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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 07:23

Galout-Gueoula - Shaarei Ora, Maharal (1989) – 5ème partie.

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/le_drame_de_l_exil_shaarei_ora/cours_3

Face B - Durée : 47:14 minutes

 

…/…

Nous allons étudier le texte du Maharal.

Le sujet général maintenant vous est connu. 

J’ai choisi l’étude d’un texte du Maharal dans le Sefer Netsa’h Israël, livre que le Maharal a consacré à un couple de notions qui est Galout-Guéoula.

L’essentiel de l’enseignement du Maharal à ce sujet est que on ne peut pas comprendre de façon isolée des concepts qui nous ont été révélés ensemble.

Galout que l’on traduit par exil et Guéoula par délivrance de l’exil.

 

J’aurais l’occasion jeudi soir en reprenant l’ensemble du sujet général de vous rappeler, ou de l’indiquer pour ceux qui ne l’ont pas encore étudié, un thème important : étant donné le caractère particulier de l’histoire du peuple d’Israël, depuis l’origine et dans toutes ses dimensions : on est devant un piège du point de vue de la compréhension de cette histoire étant donné sa bipolarité. Il est inévitable que nous trouvions des écoles qui ont privilégié l’identité de la Galout par rapport à l’identité proprement nationale ou inversément. Mais la véritable question – nous reprendrons par la suite cela en détail – n’est pas tellement de se demander si la Galout a une signification, une portée, une finalité. Hier et avant-hier nous avons étudié un texte un peu particulier mais qui montre à quel point les maitres de la tradition ont assigné à ce phénomène de la Galout une portée métaphysique, et non seulement historique, extrêmement importante. Ou d’autre part si l’existence en tant que société nationale a une signification, mais la véritable question étant de savoir dans quelle époque de l’histoire nous nous trouvons.

 

Il y a une collaboration de dimension de deux identités depuis le début de l’histoire d’Israël - vous y êtes habitués – qui travaillent à travers le plan de la Providence pour l’aboutissement de l’histoire messianique universelle. Et lorsqu’on se trouve dans des époques historiques où il peut y avoir une perplexité, un doute, de savoir si l’on doit s’engager dans la dimension Galout ou s’engager dans la dimension Guéoula, alors apparait cette perplexité qui est le propre de la société juive contemporaine aujourd’hui par exemple.

 

Donc le Maharal a expliqué, essentiellement dans son livre Netsa’h Israël qu’on ne peut pas comprendre une signification positive du terme de Galout si on ne le pense pas comme devant aboutir à une Guéoula.

 

De la même manière j’aurais l’occasion de mettre en évidence le fait que ceux qui vivent la Guéoula, s’ils se coupent de ce qu’a été la dimension de l’histoire de la Galout, se dévitalisent du point de vue de la signification profonde de l’existence juive.

 

J’ai parlé de façon formelle et abstraite en simple introduction mais nous retrouverons cela assez en détail immédiatement.

 

Netsa’h Israël au chapitre 21:

 

Le texte de base est un texte du Midrash qui indique que l’histoire universelle se développera à travers le temps de 4 royaumes - Arbâ Malkhouyiot - et que l’histoire d’Israël va traverser l’histoire de ces empires. Le terme dans le langage contemporain correspondant le mieux, tant dans la signification proprement sociologique que historique, à la notion de Malkhouyiot en hébreu dont la traduction littérale donne « royauté » ce sont « les empires ». La tradition talmudique et midrachique a perçu une ligne de lecture du développement de l’histoire universelle à travers 4 civilisations principales que l’on appelle les Arbâ Malkhouyiot, les 4 empires.

Je vous les rappelle briévement :

La civilisation babylonnienne, ensuite la civilisation perse, ensuite la civilisation grecque et ensuite la civilisation romaine. Et l’histoire d’Israël a traversé tout ce temps des Arbâ Malkhouyiot.

 

La période de l’exil en Egypte c’est la fin de la période babylonnienne. Pour le dire de façon un peu plus précise : il y a d’abord la période Malkhout Babel et l’identité d’Israël est sortie de Malkhout Babel avec Abraham.         

Voyez : Retenons toujours ce couple Galout – Guéoula.

 

Première période :

La Galout s’est passée à Babel au temps de Hébreux avant Abraham. Et Israël sort de Babel -  Guéoula – avec Abraham. Et puis ceci s’achève vraiment dans la constitution d’Israël comme société - la descendance d’Abraham - dans l’exil d’Egypte. L’Egypte ne se trouve pas située en Mésopotamie, mais c’est une civilisation de ce temps-là et du même profil et du même style. J’ai une fois donné comme exemple qui peut être éclairant que la civilisation américaine est différente de la civilisation européenne mais c’est pourtant la civilisation européenne qui explique la civilisation américaine. Mitsraïm existe pour lui-même mais c’est Babel qui explique l’existence de Mitsraïm.

 

Deuxième période :

C’est le grand empire Perse qui a été le véhicule d’une grande civilisation de ce temps-là. Israël a été en exil dans cette civilisation, et la sortie de cette exil c’est ce que nous appelons en hébreu Shivat Tsion, le retour à Sion, au temps de Ezra et Néhémie durant la période du livre d’Esther. La fin du canon biblique. Ce Galout de Paras s’achève avec Ester et Mardochée, Ezra et Néhémie.

 

Troisième période :

La confrontation avec la Malkhout de Yavan, la civilisation grecque. C’est un cas particulier puisque Israël est déjà en dispersion, mais cependant c’est sur la terre d’Israël même que le conflit entre Israël et Yavan a lieu. C’est le problème de ‘Hanoukah. Et finalement, la Guéoula de cette Galout Yavan c’est avec les Makkabi. Les ‘Hashmonayim.

 

Quatrième période :

Et puis commence ce grand exil contemporain de la civilisation romaine que nous appelons Malkhout Edom. Et nous sommes censés sortir de ce Galout Edom avec l’état d’Israël contemporain.

 

Voilà donc les Arbâ Malkhouyot.

Le titre que le Maharal a donné à ce chapitre est : « Explication sur le thème des 4 exils ».

Je vais uniquement rappeler des études d’hier et d’avant hier un thème qui me semble important en relation avec le texte que nous allons étudier à partir d’aujourd’hui.

 

C’est le fait, toujours dans l’explication que donne le Maharal, que l’identité humaine a développé des potentialités différentes à travers ces 4 Malkhouyot. Le Maharal explique en quoi il y avait une sorte de nécessité que l’homme traverse des civilisations différentes qui lui ont donné l’occasion de déployer, d’épanouir, d’exprimer et d’affirmer, de rendre irréversible dans l’héritage humain universel des valeurs de l’homme.

Au niveau de la civilisation de Babel c’est le Nefesh qui s’est développé.

Au niveau de la civilisation de Paras, c’est le Roua’h.

Au niveau de la civilisation de la Grèce c’est le Sékhel.

Et apparait la 4ème civilisation, celle de Rome, qui récapitule l’ensemble des forces de l’identité humaine. Alors il y a à la fois Nefesh-Roua’h-Sekhel. C’est l’identité Rome qui va disputer à l’identité Israël la globalité de la personne humaine du sujet humain, c’est-à-dire le nom de Adam tel qu’il devient Israël dans le récit biblique de l’engendrement de l’identité messianique. 

Nous étions en conflit avec le génie de Babel au niveau du Nefesh, et ainsi de suite... Mais avec Rome nous sommes en conflit sur la globalité de l’identité humaine.

 

Voilà pourquoi l’exil en général dans la tradition rabbinique va être toujours à l’indice de Edom-Rome. Quelque soit l’exil c’est l’exil dans Edom. Historiquement, l’exil de Edom commence il y a 2000 ans parce que la civilisation de Edom s’est constituée il y a 2000 ans, mais depuis l’origine tout exil de quelque manière que ce soit c’est l’exil chez Edom.

 

Après avoir expliqué dans les chapitres précédents qu’il était impossible qu’existe un monde sans la souveraineté des empires des nations.

 

C’est-à-dire que l’humanité ce sont les nations qui constituent leurs histoires à des périodes données dans les empires : c’est-à-dire que une parmi les nations prend la tête d’un rassemblement des nations et a tendance à imposer sa manière d’être homme. C’est la notion d’impérialisme que nous rencontrons souvent. Dans les chapitres précédents, le Maharal explique donc qu’il était nécessaire – il emploie une formule un peu indirecte : il était impossible que l’histoire humaine ne se développe sinon de cette manière – il y a une sorte de cohérence dans le fait que des civilisations différentes se soient succédées, parce que c’était des génies humains différents qui devaient exprimer les tendances toutes nécessaires et authentiques de l’identité humaine jusqu’à l’aboutissement de cette histoire de l’homme.

 

Et il s’agit des 4 empires. Or, Israël est la nation unique, c’est un royaume de la sainteté divine haqédousha haélohit

 

Ici le mot « divin » n’est pas un qualification substantielle mais c’est un adjectif qui signifie que c’est l’oeuvre de Dieu telle que Dieu l’a voulu. Lorsque nous disons avec la tradition talmudique, midrashique, kabaliste, que l’homme est le fils de Dieu on ne veut pas dire qu’il est « Dieu le fils ». C’est l’opposé, c’est différent et cela n’a rien à voir. Dans ce sens on dira du monde qu’il est divin c’est-à-dire qu’il est oeuvre de Dieu. C’est un adjectif qui renvoie l’identité de substance au Créateur. Et je crois que la catégorie qui nous permettrait de mieux penser ce que la tradition juive veut dire en employant ce terme-là, c’est « l’authenticité ». A partir du moment où la créature devient authentiquement comme le Créateur a voulu qu’elle soit, alors elle sera appelée divine dans l’exposant de l’adjectif parce que son Créateur c’est Dieu : l’oeuvre de Dieu. Cela ne veut pas dire que cette oeuvre soit elle-même Dieu. Voilà le grand conflit que nous avons avec l’atmosphère de la théologie chrétienne sur ces problèmes, c’est le conflit que nous avons depuis toujours avec le paganisme.

 

C’est assez extraordinaire comme les questions de langue jouent une grande importance mais il faut se souvenir que la langue exprime l’identité. Vous connaissez la définition biblique de l’identité humaine : l’homme est le ’Hay hamédaber le vivant-parlant. Si l’on prend le langage au sérieux, la langue exprime l’identité de celui qui parle. Et par conséquent, ce n’est pas par hasard qu’un grec parle grec, qu’un hébreu parle hébreu. J’ai l’air de dire une lapalissade mais vous comprenez ce que je veux dire. Il n’y a que l’hébreu qui parle hébreu et que le grec qui parle grec... E parlant hébreu, l’hébreu exprime l’identité hébraïque. Et on notera à ce propos que cela ne peut pas être par hasard que la Bible ait été donnée en hébreu. Qu’elle ait été traduite par la suite c’est un autre problème, elle est traduite, mais elle est justement traduite. Mais l’identité de son message, de sa parole, est hébraïque. Elle a son ordre propre, ses catégories propres. De la même manière, quand le grec parle grec, il exprime une manière d’être homme qui a les structures du grec. Ce que je dis là ne met pas du tout en question l’universel humain. Mais l’universel humain s’exprime à travers les identités singulières qui s’expriment dans des langues. C’est pourquoi dans le vocabulaire biblique, vous verrez surtout au chapitre 10 et 11 de la Genèse, chaque fois la Torah parlera de la multiplicité humaine selon les nations et leurs langages. Elle ajoute : « et leurs pays ». Il y a trois dimensions d’identité qui sont indiquées là toujours ensemble. Est-ce que la civilisation future mettra cela en question c’est un autre problème, mais il y a l’homme, son paysage et son langage.

 

Et par conséquent lorsque l’hébreu dit que dans lemonde il y a quelque chose de divin, la sainteté divine quand on parle d’Israël, cela ne veut pas dire qu’Israël est Dieu. Cela veut dire qu’il est authentiquement créature de Dieu. Alors son identité est divine en tant qu’elle est l’oeuvre de Dieu. Toutes les créatures sont l’oeuvre de Dieu. Mais elles sont plus ou moins réalisant le projet du Créateur. Il faut immédiatement introduire la perspective de la proximité et de l’éloignement. Tout est dans l’existence mais des parties de l’existence sont plus proches de l’existant et d’autres qui sont plus loins... mais tout a une finalité.

 

Nous sommes là sur un problème un peu délicat, je pense tout de même que c’est suffisamment clair. Je partirais comme d’habitude pour rendre compte de la cohérence des postulats de ce texte du consensus de la culture universelle. La culture universelle, par une sorte de consensus dont on ne peut pas ne pas percevoir la massivité, a reconnu que l’identité d’Israël – parlons-en de manière  théorique, abstraite, formelle mais quoiqu’il en soit – est plus proche du projet divin que toute autre réalisation de la créature.

Qui sont ces témoins ? Ce sont les non-Juifs ! Les Juifs ne se rendent pas compte de cela. Heureusement sinon cela leur tournerait la tête et leur donnerait le vertige. C’est l’islam, la chrétienté et beaucoup d’humanismes qui lorsqu’ils sont conséquents avec eux-mêmes et avec leur propres sources et propres postulats reconnaissent que c’est de l’identité hébraïque qu’ils tiennent les catégories de l’authenticité.

 

Il m’arrive souvent de dire en milieu chrétien que lorsque le chrétien dit qu’il croit que Dieu s’est fait homme pour sauver le monde ce n’est pas exactement à cela qu’il croit. Il croit que Dieu s’est fait juif pour sauver le monde. Ce qui n’est pas exactement la même chose. C’est notre sujet.

 

J’ajoute tout de suite que ce n’est pas du tout la croyance juive. Mais les choses étant schématisées, il est bien clair que ce que dit le Maharal doit être compris en hébreu.

 

                      vèIsraël HaOumah Ye’hidah Hi Malkhout shéYesh ba Haqdoushah Haeloqit

                      Or Israël est la nation unique, c’est un royaume de la sainteté divine

 

C’est une société où est présente la sainteté divine. Encore une fois il ne s’agit pas seulement de la Shekhinah, la Présence de Dieu Lui-même, qui dans certains temps se dévoile, qui la plupart du temps est caché, mais toujours présente en Israël – c’est un autre sujet – mais il s’agit de l’identité Israël qui a dans sa nature une identité de Qdoushah qui est divine parce qu’elle est l’oeuvre de Dieu.

                     

                      Et elle est séparée, différente dans sa séparation, des royaumes des idolâtres.

 

Ici l’expression « ovdei guiloulim » est extrêmement péjorative. Ceux qui adorent les abominations qu’on appelle les idoles. C’est plus fort que « ovdei kokhavim » simplement.

 

                      Cela vient de ce que ces empires se définissent par rapport à ce monde-ci.

 

Le Maharal il me semble veut dire par là que cette différence va nous apparaitre dans le fait que pour les nations du monde et le génie humain que leur civilisation représente l’être et l’essentiel de l’être, le foyer de l’être c’est ce monde-ci. Qu’en plus et d’autre part il y ait l’harmonique des valeurs de l’esprit et de la sainteté, du monde-à-venir, et bien ce sont des harmoniques de l’être qui est ce monde-ci. Alors que nous verrons – et vous voyez le lien avec le texte du Shaarei Orah – que l’identité d’Israël et de l’ordre du monde-à-venir. Pour Israël l’essentiel c’est l’être du monde-à-venir. Ce monde-ci n’est que le monde-ci du monde à venir.

 

Lors du séminaire sur Caïn et Abel, thème très parallèle : pour Caïn c’est lui l’être ! Et autrui l’autre son frère est en plus. Alors que pour Abel l’être c’est Caïn. C’est lui le fils qui est né le premier. Et lui se connait comme étant le frère de Caïn. Et dès l’origine de leur prise de conscience de soi toute une identité humaine différente va apparaître. Alors ils sont dans le même monde, dans la même famille, dans les mêmes péripéties anecdoctiques et historiques, vous avez toujours un Caïn et un Abel. Mais ce sont deux mondes qui sont là simultanés. Caïn est l’être de ce Monde-Ci et Abel est de l’être du Monde-à-Venir. Ils sont dans les mêmes histoires mais ce n’est pas du tout la même identité. Et alors Caïn peut construire des temps et offrir des offrandes. Mais c’est dans l’ordre de l’en plus. Alors que Abel, lorsqu’il est confronté à la situation de culte pour savoir quelle offrande offrir à Dieu, c’est l’essentiel qu’il donne. Alors que Caïn donne ce qui est en plus, qui peut être magnifique, impressionant, « cathédralique »..., mais c’est en plus ! Tandis que chez Abel, le petit    oratoire de la rue des Rosiers, c’est là que cela se passe... C’est l’essentiel.

 

Et dans la définition de ce Monde-ci il y a deux choses : c’est un monde matériel – gashmi - comme on sait. Et par ce fait là il n’y a pas de sainteté en lui. Et cependant il est impossible qu’il n’y ait pas en quoique ce soit un nivau de sainteté dans ce Monde-ci. Car la chose n’est pas ainsi comme nous l’avons indiqué précédemment.

 

Je vais vous donner une des références par lesquelles le Maharal explique cela : Ce Monde-ci en lui-même n’est pas de l’ordre de la sainteté. Seulement, il n’est pas possible qu’il n’y ait quoique ce soit de l’ordre de la sainteté en ce Monde-ci. Le Maharal l’enseigne à propos de la première Mishnah du dernier chapitre des Pirqey Avot.

« Le monde a été créé par 10 paroles ».

Que signifie que le monde ait été créé par 10 paroles ? Pourquoi pas par une parole ? Et la Mishnah explique : c’est pour pouvoir punir les méchant et récompenser les justes, c’est-à-dire poser le problème moral. C’est une Mishnah très difficile.

« Pour pouvoir punir les méchant qui détruisent le monde créé par 10 paroles et récompenser les justes qui maintiennent le monde créé par 10 paroles ».

C’est une Mishnah difficile :

Quel est le lien formel de cause à effet entre le fait de pouvoir punir et récompenser, et la création du monde par 10 paroles ?

Au jugement, on pourrait plaider avec un raisonnement suivant: « je n’ai pas fait de mal. Le mal que j’ai fait n’est mal que parce que le monde a été créé par 10 paroles. S’il avait été créé par une parole ce ne serait pas un mal ! ».

Maharal : la Torah nous dit que le monde a été créé par 10 paroles alors qu’il est évident qu’il aurait pu être créé par 1 parole !

 

Bereshit : Dix niveaux d’être qui font le monde mais le texte aurait pu indiquer que Dieu dit « Qu’il y ait un monde ! ». le Maharal explique que chaque occurence de l’exposant 10 c’est pour indiquer qu’il y a sainteté. Si le monde était une existence simple en elle-même qui se ramènerait à une seule parole, on pourrait plaider de la manière suivante : lorsque celui qui a fait du mal a fait du mal, il n’a fait du mal qu’à lui-même ; lorsque celui qui a fait du bien a fait du bien, il n’a fait du bien qu’à lui-même. Mais dans le monde tel que Dieu l’a créé à travers 10 paroles, c’est-à-dire au niveau de la multiplicité, alors le problème moral peut être posée. La relation à la valeur morale concerne une valeur extérieure à moi. Si le monde avait été créé par une seule parole son essence aurait été identifiée avec son existence et il n’y aurait pas de place pour le problème des valeurs.

C’est un tout autre sujet que j’ai à peine résumé pour nous référer à cela.

 

Il y a dans le monde quelque chose de l’ordre de la sainteté bien que le monde en lui-même en tant qu’il est créature est l’opposé de la sainteté par définition : le monde est autre que Dieu.

Si la sainteté définit Dieu, alors le monde qui est l’autre que Dieu est défini par l’envers de la sainteté, ce qu’il appelle la matière.

 

Dans le vocabulaire de la Kaballah c’est ce qu’on appelle Keter la couronne, qui est posée sur la tête et qui est signe de royauté mais ne fait pas partie de la personne qu’elle couronne. Et cette sainteté environne le monde, l’irrradie, l’illumine. Ce à quoi fait allusion cette catégorie du Keter.  Tout se passe comme si, pour que le monde existe, il faut lui retirer ce qui en ferait l’être de Dieu ; et ce qui lui est retiré, lui est donné en irradiation de couronne, alors le monde peut exister. Le monde existe sans cette sainteté mais il n’existe que grâce à cette sainteté qui le protège. Cette sainteté c’est ce qui lui a été pris pour qu’il puisse exister en tant qu’être autre que Dieu.

 

Il y a quand même de la sainteté dans le monde, là on va parler d’Israël, mais le monde en lui-même n’a pas de sainteté. Donc les civilisations sont profanes. Mais il y a quelque chose dans le monde qui est de l’ordre de cette couronne du monde, c’est Malkhout Israël.

 

Car ce monde-ci vient de Dieu qui est Qadosh et par le fait qu’il vient de Lui il est impossible qu’il n’y ait pas dans ce monde un lien avec Lui d’où le monde procède.

 

Il a employé ici tiarasout lien relation un terme général et formel pour ne pas poser le problème du mécanisme de la manière dont le monde procède de Dieu. C’est-à-dire la notion de création. C’est un autre sujet. Mais quoiqu’il en soit si nous admettons que le monde procède de Dieu, alors bien que la définition du monde pour lui-même c’est d’être autre que Dieu donc privé de sainteté, il est impossible qu’il n’est pas un lien avec la sainteté. Le monde en lui-même c’est les Goyim, le lien avec Dieu c’est Israël. On pourrait qualifier cela de délire d’orgueil juif !

Imaginez la civilisation universelle prétant attention à un texte pareil !

Elle déclarerait : Ces Juifs sont orgueilleux !

Mais cela resterait énorme si ce n’était pas les Goyim eux-mêmes qui disaient cela ! Nous avons le consensus de la civilisation universelle. C’est en caricature, défiguré par l’ingratitude mais c’est comme cela chaque fois que on se renseigne sur le témoignage porté par les grandes civilisation sur Israël qu’ils ont rencontré à chaque civilisation.

 

Voyez l’importance d’un grand livre comme le Kouzari.  C’est Judah Halévi dans le Kouzari qui a bien posé ce problème. Avant de parler du judaïsme, il rassemble les autres et leur demande « qu’en pensez-vous ? » Les Parsi, la religion zoroasthre, le christianisme, l’islam et les philosophes. Et en fin de compte on arrive au point de départ de l’enseignement du Kouzari, lorsque le roi des Kazars demandent à tous ces autres « d’où savez-vous tout ce dont vous parlez ? » Tous se tournent vers le rabbins : « demandez au juif c’est lui qui le sait ! » Vous voyez à quel point c’est énorme, et c’est cela que nous vivons.

 

Rien ne vient de rien (aucune chose ne vient d’une autre chose) s’il n’y a un lien une relation en quoique ce soit, comme nous l’avons expliqué plus haut aussi.

Ceci est clair et ne le contestera pas celui qui a en lui la sagesse. A cause de cela le monde qui est fait de matière a cependant une dimension différente, non matérielle.

 

Ce qu’il faut découvrir :  Le monde en lui même c’est de la matière, donc pas de sainteté. Mais cependant parce qu’il s’agit d’un monde créé par Dieu la sainteté, il y a quand même dans ce monde de la matière une dimension aute qu’elle même de mondaine et qui est une dimension de sainteté.

                     

Cette dimension de sainteté vient de l’auteur du monde qui est lui radicalement séparé du matériel. Il y a dans ce monde-ci la dimension proprement matériel et cela du côté du créé lui-même de la créature. Et c’est par rapport à cela qeu sot appelés dans le monde deux maniéres d’être de l’homme opposées l’une à l’autre. Ovdei giloulim Les idolâtres qui sont portés vers le matériel c’est la premiére dimension, mais al natio d’Israël la nation sainte est par rapport à la 2ème dimension qu’il y a dans le monde. Cette dimension qui convient au monde en quoique ce soit une dimension de sainteté non matériel. C’est pourquoi c’est à israël qu’appartient Torah et Mitsvot et toutes les choses divines non matérielles. Et par le fait que ce monde-ci est matériel et que la matière a des dimensions qui sont au nombre de 4 qui sont divergentes, ce sont les 4 dimensions d el’espace. Et ces 4 dimensions sont séparées chacunes pour elle-même et l’une n’est pas comme l’autre.

 

Si je parle du nord je ne parle pas du sud, de la même manière si je parle des Babyloniens, je ne parle pas des Perses ni des Romains... De la même manière dont la réalité du monde est orientée, la réalité humaine a sa propre orientation et chaque manière d’être homme a une spécificité et une singularité et de la même manière que l’espace a des dimensions différentes.

 

Par rapport à ces 4 dimensions de l’espace il y a 4 empires dont l’un n’est pas comme l’autre. et de la même manière que dans tout espace il y a un centre, et il est distinct des 4 dimensions, c’est pourquoi par rapport à cela le royaume de la sainteté c’est-à-dire Israël.

 

Voyez tout de suite qu’il s’agit des civilisations et du royaume messianique. Dans l’esprit du Maharal, il ne s’agit pas du tout de l’au-delà comme dans la perspective chrétienne lorsqu’il parle du royaume messianique. Il s’agit de la société d’Israël qui est censée être la société vouée à la sainteté, alors que les civilisations ont pour objet le développement des valeurs matérielles. Il y a dans cette vision un développement de l’histoire des 4 civilisations se succédant l’un à l’autre et pendant ce temps de l’histoire c’est l’histoire d’Israël avec l’eventualité de l’exil, et ensuite apparait la réussite du projet de la société messianique qu’il appelle Malkhout Israël.

 

Je repense à l’expression chrétienne : « Mon royaume n’est pas de ce monde »

Si on prend le mot de monde dans le sens temporel, sens qu’il avait dans l’hébreu que parlait finalement les fondateurs originels du christianisme – des chercheurs contemporains commencent à établir de façon assez irréfutable que ces textes ont d’abord été écrits en hébreu pour des raisons de linguistique et de sémantique élémentaires d’ailleurs, et par conséquent le mot de monde a d’abord un sens temporel. Le mot de Olam qu’on traduit par le monde mais on le pense en grec : le cosmos, l’univers. Ce mot de Olam n’a jamais eu un sens spatial. Le mot de « monde » en français a 3 sens : les hommes, l’espace, le temps.

En hébreu biblique, le mot de Olam signifie le temps d’un monde, une ère, un éon dans le langage théologique. Et dans ce sens-là, le pluriel est au masculin : Olam-Olamim dans l’hébreu biblique. Mais dans l’hébreu rabbinique le mot de Olam est utilisé dans le sens spatial comme en grec mais à ce moment-là le pluriel est au féminin : Olam-Olamot.    

« Mon royaume n’est pas de ce monde » si cela signife ce qui vient après, cela garde une cohérence, mais si c’est dans le sens que ce royaume ne fait pas partie de l’histoire des hommes, alors on est complétement séparé. Ce texte fait partie de la tradition juive et on ne peut pas l’entendre avec une connotation qui serait récupérable par la théologie chrétienne.

Il s’agit du déroulement de l’histoire humaine. Il y a eu 4 civilisations qui ont déployé le génie humain – Arbâ Malkhouyot – et quand on arrive à la fin du temps de Rome commence le temps de Malkhout Israël. Ce n’est pas de la propagande sioniste, mais vous voyez de quoi s’occupaient les rabbins en leur temps.

 

Q : par rapport au terme de matière chez le Maharal je crois avoir entendu par ailleurs qu’il était  en rapport avec le féminin, quel lien avec les Olamot ?

R :  vous avez fait une association, vous avez raison mais c’est un autre terme lorsque le Maharal parle de ‘Homer. Ici il a parlé du Gashmi, Gueshem dans le sens de la matière avec ces exigences de l’impersonnel et du déterminé Gashmi. ‘Homer s’oppose à Tsourah. Ici Gueshem s’oppose à Qdoushah. C’est un sujet assez difficile dans le vocabulaire du Maharal. Vous avez bien fait de poser la question car je sais qu’elle se pose. Faites attention à cela : ce n’est pas du tout un jugement que porte le vocabulaire du Maharal en disant dans cette analogie - le ‘Homer est féminin et la Tsourah est masculine – en disant que la femme serait matérielle alors que l’homme serait spirituel. Ce n’est pas du tout cela. C’est des pièges de traductions dans la translation des mots. Il faut l’étudier dans les significations que ces termes ont dans la Kaballah. L’identité féminine est l’identité qui reçoit l’être et la transmet. C’est l’épouse qui devient la mère. Et l’identité masculine c’est l’enfant qui est engendré à travers cette réception-transmission de l’identité féminine. Et donc la Tsourah est engendrée par le ‘Homer.

Mais là nous sommes dans une toute autre catégorie. Ce n’est pas la matière dans le sens péjoratif du passionel. Cela c’est le Gashmi et non le ‘Homer dans le vocabulaire du Maharal.

 

On avance dans le texte :

J’ai choisi ce texte parce que c’est dans le Galout Edom que finalement va se cristalliser des différences de polarité et de perspectives entre les nations qui ont opté pour ce monde-ci, et en plus il y a la sainteté, qui se trouveront inévitablement en but de rivalité avec Israël, et d’autre part Israël pour qui l’essentiel c’est l’option de sainteté, ce monde-ci en étant le véhicule. Ce conflit s’est surtout cristallisé avec Edom. Jamais Babel, Paras, Yavan n’ont prétendu être Israël. Edom prétend être Israël. C’est pourquoi le Maharal dans les chapitres précédents l’explique abondamment.

 

Et c’est cela le sujet des 4 empires qui se sont dressés dans ce monde-ci

.../...

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***

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Published by Rav Yéhouda Léon Askénazi (Manitou). - dans PENSÉE JUIVE
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