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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 18:51

Behaaloteha (1985)

 

Parasha - Behaaloteha (1985)  1ère Partie (44:17)

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/behaalotkha/cours_1

Face A

 

1er sujet de la Parashah de Behaalotekhah :

C’est le thème principal du dénombrement vu dans la Parashah de Bamidbar qui a eu lieu après l’érection du tabernacle par Moïse le 1er Nissan de la 2ème année de la sortie d’Egypte.

 

Et le 1er Iyyar, il y a eu un dénombrement, et nous avions étudié ce que Rashi et d’autres commentateurs en disent de la différence avec la dénombrement qui avait eu lieu quelques mois aupravant après le 1er Yom Kipour de la 1ère année et qui venait en conséquence de la faute du veau d’or. Et il s’agissait à ce moment-là de dénombrer Israël pour savoir s’il y avait suffisamment de personnes pouvant ensemble constituer l’assemblée, le Klal d’Israël, après la mise à l’épreuve qui a résulté de la faute du veau d’or. Celui-ci se passe à partir du Yom Kipour de la 1ère année.

Alors que le dénombrement à partir de la 2ème année de la sortie d’Egypte, à partir du 1er Iyyar, et qui fait l’objet d’une bonne partie de la Parashah de Bedmidbar, c’est afin de savoir si Israël est déjà apte à ce que la Shekhinah repose sur lui.

 

En fait, le commentaire de Rashi que nous avons étudié tient compte du fait que déjà le Mishkane à été mis sur pied.

 

Par conséquent, d’une certaine manière, Dieu a jugé que Israël était apte à ce que la Shekhinah repose sur lui.

 

La Shekhinah cela veut dire que non seulement Israël et Dieu sont reliés par une alliance qui fait qu’Israël reconnait Dieu comme son Dieu et Dieu reconnait Israël comme Son peuple, ce qui est à priori acquis dès le commencement de l’histoire des Patriarches, mais que cela soit non seulement vrai mais réel. Qu’il y ait une présence réelle de ce lien d’alliance entre Israël et Dieu, Dieu et Israël.

 

C’est pourquoi Rashi dit : c’est pour mettre en évidence le prix que Dieu attache à Israël, puisque déjà le jugement est fait mais pour le dévoiler. Pour dévoiler l’importance qu’Israël a vis-à-vis de Dieu, à ses yeux, pour dire l’amour que Dieu a pour Isräel : chaque fois qu’Il a une occasion de le faire, Il les dénombre. Un peu comme certains Midrashim l’indiquent, cités par le Kli Yakar, quelqu’un qui aurait découvert des pierres précieuses dans le sable et content de son trésor à chaque occasion, il le compte, le montre...

 

La différence entre ces deux dénombrement c’est que le 1er dénombrement est global, il cherche à savoir le nombre des enfants d’Israël. Alors que celui de Bamidbar vise le Mispar Shémot. Chacun a été nommé. Il y a un niveau de valeur différent où chaque personne est mise en évidence dans son identité propre, individuelle et personnelle.

 

Toute la controverse des commentateurs au sujet de ces deux dénombrements, parce qu’ils donnent exactement le même chiffre, tournait sur le fait de savoir si dans le 1er denombrement la tribu de Lévi avait été décomptée avec les autres tribus, alors que dans le 2ème dénombrement il est évident que la tribu de Lévi a été dénombrée à part et mise à part.

 

Or, nous avons dans la Parashah de Behalotekhah le thème important de la relation entre la tribu de Lévi, qui est décomptée à part, avec les autres tribus.

 

Cela va nous permettre de comprendre pourquoi la Parashah de Behalotekha, après le récit qui se trouve en fin de Parashat Nasso, de l’inauguration du Mishkane par les princes des 12 tribus, va commencer par la prérogative de la tribu de Lévi au niveau le plus haut, Aharon le grand-prêtre, qui est lui chargé d’allumer la Ménorah, le candelabre, dans le Miqdash.

 

Nous essaierons de mieux comprendre ce que dit Rashi à propos des versets de la Ménorah. Ce sera notre 1ère étude.

 

Au chapitre 8 verset 19 dans Parshat Behalotekha, se trouve un des versets où la Torah indique une conséquence de la faute du veau d’or, la tribu de Lévi n’ayant pas participé à la faute du veau d’or va obtenir un statut particulier par rapport aux autres tribus.

 

Le premier projet à la sortie d’Egypte, c’est que l’ensemble du peuple Israël soit voué à la sainteté correspondante au fait que l’ensemble d’Israël était destiné à priori à être les prêtres de l’ensemble des Nations. Ex. 19:6 « מַמְלֶכֶת כֹּהֲנִים, וְגוֹי קָדוֹשׁ   Mamlekhet kohanim vegoy kadosh ».

 

Il faut bien comprendre le 1er projet de la Torah.

La comparaison pourait être définie ainsi : Les nations seraient comme formellement les tribus d’Israël et Israël tout entier serait comme la tribu de Lévi. Ce plan, ce projet, n’a pas pu se réaliser pour 2 raisons corollaires, l’une intérieure l’autre extérieure.

 

La raison intérieure a été mise en évidence par la faute du veau d’or : il n’y a pas encore capacité suffisante pour Israël d’être à ce niveau-là, bien qu’il soit déjà de façon irréversible appelé à ce projet-là.

 

Comme je le cite souvent : pour que Jacob soit Israël il faut qu’il devienne Israël. Mais seul Jacob peut devenir Israël. Jacob ne nait pas Israël, mais il nait Jacob ; et il lui faut obtenir cette qualification « Israël ». Et cela engage à tout ce que cela engage. Mais, à partir du moment où Jacob, fils d’Isaac, fils d’Abraham, apparait dans l’histoire, on sait que seul Jacob peut devenir Israël. Les deux choses non seulement ne sont pas contradictoires mais sont corollaires l’une de l’autre. Il faut avoir été Jacob pour devenir Israël, mais il ne suffit pas d’être Jacob pour être déjà Israël. C’est assez paralléle.

Tout Israël est déjà irréversiblement dans le projet d’être מַמְלֶכֶת כֹּהֲנִים, וְגוֹי קָדוֹשׁ   « mamlekhet kohanim vegoy kadosh », mais il ne l’est pas encore, c’est un projet différé.

La faute du veau d’or le met en évidence et empêche ce projet. Israël n’est pas encore capable d’être, à l’origine de son histoire, concrêtement au niveau de la réalité,  bien que dans la vérité du projet ce soit déjà le cas : le peuple de prêtres des autres nations.

 

Il va l’être à travers l’histoire, qu’il le veuille ou pas, que les nations le veuillent ou pas, mais à un niveau extrêmement occulté, caché et défiguré, indirectement... Cela se fait quand même mais au niveau de défigure que peut être l’exil de la Golah par rapport à la délivrance de la Guéoulah.

 

Si on relit l’histoire des sociétés humaines, chaque fois que le peuple d’Israël sort des ghettos, c’est un soubresaut générale de la conscience universelle, et il n’y a qu’à suivre cette histoire dans l’histoire de la civilisaiton contemporaine : A partir de l’émancipation : les Juifs sortis des ghettos ont bouleversé toutes les catégories de la culture mondiale à partir de et à travers l’Europe. C’est une histoire non-officielle.

Je schématise car il n’y a pas que des Juifs sortis des ghettos qui ont bouleversé l’épistémologie contemporaine, il y a eu aussi des savants des Goyim.

Il suffit d’analyser l’impact énorme de « l’école de Vienne », ces Juifs sortis du ghetto de Vienne, sur l’histoire des nations contemporaines : cela se fait, mais dans la défigure, pas au titre de l’identité d’Israël. 

 

ð   La 1ère raison c’est que Israël en tant que nation de l’ensemble des descendants des Patriarches et de ceux qui se sont adjoints à eux à la sortie d’Egypte, n’est pas encore capable d’être ce que le projet de la Torah annonce pour lui, et qu’il définit comme   « mamlekhet kohanim ve goï kadosh מַמְלֶכֶת כֹּהֲנִים, וְגוֹי קָדוֹשׁ    ».

 

ð   Il y a une 2nde raison corollaire qui vient de l’extérieur : c’est le refus de la part des Goyim d’envisager ce plan de la Providence pour l’humanité entière à travers Israël et d’Israël pour l’humanité entière.

 

Et on retrouve souvent dans beaucoup de sujets ces deux motivations de ces dimensions d’explications : une cause intérieure et une cause extérieure qui font que tout cela est différé pour la Fin des Temps.

Mais les Prophétes n’oublient pas de nous dire les deux choses à la fois jusqu’au bout.

 

Et donc, la tribu de Lévi est mise à part.

 

Verset 19 chapitre 8

8:19

וָאֶתְּנָה אֶת-הַלְוִיִּם נְתֻנִים לְאַהֲרֹן וּלְבָנָיו, מִתּוֹךְ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, לַעֲבֹד אֶת-עֲבֹדַת בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל בְּאֹהֶל מוֹעֵד, וּלְכַפֵּר עַל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל; וְלֹא יִהְיֶה בִּבְנֵי יִשְׂרָאֵל, נֶגֶף, בְּגֶשֶׁת בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל, אֶל-הַקֹּדֶשׁ

Va'etnah et-haLevi'im netounim le-Aharon oulevanav

mitokh beney Yisra'el

la'avod et-avodat beney-Yisra'el beOhel Moed

oulekhaper al-beney Yisra'el

velo yihyeh bivney Yisra'el negef begeshet beney-Yisra'el el-hakodesh.

« Et Je destinerai les Leviim à Aharon et à ses fils (ie. les Kohanim),

du dedans des enfants d’Israël,

afin d’assurer le service des enfants d’Israël dans le Ohel Moed le tabernacle. 

Et pour expier pour les enfants d’Israël,

de telle sorte qu’il n’y ait pas de fléau (neguef) chez les enfants d’Israël,

lorsque les enfants d’Israël s’approcheraient de la sainteté. »

 

Quelle est l’idée ? Etant donné qu’Israël est voué à la sainteté, il peut être pris d’une impatience de sainteté, mais comme il n’est pas encore apte à s’approcher de cette sainteté, ce rapprochement pourrait lui être néfaste.

 

Cela veut dire que l’événement de la faute du veau d’or, le corollaire étant la destination spéciale par délégation d’Israël de la tribu de Lévi pour le service de la sainteté, le corollaire de cela c’est le propos de tous les enfants d’Israël, mais dans l’état où ils sont, s’ils anticipaient un niveau de spiritualité dont ils ne sont pas encore réellement capables, bien qu‘ils le soient en projet de vérité, cela pourrait être catastrophique.

 

Il faut donc un médiateur qui reçoive la délégation du projet de saintété d’Israël lui-même ; un médiateur qui aurait déjà fait ses preuves. (Il faut enlever au mot de médiateur ses connotations théologiques pour en retenir le sens de médiation.)

 

L’image que je donne habituellement est celle du courant trop fort dans une ampoule qui éclate.

Par conséquent, il y a des courants dangeureux. Cela ne veut pas dire que le courant n’est pas bénéfique mais cela dépend de la qualité de l’ampoule.

 

Il apparait là que les Léviim ont reçu une délégation de sainteté de la part des enfants d’Israël.

 

La question qui apparait du Pshat de ce verset que j’ai déjà interprêté en le traduisant, c’est que l’on pourrait penser que ce fait de mise à part des Léviim par rapport aux Bney Israël disqualifie les Bnei Israël.

 

Il y a là un thème à la fois historique et sociologique qui est très important parce que d’autre part très éclairant pour les mécanismees de conduite de la société juive en général et en particulier de la société israélienne. 

 

Lorsqu’il y a des élus qui sont élus par le peuple, le danger, le piège c’est que puisque le peuple a élu les élus, il n’y a que les élus, et le peuple est disqualifié. On élit des députés censés être les représentants de ceux qui les ont élus, mais ensuite les électeurs sont mis entre parenthèses et les élus s’érigent en peuple sans aucune considération pour le peuple... Il y a tous les correctifs divers dans les sociétés pour remédier à ce problème, en particulier le référendum.

 

Retour à l’étude :

Le piège c’est qu’une fois la tribu de Lévi mise à part des tribus d’Israël, cela disqualifie les tribus.

Rashi montre que c’est tout le contraire.

 

J’en viens au coeur de notre problème qui est celui de la relation entre la tribu de Lévi avec les autres tribus d’Israël et réciproquement.

 

Rashi : 

« 5 fois l’expression « enfants d’Israël » est dite dans ce verset, c’est pour nous faire connaitre l’affection de Dieu pour eux, puisque la mention qui est faite d’eux est multipliée dans un seul verset, et cela je l’ai vu dans le Bereshit Raba. » 

 

Notre sujet n’abordera pas l’étude de ce Rashi dans le détail pour lui-même mais simplement l’essentiel de notre sujet concerne la nature du lien entrre la tribu de Lévi, après la mise à part du dedans des enfants d’Israël, et d’autre part les enfants d’Israël par rapport à la tribu de Lévi.

 

Rashi n’a pas l’habitude de rajouter cette note : « et cela je l’ai vu dans le Bereshit Raba ».

Rashi a tenu à nous faire une analogie entre 5 fois l’expression « les enfants d’Israël » dans le même verset (ce qui est exceptionnel) et d’autre part cinq qui se relie aux 5 livres de la Torah.

On pourrait croire à une comparaison infantile comme dans la Hagadah.

En réalité, Rashi nous indique le sérieux du commentaire en indiquant la source du Midrash Raba. Rashi veut nous faire comrpendre que le véritable sens du verset c’est le contraire de ce qu’on aurait pu croire comme ce que je l’ai cité précédement. A savoir, le fait que la tribu de Lévi à été mise à part, disqualifierait le peuple qui leur a donné cette délégation au projet de sainteté...

 

Au contraire, à propos de ce verset, la Torah tient à dire que ce qui est précieux aux yeux de Dieu c’est Son peuple, cela concerne les enfants d’Israël et pas les Lévites. S’il n’y avait pas le peuple d’Israël, la tribu de Lévi serait inutile.  

 

Vous comprenez tout de suite à quelle cassure dans la société juive ou dans la société israélienne contemporaine cela correspond. Les mises à part de la mise à part...

 

Il y a plus dans Rashi, quelque chose de très important : le fait que si l’on a bien compris le lien entre les 5 occurences de l’expression « Bnei Israël » et les 5 livres de la Torah, cela nous donne le sujet de chacun des livres de la Torah.

 

Cela veut dire que chacunes des expressions du contexte de ce verset nous donne le sujet de chacuns des livres de la Torah.

 

Je relie le verset :

 

Verset 19 chapitre 8

8:19

וָאֶתְּנָה אֶת-הַלְוִיִּם נְתֻנִים לְאַהֲרֹן וּלְבָנָיו, מִתּוֹךְ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל,

Va'etnah et-haLevi'im netounim le-Aharon oulevanav

mitokh beney Yisra'el

 « Et Je destinerai les Leviim donnés à Aharon et à ses fils (ie. les Kohanim), du dedans des enfants d’Israël... => Sefer Bereshit

 

Le sujet du Sefer Bereshit est de nous raconter comment les enfants d’Israël sorte du dedans de l’humanité. Vous reportez le même principe au sujet général du livre de Bereshit et vous comprenez par vous-même l’importance de l’indication donnée par Rashi, déjà à ce niveau-là.

 

Si l’humanité toute entière savait que la mise à part d’Israël les concerne, il y aurait peut-être moins d’anti-sémitisme. Et si Israël savait que leur mise à part concernait l’humanité toute entiére, il y aurait peut-être moins de malentendus. Vous avez compris l’importance du sujet : Il faut comprendre le mot mitokh de l’intérieur, du dedans. C’est du dedans des enfants d’Israël qu’appparaissent les Léviim. De la même manière que c’est du dedans de l’humanité qu’apparait Israël. 

 

לַעֲבֹד אֶת-עֲבֹדַת בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל בְּאֹהֶל מוֹעֵד

la'avod et-avodat beney-Yisra'el beOhel Moed

 afin d’assurer le service des enfants d’Israël dans le Ohel Moed le tabernacle. 

=> Sefer Shemot

 

Quel est le sujet du livre de Shemot ?  La Avodah dans le Ohel Moed. Si on se pose la question au sujet du livre de l’Exode qui raconte la sortie d’Egypte et ce vers quoi cela mène, la réponse est très claire : elle doit mener au Beit HaMiqdash. (Cf. Maïmonide dans le 11ème chapitre de Yad hazakah)

D’abord, la sortie de l’exil et ensuite Melekh haMashia’h d’après Maïmonide.

 

Cela signifie que la sortie d’Egypte a pour objectif, non pas une religion juive qui serait cosmopolite, mais le culte du temple de Jérusalem, avec comme étape d’apprentissage le Tabernacle du désert.

La sortie d’Egypte doit mener à construire le Beth hamiqdash à Jérusalem, pour des raisons secondes que le Sefer Shemot raconte qu’il a fallu un petit détour par le Sinai pour recevoir la Torah. Cela a mal tourné et le peuple est resté 40 ans supplémentaires dans le désert.

 

וּלְכַפֵּר עַל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל

oulekhaper al-beney Yisra'el

Et pour expier les fautes éventuelles des enfants d’Israël,

=> Sefer Vayiqra

 

וְלֹא יִהְיֶה בִּבְנֵי יִשְׂרָאֵל, נֶגֶף

velo yihyeh bivney Yisra'el negef

de telle sorte qu’il n’y ait pas de neguef de fléau chez les enfants d’Israël,

=> Sefer Bamidbar concerne toute l’histoire de ces fléaux : les mises à l’épreuves et les conséquences catastrophiques de ces mises à l’épreuve.

 

  , בְּגֶשֶׁת בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל, אֶל-הַקֹּדֶשׁ

begeshet beney-Yisra'el el-hakodesh.

Lorsque les enfants d’Israël s’approcheraient de la sainteté. »

=> Sefer Devarim : lorsque les Bnei Israël s’approchent du Qodesh, c’est à dire Erets Israël.

 

Depuis ce plan général, je vais reprendre la dimension qui concerne notre sujet : on a appris que c’est maintenant sur les Léviim que repose le sort de l’approche de la sainteté, du projet de sainteté. Cela n’a de sens que si c’est au nom des enfants d’Israël. C’est le projet des enfants d’Israël que Lévi reprend par délégation des enfants d’Israël.

 

Le danger serait de penser, après cette mise à part des Léviim, à l’histoire d’Israël comme à l’histoire d’une église, dans son sens étymologique, alors qu’en réalité il s’agit de l’histoire d’une nation. Tous les malentendus de vocabulaire entre les différentes tendances se posant la question de savoir qui est juif et comment le définir vient peut-être de ce que dans les derniers siècles de l’exil on a opéré cette confusion-là. On ne s’est plus rendu compte que l’on parlait d’une nation et non pas d’une église dans le sens de ecclesia.

 

Et on arrive à notre sujet : c’est que le Beth hamiqdash a été inauguré non par la tribu de Lévi mais par les chefs des 12 tribus d’Israël. Vous avez-là tout le contenu du récit de l’inauguration du Mishqane par les Nessiim, les princes des tribus.

Et nous allons maintenant voir dans Behalotekkha le contrepoint de cela.

 

Le récit de ces 12 tribus est un très long texte que l’on rappelle d’ailleurs à ‘Hanoukah et voilà comment commence notre Parashah après la Parashah que l’on appelle Parshat hanessim, la Parashah qui traite de l’offrande des princes  des tribus à l’inauguration du mishkane.

 

8:1

וַיְדַבֵּר יְהוָה, אֶל-מֹשֶׁה לֵּאמֹר

Vaydaber Hashem el Mosheh lemor 

דַּבֵּר, אֶל-אַהֲרֹן, וְאָמַרְתָּ, אֵלָיו:  בְּהַעֲלֹתְךָ, אֶת-הַנֵּרֹת, אֶל-מוּל פְּנֵי הַמְּנוֹרָה, יָאִירוּ שִׁבְעַת הַנֵּרוֹת

Daber el-Aharon ve'amarta elav

beha'alotekha et-hanerot

el-moul pney hamenorah

ya'irou shiv'at hanerot.

...

parle à Aharon et tu lui diras 

lorsque tu feras monter les flammes de la lampe

 

Par exemple dans le verset « lehaalot ner tamid » faire monter la flamme de la lampe, c’est tellement évident que c’est ça, qu’on a besoin d’un commentaire pour nous dire pourquoi c’est comme ça que c’est écrit. Il n’y a pas écrit « behadikekha lorsque tu allumeras » mais « lorsque tu feras monter la flamme des lumières ».

 

אֶל-מוּל פְּנֵי הַמְּנוֹרָה

el moul penei hamenorah

en direction de la face de la menorah

 

La ménorah possède un tronc et 6 branches, 3 d’un côté à gauche et 3 de l’autre à droite : cela voulait dire que les lumières devaient être inclinées vers la branche centrale qui est droite. 

 

יָאִירוּ שִׁבְעַת הַנֵּרוֹת

ya'irou shivat hanerot.

et éclaireront-brilleront les 7 lumières

 

Le texte aurait dû dire « les 6 lumìères » !

C’est une problème insoluble apparement. Je vais vous citer un des commentaires à ce sujet.

 

Tout d’abord, l’allure générale de l’indication, c’est qu’il s’agit de la consigne donnée à Aharon qui est le délégué des délégués de la tribu de Lévi qui est elle-même déléguée de tout Israël.

 

Le geste général, c’est qu’il y a une intériorisation qui doit viser à l’unité : que les 6 se dirigent vers la 7ème et le geste est le geste de visée d’unité.

Parce que cela ne peut pas être chaque lumière séparée.  Et c’est pour éviter evidemment que les lumières divergent.

 

[Lu dans un livre au temps du nazisme la différence entre le Maguen David et la croix gammée : c’est exactement l’inverse. Le Maguen David est un effort d’unifier tout ce qui est multiple : dans tous les sens jusqu’au point central unifiant. Mouvement centripéte. Une croix gammée décrit un mouvement centrifuge : du point central vers l’extérieur. L’auteur indiquait que ce n’est pas pour rien que ces deux symboles se sont heurtés dans l’histoire à travers les deux sociétés qui les ont  choisi.]

 

Il y a là quelque chose d’analogue avec cette idée d’intériorisation unifiante qui est un des commentaires qui se base sur le Zohar.

 

Cette numération 6 et 7 renvoit à la 1ère numération de 6 et 7 du commencement qui sont les 6 jours du commencement et le 7ème jour du Shabat. Or, c’est la Torah qui est comparée à la lumière « ki ner mitsvah vetorah or ».

 

Et vous connaissez ce principe sur lequel les moralistes s’appuient trop souvent à l’aide des formules trop générales et lorsque les intellectuels, les universitaire cherchent à comprendre ce qu’ils veulent dire par là ils sont parfois désorientés par ces formules un peu naïves : par exemple que « la Torah contient toutes les sciences ». Il faut savoir à quel niveau c’est vrai, mais si on dit une formule comme cela toute bête, cela désoriente car on ne peut en interroger le contenu. Ce sont des formules à employer avec précaution.

 

Ce commentaire que je cite explique cette formule de la manière suivante :

Qu’est-ce que c’est que les sciences en général ?

C’est la recherche de la connaissance de la réalité du monde créé dans les 6 jours.

Qu’est-ce que le savant dans son projet cherche à atteindre ? C’est la connaissance vraie de ce qui concerne la réalité des 6 jours. Ceci est aussi plein de thèmes d’importance : dans la perspective du monothéisme, ceci voudrait dire qu’il y a une certaine approche du projet scientifique qui doit être considérée comme sainte, comme projet de sainteté, car le projet est de découvrir la volonté du Créateur. Comment le Créateur a voulu que les phénomènes fonctionnent.

Si nous sommes dans la cohérence d’une doctrine qui commence par dire : le monde où nous nous trouvons a été créé par Celui qui a révélé la loi morale, et donc le problème scientifique devrait procéder de la conscience morale elle-même.

A la limite, seuls ceux qui seraient capables d’une morale absolue auraient la permission de faire des sciences.

 

En tout cas lorsque les savants juifs, les rabbins, du moyen-âge faisaient leurs expériences de laboratoire, ils commençaient par prendre un bain rituel - la Miqvah - car ils avaient concience qu’ils allaient entrer dans un projet qui consiste à tenter d’explorer et collaborer à la volonté du Créateur. Pour eux, c’était une conduite au-delà de la sainteté habituelle. Vous voyez à quel point nous sommes ici loin de ce dualisme.

 

Aujourd’hui, dans la culture contemporaine, il y a un problème entre science et conscience, on ne demande plus aucune conscience comme préalable à la science. D’où peut-être les catastorphes que nous vivons.

 

Ce problème de la dualité entre science et conscience est un problème moderne car les anciens étaient assez vigilants pour savoir les unir.

 

Alors, cette source indique que les ‘Hokhmot, les sagesses, les sciences extérieurs à la Torah concernent aussi les Juifs.

Quelque soit la science finalement on est ramené à la même définition : on tente d’explorer la manière dont le Créateur a décidé que les phénomènes fonctionnent.

 

Et puis la Torah, elle, est appelée la ‘Hokhmah du 7ème jour.

Tout le monde est d’accord dans la Guemara que ce soit le 6 ou le 7 Sivan que la Torah ait été donnée au Sinaï, que c’était un Shabat. C’est une Mal’hoquet et finalement la décision est pour le 6 Sivan mais c’était un Shabat.

 

La Torah est la ‘Hokmah du 7ème jour alors que les ‘Hokhmot en général sont les ‘Hokhmot des 6 jours. Voilà ce que nous dit le texte :

 

יָאִירוּ שִׁבְעַת הַנֵּרוֹת

ya'irou shivat hanerot.

et éclaireront-brilleront les 7 lumières

 

C’est lorsque les 7 éclairent ensemble qu’elles éclairent. Quand la lumière de la Torah éclairent les autres sciences et que les autres sciences éclairent la lumière de la Torah alors, les 7 éclairent sinon il n’y a que les 6 lumières.

 

Cette indication va très loin mais nous avons le bénéfice de retrouver le Pshat du verset.

Voilà pourquoi le verset a dit : ya'irou shivat hanerot  et pas sheshet hanerot

 

Q : Quid du thème des 7 livres de la Torah et non 5 ?

R : C’est dans la Guemara de Shabat : Cela veut dire que au niveau des 7 livres de la Torah il y en a 6+1. C’est dans le même schéma.

 

Au fond c’est un peu ce qu’on a perdu dans ces 2000 ans de voyages dans ces civilisations dualistes, c’est-à-dire qui ont séparé le projet spirituel du projet matériel qui ne sont pas les mêmes mais qui les ont séparé dans une perspective incompatible. Il faut revenir au principe du monothéisme. C’est cet effort là qu’il faut refaire pour redevenir hébreux. Il y a une mentalité intentionnellement « puritaine » pour mieux situer les distances, pour laquelle évidemment à priori, les sciences qui sont les sciences de la matière du monde, sont sataniques et diaboliques..

On comprend comment on est arrivé là à cause des conséquences. Le fait de l’irresponsabilité finit par mener à la bombe atomique, la vache folle...

 

Mais dans le projet spirituel, c’est une mentalité dualiste : cela veut dire que ce n’est pas celui qui a donné la loi morale qui a créé le monde. Ce n’est pas celui qui a créé le monde qui a créé la loi morale. On est en dehors du monothéisme hébreux. Nos propres milieux religieux ont été intoxiqués par cette mentalité dualiste. Mais réfuter le projet scientifique comme diabolique ou satanique ce n’est pas hébreux mais grec, puritain...

 

Par conséquent, il est évident que lorsqu’on nous dit : la Torah est kollelet kol ha’hokhmout, ou bien c’est une blague ou bien c’est une affirmation monothéiste.

Si c’est une affirmation purement monothéiste, il est bien évident que l’on ne peut pas se borner à ce niveau purement « pieux ». On a besoin des sciences pour la Torah. Sans l’astronomie, on ne pourrait pas connaitre la calendrier... etc.

Il faut se réveiller de ce cauchemar dualiste et avoir le courage d’envisager les perspectives du monothéisme.

 

Les dualistes sont profondément malheureux car coupés en deux, même dans leur joie. Les monothéistes sont heureux - ein sim’hah elav sim’hah shel torah - parce qu’ils sont monothéistes.

Cette découverte que c’est Celui qui a donné la loi morale qui a créé le monde et par conséquent cette incompatibilité apparente n’est que provisoire. Et c’est le fondement de l’optimisme de la foi.

Cela a été le privilège des ‘Hassidim de remettre cela en évidence qu’une foi triste n’est pas une foi authentique.

 

Or, d’où vient cette tristesse ? C’est du monde dualiste =>Il n’y a pas de solution les choses sont contradictoires, tragiques. Le seul monde dans lequel on serait, ce serait celui que le seul Dieu n’aurait pas créé... Cela fait des anarchistes.

.../...

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*****

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Published by Rav Yéhouda Léon Ashkénazi (Manitou). - dans PARASHAT HASHAVOUA
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