Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 19:08

Galout Geoula - Shaarei Ora, Maharal (1989) – 9ème partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/le_drame_de_l_exil_shaarei_ora/cours_5

Durée : 19,1 minutes - Face A

 

.../...

… Vous n’avez aucune idée de la terreur qu’ont les Arabes chrétiens d’Israël à l’idée d’un état palestinien. Et ceci dit - toutes les exceptions sont possibles – il y a un anti-israélisme qui est antisémitisme pur et simple qui est là ce qu’il est. Et plus ils sont à gauche, et plus ils sont anti-juifs.

 

Q: Comment s’inscrivent les bénédictions d’Abraham à Ishmaël et d’Isaac à Jacob et Essav dans ce problème ?

R: Très bien ! On va faire 5 minutes de pause et on revint sur votre question…

.../...

 

Au sujet de la question d’hier quand même parce que c’est important: quel est le raisonnement qui fait conclure à la Guémara que finalement malgré ces deux éventualités qui chacune d’entre elles se basent sur des versets – donc c’étaient deux possibilités historiques – que à la fin des temps première hypothèse c’est la Perse qui va vaincre Edom, 2ème hypothèse c’est Edom qui va vaincre la Perse ?

 

Finalement la Guémara en Yoma 10a nous indique que finalement ce sera Edom qui vaincra la Perse. Je ne fait pas du tout de prospective de politique fiction je vous cite la Guémara.

Le raisonnement est le suivant :

Le premier temple qui a été construit par Israël a été détruit par les Babyloniens.

Or, les Perses ont détruit Babylonne et ont donné le feu vert pour la construction du 2ème temple, par Cyrus. Or, les Romains ont détruits le 2ème temple instauré par les Perses. Donc les Romains sont plus fort que les Perses. Voilà le raisonnement.

 

Nous arrivons maintenant à la dernière question : cela peut être étudié de différentes manières, c’est un problème très vaste avec références à citer. Vous connaissez le contexte où la Torah nous dit avec un peu d’humour qu’Abraham a transmis tout à Isaac et le reste à Ishmaël, et d’autre part je prendrais un peu plus de temps pour parler de la transmission de la bénédiction d’Isaac à Esaü et Jacob et ce qui se passe là. Je serais succint à cause du temps.

 

Il faut savoir que l’identité Ishmaël est une identité d’Abraham alors qu’il était Abram et n’était pas encore devenu Abraham. Par conséquent, c’est une identité hébraïque « brouillée » :  En hébreu les deux termes « hébreux » et « arabe » ont les mêmes lettres mais pas dans le même ordre :

Ârav = Ayin-Resh-Beit.

                      Ivri = Ayin-Beit-Reish.

 

Q : C’est comme Israël et Ishmaël ?   

R : Israël et Ishmaël ne se ressemblent que par la fin du mot « El ».

 

Et alors il y a un grand principe que surtout la Qabalah étudie : lorsque Dieu a donné permission à un existant d’exister alors il a une place légitime dans la création.

Ce n’est pas Israël, mais pour les péripéties que la Torah nous raconte étant donné les relations entre Sarah et Abraham au moment où Sarah ne pouvait pas  enfanter : d’Abraham est née l’identité d’Ishmaël, elle a sa destinée propre. Nous avons vu hier qu’il y a suffisamment d’indications dans le texte biblique qu’une rédemption d’Ishmaël est pensable.

 

Je vais essayer de formuler ce paradoxe : Au fond le frère au niveau de l’existence ce n’est pas tellement Esaü c’est Ishmaël, au niveau de l’essence c’est Esaü. 

Mais nous sommes en guerre. Et tant que nous sommes en guerre le dialogue est un dialogue de guerre. Dès qu’il y aura la paix, on s’embrasse et le monde entier sera étonné de savoir à quel point nous sommes proches, en Abraham.

 

Ceci dit, puisque vous avez évoqué la proximité Israël-Ishmaël, il y a un Midrash éclairant sur cette question dans Parashat Beshala’h. Midrash Raba nous dit qu’il y a beaucoup de catégories d’hommes par rapport à leurs noms et à leurs vertus, je vous énumérerais ces différentes catégories et je ne parlerais que de Edom et Ishmaël.   

Il y a des hommes qui ont des noms beaux et des vertus bonnes.

Il y a des hommes qui ont des noms pas beaux et des vertus pas bonnes.

Ce sont les deux catégories extrêmes.

Il y a des hommes qui ont beau nom et mauvaise vertu.

Il y a des hommes qui mauvais nom et bonne vertu.

 

Dans la catégories des  hommes qui ont bon nom et mauvaise vertu, le Midrash classe Essav et Ishmaël. Il dit ainsi : Ishmaël Shoméâ El « Ishmaël écoute Dieu ».

Ici c’est une lecture du Midrash parce que dans le Pshat c’est Dieu qui écoute Ishmaël : « Ishma El » « Que Dieu écoute ! »

Et effectivement, il y a une relation d’écoute de Dieu chez Ishmaël qui est indéniable. Les Séfardim ont été privilégiés lorsqu’ils ont entendu chez eux la prière d’Ishmaël, un juif est à l’aise dans la prière d’Ishmaël. Alors qu’il ne peut pas l’être dans la prière de l’église. C’est un tout autre problème. Ishmaël Shoméâ El : Il y a dimension très importante que vous allez retenir.

 

Essav : Ossé Retson Ossav : Il accomplit la volonté de son Créateur. Le Pshat c’est qu’il est Assouï : déjà accompli, achevé. C’est pourquoi l’angoisse existentielle est chez Essav : si on est déjà achevé et que le temps continue on est dans l’angoisse ! Il n’y a que la civilisation de Essav qui a mis l’angoisse dans la culture humaine. Le fondateur de l’existentialisme c’est Essav et en cela il hérite de Qayin de manière énorme – c’est encore un autre sujet. 

 

Il y a deux dimensions de l’accomplissement de la volonté du Créateur.

Or, ce qui définit Israël c’est les deux dimensions à la fois. Naassé véNishma. Ishmaël a surtout le Nishmâ tandis que Essav a surtout le Naassé. Israël c’est Naassé véNishmâ.

 

D’une certaine manière Ishmaël et Essav sont, à des exposants très différents, les limites extérieures de l’identité Israël.

 

Alors j’ajouterais que il est frappant de voir que les Juifs de l’exil d’Ishmaël ont une sorte de polarité Ishmaël. Un Juif Séfardi, et c’est en cela qu’il l’est, est plus sollicité par le Nishmâ que par le Naassé. Alors qu’un Juif Ashkénazi est plus sollicité par le Naassé que par le Nishmâ. C’est schématique et toutes les nuances sont nécessaires.

 

Transmission des bénédictions par Isaac:

 

Isaac avait deux bénédictions différentes à transmettre : Cf. Parashat Toldot.

Premièrement la bénédiction des biens matériels, et il la transmet à Esaü puisqu’il a opté pour la vocation matérielle. Et d’autre part, la bénédiction que le texte nomme la bénédiction d’Abraham qui est la bénédiction des biens spirituels et qu’il ne peut transmettre qu’à celui de ses fils qui a pris femme dans la famille d’Abraham. Esaü prenant femme chez les Cananéennes se disqualifie pour la bénédiction d’Abraham. Il y a d’ailleurs un épisode de la fin de Parashat Toldot où Esaü se pressentant disqualifié, amorce un commencement de repentir en prenant femme chez Ishmaël… Mais il ne répudie pas les femmes païennes. Vous me permettrez cette analogie : finalement le chrétien est monothéiste mais n’a pas renié la trinité païenne…

 

Q : Comme pour Laban ?

R : Non c’est la famille d’Abraham ! Reprenez ce principe que toute cette histoire universelle commence dans une petite famille. Tera’h, Na’hor donne la lignée de Béthouel – Laban où il y a Rivqah, Ra’hel et Léah. Et puis Abraham et Sarah donne la lignée Israël par Isaac. A l’origine ce sont des Hébreux dans l’exil d’Our-Kasdim. Nous vivons quelque chose d’analogue aujourd’hui. Les Hébreux dans l’exil de Rome cela s’appelle des Juifs. Ils ne sont pas païens !

L’hébreu à Our-Kadim s’appelle araméen, l’hébreu à Rome s’appelle juif. Et le retour d’Abraham au pays de Canaan correspond aujourd’hui au sionisme et cela véhicule les mêmes problèmes que nous raconte la Bible du retour d’Abraham au pays de Canaan. Il faut à partir de l’origine juive redevenir hébreu, c’est cela le problème de la société israélienne.

 

Q: Dans la bénédiction d’Isaac lorsqu’Esaü vient pleurer il lui dit...

R:  [27:40] וְהָיָה כַּאֲשֶׁר תָּרִיד, וּפָרַקְתָּ עֻלּוֹ מֵעַל צַוָּארֶךָ

vehayah ka'asher tarid ufarakta oulo me'al tsavarekha

tu seras tributaire (de ton frère)mais quand ta plainte monteras tu jeteras son joug de ton cou

Je commence par un verset précédent (27:36) quand Esaü dit à Isaac :

וַיֹּאמַר, הֲלֹא-אָצַלְתָּ לִּי בְּרָכָה

Halo Atsalta li brakha?

"N'as tu pas réservé une bénédiction pour moi?"

Il aurait dire dire: ne lui as-tu pas réservé une Brakha à lui ?

Donc personne n’est dupe dans ce récit !

Si tu l’a pris pour moi, ne lui as tu pas réservé à lui ?

Jacob, il y a des raisons pour cela, doit assumer le rôle d’Esaü parce qu’Esäu est disqualifé : les tâches matérielles tout en étant dans la vérité. Il devient Rashâ. Il peut être Tsadik tout en ayant assumé les tâches de civilisation matérielle. Joseph fera la preuve que c’est possible. Par conséquent, il lui dit : « ta bénédiction est à Jacob aussi, et je t’explique pourquoi : maintenant s’il démérite alors tu reprendras... ».

Parce qu’Isaac avait un plan clair : chacun des deux enfants ayant opté pour une vocation humaine : la matière Esaü, Jacob l’esprit. Il faut bénir Esaü pour la matière et il partage avec Jacob, Il faut bénir Jacob pour l’esprit et il partage avec Esaü. Mais Rivqah a compris que cela ne peut pas marcher parce qu’elle sait que les frères ne s’aiment pas. Alors ils ne partageront pas. C’est pourquoi la stratégie de Rivqah c’est que Jacob reçoive aussi la bénédiction d’Esaü parce que sinon, elle le dit elle-même, elle les perd tous les deux le même jour. C’est-à-dire que Jacob n’ayant pas de place dans ce monde-ci n’arrivera pas au monde à venir. Et Esaü n’ayant que ce Monde-ci n’aura pas de Monde-à-venir.

 

Q: C’est comme si Jacob était Abel complété par les mains d’Esaü ?

R : C’est-à-dire Shet c’est-à-dire un Abel inassassinable. Tout se passe comme si lorsque Rivqah envoie Jacob chez Laban dans sa famille. C’est, je midrachise,  ‘Havah qui revient et qui exorte Abel à ne pas faire comme la dernière fois et à ne pas rester auprès de Qayin…

C’est ce que j’ai tendance à dire aux Juifs : à partir du moment où les Juifs sont dans la situation d’Abel chez Caïn ils sont en danger. De deux choses l’une, soit on parvient à tranfigurer Caïn – mais on a échoué, la preuve avec la Shoah – et c’est le temps messianique, ou bien Caïn va les massacrer s’ils ne se sauvent pas. Or ,la famille d’Abraham c’est en Israël !  

 

Q: Par rapport au texte de Gikatilla l’exil d’Israël en Edom, cela me fait penser à l’exil de l’âme dans le corps  c’est pareil ?

R : Il faudrait plus de temps pour votre question. Absolument. Cela ressemble. Il faudrait éviter le suicide soit par le corps soit par l’âme.

Q: Il y a quand même cette bénédiction de Rivqah sur les deux qui leur permettra d’aller jusqu’au bout ?

R: Non, il faudrait reprendre votre question dans la cohérence de votre question, parce que il y a un coprs qui se laisse assumer par l’âme – c’est du côté de Jacob – mais il y a un corps qui veut  assumer l’âme – c’est du côté d’Esaü. Par exemple, une indication entre autres : dans la religion de Jacob on adore le Dieu vivant. Tandis que dans la religion d’Esaü on adore un Dieu mort en disant qu’il est ressucité...

A bientôt à Jérusalem…

< fin >

 

*****

  

Partager cet article

Repost 0
Published by Rav Yéhouda Léon Askénazi (Manitou). - dans PENSÉE JUIVE
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : MANITOU
  • MANITOU
  • : Bienvenue sur le blog MANITOU! Cet espace est consacré au Rav Léon Askénazi - Manitou - זצ"ל.Vous y trouverez des textes rédigés à partir de cours audio enregistrés (disponibles sur www.toumanitou.org) En modeste hommage à ce Rav génial et extraordinaire...
  • Contact

Recherche