Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 14:27

 

Rosh hashanah (1985) Suite et fin

 

 

J’ai préparé 2 Midrashim le 1er proposé à l’étude concerne Qaïn.

 

Bereshit chapitre 4 verset 16 :

 

4:16

וַיֵּצֵא קַיִן, מִלִּפְנֵי יְהוָה; וַיֵּשֶׁב בְּאֶרֶץ-נוֹד, קִדְמַת-עֵדֶן

Vayetse Qayin milifney Adonay (YHWH) vayeshev be'erets-Nod kid'mat-Eden.

 

Le thème que nous allons étudier à travers ce Midrash c’est que pour la pensée naturelle (naturelle au sens de pensée non éclairée par une révélation) la Teshouvah n’a aucune légitimité, aucun fondement, n’a pas d’évidence immédiate. Après tant de temps d’éducation biblique en général et en particulier du judaïsme, la notion de Teshouvah (c’est-à-dire qu’en cas de faute il y a éloignement et il peut y avoir un repentir, un retour) nous est une évidence tellement familière que nous croyons qu’il s’agit-là d’une évidence de la pensée humaine. 

 

Nous étudierons à travers un Midrash parmi d’autres à quel point il s’agit d’un ‘Hidoush de la Torah. Un ‘Hidoush c’est quelque chose de nouveau qui est enseigné. On peut le définir aussi comme le renouvellement de sens d’une connaissance supposée déjà acquise. 

 

Si l’homme ou la pensée humaine étaient livrés à leurs propre forces, ils ne pourraient pas parvenir à l’évidence de la notion de repentir, c’est-à-dire que le repentir est possible premièrement, et qu’il puisse être efficace, sinon sous forme d’hypothèse. C’est dire qu’elle ne pourrait pas avoir de confirmation, qu’il y là une évidence de certitude.

 

Je l’explique briévement en indiquant simplement que c’est un cas particulier de l’ensemble des notions propres à la conscience hébraïque et qu’il faut définir comme étant des enseignements de la prophétie.

 

La diffusion de l’enseignement biblique à travers le judaïsme de façon directe, ou à travers des échos souvent déformés du judaïsme par le biais de toutes traditions inspirées de la bible a rendu cette notion familière. Mais il y a un long temps culturel à remonter pour arriver à la conclusion que ce n’est pas du tout une évidence à laquelle nous conduit la pensée naturelle. Celle-ci n’est pas la pensée sauvage ou primitive comme ceux qui ont lu l’enseignement de Lévi-Strauss l’on appris, il y a tout un recodage à effectuer ; la pensée naturelle peut être très sophistiquée. A la limite il peut s’agir de la pensée philosopique la plus élaborée mais elle se définit comme la pensée naturelle, par le fait qu’elle n’évolue qu’à l’intérieur des catégories et du cadre de ses propres évidences.

Le postulat de la pensée philosophique qui est à l’origine et à la base de la culture contemporaine, à travers plusieurs siècles, mais c’est quand même-là que les principes propres à la culture  contemporaine commencent à s’élaborer, c’est que la pensée est un phénomène humain pur et simple : c’est l’homme qui pense et est le sujet de sa pensée. Il ne peut pas envisager d’autres critères de vérité ou d’évidences de vérité que ses propres critères. Cf. la formule de Descartes que j’utilise dans beaucoup de dimensions d’analyses : « Je pense donc je suis » : mais c’est moi qui pense, je pense.

Nous avons vu par cet exemple que nous avons à faire à une notion qui ne peut pas faire partie de l’évidence de la pensée naturelle.

 

Pour deux raisons essentielles :

 

=>  D’abord un raison d’ordre morale : car il s’agit d’une catégorie d’ordre moral : s’il y a faute le repentir est possible (c’est la notion de la Teshouvah) mais au niveau purement moral d’une morale rationnelle cela parait injuste, amoral, immoral.

 

 Si on y réfléchit de façon stricte dans les critères de la pensée naturelle, la plus sophistiquée soit-elle, on ne voit pas de base à la moralité d’une telle notion, qui est que si on a fauté on peut par une opération de retour-revenir-repentir, revirginiser la conscience qui avait été atteinte par la conduite de la faute. La faute n’étant en fin de compte que l’expression de cette maladie de la conscience. La morale philosophique est donc extrêmement réfractaire à cette notion. Il ne semble pas juste que si on a fauté on puisse se repentir au niveau de la pensée naturelle avant la révélation de la Torah. Le ‘Hidoush (qui est une des évidences de la conscience hébraïque, diffusée par la suite) est que le repentir est possible. Non seulement possible mais efficace en tant que clef de la possibilité de l’histoire de la moralité et de la conscience morale elle-même. (2ème Midrash).

 

La sensibilité de la moralité rationnelle philosophique est réfractaire à une telle notion. Il faut donc récupérer l’évidence, la base ontologique de cette évidence de familiarité que davka le repentir est possible et que toute la moralité repose sur cette possibilité du repentir.

 

Vous voyez pourquoi des religions dont la théologie est premiérement rationelle et philosophique, rejetera comme une impossibilité l’idée que le salut de la conscience passe par la moralité, précisément parce que lui fait défaut l’essentiel : l’évidence de la possibilité du repentir.

 

Parenthèse rapide sur le paulinisme dans la théologie chrétienne: si le salut passe par la loi morale nous sommes perdus : à la 1ère faute nous ne serions pas seulement condamnés mais damnés. C’est de là que procède la panique devant la loi : il manque la coordonnée principale de la possibilité du repentir.

 

A chaque reprise de ces textes je reste très impressionné par l’inconséquence de ce type de lecture de la bible par la conscience chrétienne. Comment envisager cette panique qui est de l’ordre de la tragédie de la conscience grecque ? On parle souvent de Paul comme d’un talmudiste mais sa conception de la loi n’a rien à voir avec la Torah tel que le Talmud l’enseigne. C’est la loi grecque, c’est la loi romaine qui est impersonnelle et avec laquelle on ne peut pas discuter, avec laquelle on ne peut pas négocier. (Psharah - mot utilisé par les Mefarshim du Midrash  la première fois à propos de la Teshouvah de Caïn).

 

Pour la sensibilité morale philosophique (rationaliste), l’idée de Teshouvah est impensable. C’est comme disait les Grecs un scandale. Cela nous explique en conséquence les attitudes théologiques religieuses qui cherchent leur salut en dehors de la loi morale, parce qu’il y a une panique de fond. Si c’est par rapport à la loi que nous sommes jugés dans l’histoire du salut de notre destinée alors nous sommes perdus à l’avance. En ce sens, le 1er paulinien c’est Qaïn !

 

=>  La 2ème raison est d’ordre intellectuelle : vav hahipoukh. La conduite de la Teshouvah consiste à revenir en arrière dans le temps pour faire un Tiqoun dans un temps déjà passé, révolu.  Or, pour la pensée naturelle, le temps est irréversible. Et donc il y a aussi une raison intellectuelle qui rend impensable cette notion de Lashouv : revenir en arrière pour faire un Tiqoun dans le passé. Mais le passé c’est du passé ! Alors cette notion de la réversibilité temporelle est aussi une notion strictement hébraïque.

 

La règle du changement des verbes du passé en futur et du futur en passé est une règle strictement hébraïque et vous devinez que ce n’est pas qu’une règle de grammaire pure et simple : c’est une règle de pensée et de discours où s’exprime une manière d’être de la conscience hébraïque, qui peut être ensuite imitée. Ne serait-ce que littérairement ou poétiquement. On ne trouve pas cette règle dans un autre discours humain, c’est une particularité hébraïque.

 

C’est ce qu’on appelle dans la tradition le Koa’h hahipoukh, la force de l’inversion, la capacité de l’inversion, qui est le propre d’Israël.

 

On a lu la Parashah de KiTavo avec les Brakhot et Qlalot. 

Un verset des Prophètes fait dire à Dieu à propos des malédictions de Bilaam : « et Dieu a inversé vayahafor et haqlalah oubrakha : et Il a inversé la malédiction en bénédiction. »

 

Nous allons voir déjà cette indication dans la prise de conscience de la faute chez Qaïn.

Et c’est la prise de conscience de la faute qui mène à la prise de conscience morale chez Qaïn.  

C’est après la faute que la conscience de Qaïn s’éveille. C’est quand Dieu se révèle à lui pour lui demander des comptes de son acte que Qaïn se rend compte de ce qu’il s’est passé : et donc il découvre le problème moral à postériori de la faute. Lorsque tel est le cas, il n’y a pas d’issue : c’est la conscience tragique. C’est fini, c’est trop tard, c’est irréversible, c’est perdu...

 

C’est là je crois la racine de la manière dont la conscience grecque a abordé l’espérance de la conscience hébraïque et elle n’a jamais pu se débarasser de ce tragique de l’irréversible même lorsqu’elle adopte l’expérience hébraïque.

 

Bereshit chapitre 4 verset 13

 

וַיֹּאמֶר קַיִן, אֶל-יְהוָה:  גָּדוֹל עֲו‍ֹנִי, מִנְּשֹׂא

Vayomer Kayin el-Adonay gadol avoni minesso.

 

Lorsque Caïn prend conscience après l’explication que Dieu lui donne sur ce qui s’est passé. Comme c’est la 1ère fois que cela se passe on peut comprendre que La Torah nous décrit en détail la prise de conscience.

 

Alors Caïn dit... et il faut retenir que c’est Hashem et non Elohim qui parle dans le verset :

 

Vayomer Kayin el-Adonay gadol avoni minesso.

 

Le Pshat c’est une affirmation désolée :

gadol avoni minesso

Avon un desmots pour dire la faute- ma faute est trop grande pour être portée-enlevée-pardonnée…

 

nessou avon est une expression très courante du Miqra : lorsqu’un faute est littéralement enlevée, portée ailleurs, par quelqu’un d’autre et c’est une des expressions pour dire pardonner.

 

Qaïn prend conscience de sa faute et de lui-même comme perdu, condamné dans le sens de damné.

 

Il faut évacuer toute la littérature sur « l’œil était dans la tombe et regardait Caïn…. » qui vient évidemment de la sensibilité chrétienne de cette histoire, chrétienne c’est-à-dire grec lisant l’hébreu  avec cet espèce de dimension tragique du remord inguérissable.

Alors que la Teshouvah est précisément la guérison du remord.

 

C’est là le verset dans son niveau Pshat gadol avoni minesso : Caïn est perdu il est litérralement grec de conscience chrétienne. Dans cette optique et dans l’histoire, en tant que tel, il faut se choisir un salut en dehors de la moralité car si le salut passe par la moralité on est perdu. 

 

La suite est très importante à compendre mais déborde notre sujet. Surtout le verset suivant 4:14:

 

הֵן גֵּרַשְׁתָּ אֹתִי הַיּוֹם, מֵעַל פְּנֵי הָאֲדָמָה, וּמִפָּנֶיךָ, אֶסָּתֵר; וְהָיִיתִי נָע וָנָד, בָּאָרֶץ, וְהָיָה כָל-מֹצְאִי, יַהַרְגֵנִי

Hen gerashta oti hayom me'al peney ha'adamah

Qu’est-ce que al peney ha’adamah ?

oumipanehha essater

toute la question de ester panim commence ici

vehayiti na vanad ba'arets

l’exil comme punition de la faute

vehayah khol- motse'i yahar'geni

Tout ce verset est un sujet pour lui-même...

 

gadol avoni minesso

dans le Pshat, c’est une désolation, avec la conscience tragique du remord.

 

Regardons rashi sur ce verset :

Rashi ad loc va rendre Qaïn beaucoup plus intelligent qu’il n’apparait au niveau Pshat :

 

Rashi :

גדול עוני מנשוא: בתמיה, אתה טוען עליונים ותחתונים, ועוני אי אפשר לטעון:

Btmiah : c’est une question.

 Rashi nous dit : Ne lisons pas cela comme affirmation (désolée) mais comme interrogation étonnée Btmiah.

Atah toên elionim véta’htonim

« Tu portes, dis Qaïn à Dieu, les êtres d’en-haut et les êtres d’en-bas.

VéÂvoni i efshar leâhit’hon

Et ma faute tu ne pourrais pas la porter, Toi ? »

 

Il semble bien que Rashi ait eu ici dans le colimateur la théologie chrétienne :

« Toi qui porte le ciel et la terre tu ne porterais pas aussi ma faute ? Prend-la sur toi que je sois sauvé ! ».  

Et dans le Midrash que cite Rashi Dieu répond : « Je porte le monde entier, ta faute portes-la ! ».

C’est à propos d’un autre verset :

 

Verset 7 du chapitre 4

 הֲלוֹא אִם-תֵּיטִיב, שְׂאֵת

Halo im-teytiv se'et

Regardez bien le mot de Se’et.

N’est-ce pas que si – téitiv- tu t’améliores – se’et – cela te sera enlevé-

On trouve déjà la perche du repentir.

 

J’ai l’habitude de citer ici un autre Midrash à propos de la faute de Adam harishone :

Chaque fois qu’un homme ou une femme meurt, Adam harishone vient s’assoir à son chevet et lui dit « mon fils, ma fille, ce n’est pas pour ma faute que tu vas mourir mais pour ta faute, que les choses soient claires ».

C’est dans la Gemara de Yoma à propos de l’enseignement …/…


< Fin >

 

*****

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : MANITOU
  • MANITOU
  • : Bienvenue sur le blog MANITOU! Cet espace est consacré au Rav Léon Askénazi - Manitou - זצ"ל.Vous y trouverez des textes rédigés à partir de cours audio enregistrés (disponibles sur www.toumanitou.org) En modeste hommage à ce Rav génial et extraordinaire...
  • Contact

Recherche