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5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 15:03

QOHELET (1981)

 

Qohelet (1981)  

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/bible/qohelet/cours_1

Durée : 47,0 minutes
Face A

A propos de chacune des grandes fêtes de commémoration dans le courant de l’année, nous avons l’habitude de lire une des Méguilot, ce qu’on appelle les Ktouvim, les livres de Sagesse de la Bible du Tanakh. La Méguilah consacrée à Soukot est Qohelet.

 

Nous étudierons un certain nombre de thèmes concernant la raison pour laquelle c’est le livre de Qohelet - l’Ecclésiaste - qui est lu comme Méguilah pour la fête de Soukot.

 

Pour la première partie de l’étude, j’ai pensé étudier la formule dans le rite ashkénaze :

Dans le rite ashkénaze à Soukot se trouve la formule où l’on demande que Dieu « réinstalle de façon définitive la Soukah de David qui est tombée ». Amos 9.11 :

 

בַּיּוֹם הַהוּא, אָקִים אֶת-סֻכַּת דָּוִיד הַנֹּפֶלֶת    

11 En ce jour, je relèverai la tente de David qui est tombée….

 

Dans le rite séfarade il y a une toute autre formule que je ne cite pas pour ne pas l’expliquer et perdre de temps.

 

Avant cela, je voudrais en quelques phrases situer la fête de Soukot dans l’ordonnance du calendrier de l’année.

 

Assez rapidement, mais Il y a là un certains nombres d’indications qui sont indispensables que nous avons étudié par rapport à cette formule. Cf. le commentaire distribué du Malbim sur le verset de Amos 9:11 d’où cette formule est tirée : « la Soukah de David qui est tombée ».

 

בַּיּוֹם הַהוּא, אָקִים אֶת-סֻכַּת דָּוִיד הַנֹּפֶלֶת; וְגָדַרְתִּי אֶת-פִּרְצֵיהֶן, וַהֲרִסֹתָיו אָקִים, וּבְנִיתִיהָ, כִּימֵי עוֹלָם

En ce jour, je relèverai la tente caduque de David, j'en réparerai les brèches, j'en restaurerai les ruines, je la rebâtirai [solide] comme au temps jadis,

 

Donc, il y a 3 niveaux de calendrier dans la commémoration que nous avons à l’heure actuelle. L’histoire d’Israël est très longue. Il y a 3 grandes époques qui ont chacune d’entre elles leur commémoration. Il y a d’abord ce qu’on appelle l’époque des fêtes bibliques, ensuite les fêtes de la période juive, et déjà de notre temps il y a une 3ème partie du calendrier qui regroupent les commémorations des fêtes israéliennes.

 

Mais je reviens à la 1ère période de commémoration au niveau du temps biblique : les fêtes à proprement parler hébraïques, parce que c’est les événements historiques fondateur de l’identité du peuple hébreux. Les Juifs étant d’origine hébraïque redeviennent hébreux en étant israélien.

 

Il y a 2 grandes séries de commémoration des temps bibliques :

- Les Moadim – les Shalosh Régalim les 3 fêtes de pèlerinage

- Les Yamin Noraïm.

 

Pessa’h-Shavouot-Soukot, qui commémorent les événements historiques fondateurs de l’histoire d’Israël. Pessa’h c’est la sortie d’Egypte, Shavouot c’est la révélation divine au Sinaï, et Soukot qui rappelle les 40 ans du désert et la protection particulière qu’a eu Israël pendant les 40 ans du désert.

 

Vous avez appris, vous l’apprendrez encore d’autre part, pourquoi c’est à la commémoration des Soukot que se fait ce rappel : Lévitique 23.

 

לְמַעַן, יֵדְעוּ דֹרֹתֵיכֶם, כִּי בַסֻּכּוֹת הוֹשַׁבְתִּי אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, בְּהוֹצִיאִי אוֹתָם מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם:  אֲנִי, יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם

« Afin que vos générations sachent que j'ai donné des cabanes pour demeure aux enfants d'Israël, quand je les ai fait sortir du pays d'Egypte, moi, l'Éternel, votre Dieu! »

 

Quelques indications à ce sujet : ce temps des 40 ans du désert est exceptionnel  dans notre histoire. Je vais mettre en évidence un des thèmes à ce propos : l’histoire de tous les peuples montrent qu’il y a d’abord une période de constitution d’identité de la société de ce peuple, et à travers tout ce temps de constitution qui parfois prend beaucoup de temps. Prenez par exemple le cas de la France qui a mis des siècles pour que le pays tel que nous le connaissons se constitue. A travers ce temps se constituent les institutions qui vont gérer l’identité de la société en question. Finalement, la loi d’une manière d’être homme par rapport à une société donnée est toujours seconde après une longue période d’histoire de gestation de constitution de la nation comme telle. Aucune société contemporaine en tout cas, ne fait exception à cette règle. Sauf Israël comme la Bible en raconte l’histoire. La constitution de la nation d’Israël, dans le sens de ‘Houkah, est donnée à priori de sa constitution en tant que société. La loi qui gère la charte de l’identité d’Israël est révélée à priori de l’histoire qu’Israël va vivre. Et Israël va vivre cette charte.

 

Entre autres raisons, pour mettre en évidence la finalité de ces 40 ans du désert, qui est une génération exceptionnelle à plus d’un titre, c’est le temps d’apprentissage par Israël en tant que société de sa propre identité au niveau de la loi, de la charte d’identité, avant même de commencer son histoire.

 

On apprend par différentes sources qu’il y a une protection particulière afin que le peuple d’Israël sorti d’Egypte se constitue en nation pendant 40 ans sous la conduite de Moïse et Aaron et Myriam, de telle sorte qu’ils aient le temps, le loisir, la disponibilité, de devenir cet Israël qui rentrera dans l’histoire à partir de la conquête de Canaan avec Josué. 

 

Or, la Torah nous raconte toutes les péripéties de ces 40 ans du désert, c’est plein de sujets, je vais  mettre simplement en évidence cette dimension qu’il était nécessaire qu’il y ait une protection  particulière pour qu’Israël ait le loisir de former sa propre identité.

 

Je crois qu’on peut le rattacher à un problème existentiel des sociétés, qui pourrait définir l’ensemble des nécessités du problème économique et de la protection. Et effectivement, on voit que cette génération a été privilégiée en étant protégée du problème économique et militaire.

Je ne rentre pas dans les détails. En particulier, les Soukot représentent cette protection comme l’indique le verset cité tout à l’heure. Il y avait une Hashga’hah, une Providence particulière sur Israël pendant ces 40 ans du désert.

 

Le fait que cette parenthèse de 40 ans soit définie comme étant prévue a priori ou a posteriori de l’histoire de la sortie d’Egypte est un sujet. Je l’indique pour être un peu plus complet sur le problème. Mais les causes qui ont fait que ces 40 ans du désert étaient nécessaires et ont joué, c’est vraiment l’époque d’une parenthèse historique d’exception.  On ne s’en rend pas souvent compte en raison de la distance de temps qui l’occulte : toute notre référence de commémoration d’identité, en particulier à travers la commémoration des événements historiques fondateurs, se référent aux événements propres à cette génération. Pessa’h, Shavouot, Soukot, sont des événements propres à la génération du désert.

 

Toutes les mitsvot de la Torah ont été révélées à la génération du désert. C’est-à-dire entre la sortie d’Egypte et l’entrée au pays de Canaan. Indépendamment d’autres caractéristiques de la stature de cette génération que la tradition en se basant sur la Torah appelle « Dor Déa » la génération de la connaissance. Puisque c’est une génération qui a eu précisément ce privilège d’assister aux événements de révélation de dévoilement. Et c’est donc un temps exceptionnel, une parenthèse absolue.

 

Le fait que cette génération soit connue sous un nom péjoratif est encore un tout autre problème. Lorsqu’on dit en français « la génération du désert », on ne se rend pas compte ce que cela signifie en hébreu « Dor HaMidbar ». C’est Judah Halévi qui en a parlé de la façon la plus directe dans le Kouzari, en parlant d’ailleurs des fautes de cette génération. La connotation de l’expression « génération du désert » est celle de « génération perdue », génération de transition, qui ne fait partie ni d’avant ni d’après. En fait, il faut comprendre, évaluer, et définir les échecs de cette génération au niveau de leur grandeur, nous dit Judah Halévi dans le Kouzari. C’est un tout autre sujet que je me borne à signaler.

 

En fait « Dor Déa » en hébreu, « la génération de la connaissance », alors qu’à partir de cette génération de la connaissance, nous sommes des générations de la tradition. C’est-à-dire qui se rattache par le lien de la mémoire à ce qui a été l’événement de dévoilement de cette génération-là. Je pense que c’est suffisamment clair.      

 

Dans les autres générations jusqu’à la destruction du temple, il y a eu le cas particulier des prophètes à l’échelle individuelle qui participaient à ce dévoilement, à cette révélation, par la prophétie, mais la génération du désert était toute entière prophète. Les autres générations qui ont vécu dans un autre monde que le nôtre grâce à la présence de prophètes en leur sein, c’est-à-dire que par rapport au temps du désert, nous sommes encore à différentes étages en dessous. Il y a après le temps du désert, le temps des juges, le temps de la première royauté, le premier temple, ensuite l’exil de Babel et le 2ème temple, et ensuite, cela commence il y a 2000 ans, l’exil qui prend fin aujourd’hui…

 

Voyez l’épaisseur de durée et de profils d’identité qui nous sépare de cette génération !

« Dor Déa » pourrait être traduit en français par « la génération des géants ». Par rapport à eux nous sommes vraiment des nains montés sur des épaules de nains...

 

Lorsque nous commémorons par des rites comme Soukot un événement historique donné, chacun avec sa capacité d’assomption de signification est capable de donner à ce qu’il commémore un certain niveau de réminiscence par la signification et par sa kavanah, sa ferveur propre. Nous commémorons les événements de dévoilement dont nous n’avons aucune idée sinon à travers l’étude. Et un niveau d’étude qui parfois nous donne le mérite d’entrevoir par l’intuition qu’on appelle le Roua’h haQodesh, de ce dont il pouvait s’agir pour cette expérience de révélation des prophètes à travers toutes les générations où il y a eu la prophétie. Et cette génération du désert était ce Dor Déa. 

   

Voici la parenthèse que je voulais ouvrir après je reviendrais à la 2ème série commémoration des jours du calendrier hébraïque. Le premier calendrier étant hébraïque, le 2ème étant le calendrier juif regroupant par exemple des fêtes comme Pourim et ‘Hanoukah, postérieures à l’histoire biblique.  Et de notre temps, les grandes fêtes du calendrier israélien. Grâce à Dieu, il y en aura encore...

 

J’ai très souvent des conversations avec des gens de bonne foi qui me disent qu’ils n’ont pas la foi. Ils ne sont pas croyants. Et j’arrive assez rapidement à comprendre, et parfois faire comprendre, qu’en réalité ils veulent dire « je ne suis pas prophète ! ». Or, cela n’a rien à voir. Beaucoup de gens croient ne pas avoir la foi, parce qu’en réalité leur secret désir serait d’être prophète pour qu’ils comprennent. Bien entendu, il y a derrière un abîme d’orgueil mais c’est un autre problème. Très souvent, il suffit d’une mise au point patiente pour remettre les choses au point. 

Il y a le temps hébreux qui est le temps de la prophétie, et le temps juif qui est le temps de la foi hors le contenu de la connaissance de cette foi. Là-dessus, la transmission et la pédagogie...

 

Dans le temps hébraïque, nous avons toute une série de commémoration des événements historiques fondateurs. L’un d’entre eux est Soukot. Il commémore en particulier ce qu’est l’affaire exceptionnelle de la parenthèse de privilèges de l’histoire d’une société entière qui était hors du temps économique et politique classique. 

 

J’insiste parce que c’est le problème économique qui est le véhicule du problème moral. Il y a là un sujet important que je vous indique assez brièvement. Nous avons été créés comme créatures données aux nécessités économiques parce que ce sont les situations économiques qui créent les situations d’échanges de moralité. Et par conséquent, le fait que la génération n’ait pas eu le problème économique est un fait important : ils se nourrissaient de la manne du ciel et de l’eau du puits de Myriam, leurs habits et leurs chaussures ne s’usaient pas, et ils étaient protégés contre le monde extérieur.

 

Talmud: un avis nous explique qu’ils étaient entourés des nuages de la gloire - Ananei Kavod -  qui les protégeaient, d’autres disent qu’ils étaient protégés par les Soukot, un 3ème avis nous fait comprendre que les Ananei Kavod et les Soukot c’étaient la même chose.

 

Et nous sommes au niveau de la commémoration des Soukot. Quelques mots là-dessus : le témoignage de la protection c’est le fait qu’on ait choisi d’habiter dans les Soukot pendant 40 ans c’est-à-dire dans les habitations les plus précaires qu’aucune civilisation ne pourrait inventer. Cela intervient dans le calendrier des commémoration au moment de la fin de l’été où au contraire on quitte les résidences secondaires plus ou moins précaires pour rentrer dans la résidence principale, et Israël donne le témoignage qu’il se rappelle de cette providence de protection et il quitte la maison principale pour entrer dans la résidence secondaire. Dans la civilisation contemporaine, lorsqu’on joue à Soukot, cela s’appelle le Club Méditerranée.

 

Si on arrive à avoir la ferveur suffisante, la Kavanah quand on est dans la Soukah, on est vraiment dans une maison précaire mais protégée.

 

Je reviens à cette définition : la Soukah représente ce privilège de protection exceptionnelle dont a bénéficié la génération du désert.

 

La 2ème série des commémorations regroupent les Yamin Noraïm.

Deux jours de calendrier de commémoration dans l’année :

- Les Moadim – les Shloshim Regalim Pessah-Shavouot-Soukot

- Les Yamim Noraïm, Rosh hashanah, Yom Kipour, et dans les derniers siècles les maîtres d’après la tradition kabbaliste ont institué un 3ème jour de complément des Yamim Noraïm qui est Hoshanah Raba. Hoshanah Raba s’articule à ces deux registres de calendrier.

 

Yamin Noraïm :

 

Les Yamim Noraïm sont les jours de la mise en jugement de l’histoire humaine. Ce n’est pas le sujet, je n’entre pas dans les détails, mais donne simplement la qualification générale de ce que représente les Yamim Noraïm. Et à travers l’humanité c’est finalement le monde entier qui est jugé. Cf. la liturgie des textes de Rosh Hashanah en particulier où l’on voit la dimension et l’envergure que prend cette prise de conscience à Rosh hashanah du jugement de la créature par le Créateur, à l’échelle universelle mais à travers Israël.

 

Ce jugement est fait à travers la Midat Hadin, c’est-à-dire la mesure du jugement la plus rigoureuse. Je le formule rapidement en prenant les formules du Talmud : seuls les Tsadikim qui sont vraiment tsadikim passent le jugement de Rosh hashanah. Pour les autres il y a un sursis. Il y a un deuxième jugement qui s’appelle le jour de l’expiation et du pardon : Yom HaKipourim. Là l’humanité est jugée par la Midat HaRa’hamin. La mesure du jugement par la miséricorde. C’est la justice qui se fait gentille. Le jour de Kipour, les Beinonim, ceux qui ne sont ni vraiment Tsadikim, ni vraiment Reshayim, on les appelle les Beinonim – les gens moyens.

Les Beinonim – c’est tout un chacun. Car personne ne peut se dire Tsadik ou Rashâ. Nous vivons à travers la durée et il y a des moments où l’on est plutôt Tsadik et des moments où l’on est plutôt Rashâ. Mais dans la récapitulation du jugement d’identité, qui peut dire qu’il est Tsadik Gamour ou Rashâ Gamour ? Sauf dans les cas exceptionnels, dans les deux cas d’ailleurs, il y a très peu de Tsadikim Gmourim et très peu de Reshayim Gmourim.

 

Un Rav cité par le Rav Kook a eu la satisfaction de pouvoir dire à la fin de sa vie : je n’ai jamais vu de ma vie un Rashâ. Il aimait les Juifs ! Il a passé sa vie à regarder des Juifs, comment faisait-il ?

 

Les grands maîtres de la Guémara, les Amoraïm, ont posé la question : Beinonim kémah ? Qui sont les Beinonim ? Et ils répondent « Ana » - comme nous !

 

Rambam lorsqu’il citait cette source dans la Guémara citait ces mêmes Amoraïm qui disaient: « si les Rishonim étaient des anges, alors nous sommes des hommes. Et s’ils étaient des hommes, nous sommes des ânes ». Et qui disait cela ? Les maîtres de la Guémara ! Et Maïmonide en parlant d’eux disait la même chose. C’est Maïmonide qui parle ! Alors nous ? ... Pauvre de nous... !

 

J’ai entendu une fois une très jolie explication grammaticale : le temps présent s’appelle Beinoni. Alors le Beinoni c’est finalement celui qui vit au jour le jour, celui qui vit dans un éternel présent. [Survient une Mitsvah il l’accomplit, survient une Avéra, il l’accomplit.]

 

C’est là le jour de Kipour, jour de jugement des Beinonim. Vous voyez pourquoi, déjà le jour de Rosh Hashanah c’est un jour terrible mais c’est un jour de fête. Cela peut apparaître contradictoire. Imaginez la terreur que pourrait, en dehors de la tradition juive, avoir cette idée prise au sérieux, que le Créateur du monde nous juge, et qu’on est au jour du jugement : on en tremblerait ! Mangerait-on une pomme au miel ? Mais, dans l’atmosphère d’une maison juive, c’est un jour de fête !? La réponse est très simple: parce que nous savons que le Créateur c’est vraiment le Créateur et non pas une idée monstrueuse impersonnelle secrétant cette panique de la relation à la loi dont  parlent par exemple les psychanalystes lorsqu’ils parlent du « père » !

Au fond ceux qui ont peur du Créateur c’est qu’ils n’y croient pas.

 

Le Juif à Rosh Hashanah se trouve devant le juge qui est son Créateur. Si on prend au sérieux ce dont on parle, alors on est à la fois inquiet du jugement mais très rassuré. Ce n’est pas n’importe qui qui nous juge ! Le jour de Kipour on se trouve en face d’une présence du juge encore plus miséricordieuse que celle de Rosh Hashanah.

 

Et à Hoshanah Rabah qui est donc par coïncidence que nous allons voir la fin du cycle des Moadim, le dernier jour de Soukot et en même temps le dernier jour des Yamim Noraïm, alors c’est la Midat Ha’Hessed qui juge l’humanité. C’est dire qu’on est jugé par la vertu de la grâce gratuite, qui est la charité absolue totale : tout le monde passe ! Le jour de Hoshanah Raba c’est le Yom Kipour des Reshayim.

 

Vous voyez qu’il y a tout un cheminement dans le déroulement des commémorations et nous vivons au cours de ces différentes étapes tout un itinéraire de la relation au Créateur en tant que juge pendant les Yamim Noraïm.

 

Alors c’est pourquoi le jour de Hoshanah Raba est à la fois la liturgie de Kipour et celle d’un jour de fête.

 

Vous voyez un peu la transition de Yom HaDin, Yom Hakipourim, Hoshanah Raba. Et c’est en même temps l’achèvement du cycle des commémorations de toute cette période de gestation d’identité d’Israël.

 

Or, le lendemain de Hoshanah Raba nous avons le 8ème jour du lendemain de Soukot – c’est-à-dire Shemini Atseret. C’est le jour où l’on recommence l’histoire. Et on recommence à lire la Torah à Bereshit. 

 

Cela se rattache à la question : pourquoi ne pas recommencer la lecture de la Torah le jour de Rosh Hashanah mais précisément à Sim’hat Torah ?

 

Nissan-Tishri :

 

Il y a un parallèle entre les commémorations qui se font dans l’année qui commence au mois de Nissan et les commémorations qui se font dans l’année qui commence au mois de Tishri. Il y a un parallèle entre la semaine de commémoration de Pessa’h et la semaine de commémoration de Soukot. De la même manière que Pessa’h commence le 14 Nissan, Soukot commence le 14 Tishri.

Le jour de Hoshanah Raba correspond en Tishri à ce qu’est Shemini Shel Pessa’h à Nissan c’est-à-dire le passage de la mer rouge. Et j’ouvrirais une petite parenthèse de l’histoire contemporaine tout à l’heure.

Et puis nous avons donc quelque chose d’assez parallèle : Pessa’h à Nissan et Soukot à Tishri.

Or, vous savez que Pessa’h dure 7 jours (maintenant nous sommes en Israël, oubliez le 2ème jour de fête de la Galout, on reprend le calendrier biblique original) et il y a un 8ème jour de Pessa’h qui est décalé de 7 semaines et qui est Shavouot.

Shavouot s’appelle Atseret de Pessa’h. Et en fait Shavouot est la seule fête de commémoration des Moadim qui n’a pas de date dans le texte biblique : on compte 50 jours à partir du lendemain du 1er jour de Pessa’h. Aucun verset qui institue Shavouot ne porte une date en soi. Shavouot est l’achèvement de Pessa’h.

 

Et alors ce parallèle nous allons le retrouver entre Soukot et Shémini Ha-Atseret.

Shémini ’Hag Ha-Atseret correspond à Shavouot par rapport à Pessa’h. Shémini ’Hag Ha-Atseret qui est la clôture de Soukot qu’on appelle Sim’hat Torah correspond à Shavouot par rapport à Pessa’h, et Shavouot par rapport à Pessa’h est appelé Matan Torah. Vous voyez le parallèle.

 

Tout se passe comme s’il y avait deux projets de l’histoire.

Un qui commence à la sortie d’Egypte et qui est situé dans une année de temps de commémoration commençant à Nissan, et l’autre qui commence à Tishri, au 1er jour qui est Rosh Hashanah au moment où l’on reprend en charge le jugement à l’échelle de la création toute entière.

 

C’est là encore un sujet qui prendrait trop de temps et que je me borne à indiquer en passant.

 

Les événements qui concernent strictement l’histoire d’Israël sont tous logés dans la commémoration du calendrier qui commence à Nissan.

 

Les événements de l’histoire universelle sont tous logés dans le calendrier de commémoration qui commence à Tishri.

 

Par conséquent, ce décalage entre les commémorations de Nissan et les commémorations de Tishri c’est le décalage entre le temps de l’année d’Israël et le temps de l’année universelle. Ceci dit formellement, cela veut dire que le niveau historique de l’identité Israël et le niveau historique de l’identité du reste de l’humanité. Le jour où ces deux niveaux coïncideront ces deux calendriers s’unifieront. Je n’en dis pas plus sur ce sujet.

 

Au moment de la sortie d’Egypte, cela devait être Soukot pendant les 7 jours de Pessa’h. Je n’ai pas le temps de vous citer les versets qui indiquent que dès qu’Israël est sorti d’Egypte, il est allé dans un endroit qui s’appelle Soukot ! On aurait a priori commémoré les 7 jours de Pessa’h dans la Soukah, tout de suite. Si les deux niveaux de temps, le temps d’Israël et le temps des Goyim, avaient coïncidé au niveau du mérite, alors on n’aurait pas eu deux calendriers décalés. C’est mystérieux ce que je vous dis là mais c’est suffisamment clair quand même ! C’est clair qu’on ne comprend pas !

 

Retour au sujet : C’est déjà préfiguré par le fait que dans l’histoire de Jacob lors de la rencontre avec Esaü leur échange ressemble à la cérémonie de Kipour. Si vous comptez le nombre des bêtes du troupeau envoyé en offrande à Esaü, vous avez la valeur numérique de Séïr qui est le Séïr Lazazel...

 

Bref, je referme la parenthèse pour vous indiquer que Jacob, dans son histoire personnelle, a eu l’expérience de l’expiation de Kipour dans sa rencontre avec Esaü. Et juste après le texte nous apprend qu’il se rend à Soukot pour y construire des Soukot pour ses troupeaux. Il y a donc dès l’origine de l’histoire, alors qu’elle est encore en préfiguration au niveau des patriarches, au niveau de la sortie d’Egypte .../…

 

Shavouot et Shémini ‘Hag Atseret :

 

J’en arrive donc à ce parallèle entre Shavouot dans le calendrier de Nissan, et Shémini ‘Hag Ha-Atseret dans le calendrier de Tishri. Dans les deux cas on commémore la Torah. Mais à deux niveaux très différents. Entretemps s’est passée l’histoire, et l’histoire c’est l’histoire de la faute. C’est un sujet pour lui-même. On raconte le passé en tant que passé que s’il n’a pas réussi. Alors ce qu’on nous raconte ce sont des fautes. On nous raconte les espérances de la réussite ultime, mais vous avez remarqué que le récit de l’humanité dans la bible commence par une faute. Comme si la vie commence par la faute. (Le mot de ‘Hayim commence par la lettre ‘Heth).

 

Très schématiquement les différents rythmes de temps :

50 jours après la sortie d’Egypte c’est le 6 Sivan avec la révélation de la Torah. Pendant 40 jours Moïse monte sur la montagne pour recevoir les tables. Lorsqu’il redescend c’est le 17 Tamouz et pendant ce temps dans le camp survient la faute du veau d’or. Moïse brise les deux tables des 10 commandements et remonte pendant 40 jours pour prier pour que la punition du peuple soit suspendue. On arrive au 1er Eloul. Ensuite, pendant 40 jours, Moïse reçoit les 2èmes tables et quand il redescend c’est le 10 Tishri, c’est-à-dire le 1er jour de Kipour historique.

Le jour de Kipour qui est le 10 Tishri commémore la révélation de la Torah compte tenue de la faute, a postériori de la faute et du repentir. Et le jour de Kipour nous commémorons le 1er Kipour historique, qui a eu lieu dans la génération du désert, le fait que les 2èmes tables aient été rendues à Israël. Mais les 2èmes  tables ont une toute autre signification que les 1ères. Les premières tables sont les tables pour tsadikim à priori de toute faute.

De la même manière qu’on ne se marie pas en vue de l’éventualité du divorce si cela ne marche pas, on ne reçoit pas la loi en vue du pardon éventuelle en cas de faute. Et à un certain niveau absolu de la loi qui est a priori de la faute.

 

C’est d’ailleurs ainsi je crois que la philosophie des Goyim entend la loi : à la première faute on est perdu ! C’est pourquoi ils ont une panique totale devant la loi dans leur foi. A Sim’hat Torah on danse avec la Torah. Imaginez-vous des français en train de danser le 14 juillet avec la constitution ? En Israël c’est ce phénomène du peuple qui aime sa loi ! Ils n’ont aucune idée de ce qu’est la Torah ! Cela a projeté chez énormément de juifs cette panique de la Torah. (Attention si tu n’as pas le Talmud, le Talmud Torah). Ils se représentent une notion impersonnelle de la loi. La loi morale n’est plus l’expression de la volonté de quelqu’un qui serait le Créateur, le Père des créatures, mais c’est le principe impersonnel et impitoyable et froid et monstrueux. C’est leur conception de la Torah. Derrière ces conceptions de la loi il y a un athéisme profond. Lorsqu’on dit que c’est la loi de Dieu on n’admet pas que Dieu soit quelqu’un. Mais Dieu c’est quelqu’un avec qui le peuple Israël est en dialogue dans sa liturgie. On s’arrange ! On prie à tous les niveaux de la prière. Mais on ne peut pas prier devant la loi impersonnelle ! D’où leur panique et leur formule du refus de la loi qui ne sauve pas mais la loi condamne. Vous avez compris que cette mentalité de la terreur de la loi est une mentalité athée.

 

Entre Shavouot, la révélation de la Torah a priori de toute faute, et deuxièmement Matan Torah, la révélation de cette Torah compte tenue de l’éventualité de la faute et du repentir et donc du pardon. C’est pourquoi c’est à Sim’hat Torah qu’on dit Sim’ha ! Alors qu’à Matan Torah on dit Matan c’est en cadeau. Mais ce n’est acquis que si on l’acquiert ! Matan Torah c’est le don de la Torah. On l’a toute l’année dans la bibliothèque mais il faut que je la prenne pour que ce soit à moi. C’est le Limoud Torah qui transforme le Matan Torah en Qiniane Torah. Et dans ce Qiniane Torah, cet apprentissage d’acquisition de la Torah, il y a toute la vie et le jeu de la vie, et donc le risque de la faute. Parce que notre handicap originel n’est pas d’être pécheur mais d’être libre. Et parce que libres, capables de fauter. Mais comme il s’agit de Dieu, qui sait si c’est comme cela que nous sommes parce que c’est comme cela qu’Il nous a fait, et donc il y a un espoir et une issue...

Vous voyez que nous sommes dans un monde complètement différent de celui de la philosophie Goy, même lorsqu’elle s’appelle théologie. Je dis d’ailleurs que la théologie est finalement une faute d’orthographe : c’est l’athéologie !

 

Pour en revenir à notre problème : lorsque ce cycle de l’histoire achevée s’est achevée – c’est-à-dire la révélation de la loi transcendante – l’histoire qui est formulée au niveau de ce qui s’est passé au 17 Tamouz et l’expiation qui a suivi le 10 Tishri, alors après Kipour on reçoit la Torah avec joie. Et c’est Sim’hat Torah.

 

Il y a donc une dialectique entre les 7 jours de Soukot et le 8ème jour qui est Shemini ‘Atseret, qui sera un sujet de notre étude.

 

Mais je commence d’abord par la signification de l’expression :

Soukat David Hanofelet  סֻכַּת דָּוִיד הַנֹּפֶלֶת

 

David HaMelekh : Soukat David Hanofelet 

Soukat David Hanofelet  סֻכַּת דָּוִיד הַנֹּפֶלֶת

Je voudrais très rapidement donner deux indications concernant la place du personnage du roi David dans la commémoration de Soukot.

 

Chaque jour de Soukot est placé sous le signe de la présence d’un des piliers de l’identité d’Israël que nous appelons les Oushpizin mot du Talmud qui signifie les hôtes, les invités de la Soukah.

 

C’est-à-dire que la Shekhinah qui protège la Soukah prend chaque jour le visage d’un des fondateurs de l’identité d’Israël. C’est un mot dérivé du grec dont dérive le mot de « hôte », « hostes » en ancien français.

 

Le 1er jour c’est Avraham, le 2ème c’est Its’haq, le 3ème c’est Yaaqov, le 4ème c’est Mosheh, le 5ème c’est Aharon, le 6ème c’est Pin’has, et le 7ème c’est David.

 

C’est l’ordonnance de la tradition kabbaliste. Vous avez dans les livres imprimés de la tradition des Pashtanim un autre ordre : Avraham-Isaac-Jacob-Joseph-Moïse-Aaron-David. C’est la lecture des Pashtanim, non kabbalistes. Mais en fait, au niveau de la signification kabbaliste de ces différentes valeurs représentées par chacun des patriarches, l’ordre est Avraham-Isaac-Jacob-Moïse-Aaron-Pin’has qui reprend la valeur de Joseph après Moïse et Aaron (Yessod), et ensuite David.  

 

Donc le 7ème jour de Soukot, la Soukah c’est la Soukah de David. Il y a là énormément de thèmes et je vais mettre en évidence l’un de ces thèmes d’étude que nous suivrons à travers le verset du prophète Amos qui parle de la Soukah de David. Et nous verrons essentiellement le commentaire du Malbim à ce sujet. Je voudrais d’abord vous donner un certain nombre d’autres références.

 

En principe le roi David nous est connu comme étant celui qui aurait du construire le temple. Ce que le Talmud appelle

 .../...

… du Roi Salomon mais cela sera la 2ème partie de l’étude. La raison que donne le Talmud c’est que David n’a pas construit le Temple parce que comme il a fait la guerre, il est donc un homme de guerre et il ne peut pas, lui, construire le temple. C’est le roi Salomon qui est l’homme de paix qui doit construire le temple. C’est la raison connue, je pense qu’elle vous est familière, et …

…/…

 

 

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Published by Rav Léon Ashkénazi - dans CALENDRIER & FÊTES
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