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22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 12:43

BESHALA'H (1987)

 

Parasha - Beshalah (1987) 1ère Partie

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/bechallah_serie_1987/cours_1

Face A

 

J’ai choisi un texte central de la Parashah dont le sujet général concerne les 7 jours après la sortie d’Egypte elle-même, c’est le passage de la mer rouge. J’ai choisi quelques versets d’un problème qui va se poser par rapport à cet événement du passage de la mer rouge et à partir duquel un certain nombre d’indications nous donneront un éclairage sur la manière dont nous vivons des péripéties analogues dans nos temps contemporains de l’histoire juive. S’il nous reste du temps, je reviendrai au début de la Parashah pour en étudier quelques versets.

 

Il s’agit de l’épisode où la Torah raconte comment le peuple d’Israël est sorti de l’Egypte sous la conduite de Moïse, après énormément de difficultés.

 

Alors, on a déjà dépassé les 10 plaies, au 14 Nissan la sortie d’Egypte a pu avoir lieu. Moïse a réussi à faire sortir d’Egypte une partie des Hébreux qui s’y trouvaient depuis le temps de Jacob, et voilà qu’après la dernière plaie, qui a été la plus forte et a fait la plus grande impression sur le Pharaon et les Egyptiens – la plaie de la mort des 1er nés – le Pharaon s’est enfin décidé a laissé Israël sortir d’Egypte. Plus encore, il les a expulsé.

 

Il y a deux réalités dans le même  événement: les Hébreux se sont enfuis, mais ils ont été expulsés d’Egypte, parce que finalement la conscience égyptienne a pris conscience que la présence des Hébreux, au lieu d’être bénédiction pour eux, risquait de devenir une malédiction définitive.

 

En fin de compte, à travers les péripéties des 10 plaies, ils se sont rendus compte que - alors qu’ils pensaient que jusque-là leur intérêt était de garder la communauté des Hébreux au sein de la civilisation égyptienne, et pour le bien de la civilisation égyptienne, ils ne voulaient pas le laisser sortir - ils se sont aperçus que les événements les contraignaient à expulser les Hébreux.

 

Très rapidement, 3 jours après nous dit le texte, le Pharaon s’est ravisé et s’est rendu compte qu’il avait perdu la bénédiction que représentaient pour eux la présence des Bnei-Israël dans la civilisation égyptienne. Et à la tête de son armée il se lance derrière les Hébreux qui partaient vers la terre promise, pour les rattraper, les reprendre et les ramener en Egypte.

 

Avant ce récit, je voudrais mettre en évidence ce que signifie le fait de se raviser.

Il y a des événements frappant qui ont un impact immédiat et qui entraine une décision. Et puis lorsque l’évidence de l’événement, lorsque cette force de l’instantané du vécu, s’atténue alors on revient aux habitudes de pensée antérieure.

 

Dans l’ordre de l’importance du récit : Pharaon a été frappé d’une révélation. La conscience religieuse de l’égyptien de l’époque était une conscience de type astrologique : les événements du comportement de l’histoire des hommes sont gouvernés par des forces impersonnelles qui sont les divinités des mythologies, et puis voilà qu’à travers la présence des Hébreux et toute cette histoire, finalement, se cherche la découverte, le dévoilement, de la véritable souveraineté qui gouverne le monde et qui n’est pas un ensemble de forces impersonnelles, cosmiques et mythiques mais une volonté. Celle du créateur que connaissaient les Hébreux dans leur propre tradition.

 

C’est dire le choc de deux expériences religieuses radicalement différentes qui dans l’histoire des Hébreux cela commence par la conscience d’Abraham. Six générations après c’est un peuple entier qui est le témoin d’une  tout autre manière de considérer l’expérience religieuse ou la sensibilité religieuse.

 

Il y a une révolution qui se passe dans l’histoire de l’humanité. Jusque-là on était habitué à considérer que l’expérience religieuse authentique est ce que nous appelons, nous les modernes, l’expérience religieuse païenne : c’est-à-dire de diviniser les forces de la nature diagnostiquées comme transcendantes, souveraines, influant, régissant et gouvernant la destinée des hommes.

 

Et voilà qu’apparait avec les Hébreux une conscience religieuse radicalement nouvelle et différente : L’essentiel est la conscience morale qui est jugée par la volonté d’un Créateur.

 

Nous sommes tellement habitués depuis ce temps à travers la diffusion de l’éducation biblique à cette évidence de la conscience religieuse de type biblique qu’on ne prend pas garde au fait que dans le monde naturel, la conscience religieuse était la conscience païenne.

 

Et quelque soit le jugement de valeur que l’on porte sur ce terme de païen, il n’en reste pas moins qu’il s’agissait là d’une expérience religieuse authentique, étrangère, autre. Mais parfois une sensibilité mystique profonde de la religion païenne, c.-à-d. de la  relation de la conscience humaine avec ces forces transcendantes qui sont censées donner la signification du monde, mais pensées comme impersonnelles. Un peu ce qu’est la mentalité du matérialisme moderne qui pourrait être considéré comme  une laïcisation de la religion mythologique antique, avec de tout autre concept, de tout autre principe et un tout autre vocabulaire, mais finalement dont le type de conscience est assez analogue.

 

Ex : le Midrash s’interroge pour savoir pourquoi les rêves du Pharaon étaient si difficiles à interpréter pour les sages de l’Egypte que le texte nomme les sorciers de l’Egypte ? Il s’agissait finalement d’un rêve simple à interprêter ! Pharaon est obsédé par une crainte d’un dérèglement de l’économie de son pays. Alors il rêve d’abord d’abondances, et ensuite des années de famines...  Il rêve au niveau de l’agriculture et de l’élevage. Comment se fait-il que les sages de l’époque n’arrivaient pas à percevoir quel était le souci du Pharaon dans ses rêves ?

 

Dans leur mentalité habituée à une régularité absolue des cycles des forces naturelles, l’idée d’un dérèglement de l’économie qui dépendait du cycle agricole, était hérétique. Il y avait une mentalité qui était « orthodoxe ». Que l’on trouve parfois chez certains marxistes. Une incapacité de penser une hypothèse ou une éventualité autre que celles du système idéologique considéré.

 

C’est-à-dire que les faits ont beau démentir l’idéologie, la mentalité orthodoxe consiste à opposer l’idéologie aux faits, à la réalité du monde réel ; et quand bien même le monde réel contredit la théorie c’est la théorie qui est censé avoir raison, et par conséquent cela mène à des catastrophes à des massacres...etc.

 

Cette mentalité des religions astrologiques, nous la retrouvons très souvent dans la mentalité rigide et dogmatique des systèmes matérialistes. Au fond, en schématisant beaucoup, cette mentalité du matérialisme moderne c’est finalement la laïcisation de la mentalité astrologique ancienne.

En mettant dans ce terme de laïcisation toute l’histoire de l’évolution des idées qui prend des siècles. Mais c’est à peu près cette même incapacité de tenir compte du facteur de la liberté, du facteur de l’indétermination, du facteur de la volonté, du facteur de l’intervention de l’homme comme homme dans l’ordre des choses. Cela s’appelle de notre temps le matérialisme dialectique scientifique, c’est une pseudo-science qui projette une idéologie sur une découverte des lois qui régissent le phénomène économique.

 

Transposons cela dans la civilisation égyptienne, cela nous éclaire un peu sur la difficulté qu’avaient les sages du Pharaon à interpréter l’idée fixe, l’obsession, qu’il y avait dans ce rêve du Pharaon qui se répétait et il pressentait que son économie allait se dérégler.

 

Or, dans les catégories de la mythologie égyptienne, le Dieu principal était le Nil. Or, c’était les crues du Nil qui garantissaient l´économie du pays. Je raccourcis le raisonnement pour aller vite, mais je pense que l’idée est claire.

 

Et voilà Joseph ! C’est un récit assez fantastique : une civilisation entière attend qu’un esclave hébreu explique très simplement de quoi il s’agit.

 

Le Midrash nous cite les différentes explications avancées par les sages égyptiens au Pharaon : 7 guerres gagnées et 7 perdues, 7 filles et les 7 mourront... On pressent l’intérêt de ce type de conscience ou de mentalité. Et il est bien évident que pour un état totalitaire, le souci est de gagner les guerres et non de les perdre. Et pour un état autocratique, le souci est d’assurer la descendance de la dynastie...

C’était le type d’explications proposées par les sages du Pharaon mais l’idée d’un dérèglement économique était hérétique parce qu’il y avait une mentalité orthodoxe de la détermination des phénomènes humains par les lois cosmiques. Aujourd’hui on dit par les lois tout court, ou par les lois de l’économie.

 

A travers les 10 plaies d’Egypte on sent le progrès du dévoilement de la volonté de quelqu’un. Lorsqu’on lit le récit des plaies d’Egypte on s’aperçoit au début que le phénomène est impersonnel, objectif. Il est censé atteindre tous les habitants du pays touchés par les plaies. Et puis progressivement on s’aperçoit que cela change : seuls les Égyptiens sont frappés et les Hébreux sont protégés.

 

Les sages du Pharaon et Pharaon lui-même commencent à s’inquiéter. La plaie se fait intelligente.

Y aurait-il une volonté derrière la plaie, derrière l’événement ?

 

C’est là que les conseillers du Pharaon disent :

Ex. 8.15: « וַיֹּאמְרוּ הַחַרְטֻמִּם אֶל-פַּרְעֹה, אֶצְבַּע אֱלֹהִים הִוא

« …c’est le doigt de Elohim »

Verset extrêmement important : c’est là que se fait ce bouleversement de la découverte. Les croyances habituelles de la croyance religieuse païenne de l’Egypte vont être bouleversées. Quelque chose d’inouï apparait ; ce n’est pas l’impersonnel de l’événement, catastrophique ou non, qui régit le monde, c’est la volonté de quelqu’un. On ne peut manquer de le découvrir puisque la plaie est intelligente et sélective.

 

Au milieu des 10 plaies d’Egypte, une autre caractéristique : lorsque Moïse déclenche une des plaies, les Egyptiens font appel aux magiciens qui déclenchent la même plaie. Seulement Moïse est capable de l’arrêter par sa prière, mais les magiciens n’arrivent pas à l’arrêter par leur prière. Ceci aussi inquiète le Pharaon. Cela signifie que le monde est régit de manière radicalement différente de ce qu’on croyait dans cette croyance païenne. Ce n’est pas le fonctionnement impersonnel des lois cosmiques, mais c’est plus haut, plus profond, au delà, la volonté de quelqu’un dont les forces cosmiques ne sont que le véhicule d’intervention.

 

C’est au fond le conflit entre la mentalité hébraïque et la mentalité païenne déjà en ce temps-là.

 

A la 10ème plaie, cette découverte que quelqu’un agit se fait plus qu’aveuglante : non seulement la plaie choisit entre les Egyptiens et les Hébreux, mais parmi les Egyptiens eux-mêmes elle choisit entre les 1er nés et les autres. C’est la panique absolue ! Pharaon est tellement bouleversé qu’il leur donne l’accord. Et puis 3 jours après il se ravise.

 

Cela signifie qu’il peut y avoir des événements colossaux et cependant on revient aux habitudes de pensées antérieures. Donc il ne faut pas s’étonner de ce revirement.

L’analogie qui me vient à l’esprit : en 1948 les nations du monde, stupéfaites par l’événement du nazisme, ont finalement donné le feu vert à un tout petit état d’Israël. Quelques années après l’ensemble des nations à l’ONU se ravisent et décrètent que cet état est un état raciste... Cela ressemble beaucoup.

 

Le Pharaon à la tête de son armée va à la poursuite des Hébreux qui se sont enfuis dans le désert en direction de la terre de Canaan.

 

Les Hébreux sont donc pris dans le problème suivant :

ð  devant eux la mer, une impossibilité physique,

ð  derrière eux l’armée des Egyptiens.  

 

J’ai souvent dit à ce sujet que nos ancêtres les Hébreux avaient beaucoup de chance car ils n’avaient derrière eux que l’armée égyptienne…

 

Chapitre 14 Verset 10

 

וּפַרְעֹה, הִקְרִיב; וַיִּשְׂאוּ בְנֵי-יִשְׂרָאֵל אֶת-עֵינֵיהֶם וְהִנֵּה מִצְרַיִם נֹסֵעַ אַחֲרֵיהֶם, וַיִּירְאוּ מְאֹד, וַיִּצְעֲקוּ בְנֵי-יִשְׂרָאֵל, אֶל-יְהוָה

OuFar'oh hikriv

vayissou veney-Yisra'el et-eyneyhem

vehineh Mitsrayim nossea a’hareyhem

vayir'ou me'od

vayits'aku veney-Yisra'el el-Adonay.

Et le Pharaon s’approcha

Et les enfants d’Israël levèrent leurs yeux

Et voici l’Egypte venait derrière eux

Et ils prirent beaucoup peur

Et les enfants d’Israël crièrent vers Hashem.

 

L’étonnement est que ce peuple des enfants d’Israël qui vient d’être rescapé d’Egypte vient d’avoir l’expérience d’une intervention providentielle miraculeuse qui les a sauvés d’une aliénation d’esclavage dont en principe, d’après toutes les lois sociologiques connues, ils ne pouvaient pas être sauvés. Une phrase du Talmud le dit en clair : « D’Egypte on n’en sortait pas ».

Nous avons encore en mémoire ce temps en Europe d’où les Juifs ne sortaient pas non plus et où ils étaient pris au piège de « l’Egypte contemporaine ».

 

Les Hébreux avaient eu l’expérience de Dieu pour eux. Tout était donc possible, même la sortie d’Egypte. Pourquoi ont-ils donc eu « très » peur ?  

 

Un événement que je voudrais citer :

Moïse entreprend de prier pour que Dieu aide les Hébreux pris de panique : la mer devant et l’armée égyptienne derrière. Dieu lui dit : « ce n’est pas le temps de prier : dis au peuple d’avancer et on verra ».

 

Je vais me baser sur le commentaire de Rashi pour comprendre cette situation paradoxale d’un peuple qui avait toutes les raisons de se sentir en sécurité protégé par Dieu à plusieurs reprises et qui craint que Dieu ne le protège pas, et lorsque Moïse demande de l’aide par la prière pour un onzième miracle, Dieu lui répond que ce n’est pas le temps de prier...

 

Rashi nous fait remarquer des particularités de formulation du texte en hébreu:

Et les enfants d’Israël levèrent leurs yeux et voici l’Egypte venait derrière eux.

 

Pshat, la tradution littérale : ils levèrent les yeux pour voir au loin l’armée égyptienne qui arrivait…

Midrash : En levant les yeux, ils ont vu au ciel, et ils ont vu l’Egypte d’en-haut venir contre eux et ils ont pris peur. Ils ont vu l’Egypte d’en-haut venir au secours de l’Egypte d’en-bas.

 

La tradition de la Bible enseigne que chaque peuple est protégé par un Sar, un génie particulier, qui le représente dans le tribunal céleste.

 

Dans l’angéologie chrétienne on l’appelle l’archange de tel ou tel peuple. L’archange de la France c’est Saint-Michel par exemple. Et ce n’est pas par hasard que c’est aussi celui d’Israël, Mikhaël.

 

Le Dieu unique est une providence universelle pour l’ensemble de Sa création. Et pour chaque manière d’être particulière de la créature, les peuples, les nations, il y a une volonté particulière du Dieu unique concernant la destinée de chaque peuple de chaque nation, de chaque famille, de chaque individus, de chaque créature, c’est ce qu’on appelle les anges. C’est un problème un peu difficile à exprimer, surtout en français, mais je crois le problème clair.

 

C’est toujours Dieu qui régit le monde à travers des médiations de providence et donc chaque peuple possède son Sar son génie propre qui le représente dans le tribunal céleste et qui plaide pour lui devant le Dieu unique la cause de la destinée de ce peuple que le Dieu unique a créé...

 

Par conséquent, cela signifie que lorsqu’une décision d’intervention de la Providence divine doit être décidée au tribunal d’En-haut, chaque contestation est possible de la part des ennemis d’Israël eux-mêmes. C’est dire que ce dont Israël craignait c’est que le plaidoyer que l’ange de l’Egypte d’En haut ferait pour l’Egypte d’En-bas leur soit défavorable. 

 

Une des explications du Midrash est la suivante :

Les clauses de chacune des 10 plaies étaient : « Laisse sortir mon peuple ou telle ou telle plaie viendra te frapper… ».

 

Or, jusqu’à la dernière, la plaie a frappé les Egyptiens ! Par conséquent, tout se passe comme si ils en avaient payé le prix et que le peuple d’Israël leur appartenait encore.

 

Puisque les plaies ont eu lieu et que la clause était « Laisse partir mon peuple ou tu seras frappé de telle ou telle plaie », jusqu’à la dernière, ces plaies ont frappé l’Egypte donc le peuple appartenait encore à l’Egypte !

 

Et par conséquent, il n’y avait du point de vue d’une stricte justice absolue, aucune possibilité pour Dieu d’aider les Hébreux à ce moment-là et c’est pourquoi ils ont eu si peur.

 

Lorsque les Hébreux se sont rendu compte que l’Egypte d’en-haut venait au secours de l’Egypte d’en-bas, ils savaient que leur cause était perdue et qu’il fallait un miracle supplémentaire.

 

Cela explique pourquoi le texte parle de cette panique qui a pris les Hébreux. Ils ont eu peur de ne plus avoir droit à l’intervention divine qui serait maintenant injuste, complaisante. La justice était pour les Egyptiens. Comme on dit en hébreu il y avait tékou ! match nul !   

 

Du point de vue de la justice, les Égyptiens avaient le même droit de reprendre les Hébreux en Égypte parce qu’ils s’en étaient enfuis que les Hébreux qui avaient le droit de s’en enfuir parce qu’ils y étaient persécutés.

 

Donc il fallait un mérite supplémentaire pour que Dieu se donne le droit d’intervenir en faveur des Hébreux. Ce mérite-là a été le mérite de la foi. C’est pourquoi Dieu dit à Moïse que ce n’est pas le temps de la prière. « Parles- leur et qu’ils avancent... »

 

C’est un récit qui peut nous sembler étrange, mais c’est un récit que finalement nous vivons chacun dans notre histoire à l’échelle individuelle, ou collective dans l’histoire du peuple d’Israël et qui est très simple à diagnostiquer.

 

Devant une impossibilité absolue et au-delà de toute raison raisonnable. Il fallait que quelqu’un ait le courage de commencer.

 

Un Midrash nous raconte que c’est un prince de la tribu de Judah qui s’appelait Na’hshon ben Aminadav qui s’est avancé dans la mer et la mer s’est ouverte. Cela veut dire que ce geste a donné aux Hébreux un surplus de mérite dans cette espèce de balance en équilibre du point de vue de la justice stricte par rapport aux mérites des Egyptiens frappés par les dix plaies et d’autre part le mérite des Hébreux.


Et de là dérive une expression en hébreu moderne pour dire les pionniers – ceux qui s’avancent en premier- on les appelle les « na’shonim », terme qui vient du nom de Na’hshon Ben Aminadav. Aminadav signifie en hébreu : Celui qui est « au service de son père » dans cette cohérence des noms eux-même...

 

A ce propos le Midrash nous dit que devant la mer le peuple s’est divisé en 4 catégories

ceux qui voulaient se suicider

ceux qui voulaient retourner en Egypte

ceux qui voulaient guerroyer

ceux qui voulaient prier.

 

A cela Dieu répond : cela ne servira à rien...

 

Beshala’h 14 :13-14

וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל-הָעָם, אַל-תִּירָאוּ--הִתְיַצְּבוּ וּרְאוּ אֶת-יְשׁוּעַת יְהוָה, אֲשֶׁר-יַעֲשֶׂה לָכֶם הַיּוֹם:  כִּי, אֲשֶׁר רְאִיתֶם אֶת-מִצְרַיִם הַיּוֹם--לֹא תֹסִפוּ לִרְאֹתָם עוֹד, עַד-עוֹלָם

Vayomer Moshe el-ha'am al-tira'ou hityatsvou oure'ou et-yeshou'at Adonay

 asher-ya'aseh lachem hayom ki asher re'item et-Mitsrayim hayom

lo tosifou lir'otam od ad-olam.

Et Moïse dit au peuple :

Ne craignez pas

Dressez-vous et contemplez le salut

Que Dieu fera pour vous aujourd’hui

Car comme vous avez vu les Égyptiens en ce jour

Vous ne les verrez plus jusqu’à fin du monde.

 

יְהוָה, יִלָּחֵם לָכֶם; וְאַתֶּם, תַּחֲרִשׁוּן

Hashem  yila’hem lakhem

ve'atem ta’harishoun.

C’est Dieu qui fera la guerre pour vous

Et vous vous serez silencieux.

 

Le Midrash explique de la manière suivante :

 

אַל-תִּירָאוּ al-tira'ou  ne craignez rien ! C’est pour la 1ère catégorie : ceux qui craignaient n’avoir plus aucune issu ou solution et qui devant l’impasse préférait le suicide collectif...

 

Pour la 2ème catégorie, ceux qui voulaient retourner en Egypte, le verset dit :

 

הִתְיַצְּבוּ וּרְאוּ אֶת-יְשׁוּעַת יְהוָה, אֲשֶׁר-יַעֲשֶׂה לָכֶם הַיּוֹם:  כִּי, אֲשֶׁר רְאִיתֶם אֶת-מִצְרַיִם הַיּוֹם--לֹא תֹסִפוּ לִרְאֹתָם עוֹד, עַד-עוֹלָ

hityatsvou oure'ou et-yeshou'at Adonay asher-ya'aseh lachem hayom

ki asher re'item et-Mitsrayim hayom lo tosifou lir'otam od ad-olam.

Dressez-vous et contemplez le salut que Dieu fera pour vous aujourd’hui, car comme vous avez vu les Egyptiens en ce jour vous ne les verrez plus jusqu’à la fin du monde

 

Pour la 3ème catégorie de ceux qui voulaient faire la guerre le verset dit :

Hashem  yila’hem lakhem.

C’est Dieu qui fera la guerre pour vous

 

Et pour la 4ème catégorie qui voulait prier :

ve'atem ta’harishoun

Et vous taisez-vous !

 

Que signifie ce Midrash ?

 

Cela veut dire que lorsqu’une situation de ce type survient dans l’histoire d’un peuple, ou d’une destinée à l’échelle individuelle semble être sans issue, alors il y a 4 tendances, 4 stratégies de l’identité humaine qui se retrouvent à chaque péripéties, à chaque événements de l’histoire, dans des formes différentes. mais finalement dans ces mêmes catégories :

les uns sont désespérés,

les autres renoncent à résister et veulent retourner en Egypte,

les 3èmes sont courageux et prêt à mourir même dans la guerre pour ne pas retourner en Égypte…

les 4èmes sont les pieux qui veulent prier...

 

Dieu répond à ces 4 catégories que cela ne sert à rien ! Pourquoi ? Comme vu précédemment, c’est parce que le ciel est bouché ! Le Sar de l’Egypte peut plaider contre Dieu : Pourquoi intervenir en faveur des Hébreux contre les Egyptiens ? Ceux-là sont idolâtres mais ceux-ci seront idolâtres (la faute du veau d’or...)

 

A vue d’historien on ne voit pas de différence entre les Hébreux et les Égyptiens. Dieu seul sait qu’il y a une différence qui est importante et qui se dévoile dans l’histoire. N’importe quel observateur objectif ne pourrait déceler de différence entre les deux, même pas dans l’histoire contemporaine. Mais Dieu sait qu’il y a une différence, mais il faut qu’elle soit dévoilée en toute justice, parce qu’il s’agit du Dieu dont parle la Bible et sous le regard de ce Dieu c’est la justice absolue seule qui est la justice.

 

Et donc ces 4 stratégies sont donc par définition inefficaces... A moins qu’il n’y ait l’engagement de la foi du 5ème, Na’hson, alors elles les 4 stratégies reprennent un sens.

 

Cela veut dire que s’il n’y a pas cet engagement de la foi, alors aucune de ces stratégies quelqu’elle soit ne peut avoir d’efficacité donc d’autre part, même pas la prière.

 

Rashi cite un Midrash très précis : lorsque Moïse veut prier, Dieu lui dit « comment ? Ton peuple est dans l’angoisse et toi tu veux prier ? » « Parles au peuple et qu’il avance... ». Qu’ils commencent par un faire un pas...

 

Nous vivons de façon assez analogue cette péripétie : des tentatives de stratégies différentes pour résoudre les problèmes qui se posent à nous mais quelque soit le niveau où chacun se situe (prière, combat, philosophie...) tout cela n’est efficace qu’en présence de l’engagement de la foi.

 

Beshala’h 14:15

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה, מַה-תִּצְעַק אֵלָי; דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל, וְיִסָּעוּ

Vayomer Hashem el-Moshe

mah-tits'ak elay

daber el-beney-Yisra'el veyissa'ou.

Et Dieu dit à Moïse

Pourquoi cries-tu vers Moi ?

Parles aux enfants d’Israël et qu’ils avancent…

 

Et c’est par le mérite de Na’hshon ben Aminadav que l’ensemble des catégories que le Midrash a décrit sont devenues efficaces.

 

Ceux qui voulaient se suicider mettront toute leur fougue à avancer dans la mer sans s’y noyer...

Ceux qui voulaient retourner en Egypte eux-mêmes – ceux qu’on appelle aujourd’hui les Yordim – on les retrouvera plus tard dans les épisodes du désert : « donnons-nous un chef et retournons en Egypte ».

 

Nous vivons sempiternellement la même histoire mais dans des formes différentes. Il est évident que la Torah nous a déjà donné notre carte d’identité.

 

A chaque génération nous pouvons rappeler cet enseignement : quelques soient les mérites du passé et les démérites des adversaires, finalement il y a un Juge absolu qui juge l’histoire du monde. Et ce jugement nous est décrit par la Torah comme terrible.

 

Au niveau théologique :

Dans toute tradition on se réclame de son Dieu qui ne s’occupe que de nous-mêmes et surtout pas des autres. Dans toutes traditions nous avons le Dieu de tel peuple et tel autre Dieu de l’autre peuple qui protège chacun son peuple... Le Dieu d’Israël c’est le Dieu unique.

Cela signifie que lorsque nous avons un adversaire, derrière lui il y a le même Dieu que le nôtre.

Tant qu’on ne s’élève pas au niveau de ce monothéisme intégral, on ne peut pas comprendre ces récits de la Bible où l’on montre que, même assuré de la protection particulière parfois complaisante du Dieu Unique pour Israël, Israël craint les péripéties qu’il doit affronter. Il y a là une identification entre la conscience morale et la conscience religieuse.

On a une expérience aigüe du fait que Dieu est Un. C’est lui qui a créé tous les peuples comme toutes les créatures et est providence pour toute créature.

 

Ce niveau du monothéisme universel a été rarement atteint, même en Israël : lorsque nous pensons à la définition du monothéisme hébreu nous pensons souvent à une monolâtrie, c’est-à-dire le fait de reconnaître un Dieu qui ne s’occuperait que d’Israël.  

 

C’est pourquoi lorsque l’ange de l’Egypte apparait dans le ciel, les Hébreux de la bible qui eux n’avaient pas besoin de théologiens pour connaître la vérité, avaient en face d’eux Dieu protégeant l’Egypte. De la même manière que dans tous les combats menés contre Israël racontés par la Torah : la crainte de Jacob face à Esaü : il reconnait en face de lui Dieu protégeant Esaü.

 

Nous avons à nous mesurer au niveau d’une conscience religieuse qui a accepté les impératifs de la conscience morale et nous sommes défavorisés par rapport à l’adversaire chez qui ce n’est pas le cas. C’est pourquoi l’histoire d’Israël est si difficile.  

 

Je reprends ce verset si banal, avec l’interprétation du Midrash qui dit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même... » Et on oublie toujours la fin du verset « Je suis Celui qui est ton Dieu »

 

Un des Midrash lit le verset : « Tu aimeras ton prochain, comme toi-même je suis Moi qui suis ton Dieu » Cela veut dire : « Ce que tu feras à ton prochain c’est Moi qui te le ferais.. » 

Pour dire que Dieu protège l’autre avant de me protéger moi, alors que dans toutes les autres traditions c’est l’inverse : mon Dieu me protège moi et pas l’autre.

 

L’expérience nous montre que très souvent la conscience juive n’arrive pas à comprendre la logique de sa propre histoire. En rattachant l’expérience que nous avons des péripéties de la vie à l’échelle individuelle ou collective, à la catégorie du monothéisme absolu, alors l’analyse des événements qui nous concernent prend une toute autre implication. Il faut les récapituler au niveau de l’histoire universelle.

 

Ce Midrash est important pour nous expliquer le récit pur et simple de la Torah à ce sujet.

Voilà pourquoi les hébreux étaient dans cette crainte : avons-nous suffisamment de mérites pour mériter l’intervention de Dieu ?

     

J’ai en mémoire une page du Talmud dans la Massekhet Qidoushin 30 :

« Chaque acte peut faire pencher la balance en bien ou en mal, en mérite ou démérite ».

A un certain stade de l’expérience morale, on se rend compte qu’il n’y a plus d’abri, et que chaque acte engage la destinée toute entière. Il faut apprendre cela et l’oublier. On ne peut pas vivre avec une consigne pareille, mais il faut savoir que c’est ainsi.

C’est le privilège de l’enfance de ne pas savoir cela et de croire qu’il y a un abri, à l’abri duquel les actes pourront être révisés le cas échéant. Arrivé à un certain stade de l’expérience morale on sait qu’il n’y a pas d’abri et que chaque acte peut faire tout pencher d’un côté ou de l’autre...

C’est ce que nous dit le Talmud.

 

C’est le cas dans ce récit : il suffisait d’un acte d’engagement dans la foi pour faire pencher la balance du mérite du côté des Hébreux...

 

Q : le fait de prier n’est il pas un acte d’engagement dans la foi ?

R : le fait de prier est un acte de demande. Prier signifie demander. Or, on obtient si on le mérite. Dieu qui dit ce n’est pas le temps de la prière, signifie dans notre étude : « Il n’y a pas de mérite suffisant pour que Je vous réponde. » Et donc l’acte de foi était un acte d’engagement, c’est un pari qui est fait : entrer dans la mer mais sans savoir qu’elle va s’ouvrir, faire confiance...

Vous êtes habitués à l’idée que prier signifie avoir la foi. Quelle foi ? C’est demander comme en français. En français « prier » qu’on emploie abusivement pour désigner tous les rites qui se font par la parole. Dans le sens strict, une prière est une demande. Il y a un des rites qui se fait par la parole, le Shmoneh Essreh, la Amidah, qui est le comportement qui consiste à se mettre devant Dieu pour lui demander quelque chose que l’on ne peut pas obtenir par soi-même, mais dont on a l’exigence absolue. C’est cela la prière.

 

Si vous dites un Psaume ce n’est pas la prière c’est louer Dieu, c’est autre chose

Dire un Qadish, c’est pas une prière mais un rite de sanctification comme le Qidoush ou la Qedoushah...  C’est un emploi abusif du mot prière.

 

Moïse prie et demande que Dieu intervienne. Dieu lui dit « parles au peuple et qu’il s’engage et qu’il ait foi-confiance dans son histoire, dans leur destinée.... »

 

Certains savent crier. Mais toutes ces stratégies qui ne peuvent être conduites que par ceux qui savent les faire, les unes et les autres, tout cela nous dit le Midrash n’a d’efficacité que par un engagement de la foi.    

 

Q : Amalek après le passage de la mer rouge ?

R : .../...

 

…/…

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Published by Rav Léon Askénazi - dans PARASHAT HASHAVOUA
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