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16 janvier 2010 6 16 /01 /janvier /2010 19:54

Bo (1996)

 

Bo (1996) 1ère Partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/bo_serie_1996/cours_1

Face A

 

Dans la Parashah de Bo au moins 2 sujets fondamentaux :

 

=> L’achèvement de la sortie d’Egypte et en particulier la 10ème plaie : la plaie de la mort des premier-nés qui va déclencher la décision du Pharaon de laisser s’opérer la sortie d’Egypte.

 

=> Le début de la Torah comme le lieu des Mitsvot.

 

Je pense prendre le temps suffisant pour traiter du 2Ème sujet. Mais nous allons étudier en particulier le 1er verset qui est un peu dans le prolongement de ce que nous avons étudié la semaine dernière.

 

Le sujet principal d’introduction c’est le fait que ces événements de la sortie d’Egypte auxquels la Torah donne une importance si considérable puisque toutes les Mitsvot générales sont indexées et reliées au souvenir de la sortie d’Egypte. Il n’y a au fond de Torah que la Torah qui a été donné à ceux qui sont sortis d’Egypte et c’est indiqué de manière très claire dans le 1er verset des 10 commandements : « Je suis celui qui vous ai fait sortir d’Egypte et voilà Ma loi... »

C’est un thème pour lui-même qui est extrêmement important. Je pense que le prochain numéro de Mayanot sera lié à ce sujet.

 

Effectivement, depuis le début de l’histoire humaine jusqu’à la sortie d’Egypte, on savait que le monde avait un Créateur. Il y a une connaissance, non que Dieu existe, ce n’est pas un problème propre à la Torah mais une évidence de l’identité hébraïque à qui la Torah a été donnée,  mais on savait que le monde a un Créateur, avec toutes les implications importantes que cela représente, en particulier à travers la lignée des grands Tsadikim des générations depuis Adam Harishone jusqu’au temps de Moïse. Tous les « patriarches » c’est ainsi qu’on les appelle, Avot Ha-Olam, ce sont les pères d’Israël – Abraham, Isaac et Jacob – il y a des textes qui donnent également cette dénomination de Avot HaOlam aussi aux grands Tsadikim d’avant comme par exemple Noa’h. Il y avait une connaissance que le  monde avait un Créateur et que donc la créature doit se comporter d’une certaine manière pour authentifier son identité de créature. Il y a en particulier la notion bien connue des 7 Mitsvot les 7 lois des Bnei No’ah, la morale noa’hide... Tout cela est connu. Mais on n’avait pas encore la preuve de l’intervention du Créateur dans l’histoire humaine. Avec quoi commence la foi d’Israël ? Que le Créateur est Providence de l’histoire des hommes à travers l’histoire d’Israël. C’est la raison pour laquelle pour toute la Bible surtout pour la Torah, Hashem Eloheinou Melekh Ha-Olam est appelé Dieu d’Israël. Et à travers le temps, on ne peut pas ne pas remarquer que la civilisation humaine a fini par reconnaître que le seul Dieu auquel on peut se référer dans cette catégorie qu’Il s’est révélé c’est le Dieu d’Israël.

 

Il y a d’un côté la chrétienté et de l’autre côté l’islam chacun à sa manière dans sa rivalité propre mais ce sont des religions qui reconnaissent que le Dieu auquel ils se réfèrent est le Dieu d’Israël. Alors que dans les autres traditions religieuses - je dis bien traditions pour ne pas dire révélation – ou philosophies religieuses comme par exemple le Bouddhisme, qui montre bien cela plus que ce qui a précédé en Orien. Je pense à l’indouïsme ou au brahmanisme même, pour lesquelles c’est l’homme qui recherche son Dieu alors qu’avec la Bible tout s’inverse radicalement : c’est Dieu qui s’adresse à l’homme. Il y a une différence de nature radicale et l’événement de la sortie d’Egypte est l’événement central de cette révolution dans l’histoire du monde. A partir de la sortie d’Egypte, on sait que le Créateur intervient dans l’histoire. 

 

Il y a eu dans les générations qui ont précédées la génération de la sortie d’Egypte cette intervention de Dieu comme Providence. Par exemple avec Abraham. On est frappé en relisant l’histoire d’Abraham de la formulation très étroitement analogue de ce que Dieu dit à Abraham et de ce qu’il va dire d’Israël à la sortie d’Egypte. « Je suis Celui qui t’a fait sortir d’Our-Qasdim... »

Abraham a vécu à l’échelle individuel l’événement central qu’Israël va vivre au niveau de la collectivité à la sortie d’Egypte. Il y a bien intervention de Dieu dans l’histoire des hommes, mais jusqu’à la sortie d’Egypte, c’est à l’échelle individuelle que des privilégiés, des initiés, ont bénéficié de cette expérience. A partir de la sortie d’Egypte c’est de manière irréversible une expérience – Daat - que cela est non seulement vrai, mais que c’est vrai que c’est vrai. On savait cela que Dieu existe et qu’Il s’occupe de Son monde.

 

On a aussi des philosophies religieuses des traditions de l’orient et de l’occident où l’on croit que Dieu existe mais ne s’occupe pas de son monde. Ce sont des visions démoniaques du monde.

 

Mais les hommes de bonne foi savaient cela et avaient cette expérience que c´était le cas et qu’il n’y avait que certains hommes privilégiés, à l’échelle individuelle. Dans notre histoire c’est Abraham, à l’échelle individuelle. Et à partir de la sortie d’Egypte c’est une donnée de la conscience humaine universelle et irréversible.    

 

Ceci pour remettre en évidence de nouveau l’importance de la référence « Zekher litsiat Mitsraïm » en relation au souvenir de la sortie d’Egypte. C’est une sorte de refrain qui revient de manière tellement systématique, et qui revient en parallèle avec « Zekher leMaassé Bereshit  en souvenir de la Création du monde ».

 

Toute cette période qui va depuis la création du monde, le 1er homme, jusqu’à la sortie d’Egypte, va être close dans les événements que nous raconte le début de notre livre de Shemot, les événements qui commencent corollairement avec les persécutions et les dix plaies d’Egypte qui ont pour aboutissement l’expérience de la libération d’Israël de cette aliénation d’Egypte.

 

Or, c’est la 1ère fois qu’un tel événement arrive. Comme c’est la 1ère fois que cela arrive, il peut y avoir impatience et incompréhension de la part d’Israël et de Moïse.

 

Pourquoi est-ce si compliqué, pourquoi cela tarde-t’il tellement ? Pourquoi toute cette progression de l’intensification de l’oppression et cette gradation de ce qui va se dévoiler aux Égyptiens à travers les 10 plaies, qu’il y a une volonté consciente qui intervient ? C’est cette découverte qui va se faire progressivement à travers les 10 plaies parce que s’il n’y avait pas cette découverte à faire, ce qui va nous être dit au début de la parashah, alors la 10ème plaie aurait suffit. La 10ème qui a été tellement massive qu’elle a contraint le Pharaon à la panique et a obligé Israël à quitter l’Egypte.

 

C’est donc qu’il y a une stratégie de révélation de dévoilement qui se passe à travers ces 10 plaies. Dit succinctement : les Égyptiens d’un côté et aussi les Hébreux de l’autre, découvrent qu’il y a une Volonté libre qui intervient. Essentiellement dans le fait que les plaies sont sélectives, frappant les Égyptiens et pas les Hébreux alors mêlés aux Égyptiens. Au point culminant, des familles égyptiennes sont frappées par la mort des 1er-nés et que la providence qui intervient pour agir dans ces plaies choisit et fait la différence entre les premiers-nés.

 

C’est un grand principe de la Torah : la Providence qui intervient sait ce qu’elle fait jusque dans le moindre détail, alors que chez les philosophes, quelque soit les philosophies religieuses, tout est de manière globale, générale, approximative. On ne trouve jamais que le détail est surveillé (au sens de « veiller sur »).

 

Les hommes pieux ne se rendent pas compte qu’il faut prendre cela au sérieux : si c’est vrai qu’il y a une Providence, alors Elle prend en compte tous les détails.

 

C’est le dernier verset de l’Ecclésiaste : « Tout est passé en jugement »

כִּי-זֶה כָּל-הָאָדָם.

כִּי, אֶת-כָּל-מַעֲשֶׂה, הָאֱלֹהִים יָבִא בְמִשְׁפָּט, עַל כָּל-נֶעְלָם:  אִם-טוֹב, וְאִם-רָע

Ki zeh kol haadam ki et kol maasseh haElohim yavo bémishpat ».

 

On le sait une fois mais ensuite on ferme les yeux car vivre avec une telle consigne c’est parfois difficile. Il arrive que les gens en soit malade dans leur scrupule...

Mais il faut savoir que c’est cela qui arrive en Egypte : Ce qui se devoile à travers les dix plaies d’Egypte c’est le dévoilement de la Providence.

C’est surtout le prophète Isaïe qui va parler de cela : « Celui qui a fait l’oreille n’entendrait-Il pas ?» On pourrait y ajouter « Celui qui a fait les yeux ne verrait-Il pas ? »… etc.

 

Enseignement du Rabbi de Kotsk :

Je voudrais vous citer un Enseignement du Rabbi de Kotsk, je vous conseille le livre Mayanah shel Torah – recueil de commentaires à propos de chaque verset, citant surtout des ‘Hassidim, avec des thèmes de réflexions très importants en 3 lignes faciles à comprendre.

 

A un certain moment de cette perte de patience de Moïse, Dieu va intervenir pour lui expliquer pourquoi cela tarde : il a fallu tous ces degrés du dévoilement jusqu’à ce qu’en fin de compte, il a fallu la mort des 1er nés de la 10ème plaie pour que l’Egypte découvre cela qu’il y a une Providence. Il fallait qu’Israël aussi soit convaincu de cela. Cela nous est dit dès les premiers versets de Bo.

 

Bo 10 :1-2

בֹּא אֶל-פַּרְעֹה:  כִּי-אֲנִי הִכְבַּדְתִּי אֶת-לִבּוֹ, וְאֶת-לֵב עֲבָדָיו,

Vayomer Hashem el-Moshe bo el-Par'oh

ki-ani hi’hbadeti et-libo ve'et-lev avadav lema'an shiti ototay eleh bekirbo.

L'Éternel dit à Moïse: "Viens-va chez Pharaon; car moi même j'ai appesanti son cœur et celui de ses serviteurs, afin que Je puisse placer Mes signes autour de lui.

 

בֹּא אֶל-פַּרְעֹה

Vayomer Hashem el-Moshe bo el-Par'oh

Viens chez Pharaon

 

On s’attendrait à Lekh el Paro – ce que va expliquer le Rabbi de Kotzk.

« Bo » peut signifier « Viens » dans le sens habituel ou « Va ». 

 

כִּי-אֲנִי הִכְבַּדְתִּי אֶת-לִבּוֹ, וְאֶת-לֵב עֲבָדָיו

ki-ani hi’hbadeti et-libo ve'et-lev avadav

Car c’est Moi qui est appesanti son cour et le cœur  de ses serviteurs

 

לְמַעַן שִׁתִי אֹתֹתַי אֵלֶּה, בְּקִרְבּוֹ

lema'an shiti ototay eleh bekirbo.

Afin que je puisse placer Mes signes en son sein

 

Il faut donc que quelque chose soit signalé et donc patience, dit Dieu à Moïse !

 

Un commentaire très particulier que dit que Moïse aurait pensé peut-être qu’il n’y aurait pas d’espoir si l’entêtement venait de Pharaon lui-même.

 

Dieu le rassure en précisant que c’est lui qui a endurci leur cœur, donc il y a des chances qu’un jour il vous laisse partir. Il reste à comprendre pourquoi cela aurait inquiété Moïse si c’est le Pharaon de lui-même qui ne voulait pas ?

 

Parce qu’il est nécessaire que le Pharaon de lui-même les laisse partir. Si ce n’est pas de par sa volonté libre qu’il les laisse partir, ce n’est pas juste. Pourquoi ? Il y a deux raisons.

 

Dieu explique ici à Moïse que ce n’est pas le Pharaon qui refuse de lui-même. Dieu empêche le Pharaon de les laisser partir jusqu’à ce qu’il découvre ce qu’il faut découvrir. Mais il y a des clauses qui doivent jouer. Il faut que ce soit Pharaon de sa décision libre et non contrainte qui les laisse partir.

 

C’est le problème de la Galout : il y a un contrat de travail entre Israël et l’Egypte. Quel est ce contrat de travail ? Quelle est la fonction de la Galout dans la relation entre Israël et les Nations ? C’est un sujet pour lui-même.

 

Or, dans ce cas particulier nous avons le modèle de l’exil en Egypte avec une date fixée pour la sortie d’Egypte: c’était 400 ans. Or, il ne se passe que 210 ans lorsque ces événements commencent à se déclencher. On l’apprend d’autre part, il y a donc une accélération. Si les Hébreux avaient attendu encore, ils auraient disparu pour deux raisons : les deux dangers de l’exil : le danger intérieur de l’assimilation et le danger extérieur de la persécution. Effectivement, à la fin de chaque temps d’exil cela s’accélère, et l’assimilation. et la persécution. Il ne faut pas s’attarder sinon c’est la disparition.

 

Pour pas qu’Israël tarde trop et disparaisse, Dieu décide de promouvoir l’intervention de Moïse 190 ans avant la date fixée. Mais le Pharaon et les Égyptiens, qui sont des personnages de la Torah, savent que c’était 400 ans. A bon droit, le Pharaon dit : ce n’est pas le temps ! Il faut que Moïse fasse sa preuve que c’est le temps. Il y a un obstacle.

 

La 1ère raison cherchée est dans ce contrat de travail de 400 ans.

Si le contrat est rompu, il faut que le patron donne son accord.

 

Et puis 2ème raison :

il y avait une clause au fait que le Pharaon laisse partir les Hébreux et cela joue à travers l’aggravation des plaies jusqu’à la dernière : la clause c’est « laisse sortir Mon peuple ou bien Je te frappe de telles plaies… » Or, l’Egypte a été frappée de toutes les plaies ! Donc le peuple hébreu lui appartient encore au Pharaon ! Cette panique-là d’Israël se révélera au passage de la mer rouge dans la Parashah Beshala’h. Il y a un étonnement très grand. Le peuple a eu la preuve que Dieu intervient pour lui. Pourquoi cette peur au passage de la mer rouge ?

 

Parce que le peuple savait qu’il fallait un mérite supplémentaire puisque le bon droit était pour les Égyptiens. Cette panique d’Israël et Dieu même dit à Moïse « ce n’est pas le temps de la prière, dis au peuple qu’ils avancent !» Et c’est là le mérite de foi supplémentaire qui permet à Dieu de faire pencher la balance pour Israël. Na’hshon Ben Aminadav  נחשון בן עמינדב: symbole du courage du peuple. Aminadav veut dire celui qui s’est dévoué pour son peuple.

 

Dans ce commentaire précis : Il faut que Dieu explique à Moïse que c’est lui qui empêche Pharaon (pour rétablir l’équilibre de sa liberté par rapport aux interventions surnaturelles) donc il y a un espoir quand Il finira de l’empêcher. L’inquiétude de Moïse était : si c’est Pharaon qui de lui-même s’est endurci le cœur alors il n’y a plus d’espoir. (Dieu ne peut pas intervenir sans être injuste, arbitraire...)

 

Rabbi de Kotsk sur Bo el Paro :

 

Normalement, il faudrait s’attendre à Lekh el Paro.

Bo peut avoir le même sens que Lekh mais généralement Bo signifie viens

Labo signifie « viens » mais aussi « aller », c’est un peu littéraire, mais c’est employé.

 

« Il n’est pas dit Lekh mais Bo, parce qu’on ne quitte pas Dieu lorsque Dieu se révèle, puisque le verset dit que « la terre entière est pleine de Sa gloire ». (Il cite un verset où le mot de Bo a le même sens) Cela veut dire que Dieu est aussi chez Pharaon ».

 

Dieu appelle Moïse de chez le Pharaon et lui dit « Viens chez Pharaon ». Etant donné l’universalité de la Présence de Dieu dans le Monde alors il y a Dieu prisonnier du Pharaon. Et c’est Dieu prisonnier du Pharaon qui demande à Moïse de venir le délivrer.

 

Cela se rattache dans l’enseignement des ‘Hassidim, au Psaume qu’on lit dans les 10 jours de pénitence : « מִמַּעֲמַקִּים קְרָאתִיךָ   יְהוָה Mi Maamaqim qratikha Hashem des profondeurs je T’appelle Hashem» que les chrétiens nomment De profundis. Le Pshat du verset : « celui qui prie est dans les profondeurs, et des profondeurs où il se trouve il appelle Dieu... »

 

Les ‘Hassidim lisent autrement : « ´ה מִמַּעֲמַקִּים קְרָאתִיךָ  Mi Maamaqim Qira Tirat Hashem » Celui qui prie dit « Je t’appelle Toi qui est dans les profondeurs pour T’en faire sortir... »

 

On voit l’importance de cette lecture aussi pour les expressions familières :

« N’agis pas pour nous mais agis pour Toi », « J’espère en Ton salut » cela ne veut pas seulement dire le salut que Tu me donneras, mais Ton salut à Toi...

 

Nous avons ici un exemple : il y a des étincelles de sainteté dans l’Egypte, qui est la civilisation du temps, et qu’il faut délivrer. Il y a une parole censée délivrer un message. Il y a un message qu’il faut délivrer car il est prisonnier, et Israël est chargé de délivrer ce message. Alors ce message appelle Israël pour lui demander de le délivrer.

 

Je vous rattache cela à un enseignement de la Hagadah de Pessa’h :

La Mishna qui dit qu’Israël est descendu en Egypte « vayéréde mitsrayma anousse al pi hadibour » obligé par la parole. Quelle parole ? Le Pshat c’est la parole de Dieu à Abraham :

« ils seront esclaves dans un pays qui ne leur appartient pas, il s’avérera que c’est l’Egypte, mais Je le délivrerai ».

 

Dieu a indiqué que les circonstances ayant joué, Israël sera exilé et délivré. Il faut qu’Israël ait cette expérience Galout-Guéoula pour pouvoir recevoir la Torah. Parce que l’objet de la Torah c’est l’achèvement de la libération d’Israël de l’Egypte. L’application de la Torah c’est la réalisation de ce qui se passe depuis la sortie d’Egypte jusqu’au niveau messianique.   

 

On l’apprend dans la Parashah de Mishpatim: L’esclave hébreu doit être libéré à la 7ème année. On l’amène devant la Mezouzah et on lui perce l’oreille qui a entendu « Je t’ai délivré » et lui préfère être esclave. Il faut achever la Torah de la sortie d’Egypte.

 

Le Pshat de cette Mishna de la Haggadah de Pessa’h est très clair : puisque Dieu a promis à Abraham que dans des circonstances données sa descendance sera esclave en Egypte et sera délivrée, alors il faut que cela se passe. Et Jacob, nous dit le Midrash, aurait dû descendre enchainé en Egypte s’il avait refusé. C’est pour la gloire de Jacob que Joseph a été envoyé à l’avance pour le recevoir comme un roi. Il fallait en tous les cas descendre en Egypte, pour délivrer cette étincelle de sainteté. Quel Dibour ? Ce Dibour, cette parole, qui doit être révélée par Moïse et qui n’arrive pas à être révélée par Moïse.

 

Tant qu’Israël est asservi en Egypte, Moïse ne peut pas parler. Ce grand paradoxe que c’est à un homme qui ne peut pas parler auquel est confié par Dieu le rôle de porte-parole est énorme.

 

La réponse est que le message n’arrive pas à être délivré parce que la libération de cette sainteté n’est pas faite. Mais dès que la sortie d’Egypte est faite, alors le verset éclate : « Parle aux enfants d’Israël... Parles aux enfants d’Israël... » Et qui parle alors ? Moise !

 

Il y a d’autre dimension d’explication sur cet empêchement de parler de Moïse. La plus profonde à mon sens, qui vient de la Kabala, ce n’est pas parce qu’il ne savait pas quoi dire mais c’est qu’il avait trop à dire. Alors il ne peut pas dire. Il est le porte-parole de la vérité absolue : comment la dire à ceux qui ne la possède pas ?  Alors il est empêché de parler parce qu’il a trop à dire !

 

Il y a une autre explication qui est très importante:

Moïse n’a pas encore fini de décider entre Israël et l’Egypte. Il est encore dans cette mixité du Juif de diaspora. Nous savons que lorsque nous avons deux mères, l’une de sang et l’autre adoptive, en général on bégaye. Aliéné à deux culture, cela bégaïe…

Malraux je crois disait: « celui qui a deux cultures perd son âme. »

 

C’est effectivement le drame des Juifs de l’assimilation et de la double appartenance. Il y a une difficulté supplémentaire de l’existence. Consigne pour les Olim ‘Hadashim français : tenter de se désintoxiquer de la culture française et ne pas l’oublier. Ne pas l’oublier parce que c’est une très grande culture, mais il faut vraiement s’en désintoxiquer parce que c’est une culture gréco-romaine d’inspiration spirituelle chrétienne qui n’est pas du tout la nôtre. D’autant plus que cela semble se référer au même livre et aux mêmes mots. Il y a là le drame de l’approximation. Il y a deux termes en français qui aident á comprendre ce dont il s’agit ici : La proximité et l’approximation. Le drame de ce qui est proche et qui n’est que proche c’est que c’est très loin. Cette proximité est approximation dangereuse. Au fond c’est ce que est le plus proche sans être vraiment identique qui est dangereux. Celui qui est plus loin n’est pas dangereux. Quelqu’un d eproche mais d’inexact c’est très dangereux.

 

C’est ce qui se passe avec la culture occidentale. Les Juifs ont été fascinés par cette culture, surtout en particulier par Kant, le philosophe occidental qui a formulé la plus grande approximation occidentale du judaïsme. Et les Juifs ont été fascinés par la place importante accordée à la notion de devoir qui ressemble beaucoup à celle de Mitsvah. Mais cela n’a rien à voir. Il faut savoir dépister Kant chez tous les philosophes juifs contemporains qui ont chacun leur « Kant-à-soi »...

Je dis cela pour l’avoir expérimenter par moi-même quand j’étais en Europe. Il y a une imprégnation biblique mais à la manière chrétienne. Le véhicule est tellement loin du véhicule hébraïque que cela a l’air d’être proche mais ce n’est qu’approximatif.

 

Dès que la libération est faite, alors Moïse parle. La parole est délivrée, le message est délivré.

C’est indiqué dans la Kaballah par le mot de Paroh qui est lu « Peh Râ » bouche mauvaise et le mot de Pessa’h est lu « Peh Sa’h » « la bouche pure ». Cela veut dire que Pessa’h a permis au message enfoui dans la gorge du Pharaon de pouvoir sortir d’une manière pure. C’est cela Vayéréd mitsrayma anousse al pi hadibour. La descente en Egypte obligée par la parole : La parole qui est chez le Pharaon dit à Moïse : « Bo el Paro »

 

Il y a là un enseignement important de l’universalité de la Providence. Et surtout le Talmud dit ceci : « Si tu vois l’idolâtre prier devant son idole, ne te moque pas de lui car c’est le vrai Dieu qu’il croit adorer, mais détruit l’idole ». C’est ainsi que l’histoire d’Israël a commencé avec Abraham.

 

Etudiant le Tanyah après la guerre à Paris avec le Rav Schneerson, cousin du Rabbi de Loubavitch actuel, il disait : dans l’idole une étincelle de sainteté a été arrachée à l’unité divine. C’est pourquoi les mythes sont tellement vivant tant qu’ils sont vivants. Ce qui donne sa force au mythe c’est l’étincelle d’idéal vrai arrachée à l’unité des valeurs. Cela devient défiguré, cela devient une idole, mais à l’origine c’était dans l’unité des valeurs. C’est ce pluriel des idéaux duquel on détache et on privilégie un idéal sur les autres, et alors il devient une idole. Idéal-idole ont même origine étymologique latine. Il faut se méfier de ces idéaux privilégiés qui deviennent idolâtrie : par exemple mettre en évidence la grâce par rapport à la justice, ou la justice par rapport à la grâce. Toutes les civilisations qui ont privilégié l’une au détriment de l’autre se sont effondrées, il faut l’unité des valeurs.

 

Il faut énormément de délicatesse et de pudeur pour parler de cela. Quelle est l’étincelle de sainteté derrière ces mythes et idoles païennes ? Il vaut mieux ne pas s‘en occuper et laisser cela aux spécialistes.

 

Je vous cite un autre enseignement qui montre à quel point cela a préoccupé les Rabbins :

Dans  la Parashah Ki Tetsé, l’épisode de la belle captive. Sous certaines conditions elle pouvait être prise pour femme : observer un deuil pendant un mois de sa famille d’origine, se raser les cheveux...etc. Après seulement  elle était permise une fois sa beauté et les passions sur le front disparues. En général, l’homme n’en voulait plus. S’il en voulait encore c’est que sa beauté intérieure se révélait cachée dans sa beauté extérieure...

Un des enseignements : Véassita tsiponéra elle se fera les ongles.

Deux commentaires : soit elle se laissera pousser les ongles, soit elle se les coupera. Parce qu’il y a des civilisations où la mode de la beauté c’est les ongles longs et d’autres les ongles courts. Elle fera le contraire de la règle de beauté de sa civilisation pour s’enlaidir.

 

Un des commentaires dit : quand on a un enseignement de sagesse qui vient des Goyim, il faut lui faire les ongles. On lui fait les ongles et après on  peut s’en occuper. Il faut le cachériser pour pouvoir l’intégrer. 

 

Chapitre 12 verset 32 :

 

A la fin des 10 plaies, quelque chose que Pharaon dit à Israël et qui est assez difficile à comprendre

C’est le récit dans la Torah qui suit les 1ère Mitsvot données à Israël, concernant le calendrier.

 

Quand en fin de compte le Pharaon va donner le feu vert à Israël, c’est le récit qui suit dans ce chapitre les premières Mitsvot concernant le calendrier e tle sacrifice de Pessa’h, Moïse applique une stratégie. C’est important pour comprendre la stratégie du peuple juif à travers l’histoire des civilisaitons : Moïse réclame le droit au culte particulier des Hébreux dans le désert. Il réclame le droit d’aller dans le désert rendre un culte au Dieu d’Israël. Pharaon accepte pour les hommes uniquement. Moïse refuse et exige les hommes, les femmes et les enfants. Pharaon accepte: Prenez uniquement les bêtes utiles aux sacrifices mais laisser vos troupeaux ici. Moïse répond : non seulement on prendra tous nos troupeaux plus ceux que tu vas nous donner...

En fin de compte lorsque Pharaon se décide :  …

…/…

lire la suite

 

 ***

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Published by Manitou - dans PARASHAT HASHAVOUA
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