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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 18:27

Hoshaana Rabah - Temps Juif et Temps Universel

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/hoshana_raba_temps_juif_et_temps_universel/cours_1

Durée : 43,8 minutes
Face A

 

La première partie de l’étude va porter sur la place de Hoshaana Raba dans le calendrier. J’essaierais d’illustrer cette introduction par un texte du Maharal concernant ce qu’on pourrait définir comme étant l’élection particulière d’Israël, la place particulière d’Israël par rapport à la Torah. C’est-à-dire que cela portera à la fois sur Hoshânah Raba et sur Sim’hat Torah.

 

Comme vous le savez, nous sommes à la fin de la fête de Soukot qui est une des fêtes principales du mois de Tishri. En fait, dans le mois de Tishri se rejoignent deux séries de jours de commémoration du calendrier : ceux qu’on appelle les Yamim Noraïm qui commencent à Rosh Hashanah -Yom Kipour et Hoshaana Raba - et d’autre part les Moadim qui commencent à Pessa’h, Shavouot et Soukot.

 

Et le jour de Hoshâna Rabah est le jour où se rejoignent ces deux séries de commémorations du calendrier de la Torah, c’est-à-dire, les Moadim qui sont les fêtes de pèlerinages commémorant les grands événements fondateurs de l’histoire d’Israël, et dont le principe est la sortie d’Egypte. Et nous avons donc Pessa’h, la sortie d’Egypte elle-même, Shavouot la commémoration de la révélation de la Torah au Sinaï après la sortie d’Egypte, et Soukot qui est une sorte de rappel de Pessa’h mais dans un autre calendrier, celui de Tishri.

 

Mais le mois de Tishri lui-même possède sa propre liturgie qui est celle des Yamin Noraïm - les jours du jugement : d’abord Rosh Hashanah qui est le jour du jugement lui-même, ensuite Yom Kipour qui est le jour de l’expiation et du pardon le 10 Tishri ; et Hoshana Raba qui est en même temps que les derniers jours de la fête de Soukot, l’achèvement des Yamim Noraïm.

Je vais procéder par approches successives pour essayer de mettre en évidence la convergence de deux calendrier dans l’année : celui qui commence à Nissan, et celui qui commence à Tishri.

Vous savez que du point de vue de la Torah depuis la sortie d’Egypte, le commencement de l’année est à Nissan. Le verset c’est:

 

Exode 12.2

 הַחֹדֶשׁ הַזֶּה לָכֶם, רֹאשׁ חֳדָשִׁים:  רִאשׁוֹן הוּא לָכֶם, לְחָדְשֵׁי הַשָּׁנָה

« Ha’Hodesh Hazeh Lakhem Rosh ‘Hodashim Rishon Hou Lakhem Lé’hodshei Hashana... »

Ce mois-ci est pour vous le commencement des mois; il sera pour vous le premier des mois de l'année.

 

Au moment de la sortie d’Egypte qui a eu lieu au mois de Nissan à l’époque du printemps, la première des révélations qui est donnée à Israël, c’est la première Mitsvah comme Mitsvah, c’est que l’année sera comptée à partir de Nissan. Et que les mois qui commencent à la nouvelle lune c’est dans le même verset, les deux enseignements qui sont entremêlés ; il y a donc un renouvellement de la structure du calendrier à la sortie d’Egypte.

 

Et puis, nous savons que Rosh Hashanah, le commencement de l’année, est cependant le début du mois de Tishri qui est le 7ème mois à partir de Nissan.

 

C’est là le 1er point que je voudrais éclaircir : Comment se fait-il que nous ayons deux principes de compte du temps dans la même année ? C’est déjà évidemment différent d’autres calendriers, d’autres traditions, qui ont une seule structure de compte du temps.

 

D’une façon générale un calendrier liturgique, dans toute liturgie que ce soit, et en particulier dans la liturgie de la Torah, enferme dans le temps de l’année tous les rythmes des différentes situations de l’existence depuis le début jusqu’à la fin du temps de l’histoire.

 

En d’autres termes, nous vivons à travers le temps de l’année toute la signification de l’histoire du monde selon une tradition donnée. Ceci est vrai pour tous les calendriers liturgiques dans les traditions qui connaissent encore leurs sources, et c’est d’autant plus vrai pour la tradition de la Torah.

 

Depuis le début de l’année jusqu’à la fin de l’année, il y a un itinéraire, un cheminement d’expériences spirituelles à travers la liturgie qui nous font vivre à l’échelle du temps humain, ce qu’est suivant la tradition considérée, la signification de la destinée de l’histoire du monde.

 

Ainsi, Rosh Hashanah c’est la création du monde et c’est le début de l’année.  Le début de l’année nous fait vivre à notre échelle un événement d’expérience, plus que par analogie, de ce qu’est le commencement de l’histoire du monde. Et ainsi tout au long de l’année, chaque conscience, chaque âme, chaque personne, vit dans son monde intérieur, sa vie intérieure, la signification de l’histoire suivant la révélation qui la concerne. En particulier, la révélation à Israël c’est la révélation de la Torah.

 

Or, voici qu’il y a apparemment un cas particulier : nous avons deux structures de rythme du temps dans l’année, alors qu’on s’attendrait à une seule structure du temps, c’est-à-dire d’effectuation des significations de la durée.

 

C’est un principe assez connu : l’homme à son échelle individuelle vit sous la forme du microcosme  comme disent les érudits ce qu’est l’histoire du macrocosme, du grand univers, et ceci est revécu chaque année dans une tradition qui se connait et qui s’assume.

 

En fait, nous avons quatre commencements de l’année, quatre structures du temps. Mais pour le sujet de ce soir, la place de Hoshâna Rabah et des fêtes de Tishri, je vais schématiser sur ces deux commencements de l’année que sont le 1er Nissan et le 1er Tishri. Il y a aussi comme vous le savez le 1er Eloul et le 15 Shevat. Et donc pour ceux qui ont étudié ces textes, cela renvoie au 1er chapitre de la Massekhet Rosh Hashanah « Arba HaSheshanim ». Cela renvoie donc à une structure de l’être du monde en quatre niveaux, mais je vais donc schématiser sur ces deux pôles de l’année qui commence à Nissan et de l’année qui commence à Tishri.

 

Le premier principe sur lequel je n’insisterais pas au début c’est que: l’année qui commence à Tishri commémore, récapitule et donne une signification aux événements de l’histoire universelle. Alors que l’année qui commence à Nissan concerne strictement le temps d’Israël. Or, le temps d’Israël a commencé à partir de la sortie d’Egypte. Raison pour laquelle l’année nationale hébraïque est l’année qui commence à Nissan.

 

Mais le peuple hébreu a existé avant le temps de la sortie d’Egypte.

 

Il y a dans notre histoire deux grandes époques en ce qui concerne notre sujet des grandes étapes de la durée de l’histoire d’Israël : le temps des pères et le temps des fils.

 

Les pères ce sont les Avot, les pères d’Israël, le temps des patriarches comme on dit en français. Et l’histoire du peuple d’Israël en tant que  Bnei Israël, les fils d’Israël, commence à la sortie d’Egypte. Et donc, la structure du temps telle que l’ont connu les patriarches était encore le temps de l’année universelle. Donc, leur calendrier commençait à Tishri. C’est à partir de la sortie d’Egypte dans la 2ème époque de l’histoire d’Israël, l’époque des fils d’Israël, que la structure du temps est comptée à partir de Nissan.

Effectivement, c’est du dedans de l’humanité en général où l’entité hébraïque était encore en gestation au temps des patriarches à partir d’Abraham qu’elle émerge de l’humanité universelle, du temps de Tishri, si j’ose dire ; et puis finalement, la naissance du peuple d’Israël comme identité spécifique commence à la sortie d’Egypte. Ce qui est marqué par l’année qui commence à Nissan.

Donc, il ne faut pas s’étonner de ce que la Torah nomme le mois de Tishri le 7ème mois, alors que c’est au début de Tishri que l’on situe le début de l’année qui commémore la création du monde.  Suivant le principe de la récapitulation des événements de l’histoire dans toute son extension, à  l’échelle de la durée d’une année humaine, si nous disons de Rosh hashanah que c’est le jour qui commémore la création du monde, cela devrait être le 1er mois du calendrier. En fait le 1er mois c’est Nissan.

 

On a suffisamment compris je pense qu’il y a une mutation qui s’est produite à la sortie d’Egypte : à Nissan commence le temps d’Israël, alors qu’à Tishri commence le temps universel.

 

Ce que nous avons vu précédemment de cette convergence entre les deux séries de commémoration, celle de l’histoire d’Israël spécifique qui commence à Nissan à la sortie d’Egypte (Pessa’h-Shavouot-Soukot) et le temps des nations qui commence à Rosh Hashanah, avec comme point culminant le 10 Tishri de Kipour et puis son achèvement (achèvement non encore ultime comme nous le verrons) à Hoshâna Rabah converge dans une journée particulière, celle de Hoshanah Raba, qui fait partie et de Soukot donc des Moadim, et des Yamim Noraïm donc du temps universel.

 

Vous comprenez pourquoi la journée de Hoshâna Rabah qui commence ce soir a une caractéristique si particulière et si spéciale dans le calendrier hébraïque tel que nous le commémorons depuis les temps de la Torah et à travers toutes les péripéties du temps de l’histoire juive jusqu’à nous.

 

C’est une liturgie où il y a à la fois le jour de fête des Moadim – des fêtes de pèlerinage – c’est la fin de la période de la semaine de Soukot, et aussi une liturgie des Sli’hot – les prières d’expiation – qui fait partie de celle de Tishri, c’est-à-dire, Rosh Hashanah – Kipour - Hoshâna Rabah.

 

J’espère cette introduction suffisante pour indiquer le caractère particulier de Hoshâna Raba.

 

Avant d’aller plus loin et d’expliquer dans le détail le parallèle entre la liturgie de Nissan et la liturgie de Tishri - et nous verrons qu’il y a une correspondance directe entre ces deux mois liturgiques - je voudrais citer assez rapidement le principe que vous connaissez certainement d’autre part : les différences de niveaux dans cette dialectique jugement-expiation-pardon qu’il y a dans les Yamim Noraïm : Rosh hashanah - Kipour - Hoshâna Rabah.

 

Le jugement se fait à trois niveaux parce qu’il y a trois dimensions du jugement. Il y a une tradition du Talmud qui dit que parallèlement au développement de la destinée de chaque personne, à l’effectuation de la vie de chaque personne, un livre s’écrit. Pendant que nous sommes en train de vivre, un livre est en train de s’écrire qui est le livre de notre vie. Et le jour du jugement c’est la confrontation entre deux livres : le livre de notre vie et le livre de la loi, le livre de la vérité. Alors le Talmud enseigne qu’il y a trois sortes de livres qui s’écrivent dans la vie des hommes. Il y a :

-Le livre des Tsadikim : les Justes

-Le livres des Beinonim : ceux qui sont au milieu – les moyens qui ne sont ni Tsadik, ni Rashâ. Et dans la perspective du juste milieu d’une façon générale, chacun d’entre nous est plus ou moins un Beinoni, quelqu’un de médian, au milieu des deux pôles des valeurs, les valeurs du bien absolu et les contre-valeurs du mal absolu. Nous sommes toujours mêlés d’une tendance au bien et d’une tendance au mal. Et par conséquent, la vie d’une façon générale, sauf cas exceptionnels, la vie de chacun c’est la vie d’un Beinoni. En grammaire, il y a le mode Beinoni qui désigne le présent, le quotidien. Effectivement, dans la vie quotidienne, la vie de tous les jours, sauf les cas exceptionnels d’héroïsme du côté du bien ou d’échec du côté du mal, le comportement est celui du Beinoni.

-Le livre des Reshayim. 

 

Ce sont les trois types de livres qui sont confrontés au livre de la loi au moment du jugement. Je vous rappelle un enseignement provenant du Zohar beaucoup utilisé par les ‘Hassidim : une assemblée se dit Tsibour, formée toujours par les trois composantes : Tsadikim-Bénonim-Reshayim dont les rashei tévot, les premières lettres, forment ce mot de TSiBouR. Ce qui est important ici c’est le Vav de Tsibour : ouReshayim « et » les Reshayim !

 

Cette tradition talmudique explique que les Tsadikim sont jugés à Rosh Hashanah. C’est dire que la mesure du jugement de Rosh Hashanah est la mesure du jugement le plus strict, le plus rigoureux. Midat HaDin. Le salut est obtenu à Rosh Hashanah par les Tsadikim. Et donc ils sont donc déjà quittes des jugements suivants.

 

A Yom Kipour, ce sont les Beinonim qui passent au jugement. Il faut comprendre par là qu’ils traversent le jugement, qu’ils sont sauvés du jugement. De même qu’à Rosh Hashanah c’est la Midat HaDin qui juge, la justice absolue stricte. La confrontation entre le livre de chacun et le livre de la vérité est stricte, et les Tsadikim passent cette épreuve. A Yom Kipour c’est la Midat HaRa’hamim, c’est une mesure de jugement qui est à la fois la justice mais en même temps déjà la miséricorde.

 

A Hoshanah Raba la confrontation est un jugement pour les Reshayim, avec les attendus de circonstances atténuantes, c’est la Midat Ha’Hessed absolue qui juge, et donc même les Reshayim peuvent être sauvés de ce jugement.   

 

Il y a encore un autre sursis qui est donné jusqu’à ’Hanoukah. J’explique très brièvement. Cela se trouve dans les commentaires du Shoul’han Aroukh, les commentaires postérieurs des maîtres de la Halakhah qui ont indiqué cela qui est assez important :

Le Tsadik, le Beinoni ou le Rashâ sont jugés d’après la loi. Ce sont des consciences qui se mesurent à la loi : les unes de façon absolument positive, ce sont des Tsadikim, les autres de façon approximative, c’est la majeure partie composée des Beinonim, les gens moyens (mais ce sont des grands qui sont moyens, il y a beaucoup de références à ce sujet) et puis les cas exceptionnels du côté du mal mais ayant conscience de la loi et étant cependant Rashâ. Ils sont définis d’après la Torah comme Tsadik, Beinoni ou Rashâ.

Mais il y a ceux qui n’ont aucun lien à la Torah, et ne sont d’aucune sorte de Tsibour, ni Tsadik, ni Beinoni, ni Rashâ, mais qui font partie du Klal Israël. Ceux-là ont un sursis jusqu’à ‘Hanoukah.

A ‘Hanoukah, il y a la commémoration de la restauration de la sainteté du temple qui a été détruit à Tishâ BéAv. C’est finalement à ‘Hanoukah qu’il y a eu la victoire des ‘Hashmonayim sur les Grecs dont la civilisation avait réussi à dénaturer l’identité d’Israël sur sa terre. Alors que tous les autres exils, avec les risques de dénaturation et d’érosion d’identité, se sont faits sur des terres étrangères. L’exil de Grèce était en réalité en Eretz Israël même. Ce sont les Grecs qui occupaient la Judée et qui ont réussi à dénaturer l’identité des Judéens en Judée. Nous ne sommes pas encore sortis de ces épreuves-là.

Et voilà qu’il y a eu la victoire des ‘Hashmonayim et on a pu retrouver la sainteté du temple. Cette catastrophe qui s’est produite à Tishâ BéAv a été restaurée à ’Hanoukah. Or, ceux qui pratiquent ‘Hanoukah, c’est-à-dire ceux qui se relient à la commémoration de la restauration de l’identité nationale d’Israël et qui ne sont pas forcément reliés à la Torah, font cependant partie de ce sursis qui est donné du jugement qui est donné depuis Rosh hashanah-Kipour-Hoshâna Rabah jusqu’à ‘Hanoukah, à un niveau d’identité encore beaucoup plus général.

 

Il est frappant de remarquer que nous vivons cela de notre temps. Nous avons des Juifs qui pratiquent Rosh Hashanah, sérieusement. Vous avez les Beinonim, c’est la majorité, qui pratiquent Kipour. Et on trouve cette expression contemporaine de « Juifs de Kipour » négativement connotée, mais je crois qu’il y a quelque chose de très positif d’être juif au moins à Kipour. Ce sont les Beinonim. Et puis, il y a ceux qui se récupèrent dans leur identité à Hoshâna Rabah: une sorte de reconstruction d’un véritable Tsibour, les Reshayim y compris. C’est pour eux que cette liturgie nous est donnée comme telle. Et puis il y a ceux qui ne se définissent pas du tout dans ces catégories de la Torah : Din, Ra’hamim, ‘Hessed. Au-delà de cela, mais qui font partie du Klal Israël. Vous avez remarqué que depuis que la société israélienne existe à quel point la fête de ‘Hanoukah rassemblent des Juifs qui ne sont même pas des « Juifs de Kipour ». Et bien le Shoul’han Aroukh avait déjà prévu cela en indiquant ce sursis du jugement à ‘Hanoukah. Celui qui n’a pas vécu les étapes décrites de Rosh Hashanah-Kipour-Hoshâna Rabah, mais qui allume la ‘Hanoukiah fait partie encore de ce salut qui fait l’objet de notre étude de ce soir.

 

Voilà donc le parallèle que je voudrais rapidement esquisser entre les différentes structures du mois de Nissan comme inaugurant l’année propre à Israël et les structures du mois de Tishri qui commémore l’année propre à l’universel humain.

 

Le 1er de Nissan correspond à Rosh Hashanah, le 1er de Tishri correspond au 1er de Nissan.

C’est le verset d’Exode 12.2 :

 

הַחֹדֶשׁ הַזֶּה לָכֶם, רֹאשׁ חֳדָשִׁים:  רִאשׁוֹן הוּא לָכֶם, לְחָדְשֵׁי הַשָּׁנָה

« Ha’Hodesh Hazeh Lakhem Rosh ‘Hodashim Rishon Hou lakhem... »

Ce mois-ci est pour vous le commencement des mois; il sera pour vous le premier des mois de l'année.

 

C’est le début de la révélation de la Torah qui concerne le 1er jour de Nissan.

Le 10ème jour de Nissan, Moïse est chargé de demander à Israël de préparer le sacrifice de Pessa’h, « assor la’hodesh », déjà à Nissan. Vous comprenez à quel point cela correspond déjà au 10ème jour de Tishri qui est le jour du Seder HaAvodah qui est le jour du Korban de la Kaparah de Kipour. Kipour le 10 Tishri correspond au 10 Nissan, la préparation du Korban Pessa’h.

 

Je n’analyserais pas les différents points que je vais énumérer parce que cela prendrait trop de temps, mais c’est simplement pour donner des repères dans ces correspondances avant de récapituler le principe de ce parallèle et de cet entremêlement entre l’année propre à Israël et à sa spécificité, et d’autre part à l’année universelle. Ce qui est frappant déjà au niveau des liturgies, c’est la correspondance des significations.

 

Lorsque nous commémorons à Rosh Hashanah la création du monde et le jugement des créatures, c’est universel. C’est Israël qui le vit, mais il le vit à l’indice de l’universel. De la même manière, au niveau de Kipour, de la même manière au niveau de Hoshâna Rabah.

Le mois de Tishri est le mois de l’année des événements du monde que Dieu a créé à l’origine, et les événements propres à l’histoire d’Israël sont en filigrane, alors que c’est exactement l’inverse dans l’année de Nissan. L’année de Nissan nous y vivons des événements qui sont strictement propre à Israël, et les événements propres à l’universel humain sont en filigrane. Et ces deux années se rejoignent, s’entremêlent, il y a donc la perspective d’une unité qui est le propre de la définition du monothéisme hébreu : l’unité de ces deux dimension de l’universel  - Dieu créateur de l’univers – et Israël en particulier de façon spécifique, (la dialectique) Nissan – Tishri.

 

Dans le mois de Nissan, Pessa’h c’est le 15 Nissan.

Dans le mois de Tishri, Soukot commence le 15 Tishri. Nous verrons les correspondances.

 

Or, la fin de la semaine de Pessa’h est une fête pour elle-même qui fait partie de Pessa’h mais qui est Shémini Shel Pessa’h, commémoration du passage de la mer rouge- Qriat Yam Souf. Et la fin de la semaine de Soukot est le jour de Hoshaanah Raba qui lui correspond.

 

Je vous donne très rapidement une première correspondance.

Le mot de Hoshâna Rabah est la récapitulation et l’élargissement de la liturgie de la demande du salut (« Yeshoua » en hébreu « Hoshaana » signifie « Sauve-nous ») qui est une liturgie particulière aux 7 jours de Soukot. Or, le passage de la mer rouge est aussi indiqué dans les textes dans la même catégorie. Voir le verset (Exode 14:30) qui introduit le récit de Shirat HaYam :

 

14.30

וַיּוֹשַׁע יְהוָה בַּיּוֹם הַהוּא

« Vayoshaa Hashem Bayom HaHou.

Et Dieu sauva Israël en ce jour-ci ».

 

Yeshoua – Vayoshaa – Hoshaanah, ce sont les mêmes racines.

Donc c’est une liturgie du « salut ». Je suis obligé de parler en français et j’essaie de vous expliquer les correspondances de sens que cela a en hébreu : c’est différent de Géoulah qui est une délivrance d’un événement qui a aliéné notre histoire de façon ponctuelle. On est sauvé dans la Géoulah, délivré d’un événement particulier d’aliénation. La Yeshoua est beaucoup plus profond : on est sauvé de notre destinée de créature. Et donc, il est frappant de voir que c’est le même terme qui est employé par la Torah pour nous dire ce qui se passe au passage de la mer rouge que non seulement il y a eu Géoulah de Mitsraïm - la délivrance de l’oppression de l’Egypte – mais la Yeshouah le salut, c’est irréversible. « Az Yashir Mosheh ». Le verset dit : alors seulement Mosheh a pu chanter. Pendant toute la semaine de la sortie d’Egypte, il y avait encore la menace du non-irréversible. C’était une Géoulah, on a été délivré,  mais on aurait pu être repris. Tandis que lorsque le verset a pu dire « Vayoshâ - Il a sauvé »  dans le sens de Yeshoua, alors Moïse a pu chanter le cantique de la mer rouge   אָז יָשִׁיר-מֹשֶׁה   alors Moïse chanta

I

l y a donc là une correspondance assez importante. Nous sommes arrivé à un point important : Hoshâna Rabah correspond pour Nissan à Shévii Shel Pess’ah qui est le passage de la mer rouge.

 

Nous arrivons au dernier point : dans le mois de Tishri, le jour qui va suivre la fête de Soukot, et  donc Hoshâna Rabah, c’est Shemini ‘Hag HaAtseret – le 8ème jour de la clôture de la fête de Soukot qui est en même temps la clôture de tous les Moadim. C’est dire que Shemini ‘Hag HaAatseret, qui en Israël est Sim’hat Torah (alors que en Galout c’est le lendemain qu’est Sim’hat Torah) est simultanément la clôture de Soukot et la clôture de tous les Moadim.

 

C’est Shavouot dans le mois de Sivan qui correspond à Sim’hat Torah - Shemini Atseret, en Israël. Shavouot c’est Matan Torah qui est la suite de Pessa’h décalée de sept semaines. Alors que Sim’hat Torah c’est immédiatement après Soukot, de nouveau la reprise de Shavouot mais sous une autre forme : Sim’hat Torah.

Voilà si vous voulez déjà donc le tableau de cette correspondance : nous avons la même liturgie à Nissan et à Tishri. L’une qui est spécifiquement définie dans les événements qui concernent l’histoire d’Israël comme cas particulier dans le monde. Et l’autre à Tishri, et ce sont les mêmes commémorations mais à l’échelle de l’universel. Et le jour où se réunissent ces deux séries de commémorations c’est le jour de Hoshâna Rabah qui se définit donc directement comme dernier jour de Soukot et en même temps dernier jour des Yamim Noraïm, dernier jour de la liturgie de Tishri et dernier jour de la liturgie des Moadim qui commence à Nissan.

 

Je voudrais citer deux indications qui nous montrent qu’en principe c’était dans un même mois que ces deux séries de fêtes devaient se dérouler en même temps à Nissan.

 

Nous avons au fond la même liturgie décalée deux fois, l’une à Nissan avec l’accent sur la spécificité d’Israël, l’autre à Tishri avec un accent d’universalité.

 

Deux indications :

 

1- Quand Israël est sorti d’Egypte, la première étape à laquelle il est arrivé s’appelle Soukot. Il y a là une indication extrêmement importante. Un endroit qui s’appelle Soukot ! Comme une allusion au fait qu’immédiatement après l’expérience de la sortie d’Egypte et de la délivrance après le passage de la mer rouge, où c’est de façon irréversible que l’Egypte a perdu et a renoncé à la main mise sur Israël. Ou si vous voulez l’accouchement et l’engendrement de la nation d’Israël commence et s’achève, s’achève et commence, à la sortie d’Egypte. Elle se prépare depuis le temps d’Abraham mais est réalisée de façon irréversible à la sortie d’Egypte. Immédiatement après il fallait arriver à Soukot. Et donc que Pessa’h aurait été vécu dans Soukot. Que Soukot et Pessa’h aurait été la même fête, la même commémoration d’une délivrance ensemble de ces deux niveaux, le temps universel et le temps spécifique d’Israël. J’espère arriver rapidement à éclairer cela.

 

2- Dans l’histoire de Jacob qui est celui des patriarches qui a reçu le nom d’Israël, et dont la vie a préfiguré l’histoire du peuple d’Israël dont il est le fondateur en tant que 3ème des patriarches après la sélection d’identité qui commence à Abraham, immédiatement après sa rencontre avec Esaü et lorsque Esaü retourne à Séïr, immédiatement le texte nous dit que Jacob s’installe à Soukot ! Un endroit qui s’appelait Soukot pour y construire une maison. (C’est d’ailleurs sur ce verset que l’on se base pour enseigner qu’il faut dès que Kipour finit commencer à construire la Soukah.)

 

Que représente donc Soukot par rapport à Kipour, et par rapport à la sortie d’Egypte de telle sorte de comprendre ces correspondances ?

 

Je le dirais très rapidement.

La signification – je n’emploie pas le terme de symbolique qui a un sens grec trop particularisé – de Soukot c’est l’attestation de la confiance dans la Providence. Alors que c’est le temps où dans le comportement naturel on va rentrer dans la protection de la civilisation humaine, la maison qui protège de l’hiver qui commence, c’est la fin de l’été et la fin du temps des récoltes, c’est le temps où en général on a fini les vacances et c’est au moment où tous quittent les cabanes des Club Méditerranée que les Juifs rentrent dans leur Soukah ! Voyez le contraste ! Juste l’inverse ! C’est dire qu’au moment même où il faudrait rentrer dans la maison calfeutrée et confortable, à ce moment-là on quitte la maison en dur qui est le produit de la civilisation humaine sédentaire, et on se construit une cabane pour vivre sous les étoiles, sous la Hasga’hah, la Providence.

C’est-à-dire que c’est une attestation de la Emounah qui est au-delà et au-dessus du confort de la nature aménagée. On est directement relié à la providence et à la protection de la Hashga’hah. C’est la signification fondamentale et élémentaire qui est enseignée au sujet de la Soukah.

C’est-à-dire que lorsqu’on a été délivré de l’aliénation alors on peut attester que le véritable lien qu’on a avec Dieu c’est le lien de la Soukah et non pas celui de la maison en dur – c’est-à-dire de l’abri que l’homme se construit pour se cacher et se protéger pendant le temps que dure l’histoire du monde, c’est-à-dire, l’histoire de la nature.

 

Or, effectivement, dès qu’on est sorti d’Egypte on devait arriver à Soukot.  C’est ce qui est indiqué : dès qu’on est délivré à Kipour on entre à Soukot.

 

Seulement, et c’est le dernier point que je voulais indiquer dans ce parallèle,  il y a un décalage qui apparaît de façon massive au niveau de la révélation de la Torah à la sortie d’Egypte.

 

On ne s’attendrait pas à la sortie d’Egypte à ce qu’il y ait un doublet de Nissan à Tishri. Le temps de Nissan est le temps préhistorique. Lorsque les Patriarches sont sortis d’Our-Qasdim, ils ont emporté avec eux les noms des mois de la civilisation d’Our-Qasdim : Nissan, Sivan... etc.

Ce ne sont pas des noms hébreux, ce sont maintenant des noms israéliens adoptés par les Juifs en souvenir pieux de nos ancêtres les Hébreux d’avant le temps de la sortie d’Egypte. Ce sont des noms tirés de la préhistoire du temps des patriarches et qu’ils ont reçu de l’année des civilisations où ils vivaient. Ce sont les civilisations que nous appelons de façon schématique chaldéenne, phénicienne... c’était la grande civilisation du temps où l’identité hébraïque était en gestation. Elle avait comme année l’année du temps universel. Alors que la Torah ne donne pas du tout ces noms-là : elle parle de 1er mois, 2ème mois...etc. On s’est habitué à employer les noms comme Nissan mais ce ne sont pas des noms de la Torah. C’est intégré dans le vocabulaire hébraïque, mais cela vient d’une préhistoire de l’identité spécifique hébraïque.

 

Si l’humanité avait mérité que le temps du salut d’Israël à la sortie d’Egypte était aussi le temps du salut de l’humanité universelle, alors Pessa’h et Soukot aurait été confondu.

 

Mais comme au temps de la sortie d’Egypte, il y a eu un décalage entre le temps du salut pour Israël et le temps du salut pour les nations du monde qui est reporté à la fin des temps, alors se creusent l’écart entre ces deux niveaux des structures de l’année : Nissan d’un côté et Tishri de l’autre.

 

Sans avoir de source à vous citer : à la fin des temps on verra une réunification entre la liturgie de Pessa’h et la liturgie de Tishri, de Nissan et Tishri.

 

Une indication assez connue qui je crois est à sa place : Soukot se réfère à un lien très étroit entre Israël et les 70 nations du monde. A Soukot, on offrait 70 sacrifices à travers les sept jours de Soukot, offerts au nom des 70 nations du monde pour les intégrer dans la sainteté d’Israël. Donc ce n’est pas pour rien que la tradition a enseigné que Soukot c’est Israël qui vit le Pessa’h des nations, vécu à l’époque de Soukot comme une sorte de préfiguration des temps où le monde aura connu son Kipour, sa rédemption ultime, et finira par entrer dans le temps de la Providence qui est représenté par la Soukah.

 

Une 2ème indication est fournie par une Guémara qui enseigne qu’à la fin des temps au moment du jugement, les nations du monde s’émeuvent à propos de la Torah et du jugement dernier: elles argumentent que c’est une injustice d’être jugée d’après la Torah qu’elle n’ont pas reçu... C’est vrai qu’ils ne sont pas justiciables par rapport à la Torah et que seul Israël peut être jugé ! Il n’y a qu’à lire les journaux quotidiens et hebdomadaires universels pour voir que cela ne change pas !

Seul celui qui a accepté d’être jugé d’après la loi peut être jugé d’après la loi, quelque soit la loi, à plus forte raison la Torah.  

Alors les nations demandent : on efface tout et on recommence, propose nous Ta Torah qu’on l’accepte ! Dieu leur répond : Je n’ai pas le temps, je vous donne une Mitsvah: la Soukah...

C’est donc la Mitsvah qui concerne les Oumot HaOlam. Les Goyim sont contents. Mais Dieu fait sortir le soleil de son fourreau, ce qui rend impraticable la Mitsvah, alors les Goyim claquent la porte de la Soukah et rentrent dans leurs maisons.

On a objecté à cette Guémara. C’est la Halakhah qui le prévoit que s’il fait trop chaud ou trop froid on n’a le droit de la quitter ! Pourquoi ont-ils été punis ? Réponse : parce qu’ils ont claqué la porte ! 

Lorsque quelqu’un qui a accepté la loi se trouve dans des conditions d’existence qui font qu’il ne peut pas appliquer la loi, il ne l’applique pas, mais il le regrette. Tandis que celui qui se trouve dans les conditions d’existence qui lui permettent de ne pas appliquer la loi et qui s’en réjouit c’est différent de nature.

 

…/…
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*****

 

 

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Clovis Simard 29/09/2012 05:57


Blog(fermaton.over-blog.com)No.28- THÉORÈME TEMPERUM. - Le temps universel.

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