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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 12:53

Behar (1984)

Behar (1984) 2ème Partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/behar_serie_1984/cours_1

Face B

 

…/…

Le régime israélien capote car il donne tous ses pouvoirs à la dictature des juges qui décident d’aprés leur sensiblité de la lettre de la loi et pas du tout d’après le sens des principes au nom desquels la loi est votée.

 

C’est le lien qu’il y a entre la non-moralité (une moralité de la non-moralité) comme principe de régulation des relations sociales et d’autre part le dérèglement économique comme dans le verset de Rout.

 

Q : Comment comprendre rationnellement et intellectuellement ce lien entre l’état de la moralité et le problème économique ?

R : Au niveau de la conception claire du monothéisme absolu, il n’y a plus de problème : le Dieu Un est le même qui régle la vie morale et la vie économique. Celui qui a fait les lois de la société humaine, en particulier la base du problème économique qui fonctionne d’après les lois que le Créateur a mises dans Son monde, est Celui qui a révélé les valeurs morales. 

Nous sortons de l’histoire de 2000 ans dans une civilisation construite sur les principes opposés. C’est pourquoi notre raison de type occidental a une résistance à cette évidence, au niveau rationnel.

Pas dans la conscience orientale qui comprend de suite que nous sommes atteints lorsque le sens de notre existence est atteint. Que ce soit au niveau de la nourriture, que s’exprime le déréglement de la moralité au niveau de la société, cela va de soi lorsqu’on comprend que Midah Kenegued Midah.

Si le sens de l’existence est en question, c’est dans les moyens d’existence, c’est-à-dire le manger.

Les paysans en Occident le comprennent immédiatement.

 

C’est la raison pour laquelle c’est bien pour avoir à résoudre le problème moral que nous sommes donnés au problème économique : ce qui survient au niveau du problème moral s’exprime au niveau de la réalité économique.

 

Il y a là je crois un ‘Hidoush par rapport à la mentalité occidentale. La question métaphysique de fond est importante : Les valeurs dépendent d’une quantité d’aliments ? Quel rapport ? C’est un mystère. Il faut découvrir qu’il y a un rapport dans le sens d’une finalité. Tous les textes parlant de la différence entre Olam Hazeh et les temps messianiques, montrent que dans les temps messianiques nous n’avons plus à être justifiés par les Mitsvot : raison pour laquelle il n’y aura plus de Korbanot sauf de Korban Todah ..etc.. D’autre part, il n’y a plus de problème économique à résoudre : « arbre à pain » etc… L’homme sera entièrement disponible à l’ordre des valeurs : Plus de problème économique et la moralité sera facilitée...

 

Birkat hamazon est une Avodah plus importante que la Tefilah : parce c’est précisèment l’établissement du lien du Eved au Adon à travers le fait d’exister c’est-à-dire la nourriture qui me fait exister. C’est quand je prend conscience de la nécessité de manger pour vivre que je sais que j’ai un Créateur. Je suis plus devant le Créateur pendant Birkat hamazon que pendant le Shmoné Essré où la relation se fait par délégation et non dans l’expérience même du manger pendant Birkat Hamazone. Le jeûne c’est le fait depuis l’absence du Beit Hamiqdash que c’est le Korban d’expiation depuis la disparition du temple. On apporte dans le Korban d’expiation ce qui normalement sert de nourriture. En absence du Temple, la Kaparah d’expiation se fait non plus par le Korban mais par trois choses : Téfilah, le jeûne et la Tsedakah.

Jeûne assimilable à une autophagie, l’homme se nourrit de lui-même. Lorsque le jeûne se prolonge il y a augmentation de température combustion du corps par lui-même qui se digére lui-même... phénoméne permanent.

On peut étendre l’idée à l’univers entier et le voir comme un phénoméne d’autophagie permanente.

Nous sommes en situation de Korban perpétuelle. C’est ce Korban du Tsol qui remplace le Korban du Beit Hamiqdash.

On découvre alors que le comportement religieux ne s’occupe que de cuisine. Une histoire de casserole. La nourriture est le véhicule fondamentale de l’expérience religieuse. C’est vrai dans toutes les grandes traditions.

 

***

 

Q :

R : Ce risque de substituer la légalité à la moralité ne concerne pas que la société mais également le Shoulkhan Aroukh lui-même. C’est ce que j’ai appellé la tentation saducéenne à l’intérieur de la communauté religieuse pour qui c’est la Torah qui est la constitution.

C’est le fait de se servir de la lettre de la loi vôtée pour servir ses propres intérêts politiques. L’interprêtation que l’on donne de la lettre dépend à priori de ses propres intérêts personnels.

 

C’est le substitut à la loi morale que la civilisation occidentale fondée par Rome a fini par établir comme l’évidence sociologique par excellence de la lettre du texte législatif. Il y a disparition du scrupule de la moralité au profit de l’intérêt personnel.

 

Tous les intérêts sont en dernier ressort des intérêts économiques : est un intérêt ce qui pousse à recevoir une jouissance quelqu’elle soit, fut-elle intellectuelle – une partie d’échec – c’est un intérêt économique – « une prestation de service ». C’est la recherche d’une jouissance. 

Ce qui guête la société israélienne c’est ce danger « saduccéen » de l’envahissement de l’esprit du légalisme dans une société dont le souci essentiel est celui de la moralité. Le drame c’est que ces juges-là sont persuadés d’avoir le souci de la moralité. Or, ils fonctionnent en légalistes purs.

 

***

 

Le fonctionnement de la société créé des inégalités : la Torah veut stopper et recommencer. Cela ne peut marcher que dans une société qui se définit par le souci de la moralité. Si on oublie que le problème à résoudre est celui de la moralité et que l’on justifie le problème sociologique alors on tombe dans ce travers et l’évidence de ces lois-là du Shabat ne se comprend plus.

 

Nous touchons dans cet exemple-là aux problèmes des tensions qui existent entre la société et la Torah. Il faut une éducation préalable, qui est très facile à faire, sur l’évidence de la finalité de ces Mitsvot de telle sorte que l’intérêt bien compris restitue à la moralité ce que la légalité lui avait usurpé.

 

Problème : je ne pense pas que ce sera à notre génération car les leaders de notre société ont été formés dans la civilisation occidentale et avec cette espèce de confusion entre le souci légal et le souci moral. C’est une mentalité préhistorique qui pèse encore sur la société israëlienne... mais cela est en marche. Tentative nécessaire pour en voir les bienfaits.

 

Israël est au fond le seul peuple qui ait intérêt à être moral. Alors que partout ailleurs il y a une tension entre l’intérêt et la moralité. Lorsqu’Israël prend concience de son unique manière d’être homme et du choix divin pour l’humanité entiére, c’est un homme qui a intérêt à être Tsadik.

 

***

Q :

R :

Tentation saducéenne qui est l’expression psychologique d’une maniaquerie de la légalité. Parfois cela cache le fait d’avoir perdu la foi. Plus une orthodoxie mais une orthopraxie. Le fait d’accuser la maniaquerie du souci du détail dans la forme de l’application cache le fait qu’on a perdu la foi dans les principes de cette même loi.  C’est un phénoméne de compensation : une minutie extrême dans la légalité cache l’absence de foi dans la moralité. En schématisant beaucoup, les Saduccéens étaient des pratiquants religieux athées. Ils font très bien les Mitsvot. Ils sont d’autant plus minutieux dans la légalité qu’ils ont perdu la foi dans les principes de la moralité.

 

Q :

R :

Ce rapport est enseigné dans le Qriat Shéma déjà. Parshat Be’houqotaï.

Cas particulier du problème évoqué tout à l’heure : le fonctionnement de la nature elle-même dépend du niveau de moralité : Plus les guerres sont dures, plus les hivers sont rigoureux. L’hiver 1944 de la dernière guerre mondiale a dépassé les records.

 

Comme s’il y avait un lien, et l’homme moderne a perdu le principe de diagnostic du monothéisme absolu. C’est un principe unique qui régle la vie de la nature et la vie de la moralité. La capacité à diagnostiqué cela s’est perdu dans de nombreuses civilisations.

 La civilisation occidentale s’est fondée sur la rupture de ce principe : à Dieu ce qui appartient à Dieu et à César ce qui appartient à César. Séparer la morale et la politique, séparer la vision scientifique de la foi mystique...etc.

 

Cette dychotomie des évidences c’est l’anti-monothéisme par excellence que pronent les nouveaux philosophes français et qu’ils appellent le paganisme : le retour aux mentalités païennes.

C’est le dualisme romain qui s’exprime dans les évangiles !

La société israélienne est prise dans cette tension entre la légalité et la moralité.

 

***

23 40

 

Rashi :

« Quel est le lien entre la Shémitah et l’allusion au Sinaï ? »

« mah inyan shemitah etzel har sinai ?»

 

Cette expression hébreux passée dans le langage courant pour signifier des choses sans rapport.

C’est la clef de notre problème. Avec beaucoup d’humour, Rachi cite la formule du Midrash.

« N’est-ce pas que toutes les Mitsvot ont été dites au mont Sinaï ? »

« C’est pour t’apprendre que de même que la loi de la Shémitah a été donnée au Sinaï tant dans les principes que dans les détails que dans les précisions de détails, de même toutes les Mitsvot et leurs détails d’application ont été données au Sinaï... »

 

Notre question est toute autre : pourquoi dit-on cela à propos des lois de la Shémitah ?

Le Midrash a semblé esquiver notre question : la Torah nous apprend pour la Shémitah que tous les principes et les détails d’applications ont été donnés au Sinaï. Mais on oublie que c’est précisément cet exemple-là de la Shémitah qui a été choisi pour apprendre ce principe-là !?

Notre question c’est de savoir pourquoi c’est Dafka cet exemple-là qui est choisi pour apprendre ce principe-là ?

 

Nous avons cette tendance : On accepte les principes généraux de la loi, mais le détail fait peur à cause de cette peur de la tendance légaliste maniaque du détail.

 

Peur de l’excés d’orthodoxie : derrière l’excés d’orthodoxie se cache un désordre psychologique, la maniaquerie. La Torah est une des lois qui a le plus tendance de risquer de mener à cette impasse.

Le légalisme n’est pas juif mais romain. Mais le risque de légalisme existe.

 

C’est un phénoméne grave qui conduit à la substitution de la légalité à la moralité : c’est ce qui a séparé les Saduccéens et les Pharisiens. Le contenu devient second par rapport à cette attitude fondamentale. Ce n’est pas seulement le monde juridique qui est envahit par ce problème  mais le monde rabbinique lui-même.

 

Il faut une capacité de confiance énorme en la vérité de la loi pour ne pas tomber dans ce piège. S’ils tombent dans ce piège c’est le signe qu’ils n’ont plus cette capacité. Ils se mettent à l’abri de la lettre. Ils sont devant la Torah plus qu’ils ne sont devant Celui qui a donné la Torah. C’est très grave. Ils savent encore que quelqu’Un a donné la Torah mais leurs propres élèves ne l’entendent plus comme cela et se relient à la Torah comme non révélée.

 

On risque de tomber dans le romanisme que la loi morale elle-même est de type « loi de la nature », elle est impersonnelle et n’est plus la volonté de quelqu’Un. Si on se mesure à une loi impersonnelle-fut-ce t’elle la loi religieuse comme impersonnelle -  ce n’est plus du tout la Torah.

Par le biais de la Torah on se mesure à la volonté de quelqu’un et non pas à l’impersonnel.

 

La réponse à notre question doit être trouvée dans Parshat Mishpatim :

L’expression Torah mi Sinaï que l’on a ici sous la forme de Behar Sinaï lemor qui n’est pas simplement un contenu informatif, chronologique ou tautologique, mais a un contenu en soi, elle  est une manière d’identifier la Torah en l’appelant Torah MiSinaï.

 

La Torah commence par se donner un titre dans la première parole des 10 commandements : Anokhi Hashem Eloheikha ....

 

La Torah est la législation proposée au candidat à la libération.

Voilà le titre que la Torah se donne à elle-même :

« Je suis Hashem ton Dieu qui t’a fait sortir du pays d’Egypte de la maison des esclaves ».

 

L’objectif de la Torah c’est pas l’intérêt de la société ni l’intérêt du monde des instincts individuels, c’est pas l’intérêt intellectuel, c’est pas l’intérêt spirituel ...

L’objectif c’est libérer la créature de toutes les aliénations qui s’attachent à sa condition de créature.

C’est ce que signife l’expression « Mi Sinaï » !

Il y a des Mistvot pour lesquelles cela est évident, par exemple celle-là.

Toutes les Mitsvot de la Torah sont Torah MiSinaï : cela veut dire l’achèvement de la sortie d’Egypte... C’est cela la Emounah d’Israël : la Guéoulah !

 

C’est l’objectif de la Torah : libérer l’homme des aliénations qui proviennent de sa conditon de créature.

 

Voilà la finalité des Mitsvot : on peut l’apprendre de celles pour lequelles c’est évident. Par exemple dans Mishpatim, la libération des esclaves à la 7ème année. C’est un cas particulier des lois de la Shémitah. Et ici, les lois de la Shémitah, la libérations des conditionnements économiques.

 

On pourrait croire que l’objet du Midrash veut nous faire comprendre l’évidence que la Shemitah est une loi du Sinaï. En réalité l’objet du Midrash est différent : C’est évident pour la Shémitah : apprend-le pour toutes les Mitsvot !

 

<fin>

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Published by Manitou - dans PARASHAT HASHAVOUA
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