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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 13:44

Hanouka (1968) Actualisation : pensée juive et pensée grecque (Pahad Isaac) 2ème partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/hanouka_pensee_juive_et_pensee_grecque/cours_1

Durée : 45,6 minutes
Face B

 

…/…

 

La première fois qu’il y a dans le récit biblique : « Et ce fut au huitième jour… » c’est dans le récit portant sur la génération du désert : lorsqu’Israël a pu construire le temple de la rédemption au temps de la sortie d’Egypte, alors la bible dit que « ce fut au huitième jour » qu’il a été inauguré. Mais voilà qu’on n’a pas su comment faire exactement le sacrifice de la rédemption et le sacrifice a échoué, alors cela a été une catastrophe. Et chaque fois que l’on a dit que c’est déjà le huitième jour, chaque fois qu’est arrivé le temps de faire le sacrifice de la rédemption, on ne sait pas comment le faire, alors c’est l’échec.

J’ai en mémoire beaucoup d’analyses d’Elie Wiesel à ce sujet. Très souvent, il dit que ce qui s’est passé dans notre histoire c’était le sacrifice de la rédemption. Et que par conséquent, c’est moi qui ajoute, donc le 8ème jour peut commencer ! Mais à condition effectivement que cela soit réussi.

 

Je reviens à l’analyse elle-même : Israël a très souvent essayer cette tentative de faire advenir le 8ème jour. Il y a toujours jusqu’à présent eu un échec. Il y a toujours un faisceau de raisons à cela. En particulier, une raison qui vient de l’extérieur, de la réalité des autres ensembles humain ; et d’autre part une raison qui vient de l’intérieur : l’incapacité d’Israël à être authentiquement lui-même une fois pour toute. Et nous avons vu que cela résulte du décalage entre l’envergure individuelle et l’identité collective d’Israël. L’identité collective d’Israël est éternellement sainte – éternellement vierge disent les Chrétiens pour parler de la matrice d’où est issu le « fils de l’homme », c’est-à-dire Israël pour nous. Par conséquent, l’identité d’Israël est éternellement sainte, mais à l’échelle individuelle il y a la cause possible de tous les échecs possibles. Et finalement, la société concrète, terrestre, historique, c’est l’ensemble des individus avant d’être l’incarnation définitive de l’identité collective. Il y a donc une raison extérieure : ce conflit de rivalité dont le conflit avec la Grèce a été un des summum, un des sommets, et d’autre part la raison intérieure de l’incapacité d’être à la hauteur de la tâche. Et je crois que la tâche qui se pose à Israël est beaucoup plus considérable que la tâche qui se posait à la Grèce. Sont nombreux les fils d’Israël qui peuvent faire de la Grèce et y réussir, jusqu’à avoir le prix nobel, mais n’existent pas les fils des Grecs capables de faire le travail d’Israël.     

 

J’ai été extrêmement frappé, je voudrais vous parler de la cérémonie à laquelle j’ai assisté à Jérusalem jeudi dernier : une cérémonie consacrée à honorer le président Cassin, nommé prix nobel de la paix en raison de ses travaux pour les droits de l’homme. Vous voyez ce qu’est le travail d’un juif ! C’est frappant ! Et pas n’importe quel juif puisque il se dénomme lui-même président de l’alliance israélite universelle. Et je crois très profondément que tout cela ne soit pas des coïncidences. L’hommage qu’il a reçu du monde entier était certainement spectaculaire à Oslo, mais il était profond à Jérusalem. Et je souhaite que les discours prononcés soient édités, en particulier le discours de l’ambassadeur de France qui a dit avec beaucoup d’émotions et beaucoup de fierté à quel point il était fier de faire partie du même peuple que le président Cassin ! (Rires)

 

C’est surtout l’intervention du président de la cour suprême ‘Haïm Cohen qui m’a frappé sur ce point de l’analyse. Il a très profondément analysé ceci : finalement le jury du prix Nobel a compris ceci : la seule stratégie qui puisse assurer la paix c’est la conquête des droits de l’homme. Alors que cette liaison, cette relation, entre la paix, objectif de l’histoire humaine, et d’autre part les droits de l’homme, c’est-à-dire la morale, finalement le monde entier a reconnu que c’était le président Cassin en tant que juriste d’une certaine mentalité, bien entendu française aussi, qui a réussi à la faire triompher, tout au moins au niveau des idées. 

 

Cette analyse de ‘Haïm Cohen était extrêmement importante. Nous avons entendu finalement une grande leçon de philosophie du droit donnée en présence de l’ambassadeur de France, et qui indiquait la source de cette liaison entre la paix et les droits de l’homme. Et cette source c’est l’identité du génie hébraïque.

 

Il faut bien prendre conscience de ce qu’il y a une sorte de déséquilibre dans cette collaboration des sages. Les sages de la Grèce ont fait la science mais aussi la philosophie ! C’est-à-dire une certaine doctrine concernant l’esprit mais qui procéde des postulats de la pensée de la science, c’est-à-dire de la raison impersonnelle. Et cette doctrine procédant de la pensée scientifique - la philosophie - s’est projetée comme rivale de la pensée prophétique d’Israël.

 

La pensée scientifique en tant qu’elle est positive est compatible avec la notion monothéiste que le génie hébraïque s’est faite du monde : c’est le même Dieu Créateur des phénomènes de la nature et de la personne humaine. Et par conséquent, lorsque l’esprit humain entreprend l’exploration des phénomènes de la nature, il entreprend l’exploration de la volonté du Créateur. Et par conséquent, l’œuvre de la science comme l’ont fait les Grecs et comme l’ont entendu les Hébreux est une œuvre sacrée pour la créature puisque cela consiste à tenter d’explorer la volonté du Créateur en tant que Créateur.

 

Nous savons que pendant tous les sciècles d’obscurantisme de l’histoire humaine, les Kabalistes faisaient la science parfois même une science expérimentale très poussée. On raconte que certains des Kabalistes des siècles précédents s’éclairaient à l’électricité et d’autres choses encore. Ils le faisaient bien entendu clandestinement puisqu’il risquaient d’être brulés comme alchimistes. Quoique la Kabalah proprement dite n’a rien  voir avec la science expérimentale ou l’alchimie, mais à enfin quand on étudie la Kabalah on peut peut-être inventer la pile volta.

 

Les Kabalistes avant de faire leurs expériences de laboratoire, avant de faire de la science, que ce soit mathématique ou physique ou biologique, prenaient un bain rituel, la Tevilah, allaient au Mikveh, parce qu’ils avaient conscience de faire œuvre sacrée lorsqu’ils allaient entreprendre de déchiffrer la volonté du Créateur, dans une mentalité très différente du dualisme contemporain.

 

Le langage scientifique lorsqu’il est lui-même, lorsqu’il est positif et exprime positivement la réalité des phénomènes, est cachère. C’est lorsqu’il est interprétatif, et devient philosophique, lorsqu’il donne une interprétation du phénomène qu’il devient incompatible avec les intuitions profondes de l’identité hébraique pour qui il y a un Créateur qui dirige le monde et non pas l’impersonnel des lois purement et simplement.          

 

Ce que je voulais mettre surtout en évidence c’est que l’antagonisme hébraique et hellénistique n’était pas du tout au niveau du projet de la science. Très tôt, cela a été reconnu comme étant la part de Yafet, la tâche de Yavan.

 

Et les ‘Hakhmei Israël et les ‘Hakhmei Yavan ont eu nous le savons des colloques très fraternels et très intimes. Les sages d’Israël reconnaissaient aux sages de la Grèce leur propre spécialité. L’esprit humain dans l’identité grecque est devenu tel qu’il a été capable de forger l’instrument de l’exploration du monde impersonnel des phénomènes naturels.  Alors que l’esprit humain dans l’identité d’Israël est destiné lui à une toute autre tâche : explorer le monde des valeurs, explorer le monde de l’esprit, explorer le monde de la personne et de la liberté. Et par conséquent, donner la loi morale. Et le conflit est apparu, non pas lorsque les Juifs se sont occupés de sciences, mais lorsque les Grecs se sont occupés de philosophie. Effectivement, c’est à ce niveau-là qu’il y a eu incompatibilité des mentalités.

 

Et je pense qu’il y a là, du point de vue épistémologique, une indication que je voudrais donner aux étudiants en philosophie : ce conflit entre la mentalité hébraïque et la mentalité grecque ne porte pas au niveau de la méthodologie des sciences et ne porte pas au niveau de l’épistémologie. Et vous savez à quel point l’esprit juif a été porté vers le problème de l’épistémologie. Et les grands noms de la fondation de cette discipline sont de nouveau des Juifs. Et en particulier, on ne peut pas ne pas citer Meyerson qui a éte le fondateur de l’épistémologie. Mais le conflit a porté sur l’interprétation de type philosophique de la vérité et de la réalité du monde. Là, ce n’est pas le génie grec à l’échelle de l’universel qui a parlé mais le génie grec à l’échelle la plus spécifique de l’éthnie grecque et de la langue grecque, de l’originalité grecque.  

 

Et au fond, c’est le triomphe normal et légitime de la pensée scientifique grecque qui a véhiculé avec elle dans l’histoire, mais de façon abbérante, le triomphe de la philosophie grecque. Alors que les problèmes de la philosophie, les problèmes de l’exploration des esprits, étaient le propre des prophètes d’Israël et non le fait des savants de la Grèce.

 

Ceci est une analyse qui a été mise en forme en hébreu par le Rav Hutner, un des Rashei Yéshivah de la Yeshivah de Bar Ilan d’Amérique.

 

Je voudrais pousser de nouveau cette analyse. Il s’agit là de deux tâches différentes qui ont deux objectifs différents. Et au fond, le bilan de l’histoire universelle actuellement est le suivant : réussite au niveau des sciences de la matière, mais au niveau de la tâche qui était proposée à Israël il y a échec. Cela ne signifie pas bien entendu que le génie d’Israël ne soit pas capable de réussir sa propre tâche, d’autant plus qu’il l’a déjà fait. 

 

…/…  [interruption de l’enregistrement]

 

  ...  se sont produits à travers l’histoire un certain nombre de rivalités spécifiques. Et je pense que l’on peut déjà comprendre cela de cette manière : Pourquoi les autorités de la société juive de ce temps ont-elles jugé que le rite de la réinauguration de la lumière devait à partir de cette époque commémorer cette épisode-là ?

Grâce à Judah Makabi et la famille des Hasmonéens l’identité grecque n’a pas annulé l’identité d’Israël et cela a une portée messianique et que cela est à inscrire dans l’ordre de l’histoire humaine universelle en vue de la fin des temps, de telle sorte qu’effectivement soit préservée ce que le génie d’Israël avait à dire dans sa propre tâche dans l’économie de la messianité universelle.

 

Je cite de mémoire le verset de la Bible qui a été utilisé à la base de ces analyses : lorsque Noa’h prophétise pour ses enfants. Noé est l’ancêtre selon la Bible des trois grandes lignées humaines Shem - ‘Ham – Yafet. Lorsqu’il prophétise pour ses enfants, il dit ce qu’est leur identité telle qu’elle se déploiera dans l’avenir. Il dit de Yafet s’adressant à Dieu [Gn. 9.27]: 

יַפְתְּ אֱלֹהִים לְיֶפֶת, וְיִשְׁכֹּן בְּאָהֳלֵי-שֵׁם

Yafet Elohim léYafetvéYishkon BéAholei Shem  

Dieu a donné la beauté à Yafet et il résidera dans les tentes de Shem.

 

Yafet signifie beau en hébreu: on voit de suite l’esthétique grecque qui apparait derrière ce concept.

Le vocabulaire biblique définit la Grèce comme étant le génie humain se préoccupant de la beauté.

Et il résidera dans les tentes de Shem. Les tentes de Shem c’est la maison d’étude.

 

Cela veut dire qu’il y a deux tâches humaines à réussir c’est par Shem que passe la tâche d’exploration des problèmes de l’âme. Donc finalement la morale, les sciences humaines. Mais c’est par Japhet que passera finalement la maitrise de la connaissance de la nature.

 

Il s’agit véritablement de deux identités humaines différentes dans leur essence et dans leur nature, et lorsqu’elles se projetent au niveau de l’esprit, de deux univers mentaux radicalement différents.

 

Noa’h ne dit pas que c’est Shem qui séjournera chez Yafet. Ce serait la consécration de la diaspora et ce n’est pas le cas. Il dit l’inverse. Japhet séjournera dans les tentes de Shem. C’est dire que l’héritage de Japhet sera accueilli et intégré par Shem. Et je pense que c’est ce qui se produit actuellement dans la société juive, et dans la société israélienne en particulier, puisque ce type d’homme héritier des Hébreux de la bible se trouve à un des plus hauts sommets de la pensée scientifique telle que les Grecs l’ont formulé.   

 

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt et de plaisir un article écrit par Monsieur Amar paru dans « Information juive », il y a 2 mois. Il y fait une analyse de la gauche européenne et en particulier de la gauche française, Israël et les pays du tiers-monde. Une analyse vraiment très courageuse lucide et très claire. Il dit ceci de la différence qu’il y a entre Israël et un pays sous-développé c’est qu’Israël est un pays sur-développé. Et c’est la raison pour laquelle bien que ne se situant pas dans l’Occident impérialiste et colonisateur, il est du côté de l’identité occidentale dans la problématique de la gauche française. Je schématise beaucoup ce qu’il a dit et très bien expliqué. Il donne en particulier comme conséquence que les Juifs de gauche ont une option très douleureuse et difficile à faire. Il faut savoir que c’est ainsi et choisir.

 

En Israël ce qui a été le génie de la Grèce – la science - a été accueilli avec reconnaissance, comme ce fut le cas de l’humanité toute entière qui sait que c’est aux Grecs et donc aux Blancs, à Japhet, que l’on doit de disposer de la science. Israël est reconnaissant à Yavan d’avoir fait la science – les hommes israéliens se situent à l’extrême pointe de cette tâche de la Grèce, c’est-à-dire faire réussir la mathématique.

 

Il y a eu une rivalité et on a craint à cette époque que ce que portait l’identité d’Israël disparaisse, et que cette prophétie de Noa’h ne puisse pas trouver sa solution et que par conséquent le déluge recommence. Et il y aurait eu déluge de feu après le déluge d’eau comme disent toutes les traditions de toutes les sociétés antiques. Si effectivement la Grèce était la seule à travailler à la manière de la Grèce au niveau de ces tâches de l’esprit humain il y a très longtemps que la planète aurait été embrasée si il n’y avait que cette esprit de la technique et de la mécanique, et s’il n’y avait pas le pendant, l’autre côté de l’identité culturelle qui vient d’Israël: l’ordre des valeurs morales.

 

Nous sommes sur un monde qui a deux pieds, un grec et un juif, si j’ose dire, et l’un des pieds est boiteux c’est le pied de Jacob.

 

Je reprends le verset de Noa’h : il n’est pas dit que Shem séjournera dans le tentes de Yafet, il est dit que Japhet séjournera dans les tentes de Shem. Et la Guémara dit : quel est la beauté de Japhet ? la beauté de Japhet c’est Yavan !

 

C’est-à-dire qu’au temps du talmud on a diagnostiqué que c’était bien dans la société grecque qu’était apparu le summum de l’identité que Noa’h avait vu chez Japhet.

 

Voilà le drame dans lequel nous nous trouvons actuellement. Et c’est le problème des sciences humaines. Dans toute cette analyse je pense très profondément au professeur Baruch qui a été le premier de notre temps qui a eu le courage de poser ce problème de cette manière. Les sciences expérimentales c’est la raison impersonnelle. Mais les sciences de l’homme, et en fin de compte la morale, et nous savons d’autre part pourquoi cela doit passer par la psychiatrie, mais en fin de compte la morale, ce n’est pas du tout à la manière de la science expérimentale qu’il faut les faire. C’est un tout autre génie qui seul peut réussir la morale en tant que tel. et cela, c’est le génie hébraïque. Et d’ailleurs, nous savons que les grands moralistes qui ont pensé à la manière des Grecs ont designé les valeurs qu’ils ont désigné à la manière des Juifs et non à la manière des Grecs. Ils parlaient des valeurs juives à la manière grecque. Lorsque Descartes parle de la morale, lorsque Kant parle de la morale il en parle comme un Grec mais il désigne les valeurs morales qu’il a appris de la Bible…

 

Au fond, nous vivons de nouveau le problème posé au temps des Makabi : quel sera l’avenir des sciences humaines surtout dans un temps où les sciences de la nature ont un progrès aussi considérable ?

 

Ce qu’il y avait en conflit : cette identité qui seule porte en elle le secret des sciences humaines risque d’être annulée. Et de nouveau, c’est le problème qui se pose de notre temps avec de nouveau la question messianique : est-ce que de la société d’Israël sortira la formulation de la méthodologie des sciences humaines à l’échelle de l’humanité toute entière alors que déjà l’humanité toute entière possède la formulation de la méthodologie des sciences de la nature grâce aux Grecs ? Il s’agit au fond de savoir si il n’y a aura que des Olympiades, ou s’il y aura aussi des Makabiades ! [Rires]

 

***

 

Q: L’exposé sur la dualité de la nature des valeurs grecques et juives cela rejoint un peu le principe mâle-femelle ? Vous avez exprimé le doute qu’Israël puisse réaliser sa mission d’accomplir les sciences humaines. Or, par rapport à la personnalité grecque, Israël peut symboliser le principe mâle de même que Dieu symbolise le principe mâle par rapport à Israël. En vertu du fait que le principe femelle d’Israël ne peut pas vaincre le principe de Dieu, il va donc de soi que le principe femelle de la personnalité grecque ne peut pas écraser-dominer le principe mâle d’Israël.

R : Ce n’est pas du tout un doute que j’ai porté, j’ai posé une question. Il suffit de prendre conscience de la durée et de l’intensité, de l’espérance de la ferveur messiannique d’Israël à travers les siècles pour savoir qu’en fin de compte il arrivera au bout. Et j’ai donné tout à l’heure l’image de Jacob boitant, atteint à la hanche par l’ange cousin de l’ange de la Grèce, mais finalement nous savons qu’à la fin de l’histoire Jacob arrive parfait, guéri et victorieux. Et c’est lui qui est nommé Israël ! Seulement le problème c’est que alors que beaucoup d’hommes ont compétence et valeur à faire accélérer la réussite de la tâche hellénistique, trop peu encore ont la vocation d’accélerer et de faire réussir la tâche d’Israël ! Il faut qu’à la hauteur des problèmes posés à l’humanité toute entière que nous ayons suffisamment d’hommes de valeur capable de formuler la Torah pour l’humanité toute entière. C’est à ce niveau-là que cela se passe, et c’est finalement le défi qui est lancé à la société d’Israël contemporaine. Arrivera-t’elle à dépasser très vite l’étape préhistorique d’installation matérielle pour aborder les tâches spécifiques de la société d’Israël, la messianité de Judah après la messianité de Joseph ? Nous sommes en plein temps de réussite spectaculaire de la messianité de Joseph. Il est urgent que la messianité de Judah commence à réussir ! Et effectivement, il y a dans Judah un principe plus mâle qu’il n’y a dans Joseph. C’est exact.

 

Q : Vous avez dit que la fëte de ’Hanoukah se faisait dans un esprit messianique : pourquoi le livre des Machabbées ne figure-t’il pas dans la Bible si justement ce livre traite d’un événement si important ? Et comment se fait-il que Pourim par rapport à ‘Hanoukah annonçait moins de messianité pour ainsi dire alors que la tradition nous dit de Pourim qu’elle sera seule maintenue dans les temps messianiques ? 

R : Le livre des Machabbées a été rédigé après la cloture du temps prophétique. En aucun cas il ne peut être considéré comme un livre biblique puisque toute cette histoire se passe bien après la cloture du canon biblique. Historiquement, le dernier livre intégré à la Bible c’est la Meguilat Esther. Par conséquent, il n’était pas question qu’un livre de foi juive comme celui des Machabbées soit intégré dans le canon biblique. Et à la limite, pour ne pas qu’on le croit tel, il a presque été mis à la Guéniza. Il y a une autre raison : le fait que le Talmud parle très peu de l’épisode des Machabbées. Schématiquement: l’événement qui a permis à l’identité d’Israël de survivre malgré l’empire grec a été considéré comme un événement d’ordre messianique, mais ce qui en a résulté a été considéré comme un échec en ce temps-là. C’est que la dynastie installée par les Machabbées a finalement échoué puisque l’état juif de ce temps-là a été détruit par Rome. Ce n’est pas tellement cette destruction par Rome qui a disqualifié aux yeux du Talmud l’épisode des Machabbées, c’est les raisons pour lesquelles cette destruction est apparue. La société d’Israël n’a pas réussi à exploiter sa victoire en ce temps-là, elle n’a pas réussi à authentifier son identité et à faire que la victoire de Judah Makabi et de sa famille devienne un triomphe. Effectivement, il y a des raisons internes à la société judéenne, et à la dynastie hasmodéenne qui a suivi le temps des Makabim qui fait que finalement l’état juif de ce temps-là a échoué et a été écrasé par Rome. Mais comme en ce temps-là, il est resté une petite fiole d’huile cachée à travers 2000 ans, qui a pu brûler le temps que nous arrivions au temps où l’on peut préparer de nouveau la nouvelle moisson d’huile.

 

J’arrive à la 2ème quesiton :

La tradition a assigné à ‘Hanoukah une portée messianique plus considérable qu’à Pourim. Mais nous avons d’autre part un Midrash qui dit qu’au temps du messie, il ne restera que deux moments significatifs du calendrier : le jour de Kipour, Yom hakipourim, et le jour de Pourim. Kipourim et Pourim. C’est tout un problème. Il faudrait deux heures pour l’élucider, on le fera peut-être à Pourim. Mais en fait, cette analogie entre Pourim et Kipourim est très profonde parce qu’elle dépasse le vocabulaire. Tout simplement parce que Pourim est un mot persan alors que Kipourim est un mot hébreu. On ne peut donc pas se borner à ce jeu de mot de dire que Pourim c’est comme Kipourim parce que Kipourim c’est comme Pourim. Il y a une raison beaucoup plus profonde à ce Midrash :

Le jour de Kipour est le jour de l’expiation et de la rédemption, et je vous donne le thème du Zohar à ce sujet tel qu’il a été enseigné par le Shlah : en réalité le mot Pour, pluriel Pourim, en persan a son correspondant en hébreu sous le terme de Goral, le sort. Et l’analogie entre le mot de Pourim et Kipourim passe par le mot de Goral. Effectivement, le jour de Kipour il y avait deux boucs expiatoires identiques pour le sacrifice de l’expiation. Et on tirait au sort lequel des deux serait sacrifié dans le temple et lequel des deux serait envoyé au désert. C’est la notion du bouc émissaire qui est renvoyé au désert portant la rédemption des fautes. Un des deux boucs est sacrifié dans le temple, c’est-à-dire ès-qualité : Goral lashem, et l’autre c’est Goral léAzazel. S’il revient dit le Talmud il revient, mais s’il ne revient pas il est perdu. Et dans l’histoire d’Israël s’est produit ce tirage au sort si j’ose dire. J’essaierais de l’exprimer de la manière suivante en me référant à l’enseignement du Shlah. Après le temps du roi Salomon, Israël s’est divisé en deux. Il y a eu le royaume d’Israël qui est le royaume du Nord, et d’autre part le royaume du Sud qui est le royaume de Juda. Et comme nous le savons le royaume du Nord s’est perdu très rapidement, et il a constitué la couche la plus ropfonde de la diaspora d’Israël Celle des exilés d’Israël qui ne savent même pas qu’ils sont d’Israël. C’est-à-dire qu’ils sont plus marranes que les marranes. Il y a une quantité d’âmes d’Israël qui travaillent dans le monde. Nous ne savons pas qui ils sont et eux-mêmes ne savent pas qui ils sont. Ce sont les descendants des dix tribus dont nous savons par tradition qu’ils sont les Nida’him ceux qui sont plus que exilés, ceux qui sont à l’extérieur de leur propre identité. Les Juifs de l’exil eux se connaissent comme des Juifs. D’ailleurs il suffit de savoir que l’on est juif dans l’exil pour savoir que l’on n’est pas dans l’exil mais que l’on est en train de revenir…

Tandis que les autres, les Nida’him, ne savent même pas qui ils sont et ne savent même pas qu’ils sont des Juifs en exil. C’est plus marranes que des marranes si vous voulez. C’est très consolant parce que cela permet de savoir comment les prophéties se réaliseront parce que finalement il faudra énormément de cadres pour encadrer du point de vue moral l’humanité toute entière, et on aura besoin de tous ces grands moralistes qui nous reviendront des dix tribus perdues le jour où cela se dévoilera.         

Et puis d’autre part le royaume de Juda.

Les deux sont allés en exil dans le même paysage, dans la même civilisation.

C’est la civilisation assyrienne, c’est la civilisation babylonienne, qui a occupé simultanément le royaume d’Israël et le royaume de Juda au temps du 1er temple.

Or, le royaume d’Israël s’est perdu sauf un certain nombre de traces des dix tribus, un certain nombre de familles qui se sont adjointes aux Judéens, qui se sont adjoints aux Juifs en Babylonie et qui sont revenus avec Ezra et Néhémie pour fonder le deuxième royaume de Juda. Leurs noms sont donnés dans les livres des Chroniques. Il y a des traces dans le peuple juif de ces descendants des Judéens, et il y a des traces aussi de descendants de ces tribus des 10 tribus de l’ancien royaume d’Israël. Et finalement, nous savons que lorsque le temple existait, le rite de la rédemption de Kipour avait pour objet l’expiation des fautes involontaires. Etant donné que la Torah est une religion de la loi, il est donc nécessaire que chaque fois que la loi a été violée sans qu’il y ait intention de la violer, et cela c’est le jeu de la vie qui l’entraine – je schématise beaucoup car cela renvoie à des analyses extrêmement importantes – il est normal qu’une religion de la loi ait comme liturgie principale la liturgie de la rédemption. Etant donné que la valeur de la conscience dépend de son homogénéité avec la loi, étant donné que la vie est une perpétuelle violation de la loi, la vie de la conscience serait inssuportable s’il n’y avait pas une liturgie de l’expiation - elle est journalière et finalement annuelle le jour de Kipour – de telle sorte d’être débarrassé des remords inutiles des fautes qui n’ont pas été faites avec intention.

Bien entendu, c’est une liturgie qui n’a de valeur que dans la mesure où elle s’adresse à une conscience de bonne foi. Par conséquent, lorsque la société d’Israël est groupée en société autonome, étant donné qu’elle est la société de la Torah, sa liturgie principale est celle du temple de l’expiation des fautes involontaires. Et lorsque le temple est détruit, alors l’identité d’Israël est atteinte très profondément parce qu’Israël ne dispose plus de cette fonction de l’expiation. Alors, selon la tradition talmudique et zoharique c’est l’exil qui remplace le temple en tant que fonction d’expiation. Effectivement, déjà dès les derniers prophètes, surtout chez Malakhi, on trouve cette expression que dans l’exil il y a Miqdash Méat partout où il y a l’institution de la communauté juive, il y a un petit quelque chose qui est, en petit, ce que le temple était. Le fait de la vie de l’exil se substitue à la fonction expiatrice du temple. Or, nous voyons que les deux parties d’Israël à la destruction du premier temple ont été exilées. Et se reproduit à l’échelle de l’histoire de la société, la même cérémonie, mais au niveau de l’histoire, que la cérémonie de Kipour de l’expiation de Kipour où il y a deux boucs expiatoires dont l’un est envoyé on ne sait où, alors que l’autre réalise le sacrifice de l’expiation ès-qualité.

 

Ces deux Séïrim, ces deux boucs représentent bien évidemment dans le thème du Midrash que je vous cite les deux royaumes :

- le royaume d’Israël qui est perdu dans le désert et on ne sait pas où il est. Saïr laAzazel.

- alors que le royaume de Juda lui est Saïr Lashem puisqu’il se reconnait dans son identité de façon dévoilée, de façon dénommée et identifiée.   

  

Voilà la correspondance profonde qu’il y a entre Pourim et Kipourim. Le jour de Pourim commémore le salut de la communauté des Judéens, alors que la communauté des anciens Israélites avait complétement disparu. Il y a là en préfiguration une projection messianique sur Pourim. C’est à la fin des temps que Pourim aura une valeur messianique plus grande que ‘Hanoukah. Mais pendant tout le temps de l’histoire c’est ‘Hanoukah qui a une valeur plus grande que celle de Pourim. A la fin des temps, le Pourim ultime sera celui de l’ultime délivrance d’Israël de l’exil et aura même valeur que Kipourim. Voilà grosso-modo le problème de cette analogie.

 

***

Q : Une question sous l’angle de la confrontation de l’éthique juive à l’histoire telle qu’elle se fait et le problème de son adéquation. Formulée sous forme métaphorique, je la ferais partir de la partie de votre exposé qui mettait en parallèle les droits de l’homme et la justice telle que l’entend Israël. Alors pour quelle voie faut-il opter ? Est-ce pour la justice d’Israël qui préfère Jacob à Esaü en vertu d’un droit d’aînesse ou bien la justice humaine qui confronterait Jacob et Esaü dans leur action sans référence à un système de valeur qui pose l’un comme juge de l’autre ? Ne voyez-vous pas dans les révoltes contemporaines contre la justice bourgeoise une telle prise de conscience ? C’est-à-dire la prise de conscience d’une justice fermée dans un système est un alibi au service d’un groupe qui veut ainsi dominer un autre ?

R : Si j’ai bien compris votre question qui effectivement est à sa place dans cette analyse, je crois que l’on pourrait répondre de la façon suivante : c’est que précisément le défaut et la faiblesse de la mentalité philosophique quant à la morale consiste la plupart du temps à confondre la morale et la légalité. Et je crois qu’il ne faut pas confondre la loi morale et la légalité. C’est au niveau de la légalité que finalement très souvent – vous avez cité le cas de la morale bourgeoise – tel ou tel groupe humain s’accapare de l’alibi de la conscience morale pour servir des intérêts particuliers. Mais il s’agit de la légalité d’un groupe, et non pas de la morale à l’echelle de l’identité humaine et de sa dignité à l’échelle universelle. Je crois que c’est cette distinction qu’il faut établir. Effectivement, la mentalité juive s’est toujours opposée à cette sorte d’éthique où la morale devient en réalité la légalité. Et où la vertu est définie comme étant l’adéquation à la légalité et non pas à la moralité. Et effectivement, la moralité peut être fabriquée par chaque groupe humain au mieux de ses intérêts. Et je pense qu’effectivement, toutes les légalités sont fautives par rapport à la moralité. C’est à étudier bien entendu à travers l’histoire mais c’est très frappant dans les analyses que nous trouvons dans les textes talmudiques, notamment dans la Massékhet Baba Batra où il y a une page extraordinaire à ce sujet. Je vous en citerais l’essentiel : c’est que la seule société qui a décidé une fois pour toute qu’elle n’aurait pas d’autres légalités que la moralité a été la société d’Israël. C’est je crois dans la page 10b de Baba Batra.

[http://www.dafyomi.co.il/bbasra/reviewq/bb-rq-010.htm#q10].

C’est à propos du verset (Mishlei 14:34) :

צְדָקָה תְרוֹמֵם-גּוֹי;    וְחֶסֶד לְאֻמִּים חַטָּאת

Tsedakah Teromem Goy, ve'Chesed Le'oumim Chatat . 

La justice grandit une nation; le crime est l'opprobre des peuples.

 

 

Dans une société où ce n’est pas la moralité qui est la justice, la loi juridique, la légalité (et il n’y a aucune société humaine comme cela jusqu’à présent) même la charité est un crime, parce que la charité est un alibi pour ne pas faire la justice. D’ailleurs en hébreu ‘Hessed peut signifie soit charité soit crime, cela dépend du contexte.          

…/…

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***

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Published by Rav Yéhouda Léon Askénazi (Manitou). - dans CALENDRIER & FÊTES
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