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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 14:46

Yom Kipour AhareiMot - Suite et fin

 

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/yom_kipour_aharei_mot/cours_1

Face B

.../...

Pour ceux qui ont eu l’expérience du mariage il est bien évident que les rapports d’un époux et d’une épouse après le mariage sont tout à fait autre après le mariage. 

 

Au temps des fiançailles, il y a évidemment liberté absolue. C’est librement qu’on s’engage. On se donne sa foi.

C’est ce qui est arrivé au Sinaï. Il y a eu le temps des fiançailles. Alors Dieu a imposé le mariage.

Le Midrash que j’ai cité avant sur le fait que Dieu propose la Torah aux nations n’est pas du tout contradictoire avec celui-ci. 

Mais le Midrash explique qu’avant de s’adresser finalement à Israël pour la Torah au Sinaï, Dieu a fait le tour des nations. Le Midrash met en évidence les familles de la terre proches d’Israël parce que ce sont les anciennes familles de la familles d’Abraham.

 

Devarim-haazinou 33:2

וַיֹּאמַר, יְהוָה מִסִּינַי בָּא וְזָרַח מִשֵּׂעִיר לָמוֹ--הוֹפִיעַ מֵהַר פָּארָן

Vayomar Adonay miSinay ba vezarach miSe'ir lamo hofia mehar Paran

Il (Moïse)dit: "L'Éternel est apparu du haut du Sinaï, a brillé sur le Séir, pour eux! S'est révélé sur le mont Pharan…

 

Et la question posée à partir de la Guemara de Avoda Zara 3 :

Dieu savait très bien que les Goyim ne sont pas Israël et qu’ils n’ont pas la catégorie de la Teshouvah et donc qu’ils ne peuvent pas recevoir la Torah ! Ils ne peuvent pas confier leur sort à ce risque qu’à la première faute ils seraient damnés, puisqu’ils ne maîtrisent pas la catégorie de la Teshouvah. Ils ont donc peur de la loi. Vous voyez pourquoi la loi chez les Goyim a un tout autre sens que celui qu’elle a en Israël. La loi en Israël, la Torah, est la clause du salut. Alors que pour les Goyim la clause du salut repose sur des stratégies religieuses, en général magiques par rapport à notre conscience hébraïque. Il n’y a qu’à voir le christianisme et par quelle stratégie magique les chrétiens sont sauvés.  

 

Une stratégie d’ailleurs épouvantable. Il faut communier avec le plus grand crime qu’il puisse y avoir au monde : le père qui tue son fils ! Et quel père et quel fils ? Dieu le père et Israël !

Tout cela par impossibilité d’admettre la tradition juive normale que c’est par la Torah qu’on est sauvé. Pourquoi ? Parce qu’il manque la catégorie de la Téshouvah !

 

La notion de la loi chez les Goyim existe et est importante,  mais c’est le Derekh Erets en hébreu. La politesse dans son sens grec. La conduite dans la polis, la vie dans la cité. La civilité, la politesse, la convivialité. C’est cela la loi chez les Goyim cité. Les normes (norma en latin, nomos en grec) ce sont les coutumes. Les coutumes érigées en légalité. Alors que pour Israël, la Torah est la loi révélée par le Créateur pour le salut de la créature.  Ce qui différencie Israël des autres dans ce problème c’est la catégorie de la Teshouvah.

 

C’est pourquoi j’ai voulu mettre en évidence ce verset et la citation du Yéroushalmi:

lorsque Moïse entend que le Vidouï est possible alors il chante Mizmor Létodah. Cela veut dire qu’il y a un ’Hidoush qui se passe dans le monde à ce niveau.

 

Je vais vous citer maintenant un psaume :;

Le Psaume 51 est très important dans la liturgie de la Teshouvah. Et dans ce Psaume, il y a en particulier le verset (51:17) de

אֲדֹנָי, שְׂפָתַי תִּפְתָּח;    וּפִי, יַגִּיד תְּהִלָּתֶךָ

Seigneur, puisses-tu m’ouvrir les lèvres, pour que ma bouche proclame tes louanges!

C’est un Psaume qui se relie à notre problème, et on y trouve le verset suivant, le verset 15.

אֲלַמְּדָה פֹשְׁעִים דְּרָכֶיךָ;    וְחַטָּאִים, אֵלֶיךָ יָשׁוּבוּ

Je voudrais enseigner tes voies aux pécheurs, afin que les coupables reviennent à toi

 

Je commence par le verset 13 pour que ce soit bien clair : Dans ce Psaume voilà ce que dit David :

אַל-תַּשְׁלִיכֵנִי מִלְּפָנֶיךָ;  וְרוּחַ קָדְשְׁךָ, אַל-תִּקַּח מִמֶּנִּי.

Ne me renvoie pas de devant ta face...

 

Par postulat du contexte, David avait fait une faute. Et il dit :

Verset 18 :

 

כִּי, לֹא-תַחְפֹּץ זֶבַח וְאֶתֵּנָה;    עוֹלָה, לֹא תִרְצֶה.

Car tu n’agréerais pas un sacrifice, quand bien même je le ferais, un holocauste tu ne l’agréerais pas.

 

David est dans un cas où le sacrifice est impossible. Alors il demande le pardon par la Teshouvah.

Ici il y a un problème très précis. S’il s’agit d’une faut volontaire, le sacrifice n’est pas efficace. Il faut d’abord qu’il y ait Teshouvah et ensuite, il y a l’expiation.

Mais le sacrifice à l’échelle collectif, celui que le prêtre ou le grand-prêtre fait pour l’ensemble de la collectivité expie les fautes involontaires.

 

Tehilim 51:13-15 :

 

תַּשְׁלִיכֵנִי מִלְּפָנֶיךָ;    וְרוּחַ קָדְשְׁךָ, אַל-תִּקַּח מִמֶּנִּי

Ne me renvoie pas de devant toi

ne me retire pas ton esprit de sainteté. (le roua’h haqodesh l’avait quitté)

הָשִׁיבָה לִּי, שְׂשׂוֹן יִשְׁעֶךָ;    וְרוּחַ נְדִיבָה תִסְמְכֵנִי.

Rend-moi la joie de ton salut

 Et gratifie moi de l’inspiration généreuse.

אֲלַמְּדָה פֹשְׁעִים דְּרָכֶיךָ;    וְחַטָּאִים, אֵלֶיךָ יָשׁוּבוּ

J’enseignerais aux fauteurs tes voies et les pécheurs feront Teshouvah vers toi.

 

Tous les commentateurs sur ce verset 15 l’explique de cette manière :

Le péché de David est rendu public afin que l’humanité sache que la faute de l’individu peut être pardonnée.  Cela veut dire qu’il y a là un enseignement qui met en évidence que le monde entier a besoin de savoir que la faute de l’individu peut être pardonnée. Cela se rattache à ce qu’on vient d’apprendre : Il y a un ‘Hidoush dans l’histoire de la révélation de la Torah : il faut que l’humanité apprennne que la faute peut être pardonnée, que la Teshouvah puisse être efficace. Et c’est ce que dit David : Pardonne-moi pour que j’en témoigne vis-à-vis des pécheurs, alors ceux qui font des fautes feront repentir... 

 

Pourquoi ne faisaient-ils pas repentir ? Parce que cela leur était impensable, impossible, invraisemblable.

 

Dans cette même Guemara Shabat de la même maniére, la faute de la génération du désert a été dévoilée pour que le monde entier sache que la faute d’une collectivité peut être pardonnée. Et la faute de David a été dévoilée pour que le monde entier sache que la faute de l’individu peut être pardonnée.

 

Nous y sommes telllement habitués en raisons des 4000 ans d’éducation biblique (Kipour…etc.) que l’on ne perçoit plus ce ‘Hidoush que la Talmud de Jérusalem avait enseigné : quand Moïse a entendu qu’on pouvait se confesser, alors il a chanté des actions de grâces : enfin la reception de la Torah est possible !

 

Le Talmud dit : la génération du désert n’était pas apte à cette faute ! Pourquoi l’a-t’elle faite ?

Et c’est là qu’est l’étude : pourquoi l’a-t’elle faite ou  bien pourquoi la Torah a-t’elle révélé qu’elle l’a faite ? C’est pour qu’on apprenne que même si une collectivité faute elle peut être pardonnée ! De la même manière n’était pas vouée à une telle faute invraisemblable. De nouveau c’est la mëme étude : Pourquoi David, le grand Tsadik, fait une telle faute ? Pourquoi la Torah la dévoile t’elle ? C’est pour qu’on apprenne que lorsqu’un individu fait une faute, il peut être pardonné !

 

Il y a vraiment là un ‘Hidoush de l’enseignement de la Torah, qui est accrochée sur ce verset où il y a le mot Vehitvadah.

 

Q : idem pour la faute de Moïse ?

R : personne ne sait quelle faute il a faite. Tout le monde croient connaitre la faute lorsqu’ils disent qu’il a frappé le rocher au lieu de lui parler… La Torah dit : parce que vous ne m’avez pas sanctifié aux yeux des Bnei Israël au moment de cet épisode où la Torah raconte que Mosheh a frappé le rocher au lieu de...

J’ouvre une parenthèse là:

Dieu ne lui reproche pas d’avoir frappé au lieu de parler, d’autant plus que la première fois il lui a demander de frapper le rocher. D’autant plus qu’en hébreu c’est la même racine qui veut dire frapper et parler. Médaber

 

Maïmonide dit que c’est dans le fait que Moïse se soit mis en colère que consiste sa faute. Cette thèse de Maïmonide est une thèse classique. Opn la retrouve dans les Shmonei Prakim. Beaucoup de citations dans la Guemarah expliquent que la colère fait évanouir la révélation, la lucidité, le Roua’h HaQodesh, l’inspiration...etc. Et Maïmonide cite cela de façon extrêmement circonstanciée. Je me souviens d’un enseignement du professeur Baruch qui citait cela en disant qu’il y a parfois de saintes colères qui sont tout le contraire d’une faute.

 

Le professeur Baruch expliquait que cette explication de Maïmonide n’arrivait pas à élucider ocmplétement la question qu’il avait lui-même posée. Quelle est cette faute de Moïse qui l’empêche d’entrer en Erets Israël ? La réponse est ainsi : Chaque fois que le peuple avait fait une faute, Moïse intercédait et obtenait le pardon divin. Cette fois-ci, il n’intercède pas et qualifie le peuple de « rebelles ». Cela signifie que Moïse ne peut plus être le dirigeant du peuple, il est trop haut pour eux et n’a plus la patience qu’il faut pour les supporter. Et donc il doit donner le relai à un Moïse plus bas qui s’appelle Josué. Ce n’est pas du tout une faute de Moïse mais c’est que son niveau est trop haut pour le peuple. Or, cela se passe au moment où Israël va entrer en Erets israël. Le peuple au niveau du Sinaï est très haut – aussi haut que Moïse – et il faut qu’il descende et descende pour entrer dans l’histoire. Josué prend le relai car Moïse n’est pas fait pour cela.

 

Les commentateurs de la Kaballah soulignent le fait que cette fois-là Moïse n’a pas prié ! 

Dieu dit alors : ce n’est pas toi qui les fera entrer si tu ne peux plus prier pour eux...

Il faut se mettre à la place de Moïse : à un moment il a dit « Daï ! ».

Moïse plus tard dans Devarim, a cru à l’annulation de la Gzeirah parce que Dieu lui a demandé de diriger la conquête de la transjordanie en deça du Jourdain. Et comme la transjordanie à un certain niveau fait partie d’Israël il a pensé que la Gzeira avait été levée.

Pourquoi pas aussi la Cisjordanie...

 

Midrash de Bezot HaBrakah :

Au moment de rendre son âme l’âme de Moïse refusa de quitter Moïse. Le Midrash raconte le dialogue entre l’ange de la mort et l’âme de Moïse, et elle lui démontre qu’il n’a fait aucune faute.

 

Elle se compare aux mérites de tous les grands qui ont chacun leur défaut, et l’ange de la mort ne sait quoi faire. C’est Dieu lui même qui s’adresse à Moïse :

-          « Tu as fauté en tuant l’égyptien ! »

-          « Moi, j’en ai tué un, et Toi Tu les a tué tous ! »

-          « Oui, mais Moi Je peux les ressuciter, pas toi... »

Alors Moïse a dit « ah! » et son âme est partie, c’est la version séfarade. Dans la version ashkénaze il a dit « oh ! »...

 

Si on réfléchit à ce Midrash on s’aperçoit qu’un thème inattendu apparait : c’est la condition du salut d’Israël. Mais voilà qu’il y a une clause encore beaucoup plus profonde : étant donné que la condition du salut d’Israël c’est la disqualification de ce qui était la civilisation antérieure, alors ce n’est pas Moïse qui a été celui qui fait sortir Israël d’Egypte qui peut les faire rentrer en Israël. Il faut un Moïse de l’histoire qui s’appelle Josué et non pas un Moïse du désert qui s’appelle Moïse.

 

En réalité il n’y a pas eu de faute de Moïse. Ce n’est pas un Drash. Il est « Ki Tov ».

Il y a une situation où ce n’est pas une faute au niveau de l’acte mais une faute au niveau de l’être. Ce n’est pas sa faute que Moïse soit Moïse quand Israël est trop bas.

On aborde un 2ème sujet.

***

  

Chapitre 16 verset 30.

Verset qui va renforcer encore ce que nous avons vu et c’est un verset important de la liturgie du jour de Kipour.

 

16 :30

כִּי-בַיּוֹם הַזֶּה יְכַפֵּר עֲלֵיכֶם, לְטַהֵר אֶתְכֶם מִכֹּל, חַטֹּאתֵיכֶם, לִפְנֵי יְהוָה, תִּטְהָרוּ

Ki-vayom hazeh yechaper aleychem letaher etchem mikol chatoteychem lifney Adonay titharu.

 

Ki-vayom hazeh

yechaper aleychem

letaher etchem

mikol chatoteychem

lifney Adonay titharu.

Car en ce jour-là (le 10 Tishri Yom Kipour)

Sera expié-pardonné sur-pour vous (c’est là que le principe du comportement collectif à cette liturgie conduit à ce que le jour expie pour vous...)

Pour vous purifier (il y a plus que recouvrir la faute Kaparah – il y a Taharah de la faute)

De toute vos fautes

Devant Hashem vous serez purifiés.

 

Il y a un événement historique qui est le 10 Tishri au niveau de la génération du désert. C’est le jour où les 2èmes tables ont été rendues à Israël. Les premières étant détruites le 17 Tamouz. Ensuite il y a 40 jours où Moïse prie pour que le Erev Rav soit pardonné et intégré à Israël. On arrive au 1er Eloul. Et ensuite il y a 40 jours du 1er Eloul au 10 Tishri où ils reçoivent les 2ème tables. Et c’est donc le 10 Tishri qu’a lieu l’expérience d’un événement qui a fait comrpendre que bien qu’on reçoive la Torah on n’est pas perdu si la Torah est violée. La Kaparah reste possible.

D’où l’importance du jour de Kipour pour la collectivité d’Israël.

 

A l’échelle individuelle il est bien évident que la Teshouvah et la Kaparah peuvent se faire n’importe quel jour, mais la participation à la liturgie collective le jour de Kipour fait que on est dans ce cas historique que le jour fait jouer le mérite de l’événement de ce jour-là. L’événement du 10 Tishri c’est que les 2ème tables ont été rendues.

 

Quelle est la différence entre les 1ères tables et les 2èmes tables ?

=> Les 1ères tables c’est : « Voici la Loi ! Et celui qui viole cette loi a violé sa charte d’identité et n’est plus Israël ! »

 

=> Les 2èmes  c’est : « Voici la loi ! Et celui qui aurait violé la loi par la faute peut être réintégré dans l’identité d’Israël ».

 

Les 2èmes tables ont été rendues après la faute du veau d’or. Grâce au fait que le mérite de la Teshouvah était récapitulé au niveau de Moïse. C’est le grand prêtre qui prend le relai chaque année. Le rite collectif fait que c’est le jour même qui a ce pouvoir.

 

Et je crois que instinctivement les Juifs ont compris cela. Même ceux qui ne font plus rien ils sont les juifs de Kipour. Ils ressentent cela de manière plus profonde que jamais aucun enseignement ne peut enseigner avec des mots. Ils ressentent cela que là on est protégé dans la mesure où l’on est relié à la collectivité le jour de Kipour.

 

Quelques mots sur l’ensemble du texte:

Il y a deux boucs et les deux sont sacrifiés mais les deux de manière très différente. Un dans l’opprobre et le déshonneur, jetté dans le désert, et l’autre avec l’honneur d’être le bouc de l’expiation dans le temple – le Seder haAvodah  qui est la liturgie la plus extraodinaire de toutes les liturgie de la Torah. On récite un Moussaf de Kipour qui est le moment le plus exceptionnel de la Avodah de Kipour.

 

Or, j’ai été tré impressionné par un article du docteur Israël Eldad, personnage important dans la pensée juive traditionnelle. Il n’est pas rabbin mais c’est un grand penseur de la tradition juive israélienne. Il commence par mettre l’accent sur une des idées que je vais analyser : le fait que le Vidouï est d’ordre collectif et puis il dit qu’il manque dans ce Vidouï au fond l’aveu essentiel que nous devrions faire après le bilan de 2000 ans d’exil et cela continue. On n’a jamais demandé pardon ni fait Teshouvah, on n’a jamais avoué cette faute collective que pendant 2000 ans on était en exil. Cela m’a frappé parce que c’est un enseignement du Talmud à propos d’un verset d’Isaïe. Alors il a explique très bien qu’à un certain moment l’exil devient une faute. Et l’exil devient alors la punition de l’exil lui-même.

 

Comme il n’est pas Dayan il peut se permettre de faire des sujets sur les Dayanim et il suggère qu’on ajoute dans le Vidouï une phrase pour avouer qu’on a été en faute pendant 2000 ans pour ne pas vraiment revenir en Israël.

 

Pendant tout le temps où ce n’était pas possible on était censé être sincère mais dès que cela est redevenu possible cela a dévoilé qu’pon n’était pas tellement sincère que cela.

 

Il explique avec des mots terrible à quel point c’est le plus grand crime que notre peuple a pu commettre sur lui-même et cela a été payé de catastrophes épouvantables et cela continue...

 

Il demande qu’on institue à Kipour une liturgie pour avouer cela. Et il demande cela aux Talmidei ’Hakhamim dont c’est le devoir de cet aveu.

 

Cela m’a frappé  car j’avais un peu fait allusion à cela sous une autre forme lors d’une conférence précédente.

 

Cela m’a donné l’idée de vous parler maintenant de ce que représente dans l’enseignement d’un Midrash cette dualité qu’il y a des 2 Séïrim, les deux boucs, les plus identiques possibles. Ce qui a été indiqué dans la conférence d’hier par Marc Kujavski et que l’un est envoyé dans une histoire catastrophique alors que l’autre vit la même histoire mais dans l’honneur. Et cette histoire assumée, lucide est dans l’honneur – et là je commence déjà à interprêter – est expiatrice. C’est à propos de l’analogie que le Talmud fait entre Pourim et Kipourim.

 

C’est un problème que l’on a surtout l’habitude d’étudier à Pourim.  

Je vous en signale simplement les dimensions du problème.

Il y a selon le Talmud 2 fêtes qui resteront à la fin des temps : Pourim et Kipourim. Voyez le jeu de mot apparent : Kipour est comme Pourim. Cela s’étudie. Surtout que Kipourim est un mot hébreu alors que Pourim n’est pas un mot hébreu. Le mot hébreu est Goral. « Pour » est un mot persan. Au pluriel hébreu cela donne Pourim. Seulement on trouve le mot de Goral et dans la Maguilat Ester et à propos de Kipour dans notre liturgie de ces deux boucs. On tire au sort celui des deux qui va être envoyé dans le désert et celui qui va rester dans le temple pour le sacrifice « dans l’honneur ». 

 

A Pourim, la fête des sorts, Haman avait tiré au sort le jour de la destruction d’Israël. Ce terme de Goral est commun.  

 

Enseignement important :

Depuis que le temple est détruit, c’est l’exil qui assure la Kaparah qu’assurait le temple.

 

Or, il y a deux manières d’être en exil pour Israël :

=>  A la manière du bouc envoyé dans le désert : on ne sait plus où il est et il ne sait pas qui il est. Disons l’exil des dix tribus perdus par exemple.

=>  A la manière du bouc sacrifié dans le temple.

 

Pendant la guerre et le temps du nazisme j’ai compris cela assez existentiellement. Quand le nazisme s’est déclenché, tous les Juifs ont été touchés. Tant les Juifs conscients que les Juifs assimilés. Les Juifs assimilés ont ressentis cela de manière beaucoup plus grave que les Juifs conscients. Pour les Juifs conscients c’était le paroxysme de choses familières qui font partie de l’identité d’exil. C’est l’exil que l’on peut maîtriser parce que l’on est conscient du sens de sa propre histoire. Mais pour un Juif assimilé, c’est le tragique au 13ème degré. Pourquoi lui qui précisément a tout fait pour l’éviter et en est atteint ? Les Juifs assimilés ont vécu cela plus tragiquement que les Juifs pieux. Et en particulier je me rappelle des épisodes en Autriche avec le nombre d’intellectuels juifs qui se sont suicidés. La communauté juive autrichienne a été très assimilée et a reçu cela comme une espèce de tragédie épouvantable.

 

Finalement le Midrash dit que Haman n’arrivait pas à trouver en jettant le sort un jour néfaste pour Israël pour l’atteindre car chaque mois de l’année avait le mérite d’un grand Tsadik d’Israël.

Quand il est tombé au 14 Adar qui est le jour de la pleine lune du mois de Adar et c’est le mois du départ de Moïse et cela lui a semblé le jour néfaste pour Israël. Mais il ne savait pas que c’est le même mois que Moïse était né et qu’il y a une permanence éternelle de la Torah de Moïse en Israël.

Il a pensé l’histoire d’Israël à la manière de l’histoire des nations : naissance - apogée – fin. Et il a cherché la fin et a cru la trouver en Adar, fin de l’année avant Nissan, et il a cru que là il allait atteindre Israël sans Moïse.

 

Un Midrash corollaire dit que Mardochée chef de la communauté était désespéré, il marchait dans le ghetto, et dès qu’il passait devant un petit Talmud Torah il entendit deux petits étudiants en discussion alors que la ville était dans le desespoir, pour savoir quelle était la longueur de la gerbe du Omer que l’on offrait... alors Mardochée a été rassuré. Avec une telle Torah on est invicible ! 

 

C’est ce qui arrive à Haman qui ne s’est pas rendu compte que il n’y a pas de fin en Israël. A partir du moment où le cycle de 120 ans de Moïse s’achève jour pour jour il devient éternel.

 

Quel est le Goral qui va choisir entre ces deux manières d’être en exil ?

=>  La partie d’Israël qui s’est perdu : les 10 tribus perdues.

=> La partie d’Israël qui s’est conservé et qui vit le Seder HaAvodah dans le temple, alors que l’autre le vit aussi mais comme le Seïr laAzazel.

 

C’est finalement savoir qui reste fidèle à la Torah et qui ne reste pas fidèle à la Torah. Le royaume de Judée qui est resté fidèle à la Torah a vécu la même hitoire que le royaume d’Israël qui n’était pas resté fidèle à la Torah, mais dans le temple. Alors que l’autre l’a vécu en dehors à la manière du bouc envoyé dans le désert.

 

Je voulais vous montrer la différence : quel est ce Goral qui peut sembler apparemment mystérieux dans la destinée ? Ce n’est pas du tout mystérieux dans la destinée de l’exil qui remplace les sacrifices. Le Goral c’est l’option de la Torah.

 

Nous sommes maintenant dans un temps de rassemblement de ces deux manières d’être juif. Et ceux qui le sont sans l’être et ceux qui le sont en l’étant.

 

Là aussi il y a un paradoxe. Peut-être que le mérite des Juifs qui étaient assimilés est plus grand que le mérite de la Teshouvah des Juifs non assimilés.

 

Nous sommes maintenant dans un temps de rassemblement de ces deux manières d’être Israël. Celle qui l’était à la manière de l’ancien royaume d’Israël perdu comme c’est arrivé au bouc envoyé à Azazel. Et celle qui l’était à la manière du royaume de Judah, se connaissant, se sachant vivre l’histoire de la Kaparah, mais la vivant dans le Seder haAvodah. Alors que les autres la vivaient aussi mais dans le non-sens absolu.

 

Notre génération a connu cela : ceux qui sont revenus sans savoir d’où ils venaient et où ils allaient ni pourquoi ils revenaient.

 

C’est dire que l’expression de Baalei Teshouvah aujourd’hui est mal employée.

Un Baal Tshouvah du point de vue de la Halakhah est un Tsadik qui avait fait une faute et qui s’est repenti, alors que les Baalei Teshouvha aujourd’hui ne le sont pas selon la Halakhah. On les appellait d’ailleurs les ‘Hozrim Bitshouvah. C’était un barbarisme.  En réalité, ils sont des revenants et non des partis…

 

C’est cela qui est joué dans la scène de la Kaparah et ce que je voulais indiquer par la comparaison qui nous est donnée avec l’exil, c’est que ce Goral n‘est pas ce que nous croyons, un tirage au sort, un hasard. Ce qui fait que le Goral – la destination – de chacun est tellement différente et a un sens dans la mesure où elle est reliée ou non à la Torah. C’est ce qui est joué par le Kohen Gadol au moment du Goral.

 

Très peu de rabbins savent donner un Goral mais cela existe encore. On pose une Sheelah à un Rav qui répond par le Goral. On croit que c’est un sort, mais c’est d’après ce que la Torah dit.

 

Dans des civilisations d’Amérique du Sud et chinoises, il y a des techniques d’interrogation du calendrier qu’on appelerait le hasard, le Goral, mais qui sont des techniques d’une certaine sagesse qui répond en posant d’une certaine manière des questions au calendrier.  

 

Par exemple, dans le ’Hassidisme on pose une question à un Rav qui prend de suite son Tanakh et l’ouvre. Il regarde un mot et il donne la réponse... Personne n’a compris comment il a fait, mais c’est la réponse...

<Fin> 

 

 

*******

 

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