tous les cas, il n’est pas écrit dans la Bible, fut-ce-t’elle la Bible traduite par les Chrétiens : « Et ce fut soir et ce fut matin, jour septième », de telle sorte que l’on puisse croire que nous sommes déjà au 8ème jour.

 

C’est sous forme préfigurative que chaque fois qu’un événement semble émerger avec une signification « prospective », si j’ose dire, de l’ordre messianique que lui est assigné l’indice huit. C’est effectivement le cas de ‘Hanoukah en particulier. J’ai voulu citer cette remarque pour mettre en évidence l’importance considérable que la génération qui a vécu ces événements a assigné à cette commémoration.

 

Il faut savoir d’autre part, d’une façon générale, que la ‘Hanoukah en tant que rite était connu et fixé le 25 Kislev bien avant le temps de l’événement qui est commémoré à partir de la victoire des Makabi contre les Grecs. Cela ressort de façon évidente des textes du Midrash que nous possédons,  et d’autre part de la manière dont le Talmud lui-même pose la question de savoir ce qui doit être commemoré pendant la semaine de la ‘Hanoukah à partir de cette résistance et cette victoire de l’identité juive par rapport à la culture ambiante qui n’était pas seulement la culture de l’époque mais qui était aussi l’empire de l’époque qui s’était imposé par la force à l’identité judéenne.

 

On a jugé que parmi tous les conflits que Israël avait pu commettre à travers les siècles et ceux qu’il connaitrait encore, le temps était arrivé d’assigner à cette réinauguration du temple de Jérusalem reconquis sur les Grecs la signification de cet événement de ‘Hanoukah.

 

Première remarque :

Le fait que l’identité juive n’ait pas disparu au temps de la conquête de la Judée par l’identité grecque, le fait qu’elle ait pu ressuciter en ce temps-là a été considéré comme un événement de l’ordre messianique. Et ceci me mène directement au deuxième point.

 

Bien entendu il y a d’abord une raison purement historique du point de vue de l’histoire de notre société, bien que comme on l’a souvent noté c’est seulement une partie du peuple juif qui se trouvait en Judée à cette époque, un peu comme si, de notre temps, il y avait déjà une diaspora considérable en dehors du pays de la Judée, bien que cela n’était qu’une partie de l’identité d’Israël qui se trouvait en jeu dans ce conflit entre la Grèce et la Judée, et bien on a pris conscience du fait que si l’identité d’Israël de l’époque était annulée, détruite, c’était l’histoire juive toute entière qui risquait de prendre fin.

 

Je voudrais ajouter immédiatemment une autre remarque rattachée à la première : le fait même qu’on ait assigné une signification messianique à cette victoire et à ses conséquences, le fait qu’il y ait pu de nouveau avoir réinauguration de l’identité d’Israël à Jérusalem, a été considéré comme ayant une portée universelle, comme ayant une portée qui concernait l’histoire du genre humain tout entier. Et nombreux sont les textes directs des sources de l’époque, ou les textes postérieurs qui parlent de ‘Hanoukah et de cet événement, qui mettent en évidence le fait que l’on a ressenti une victoire non pas seulement au titre de l’identité juive mais au titre de l’avenir messianique de l’humanité toute entière. Alors, ce que nous allons essayer de comprendre c’est d’après les rabbins de l’époque, le Sanhédrin de l’époque quel était l’enjeu.

 

Je crois que nous ne pouvons pas nous borner à situer cela uniquement au niveau d’une rivalité nationale, c’est-à-dire la joie de commémoration par une fête de non seulement la résurrection de l’identité d’Israël mais de sa survie face à la culture ambiante de l’époque, cela n’est pas simplement la commémoration d’un événement de salut de la communauté juive – on se bornerait à ce propos à un commémoration de celle du genre de Pourim par exemple – puisque plutôt déjà il y a eu cet épisode d’un danger très grave menaçant la communauté juive en Perse. Et la fête de Pourim commémore ce salut de la communauté juive, où l’on n’a pas assigné du tout à la fête une portée et une signification messianique aussi grande que celle que l’on retrouve dans le rite même de ‘Hanoukah. Et dans la sémantique hébraïque cela va très loin. Je vous disais tout à l’heure, le jour huitième est défini comme le jour messianique. Parce que c’est le jour du temps de l’histoire du monde qui succède à l’histoire en train d’être fait, de l’être en devenir, de l’être historique que nous sommes, et l’histoire humaine porte comme une matrice porte en gestation une manière d’être qui est définie dans les prévisions des prophètes comme étant l’identité messianique.

Et nous savons qu’il s’agit de l’identité humaine au temps où la morale aura triomphé. C’est cela l’essentiel de la définition du temps messianique d’après la prophétie hébraïque : le temps où les valeurs morales seront compatibles avec l’identité humaine, et donc corrolairement, le temps où l’histoire humaine pourra être jugée véritablement selon l’ordre des valeurs morales. C’est ainsi que les prophètes hébreux en ont parlé.

 

Dans la sémantique hébraïque ceci va très loin : effectivement nous savons que la cérémonie de la messianité, la cérémonie de l’intronisation messianique, c’est la cérémonie de l’onction. En hébreu le mot de Mashia’h que nous traduisons par Messie – qui est la francisation du mot grec qui est le décalque du Mashia’h. Mais en hébreu le Mashia’h signifie l’Oint.

 

Il y a donc une correspondance à simple lecture au niveau de la sémantique hébraïque. Mais le jour huitième en hébreu se dit Yom Shemini et c’est la même racine que Shemen qui signifie l’huile. C’est le jour de l’onction. Je crois que c’est cela l’intention sémantique profonde : c’est le jour de l’onction. C’est le jour sémantique parce que c’est le jour du Oint si j’ose dire. C’est intentionnellement que l’hébreu donne comme racine à la notion de « huitième » la racine qui signifie d’autre part « l’huile » parce que l’huile est le véhicule de l’onction, en tant que telle est la substance de la messianité. Du point de vue du rituel bien entendu.

 

Ce qui nous donne d’ailleurs une définition de la notion de Messie extrêmement importante du point de vue de l’étymologie hébraïque, cela signifie : l’homme qui parmi toutes les approximations possibles est consacré comme étant soit Melekh HaMashia’h, le roi qui parmi tous les candidats à la royauté est consacré à la royauté comme étant le plus autenthique, soit Kohen HaMashia’h le prêtre qui parmi tous les prêtres possibles est considéré comme étant oint c’est-à-dire comme étant le plus proche de l’identité messianique telle que le projet du Créateur l’a assigné comme finalité de l’histoire humaine.

 

Il n’y a pas du tout en hébreu dans ce terme de messie l’ensemble des problèmes théologiques que nous avons en contestation avec d’autres traditions messianique. Il y a d’abord en hébreu cette notion de l’onction, c’est-à-dire le fait que parmi plusieurs approximations possibles, c’est celui-là qui est préféré parce que plus proche de l’authenticité absolue. Selon la tradition juive chaque génération a son messie possible. Et cela nous est dit d’ailleurs au pluriel : un verset qui se trouve par deux fois [Ps. 105:15 & 1Chr. 16.22] dit ceci : Dieu s’adresse aux nations et dit dans ces versets : אַל-תִּגְּעוּ בִמְשִׁיחָי   Ne portez pas atteintes à mes messies. Il y a toujours plusieurs messies possibles, et à travers toutes les générations. Et donc, en d’autres termes, pour retrouver le vocabulaire précédent, l’identité de l’homme ayant réussi de la façon la plus proche à chaque étape de l’engendrement historique à devenir ce que le vocabulaire de l’historiosophie biblique nomme le « fils de l’homme ». A chaque génération, le messie est engendré un peu plus, le fils de l’homme est engendré un peu plus, un peu mieux, jusqu’à l’engendrement ultime qui fera passer du 7ème jour au 8ème jour. On comprend mieux par là pourquoi en hébreu le jour huitième se dit « le jour de l’onction ». Et on a remarqué que ceci se retrouve aussi en filigrane dans le nom hébraïque des Hasmonéens – en hébreu ‘Hasmonayim – dont la première lettre est le ‘Heit la 8ème lettre avec ensuite la racine Shemen qui signifie l’huile. 

 

Revenons aux analyses : une des thèmes que nous pouvons mettre en évidence :

Cette commémoration à première vue apparait comme celle d’une victoire nationale et pas plus, un épisode parmi les guerres, quelle est la raison pour laquelle on a assigné à cette commémoration une portée aussi considérable ?

D’une part, la prise de conscience que la survie de l’identité d’Israël était vraiment en jeu, et d’autre part lui assigner une portée messianique projetée par conséquent dans la perspective de la réussite de l’histoire l’humanité toute entière ?

 

Je crois que la 1ère formule qui doit nous venir à l’esprit est la suivante : Effectivement, l’identité de la civilisation toute entière se cherche dans une sorte d’équilibre qui n’a encore jamais été trouvé ni atteint, dans une sorte de compatibilité entre ce que l’humanité toute entière a reçu de l’héritage grec et entre ce qu’elle a reçu de l’héritage hébreu. 

 

Déjà depuis les textes les plus anciens de la Bible, bien avant cette époque, bien avant plusieurs sites historiques avant cette époque où il y a eu rencontre et conflit entre l’identité grecque et l’identité hébraïque, lorsque la Bible raconte le commencement des grandes lignées humaines qui ménera à travers Yafet-Japhet jusqu’à Yavan mot qui signifie la Grèce, et de l’autre côté la lignée de Shem jusqu’à Israël, il est prévu dans chacune de ces deux lignées qu’une identité centrale apparaîtrait.

 

Dans la lignée de Shem l’identité d’Israël, qui se prépare dès les commencements et en fin de compte elle apparait dans l’histoire. Et dans la lignée de Japhet, l’identité de Yavan qui en est le point culminant. Alors qu’Israël est décrit et identifié comme le point culminant de la lignée shémitique.  

 

Et tout se passe comme si cette prophétie de Noa’h a fini par se réaliser à travers les siècles et les millénaires : la culture de notre contemporanéité, la culture en général, la civilisation à ce point important de l’histoire humaine où l’ensemble des problèmes et premièrement ceux de la définition de l’identité humaine, sont peut-être pour la première fois dans l’histoire à l’échelle universelle, puisque ils se posent à l’échelle planétaire. Si l’on fait un bilan de l’histoire de la civilisation, on s’aperçoit qu’en vérité il y a deux matrices, deux racines, dont on n’a pas encore trouvé le point d’équilibre. La culture contemporaine est redevable d’abord à la Grèce d’un côté et d’autre part d’Israël de l’autre.

 

Ces deux manière d’être culturels sont en conflit. Et c’est certainement le point le plus culminant de ce conflit qui a été historiquement enregistré au moment des événements que célèbre ‘Hanoukah, c’est le temps où l’empire grec a failli annulé l’autre inspiratrice de la culture humaine, Israël.

 

C’est dans l’écran de cette remarque que je voudrais situer un certain nombre de thèmes qui nous sont transmis par les commentateurs. Et en particulier, je mettrais en évidence les thèmes enseignés par le Marahal et que l’un des plus grands commentateurs contemporains du Maharal, un des maîtres talmudiques des Etats-Unis, le rav Hutner, a mis en forme de notre temps.

 

Analyse du Rav Hutner

 

Le Rav Hutner dit ceci, d’une façon général en reprenant les données du problème, il tente de nous faire comprendre ceci :  une culture humaine absolument réussie serait une culture humaine qui arriverait à concilier les valeur authentiques de ce que la Grèce a pu transmettre à l’humanité, et les valeurs authentiques de ce que Israël a pu transmettre à l’humanité. Ces deux mondes de valeurs sont en conflit. Et ils sont dans un conflit qui semble ne pas avoir de solution.

 

Au fond, si l’on réfléchit bien ce que la culture humaine doit à la Grèce c’est en fin de compte les sciences. Et en particulier le langage des sciences. C’est-à-dire l’outil grâce auquel les sciences ont pu réussir, c’est-à-dire les mathématiques. Nous savons que bien avant les Grecs le langage de la mathématique a été forgé mais c’est le génie grec qui a donné à la mathématique, en tant que langage des sciences, l’efficacité qu’il a eu. Et d’un certain point de vue, la maitrise de la nature par l’homme, ce qui est projet du Créateur selon le récit de la Bible, a été permise en quelque sorte par cette héritage que l’humanité contemporaine reçoit des Grecs. C’est la pensée et la culture grecque qui a permis à l’humanité de faire le progrès qu’elle a fait et qui la mène au bord d’une maitrise totale, définitive et absolue des forces de la nature. Nous ne sommes pas encore dans l’achèvement totalement messianique de ce premier aspect du projet de l’histoire humaine, mais il est bien évident que cela a commencé, il n’y a aucune raison pour que cela n’aboutisse pas, sinon des raisons d’ordre morale qui ferait que l’histoire humaine risque de s’interrompre ou de s’arrêter.

Il ne s’agit pas ici de reprendre le rêve scientiste, à la manière de Renan par exemple, et de voir dans la science la panacée universelle à tous les problèmes de l’homme. Je veux parler en particulier des  sciences expérimentales et des sciences qui font que l’homme est véritablement en train de devenir maitre de la nature matérielle. Le monde du phénomène matériel, le monde du phénomène impersonnel, est en passe d’être maitrisé complétement par l’identité humaine.

L’homme est en train de devenir un surhomme du point de vue de sa maitrise sur le phénomène naturel. Et nous sommes d’ailleurs au temps où il est possible que l’homme commence raisonnablement à s’approcher de la lune : le grand rêve de l’homme de maitriser le monde de la nature semble être réalisable. Tout se passe comme si la tâche de l’identité grecque à ce niveau-là - puisque cela a été sa vocation, cela a été son histoire - a réussi. Le langage grec a permis de doter l’humanité d’une langage universel au niveau des nécessités de la science.

 

Et l’on s’aperçoit d’autre part que le génie hébraïque, le génie d’Israël, n’avait pas du tout ceci comme objectif. Nous ne trouvons pas dans l’histoire des Hébreux en tant que tel, et surtout tel que la cohérence biblique en rend compte, que le projet de l’identité hébraïque ait été la maitrise matérielle des phénomènes de la nature. Cela n’est pas du génie d’Israël que les sciences dans le sens classique du terme ont procédé. Je parle ici du génie d’identité collective d’Israël. A l’échelle individuelle des membres d’Israël ont collaboré à ce projet de la Grèce, et nous savons effectivement la participation colossale que les Juifs ont donné à la fondation des sciences et au progrès des sciences. Mais ce n’était pas ès-qualité d’hébreu mais ès-qualité d’homme capable de faire la science. Mais ce n’est pas là le génie d’identité d’Israël qui s’est manifesté dans le monde.

 

Si on admet ce postulat du Rav Hutner qu’il y avait deux sociétés humaines qui devaient se partager la tâche de faire la messianité universelle. C’est-à-dire tant les problèmes de la nature de la matière que les problèmes d’autre part de l’ordre des valeurs, de l’ordre de la morale, de l’ordre de l’esprit, s’il devait y avoir collaboration de la Grèce et d’Israël pour faire réussir l’homme total, et bien c’est la tâche de la Grèce qui semble avoir été réussie la première. Effectivement, et Israël y a collaboré par ces Juifs qui sont ces grands savants que nous connaissons, apportant une contribution plus que considérable à l’histoire des sciences de l’humanité. Mais ce n’était pas au titre du génie d’Israël si j’ose dire. Qu’en est-il du 2ème point, de la deuxième tâche ?

 

Ce 2ème point était précisément de retrouver l’universel humain, le langage universel au niveau des valeurs spirituelles, au niveau des valeurs morales premièrement, mais d’une manière générale dans tout ce qui est de l’ordre non du phénomène naturel mais du phénomène humain.

 

Tout se passe comme si le génie de la Grèce aura été de maitriser la nature, la matière, tandis que le génie d’Israël dans son projet était de maitriser le problème de l’homme. Tout se passe comme si la réussite de la Grèce était finalement au niveau des sciences expérimentales, par l’aide du génie mathématique des Grecs, alors que la réussite du génie d’Israël devait être au niveau des sciences humaines. En scématisant beaucoup ce qui s’est passé à travers les siècles, c’est bien ce qui apparait clairement. C’est-à-dire une vision du développement de l’histoire universelle où il y aurait réussite, où il y aurait paix, fraternité et collaboration entre ces deux génies, nous permettrait de voir une identité humaine réussie, une messianité totale réussie, premiérement la réussite de la Grèce, et deuxiémement et corrolairement, la réussite d’Israël.

 

Il semble bien que nous retrouvons de nouveau ce décalage entre le temps de la lune et le temps du soleil dont parle énormément de Midrashim et dont parle aussi déjà le texte biblique : c’est que l’homme de la Grèce a plus rapidement réalisé sa tâche et a transmis le langage mathématique à l’humanité et est entré dans le passé. La Grèce antique n’existe plus. Il n’existe que les héritiers de la Grèce antique. Très tôt également, à peu près au même moment, Israël s’est préparé lui aussi à réussir sa propre tâche : pouvoir donner à l’humanité le langage unique dans l’ordre de la qualité alors que la Grèce avait donné le langage unique dans l’ordre de la quantité, mais là Israël a échoué, ou du moins n’a pas encore réussi.

 

Il est apparu très rapidement une rivalité entre ces deux mondes humains. Dans la vision la plus optimiste de la messianité de l’humanité tel que la Bible la raconte c’est que de la lignée de Japhet devait surgir en fin de compte une société summum de cette lignée qui devait faire réussir la maitrise de l’impersonnel, du phénomène de la nature, et en fin de compte ceci a réussi. C’est effectivement de Japhet de la Grèce, de Yavan – mot hébreu pour dire je suppose l’Ionie -  que a procédé la réussite des sciences. Et corrolairement, pendant ce temps le génie hébraïque a tenté de transmettre à l’humanité la révélation du langage unique dans l’ordre de la qualité, dans l’ordre de la vie spirituelle, dans l’ordre de la loi morale. Et il y a eu conflit.

 

Ce conflit s’exprime un peu de la mnière suivante : il n’y a pas de difficulté semble-t’il pour l’identité d’Israël de collaborer à la tâche de la Grèce. Lorsque les membres de la société juive s’occupent de faire la science, ils font la science dans la méthose de la science et à la manière de la science. Tandis que lorsque de l’identité grecque procède une certaine conception de la vie spirituelle, et que par conséquent l’homme de l’identité grecque tente de collaborer à la tâche d’Israël, alors c’est là qu’apparait le conflit. Cela veut dire qu’à ces deux niveaux la problématique n’est pas exactement la même. Le phénomène de la matière, est d’une nature telle que l’universalité de l’homme est beaucoup plus facile à atteindre. Etant donné que l’instrument de la découverte des sciences c’est la raison et l’intelligence qui toutes deux ne tiennent pas compte de l’identité spirituelle. Procédant de n’importe quelle éthnie ou nation on accède à la maitrise de l’intelligence c’est de manière absolument universelle parce que c’est la nature du phénomène matériel d’être, de façon totale et absolue, universel. Quelque soit sa nation d’origine un mathématicien est un mahématicien de la mathématique, un savant physicien est un savant de la physique…etc. L’appel à l’universel qui procède du langage mathématique peut être facilement atteint. Nous en avons la preuve du dedans de notre propre société : le projet de réaliser la science de la nature est d’emblée universel à partir du moment où l’outil a été trouvé. Et l’humanité sera redevable de cet outil à la société grecque.

 

Au niveau des problèmes de l’esprit, au niveau des problèmes de la vie intérieure, ce qui devrait déjà être les sciences humaines – et la pensée occidentale est déjà depuis longtemps à la recherche de sciences humaines cohérentes, mais elle n’arrive pas à les fonder, elle n’arrive pas à en trouver la méthode et une méthode telle que les sciences humaines réussissent. C’est me semble-t’il là l’essentiel de ce conflit qui est apparu dans la rencontre entre Athènes et Jérusalem. L’homme de la culture grecque a tenté d’imposer la méthode d’investigation des phénomènes matériels à l’objet des sciences humaines. C’est-à-dire la méthode d’analyse de l’impersonnel a été imposé à un domaine qui ne lui est pas du tout approprié, le domaine de l’ordre du fait humain.

 

Ce qui a procédé de la Grèce cela n’a pas été seulement la science mais aussi la philosophie. Une philosphie qui procédait de la mentalité scientifique, une philosophie qui procédait de la raison impersonnelle si j’ose dire, et qui a été projetée sur le phénomène humain. Et c’est à ce niveau qu’il y a eu conflit entre l’intuition hébraïque du phénomène humain et l’intuition grecque du phénomène humain.

 

C’est pourquoi j’ai pu dire tout à l’heure qu’Israël a pu collaborer à l’oeuvre propre spécifique de la Grèce, et elle le fait encore. Alors que le conflit se situe au niveau de l’œuvre spécifique d’Israël, là où la caractéristique de la raison grecque, qui par nature est extérieur au fait de l’identité hébraïque, a été projetée sur le problème d’Israël.

 

Le problème d’Israël consiste à faire la morale, alors que le problème de la Grèce consistait à faire la science. L’homme qui est occupé à faire la morale peut aussi lorsqu’il accède au niveau suffisant d’intelligence aider l’autre à faire la science. Mais l’homme qui est occupé à faire la science des phénomènes impersonnels, lorsqu’il s’occupe de faire la morale va entrainer ce qui est le conflit qu’il y a eu entre la conception grecque et la conception hébraïque du monde de l’esprit.

 

Il y a dans ce projet de réussite de cette identité humaine une contradiction intérieure : le phénomène humain est inséré dans le monde déterminé – celui des phénomènes extérieurs – à travers notre corps nous habitons un monde de la détermination absolue – c’est ce monde de la détermination absolue que le génie grec a exploré, et il a réussi puisque nous sommes arrivé sur la lune. L’identité humaine est premièrement inséré dans le monde extérieur à travers le corps, et ce modne extérieur est le monde de la détermination et le monde du déterminisme. Et dans ce monde-là l’identité grecque est chez elle, et elle a réussi à réaliser sa tâche. Mais d’autre part, l’identité humaine du côté de son âme, du côté de la vie intérieure, est d’un tout autre ordre. Il ne s’agit plus du monde de la quantité, il s’agit du monde de la qualité, du monde de la personne, du monde de la liberté, du mondes des valeurs. Et là, les outils de l’intelligence qui sont souverains par rapport à la matière impersonnelle n’ont aucune efficacité pour faire réussir le problème de la morale. C’est le bilan de la civilisation actuelle, et semble-t’il c’était déjà le bilan que les Judéens ont fait il y a déjà 2200 ans. C’est que l’humanité est en train de triompher souverainement au niveau du problème qui se posait à la Grèce : faire la mathématique donc la science. Elle est en train d’échouer lamentablement au niveau du problème qui se posait à Israël : faire la morale, donc le bonheur et la liberté et la réussite de l’histoire de la personne humaine : La maison est construite mais la personne qui doit y habiter est malade. D’où cela vient-il ?

 

Nous avons vu dans différentes analyses qu’il y a toujours tout un faisceau de raisons qui rend compte du fait qu’Israël n’est pas encore arrivé au terme de sa messianité, que toutes les tentatives de la messianité chaque fois qu’il est écrit dans la Bible « Et il arriva au huitième jour… », c’est une catastrophe qui arrive : וַיְהִי, בַּיּוֹם הַשְּׁמִינִי    Vayhi Bayom Hashmini une catastrophe…   

A chaque possibilité d’émergence du huitième jour il y a échec…

 

…/…

 

 lire la suite

 

***

Partager cet article

Repost 0
Published by Rav Yéhouda Léon Ashkénazi (Manitou). - dans CALENDRIER & FÊTES
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : MANITOU
  • MANITOU
  • : Bienvenue sur le blog MANITOU! Cet espace est consacré au Rav Léon Askénazi - Manitou - זצ"ל.Vous y trouverez des textes rédigés à partir de cours audio enregistrés (disponibles sur www.toumanitou.org) En modeste hommage à ce Rav génial et extraordinaire...
  • Contact

Recherche