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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 12:01

Yom Kipour AhareiMot

 

 

Yom Kipour - AhareiMot

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/yom_kipour_aharei_mot/cours_1

 

En introduction à l’étude de la Parashah je rappelle un des grands principes qui nous a servi de fil conducteur depuis le début de la semaine sur la Teshouvah.

 

Le thème de la Parashah est celui de la liturgie de la Kaparah, de l’expiation, du jour de Kipour. Le terme de Kaparah a d’abord deux sens fondamentaux en hébreu. C’est d’abord l’expiation et c’est ensuite le pardon. Ces deux sens sont intimement liés dans la racine hébraïque. Etymologiquement la racine hébraïque Lekhaper signifie « recouvrir ». La notion qui apparait là est qu’il y a une liturgie qui permet de recouvrir la faute, de la cacher. Et c’est le début de cette liturgie, et ensuite comme nous le verrons dans le texte, de s’en purifier, et d’évacuer toute trace de ce qu’a pu être l’atteinte de quelque faute que ce soit qui aurait été faite dans le courant de l’année avant le jour de Kipour.

 

Un des principes de cette étude c’est le fait que cette liturgie de l’expiation du jour de Kipour est collective. Cela veut dire qu’au-delà de la notion de responsabilité individuelle apparait la notion d’une conduite, d’un comportement, par rapport à la faute et au repentir qui est d’ordre collectif.

 

Au début du séminaire j’avais insisté sur ce point :

Il y a dans l’identité de chaque membre du peuple d’Israël par rapport à notre sujet, deux niveaux qui sont étroitement liés et qui s’identifie dans la personne de chacun, mais que pour l’étude de ce problème je vais essayer de distinguer :

 

D’une part, il y a le niveau de l’identité strictement individuelle que chacun est seul à être, et à vivre et à pouvoir effectuer. Et d’autre part, il y a le niveau de notre insertion individuelle à l’identité collective d’Israël.

 

Nous l’avons étudié dans différentes dimensions, je n’y reviendrais pas en détail mais j’en rappelle le principe.

 

Or, ce qui est frappant c’est que les textes de la liturgie que nous allons étudier mettent l’accent sur le fait que cettte liturgie de l’expiation est essentiellemeent d’ordre collective.

 

Le point qui nous avait le plus frappé, c’est que tout ceci dépend et est relié à la conduite du repentir. C’est la notion de la Teshouvah : on se situe essentiellement dans Asseret Yemei Teshouvah - עשרת ימי תשובה - qui sont entre Rosh Hashanan et Kipour. A l’occasion de la soirée de Hoshanah Raba j’aurais l’occasion de faire une récapitulation de la liturgie de tout le mois de Tishri, mais pour le moment la notion principale est celle de la Teshouvah.

 

La Teshouvah que l’on traduit donc par le repentir qui est une condition sine qua non de la possibilité de l’expiation et donc du pardon. Il y a donc un lien très étroit que nous allons d’ailleurs étudier avec un verset très précis de notre Parashah.

 

Et le fait qui nous était apparu : par rapport à cette possibilité de cette Teshouvah et donc de l’expiation, et donc du pardon, et cet ensemble permet le fait que la Torah puisse être reçue, la tradition de la Torah, c’est que le salut de l’homme dépend de la conduite par rapport à la loi morale. Ceci ne peut fonctionner, être basé, avoir une effectivité, que si l’expiation des fautes est possible. Nous avons vu que le ‘Hidoush de la Torah à ce sujet c’est que la Teshouvah soit possible.

 

Je résume ce point :

Nous avons vu que pour la pensée naturelle, pour la conscience naturelle – et c’est le cas fondamentalement pour toutes les traditions en dehors de la la tradition de la Torah et de la révélation prophétique hébraïque – la notion de Teshouvah est invraisemblable et impensable et ne peut être vécue, effectuée.

 

Depuis que la Torah a été révélée, depuis que l’enseignement de la Bible en général et pas seulement à travers le judaïsme mais à travers tout ce que l’histoire de la révélation elle-même depuis le temps des hébreux, a eu une influence sur la culture universelle, alors on trouve en dehors d’Israël les catégories du repentir, mais c’est par le fait qu’on l’a reçu de la révélation biblique.

Il y a un ‘Hidoush de l’enseignement de la Torah que la Teshouvah est possible.

 

Et la pensée naturelle, pour des raisons que nous avons étudié en détail ne connait pas cette notion. C’est la raison pour laquelle le judaïsme est la seule tradition pour qui le salut religieux et le problème moral sont étroitement liés.

 

Le ‘Hidoush de la Torah par rapport au problème de l’expiation et du pardon c’est que le repentir soit possible.

 

La caractéristique du judaïsme comme religion et comme liturgie par rapport à toutes les autres religions, y compris celles qui se réclament de la Torah elle-même - je pense au christianisme d’un côté dans toutes ses nuances et à l’islam de l’autre dans toutes les siennes - ne comportent pas cette définition que le salut religieux de la créature dépende de la conduite morale. Il y a une tout autre stratégie religieuse et spirituelle qui vise ce que l’on appelle le salut.   

 

Cela ne signifie pas que dans ces religions les hommes de piété soient immoraux, en dehors du souci moral. Mais le souci moral pour eux ne s’identifie pas du tout avec le problème du salut religieux. C’est relié je dirais en parlant essentiellement de la tradition chrétienne, je pourrais vous citer de grands ecclésiastiques qui le disent en clair et en cela ils sont chrétiens essentiels, la théologie dans la tradition chrétienne ne se base pas du tout dans la définition du salut sur le problème moral. Cela ne signifie pas que le chrétien soit immoral, mais que sa préoccupation du salut est a-morale, en dehors du souci de la moralité. C’est un sujet pour lui-même.

 

Nous allons étudier un premier texte sur un des versets de notre Parashah qui va montrer à quel point la tradition talmudique a tenu à mettre en évidence cette notion que je résume maintenant.

 

=> D’une part, l’expiation ne peut pas se borner à être individuelle, mais il y a une nécessité de liturgie de l’expiation à l’échelle collective.

 

=> Et d’autre part, il y a un ‘Hidoush, quelque chose de nouveau qui apparait dans l’expérience religieuse dont les grands intitiés des générations passées, auxquelles la Torah fait allusion dans son récit des généalogies depuis le premier homme, avaient intuition et pressentiment, mais c’est une révélation de la loi de Moïse que la Teshouvah est possible.

 

A’harei Mot Chapitre 16 verset 21 :

 

A un certain moment du détail de la liturgie de l’expiation du jour de Kipour, et il s’agit de la cérémonie du sacrifice du bouc émissaire « Saïr laAzazel » (dont la traduction de bouc émissaire est pleine d’implication d’antisémitisme dans la littérature des nations lorsqu’elle parle d’Israël, considérée comme le bouc émissaire de l’humanité).

Le grand prêtre ici va imposer ses deux mains sur la tête du bouc vivant.

Il y avait deux boucs, l’un est envoyé au désert, et l’autre qui reste vivant et est sacrifié dans le camp. C’est la cérémonie de la Smikhah. Le grand-prêtre au nom de la collectivité d’Israël va imposer ses mains sur le Saïr, le bouc.      

 

16:21

וְסָמַךְ אַהֲרֹן אֶת-שְׁתֵּי יָדָו, עַל רֹאשׁ הַשָּׂעִיר הַחַי, וְהִתְוַדָּה עָלָיו אֶת-כָּל-עֲו‍ֹנֹת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, וְאֶת-כָּל-פִּשְׁעֵיהֶם לְכָל-חַטֹּאתָם; וְנָתַן אֹתָם עַל-רֹאשׁ הַשָּׂעִיר, וְשִׁלַּח בְּיַד-אִישׁ עִתִּי הַמִּדְבָּרָה

Vesamach Aharon et-shtey yadav al-rosh hasa'ir hachay

vehitvadah alav

et-kol-avonot beney Yisra'el ve'et-kol-pish'eyhem lechol-chatotam venatan otam al-rosh hasa'ir veshilach beyad-ish iti hamidbarah.

Et Aharon imposera ses deux mains sur la tëte du bouc vivant

Et il confessera sur lui

 

J’emploie intentionnellement le terme de confession - Lehitvadot cela veut dire se confesser, avouer ses fautes – c’est la liturgie de la confession. Je suppose que vous êtes un peu choqués d’entendre ce terme classique du vocabulaire chrétien, mais j’y reviendrais tout à l’heure pour rappeller qu’il y a dans la liturgie chrétienne énormément de choses imitées du judaïsme. Et ce n’est pas une raison parce que les Goyim nous ont emprunté un certain nombre de valeurs qu’il faut s’en mutiler. Et le terme de Vidouï qui se traduit littéralement par « l’aveu » renvoie au verbe Lehitvadot qui signifie non seulement « avouer » de façon précise le contenu de la faute qui a été faite, mais le comportement de l’aveu c’est effectivement « la confession ». C’est-à-dire avoir le courage d’exprimer et de confesser ce qu’a été la faute commise et pour laquelle on demande réparation et expiation. C’est ce mot de Véhitvadah Alav.

 

אֶת-כָּל-עֲו‍ֹנֹת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, וְאֶת-כָּל-פִּשְׁעֵיהֶם לְכָל-חַטֹּאתָם; וְנָתַן אֹתָם עַל-רֹאשׁ הַשָּׂעִיר, וְשִׁלַּח בְּיַד-אִישׁ עִתִּי הַמִּדְבָּרָה

 et-kol-avonot beney Yisra'el

pour toutes les fautes des enfants d’israël

ve'et-kol-pish'eyhem

pour tous leurs péchés

lechol-chatotam

pour tous leurs péchés-fautes

venatan otam al-rosh hasa'ir

veshilach beyad-ish iti hamidbarah.

Et ils les projettera sur la tête de ce bouc

Et l’enverra dans les mains d’un homme en direction du désert.

 

A propos de l’expression vehitvadah:

Notez déjà que cela signifie déjà qu’aucune liturgie de l’expiation ne peut être effective, efficace, dans le pardon corollaire, s’il n’y a aveu – Vidouï.

Un des exposés de la semaine a étudié cette question à travers l’enseignement de Maïmonide. Il met bien en évidence que l’essentiel de la Teshouvah c’est le Vidouï.

 

Au point que Maïmonide ne considère pas que le comportement de Teshouvah soit en lui-même une Mitsvah, c’est-à-dire que la Torah ne donne pas obligation de de se repentir, mais que la Torah onblige et institue que lorsqu’il y a repentir il y a obligation – Mitsvah - d’avouer la faute, sinon le repentir n’est pas autentifié.

 

Maïmonide considère que le comportement du repentir est conaturel à l’homme de bonne volonté. Et le comportement de repentir est conaturel à l’homme que la Torah appelle Tsadik. Or, on considère que seul le Tsadik a en fait une faute. Que signifie ce terme de Tsadik dans cette expression ?

 

Il n’y a véritablement « faute » dans le signe strict de ’Heth (qui est d’abord le sens fondamental, les termes de Pésha et Avon sont plus spécifiés) que pour celui qui a reconnu l’autorité de la loi comme telle. C’est cela la définition du Tsadik. Le Tsadik est celui dont l’attitude systématique de la volonté est de préférer se conduire d’après la loi plutôt que contre elle. C’est celui dont la volonté préfère systématiquement le bien au mal. Et le Tsadik éclairé par la révélation connait la table des valeurs, pour nous c’est la Torah, et par conséquent le Tsadik est celui qui est sensible à l’autorité de la Torah. De lui on dit qu’il y a une faute quand il y a une faute. Quelqu’un qui n’est pas Tsadik dans ce sens fondamental est hors-la-loi, dans une conduite de perversion, ce qui est autre chose, c’est pire d’un certain point de vue. Il n’y a pas faute dans le sens strict. Il n’y a de faute que par rapport à une conscience qui a été sensible à l’autorité de la loi.

 

Et par conséquent selon Maïmonide s’il en est ainsi et s’il s’agit d’un Tsadik, alors la Torah n’a pas à plaider comme obligation de se repentir s’il y a faute parce que c’est la conduite naturelle du Tsadik. On peut faire confiance au Tsadik que s’il y a eu faute sa conscience ne le laissera pas en paix tant que lui-même ne se repentira pas.

 

Le grand principe de Maïmonide par rapport à ces catégories et sujets, c’est que tout ce qui est comportement naturel n’est pas objet d’obligation de la loi.

 

Un exemple : on ne trouve pas de commandement de se marier. Mais on trouve le commandement de comment se marier quand on se marie. Se marier, au niveau existentiel, le fait de faire couple est un comportement naturel, et la Torah ne va pas légiférer là-dessus.  Maïmonide  choisit cet exemple parce que de son temps il avait à se mesurer avec des tas d’attitude de tendances à la superstition qui se rattachaient à une espèce de type de conscience superstitieuse selon laquelle tout ce qui arrive à l’homme est fatalement prévu, imposé, par la volonté de Dieu. C’est une ambiance de l’islam contre laquelle Maïmonide devait se mesurer. Il donne pour exemple : si un homme contracte un mariage interdit cela voudrait dire que cela lui a été imposé par Dieu lui-même ? Alors comment la Torah peut-elle interdire un mariage imposé par Dieu lui-même ?

 

C’est un problème important à remettre au point en mentalité juive : cette notion selon laquelle tout ce qui se passe dans notre existence est voulue par Dieu n’a pas du tout le même sens qu’on lui donne habituellement : une fatalité imposée à priori.

 

Je ne rentre pas dans ce sujet qui mérite d’être étudié et je vous en donne la source : c’est au chapitre 8 des Shmonei Prakim du Rambam qui traite du problème de la liberté où il donne précisément cet exemple.

 

Apparait le principe suivant :

Tout ce qui est conduite naturelle ne peut pas être l’objet d’obligation de la loi, parce qu’on n’est pas libre dans une conduite naturelle. On est libre dans la forme du comportement mais pas dans l’accomplissement de la tendance. Pas dans le comportement lui-même.

 

Autre exemple : aucun commandement de manger mais de « comment manger » !

Dans la thèse de Maïmonide, la Torah ne légifère pas là où il n’y a pas de liberté. Sans liberté, pas de responsabilité. Sans responsabilité, pas de place pour l’obligation, de quelque niveaux que ce soit, moral juridique, légal....

 

Maïmonide considère que la Torah n’a pas à imposer une Mitsvah de Teshouvah au niveau du comportement de la Teshouvah. Ce qu’elle impose c’est le Vidouï. C’est-à-dire que pour que la Teshouvah soit autenthique, il faut qu’il y ait aveu. La Mitsvah de la Teshouvah selon Maïmonide est l’aveu. Ce que j’ai appellé à propos de ce verset, la confession.

 

Je continue sur ce verset. Je voudrais vous citer un texte du Talmud Yeroushalmi Massekhet Shavouot chapitre 1 Halakhah 5 qui appuie ce que j’ai dit précédemment en résumant l’introduction générale que la Teshouvah est un ‘Hidoush de la Torah. Mais retenez que la Teshouvah consiste essentiellement en la confession au moment du repentir. 

 

Q : Quid de la Mitsvah le commandement Perou ourbou ?

R : Oui il y a une Mitsvah de Perou Ourbou, c’est une quesiton á sa place, mais elle est dans la forme beaucoup plus que dans le... On rattache habituellement la Mitsvah d’avoir des enfants à un autre verset qui n’est pas un verset de la Torah : lo tohou beraa lashevet et Sarah.  

Et ce verset va aussi pour la femmme et pas seulement pour l’homme. Et le commandemnt de Pérou ourbou qui va pour le couple (Vayomer lahem au pluriel) c’est qu’il faut qu’il y ait Pérou et Rbou et dans l’ordre : Pérou avant Rebou. Pérou pour le Zakhar et Ourbou pour la Neqevah.

La Gémarah demande si cette formule « Perou Ourbou - croissez et multipliez » est la bénédiction donnée à l’homme ? ou bien est-ce qu’Il les a béni c’est-à-dire les rendus fécond et que puisqu’ils sont dans le cas naturel d’être fécondsVayibarekh otam cela veut dire qu’ils ont des enfants ?

Puisqu’ils sont dans le cas naturel d’être féconds ils reçoivent le commandement de Pérou ourbou ? La Guémara conclut comme vous l’avez dit que c’est une Mitsvah et non pas une Brakhah. Rappelez vous le verset : «  Et Dieu les béni et leur dit ‘Croissez et multipliez !’ »

Est-ce que le ‘Croissez et multipliez !’ c’est la bénédiction que Dieu leur a donné ?

En hébreu cela ne marche pas : cela voudrait dire : « Et Dieu leur a dit : Que Dieu vous bénisse ! ».

 

Il les a béni en hébreu cela veut dire Il les a rendu bénis, féconds. Et donc leur situation naturelle, leur nature, est d’être fécond et alors il y a Mitsvah « Pérou Ourbou ». La Guémara établi qu’il faut que ce soit un garçon et une fille pour que la Mitsvah soit accomplie. Cela va dans énormément de détail de Halakhah. Il y a Ma’hloquet entre Beit Hillel et Beit Shamaï. Beit Hillel demande un garçon et une filles et Beit Shamaï deux garçons et une fille.

 

Je reviens au sujet :

Dans tous les cas, c’est dans la forme de la Mitsvah que la Torah légifère toujours. Si vous voulez, il y a dans chaque Mitsvah l’élan et la forme que l’élan doit prendre. Or, cet élan nous est donné par la sanctification du fait que nous sommes cet Israël qui a reçu les Torah et les commandements.  « …asher kideshanou bemitsvotav vetsivanou… qui nous a sanctifié par Ses commandements et nous a ordonné… » Et la Mitsvah vient après la Qdoushah. Cela se rattache à la thèse de Maïmonide. Je reprends la formule « asher kideshanou bemitsvotav », c’est une chose, et puisque nous sommes Qdoshim par ces Mitsvot, alors « Tsivanou ».

 

Je résumerais de la manière suivante :

Au fond que veut nous dire la Torah en nous donnant Sa loi ?  

Elle veut nous dire : « Fait le bien, ne fait pas le mal ». Mais si la pulsion à faire le bien ne vient pas de moi la Torah n’a rien à me dire. La Torah ne parle qu’à un homme qui veut faire le bien et ne pas faire le mal, et elle indique quel est le bien à faire et le mal à ne pas faire.

L’élan est premier et la Torah légifère dans la forme de cet élan.

 

Et comme nous ne sommes pas capable d’être à la hauteur de cette identité d’Israël au niveau Moïse qui a reçu la Torah, alors la Torah nous explique aussi quel est le bien qu’il faut faire en nous expliquant la manière de le faire. Mais son objectif et de nous dire comment faire ce qu’elle demande beaucoup plus que de nous imposer à être ce qu’il faut être dans cette formule de l’homme qui veut faire le bien et ne pas faire le mal.

 

Il y a un nombre plus grand de commandements négatifs que de commandements positifs. Un enseignement qui ressemble à la ’Hassidout dit que la Torah considère qu’elle doit plus nous aider à nous expliquer le mal qu’il ne faut pas faire plutôt que de nous expliquer le bien qu’il faut faire. Parce qu’Israël est censé connaître par lui-même plus le bien qu’il faut faire.

Le mal qu’il ne peut pas faire, comment pourrait-il le savoir ?

Vous voyez comment la Torah est optimiste !

Alors la Torah le lui explique… 

 

J’ai insisté sur le fait de dire que c’est la doctrine de Maïmonide.

Celle de Na’hmanide par exemple est tout à fait différente. Na’hmanide pense qu’il y a une Mitsvah de la Torah qui oblige celui qui a fait une faute à faire Teshouvah et oblige de faire le Vidouï pendant qu’il y a Teshouvah. Il y a une pédagogie différente.

 

Expliqué dans les termes suivants : L’enseignement de Maïmonide est très aristocratique. Il parle de celui qui est au niveau le plus élevé d’idéal. Un homme normal est comme Maïmonide. Mais Na’hmanide s’occupe des hommes tels qu’ils sont par l’obligation.

 

Pour Na’hmanide il faut aider l’homme tel qu’il est par l’obligation. C’est de la pédagogie beaucoup plus que de la loi. Si on n’aide pas la consience par la consigne, elle n’est pas aidée.

On peut dire de la thèse de Na’hmanide est un ‘Hidoush alors que le Pshat de la Torah c’est plutôt la thèse de Maïmonide. Si nous étions comme il faudrait être, on n’a pas à nous dire dès qu’il y a faute : « Repens-toi ! ». Seulement Na’hmanide prend les juifs comme ils sont et estime nécessaire l’obligation de laTeshouvah sinon peut être ne feront-ils pas Tshouvah....

 

Q: quand les Juifs ne sont pas mûrs mentalement, quelle est leur obligation vis-à-vis des commandements ?

R:  Pas mûrs mentalement la formule est trop vague: il y a une formule très précise pour la Halakhah : le Shoteh n’est soumis à aucune obligation. « Pas mûr mentalement » c’est  vague il y a tous les niveaux. Il y a des critères dans la Guémara, alors il faut faire un diagnostic pour savoir s’il s’agit vraiment d’une déficience mentale telle qu’il est ou non hors-la-loi.

 

C’est un pricinpe important : chaque fois que vous rencontrerez la position de Maïmonide dans ce genre de problèmes : Maïmonide est très aristocratique, il a une morale aristocratique, il parle pour des hommes idéaux à notre sens mais qui pour lui sont les hommes normaux. Parce qu’il parle au niveau où la Torah a parlé à Moïse. En particulier sur le problème de la liberté, le postulat de Maïmonide c’est que l’homme est libre. Or, nous savons très bien que nous ne sommes que « quasi-libres ». Et chacun à son niveau est conditionné de façon infinie. Mais Maïmonide parle de l’homme tranquillement comme si cela allait de soi que l’homme soit libre, parce qu’il parle de l’homme normal.

 

Se rappeler que  Maïmonide était médecin et savait de quoi il parlait lorsqu’il parlait de la nature humaine, la psychologie y compris. A ma connaissance en tout cas, le premier grand livre de psychologie qui a été connu dans l’histoire de l’humanité, de manière aussi systématisé, c’est les Shmonah Prakim du Rambam. La tradition dit qu’il l’a écrit à l’âge de 22 ans !   

 

Je reviens à notre verset.

Voici le texte du Yeroushalmi qui va mettre en évidence un fait que nous allons relier à cette notion que c’est un ’Hidoush de la Torah  que la Teshouvah soit possible :

 

Rabi Tan’houmah a enseigné au nom de Reish Laqish :

Au moment où Dieu a dit à Moïse « vehitvadah alav et il fera confession » Moïse a chanté un Psaume (un Psaume de reconnaissance le Psaume 110) מִזְמוֹר לְתוֹדָה  Mizmor Létodah, le Psaume lu d’ailleurs à Rosh Hashanah.

 

Todah – Tvadah

Ce n’est pas la même racine bien que très proche

Todah – racine léodot - signifie une conduite d’action de grâce (cela veut dire merci comme en Espagnol gracias)

Hitvadah- racine léhitvadot - reconnaître ce que l’on a fait -  c’est l’aveu.

 

Cette Guémara dans le Yeroushalmi met en relation le fait que lorsque Moïse a entendu que le Vidouï était possible, c’est-à-dire que la Teshouvah était possible, alors il a entonné l’action de grâce de Mizmor Létodah.

 

Ce texte de manière très directe met en évidence que c’est dans la loi de Moïse qu’il y a ce ‘Hidoush dans l’histoire de l’humanité où l’on a rendu la Teshouvah possible.

 

Dans les conclusions du séminaire je reprendrais en hébreu ce point que j’ai commencé à étudier en introduction du séminaire. C’est-à-dire que la pensée naturelle ne connait pas la conduite du repentir et que c’est une révélation de la prophétie hébraïque que le repentir soit possible.

 

Quelques explications très briévement à ce sujet : il y a une raison d’ordre morale que l’on retrouve dans les mentalité juridiques et légales chez toutes les nations, et une raison d’ordre logique.

 

1- La raison d’ordre morale, c’est que la pensée naturelle qui ne prend comme critère de loi pour la société que la légalité considère comme injuste le fait qu’une faute ayant été faite, elle puisse être expiée et pardonnée. Si la société au niveau du problème moral ne devait fonctionner qu’au travers des catégories de la légalité, ces notions qui ont mis des siécles à la suite de l’imprégnation de la bible dans l’universel humain comme la prescription, les circonstances atténuantes... ont fini par imprégner la  mentalité des codes que nous connaissons, c’est impensable pour une intelligence qui considère la morale uniquement d’après des critéres intellectuels et logiques. Parce que si une faute a été faite la logique demande qu’elle soit payé et qu’on soit puni. L’idée qu’on puisse être pardonné vient d’ailleurs. Ce n’est plus du droit.

 

En particulier cette mentalité qui est un problème pour la société israélienne: le droit qui se fait prendre pour le moral. On cherche à savoir ce qui est légal avant de savoir ce qui est moral. Et le droit pour la tradition talmudique protège le moral. Alors que dans beaucoup de constitutions le droit s’oppose au moral.

 

Vous avez en tête ce qui s’est passé ces jours-ci avec le Gabats : on se préoccupe de savoit ce qui est ‘Houki ou pas ‘Houki... Le vrai problème est de savoir où est le Tsedek !

 

Voilà c’est très important que ce soit ‘Hok sinon il y a un désordre intellectuel et de sensibilité absolu : chaque individu aurait une sensibilité différente du point de vue de sa perception de la valeur morale. Il faut qu’il y ait un droit collectif. Mais le postulat de la Torah c’est que le droit

doit s’identifier avec le moral. Et il ne peut pas y avoir de valeur de légalité en soi : une légalité qui n’est pas la légalité de la moralité devient néfaste. Cest la définition même du droit romain : la légalité qui est la valeur morale. Alors que pour la conception juive de ce problème, c’est la moralité qui doit être légale.   

 

Et vous voyez que lorsque cette mentalité légaliste envahie la société juive cela veut dire que c’est une mentalité étrangère qui envahit la tradition juive.

 

Le grand paradoxe c’est que les chrétiens qui sont précisément les hommes du droit romain  accusent les pharisiens d’être des légalistes. Alors que ce sont les jésuites qui sont des légalistes.

 

Sans révélation, si nous étions livrés à la force de notre intelligence, la plus sophistiquée soit-elle, livrée à elle-même sans éclairage de la révélation prophétique, alors la notion du repentir nous apparaîtrait comme injuste et immorale. Si la morale ne se basait que sur la logique la notion de Teshouvah serait immorale.

 

Des grands hommes ont des mentalités de ce type dans la culture occidentale : on peut arriver à ce paradoxe que ce qui n’est pas légal mais moral est désigné comme immoral parce que illégal...

Et l’inverse : ce qui est immoral est jugé comme moral parce que légal...

 

2- La 2ème difficulté est d’ordre intellectuelle et logique : c’est que la pensée naturelle se heurte à une difficulté avec la Teshouvah : pour que la notion soit pensable il faudrait que le temps soit réversible. Il faudrait revenir au passé pour faire réparation de ce qui a eu lieu dans le passé. Or, nous vivons dans un monde où apparemment le temps est irréversible. En tout cas le temps réel. Le temps de la vie intérieur peut paraître comme étant réversible. C’est en tout cas la sensibilité hébraïque et la seule langue qui posséde cette catégorie de la réversibilité du temps est l’hébreu.

Il y a une régle grammaticale, qui est plus qu’une régle grammaticale, qui fait qu’un passé peut s’inverser en futur et un futur peut s’inverser en passé. Il y a énormément d’exempe, très important, d’enseignement du Talmud à ce sujet. 

Des expressions comme « Vayéhi » - indique un futur transformé en passé, ou « Véhayah » - un passé transformé en futur – n’existent qu’en hébreu.

 

Il y a dans l’identité et la conscience hébraïque la capacité d’inverser les contraires au niveau des catégories du temps.

 

Alors on comprend pourquoi c’est l’hébreu qui a pu recevoir la Torah parce que l’hébreu est sensible à la possibilité de la Teshouvah.

 

Pour la pensée naturelle au niveau des autres nations on ne peut pas avoir le courage de recevoir la Torah. Cf. ce Midrash indiquant que Dieu a proposé la Torah à toutes les nations qui ont toutes refusé tour à tour, chaque fois à cause d’un argument spécifique d’incompatibilité avec une interdiction précise de la Torah. La question qui se pose immédiatement : quid de la Teshouvah ?

Le Midrash met bien en évidence que l’identité des nations auxquelles il fait allusion est telle que la l’éventualité de Teshouvah ne peut pas leur venir à l’esprit, sinon elles auraient accepté de suite la Torah.

 

Ce Midrash est difficile : est-ce qu’a priori Dieu ne connaissait pas leur identité et leur réaction prévisible ? Pourquoi leur proposer ? La réponse du Talmud (Avodah Zara 3) est géniale : pour éviter qu’au jugement dernier ils argumentent que la Torah ne leur a pas été proposée... 

 

Q : Quid du Midrash qui dit que la Torah fut imposée aux Bnei israël ?

R : Ce Midrash se base sur le verset : « Et ils se rassemblent au pied de-sous (Tahat) la montagne »

Le Midrash dans le traité Shabat dit que cela apprend que Dieu a soulevé la montagne sur eux en leur disant : « soit vous acceptez la Torah, soit c’est ici votre tombeau ».

Mais dans le texte juste avant un verset précise que le peuple a accepté. Alors la vraie question c’est de savoir pourquoi Dieu la leur impose puisqu’ils l’ont acceptée ?

Puisque le peuple est prêt à accepter pourquoi la lui imposer ?

Dieu a voulu que ce soit imposé !

Le Maharal résoud le paradoxe en donnant l’exemple du mariage : on ne marie que des fiancés. Les fiancés se fiancent librement mais on les marie par contrat qu’on impose qu’à ceux qui sont prêt à accepter. Mais une fois qu’ils y sont prêts on leur impose, pour que ce ne soit plus soumis au caprice, tout simplement. Le mariage est imposé aux fiancés, mais on ne l’impose qu’à des fiancés.

 

Q. Il n’y a pas vraiment de libre arbitre alors dans ce mariage ?

R : Le libre arbitre est au temps des fiançailles. Et une fois que Dieu est sûr que les fiançailles sont de vraies finaçailles, Il impose le mariage. L’expression en hébreu Messirah La‘Houpah : c’est très dur. Pris au piège. Comme Il a retourné le Sinaï.

 

Je relie cela à un verset de Jérémie : C’est la difficulté de la Teshouvah : il faut revenir en arrière et on sait très bien que même si le temps intérieur est réversible, il y a la mémoire. Et une fois que la faute a eu lieu la mémoire fait que le remords est éternel. Je ne pourrais jamais oublier.

Le verset de Jérémie dit ceci :

 

זָכַרְתִּי לָךְ חֶסֶד נְעוּרַיִךְ

אַהֲבַת כְּלוּלֹתָיִךְ--לֶכְתֵּךְ אַחֲרַי בַּמִּדְבָּר, בְּאֶרֶץ לֹא זְרוּעָה

Zakharti lakh ‘hessed neourayikh ahavat keloulotayikh lekhtekh

Dieu dit à Israël :

Je me souviens pour toi de ta fidélité de ta jeunesse    

De l’amour de tes fiançailles...

 

Au temps où tu étais fiancé, et au temps où tu était libre, le jour où tu étais sincère, tu as mérité. Dieu se souviens de ces jours-là.
.../...
lire la suite ici...

 

***


 

 

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