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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 14:16

Galout Geoula - Shaarei Ora, Maharal (1989) - 4ème partie.

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/le_drame_de_l_exil_shaarei_ora/cours_3

Face A

 

…/…

Cela passe d’abord par Esaü. Cela passe par là. On a un problème avec l’Egypte ? Cela se discute à Washington ! Je schématise beaucoup mais ce n’est pas nécessaire d’entrer dans les détails, c’est quelque chose de massif qui frappe : si on a des démêlés avec Ishmaël cela passe par Esaü.

 

Nous allons voir ce que le Rav va nous dire assez rapidement qu’Isaac préfère qu’Israël soit en exil chez Esaü, chez Edom plutôt que dans les Shiviim Oumot les 70 nations. Dans la typologie, cette identité particulière dans sa singularité d’Esaü dans les 70 nations, c’est le monde romain. De ce que nous pouvons décrypter des commentateurs, surtout Abrabanel qui donne beaucoup de clefs là-dessus, il s’agit du monde romain et de toutes ces dimensions. Dans notre langage contemporain c’est la civilisation occidentale.

 

On ne peut nier que, indépendament des problèmes des cultures et des autres cultures, la civilisation occidentale partie de Rome qui avait pour préhistoire la Grèce est devenue universelle. Au point de vue culturel à proprement parler, pas seulement folklorique dans le sens un peu vide du terme, mais au point de vue culturel vraiment, chaque éthnie a sa culture, chaque manière d’être homme a sa culture, mais la civilisation à l’échelle planétaire est devenue universelle. Et c’est la civilisation occidentale. Et elle a pour point de départ le droit romain et tout ce qui est allé avec.

 

Par conséquent, d’une certaine manière et quelque soit les péripéties historiques qui font que telle ou telle tribu humaine est entrée en fin de compte chez Esaü, c’est quand même Esaü. Je dirais même la limite que ce qui se passe en Chine par exemple cela se passe dans Edom dès que la Chine a adopté les techniques de Edom. Il semble bien que Edom ait étendu le génie d’Esaü sur la planète.

 

Je suis toujours impressionné par cette massivité des couples de notions qui apparaissent à travers ces études traditionnelles, que ce conflit Jacob-Esaü est très souvent désigné par nos textes comme étant un conflit Jacob - le monde entier à travers Esaü. Cette dimension « Ishmaël » – j’en parlerai dans la conférence à venir – c’est que Esaü-Edom et Ishmaël sont deux dimensions de l’identité originelle Aram qui était l’écorce qui cachait l’identité profonde d’Abraham l’hébreu.

Cette identité Aram qui se particularise dans une dimension Edom et dans une dimension Ishmaël et s’érige en rivalité d’Israël.

 

Dans l’histoire d’Abraham nous avons appris qu’Abraham apparait dans l’histoire comme l’hébreu en exil à Our-Qadim. La Guémara nous explique son nom en ce temps-là : Avram = Av léAram.

Abraham a eu deux époques du point de son nom : Avram ensuite Avraham. Et lorsqu’il s’appelle encore Avram le texte le nomme « Avram l’hébreu ». Et pourtant la Guémara nous dit que Avram signifie principe de l’identité Aram !

 

Cela veut dire que son identité hébraïque est cachée, enfouie, derrière ce que les Kabalistes appellent une Qlipah, une écorce d’être : la Qlipah Aram. Cette Qlipat Aram va quitter le fond essentiel d’Abraham à travers différentes lignées, dont deux principales sont Ishmaël et Essav.

 

Tableau général :

A partir de cette identité Aram commence un effort de sélection d’identité qui aboutira à Jacob-Israël. Et qui va laisser des dimensions en suspend qui vont s’ériger en rivalités d’Israël. Deux d’entre elles sont Ishmaël et Essav.

Mais il y en a en tout 7. Je vais vous les énumèrer très rapidement.

De cette identité de la famille d’Abraham qui est araméenne – et qu’est ce que l’araméen ? c’est l’hébreu de l’exil de la Chaldée, l’hébreu de l’exil, du temps de l’exil de la Babel ancienne de la Mésopotamie ancienne.

 

Il y a une branche qui est la branche de Loth. Et Loth sort de la même souche que Abraham fils de Tera’h. Loth c’est le fils de Haran fils de Tera’h. Lot c’est Ammon et Moav, deux autres peuplades, mais qui sont d’origines araméenne d’après le récit biblique. Et elles se sont érigées en rivalité messianique contre Israël. Il y a une histoire de la rivalité de Ammon et de Moav qui traverse tout le récit biblique. Et ce n’est pas fini. La capitale de la Jordanie s’appelle Rabat-Ammon ! Je referme la paranthèse. C’est une première lignée. Il faudra attendre l’apparition de Rout pour que l’étincelle de sainteté qu’il y avait dans cette branche perdue revienne avec Ruth. Vous voyez pourquoi Ruth n’est pas n’importe quelle convertie et elle sera en cela l’ancêtre du roi David.

 

Et puis cette sélection d’identité continue : Abraham a une première lignée avec Agar l’égyptienne, c’est Ishmaël. Et donc d’Abraham part une partie de cette Qlipah Aram avec Ishmaël. Et vous vous souvenez qu’Ishmaël est né quand Abraham s’appelait encore Abram. Quand Abram devient Abraham, il s’est hébraïsé encore plus si j’ose dire, alors il peut engendrer Isaac. Et alors d’Isaac se détache une autre dimension de cette Qlipat Aram beaucoup plus intérieure, beaucoup plus profonde que celle d’Ishmaël, c’est Esaü.

 

Et d’une certaine manière voilà le paradoxe : d’une certaine manière Ishmaël est cousin seulement de Isaac, ils sont plus loins « génétiquement » si j’ose dire que Esaü qui est le frère jumeau, et pourtant ils nous apparraissent comme plus près et plus ressemblant !

Alors que Esaü qui « génétiquement », du point de vue des engendrements sort de la même matrice

Rebeccah, c’est la Qlipah Aram intérieure profonde et donc Esaü d’une certaine manière est finalement beaucoup plus différent de nous que Ishmaël, bien qu’à l’origine Esaü soit le frère jumeau de Jacob.

 

Cela m’a toujours frappé : Il y a dans le comportement d’Ishmaël du point de vue Torah quelque chose d’approximatif au comportement d’Israël, avec leur cacheroute rudimentaire par exemple. Si on devait comparer avec la cacheroute d’Israël c’est rudimentaire. Mais c’est de la cacheroute quand même, mais ce n’est pas cachère. Eux considère que notre cacheroute est cachère pour eux. Ce n’est pas pour rien. Les bouchers juifs ont énormément de clients arabes pieux.

 

Au temps d’Abraham, il y a un antagoniste d’Abraham qui est en rivalité totale c’est Nimrod.

Et puis il y a une approximation d’identité qui est Loth.

 

Au temps d’Isaac l’antagoniste c’est Abimelekh, le possesseur politique de la Philistée de ce temps, aujourd’hui on dit Palestine. Et l’approximation d’identité étigée en rival c’est Ishmaël.

 

Au temps de Jacob l’antagoniste c’est d’un côté Laban, que la Bible va nommer « Laban l’araméen » par excellence – Lavan aarami. Cette identité araméenne qui veut rester araméenne et s’érige comme ennemi absolu de l’identité hébraïque, alors que c’est la même origine.

 

En faisant le diagnostic d’analogie contemporaine on est effaré quand on trouve de quoi il s’agit, dans le temps contemporain. Cette souche araméenne qui veut rester araméenne et qui devient l’ennemi farouche de Jacob descendant de Isaac descendant de Abraham et de Tera’h la souche.

 

Et la Hagadah de Pessa’h dit : véLavan bikesh laakor et hakol.

Et l’approximation d’identité au temps de Jacob c’est Esaü.

Cela fait 6 personnages.

 

A certaines époques qui sont des époques de fin d’exil un 7ème personnage qui est Amalek apparait qui récapitule les 6 dossiers pour à la fois détruire et remplacer. Et ce Amalek est apparu à la sortie d’Egypte. Voir dans Parshat Beshalakh l’irruption d’Amalek quand Israël sort de l’exil d’Egypte. A la fin du deuxième exil, c’est tout le livre d’Esther qui raconte la rivalité entre les Amalécites et les Juifs de Perse. Et de notre temps il est indéniable que Amaleq est apparu au moment où se termine le troisième exil qui est l’exil de Rome. Avec la prétention de détruire et remplacer. Relisez le programme de Hitler dans Meïn Kampf. Il l’a dit en clair. Je suis Amaleq : je veux détruire et remplacer le peuple juif pour mille ans. Partout où se trouve cette attitude de détruire et remplacer Israël, il y a Amaleq. C’est un profil d’identité claire, il n’y a pas à se tromper. Je n’ai prononcé aucun mot d’identification, vous avez compris avant moi…

C’est un descendant d’Esaü.

 

Alors la dimension Ishmaël est autonome. Un musulman n’est pas un chrétien. Mais elle est une dimension de Esaü parce que cette dimension Aram chez Esaü est plus profonde, plus intérieure. J’ai toujours été frappé de cela : le monde de l’islam et le monde de la chrétienté sont en rivalité inexpiable. Il y a un seul point sur lequel ils sont en alliance, c’est contre Israël. Et cela à travers toute l’histoire.

 

Retour au texte :

 

Et je vais donc expliquer encore ce verset : « Et Isaac aima Essav car il avait le goût du gibier dans la bouche ».

 

Mais l’explication qu’il nous a donné : parce que Esaü avait dans sa bouche comme proie les descendants de Jacob qu’il avait pêché, chassé dans l’enfer.

 

C’est comme pour dire Its’haq Hou Midat HaDin va Pa’had : Isaac c’est la modalité de la rigueur absolue et la terreur de l’entièreté de l’absoluité du jugement absolu de la stricte rigueur.

 

Dès qu’on se relie à cette vérité de l’absolu de la justice de toute rigueur on ne peut qu’être épouvanté.

 

                      et Yits’haq il aime tous les attributs de la rigueur.

 

Ici le Rav va très loin : cela veut dire que l’échec du Din, l’échec de la justice stricte c’est la légalité. C’est un Kinouï du Din, un revêtement, un sobriquet si vous voulez en hébreu moderne. La légalité c’est la caricature de la justice. Et pourtant c’est de l’ordre de la justice. Et par conséquent, même l’apparence de justice qu’est la légalité serait aimée par Isaac. Je mets tout cela au conditionnel mais cela va très loin comme thèse. 

 

Parce que ces Kinouïm, ces attributs de la rigueur, savent chasser les méchants pour l’enfer. Et n’était-ce cet attribut de l’épouvante, Pa’had, de la peur des jugements du Guéhinam, combien d’hommes justes auraient fauté ? Il y a une grande utilité dans Pa’had Its’haq (cet attribut de) la terreur d’Isaac (grâce à cela on se prévient de la faute) qui fait craindre à l’homme les rigueurs du Guéhinam.

 

Comme tout-à l’heure pour le monde à venir : on ne sait pas ce que c’est, idem pour l’enfer, le Guéhinam, même si on sait très bien ce que c’est.

 

Et alors il se méfie des transgressions, et c’est cela le secret de l’expression Pa’had Its’haq - la terreur d’Isaac.

 

Le juste de la vertu de justice absolue est dans la terreur. Et nous allons voir un verset qui le confirme :

 

Et c’est cela qui est dit ( dans les Proverbes 28:14):

אַשְׁרֵי אָדָם, מְפַחֵד תָּמִיד     Ashrei Adam mifa’hed tamid 

heureux l’homme qui a toujours peur.

 

Peur de quoi ? peur de la faute et de toutes ses conséquences. Comme vous le savez, il y a des niveaux de ce qu’on appelle la crainte dans le sens de vertu.

 

Il y a Yirat HaOnesh la crainte du châtiment.

C’est de cela dont il est d’abord parlé. Si on se rend compte de ce que peut être le châtiment quand il y a châtiment alors c’est la terreur, l’épouvante : Pa’had.

 

Il y a Yirat ‘Het - la crainte de la faute, c’est-à-dire la peur de faire une faute. La faute fait peur. Et non les conséquences de la faute, le châtiment...etc, mais de la faute elle-mëme.

 

Il y a la Yirat Shamayim la crainte des cieux. Mais ce n’est pas gaulois avec la peur que le ciel ne tombe sur la tête, quoique j’ai l’impression qu’ils exprimaient par là leur Yirat Shamayim. Ce sont les modernes qui ne comprennent plus les Gaulois.

 

Et puis il y a Yirat Elohim et Yirat Hashem.

 

Je me souviens d’un enseignement de Monsieur Gordin qui disait : « si tu rencontres un homme qui te dit qu’il n’a pas peur de Dieu toi aie peur de lui. »

Et là il faut prendre les mots au sérieux, le mal cela fait peur.

 

Voilà ce que le Rav dit : ce Pa’had Its’haq empêche les justes de tomber dans la faute. Voyez comme c’est extraordinairement parallèle. Ce Pa’had de Its’haq, Esaü en hérite. C’est le fait que  Esaü est celui chez qui on risque de tomber en exil. Alors cela nous empêche de tomber dans le Guéhinam.

 

Et s’il en est ainsi, désille tes yeux et vois combien est utile cette Pa’had qui empêche l’homme de commettre la transgression : et c’est cela le secret de ce verset ( dans les Proverbes 28:14) אַשְׁרֵי אָדָם, מְפַחֵד תָּמִיד     Ashrei Adam mifa’hed tamid - heureux l’homme qui est toujours dans la crainte.

 

J’espère que c’est suffisamment clair. Cette crainte n’est pas une terreur psychotique, névrotique, c’est vraiment un respect profond de la conscience devant la valeur qu’elle a peur d’atteindre. La valeur est exposée, la valeur est vulnérable. Et la vertu qui consiste à protéger la valeur, à la respecter, c’est une crainte épouvantable de risquer de lui faire mal. Je vais parler par image jusqu’à ce que cela soit clair : lorsque la Guémara dit Hakol bidei shamayim ‘houts mi yirat shamayim – tout est entre les mains des cieux sauf la crainte des cieux, si je le transpose dans le vocabulaire des valeurs, la valeur peut tout contre moi, tout est dans les mains de la valeur, sauf le fait que je la reconnaisse ou pas. Cela est entre mes mains à moi. La valeur c’est ce qu’il y a de plus précieux, et pourtant c’est dénudé, vulnérable, exposé…

 

Il y a une très jolie image dans la Guémara à propos du verset du Cantique des Cantiques : il est dit que la vertu d’Israël c’est d’être סוגה בשושנים   Shougah baShoshanim protégé par une haie de roses. Que peut bien protéger une haie de roses ? Cela veut dire que le juste a peur de traverser cette haie de roses. Cela veut dire que les valeurs ne sont pas protégées par des rideaux de fer. Les valeurs sont protégées par des rideaux de roses, et le juste n’ose pas porter atteinte à ce rideau de roses. C’est cela Pa’had. Je ne crois pas que c’est le sens de ce que les ‘Harédim appelle « être ‘Hared ». C’est un peu différent. Raison pour laquelle le texte n’emploie pas le mot de ‘Haradah ici mais le mot de Pa’had.

 

C’est cela que le verset veut dire en disant : מְפַחֵד תָּמִיד   qui a peur constamment – comme pour dire : « Heureux l’homme qui voit combien sont grands les châtiments des rigueurs de jugement du Guéhinam qui sont appelés Pa’had l’épouvante comme nos maitres ont enseigné à propos d’un verset du Cantique des Cantiques 3:8 :

 אִישׁ חַרְבּוֹ עַל-יְרֵכוֹ, מִפַּחַד בַּלֵּילוֹת   chacun son épée sur la hanche à cause de la crainte dans les nuits.

 

 

3:7-8

הִנֵּה, מִטָּתוֹ שֶׁלִּשְׁלֹמֹה--שִׁשִּׁים גִּבֹּרִים, סָבִיב לָהּ:  מִגִּבֹּרֵי, יִשְׂרָאֵל

כֻּלָּם אֲחֻזֵי חֶרֶב, מְלֻמְּדֵי מִלְחָמָה

   אִישׁ חַרְבּוֹ עַל-יְרֵכוֹ, מִפַּחַד בַּלֵּילוֹת

Voici, la litière de Salomon! Elle est entourée de soixante braves, d'entre les héros d'Israël

ils sont tous armés du glaive, experts dans les combats;

chacun son épée sur la hanche à cause de la crainte dans les nuits

 

Cela veut dire que c’est la nuit que se dévoile ce Pa’had.

 

Quelle crainte ? la crainte du Guéhinam qui ressemble aux nuits. Et lorsque l’homme a peur des rigueurs du jugement de l’enfer, il se garde de tant et tant de transgressions et c’est cela le sens de ce verset אַשְׁרֵי אָדָם, מְפַחֵד תָּמִיד    « qui a peur constamment », et le Sod aussi du verset (Isaie 33:14) פָּחֲדוּ בְצִיּוֹן חַטָּאִים   « A Sion les fauteurs avaient peur ».

 

Il faudrait parler longuement de ce verset mais le sens direct suffit. Il y a des endroits où les fauteurs ont peur de faire des fautes. Le verset dit פָּחֲדוּ בְצִיּוֹן חַטָּאִים   Pa’hadou BeTsion ’Hatayim - Pa’hadou le Pa’had du Vav: une allusion ici c’est le Vav du Youd-Hé-Vav-Hé : le Vav de Tiféret. C’est la même idée : que ce qui empêche la faute c’est une certaine réalité de valeur qu’on appelle Pa’had.

 

Et s’il en est ainsi, comprends par toi-même que le Pa’had a une grande nécessité pour Israël, pour lui permettre d’être sauvé des rigueurs du Guéhinam.

 

Ici il faut se réfèrer à ce qui a été dit précédemment que si on a compris que le juste est étranger dans ce monde-ci alors il est exposé à échouer et risque non pas d’obtenir le Olam HaBa, mais de tomber dans le Guéhinam. Ce qui sert de garde-fou c’est ce Pa’had.

 

Si Israël n’est pas vigilant et n’a pas cette peur devant Hashem, il est mieux pour lui qu’il tombe dans l’exil chez Essav plutôt qu’il tombe dans le Guéhinam car l’exil expie la faute. 

 

Par rapport à notre sujet cela veut dire semble-t’il qu’il y a une grâce qui est donnée à Israël : Dieu a suscité l’existence de cette identité Essav pour faire que elle vienne s’interposer entre Israël et la perdition, que c’est d’une certaine manière « à l’ombre de la croix » pour reprendre le titre du livre de Jean & Jérome Tharaud. La synagogue n’a jamais existé qu’à l’ombre de la croix. Essayez d’identifier cela historiquement. On peut l’expliquer comme cela. Les Juifs dans leur exil sont allés partout, et partout ils se sont perdus, sauf dans les pays chrétiens où ils subsistaient jusqu’à ce que on les y massacre. Mais par exemple en Chine cela se dissoud, en Amérique du Sud on a trouvé des traces de présences juives... Partout ailleurs, il n’y a pas de possibilités de susbsister. C’est cette dialectique Esaü-Jacob qui fait qu’on peut exister grâce à l’antagonsisme d’Esaü. J’ai bien conscience du caractère schématique de tout ce que je dis mais c’est intentionnel. Je voudrais bien que Michel dise à voix haute les questions qui se sont posées à lui à ce sujet. Parce qu’il y a là quelque chose qu’il faut formuler. Ce texte est en train de nous dire qu’on a besoin d’Esaü pour pouvoir ne pas tomber dans l’enfer.

Moi je poserais la question : est-ce qu’il y a une différence entre ce qu’a été la vie dans la civilisation d’Esaü et l’enfer ?

                     

Q: Dans quelle mesure Esaü bénéficie-til d’un mérite de sauver Israël de l’enfer ? Si Esaü accompli cette action rédemption c’est en fait par égoïsme parce qu’il a besoin aussi de la présence de celui qui garantie le sens du monde vers le monde à venir, et j’irais plus loin : en ayant sous sa coupe Israël, il est sûr qu’Israël n’ira pas ailleurs !

R: Oui, je pense que c’est ainsi que cela se formule. J’ai choisi ce texte en tant qu’il est extrêmement étonnant. Je voudrais le formuler ainsi : on se serait attendu de cet auteur Séfarade de la Castille, Shaarei Orah, qu’il nous donne les raisons de préférer l’exil chez Ishmaël plutôt que chez Essav ! Et donc il y avait là apparemment dans ce texte quelque chose d’étonnant. J’ai un peu pensé qu’il ne pouvait pas faire autrement, écrivant et enseignant dans un pays catholique, que de rendre hommage à Esaü plutôt qu’à Ishmaël, mias je ne crois pas que ce soit une réponse possible. Donc il faudra bien évidemment aller plus loin. Alors je continue.

 

Et c’est pourquoi Isaac s’est réjoui - Isaac qui est cet attribut de Pa’had -  qu’Israël tombe dans l’exil de Essav et que leurs fautes soient expiées, plutôt qu’il ne tombe dans le Guéhinam.

 

Dit existentiellement : il vaudrait mieux être un juif persécuté qu’un juif complétement perdu assimilé chez les Chinois ou ailleurs... Vous connaissez pour ma part mon positionnement sur ce problème : je pense que c’est caduque et que ce dont il parle est une période révolue. Le fond du problème n’est pas de se demander si la Galout n’a pas de fonction - ici nous avons un texte qui assigne une fonction étonnante à la Galout chez Essav - mais en quel temps vivons-nous ?

Il faudrait finalement expliquer pourquoi on s’entêterait à recevoir ces traitements-là si j’ose dire ? Est-ce que cela n’a pas suffit comme expiation à travers les siècles s’il s’agissait d’une expiation ? Là c’est un autre problème… mais continuons le texte :

 

Et c’est pourquoi Isaac s’est réjoui - Isaac qui est cet attribut de Pa’had -  qu’Israël tombe dans l’exil de Essav et que leurs fautes soient expiées, plutôt qu’il ne tombe dans le Guéhinam qui est jugement terriblement difficile.

 

C’est pourquoi j’ai posé l’objection telle que je l’ai posée. Que peut-il y avoir de existentiellement plus dure et difficile comme sort que le sort que Israël a eu dans l’exil de Essav ? Y compris ce qui s’est passé à travers les siècles jusqu’à nous, Shoah y compris.

 

Et c’est pourquoi le verset a dit : Isaac a aimé Esaü car il avait le gibier dans la bouche, et après que nous t’avons fait connaitre ceci, nous devons te faire connaitre la signification de ces plats que Isaac a demandé à Esaü alors que c’est jacob qui est venu, et il a achevé la préparation de ces plats pour Isaac son père, il a hérité de la bénédiction d’Esaü. Je t’ai déjà fait savoir que Isaac notre père la paix sur lui est le sacrifice parfait Hou HaOlah Tmima – et la Shékhinah la présence de Dieu ne le quitte pas un seul instant.

 

C’est dire que parmi les trois justes qu’ont été les patriarches Abraham, Isaac et Jacob, Isaac est appelé Olah Temimah. Il est tout entier parfait. Et le Rav ajoute : la Shékhinah ne le quitte jamais.

 

Et comment pourrait venir une Takalah un échec comment peut-il aimer Esaü comment un tsadik comme Isaac peut-il aimer un rashâ ? Comment peut-il vouloir bénir le méchant et laisser le juste sans bénédiction ? Ou bien comment une bénédiction peut-elle se réaliser après qu’il ait mangé et bu ? N’est-ce pas que nous savons que la prière doit être dite avant de manger ? Et ainsi il est dit (Lévitique 10:9) :  יַיִן וְשֵׁכָר אַל-תֵּשְׁתְּ    tu ne boiras ni vin ni alcool (il s’agit des Kohanim) אַתָּה וּבָנֶיךָ אִתָּךְ   toi et tes fils avec toi.

 

Et voilà que Isaac demande à Esaü à manger et à boire pour qu’il le bénisse ? Or, au niveau de sainteté où il se trouve comment peut-il violer ce précepte de ne pas manger et boire avant de prier ?

 

Comment Isaac peut-il manger et boire et après bénir le Rashâ ?

Béni mon fils ne te laisse pas séduire par ta pensée et ne te laisse pas exploiter jusqu’à croire qu’un Tsadik Gamour comme Isaac notre père ait pu tomber dans le piège le plus petit soit-il.

Et toute sa conduite c’est une balance exacte de jugement devant Dieu. Sache que Isaac notre père sur lui la paix lorsqu’il a vu qu’il y a deux mondes Olam hazéh et Olam haBa et il a vu qu’Israël teroufin vésaarin sont soucieux angoissés

 

Non pas la persécution qui viendrait d’autres hommes mais le fait qu’ils soient empêchés d’être Israël, ils sont obligés de travailler pour gagner leur vie, et cela les détourne de leur tache d’être Mamlekhet véGoï Qadosh : ils sont pris par les soucis de la vie. Le problème est clair : il s’agit de l’homme qui est voué à la vie de l’esprit qui est obligé de s’occuper du monde matériel alors que ce n’est pas sa tâche, mais il y est obligé pour pourvoir exister.

 

Et il a vu que son attribut de vertu qui est l’attribut du jugement est dirigé contre Israël.

 

pour le juger de toutes les fautes infimes qu’il peut faire en gagnant sa vie. Parce qu’il s’agit d’un juste qui est jugé en tant que juste mais lorsqu’il est occupé à des tâches qui ne sont pas des tâches pour un juste. Alors il voit que l’attribut du jugement vient juger terriblement ces justes parce que le juste est jugé terriblement. La Guémara dit que Dieu juge les justes kérout hatsaasrah en mesurant l’épaisseur d’un cheveu : les gens grossiers sont jugés grossièrement mais les gens fins sont jugés finement. Alors il a vu qu’Israël est perdu parce qu’il ne peut pas ne pas y avoir de petites fautes, petites fautes qui vont les envoyer en enfer parce que ce sont de grands justes.  

                     

Isaac était dans l’angoisse et il s’est dit : qu’est-ce que mes fils pourront faire au milieu des Goyim (les barbares) des 70 nations ? Et comment ont-ils se conduire parmi eux dans leur exil, alors il a dit : il est préférable que je donne à Esaü mon fils la bénédiction de ce monde-ci à travers la nourritue et la boisson afin qu’il domine sur Israël et que lorsqu’Israël faute il tombe dans l’exil.

 

C’est-à-dire que Isaac va bénir Esaü pour que ce soit une civilisation suffisamment bénie pour qu’Israël soit persécutée à l’aise, mieux que dans les civilisations barbares. J’ai traduit intentionnellemnt le mot Goyim par barbares.

 

Il est préférable qu’il tombe dans l’exil chez Esaü leur frère plutôt qu’il tombe dans l’exil des autres étrangers qui sont les 70 nations.

 

Alors là la catégorisaiton est très claire : il y a les 70 nations et l’exil d’Israël chez les 70 nations serait épouvantable alors Dieu sucite l’identité d’Esaü dans laquelle il y aura suffisamment d’abri pour l’identité d’Israël.

 

Je me souviens d’une conversation avec Monsieur Lévinas qui se félicitait de ce que les Chrétiens lisent la Bible : au moins on est chez des hommes qui savent de qui on parle lorsqu’on parle de Adam, d’Abraham... imaginez qu’on soit au milieu de cultures auxquelles cela ne dirait rien !

J’avais été tenté de lui répondre cela nous aurait fait une belle jambe, mais enfin si cela fait une différence, soit !

                     

Il faut donc mettre en évidence que la tradition pendant des siècles s’est félicité de ce que des Goyim soient des Chrétiens parce que l’exil des Juifs chez les Chrétiens c’est plus facile que l’exil des Juifs chez les barbares qui n’ont même pas entendu parler de Adam, de Abraham, de Moïse...

 

Et Isaac a dit : par le fait qu’il est impossible que l’attribut de rigueur ne réclame pas son dû d’Israël, alors il est mieux qu’il soit réclamé par leur frère, plutôt qu’il ne soit réclamé par des étrangers. Et c’est cela le sens du verset : « tu n’exploiteras pas l’iduméen car c’est ton frère ».

 

Ménage-le comme frère comme cela lorsque tu seras en exil chez lui il se conduira en frère avec toi.

 

Nous avons-là tout un programme d’une vision des relations entre Juifs et Chrétiens dans l’exil à travers ce théme où il faudrait en fait découvrir qu’il serait préférable d’être en exil dans une civilisation Goy mais chrétienne plutôt que dans une civilisation Goy mais non chrétienne.

 

Je veux simplement rappeler ceci : la Guémara de Sotah : à la fin des temps Dieu va juger l’humanité et à ce moment-là les Goyim s’apercevront de l’importance de la fidélité à la Torah et réclameront un sursis en demandant à Dieu une chance d’accomplir la Torah. Parce qu’il se dévoilera au jour du jugement que seuls les hommes qui auront vécu d’après la Torah seront d’un côté et les autres de l’autre. Et l’argument des Goyim est très joli : nous as-tu obligé nous de recevoir la Torah comme Tu a obligé Israël ? Oblige-nous tu verras qu’on accepteras ! Dieu leur donne une seule Mitsvah, celle de la Soukah. Mitsvah universelle de la fin des temps. Mais Dieu donnera un soleil tellement chaud que personne ne supportera de rester dans la Soukah. Ils quitteront la Soukah : d’après la halakha s’il fait trop chaud on peut quitter la Soukah. Mais ils sont sortis en claquant la porte dit la Guémara. L’attitude : on ne peut pas vivre avec la Torah. Alors que l’attitude authentique consiste à regretter de ne pas pouvoir accomplir la Mitsvah- volonté divine. C’est cela qui va les condamner.  Cet passage talmudique a des résonnances théologiques de l’histoire de la théologie très profonde : l’attitude qui consiste à dire : la Torah est impraticable ! C’est au fond le paulinisme : claquer la porte et ôter la Kipah : saint Paul !

C’est cette disqualification-là.

 

Suite avec le texte du Maharal : texte d’approche beaucoup plus général du même problème

…/…

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Published by Rav Yéhouda Léon Ashkénazi (Manitou). - dans PENSÉE JUIVE
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