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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 13:48

Hanouka (1968) - Actualisation :

pensée juive et pensée grecque (Pahad Isaac) 3ème partie

 

Hanouka (1968) - Actualisation : pensée juive et pensée grecque (Pahad Isaac) 3ème partie

 

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/hanouka_pensee_juive_et_pensee_grecque/cours_1

Durée : 17,7 minutes
Face C

 

  .../...

Q: Puisque vous opposez moralité et légalité pouvez-vous donner l’exemple d’une moralité réalisée dans une société ? Et à partir du moment où des valeurs sont réalisées, ne peut-on pas dire que finalement ce sont des règles, cela devient des règles, ce sont des valeurs de la nature, d’une société, que d’avoir une moralité sous forme de légalité ? Autrement dit, l’histoire elle-même a montré que lorsqu’Israël a vécu comme nation, il était confronté à des réalités politiques ou autres, c’était comme toute société en vertu de la légalité de lois politiques et juridiques précises que cette société a vécu, que ce soit l’Israël ancien ou d’aujourd’hui, et non pas en vertu d’une moralité ? Je terminerais ma question sous cette forme : est-ce que l’échec d’Israël ne consisterait pas précisément par le fait qu’elle n’a défini le problème de l’adéquation de l’éthique à la réalité que dans le cadre restreint du rituel ?

R : Vous avez posé plusieurs questions à la fois. Je prends la première partie. On trouve effectivement l’analyse que vous avez faite chez Bergson dans « les deux sources de la morale et de la religion ». C’est le fait que la moralité a tendance à se dégrader en légalité. Les héros de la moralité au niveau de la société d’Israël, il s’agissait des prophètes de la loi – je dis bien les prophètes de la loi parce que c’est une légende qui consiste à opposer les prophètes et la loi – les prophètes ont été les prophètes de la loi. De la loi vraie, c’est-à-dire de la loi visée comme étant la moralité et non pas la légalité comme loi.  La notion de légalité comme loi est romaine, elle n’est pas hébraïque. Les héros de la morale créent et expriment les règles de la moralité vraie. C’est l’analyse bergsonnienne : et lorsque la personne même n’est pas à la hauteur de cet héroïsme moral au niveau du prophète, alors il se borne à imiter ce qui a été moralité vivante chez les créateurs de morale, il se borne à  imiter et la moralité se dégrade. Et par conséquent, elle devient la légalité elle-même. Il y a échec bien évidemment.

Dans la deuxième partie de votre question : si je me souviens bien vous avez ramené la préoccupation éthique de la société juive à des problèmes de rituels. Il n’y a pas que cela quand même ! Mais dans une certaine mesure, on peut vous donner raison en ce qui concerne l’identité juive de l’exil : c’est dans les ghettos que la société juive a été obligée à son corps défendant, a été comdamnée à ramener – et c’est encore une apparence - sa préoccupation des grandes valeurs éthiques qu’elle porte en elle selon l’analyse que j’ai faite à des problèmes de vie privée ou de vie individuelle et en fin de compte à des problèmes de rituel.

Cependant je dois dire une chose : c’est que ce n’est qu’une apparence malgré la forme visible et extérieure qu’ont pris les cités juives comme elles ont existé encore jusqu’avant l’émancipation, jusqu’avant la révolution française. Parce que depuis ce temps-là il n’y a plus de cité juive, en tout cas en Europe. Il y en avait encore en Afrique du Nord et dans d’autres parties du monde, et c’est déjà fini il n’y en a plus. Malgré tout, il est resté quelque chose d’autre, c’est du point de vue de l’intériorisation dans la vie intérieure et pas seulement dans la vie rituelle, il est resté la connaissance jusque dans le détail le plus infime de ce qu’est la vraie science de la loi morale.

Ce que je voudrais mettre en évidence c’est ceci : C’est que l’essentiel de la pensée juive en tant que telle c’est cette connaissance du Talmud qui s’est préservée malgré le ghetto – je dis bien malgré le ghetto – et que l’identité d’Israël a ramené et a été capable de ramener de son voyage de 2000 ans d’exil. Je vous renvoie à cette expérience de l’étude du talmud ne serait-ce que pour découvrir que cela existe au moins, et que ce qui est étudié dans le Talmud c’est bien cela : l’étude de l’éthique, la loi de la moralité vraie, qui ne soit pas le fantôme d’elle-même c’est-à-dire la légalité. Pendant des siècles nous nous sommes baladés pendant tous nos voyages à travers toutes les cultures avec le Talmud serré sous le bras, et en disant cela, je me demande comment on a pu faire cela, c’est énorme ! C’est vrai, Israël a réussi ce tour de force de voyager pendant 2000 ans partout en préservant ce contenu extraordinaire qu’est la connaissance du Talmud et qui commence à être ouvert de nouveau pas seulement dans les ghettos. Et il faut en faire l’expérience. On ne peut pas parler du Talmud, il faut étudier dedans.

 

Un élève qui ne voulait pas étudier dit à son maitre :

-Je ne peux pas étudier aujourd’hu j’ai le mal de tête.

Et le maitre lui dépondit :

-Lis une page de Talmud, tu verras que tu n’a même pas de tête pour avoir mal dedans !

 

Ne croyez pas que j’exagère. Bien entendu, il ne s’agit pas d’une lecture superficielle mais d’en faire profondément, dans l’intimité de ce qui est l’âme juive – et elle n’est pas ailleurs – qui est enfermée profondément dans l’étude talmudique. Vient le temps d’ailleurs où non seulement les Juifs commencent à réouvrir ce livre puisque les universités israélienne ont eu le génie de mettre cela au programme, mais les Goyim aussi commencent déjà à découvrir ce qu’il y a dedans.

 

Il y a une grande différence entre la valeur de ce qui est enfermé dans l’étude traditionnelle et la valeur de ce qui peut être recueilli de la nature de l’héritage des Grecs. A la limite, l’héritage des Grecs c’est les sciences et techniques. L’héritage d’Israël c’est exactement ce qu’attend l’humanité et ce qu’elle réclame d’Israël, il s’agit du Talmud, la loi de la moralité vraie qui n’est pas la légalité.

 

***

Je vous lis trois ligne de la Guémara sur ‘Hanoukah en guise d’illustration de l’analyse de tout à l’heure. Ces 3 lignes illustrent l’analyse de l’opposition des deux projets de la morale :

-           l’un à la manière de l’identité grecque : projeter la raison qui fait la science sur le problème de la moralité. Kant  a bien vu le problème puisqu’il a parlé de « raison pure » dont l’objet est de faire les sciences, et d’autre part de la « raison pratique » dont l’objet serait de faire la morale. Dans un autre vocabulaire je dirais, d’une part l’âme grecque qui tend à coïncider avec son intelligence et que cela, et d’autre part,

-           l’âme hébraïque qui est au-delà de l’intelligence.

On verra en trois lignes une discussion des Talmudistes à propos de ‘Hanoukah sur le point suivant. Je rejoins par là sur un autre biais la question posée à propos de Pourim.

Nous avons un certain nombre de commandements de la Torah et un certain nombre de rites qui en découlent, et à un certain niveau d’authenticité le comportement est ritualisé, consacré par le rite où il est dit explicitement dans la loi écrite la Torah shébikhtav où nous sont enseignés les différents commandements à réaliser. Mais nous avons d’autre part toute une série de Mitsvot qui dérivent d’un enseignement des maitres de la Torah et que l’on appelle la Torah shébéalpeh : Mitsvot deOraïta et Mitsvot mi deRabanan.

 

Or, le rituel de la ‘Hanoukah est introduit par un bénédiction qui dit exactement comme pour les Mitsvot de la Torah Shébikhtav, la loi écrite : « nous reconnaissons Dieu comme source des bénédictions qu nous a sanctifié par Ses commandements,  et nous a demandé d’allumer la ‘Hanoukah ».

 

Et la Guémara demande : où l’a-t’il ordonné ? Puisque cet événement se produit bien après la Torah écrite elle-même ! C’est là la source dans le Talmud de l’origine des rites institués postérieurement à la révélation de la Torah au Sinai et qui cependant sont introduits par une bénédiction qui les rattache et qui leur donne la valeur de l’obligation biblique de la Torah Shébikhtav. Or, paradoxalement, c’est à propos de ‘Hanoukah que la question est posée alors qu’elle aurait dû être posée à propos de Pourim, de la lecture de la Méguila !

 

Alors là, la Guémara propose deux réponses différentes, et nous allons voir effectivement voir cette problématique de la morale comme résultat du travail de la raison ou de la morale comme dévoilement d’une certaine identité d’une certaine âme.    

 

Nous allons je crois le lire très rapidement en clair dans la Guémara elle-même. Ceci se trouve dans la Guémara de Shabat page 23.

 

La Guémara pose la question :

Quelle est la bénédiction à dire avant d’allumer la  ‘Hanoukah ?

 

Elle répond : on doit dire: 

« qui nous a sanctifié par Ses commandements, et nous a donné la Mitvsah d’illuminer la lumière de la ‘Hanoukah ».

 

Vous voyez pourquoi Israël est chargé de faire que la lumuière soit allumée

 

Question : Où Hashem nous a-t-il ordonné à propos du Ner ‘Hanoukah ?

Réponse 1 (Rav Avya): Il a ordonné [Deut. 17.11] :  לֹא תָסוּר   "Lo Tassour"

 

17.11

עַל-פִּי הַתּוֹרָה אֲשֶׁר יוֹרוּךָ, וְעַל-הַמִּשְׁפָּט אֲשֶׁר-יֹאמְרוּ לְךָ--תַּעֲשֶׂה:  לֹא תָסוּר, מִן-הַדָּבָר אֲשֶׁר-יַגִּידוּ לְךָ--יָמִין וּשְׂמֹאל

Selon la doctrine qu'ils t'enseigneront, selon la règle qu'ils t'indiqueront, tu procéderas; ne t'écarte de ce qu'ils t'auront dit ni à droite ni à gauche.

 

Il a institué dans le chapitre 17 du Deutéronome le principe suivant :

c’est la loi telle que les juges de la génération doivent nous la donner que nous devons suivre. La loi est absolue en elle-même mais elle doit être formulée par des responsables de la loi du temps pour lequel la loi doit être donnée. C’est-à-dire en d’autres termes : si la génération des événements de ‘Hanoukah a jugé qu’effectivement déjà avait émergé dans l’histoire du 7ème jour un événement de l’ordre du huitième, c’est la Torah elle-même qui avait prévu de leur donner l’habilitation de le décider.

Réponse 2 (Rav Nechemyah): Il est dit [verset 32:7 du Deutéronome] :

שְׁאַל אָבִיךָ וְיַגֵּדְךָ, זְקֵנֶיךָ וְיֹאמְרוּ לָךְ

"She'al Avicha v'Yagedcha Zekenecha va'Yomru Lach". « Interroge ton père et il t’expliquera, intérroge tes ancëtres et il te raconteront ».

 

Un tout autre verset. On se demande comment ce deuxième verset peut fonder le fait que nous disons déjà que c’est la Torah qui a donné légitimité à habiliter les sages du temps des Makabi à instituer la ‘Hanoukah.

Et je crois que le 1er verset renvoie précisément à cette autonomie de la raison humaine. C’est extraordinaire comment les choses coïncident, parce que nous avons une règle concernant la décision à donner pour un problème qui apparait dans l’histoire, et comment la loi orale, la Torah Shébéalpeh, doit décider de répondre à la question suivante : étant donné le problème posé par l’histoire que répond la Torah de Moïse ?  Faire parler la Torah de Moïse pour des cas qui sont impliqués bien entendu dans la Torah de Moïse mais qui ne sont pas désignés explicitement.

 

Et la règle talmudique consiste précisément à donner autonomie à la raison de telle sorte de pouvoir déduire la décision à donner par les procédés de la logique puisque le temps de la prophétie est clos. Et en général, l’identité de chacun des sages va jouer dans la réponse qu’ils donnent. Lorsqu’une personne parle ce n’est pas uniquement son intelligence qui parle c’est aussi son âme. Mais malgré tout, le critère de la décision qui sera à prendre c’est de prendre la majorité des opinions. Et par conséquent, on considère la force rationnelle de l’intelligence comme devant jouer dans l’ordre de la formulation de la loi puisque le temps de la prophétie de la loi de Moïse a cessé. C’est là la première perspective.

 

Finalement, c’est la deuxième qui sera retenu.

La 2ème qui consiste à nous inviter à faire référence à l’identité d’Israël telle qu’elle se prépare à travers le père immédiat que nous avons chacun jusqu’aux ancêtres.

 

Deut. 32 :7 :  שְׁאַל אָבִיךָ וְיַגֵּדְךָ, זְקֵנֶיךָ וְיֹאמְרוּ לָךְ

« Interroge ton père et il t’expliquera, intérroge tes ancëtres et il te raconteront ».

 

C’est à une certaine identité, à une certaine manière d’être au niveau de l’âme, que l’on se réfère pour avoir à décider ce que la Torah a à dire.

 

Je reviens sur l’analyse d’avant-hier : c’est la loi morale lue par l’identité d’Israël qui est finalement le dévoilement de l’intention du Créateur.

 

J’entends moi aussi le caractère exorbitant de ce que je vous dis, mais bien que schématique, vous comprenez les implications que cela représente.

 

Alors je crois que c’est cela le ‘Hidoush au fond, qu’il est important que ce soit à propos de ‘Hanoukah qu’on ait préféré le 2ème verset au 1er.

 

A propos de toutes les autres Mitsvot, il suffit du 1er verset : les juges de chaque génération sont habilités de par la Torah elle-même à donner de par leur raisonnement les implications de la Torah qui deviennent la loi pour nous. Pour toutes les Mitsvot cela peut aller. Sauf pour celle-là qui est precisément l’événement où sont en conflit les deux méthodes :

- celle à la manière des Grecs : faire travailler la raison sur le contenu des valeurs, et

- celle à la manière d’Israël : faire parler l’identité profonde pour dire ce qu’est la valeur.      

 

C’est-à-dire qu’à propos de ‘Hanoukah il fallait donner le 2ème verset en particulier.

 

< fin >

******

 

 

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Published by Rav Yéhouda Léon Askénazi (Manitou). - dans CALENDRIER & FÊTES
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