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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 15:05

Qohelet - Soukkot (suite et fin)

 http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/soukkot_et_qohelet/cours_1

Durée: 47,1 minutes
Face B

 

…/…

« Nous témoignons que nous avons fait tout ce que nous avons pu pour empêcher ton peuple Israël de pratiquer sa loi ». Alors Dieu se tourne vers ses Juifs et leur dit : mes agneaux, on l’a échappé belle ! C’est la première phase du midrash.

 

Tout ceci est important : les Goyim servent à quelque chose : le témoignage au jugement dernier !

 

Israël va être jugé d’après la loi avec circonstance atténuante : les Goyim témoignent qu’ils ont fait tout ce qu’ils ont pu. Ils ont inventé toutes les stratégies culturelles, spirituelles, philosophiques, théologiques, politiques… possibles et imaginables pour éloigner Israël de la Torah.

Comment l’a-t-on gardé ? Personne ne le sait ! Mais on l’a gardé ! On l’a gardé avec circonstances atténuantes.

Va se poser la question du comment juger les nations ? Réponse très importante : les nations seront jugées d’après leurs juifs ! Alors des Juifs seront très embêtés le jour du jugement dernier. Par exemple, les Juifs allemands ! Ce n’est pas simple cette relation à l’universel. Et dans quel sens ? Cela veut dire que Dieu va demander aux Juifs de juger leur Goyim. Les Juifs ont les Goyim qu’ils méritent et les Goyim ont les Juifs qu’ils méritent…

 

Il y a malgré tout une relation de solidarité entre les Oumot HaOlam et leur Juifs. Et par conséquent, les Juifs seront jugés d’après la Torah. Mais avec toutes les circonstances atténuantes et exténuantes sur lesquelles je reviendrais toute à l’heure. Et puis, les Goyim seront jugés d’après leurs Juifs. Et c’est ce qu’il faudrait expliquer au gouvernement français qui a tout intérêt à envoyer ses juifs en Israël pour sauver la France... In extremis, il y a eu une petite Aliah de France pour qu’elle soit présente au jugement dernier par ces Juifs.

 

C’était là la 1ère partie du midrash.

 

La 2ème partie souligne un aspect paradoxal : pourquoi Israël a t’il accepté la Torah ? C’est parce que Dieu l’a obligé ! Cela renvoie à un autre enseignement selon lequel Dieu au Sinaï a renversé le mont Sinaï sur Israël lui disant : «  tu acceptes la Torah et c’est bien, sinon ici sera ta tombe... ». Maharal : la Torah n’est imposée qu’à celui qui était prêt à l’accepter librement. Et pour éviter qu’il change d’avis on va lui imposer. Exactement comme les fiançailles et les mariages. On ne fait un mariage qu’à des fiancés qui se sont choisis librement. Et librement ils peuvent se « déchoisir ». C’est dommage ! Alors au mariage !

 

On n’impose pas la Torah à n’importe qui, mais à celui qui est prêt à la recevoir de lui-même. La preuve : sachant bien ce qui lui était demandé, Israël en sortant d’Egypte est arrivé au Sinaï, sachant très bien ce qui l’y attendait... Le mérite c’était d’arriver au Sinaï ! Une fois arrivé au Sinaï, la récompense du mérite c’est qu’on n’est plus libre du tout. Le 50ème jour après la sortie d’Egypte, le 6 Sivan, Israël n’était plus libre d’accepter ou pas la Torah. Dieu s’est révélé. Et quand Dieu se révèle la liberté disparaît.

 

Par conséquent, le jour du 6 Sivan, il n’y avait pas de liberté mais c’est la récompense du choix libre qu’il y a eu pendant les 49 jours qui les ont amenés au Sinaï. Le Maharal développe cela de façon très importante, mais c’est là l’idée essentielle.

 

Alors les Goyim argumentent : c’est injuste, Israël a accepté la Torah parce que c’est Toi qui leur a imposé ! Alors imposent nous Ta Torah et Tu verras qu’on l’acceptera. On efface tout et on recommence... ! Dieu propose alors une petite mitsvah aux nations : « Si vous la pratiquez c’est bien et vous êtes sauvés avec les Juifs, sinon on verra bien… »

 

Quelle mitsvah ? La Mitsvah de la Soukah !

 

C’est-à-dire qu’on va résumer en comprimé toute l’expérience de l’histoire d’Israël.  La Galout, la Géoulah, pour entrer dans le monde de la Hashga’hah. C’est-à-dire l’aliénation, et la libération pour la découverte de la Providence. C’est cela la Soukah. Si vous pratiquez la Soukah, vous serez sauvés avec les Juifs. Qu’est-ce qui se passe dit la Guémara ? C’est qu’ils acceptent la Soukah. Alors Dieu fait chauffer le soleil en le sortant de son orbite et cela chauffe tellement qu’ils ne peuvent plus tenir le coup. Et ils quittent la Soukah en claquant la porte. Dieu leur annonce: vous avez échoué ! C’est l’échec ! La Guémara intervient alors en donnant le point de vue de la Halakhah : s’il fait trop chaud, ou s’il pleut, on a le droit d’en sortir, alors quelle est la faute ? Dieu : ils ont claqué la porte de la Soukah... Quelle est cette différence ? Tout le monde sait que la Torah c’est difficile. Mais Israël regrette dès qu’il n’arrive pas à accomplir la mitsvah de la Torah. Les Goyim sont pessimistes : la Torah est impraticable....

 

On voit par le biais de ces midrashim la théologie la plus profonde : le salut ne vient pas par la pratique de la Torah qui est impossible. C’est trop difficile. Il faut être juif pour percevoir cela plus profondément : toute la Halakhah est une stratégie de la Torah shébéalpeh pour faire que la Torah qui est celle du monde parfait, soit praticable quand même sur terre. En tout cas, quand il pleut on quitte la Soukah à contrecœur et sans claquer la porte de la Soukah…

 

***

 

C’est la rencontre entre le cycle des Régalim (des fêtes de « pèlerinages ») qui concernent l’histoire d’Israël, et c’est à Soukot qu’on rencontre le sort de l’universel humain.

 

Peut-être est-ce vrai que le signe du déclin d’une civilisation réside dans le problème des loisirs. Cela se relie au problème du Shabat. Mais cela se relie d’une façon générale à la question de Soukot. Lorsqu’une civilisation arrive à avoir un problème de loisir, c’est le signe qu’elle a échoué.

Je vous donne un souvenir d’étude : en travaux pratiques de sociologie en Sorbonne on avait étudié  une enquête du siècle dernier faite par la mairie de Chicago qui avait posé un problème à des sociologues et des théologiens que la mairie n’arrivait pas à résoudre. Avec les minorités d’origines, le dimanche la police avait le plus de travail avec les italiens, les irlandais, les polonais...etc. mais se reposait le samedi avec les Juifs.... C’est le problème des loisirs.

 

Une Guémara dit qu’un Goy qui fait Shabat est passible de mort. Pourquoi ? Parce qu’il se met en danger de mort. Celui qui n’a pas accepté la loi morale et qui ne travaille pas est exposé à tous les risques. Il se met lui-même en danger de mort. ’Hayav Mita dit la Guémara... 

 

Résolution du problème de travaux pratiques : A un certain moment du développement d’une société apparait le problème de l’utilisation du temps de repos. Ce qu’ils appellent « le temps mort ». C’est-à-dire la différence entre la Soukah et le Club Méditerranée.

 

Il y a un 2ème biais par lequel le cycle de Tishri et le cycle qui commence à Nissan vont se rencontrer,  c’est à Hoshanah Raba à proprement parler. Je rappelle là brièvement ce que vous savez déjà d’autre part : chaque société est divisée en trois groupes par rapport au jugement :

Ceux qui peuvent supporter le jugement dans sa mesure stricte -Midat HaDin- on confronte vraiment à la lettre le livre de la Loi et le livre des consciences. Et cela coïncide. C’est cela un Tsadik. Il y en a très peu. Ceux-là sont sauvés à Rosh hashanah. C’est le jour du jugement d’après la Midat HaDin stricte. Les Tsadikim « sortent » quittes, indemnes, à Rosh Hashanah.

 

Il y a ceux qu’on appelle les Beinonim, à la fois Tsadik et Rashâ. Beinonim cela veut dire: les moyens. Entendu de mon frère Joël à Paris : il y a un temps qui s’appelle le Beinoni en grammaire – le temps présent. Les Bénonim sont donc ceux qui vivent au jour le jour. Si c’est la Mitsvah qui se présente... et bien pourquoi pas ? Si c’est la Averah qui se présente, et bien pourquoi pas ? Ceux-là sont jugés le jour de Kipour par la Midat HaRa’hamim. La Midat Hara’hamin c’est un compromis entre la Midat haDin et la Midat Ha’Hessed. C’est Pshakhah. C’est le mot, le terme, qu’emploie le midrash : Pshakhah. La première fois que le midrash parle de la Teshouvah c’est avec celle de Qaïn. Lorsque Qaïn a fait Teshouvah, Adam Harishone le rencontra et lui demanda quel avait été son jugement. Qaïn répond : je suis parvenu à une Pshakhah. J’ai fait Teshouvah. Une Pshakhah c’est un compromis. Le mot français de compromis est assez négatif. La Midat Hadin c’est la rigueur absolue. La Midat ha’Hessed c’est la grâce, la charité. On pardonne a priori et quel que soit les attendus de la faute. Et le monde ne peut reposer ni sur Midat Ha’Hessed ni sur Midat haDin. S’il reposait sur Midat HaDin à la première faute on serait condamné. Il ne peut pas non plus reposer sur Midat Ha’Hessed parce que toutes les fautes seraient pardonnées. Ce serait dans les deux cas un monde invivable. Vous avez en tête les midrashim qui parlent de cela, du fait que Dieu avait voulu créer le monde sur la Midat HaDin : Il a vu qu’il ne tiendrait pas, alors Il a voulu le créer sur la Midat Ha’Hessed, Il a vu qu’il ne tiendrait pas non plus, et finalement il l’a créé sur la Midat HaRa’hamin qui est un compromis entre ‘Hessed et Din. Le génie hébraïque a vu dans ce compromis la vérité morale elle-même. C’est pourquoi Ra’hamin s’appelle Emet. Cela ne veut pas dire que le ’Hessed la charité totale et gratuite ne soit pas une vraie valeur, mais ce n’est pas la vérité morale. Cela ne veut pas dire que la justice ou rigueur absolue ne soit pas une vraie valeur, mais ce n’est pas la vérité morale. La vérité morale c’est la Midat HaRa’hamin. Les Beinonim sont jugés par la Midat HaRa’hamin, c’est le jour de Kipour. Vous remarquez à quel point ce mot de Ra’hamin revient dans la liturgie de Kipour, surtout à Moussaf... Av HaRa’hamim…

 

La 3ème catégorie des Reshayim : de la même manière qu’il y a très peu de Tsadikim Gmourim, il y a très peu de Reshayim Gmourim. Mais il y en a. Ceux-là sont jugés par la Midat Ha’Hessed à Hoshanah Raba. Donc Hoshanah Raba est l’achèvement du cycle  de Tishri et c’est l’achèvement du cycle qui a commencé à Rosh Hashanah. Vous voyez donc qu’il y a un jour de Soukot qui relie totalement les deux cycles, c’est Hoshanah Rabah...

 

Or, pour quelle raison précisément lisait-on dans les Tiqoun de Hoshanah Rabah le livre des Psaumes ?

 

Dans les 7 jours de Soukot nous recevons un invité chaque jour. Cela correspond aux fondateurs de l’identité d’Israël. Les Ouzpizim. C’est un mot araméen que l’on retrouve dans le mot français d’hôte. Cela vient du latin. Ouzpizim, l’hospice.

 

Le 1er jour c’est Avraham, le 2ème  c’est Its’haq, le 3ème c’est Yaaqov, le 4ème c’est Mosheh, le 5ème c’est Aharon,  le 6ème jour Yossef, le 7ème c’est David qui se relie à la notion de Malkhout qui est déjà l’annonce du temps messianique.

Et puis le 8ème jour Shémini Atseret c’est Shlomo HaMelekh, le roi Salomon. On revient par là à l’Ecclésiaste.

 

J’ai bouclé cette introduction : Les deux cycles indiqués tout à l’heure se rencontrent et culminent le jour de Hoshanah Raba qui nous mène à Shémini HaAtseret qui est la clôture générale et qui elle va devenir Sim’hat Torah.

 

Relation Sim’hat Torah-Shavouot :

 

Très rapidement, la relation entre Sim’hat Torah et Shavouot : je viens d’étudier un Maamar du Rav Adariv Rosh Yeshiva au Kotel qui rassemblait toute une série de références concernant un jour de la liturgie de Tishri dont je n’ai pas encore parlé et qui est la veille de Kipour : Erev Yom haKipourim, le 9 Tishri. Le 9 Tishri est un jour de fête. Mais c’est un jour de fête qui est un jour de jeûne. On jeûne en festoyant. Parce qu’il y a deux versets dans la Torah qui précisent que le jour de Kipour c’est le 10 Tishri, et il y a aussi le 9ème jour. Alors la tradition la Torah shébéalpeh a décidé que le 10ème jour l’expiation se fait par le jeûne, et le 9ème jour la veille de Kipour, l’expiation se fait en mangeant. C’est beaucoup plus difficile d’expier en mangeant qu’en jeûnant. C’est pourquoi c’est un jour où l’on ne doit pas s’arrêter de manger. Cela se pratique différemment selon les communautés. 7 repas dans certaines, jamais un ¼ d’heure sans manger, et au milieu de la journée un repas de 7 plats... etc.

 

C’est plus difficile que de jeûner car finalement le jour du jeûne, le 10 Tishri, la vertu et la nature coïncident. Alors que dans la veille où l’on mange, la nature et la vertu s’opposent. Par conséquent, c’est beaucoup plus difficile. Dit d’une façon inverse : Quand la vertu va dans le sens de la tendance naturelle il y a ambiguïté : à quoi j’obéis ? À ma tendance naturelle ou à ma vertu ? C’est donc plus difficile. C’est tout le problème des mitsvot en général. Un principe de la Guémara qui est très important : les mitsvot n’ont pas été données pour la jouissance mais ont été données pour la joie. C’est très différent. C’est interdit de se servir de la mitsvah comme jouissance. En français, il est difficile de décaler les deux termes, mais en hébreu c’est très clair.

 

Exemple : le fait que le Shabat on a l’habitude de manger du poisson. Le fera-t-on pour obéir à la mitsvah ou pour obéir à son désir de manger du poisson ?  Ce n’est qu’au bout d’un très long effort d’épuration de la vertu que la vertu devient authentique. Parce que pendant longtemps elle est mélangée de  jouissance.

 

***

Qohelet :

Nous allons lire les premiers versets à propos desquels je vous citerais quelques midrashim, et ensuite nous lirons le dernier verset et aussi quelques midrashim à ce sujet. 

Le texte commence ainsi :

 

דִּבְרֵי קֹהֶלֶת בֶּן-דָּוִד, מֶלֶךְ בִּירוּשָׁלִָם.  

Paroles de Qohélet, fils de David, roi à Jérusalem…

 

En français le mot de ecclésiaste, cela veut dire l’homme de la ecclesia c’est-à-dire le Qahal en hébreu. C’est devenu l’Église en français, mais le sens latin primitif cela veut dire le Qahal – ecclesia en latin. Je crois que cela vient du grec d’ailleurs.

Un autre livre dans les apocryphes s’appelle l’Ecclésiastique qui n’est pas kasher. L’Ecclésiaste c’est Qohelet - celui qui forme le Qahal.

 

Le mot de Qohelet commande parfois le verbe au masculin ou parfois le verbe au féminin. Mais dans tous les cas le sens est le même: c’est la capacité de faire l’unité de la cité ou de la société. Deux hommes seulement ont eu cette capacité : Moïse et Salomon. « Vayakhel Mosheh... et Moïse a rassemblé l’assemblée du peuple... ».

 

Je vous cite là des versets qui reviennent souvent sous différentes formes. Meqahel : le fait de créer la cohérence de l’assemblée, la Qahal.

 

Et d’autre part le roi Salomon. On a remarqué que le règne du roi Salomon est le seul pendant lequel il n’y a pas eu de guerre dans le monde entier. C’est un sujet d’étude bien entendu à étudier avec les annales des autres peuples, mais remarquez à quel point cela se relie avec le sens de son nom. Il s’appelle l’homme de la paix. En tout cas, évidemment en Israël, il n’y a pas eu de guerre pendant tout le temps de son règne. Mais ce qui est important à signaler c’est qu’ici on ne lui donne pas son nom, on l’appelle Qohelet et on l’appelle Ben David. Ceci est un thème pour lui-même. Le premier homme qui a eu le privilège d’être nommé Ben David c’est le roi Salomon. Donc, c’est une figure messianique. C’est une figure du 8ème jour.

 

מֶלֶךְ בִּירוּשָׁלִָם  

Roi à Jérusalem

 

Déjà cette expression nous donne un point d’appui pour aborder très rapidement le thème principal. Ce texte vous l’avez lu, il y a des centaines de livres qui ont été écrit sur l’Ecclésiaste. Dans toute bibliothèque spécialisée en théologie ou philosophie, se trouvent énormément de thèses, surtout chez les protestants parce que c’est un livre très pessimiste, apparemment. Ce pessimisme-là va dans le sens de la théologie protestante sur lequel énormément de thèses ont été faites. Toutes s’accordent sur un point, que l’on va critiquer au nom des midrashim que l’on va lire, que c’est un livre pessimiste. D’où la question sur cette inadvertance des rabbins d’avoir laissé un tel livre dans la Bible. Et finalement, on se base sur un texte à travers la Guémara indique qu’au moins un verset  sauve le livre. C’est le dernier verset :

 

כִּי, אֶת-כָּל-מַעֲשֶׂה, הָאֱלֹהִים יָבִא בְמִשְׁפָּט, עַל כָּל-נֶעְלָם:  אִם-טוֹב, וְאִם-רָע

Car tout acte Dieu le fera venir en jugement (vous voyez à quel point nous sommes en plein dans Hoshana Raba) même avec toutes les implications cachées, que ce soit en bien ou en mal.

 

C’est l’idée du jugement en plein : il y a un jugement dernier. Tout le livre a été sauvé en raison de ce verset. On s’est évertué à trouver des analogies avec les philosophes grecs de l’époque et on les trouve... d’une époque que les historiens fixent plus ou moins arbitrairement. On trouve des thèmes analogues dans les philosophies pessimistes. On a sauvé ce livre à cause de ce verset et surtout à cause du verset précédent d’ailleurs:

 

סוֹף דָּבָר, הַכֹּל נִשְׁמָע:  אֶת-הָאֱלֹהִים יְרָא וְאֶת-מִצְו‍ֹתָיו שְׁמוֹר, כִּי-זֶה כָּל-הָאָדָם   

La fin de la chose tout est entendu, crains Dieu et observe ses commandements car c’est cela le tout de l’homme.

 

On voit à quel point l’argument ne tient pas : à cause de ces deux versets-là on laisserait 8 chapitres entiers de pessimisme ? On va bien les lire quand même ces huit chapitres ! Il n’y a qu’à les prendre et les mettre dans un Psaume. Par conséquent, ce n’est pas du tout compréhensible cette espèce de thèse que c’est vraiment un livre pessimiste placé dans la Bible et sauvé par les deux versets cités. L’argument n’est pas suffisamment fort.

En réalité, la tradition explique que le roi Salomon discute avec les pessimistes. Ce n’est pas qu’il adopte les points de vue de la philosophie pessimiste : que tout est vanité, tout est cyclique, tout revient... Cf. les premiers versets avec cette vision absolument stoïcienne de l’histoire du monde.

 

מַה-יִּתְרוֹן, לָאָדָם:  בְּכָל-עֲמָלוֹ--שֶׁיַּעֲמֹל, תַּחַת הַשָּׁמֶשׁ

Il n’y a pas de surplus, on passe sa vie à la faute...

 

Il est frappant de constater que dans les civilisations occidentales, c’est un peu le temps de l’adolescence ce pessimisme. Alors que pour la tradition, Shlomo Hamelekh a écrit Shir HaShirim quand il était adolescent, il était normal. A l’âge mûr, il a écrit les Proverbes et dans sa vieillesse il a écrit Qohelet.

En réalité donc, il va disputer, il est en opposition avec la philosophie pessimiste. Ce n’est pas qu’il adopte leurs postulats et qu’il aurait ensuite conclu par deux versets de piété habituelle. Il va disputer avec les philosophes  pessimistes par le postulat suivant : prenons au sérieux ce que tu dis. Si nous prenons au sérieux tout ce que tu dis, que tout est vanité alors tout est vraiment vanité à un point tel que tu ne serais même pas là pour le dire... Prends acte et conscience que si vraiment tout était vanité, ce serait vraiment absolument vanité. Et moi Salomon, je peux te le démontrer parce que j’ai l’expérience de toutes les valeurs. Je peux te démonter que s’il n’y a pas aussi la Torah et ce qu’elle annonce, alors tout est vraiment vanité à un point auquel toi, philosophe pessimiste, tu ne sauras jamais quoi.

 

C’est pourquoi on a en 7 grands paragraphes à travers les 8 chapitres, 7 moments où l’Ecclésiaste va prendre toutes les hypothèses possibles : tout est vanité sauf peut-être la richesse ? Et il va démontrer que même la richesse c’est vanité. Tout est vanité !

 

Vous allez voir comment cela se rattache à « Roi à Jérusalem ».

 

Il dit : J’ai expérimenté cela, et même cela c’est Hével... On commence par la richesse... Même cela c’est Hével...

 

Qui peut dire cela ? Celui qui a vraiment été riche ! Celui qui parlerait de la vanité de la richesse sans avoir été riche cela n’aurait pas de base. Tout cela nous dit le midrash c’est dans l’expression Melekh Biroushalayim : Il a été roi à Jérusalem, il a eu toutes les valeurs. Il était riche.

 

2ème hypothèse : Tout est vanité, sauf la sagesse ! Qui était plus sage que Salomon ? Je schématise mais c’est clair, pas la peine de passer du temps là-dessus… Et quand Salomon dit : même la sagesse c’est vanité si tout est vanité ! S’il manque cette clause dont on a parlé : au-dessous du soleil - Ta’hat hashemesh - tout est vanité mais sur le soleil non. Lo Maalah dit le Midrash : Il s’agit de la Torah. Et on verra ce qu’est cette expression. Alors même la sagesse est vanité, parce que, finalement, toutes les philosophies pessimistes se réservent un quant-à-soi. Tout est vanité… sauf telle vertu, ou sauf telle valeur. Par exemple le stoïcisme : Tout est vanité sauf le fait d’être stoïque... 

 

J’ai l’habitude de citer une anecdote que j’ai vécu : J’ai eu un de mes professeurs de philosophie qui était existentialiste. Il était brillant et capable de nous convertir à l’existentialisme : tout est absurde. Et vous savez que lorsqu’un professeur de philosophie sait parler, il sait parler ! Surtout lorsqu’il parle de l’absurde. Un jour en sortant de cours je l’ai surpris dans une conversation avec un collègue : « je n’ai pas le temps maintenant je dois aller chercher mon chèque... » Cela veut dire : Tout est absurde sauf le fait que le philosophe doit aller chercher son chèque... A l’abri du chèque tout est absurde. Cela démystifie tout.

 

 2ème hypothèse la sagesse : même la sagesse est vanité...

 

Et imaginez par vous même toutes les hypothèses de repli que l’on peut présenter dans ce problème.

La gloire ? Il a été roi. Le roi peut dire la gloire : « Sic transit gloria mundi »...

 

En fait, je reviens sur le raisonnement. Si vraiment il faut admettre que le monde soit vanité, alors il est vanité vraiment. Et si le monde est vanité vraiment, on est perdu. Et donc même cette position de la philosophie pessimiste perd ses bases. C’est pourquoi du dedans de ce doute absolu par méthode de la vanité du monde, l’Ecclésiaste fait surgir un optimisme radical : Tout a un sens, tout est jugé. Voilà donc le thème que nous allons approfondir à travers le texte.

Je vais me baser sur un premier Midrash.

 

הֲבֵל הֲבָלִים אָמַר קֹהֶלֶת, הֲבֵל הֲבָלִים הַכֹּל הָבֶל

Havel Havalim Amar Qohelet, Havel Havalim Hakol Havel

 

Ensuite vous avez en caractère de Rashi, le commentaire de Rashi.

J’explique d’abord les termes.

Havel Havalim : havel c’est un singulier et havalim pluriel. Voilà ce qu’indique le midrash :

Havel= 1 et Havelim = au minimum deux. C’est répété Havel Havalim une 2ème fois et avec Hakol Havel. Donc cela fait donc 7 vanités. Il y a donc allusion à 7 vanités différentes.

 

Rashi :

Le midrash dit ceci : On enseigne, David avait dit (Ps. 144) : « l’homme ressemble a un souffle » [en hébreu le mot de Hevel c’est le souffle : Hevel est devenu au sens abstrait l’idée de vanité, mais d’abord c’est le souffle comme Hevel Peh est le souffle de la bouche. Quelque chose qui n’a pas de consistance] mais le roi David n’a pas expliqué à quel genre de souffle l’homme ressemble. Si c’est le souffle d’un four c’est-à-dire le souffle chaud qui sort d’un four, il a une utilité. Il y a une finalité. Ce souffle chaud peut chauffer une marmite. Le roi Salomon est venu et a expliqué à quel souffle ressemble l’homme : Havel Havalim, à un souffle de souffle.

 

Vous voyez que l’on s’approche déjà un peu plus au contenu de l’expression « vanité des vanités ». Un souffle de souffle. Mais c’est quoi ?

 

Midrash suivant : Qohelet Rabah 3.1 :

Hakol Havalim : enseignement de rabi Yehoshoua ben Qora’h : cela ressemble à un homme qui a installé 7 marmites l’une au-dessus de l’autre et en dessous un feu. Le souffle qui sort du feu chauffe la première marmite. C’est un souffle qui a une effectivité. Le souffle qui sort de la première marmite chauffe la 2ème marmite. C’est un Hevel. Et cela a aussi un sens. Jusqu’à la 7ème. Mais le souffle qui sort de la 7ème marmite, lui, c’est une Hevel Havalim, un souffle de souffle.

 

Voilà donc le raisonnement pour l’Ecclésiaste : si tu admets que le monde est vanité, sache que moi je t’attends à la vanité des vanités et pas aux vanités partielles avec l’abri du chèque.

 

Rashi dit que l’Ecclésiaste a fait allusion aux 7 vanités correspondant aux 7 jours du commencement. Le Midrash sur lequel se base Rashi dit ceci : L’œuvre de chacun des jours du commencement, le Shabat y compris, on trouve un verset qui nous montre qu’à certaines conditions cette œuvre va perdre sa valeur. Par exemple le jour du Shabat : mé’haléléha lo tioumat

 

Cela veut dire que le monde est plein de valeurs, mais ce sont des valeurs qui peuvent se perdent elles-mêmes. J’ai longtemps réfléchi à l’analyse de ce midrash. Voilà l’explication que je vous propose qui me semble expliquer à la fois l’ensemble de ces midrashim:

 

L’histoire du monde nous est présentée par la Torah comme la succession d’étapes. Chaque étape menant à une étape suivante. Tant qu’on est occupé au moment historique d’une étape précise x sans avoir la visée de l’étape qui lui succède, alors on est pris par ce sentiment d’angoisse pessimiste que peut-être cela ne sert à rien... parce qu’on ne voit pas à quoi cela va servir...

 

Le 1er jour je ne sais à quoi il sert que si je suis dans le 2ème . Quand je suis dans le 2ème jour, alors le 1er jour a pris son sens parce qu’il a mené au 2ème jour. Le 3ème jour c’est la même chose, il donne un sens au 2ème et au 1er. Celui qui est à la pointe de l’histoire et qui n’a rien devant lui, celui-là peut dire qu’il est à la 7ème marmite : le souffle qui sort et qui ne va nul part, qui va au néant.

 

C’est là que le roi Salomon définit dans l’Ecclésiaste ce que serait la véritable philosophie pessimiste: c’est-à-dire celui qui a expérience que tout son être est au passé et qu’il n’y a aucun avenir. C’est donc celui qui n’a pas l’expérience ou la perspective de la dimension messianique.

 

Cela veut dire que si les 7 jours du commencement ne mènent pas à un 8ème, alors tout est vanité, le 7ème y compris.  Mais si le 7ème mène à un 8ème, rien n’est vanité, tout est compté et tout est jugé parce que chaque étape mène à la suivante, et cela se récapitule un jour dans le 8ème.

 

Vous voyez quelle est la méthode de l’Ecclésiaste et comment il contredit la philosophie pessimiste en prenant au sérieux le postulat de la philosophie pessimiste, en le poussant à la totalité du doute. Peut-être y a-t-il là un parallèle à faire sur la méthode du doute chez Descartes. Que le doute n’est sérieux que s’il est total. Pour sortir du doute, il faut sortir d’un doute total. C’est assez analogue.

 

Si on se situe à un 7ème qui n’aurait pas de 8ème, alors vraiment tout est vanité, tout est privé de sens. C’est à ce niveau-là qu’il y a le doute total. Et par conséquent, on voit bien que les midrashim mettent en évidence précisément ce qui se passe entre Hoshanah Raba et Sim’hat Torah.

 

Cela vous fera comprendre la suite des Midrashim. Par exemple sur le verset cité :

Eïn ‘Hadash Ta’hat haShemesh, Abal Lémaalah HaShemesh Yesh ‘Hadash. Lémaalah Hashemesh Yesh Yitron. Rien de nouveau sous le soleil, mais au-dessus du soleil il y a la nouveauté, il y a un surplus.

 

On voit comment il faut se dégager du langage pastiche de la Bible auquel on est habitué : « rien de nouveau sous le soleil » alors que le texte voulait dire tout le contraire... et dit quelque chose de beaucoup plus ample. Sous le conditionnement de l’être de nature, il n’y a effectivement pas de dégagement d’espérance, mais au-delà oui. Pour retrouver notre langage, cela veut dire que le 7ème jour mène à un 8ème. Ce qui est toujours dans la symbolique de la tradition le jour messianique. Je vous ai dit l’essentiel.

 

Sim’hat Torah et Matan Torah :

 

La différence entre Sim’hat Tora et Matan Torah à Shavouot…

.../....

Je vais terminer en reprenant ce parallèle que nous avons vu dans le calendrier. Comme nous l’avons vu c’est le 6 Sivan qui est d’une certaine manière le 8ème jour de Pessa’h mais décalé de 7 semaines. Après le 6 Sivan où il y a eu la promulgation des 10 commandements, Moïse est monté sur la montagne pendant 40 jours. Le 39ème jour le peuple s’est rassemblé pour obliger Aharon à faire l’idole du veau d’or. La veille du 17 Tamouz, c’est le 16 Tamouz. Et normalement sans cette catastrophe de la faute du veau d’or, le 17 Tamouz aurait été un jour de grande fête, cela aurait été Sim’hat Torah. C’est-à-dire le jour de la Kabalat HaTorah – la réception de la Torah. Matan Torah c’est le 6 Sivan, par amour après, la Torah aurait été reçue. Elle a été donnée par un jour avant le 6 Sivan, Shavouot, elle aurait été reçue. Le 17 Tamouz devait être une fête. C’est ce que dit le texte. Je vous donne la référence de Parashat KiTissa, un verset qui semble assez mystérieux quand Aharon dit au peuple qui se rassemble contre lui pour l’obliger à faire l’idole, il dit :

Shemot KiTissa 32.5 :

 

32.5

   וַיַּרְא אַהֲרֹן, וַיִּבֶן מִזְבֵּחַ לְפָנָיו; וַיִּקְרָא אַהֲרֹן וַיֹּאמַר, חַג לַיהוָה מָחָר

« ... fête pour Hashem demain ».

 

Le lendemain c’était le 17 Tamouz, le 40ème jour où Moïse devait redescendre de la montagne avec les 2 tables de la loi. Or, cette catastrophe de la faute du veau d’or a reculé de 2x40 jours la réception de la Torah. Comme vous le savez, pendant 40 jours Moïse a prié pour que le peuple soit pardonné, il y a là un sujet pour lui-même. La partie du peuple qui avait fauté, c’est-à-dire le Erev Rav et pas Israël lui-même, mais c’est un autre sujet. Et puis on arrive au 1er Eloul. Et 40 jours depuis le 1er Eloul au 10 Tishri .../...

 

 


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Published by Rav Léon Askénazi - dans CALENDRIER & FÊTES
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