Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 21:01

Parasha - Beshalah (1995)

 

Parasha - Beshalah (1995) 2ème partie

 

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/bechallah_serie_1995/cours_1

Face B

 

C’est une ambivalence extrêmement profonde : tout le monde parle des événements contemporains depuis une centaine d’années comme si c’était les Juifs qui avaient voulu créer un état d’Israël. On ne se rend pas compte que c’est contraints et forcés que les Juifs l’ont fait. Il faut entrer dans les détails mais du point de vue de l’événement massif c’est bien évident.

 

J’ouvre une parenthèse à la mémoire d’un de nos maitres qui vient de disparaitre á Jérusalem, le Rav Lévi Na’hmani za’l, et qui avait l’habitude de donner l’enseignement suivant: il y a eu trois dimensions des événements que nous avons vécu et nous les avons vécu malgré nous.

ð  L’état– la nation israélienne – le peuple.

ð  La terre d’Israël.

ð  La Torah.

 

1- Le peuple Juif a fondé un état au bout de 2000 ans. Puisque cela s’est fait malgré nous, et quelque soit par ailleurs le mérite de cette avant-garde – il y avait 600 000 juifs dans le pays lors de la proclamation de l’État, pas plus pas moins. Imaginez démographiquement la relation entre le nombre de Juifs et le nombre d’Arabes qu’il y avait au moment de la proclamation de l’Etat. Tous les arguments concernant le décalage démographique sont réels au niveau statistique mais sont en porte-à-faux au niveau du récit de la Bible. C’est lorsqu’il y a eu 600 000 Juifs dans le pays que l’état d’Israël a été proclamé. Imaginez la relation avec le monde arabe !

En dominante, c’était malgré les Juifs en exil qui voulaient rester dans leur pays d’adoption. Je me souviens d’avoir vécu cette époque en France. Il y a avait énormément peu de Juifs en France pour qui c’était évident que leur histoire les menait dans l’état juif qui venait de se fonder. La majorité des Juifs français se considérait français voulaient rester en France et non pas aller en « Palestine » qui était pour la patrie des apatrides ! Et puis les événements sont arrivés qui ont obligé le peuple juif à devenir la nation israélienne. C’est schématique mais je crois que le Rav a raison de mettre cela en évidence. Est survenu le problème insoluble des réfugiés arabes.

 

2- La deuxième dimension c’est la terre d’Israël. La terre d’Israël nous a été imposée malgré nous. Depuis la guerre des 6 jours jusqu’à aujourd’hui, et encore aujourd’hui, c’est malgré nous qu’Erets Israël est notre pays ! On fait tout ce qu’on peut pour s’en débarrasser ! Rendez vous compte que nous avons un gouvernement qui a une conception de sa mission dans l’histoire, qui consiste à réaliser l’objectif d’un sionisme de seconde manière. Le sionisme de première manière c’était de construire un état juif`en Erets Israël. Le sionisme 2nde manière est de faire un état arabe en Palestine... !  

Au moment de la victoire de la guerre des 6 jours, c’était très sérieux on attendait tout simplement de savoir à qui rendre ces territoires...  2nd problème insoluble : les habitants des territoires que nous ne voulons pas.

 

 

3- La 3ème dimension c’est la Torah par rapport à Israël. Israël n’en veut pas, et cela nous sera imposé par la force. Comment ? Quand ? Personne ne le sait, et je ne crois pas que cela nous sera imposé par la Knesset, par une majorité juive orthodoxe au gouvernement ! Pas plus que le parlement international juif n’a décidé qu’il y aurait l’état d’Israël. Ce sont les sionistes qui l’ont décidé...

 

La conséquence est extrêmement grave : lorsque la Torah deviendra la constitution légale de l’état d’Israël. C’est la raison pour laquelle les autorités rabbiniques à la fondation de l’Etat n’ont pas voulu que la Torah soit la constitution de l’état d’Israël. Ce que les orthodoxes feignent d’oublier. Les grands rabbins d’Israël au moment de la fondation de l’état ont refusé que la Halakhah soit la loi de l’état. Parce que si la Halakhah était la loi de l’état, tout juif qui habite en dehors du pays d’Israël est considéré comme un idolâtre... Vous voyez la gravité du problème. Les Juifs de diaspora ne comprennent pas eux-mêmes que c’est grâce à eux que la Halakhah n’est pas loi d’état ! 

C’est écrit en toute lettres dans la Guémara. Tant que la constitution est plus ou moins ottomanne, britannique et israélienne, tout cela mélangé, alors tous les Juifs sont Juifs. Mais si la Torah devient la loi de l’état d’Israël, il n’y a que les Juifs vivant en israël qui sont considérés comme faisant partie d’Israël. Tous les cas particuliers s’étudiant d’après le Shoulkhan Aroukh. Je referme la parenthèse.

 

וַיְהִי, בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת-הָעָם

Vayehi beshala’h Par'oh et-ha'am

Et il arriva lorsque Pharaon eu renvoyé le peuple

 

Pourquoi on nous annonce un événement catastrophique ? Parce que Beshala’h Paro et Am. En fin de compte c’est le Pharaon qui a renvoyé le peuple !

Vous voyez les deux lectures.

Premiérement une information simple : Et il arriva lorsque Pharaon eu renvoyé le peuple

Deuxiéme lecture du Midrash : Il arriva ce qui va arrivé parce que c’est le Pharaon qui a renvoyé le peuple. Si le peuple était sorti cela se serait passé autrement !

 

Le Midrash va mettre en évidence une particularité dans la langue hébraïque dans le terme « Vayehi »  et va interprêter le mot « Vayehi il arriva que » par l’expression « Vaï » : Malheur !

Le Midrash demande : Qui a dit malheur à ce moment là ?  Et donne deux réponses :

Le Pharaon a dit : « Malheur! »

Et Moïse a dit : « Malheur ! »

 

Lorsque le Pharaon eut renvoyé le peuple qui a crié «Malheur ! » ?

Paro !

Mashal à quoi cela ressemble ?

A un roi dont le fils était allé dans un autre pays. Il est allé séjourner chez un riche. Et ce riche a reçu le fils du roi avec bienveillance. Lorsque le roi a entendu qui a reçu son fils en hospitalité (c’est-à-dire en otage, c’est le même mot à l’origine) et dans quel pays, il lui a envoyé des lettres demandant : « renvoies-moi mon fils ! ». Une fois, deux fois, trois fois, il lui envoya un message. Constamment et à chaque heure

 

C’est en référence aux récits précédents où Moïse retourne chez Paro et repart à chaque fois : renvoies mon peuple...etc...

 

Jusqu’à ce que le roi soit allé lui-même faire sortir son fils, alors cet homme s’est plaint de ce que le fils du roi soit sorti de sa maison. Ses voisins lui ont dit : pourquoi cries-tu, pourquoi te plains-tu ?

Il cria : J’avais un grand honneur lorsque ce fils de roi était chez moi...

 

Voyez cette chose incompréhensible que les nations ne veuillent pas laisser sortir leur Juifs au moment venu. Il leur faut des catastrophes pour qu’elles les libèrent !

 

Puisque le roi m’écrivait, Il s’occupait de moi, il avait besoin de moi, et j’étais quelque chose de précieux à ses yeux. Maintenant que le roi a retiré son fils de chez moi, il n’a plus besoin de moi, c’est pourquoi je me plains... »   

 

C’est un Midrash extrêmement profond ! Cela veut dire qu’il y a un attachement de Pharaon au peuple qui est l’origine de ces malheurs qui nous sont enseignés. Ce peuple est tellement imprégné du lien de l’Egypte, ce lien que le Pharaon a réalisé en Egypte sur le peuple, que la sortie d’Egypte est inachevée. Il faut encore achever cette sortie d’Egypte !

 

Rav Ben-Tsion Ouziel za’l, grand rabbin séfarade au temps du Rav Kook: il disait nous avons besoin de deux messies : « l’un qui fait sortir Israël de l’exil et l’autre qui fait sortir l’exil d’Israël... ».

 

Voilà ce qu’a dit Pharaon dans cette parabole : lorsqu’Israël était chez moi, le bon Dieu avait besoin de moi. Et j’étais précieux à ses yeux, il m’envoyait des épîtres à chaque moment et Il me disait (Shemot chapitre 9 verset 1) : « ainsi dit Dieu, le Dieu des Hébreux : Renvoie mon peuple ! » Et le Pharaon entendait de la bouche de Moïse : « renvoie mon fils ! ». Et lui ne cherchait pas à les envoyer.

Lorsque Dieu est descendu en Egypte et fît sortir Israël (Shemot chapitre 3 verset 8)

« Et je suis descendu  pour le délivrer de la main de l’Egypte », alors le Pharaon s’est mis à crier : « Vaï… Malheur à moi d’avoir renvoyé Israël ! » C’est pourquoi il est écrit Vayéhi : et il arriva (sous-entendu un malheur) quand le Pharaon renvoya Israël... »

 

On est prévenu à l’avance qu’on n’est qu’au point de départ du différé de la réussite de l’événement jusqu’à ce que soient évacuées les causes qui ont fait que ce n’est pas le peuple qui est parti mais que c’est Pharaon qui les a expulsé.

 

De notre temps, toutes les difficultés que nous avons dans la socitété israélienne depuis la fondation de l’Etat, viennent d’un fait très analogue. Il faut réfléchir aux motivations de la Aliyah qui ont fait que les Juifs ont quitté la civilisation européenne pour revenir en Israël. C’est une situation très analogue. On peut schématiquement mettre en évidence 4 types de motivations de la Aliyah.

Cela ne nous était pas perceptible, cela nous était caché à cause de deux facteurs :

 

ð  1- Depuis la fondation de l’état nous étions tous les membres d’une société assiégée : d’où une solidarité inconditionnelle ! La fracture de la société en différentes tendances est visible lorsque l’on a le sentiment que la société n’est plus assiégée. Alors elle éclate. 

 

ð  2- Nous avons vécu toute une époque –depuis la création de l’état jusqu’il y a deux ans à peu prés – d’une espèce de jubilation extraordinaire de se retrouver au bout de 2000 ans, en hébreu, rescapés de 120 exils différents, de 120 cultures, de 120 paysages différents. C’était un événement tellement exceptionnel que cela nous cachait les différences de motivations de ce rassemblement des exilés.

  

Il semble bien qu’il y ait 4 motivations fondamentalement différentes. Je schématise beaucoup parce qu’á l’échelle individuelle tous les cas de figures sont possibles:

 

ð  1- Celle de ceux qu’on appelle aujourd’hui les ‘Hilonim qui sont devenus israéliens pour pouvoir ne plus vivre la condition de juifs qu’ils voulaient rejeter, la condition socio-politique de juif de l’exil. Ils ont voulu rejeté en même temps l’identité juive qu’ils rendaient responsable de cette situation socio-politique. C’étaient de purs sionistes.

 

ð  2- Les Juif venus en Israël pour pouvoir vraiment être juifs. Vous voyez à quel point c’est différent ! Ils avaient une alliance entre eux. L’alliance a volé en éclat lorsque les conditions qui l’avaient  permise ont disparu.

 

ð  3- Une 3éme fraction constituée de ceux qui sont venus parce que c’est la terre sainte. Ils sont complètement en dehors de l’objectif sioniste qui leur permet cependant de vivre en juif sur la terre sainte. Mais ils n’ont rien àvoir avecle projet sioniste.

 

ð  4- Une 4ème partie qui semble-t’il constituée de ceux qui ont pris le pouvoir : des Juifs qui même en hébreu sont restés cosmopolites quelque soit d’ailleurs leur idéologie avouée. Il semble bien que ce soit les intérêts d’une identité juive cosmopolite à l’israélienne qui prennent le dessus dans les nouveaux objectifs politiques de la société israélienne contemporaine. C’est tout cela qui est en gésine, en bouleversement.

 

C’est extraordinaire de voir à quel point c’est analogue à ce qui s’est passé lors de la sortie d’Egypte. En lisant le Midrash attentivement on retrouve ces 4 catégories d’ailleurs. 

 

On pourrait formuler ainsi la leçon tirée de ce 1er Midrash : La sortie d’Egypte s’est accompagnée d’une imprégnation de l’influence du Pharaon et de sa civilisation sur Israël. C’est de cette imprégnation qu’il faut se désintoxiquer jusqu’à la fin des temps.

 

Hagadah de Pessa’h :

 

Après Mah Nishtanah lorsque le Maguid répond à la question des enfants, il dit :

 

Nous étions esclaves du Pharaon en Egypte et si Dieu n’était pas intervenu pour nous sauver de l’esclavage d’Egypte nous serions encore nous et nos descendants, asservis au Pharaon » 

 

Le sens qui apparait là c’est que nous sommes sortis d’Egypte mais en Egyopte nous étions assertvis au Pharaon, mais simplement nous sommes sortis d’Egypte : nous sommes encore  asservis au Pharaon…

Alors il faut donc évacuer cet asservissement au Pharaon et tout ce que cela représente du point de vue de l’identité culturelle d’Israël de ce temps, et qui nous accompagne jusqu’après.

Midrash suivant :

 

Midrash :

Autre enseignement : « Vayehi et il arriva lorsque Pharaon eut renvoyé le peuple »

Mi Amar Vaï ?Qui a dit « Malheur ! » ? C’est Mosheh  qui a dit Malheur !

 

C’est très paradoxal en apparence. Qui se plaint ? Pharaon et Moïse !

Le Pharaon aurait du se réjouir de se débarrasser des plaies d’Egypte ! En fin de compte il l’avoue il renvoie le peuple à cause de la menace de disparition sur l’Egypte. On a vécu cela sous différentes formes dans les temps contemporains : mieux vaut se débarrasser des Juifs malgré ce qu’ils apportent dans leur pays de l’exil… C’est cette ambivalence de la relation du Pharaon à Israël.

 

« Parabole : Cela ressemble à quelqu’un qui a été rendu garçon d’honneur de la fille du roi. Or, il a vu dans son horoscope (mazal) qu’il la ferait sortir de la maison paternelle mais qu’il ne l’accompagnerait pas dans la maison du mari pour le mariage. Il a commencé à pleurer. On lui a dit : pourquoi pleures-tu ?  Il leur a dit : je pleure parce que j’ai peiné à la faire sortir de chez son père et je ne vais pas l’accompagner au mariage ! Ainsi à dit Moïse : je crie parce que j’ai peiné à faire sortir Israël d’Egypte et je ne rentre pas avec eux au pays... »

 

Cela ressemble tellement à ce que nous avons vécu avec Herzl se fatigant pour nous faire sortir d’Europe mais il n’est pas venu avec nous. On a emmené son cercueil seulement.

 

Il faut donc comprendre ce qui se passe entre Moïse et le peuple pour pouvoir comprendre les raisons qui dès le début - il en est averti et il le sait - l’empêchent d’entrer en Israël. Cela signifie qu’il y aura donc à la fin des temps un événement où il reviendra pour  rejoindre Israël, à la fin des temps dira le Midrash. C’est effectivement une des questions extrêmement importante : pourquoi Moïse n’est-il pas entré en Israël ? Alors que Moïse a réussi à faire sortir Israël d’Egypte, il n’a pas réussi à faire entrer Israël ? C’est Josué qui le fera.

 

Vous voyez que tous ces éléments en faisceau, se rattachent à ces trois mots du début de notre texte

Tout cela arrive parce que c’est Pharaon qui a renvoyé le peuple !

 

וַיְהִי, בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת-הָעָם

Vayehi beshala’h Par'oh et-ha'am

Et il arriva lorsque Pharaon eu renvoyé le peuple...

 

Et déjà on est averti qu’il y aura le passage des 40 ans au désert. Il va y avoir cette parenthèse du désert, qui va tellement peser sur l’avenir de notre histoire depuis ce temps-là.

 

Un enseignement du Shlah :

 

Il y a là une structure de la destinée du monde extrêmement importante à comprendre : nous allons de niveaux en niveaux d’être. La destinée du monde est d’évoluer. De la matière à l’esprit...etc.  Cette notion de « niveau d’être » je l’aime beaucoup la premiére fois que je l’ai entendu c’est de Mme E.Amadou Valensi. Elle éclaire beaucoup ce que le Rav Kook appelait les Madrégot : il y a des niveaux en tout. Beseder hamadrega.

 

Le Shlah enseigne qu’entre un Yesh et un autre Yesh, il y a toujours un temps de Ayin : entre un niveau d’être et un autre niveau d’être il y a un néant qu’il faut arriver à traverser. Cette structure  de l’Egypte – la traversée du désert - Erets Israël est inévitable. Il y a une désintoxication du passé pour pouvoir vivre vraiment l’avenir. Sinon l’avenir est contaminé, intoxiqué...

 

Je vous raconte une petite anecdocte qui m’est restée en mémoire : J’ai connu il y a 25 ans un ami israélien tsavar « natif » né israélien, né palestinien à l’époque, qui un jour était en colère : le jour où on a commencé à mettre des serrures sur les portes: lorsque les Juifs sont arrivés !

Il y a eu la première phase des fondateurs du pays et les autres sont arrivés, pas encore désintoxiqués. Comme ce que les fondateurs du sionisme avaient fait, très détachés de toute identité antérieure.

 

Cela leur a permis de faire ce qu’ils ont fait. Je ne fais pas un plaidoyer pour la négation du passé : 

Ils ont simplement compris qu’il leur fallait se réhébraïser. Pour cela, ils ont pris le parti de se déjudaïser. Si les choses s‘étaient bien passé, les Juifs vraiment Juifs arrivés après les auraient aider à s’hébraïser en tant que juif. Mais les Juifs qui sont arrivés n’étaient pas hébraïsables... Vous continuez vous-même l’analyse. Bien entendu tous les cas d’exception sont possibles et existent. Mais grosso modo et schématiquement c’est pratiquement ce qui est arrivé.

 

Dès qu’on entend que Moïse ne viendra pas avec eux, cela veut dire que c’est un peuple privé de Moïse qui rentre en Israël. Je vous donne simplement une image : Moïse les a mené au plus haut avec le Sinaï, et puis il y a une descente à pic en bas, et d’en-bas il faut remonter lentement de niveau en niveau jusqu’à remonter au niveau donné au Sinaï mais acquis par l’effort d’Israël lui-même.

 

Donc au fond c’est finalement très rassurant car cela décrit les difficultés en les accusant mais en même temps cela les formules dans une perspective qui nous fait comprendre quel est le lien entre le commencement et la fin.  

 

Alors dire à la fois que ce n’était qu’un commencement et que cependant ce commencement est irréversible comme commencement, ce n’est plus contradictoire !

 

Rappelez-vous d’où nous sommes partis : du fait qu’il faille commémorer Pessa’h. Et c’est une règle très générale : Tout ce qu’il faut commémorer, c’est le signe que ce n’est pas encore réussi. 

Et c’est pourquoi à la fin des temps on ne pratiquera plus que Pourim et Kipourim....

 

Nous allons lire les premiers versets de la Parashah pour bien comprendre comment est annoncée la nécessité des 40 ans dans le désert.

 

Quelle est l’importance du probléme ?

 

Ici nous avons un des textes de base qui répond à la question très importante pour la société juive contemporaine : quel était le Takhlit l’objectif, la finalité de la sortie d’Egypte ?

Il y a dans le monde juif contemporain la même question que je vais d’abord formuler au niveau de la sortie d’Egypte elle-même ?

 

-Est-ce que la finalité de la sortie d’Egypte c’était d’aller au Sinaï recevoir la Torah, et ensuite d’aller oui ou non en Erets Israël ?

 

-Ou bien est-ce que la sortie d’Egypte avait pour finalité d’aller en Erets Israël et d’y recevoir la Torah ?

 

On est tellement habitué à la 1ère formule parce que c’est ainsi que cela s’est passé que cela nous empêche de lire le récit dans l’ordre pour apercevoir que ce que la Torah enseigne c’est l’autre scénario.

 

Effectivement, nous analyserons comme est formulée la raison pour laquelle en fin de compte Israël passera par le Sinaï : aucune allusion à la révélation de la Torah !

 

J’ai bien conscience que ce que je vous dis là est dépaysant. Parce qu’on a tellement l’habitude de la succession des événements dans cet ordre : Sortie d’Egypte –Torah au Sinaï et Erets Israël – que l’on s’est habitué à fonder la conception diasporique du judaïsme.

 

C’est dire que si l’on sort d’un exil, d’un ghetto, c’est pour aller dans un autre ghetto… jusqu’à la fin des temps où le Messie viendra pour nous ramener en Erets Israël !  

Mais entre temps il faut aller à la Yéshivah, aller au Sinaï, apprendre la Torah...

 

Alors que l’ordre de l’enseignement de la Torah est tout à fait différent :

La sortie d’Egypte en vue d’aller en Erets Israël recevoir la Torah, d’après le verset :

(Isaïe 2 :3) כּי מציוֹן תּצא תוֹרה Ki MiTsion Tetsé Torah (Car de Sion sortira la Torah).

 

Ce qui st arrivé c’est qu’il y a eu des causes secondes qui ont jouées qui ont empêché Israël d’entrer en Erets Israël. Alors si déjà on passe au Sinaï pour faire un stage avec Moïse autant y recevoir la Torah, mais c’est à posteriori et secondairement...

 

Relisez dans ces versets vous verrez qu’on n’y trouve aucune allusion au Sinaï comme motivation de ce passage au désert.

…/…

… de la sortie d’Egypte, se heurte à un obstacle inattendu qui oblige Israël à passer 40 ans dans le désert et cela commence par le passage de la mer rouge, par le Sinaï et tous les autres événements  de ces 40 ans dans le désert.

 

Beshala’h 13 :17

וַיְהִי, בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת-הָעָם

Vayehi beshala’h Par'oh et-ha'am

Et il arriva lorsque Pharaon eu renvoyé le peuple...

 

Il faudrait traduire : « Lorsque ce fut Pharaon qui renvoya le peuple... ».
 

  וְלֹא-נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים

velo-na’ham Elohim derekh erets Plishtim

et Elohim ne les a pas conduit par le chemin de la terre des Philistins...

 

Ce mot de na’ham ressemble beaucoup au mot qui va suivre pen-yina’hem ha'am

 

Mais Rashi précise qu’il faut le lire na’ham otam ne les a pas conduit.

וַיְּהִי בְשַׁלַּח פַּרְעֹה וְגוֹ' וְלֹא נָחָם

וְלֹא נִהֲגָם כְּמוֹ לֵךְ נְחֵה אֶת הָעָם. בְּהִתְהַלֶּכְךָ תַּנְחֶה אוֹתְךָ

Ce fut, lorsque Pharaon eut renvoyé … Il ne les conduisit pas Il ne les mena pas, comme dans : « Et maintenant va, conduis le peuple » (infra 32, 34), ou dans : « Quand tu marcheras, elle te conduira » (Michlei 6, 22).

Mais malgré tout, il y a une assonance. Velo-na’ham Elohim – et Dieu n’a pas eu compassion de ... mais cela veut dire littéralement : il ne les a pas dirigé Derekh par le chemin Erets pelishtim du pays des Philistins ... qui est le chemin de la côte.

 

כִּי קָרוֹב הוּא

ki karov hou

car il est proche.

 

Car il est proche de l’Egypte, et s’il y a un obstacle, on risque facilement de retourner en Egypte.

Le Pshat Hou va sur le Derekh.

L’expression כִּי קָרוֹב הוּא ki karov hou est relié au Derekh mais comme Derekh est ici employé au féminin et qu’ici le Hou est un masculin (bien qu’on puisse parfois employer Derekh au masculin) il y a une autre lecture que je vous donnerais tout à l’heure.

 

כִּי אָמַר אֱלֹהִים, פֶּן-יִנָּחֵם הָעָם בִּרְאֹתָם מִלְחָמָה--וְשָׁבוּ מִצְרָיְמָה

ki amar Elohim

car Dieu s’était dit

pen-yina’hem ha'am

de peur que le peuple ne regrette

bir'otam mil’hamah.

en voyant (l’éventualité de) la guerre

veshavou Mitsraymah

et ne retourne en direction de l’Egypte.

C.à.d. ne fasse sa Yeridah. Vous voyez à quel point c’est parallèle.

 

Je vous raconte une petite anecdocte que j’aime bien raconter car elle est très significative : Lors d’une conférence une mère de famille m’a demandé de dissuader son fils de faire sa Aliah :

« S’il vous plait Monsieur le rabbin empêchez mon fils de faire sa Aliah, c’est qu’en Israël, il y a la guerre ! ». Vous voyez à quel pont c’est le verset ! C’est une mére de famille et je comprends très bien. Je lui ai répondu : « Alors pour votre fils il n’y aurait pas la guerre mais pour mon fils, il y a la guerre ? » Elle a eu honte et elle s’est tue. Son fils a fait sa Aliah, et Dieu merci tout va bien, il est maintenant officier de l’armée israélienne. Pour vous dire la réaction invraisemblable ! C’est tout à fait le verset !

Ils sortent d’Egypte et savent très bien qu’ils vont aller conquérir le pays de Canaan et que dit le verset ? Ils risquent de retourner s’ils voient la guerre... ! Faut-il leur donner le pays sur un plateau du Golan ?  

 

Je revois toutes ces interview toute la semaine. Aujourd’hui encore à la télévision ce qui se passait à la Knesset et le vice-ministre qui répondait à toute une série d’intterpellations : « Oui il faut savoir que il faut s’attendre à avoir des morts et des morts... » Quand ce sont des morts pour avoir la victoire… mais quand ce sont des morts pour partir du pays, là c’est une autre histoire !   

Vous voyez comment la Bible est impitoyable : elle nous raconte notre histoire et on ne peut pas tricher !

 

Une autre histoire :

L’appel  juif unifié m’a demandé une fois de participer à un séminaire de leur cadre à Jérualem. Et le problème qu’ils avaient à résoudre c’est que la propagande de l’Appel Juif Unifié d’Amérique ne plaisait pas du tout aux Français, elle consistait à dire grosso modo : « soit vous envoyer vos fils se faire tuer pour Israël soit vous ous donner de l’argent ! ». Il voulait un slogan différent. L’atmosphére était très tendue parce qu’ils sentaient que quelque chose n’allait pas. Ils sentaient quans mëme que quelque chose n’allait pas. Et alors je leur ai trouvé le slogan suivant : « ou l’appel ou la pioche ! » Et bien ils n’étaient pas contents !

      

L’argument qui est donné : on ne va pas rentrer directement en Israël - onze jours de marche dira un autre verset pour arriver de l’Egypte à Jérusalem à « Ki-MiTsion Tetsé Torah » - parce qu’il y un jugement, un diagnostic, de la Torah que ce peuple aura peur de la guerre. Mais ils ne savaient pas que c’est de ça qu’il s’agissait !

 

13 :18

וַיַּסֵּב אֱלֹהִים אֶת-הָעָם דֶּרֶךְ הַמִּדְבָּר, יַם-סוּף; וַחֲמֻשִׁים עָלוּ בְנֵי-יִשְׂרָאֵל, מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם

Vayassev Elohim et-ha'am derekh hamidbar  yam-Souf

Et Dieu fit contourner le peuple par le chemin du désert Yam Souf la mer des joncs

Va’hamoushim alou veney-Yisra'el me'erets Mitsrayim.

Et les enfant d’Israël sont montés en rang par 5 depuis la terre d’Egypte.

 

Et Rashi va nous expliquer que cela signifie « en rang de guerre » : c’est contradictoire avec le verset précédent ?

 

Remarquez une chose qu’il y a trois fois le terme de « Am », une fois le mot de « Bnei Israël », et plus loin dans le texte vous verrez : « Bnei Israël yotsid beyad ramah » les Bnei Israël sortirent en guerre la main haute  

 

Il y a 5 appellations, trois « Am - le peuple », et deux « Bnei Israël- les enfants d’Israël ».

 

C’est une des catégorisations que le Midrash va nous donner.

Il y a différents niveaux de l’intensité de l’identité d’Israël, comme dans la Neshamah il y a différents niveaux de la Neshamah.

 

A l’échelle individuelle, chaque individu à différent niveaux d’être dans son âme :

Nefesh- Roua’h – Neshamah – ‘Hayah – Ye’hidah.

 

Le niveau de Nefesh est le niveau inférieur, la Ye’hidah le niveau supérieur. Il y a des niveaux de l’être, au niveau de l’âme. Le corps n’arrive à incarner que les niveaux inférieurs. A l’échelle d’une collectivité, il y a aussi ces 5 niveaux :

ð  les trois niveaux inférieurs sont appelés « le peuple »

ð  les deux niveaux supérieurs sont appelés « les enfants d’Israël ».

 

La logique de cette catégorisation nous montre ce qui se passe. Chaque fois que la Torah emploie le mot « le peuple », il faut se référer au chapitre 12 de la Parashah de Bo : c’est l’ensemble des non-hébreux  qui sont sortis en même temps que les Hébreux d’Egypte, les Bnei-Israël descendants des tribus,  et que Moïse a intégré au peuple. C’est le sujet du Erev Rav : les non-hébreux qui se sont adjoints à la société juive à la sortie d’Egypte et que je traiterais plus en détail à la Parashah Ki Tissa dans quelques semaines.

 

Etant donnée l’influence de cette partie d’Israël qui est très égyptianisée - trois fois le peuple – ce n’est qu’au niveau 4, et au niveau 5 qu’on les appelle les enfants d’Israël, les Bnei Israël, alors ceux-là sont prêts...

 

Alors, c’est la raison pour laquelle il a fallu faire ce détour dans le désert.

 

Je ne veux pas vous scandaliser et vous dire que si la révélation du Sinaï a eu lieu c’est à cause des étrangers, parce que les enfants d’Israël n’en avaient pas besoin, mais scandalisez-vous ! Il y a un peu de cela ! Regardez à quel niveau nous sommes tombés !

 

Un bon mot de mon maître Jacob Gordin : a-t’on besoin de dire à un pompier le feu brûle, l’eau éteint le feu ? Si on a besoin de donner le Shoulkhan Aroukh du pompier à un pompier c’est que ce n’est pas un vrai pompier ! A-t’on besoin d’enseigner la Torah à Israël ? Si on a besoin d’enseigner la Torah à Israël, c’est que ce n’est pas Israël ! (Enfin pas encore).

 

Hagadah : le soir du Seder ont dit une chose étonnante :

 

« Et s’Il nous avait emmené au pied du Sinaï sans nous donner la Torah, Dayénou ! Cela nous aurait suffit !»

 

Cela figure dans le commentaire du Rav Ovadia Yossef :

 

« Et s’Il nous avait donné la Torah et ne nous avait pas fait entrer en Israël cela nous aurait suffit... »

 

Et il l’a dit sous forme de blague.

Mais ce n’est pas une blague !

Il y a énormément de Juifs qui pense « Et s’Il nous avait donné la Torah sans Erets Israël cela nous aurait suffit ! »

Vous voyez à quel point ces sources-lá sont impitoyable ! En réalité c’est qu’on ne sait pas lire.

Voilà tous les cadeaux qu’on a obtenu et qu’on aurait du obtenir par nous-mêmes.

 

« Et s’Il nous avait emmené au pied du Sinaï sans nous donner la Torah Dayenou ! Cela aurait du nous suffire ».  

 

Cela aurait dû nous suffire !

 

Arrivés au Sinaï nous Israël avons la Torah parce que nous sommes Israël et nous n’avons pas besoin du manuel du pompier. Il faut redécouvrir que les Juifs doivent redevenir hébreux...

 

***

 

La prochaine fois on prendra la Parasha Yitro.

 

D’autre part je vous signale que nous avons l’habitude séfarade le jeudi de la Parashah de Yitro d’avoir une fête surtout chez les Sefardim qu’on appelle « Séoudat Yitro Mosheh ».

La Torah raconte que lorsque Yitro est venu rejoindre Mosheh ils se sont assis à un festin, et pour commémorer cet événement le Jeudi d’avant Parshat Yitro on mange un repas de fête. C’était un couscous au poulet. D’autre part dans les communautés tunisiennes cette même fête de Yitro est devenu la fêtes des garçons suite au miracle de l’arrêt d’une épidémie qui touchait les garçons juifs en Tunisie ce jour-là. On a tout fêté ensemble…    

 

Il y a une tradition nord-africaine : il fallait mettre le couscous sur l’armoire pour le mettre à l’abri des chats. On craignait que les chats viennent le voler. Ce jour-là on donnait congé au talmud torah, on donnait des sceaux d’eau aux gosses qui couraient après les chats pour les arroser.

 

Lorsque Moïse et Aharon ont offert le festin à Jethro ils lui ont bien sûr servi un couscous poulet et c’est là qu’on l’a appelé Jethro car on l’a tellement servi qu’il a dit « J’ai trop ! ». Et alors le chat est venu et a emporté le poulet... C’est devenu une tradition folklorque et on a perdu le sens de cette histoire, mais c’est dans le Midrash.

 

Il y a beaucoup d’animaux cités dans la Bible sauf le chat. Il faut savoir que c’était une divinité de l’Egypte. Ils avaient des silos de blé et ils avaient besoin des chats pour les souris et les rats.

 

C’est pourquoi le chat représente dans cette histoire folklorique le fait que l’Egypte voulait s’interposer entre Jethro, Moïse et Aharon. Regardez à quel point derrière ces choses folklorique il y a des choses fondamentales.

 

En tout cas j’ai commencé à mieux comprendre cela en voyant à la télévision la tête de Sadate et c’est impressionnant à quel point son visage ressemblait à celui d’un chat... 

 

< fin >

*****

Partager cet article

Repost 0
Published by Rav Yéhouda Léon Ashkénazi (Manitou). - dans PARASHAT HASHAVOUA
commenter cet article

commentaires

levy 21/01/2016 17:25

Je comptais imprimer le texte pour le lire shabbat mais mon envie de lire a été la plus forte. C'est une bonne idée d'avoir écrit tout cet oral. Félicitations et merci

Présentation

  • : MANITOU
  • MANITOU
  • : Bienvenue sur le blog MANITOU! Cet espace est consacré au Rav Léon Askénazi - Manitou - זצ"ל.Vous y trouverez des textes rédigés à partir de cours audio enregistrés (disponibles sur www.toumanitou.org) En modeste hommage à ce Rav génial et extraordinaire...
  • Contact

Recherche