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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 18:03

Qohelet Sukkot (1986)

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/soukkot_et_qohelet/cours_1

Durée : 47,3 minutes
Face A

Je présenterais le premier sujet que je vais traiter, qui traitera surtout de la lecture de la Méguilah de Qohelet qui est l’Ecclésiaste, pendant la fête de Soukot. Et j’introduirais cette étude par une première introduction générale sur la place de Hoshana Raba et de Shemini Aatseret qui est Sim’hat Torah dans l’ensemble de la liturgie des fêtes de Tishri. Pour cela je vous rappellerais des notions qui vous sont, pour la grande majorité, familières sur le calendrier hébreu, que nous essaierons d’organiser pour situer le moment de Tishri dans son ensemble, et en particulier Hoshanah Raba et Sim’hat Torah comme le point culminant de la rencontre des différentes lignes de forces du calendrier, comme nous allons le voir. Ceci sera la première étude centrée surtout sur l’étude de Qohelet avec une introduction sur la définition de Sim’hat Torah et de Hoshana Raba. Ensuite vers 11h30 une Hafsaka jusqu’à minuit, où l’on commencera les Sli’hot. Après les Sli’hot, le Rabbin Hazan fera une étude sur le ‘Hidoush, le renouvellement de sens que le Rav Kook a apporté sur la notion de Teshouvah. Il a intitulé cela : Or ‘Hadash Al haTeshouvah. Ensuite David ben Ezra étudiera sur une page de la Guémara de la Massékhet Soukah un certains nombres de problèmes concernant la Mitsvah du Loulav, et à travers lesquels il analysera le thème général de la problématique ou la tension qui existe entre l’aspect proprement éthique et l’aspect esthétique dans la Mitsvah.

 

Sur l’institution de ces nuits d’études dans les trois fêtes de pèlerinage : la nuit de Shévii shel Pessa’h : la nuit du 7ème jour de Pessa’h, celle de Shavouot, et celle du 7ème jour de Soukot qui est la nuit de Hoshanah Raba. Par définition, la nuit d’étude qui est la plus connue – c’est pratiquement un minhag commun à toutes les communautés – c’est la nuit de Shavouot. J’en dirais très peu de chose. Je veux dire que la logique du rite va de soi, il s’agit de la préparation au Matan Torah. Et donc toute la nuit est consacrée à des textes concernant l’importance de la Torah, le moment qu’a représenté dans l’histoire humaine en général, le fait que Dieu sur le Sinaï a confirmé que le monde a été créé, qu’il a un sens, et a révélé Sa volonté pour l’histoire de l’humanité avec pour objectif de réussir le sens qu’Il a assigné à l’histoire du monde. C’est dit de façon très schématique.

…/…

La nuit de Shavouot est consacrée donc à la préparation de Matan Torah qui est commémorée le lendemain matin.

D’autre part, la nuit de Shévii Shel Pessa’h, c’est-à-dire le 7ème jour de la fête commémore le passage de la mer rouge.

Il faut noter là qu’à Pessa’h il y a 2 fêtes différentes :

 

Les premiers jours de la fête de Pessa’h commémorent la sortie d’Egypte à proprement parler :

Yetsiat Mitsraïm. Et le 7ème jour de Pessa’h qui s’appelle Atseret Shel Pessa’h – la clôture de la fête de Pessa’h, est une fête pour elle-même qui commémore le passage de la mer rouge. C’est un sujet que nous étudions à propos de Pessa’h, mais c’est ici pour dire que la nuit d’étude de Shévii Shel Pessa’h est consacrée en général à des thèmes concernant la émounah, la foi, que le midrash associe en relation aux événements du passage de la mer rouge qui a finalement rendue efficace la sortie d’Egypte. Tant que la mer rouge n’était pas encore traversée, il y avait encore le danger que l’Egypte reprenne Israël sous son esclavage. Après le passage de la mer rouge la sortie d’Egypte a été effective.

 

Et puis, la nuit de Hoshanah Raba qui a été instituée un peu plus tardivement et qui n’est pas forcément commune à toutes les communautés. Raison pour laquelle je voulais vous signaler cela en introduction générale.

 

Chacune de ces nuits a un tiqoun particulier, c’est-à-dire toute une liturgie particulière, et avec les générations finalement on n’a plus été capable simplement en lisant tous ces textes qui concernent des sujets de la commémoration à chaque fois de s’instruire de leur contenu.

 

Et puis nous sommes déjà dans des générations très orphelines où l’on choisi quelques thèmes de tous ces textes pour les découvrir en les étudiant.

 

Je me souviens, enfant, de ce qu’on lisait toute la nuit, ce qu’on avait l’habitude de lire le soir de Hoshanah Raba : tout le Sefer Devarim qui est la récapitulation de toute la Torah pour l’entrée de la génération des fils qui va entrer dans le pays de Kenaan, puisque les 4 premiers livres concernent la révélation de la Torah à la générations des pères jusqu’à ceux qui sont sortis d’Egypte, et le 5ème livre, le Sefer Devarim, est la récapitulation de toute la Torah pour la génération qui est entrée en Israël.  Ensuite, on lisait tous les Psoukim des Mitsvot, plus un certains nombres de commentaires du Zohar qui avaient pour objet les temps messianiques, et aussi des commentaires des textes de la Guemara qui ont le même objet. Et ceci était entremêlé des sli’hot du jour de Kipour. Je vais essayer d’expliquer tout cela, cela va faire un faisceau d’éléments qui vont s’expliquer tous ensemble. Et je dirais immédiatement d’ailleurs pourquoi.

 

Il en résulte donc que le thème principal de lecture de Hoshanah Raba, c’est le thème messianique.

 

Retenez bien cela parce que nous allons le retrouver avec Qohelet.

En particulier, la première question qui se pose à propos de l’étude du livre de Qohelet : Pourquoi sa lecture fut-elle instituée à la fête de Soukot ?

 

Alors, quelques mots d’introduction sur les Méguilot qui forment la 3ème partie du Tanakh, les Ketouvim qu’en général on appelle « les livres de la sagesse ». Et à chacune des fêtes, les grandes commémorations nous reliant aux événements fondateurs de l’histoire d’Israël, l’une de ces Meguilot est étudiée le Shabat de la fête.

 

Je vous l’indique très rapidement :

A Pessa’h on lit Shir haShirim.

A Shavouot on lit Meguilat Rout et Mishlei.

A TishaBéAv, on lit Eikha et Iyyov.

A Soukot on lit Qohelet, le livre de l’Ecclésiaste.

A Pourim on lit Meguilat Ester.

 

La question qui se pose : comment se fait-il que la tradition fasse correspondre un tel livre à la fête de Soukot dans son point culminant dans le 8ème, Shemini Aatseret après les 7 jours de Soukot, jour de clôture de la fête, qui comme vous le savez en exil se dédouble ? Le 2ème jour de fête en exil c’est Sim’hat Torah, alors qu’en Erets Israël cela coïncide : c’est le jour de Shemini Atseret lui-même qui est Sim’hat Torah. Cela culmine dans cette perspective messianique de laquelle je parlerais plus abondamment tout à l’heure et pour laquelle on a choisi de lire un livre qui apparemment est un livre pessimiste ?

Je dis bien apparemment, et vous devinez que toute l’étude aura pour objet d’évacuer cette apparence de pessimisme du livre de l’Ecclésiaste. Je vous rappelle simplement le verset de base qui est censé fonder ce pessimisme du livre de Qohelet : « Vanités des vanités tout n’est que vanité ». En hébreu c’est encore plus fort : הֲבֵל הֲבָלִים אָמַר קֹהֶלֶת, הֲבֵל הֲבָלִים הַכֹּל הָבֶל.

On traduit habituellement vanité mais nous verrons le sens du mot en hébreu qui encore beaucoup plus pessimiste apparemment.

Je vais essayer,  en me basant sur un certain nombre de midrashim, d’inverser cette apparence pour montrer au contraire que c’est un livre optimiste, et qui se relie très étroitement avec la signification de Soukot comme fête messianique.

Je reviens donc à la 1ère partie : sur la situation du moment de Tishri que Georges Lévine alias David Yacine a appelé dans un de ses livres « le rendez-vous d’octobre ». Je vous expliquerais comment toute cette liturgie de Tishri se situe dans l’ensemble du calendrier et cela nous donnera une introduction à l’abord du livre de l’Ecclésiaste.

Je voudrais d’abord rappeler un principe important du calendrier hébraïque en schématisant beaucoup: C’est qu’il y a dans le calendrier hébreu de l’année le chevauchement de deux années de commémorations différentes.

La première année de commémoration qui commence à Tishri a pour objet une envergure de  commémoration universelle, à l’échelle du monde tout entier, de la création toute entière. Je ne donne qu’un point de repère mais suffisant pour situer cela : Cette année commence à Tishri et se termine à la fin du mois d’Eloul, c’est le fait que le 1er Tishri commémore la création du monde. Et celle-ci concerne toutes les créatures. C’est un thème connu que Rosh Hashanah et même Kipour qui apparemment est le jour de l’expiation et du pardon pour Israël, et en réalité même le jour de Kipour et la fête de Soukot qui se situent à Tishri, concernent l’humanité toute entière comme nous allons le voir dans plusieurs références.

C’est une 1ère année. S’inscrivent dans cette année de Tishri les événements qui concernent les grandes étapes de la réalisation du projet du Créateur à travers l’histoire universelle.

Une 2ème année chevauche cette 1ère année-là : et elle commence le Rosh ‘Hodesh Nissan. Cette année qui commence au mois de Nissan se termine à la fin du mois de Adar.

Il y a 6 mois entre Nissan et Tishri. Tishri est le 7ème mois à partir de Nissan. De la même manière Nissan est le 7ème mois à partir de Tishri. Nous avons donc deux années qui se chevauchent et qui d’une certaine manière se prennent en relai l’une l’autre.

Retenons bien ce premier principe : Il y a un thème important qui apparait là et qui pourrait faire à lui seul l’objet d’une étude. C’est le thème qui se formulerait ainsi : c’est qu’il n’y a pas de fin d’année dans la conception du temps de l’année hébraïque. Si vous le comparez avec l’année civile d’un calendrier quelconque, il y a un jour de l’an où l’année commence et il y a finalement un 31 décembre, le jour où l’année finit, le jour où l’année se clôt sur elle-même et disparait et est achevée. C’est schématique car chaque tradition a sa propre conception du temps et cela se reflète dans sa manière de structurer le calendrier, mais cela renvoie inévitablement à un temps cyclique qui est un temps pessimiste : les choses recommencent, les choses reviennent. Et vous retrouvez là un des premiers thèmes du livre de l’Ecclésiaste : tout revient, semble-t-il.

J’ai l’habitude d’expliquer cela de la manière suivante :

L’année du soleil a pour nom Shanah dont le mot qui a pour sens fondamental la racine qui a donné le mot de Shinouï dont le sens est le changement, mais c’est une définition très précise du changement. On va s’aider d’un autre mot qui s’y rattache un peu plus lointainement mais c’est la même racine : c’est le mot de Shnayim, Shéni, Shanaï : deux, deuxième. C’est le changement qui fait devenir autre.

 

Selon un midrash, ce temps de l’année qui se referme sur elle-même et qui disparaît pour laisser la place à une année seconde, une année qui vient après, c’est le temps qui mesure ou rythme l’histoire des nations, l’histoire des grandes civilisations des Oumot HaOlam, l’histoire des grandes cultures qui se sont succédées.

 

Et il n’y a pas de doute que du point de vue du midrash - et nous sommes confrontés à cette histoire parce que nous nous situons à la fin de ce cycle des quatre grandes civilisations qui se sont succédées et qu’Israël a traversé - tout se passe comme si l’histoire était la succession de grandes années de civilisations, de cultures, qui s’achèvent et disparaissent et laissent la place à énormément de travaux d’archéologie, de thèses d’histoire…, et qui laissent la place à une autre civilisation. Chacune est sheniyah par rapport à la première.

 

J’ai en tête un livre important du temps de mes études générales – « Le déclin de l’Occident » d’un philosophe allemand nommé Oswald Spengler, philosophe de l’histoire, qui a visé ce thème-là. Tout se passe comme si les structures de développement d’une grande culture sont fondamentalement les mêmes, seul le style change. D’après la conception juive de ce problème c’est plus que le style qui change, ce qu’il faut mettre en évidence c’est le Shinouï. Il y a un changement radical, c’est changé, on devient autre.

 

Un adjectif en français venant du latin qui nous montre bien cette idée de Shinouï ce changement néfaste, qui achève et fait mourir, le Shinouï est interdit et est contraire à la sensibilité juive car il mène à la disparition. L’idée du Shinouï, c’est un changement qui fait devenir quelqu’un d’autre : en français il y a le mot autre – alter - qui a donné deux substantif français : altérité (autre) et altération (altéré, changé). Devenir autre en tant que changé, altéré.

 

C’est ce à quoi nous renvoie l’année de Tishri. C’est-à-dire que l’idée du temps universel  finalement mène à la notion de temps cyclique. Il y a une fin de l’année dans la conception des calendriers de toutes les cultures autres que celle d’Israël. Commencement-déploiement-apogée-déclin...etc.

 

Exemple : la culture occidentale a eu son grand siècle au 17ème siècle. Or, dans la symbolique, ne fut-elle qu’inconsciente, des nations, c’est le siècle du roi soleil. L’année du soleil. Shamash.

Le midrash nous explique que le temps des nations est compté d’après le cycle du soleil. Cela nous renvoie aussi à un thème de Qohelet [1.9] :

 וְאֵין כָּל-חָדָשׁ, תַּחַת הַשָּׁמֶשׁ

eïn ‘hadash ta’hat ha shamash –il n’y a pas de nouveau sous le soleil.

 

Pas de nouveau dans un autre sens : il s’agit d’un autre mot ‘Hadash qui renvoie au mot de ‘Hidoush.

 

Pour établir une équivalence, c’est comme si l’Ecclésiaste avait voulu dire : il ne se passe rien de nouveau chez les Goyim. Eïn ‘hadash ta’hat ha shamash rien de nouveau sous le soleil.

Cela veut dire que dans le temps qui se compte par Shanah et Shinouï, tout se passe comme s’il y n’y a rien de nouveau. Effectivement, en tant qu’Israël, nous sommes témoins de cela que les différentes civilisations se sont succédées et ont vraiment disparu en laissant un héritage dans la mémoire mais non plus dans la réalité. Et pendant ce temps, Israël traverse le temps des nations dans la dimension du ‘Hidoush.

Cela nous mène à un 2ème terme qui signifie aussi changement mais dans un sens complètement différent. Et il ne faut pas confondre ces deux termes. Shinouï est un terme péjoratif, négatif, pessimiste. Alors que ‘Hidoush c’est tout l’opposé. C’est le fait de changer mais en restant soi-même, en restant le même. Se renouveler.

De même que Shanah renvoie à Shéni ou Shnaïm, ‘Hidoush renvoie à E’had, par la racine ‘Had qui en araméen signifie « un ». Tout se passe comme si l’histoire est une lutte entre le temps et la personne elle-même, le Nefesh. Si le temps est plus fort que la personne, il y a dégradation, il y a Shinouï. C’est l’année du soleil. Si la personne est plus forte que le temps, il y a ’Hidoush et donc Netsa’h Israël. C’est la dimension d’éternité qui est acquise lorsqu’on dispose de cette force du ‘Hidoush.

C’est précisément la 2ème année, celle qui prend en relai la 1ère et qui la chevauche, qui fait qu’il n’y a pas de fin d’année. Lorsque l’année de Tishri arrive à son apogée, on est au mois de Adar. L’année de Tishri va descendre et s’achever. Pendant ce temps, l’année de Nissan la prend en relai et la pousse plus haut. Donc, il n’y a pas un cercle cyclique qui se referme sur lui-même, il y a une sorte de spirale où une année prend l’autre année en relai. Et il y a donc un temps optimiste qui vient du Koa’h de la force du ‘Hidoush.  Or, ce n’est pas par hasard que la 1ère des Mitsvot qui sera donné à Israël à la sortie d’Egypte à Nissan concerne précisément ce thème :

 

Shémot – Parshat Bo 12:2 :

הַחֹדֶשׁ הַזֶּה לָכֶם, רֹאשׁ חֳדָשִׁים

 Ha’Hodesh Hazeh lakhem rosh ‘hodashim

 

C’est-à-dire qu’en sortant d’Egypte, Israël entre dans l’histoire avec la capacité de ce ‘Hidoush. Alors que le temps a pour résultat une érosion de l’être, et c’est le témoignage de toutes les civilisations, on voit que le temps en Israël a une toute autre dimension, une toute autre réalité. C’est un temps de renouvellement. C’est pourquoi le Midrash dans sa 2ème formule dit : alors que le temps d’Israël est compté suivant le renouvellement de la lune. Le ‘Hodesh que l’on traduit par le mois, signifie en hébreu l’année de la lune. Le mois de la lune c’est une année de la lune.

Ce qui est visé dans le thème messianique général de toutes les prophéties, c’est la coïncidence, l’unité de ces 2 années.

Je donnerais par manque de temps un seul exemple concernant précisément la fête de Soukot: normalement, si à la sortie d’Egypte l’état général universel de l’humanité était arrivé au même point de Tiqoun que cette avant-garde qu’a été Israël sortant d’Egypte, alors les deux années calendaires auraient été fusionnées. Il n’y aurait pas eu ce décalage que nous avons entre le cycle de Nissan et le cycle de Tishri.

Entre tout le mois de Nissan qui est un ‘Hodesh de fête, qui a son 8ème jour décalé de 7 semaines à Shavouot et nous verrons pourquoi -  c’est le même rythme : 7 jours de Pessa’h et Atseret le 8ème Shavouot cela devrait être le lendemain du jour de Pessa’h mais c’est décalé de 7 semaines. Mais Shavouot n’a pas de date particulière dans la Torah, on le fixe en comptant 50 jours, 7 semaines à partir de Pessa’h. C’est pourquoi Shavouot est appelé d’une certaine manière le 8ème jour de Pessa’h. Voilà pour Nissan.

Et à Tishri la fête de Soukot avec le 8ème jour Shemini Atseret qui est Sim’hat Torah.

Avec les deux points d’appui : Matan Torah à Shavouot c’est l’achèvement du cycle de Nissan. Et Sim’hat Torah à Soukot c’est l’achèvement du cycle de Tishri.  Nous allons voir que le parallèle est encore plus précis que cela.

Mais je reviens sur le point que j’expliquais : si l’état général de l’humanité, ce qu’on appelle le mérite de la génération – chaque occurrence de cette expression dans les textes ne signifie pas seulement la génération du peuple d’Israël mais la génération globale et générale de l’universel humain - si le mérite de la génération avait été suffisant, alors Tishri et Nissan aurait coïncidé.

Et en fait, tout se passe comme si la fête de Pessa’h aurait dû se faire dans les Soukot. Je ne veux pas trop charger en érudition de versets, mais ceux qui connaissent les textes s’y référeront de suite pour trouver le lien et les autres rencontreront ces textes et raccorderont à ce moment-là.

C’est-à-dire que lorsque Israël sort d’Egypte, il entre dans le temps de la Hashga’hah (providence). Il entre dans le temps où il est délivré, libéré, il en a eu la preuve, des conditionnements de tout ordre, à tous les niveaux – le point culminant étant le passage de la mer rouge – c’est-à-dire même  les conditionnements naturels, et il entre dans le temps de la Hashga’hah, c’est-à-dire le temps où il est directement lié à la Providence.

Or, cela n’a réussi que pour Israël. Mais ce temps-là c’est le temps des Soukot. La Soukah représente précisément ce fait – cf. les versets correspondants : Vayiqra 23.43

 

23.43

כִּי בַסֻּכּוֹת הוֹשַׁבְתִּי אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל  

Ki BaSoukot Hoshavti et Benei Israël...  »

« que j’ai fait résider les enfants d’Israël dans des Soukot quand ils sont sortis d’Egypte...

Et effectivement, il y a comme cela une allusion dans le récit biblique : dès la sortie d’Egypte, Israël sous la conduite de Moïse, arrive dans un endroit qui s’appelle Soukot.

L’idée est importante. Tout se passe comme si c’est l’humanité qui doit sortir d’Egypte – c’est-à-dire faire l’expérience d’être délivré des conditionnements qui mènent aux déterminations.

C’est cette expérience-là qui est l’expérience Galout-Géoula. La Guéoula étant l’expérience que l’on peut être délivré des conditionnements et des déterminismes quel qu’ils soient....

A partir du moment où cette expérience a eu lieu, alors on sait que c’est vrai que le monde a un Créateur. La notion selon laquelle Dieu a créé le monde à Tishri n’est rentrée dans l’expérience au niveau de la  réalité qu’à Nissan avec l’expérience de la Géoulah.

Je le dirais de façon très simple, mais c’est un sujet pour lui-même, parce que les initiés depuis le 1er homme et à travers la grande lignée des initiés qui a mené à Abraham et dont la bible nous raconte l’histoire. Ce n’est pas pour rien que la Bible nous raconte l’histoire des générations depuis le premier homme jusqu’à Abraham, en nous donnant le nom des initiés à chaque génération. Je dis initiés parce que c’est le mot qu’on emploie en français pour ces choses-là mais je devrais dire les prophètes, les Avot HaOlam – les pères de l’humanité - comme on le trouve dans nos textes. Ils savaient que le monde avait un Créateur, mais c’est devenu évident au niveau de l’expérience à la sortie d’Egypte. Voilà l’explication simple que le Kouzari nous donne mais qui mène d’ailleurs à des choses beaucoup plus profondes : à quoi cela sert-il de savoir que le monde a un Créateur s’il n’est pas évident qu’Il intervient pour achever et parfaire sa création ?

Il est évident que le sort de la créature n’est pas suffisamment honorable par rapport à l’idée du Créateur tant que la Géoulah n’est pas totale. Tant qu’on n’est pas complètement délivré de la condition de créature à partir du néant, alors il y a contradiction spirituelle entre l’idée de Créateur et la condition de la créature.

 

C’est à Pessa’h que l’idée que Dieu a créé le monde de l’homme a trouvé son évidence expérimentale, si j’ose dire. C’est pourquoi, dans l’ensemble de la liturgie se trouve toujours associé Zekher LéMaasséh BereshitZekher Letsiat Mitsraïm, la commémoration de l’œuvre du commencement, la création, et la commémoration de la sortie d’Egypte.

 

Enormément de midrashim d’ailleurs font un parallèle très étroit entre le commencement à la création et le commencement à la sortie d’Egypte.

 

Au niveau de l’exégèse c’est extrêmement riche : on lit les textes de la création du monde à travers l’éclairage des événements de la sortie d‘Egypte. Et on lit les textes de la sortie d’Egypte à travers l’éclairage des textes de la création du monde. Je ne sais pas si vous voyez où cela mène…

 

Effectivement, il y a là 2 commencements différents :

Le commencement à l’échelle universelle qui est Tishri.

Rabénou Be’hayé en citant le Zohar à sa manière a montré cela en disant que Tishri commémore la création du monde. Bereshit = Alef BéTishri. Ce qui est extraordinaire, c’est que Tishri n’est pas un mot hébreu mais araméen. Cela se relie à notre premier thème : le calendrier du temps des patriarches était le calendrier dont le premier mois était à Tishri. C’est à la sortie d’Egypte que le calendrier a commencé à être celui dont le premier mois est à Nissan.

Dans toute l’époque de gestation, que nous appelons la période des pères, le temps des Avot, Israël émerge de la civilisation universelle, alors le calendrier est celui de la civilisation universelle, c’est-à-dire celui qui commence à Tishri.

 

Mais lorsqu’Israël est constitué comme tel, alors commence son temps propre qui est à partir de Nissan. Parce que pour la Torah, le mois de Tishri va être appelé le 7ème mois, or il est paradoxal que le 1er mois de l’année soit le 7ème mois du calendrier. Ce changement se fait au moment de la sortie d’Egypte.

 

Cela nous mène au parallèle entre les événements qui se sont passés après la sortie d’Egypte et qui sont commémorés au mois de Nissan qui inaugure l’année où viennent se ranger les événements propres à l’histoire d’Israël en particulier.

 

Je ne sais pas comment éclairer cela : Par exemple, le 14 juillet qui est un événement important de l’histoire de l’humanité se rangerait plutôt dans l’année de Tishri, alors que Yom Haatsmaout se range évidemment dans l’année de Nissan.

 

On comprend bien qu’il y ait des harmoniques, des correspondances, et qu’un événement universel important dans la visée messianique ait un retentissement sur l’histoire d’Israël ; et réciproquement, un événement de l’histoire d’Israël important dans la visée messianique a un retentissement sur l’histoire universelle.

 

Voilà donc le premier principe que nous pouvons mettre en évidence : Pourquoi le temps des hébreux est-il un temps optimiste ?

 

C’est parce qu’il n’a pas de fin d’année !

Parce que du dedans même de l’année universelle qui elle a toujours tendance à cause du Shinouï à aller vers la mort, surgit de façon renouvelée, et perpétuellement, cet élan propre à l’histoire d’Israël qui s’appelle le ‘Hidoush et qui mène  aux temps messianiques. Cela est pris en relai.

Vous pourrez tout réécrire toute l’histoire de la dialectique Israël-diaspora à travers les siècles, à la limite on pourrait réécrire l’histoire d’Israël de deux manières :  les historiens de la diaspora font l’histoire d’une diaspora coupée de quelques temps de vie nationale. Alors que les historiens d’Israël font l’histoire d’une nation coupée de longs temps d’exils.  Ce sont deux histoires très différentes, mais c’est la réalité de deux points de vue sur l’histoire qui sont complètement différents. Et on pourrait la réécrire dans cette polarité de Nissan-Tishri aussi. Il y a cette même dialectique de la spécificité de l’universalité de l’identité d’Israël.

 

Très brièvement, avant d’aborder le thème de Qohelet : je voudrais pousser ce parallèle de façon encore plus précise.

 

Le premier jour du mois de Nissan, le Rosh ’Hodesh Nissan correspond au Rosh ’Hodesh Tishri qui est Rosh Hashanah de Tishri. Parashat Ha’hodesh ce sont les premières mitsvot qui sont données à Israël : c’est le 1er du mois de Nissan. C’est le commencement de la Torah au niveau des Mitsvot.

Dans différents midrashim, 7 fois le Midrash a posé la question de savoir pourquoi le texte de la Torah ne commence-t-il pas à la sortie d’Egypte puisque que c’est là que commence l’histoire d’Israël ?

 

Et surtout la manière dont Rashi cite ces Midrashim : puisque la première Mitsvah donnée à Israël concerne la sortie d’Egypte, pourquoi ne considère-t-on pas ce qui précède la sortie d’Egypte comme la préhistoire ? Puisque notre histoire ne commence à prendre son sens qu’à partir de la sortie d’Egypte ?

 

La Torah nous a donné malgré tout cette préface qui commence à la création.

Le Rosh ’Hodesh Nissan correspond à Rosh ’Hodesh Tishri qui est Rosh Hashanah. Le 10 de Nissan correspond au 10 de Tishri qui est Kipour. Mais le 10 de Nissan est un jour très important dans le mois de Nissan : c’est le jour où s’est décidée la sortie d’Egypte.

 

Je vous le rappelle très brièvement: c’est le 10ème jour de Nissan, 4 jours avant la sortie d’Egypte, les Hébreux devaient préparer l’agneau du sacrifice. Or, cet agneau était censé représenter dans la mythologie égyptienne la divinité elle-même. Imaginez l’événement et ce courage de ces Hébreux qui étaient un peuple soumis en esclavage dans des camps de concentration et qui décident sur la Mitsvah de Moïse de prendre un agneau aux vues et aux sues des Égyptiens !. Et là je vous cite les midrashim : les Egyptiens leur demandèrent ce qu’ils faisaient avec leur « divinité » – et vous savez ce que le christianisme a fait de cela : l’agneau du sacrifice – imaginez le courage qu’il fallait aux Hébreux pour prendre aux vues et aux sues de Egyptiens pour prendre un agneau et répondre tranquillement aux Egyptiens qu’ils se préparaient à sacrifier leur divinité ! Et la Torah témoigne qu’ils l’ont fait, c’est-à-dire qu’ils ont eu ce courage de se révolter contre la civilisation égyptienne et d’attester qu’ils allaient briser cet asservissement à la religion païenne de mentalité astrobiologique qui était celle de l’Egypte de l’époque ; et qui, suivant la constellation du zodiaque considérée, établissait à cette époque que le symbole de la divinité était l’agneau.

 

C’est là le 10 du mois de Nissan qui correspond à Kipour au 10 du mois de Tishri.

 

Ensuite il y a le 14 Nissan qui correspond au 14 Tishri : d’un côté Pessa’h, et de l’autre côté Soukot. Puis, il y a le 21 Nissan qui est le 7ème jour de Pessa’h qui correspond à la journée de Hoshanah Raba qui est le 21 Tishri.

 

Et normalement le 8ème jour de Pessa’h aurait du être Shavouot. C’est à dire la révélation de la Torah. Mais l’état d’impureté dans lequel Israël est sorti d’Egypte a demandé une préparation qui est mesurée en 7 semaines, de la même manière qu’au moment de la naissance de l’individu, l’état d’impureté est mesurée en 7 jours, au niveau de la nation cela est mesuré en 7 semaines de désintoxication de telle sorte d’arriver au Sinaï pour la Torah. Et cela correspond pour nous à Sim’hat Torah le lendemain de Hoshana Raba.

 

Il y a une 2ème correspondance que j’indique rapidement:

Dans le mois de Tishri, et précisément dans la fête de Soukot, les deux cycles de fêtes bibliques, les fêtes de pèlerinage qui commémorent l’histoire d’Israël, l’histoire des événements fondateurs de l’histoire d’Israël - Pessa’h-Shavouot-Soukot – rejoignent la liturgie de Tishri, c’est-à-dire Rosh Hashanah et Yom Kipour qui est à l’échelle universelle – Dieu juge sa création – et se rejoignent très précisément dans Soukot. Il y a à Soukot aussi un aspect qui concerne l’ensemble de l’humanité et plus particulièrement Hoshanah Raba qui est l’achèvement de jour de Soukot.

Voilà ces deux principes à expliquer avant d’aborder le livre de Qohelet.

 

Dans plusieurs textes, tant dans la Guémara que dans le Midrash, et en particulier dans la Guemara de Soukah, et Shabat aussi, on explique que pendant les 7 jours de la fête de Soukot on apportait comme sacrifice au temple, indépendamment des sacrifices demandés par la fête elle-même de par la liturgie habituelle de chaque jour de la semaine, 70 Parim, 70 taureaux pour les 70 nations. C’est-à-dire que la fête de Soukot c’est le fait que la liturgie d’Israël rejoigne l’universel humain. C’est le premier principe. Je vous le dis très brièvement puisque nous l’avons étudié l’année dernière, c’est le fait que la Guémara de Sota cite un midrash extraordinaire qui raconte le jugement dernier.

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(suite)

Au niveau individuel : On va comparer, on va juger ce qui s’est passé dans la réalité par rapport à la norme de la vérité qui est la Torah. Chaque homme a un livre qui s’écrit pendant sa vie et le jour du jugement  consiste en la comparaison des livres.

Il y a trois catégories de livres : celui des Tsadikim, des Bénonim et des Reshayim....

וכל מעשיך בספר נכתבין  

« Et tous tes actes s’écrivent dans un livre... » Avot 2:1

 

Au moment du jugement les anges s’aperçoivent qu’on ne peut pas faire le jugement à moins de juger uniquement Israël parce que seul Israël a accepté la Torah ! La formule est très simple. Les autres sont hors-la-loi puisqu’ils n’ont pas accepté d’être jugés d’après la loi. Ils seront jugés d’après Epker. Etymologiquement c’est Apikoros, lashon Epker. Alors Dieu répond aux anges de juger Israël. Je vous paraphrase ce que dit la page Beit de Sotah : A ce moment les nations, comme un seul homme, disent « nous allons témoigner que nous avons…

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