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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 12:26

La Teshouvah (1985)


http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/teshouva/cours_1


 

...Chapitre 4 verset 7 et ensuite nous étudierons le passage du chapitre 30 qui institue le problème de la Teshouvah.

 

Nous allons étudier brièvement un enseignement de la Guémara concernant la différence qu’il y a par rapport à la possibilité du repentir s’il y a eu faute entre les prérogatives de l’individu et les prérogatives du Tsibour, le groupe, en tant que Klal Israël.

 

Cela nous servira d’introduction à l’étude du texte de base qui institue le pricnipe de la possibilité même de la Teshouvah. Je vais d’abord en quelques phrases poser cette question : peut-être par le biais d’un enseignement auquel vous êtes familiers, mais qui va nous permettre de nous introduire dans le sujet.

 

Nous sommes tellement familiers aux enseignements de la tradition qui nous viennent d’une tradition qui a duré près de 4000 ans qui commence avec la famille des patriarches : il y a des notions des valeurs qui semblent ressortir de l’évidence alors qu’en réalité elles ont été une conquête, et une conquête parfois très difficile de ce que j’appellerais d’une façon général la vie spirituelle de l’humanité. Avec la ligne centrale selon le récit de la Bible qui passe en fin de compte à partir de la famille des patriarches : l’identité hébraïque d’il y a pratiquement 4000 ans dans la lignée des engendrements d’Israël et de la société d’Israël.

 

Et en particulier, une des notions que je prendrais comme exemple de cette familiarité que nous avons avec un certain nombres d’évidences de la vie spirituelle, mais qu’il faut redécouvrir pour bien les comprendre, qu’elles ne sont pas du tout homogènes, ni familières, à ce que j’appellerais la pensée naturelle. Ce que j’appelle la « pensée naturelle » ce n’est pas la pensée primitive dans le sens de pensée sauvage. Déjà depuis un certains temps les sociologues et anthropologues ont corrigé cette erreur de croire que la pensée primitive serait une pensée infantile. En réalité, la pensée naturelle peut être très sophistiquée. Mais ce que j’entends par « pensée naturelle » par rapport à cette familiarité avec l’enseignement de la Bible qui nous vient de la tradition de la nation d’Israël, donc de la tradition de l’identité hébraïque qui est une identité bien particulière puisque c’est elle qui est concernée par la révélation biblique la pensée non informée par la révélation qui vient du dehors de la conscience humaine.

 

Je crois que cet exemple de la notion du repentir va nous servir de levier pour découvrir une fois de plus ce problème.

C’est-à-dire qu’il y a si vous voulez une confusion qui vient de ce que les penseurs de la pensée naturelle, je dirais de façon générale les philosophes, ont lu la Bible et vivent dans une ambiance culturelle imprégnée de l’enseignement de la Bible. Il y a donc une sorte d’amalgame entre ce qu’est la pensée naturelle qu’il faut entendre telle qu’elle s’est exprimée dans les grandes doctrines intellectuelles et spirituelles de l’humanité en dehors et avant la diffusion de l’enseignement de la  Bible, et d’autre part, les catégories propres aux prophètes et au contenu de l’enseignement de la Bible.

 

Je n’aurais jamais le temps, même pour cet exemple particulier de la notion de repentir de montrer à quel point il s’agit de ce que nous appelons en hébreu un ‘Hidoush : le fait d’apprendre quelque chose de radicalement nouveau qu’on ne peut pas comprendre par soi-même – un ‘Hidoush de la prophétie  hébraïque. La notion de repentir est employée dans la culture contemporaine dans beaucoup de secteurs, quelque soit le diagnostic d’un désordre quelconque qui mène à ce que on a l’habitude d’appeler une faute, on est habitué à l’idée qu’on peut réparer ce désordre occasionné par cette faute dans la mesure où il y a un repentir sincère. Mais je voudrais plus préciser le sens de ce terme pour montrer qu’en vérité cette notion est une conquête de l’esprit humain qui dérive de l’enseignement de la prophétie biblique. Et de nouveau nous retrouverons la même difficulté. Nous parlons en français, de contenus qui concernent la réalité hébraïque, et comme vous le savez le français et l’hébreu sont deux langues issues de deux univers radicalement différents. Le français est une langue très riche très nuancée c’est le véhicule d’une très grande culture, mais c’est une langue qui est déjà de son origine purement sémantique, c’est d’ailleurs une origine multiple, il n’y a pas que l’arrière-fond celte ou occitan qu’il peut y avoir dans la familiarité avec le français comme langue d’un certain terroir, mais il y a tout un héritage de mentalités grecques et romaines entre autres.

   

Et il faut savoir déjà que la civilisation romaine après la civilisation grecque était en rivalité avec la civilisation hébraïque. Si on emploie alors les termes du français pour parler de choses qui sont en contestation entre la sensibilité gréco-romaine et la sensibilité hébraïque, il faut être averti d’emblée qu’on est en pleine confusion. Et en plus, le français tel quel véhicule une spiritualité chrétienne d’ambiance chrétienne. Ce qui est un autre niveau de rivalité et de contestation sur précisément les catégories employées par l’enseignement de la Bible. Même lorsque le français est déchristianisé, il reste très profondément pétri et imprégné de culture chrétienne.

 

Je vous donnerais un exemple qui montre cette difficulté du langage de dialogue en français lorsqu’on parle des évidences hébraïques alors que le français véhicule des évidences de l’ordre de la spiritualité chrétienne. L’exemple de la prière. Qu’entend un homme de culture française lorsqu’il dit la prière ? Et qu’est-ce qu’un hébreu entend lorsqu’il dit la Téfilah ? Mais cela nous prendrait trop de temps. Je vais le faire pour la Téchouvah que l’on traduit par le repentir.

C’est un problème important et sérieux parce que cela a envahi la communauté juive elle-même dans le cas  de la communauté juive francophone, mais multiplié par toutes les cultures de la diaspora qui existent dans le monde juif, pour montrer à quel point le rassemblement des juifs revenant des ambiances culturelles étrangères pose un problème difficile de la culture israélienne  dans quelle manière on retrouve effectivement une véritable inspiration hébraïque de l’hébreu.

Cela prendra du temps, c’est une processsus extrêmement difficile. On projette sur l’hébreu des mentalités de dictionnaires qui nous viennent de langues étrangères. En particulier pour le français, mais on peut multiplier cette difficulté pour les autres langues, l’espagnol, l’allemand, le russe...etc.

 

Pour vous montrer à quel point nous sommes confrontés à un problème difficile, simplement je vous donnerais l’exemple qui m’est venu à l’esprit pour montrer la difficulté: parlons-nous de la même chose lorsque nous disons « repentir » en français et « Téshouvah » en hébreu ?

 

L’expérience  nous montre que énormément de faux problèmes viennent de ce que l’on pense les catégories de l’enseignement hébraïque à l’aide de conceptualisations étrangères. Je vous donnerais l’exemple que j’ai à l’esprit parce que nous sommes occupés à des mises au point assez difficiles de dialogues avec les Chrétiens, en particulier avec un courant de christianisme qui est assez contemporain du point de vue du calendrier, des Chrétiens qui viennent dans cette période des 10 jours de pénitence, en particulier la veille de Kipour pour des séminaires de méditation et de prières de repentir du monde chrétien vis-à-vis du peuple juif. Cela vous est peu connu je pense, ce n’est pas encore tellement connu officiellement mais c’est un courant qui existe depuis quelques années.

Et cela nous oblige à nous confronter à cette difficulté de savoir si nous parlons des mêmes choses.

 

Je vous donne cet exemple pour souligner la difficulté du fait de parler en français de catégories hébraïques. Vous allez me dire que c’est un énorme paradoxe que je vous explique cela en français et à Jérusalem !

 

Au fond le problème est un problème sociologique simple : nosu sommes en période de transition : les Juifs redeviennent hébreux et c’est cela la société israélienne : des Juifs qui redeviennent hébreux et il faut donc un langue culturelle de transition pour passer des langues étrangères à l’hébreu, à la langue ancestrale, et à la langue de la révélation biblique, sans perdre le bénéfice de l’acquis de ces cultures étrangères qui sont de très hautes cultures, en particulier la culture française.

Comment faire pour ne pas se rappeler sans oublier ?

 

J’ai l’habitude de dire en début d’année d’étude : lorsque que vous arriverez à rêver en hébreu c’est gagné ! Tant que vous rêvez en français, vous rêvez en français...

Ensuite, il y a une deuxième problème important, second de savoir si on rêve en couleur ou en noir et blanc. C’est encore un autre problème.

 

Pour revenir au sujet : ce matin nous étions occupés avec un pasteur, un prêtre catholique et un prêtre orthodoxe. J’ai mis du temps pour leur faire comprendre l’impossibilité du dialogue à moins de décider de parler 6 langues à la fois. C’est-à-dire qu’il faudrait pour ce dialogue soit possible qu’il soit engagé par des gens qui connaissent ensemble l’hébreu, l’araméeen, le grec, le latin et l’arabe et une langue pour parler, pourquoi pas le français par exemple. Mais le français ne suffit pas, il faut aussi l’expagnol, l’anglais, l’italien...etc. Vous voyez, c’est un problème difficile.

On parlait de la catégorie de « Dieu le fils ». J’ai mis longtemps pour expliquer que l’expression de « fils de Dieu » est une expression de la Bible hébraïque et cela veut dire la créature. Dieu appelle la créature qui est conforme à son projet de Créateur « fils » parce que c’est dans une relation filiale. Le premier mot hébreu c’est le mot de Av le père parce que formé par les deux premières lettres de l’alphabet hébraïque. Aleph-Beit=Av. 

 

Et donc le Créateur a un projet pour Sa création. Lorsqu’Il diagnostic selon Ses propres critères du Créateur qu’il y a dans un point de la création une créature qui est conforme à son projet de Créateur, elle est appelée « fils ». Donc le fils de Dieu c’est la créature réussie.

Et voilà qu’on entend un doublet inversé : « Dieu le fils » ! C’est une catégorie païenne qui vient de l’univers culturel et cultuel gréco-romain. Vous avez compris à quel point c’est extrêmement difficile. On est renvoyé vraiment à une difficulté. Cette difficulté s’atténue lorsqu’on l’étudie en hébreu. Mais au fond, elle est en filligrane, parce qu’on ne sait pas très bien si la signification du concept de celui qui parle hébreu n’est pas encore française ou anglaise ou germanique ou latine... etc.

 

Postulat de ce que nous allons étudier : la notion de repentir comme l’entend la Torah est une notion qui est propre à la tradition hébraïque. Et lorsque ce terme est employé comme il l’est dans la culture générale il faut bien préciser sur quoi il porte.

 

Voilà quel est le Midrash que je voudrais indiquer.

C’est un Midrash très connu qui se trouve sous deux formes dans le Talmud, et je vous indiquerais un peu la différence entre ces deux formes. On ne peut pas ne pas remarquer que finalement il y a un cas particulier dans l’histoire de l’humanité, c’est Israël en tant qu’Israël a été le lieu de la révélation prophétique. Et bien entendu, le postulat de cette analyse c’est que la révélation prophétique doit être prise au sérieux. Si le prophète dit : «  je vous transmets ce que Dieu m’a dit... », ou bien c’est un pieux mensonge ou bien c’est vrai et on ne comprend pas ! Pourquoi on ne comprend pas ? Parce que le fait de prophétie telle qu’en parle la Bible s’est arrêté il y a 2400 ans !

Au temps de la destruction du premier temple et au temps du commencement de la grande dispersion du peuple d’Israël. Il y a des raisons, qu’en particulier Judah Halévi a mis en évidence, pour cet arrêt de la prophétie.

 

Je vous le dis très rapidement, il y a deux raisons essentielles :

D’une part la destruction de la nation hébraïque, et le commencement de la dispersion de la nation hébraïque. Et surtout d’autre part, le fait que la prophétie de la Bible ne concerne que les habitants du pays d’Israël. On ne touche en tant que capacité prophétique que les habitant du pays d’Israël. Objection que Judah Halévi se fait à lui-même : pourtant les prophètes en dehors d’Erets Israël ont été d’authentique prophètes de la Bible, par exemple Moïse ? Mais il met en évidence que leur prophétie (Ezéchiel à Babel... etc.) ne concerne jamais que le pays d’Israël. Lorsqu’on lit toute la prophétie de la Bible on s’aperçoit que Dieu s’adresse à l’humanité toute entière, mais à travers l’identité hébraïque et à travers le pays d’Israël.

Cela se relie à un autre « mystère » : Comment se fait-il que l’humanité entière se réclame de notre patrie comme étant leur « terre sainte » ? On y est tellement familier qu’on ne se rend pas compte de l’énormité du problème. Auparavant c’était caché, mais aujourd’hui c’est tellement évident que l’humanité entière réclame Jérusalem et le pays d’Israël comme terre sainte par pays arabes interposés... On fait la queue pour savoir qui est propriétaire de Jérusalem ! Comment se fait-il qu’il en soit ainsi ? Parce que des événements se sont passés dans l’histoire d’Israël qui ont concerné l’universel humain d’autre part.

 

[Je me souviens d’une conversation que j’ai eu avec des ecclésiastiques chrétiens au moment de la libération de Jérusalem en 1967. Il y avait tout un colloque au congrès juif mondial à Paris où l’on demandait instamment aux Juifs de ne pas se conduire avec les Arabes commes les Chrétiens s’étaient conduits avec les Juifs lorsqu’ils avaient conquis la ville... et que après tout c’est une ville universelle. Un des arguments qui a été mis en évidence de l’appartenance arabo-islamique de Jérusalem c’était que le prophète Mahomet a rêvé qu’il s’envolait d’une jument ailée depuis l’esplanade du temple de Jérusalem. Donc cela appartient aux Arabes ! Je ne dis pas des blagues, ils y croient dur comme fer ! Sa jument s’appelle Barak. Donc c’est une ville sainte de l’islam. Qu’est-ce que cela cache-t’il ? Cela cache quelque chose parce que l’islam est un morceau considérable de l’humanité. Et bien alors j’ai eu à répondre la chose suivante : vous savez que la date du 14 juillet est un date très importante de l’histoire juive parce que c’est le 14 juillet qu’a commencé le processus d’émancipation des Juifs en Europe qui a mené finalement à l’existence de l’état d’Israël. Je vous raccourcis toute l’histoire contemporaine, comment cela passe de la prise de la Bastille au sionisme. Mais ce n’est pas une raison pour réclamer l’internationalisation de la place de la Bastille ! C’est exactement le problème ! Quoique les Juifs français se sont quand même arrangés pour annexer la place de la Bastille... ]

 

On apprend dans ce Midrash que Dieu a proposé la Torah à toute les nations du monde.

Cela se relie à notre problème : quel est ce cas particulier de ce tout petit peuple d’Israël qui a été le lieu et le véhicule d’une révélation qui en fin de compte concerne l’humanité entière ?

 

Si cela concernait l’humanité entière dans la perspective de la reconnaissance d’une famille pour le le frère aîné – vous comprenez les allusions que j’emploie en parlant – on pourrait s’arranger. Mais c’est du dedans d’une contestation d’héritage : qui est-ce que le testament désigne comme légataire universel ? Et comme vous le savez on est riche en testament !

 

JE reviens au problème : on ne peut pas ne pas découvrir un problème important : n’y aurait-il pas à l’origine quelque chose de l’ordre de l’injustice quiferait qu’une certainement manière d’être homme, en particulier l’identité hébraïque, serait privilégiée par rapport à l’ensemble de l’humanité mais au nom d’une révélation qui commence par dire que l’humanité entière est la créature de ce même Dieu qui privilégierait cette petite famille humaine en particulier. C’est d’ailleurs un des fonds de la contestation de l’islam et de la chrétienté sur l’élection d’Israël, bien que cette constestation soit très différente dans l’islam et dans la chrétienté. Je ne veux pas rentrer dans ce sujet-là.

 

Effectivement, la question se pose en milieu juif lui-même. Comment nous juifs, nous hébreux, pouvons nous comprendre ce Masso Panim comme on dit en hébreu, le fait de préférer quelqu’un de manière arbitraire à quelqu’un d’autre. Une espèce de complaisance que Dieu aurait vis-à-vis des Juifs, pourquoi eux finalement ? Masso Panim : favoritisme. Et d’ailleurs le Talmud pose la question que les nations du monde reproche à Dieu : « Tu as écrit dans Ta Torah que tu es « vélo yissa panim » tu ne tient pas compte des visages ! » Dans la contestation des deux plaideurs, un riche et un pauvre, au tribunal, le riche doit s’arranger pour que le pauvre soit habillé de la même façon que lui pour ne pas induire le juge en tentation de privilégier l’un vis-à-vis de l’autre. Et la discussion s’inverse dans le Talmud : pour ne pas risquer de privilégier le pauvre parce qu’il est pauvre ! A ce propos, on cite l’expression « Vélo Yissa Panim : Ne pas avoir de complaisance ».

Et, semble-t’il, Dieu a une complaisance étonnante d’ailleurs pour le peuple juif depuis l’origine. C’est un sujet pour lui-même. C’est toute une histoire. Une histoire d’amour avec querelle conjugale permanente. Si vous lisez le prophète Osée-Hoshéâ il a des chapitres très osés d’ailleurs où il dit très clairement que Dieu s’est interdit à lui-même de façon définitive de changer Israël par un autre peupe parce que la tentation est trop grande : « Si Je ne m’étais pas juré de ne pas vous changer par un autre peuple. il y a longtemps que je l’aurais fait... »

 

[Cela me rappelle une intention de prière : pourquoi les Juifs tous les matins remercient-ils Dieu de ne pas les avoir fait non-juifs ? Parce que sinon ils auraient risqué d’être anti-juifs ! ]

 

Retour au sujet : de quoi est faite cette préférence ? Ce que beaucoup appelle le mystère de l’élection d’Israël. En fait, on sait bien que lorsqu’on lit la Bible attentivement on s’aperçoit qu’il n’y a pas de mystère. La Bible commence par raconter l’histoire de l’humanité depuis le premier homme et c’est très clair – il faut l’étudier, et en hébreu  - pourquoi en fin de compte c’est Abraham qui est Abraham et pas quelqu’un d’autre ? Ce n’est pas parce que Dieu a pêché à la ligne disant « j’en veux un » et c’est celui-là Abraham ! La grâce arbitraire comme dirait je ne sais plus quel théologiens de Port-Royal. Mais la Torah commence par nous donner la carte d’identité d’Abraham. Untel fils d’untel, fils d’untel, fils d’untel... jusqu’au premier homme et on comprend pourquoi cela passe par là et pas ailleurs ! Une fois que cela passe par là, il y a une adresse, une Ketovet, mais c’est à l’échelle universelle. N’importe qui peut devenir fils d’Abraham et à certaines conditions d’authenticité d’identité. Donc il n’y a pas de mystère, cela s’étudie. La Bible est d’abord la carte d’identité d’Israël avant d’être sa charte d’identité comme Loi.

 

Ceci dit la question se pose. Voilà comment le Midrash la pose :

Dieu a proposé la Torah à toutes les nations et les nations ont refusé.

 

Lorsqu’on étudie la source du Talmud qui parle de cela, on s’aperçoit et je vous donnerais tout de suite deux exemples, que si tel ou tel peuple de l’universel humain a refusé la Torah, ce n’est pas pour refuser toute la Torah, ce n’est pas pour refuser tout le contenu des valeurs morales. C’est à cause d’un des commandements particulier de la Torah à chaque fois qui lui semble être incompatible avec son identité humaine particulière à telle ou telle nation.

 

Je vous donne deux exemples. Mais je voudrais surtout préciser sur quel formulation du Midrash – Guirsa en hébreu –je me base.  C’est la formulation qui nous montre que Dieu propose d’abord la Torah aux nations qui procèdent de la famille d’Abraham. C’est une chose qui n’est pas regardée lucidement à travers l’histoire des historiens. De la famille d’Abraham, il y a toute une série de nations qui ne sont pas Israël mais qui se rattachent à l’origine à la famille d’Abraham. En particulier, les Amonites et les Moabites. Ammon et Moav qui descendent de Lot, neveu d’Abraham, fils de son frère Haran. Il y a les Araméens qui descendent de l’autre frère d’Abraham, Nahor, qui a fondé la nation de Aram. Il y a Ishmaël, fils d’Abraham qui se nommait alors encore Abram avant de s’appeller Abraham. Et il y a Esaü, fils d’Isaac, frère jumeau de Jacob et son rival sur l’identité d’Israël. Toutes ces nations sont très proches d’Israël. C’est à elle que Dieu s’adresse d’abord parce qu’elles ont le plus de chance possible de pouvoir peut-être accepter la Torah que finalement Israël seul acceptera. Et elles refusent. Et c’est à travers elles que pour les 70 nations, qui est le chiffre symbolique pour dire l’universel humain, Dieu a proposé la Torah à l’humanité entière.

D’ailleurs, si on suit l’histoire attentivement par rapport à ce principe que le Midrash analyse ainsi, on s’aperçoit que dans l’histoire de ces 4000 ans d’histoire c’est comme ça que cela s’est passé.

C’est à travers ces différentes nations issues de la famille d’Abraham mais qui ne sont pas Israël que le message d’Israël a trouvé le relai pour les 70 nations. Je pourrais vous donner énormément d’indications à ce sujet mais cela nous écarterait trop.

 

Une question reste que l’on étudie dans le Talmud. A travers quel prophète Dieu s’est-Il adressé à ces nations-là ? Tout ceci s’étudie aussi et finalement je vous donne deux exemples classiques pour illustrer ce fait que si les nations du monde ont refusé la Torah, ce n’est pas pour refuser la Torah mais c’est à cause d’un des commandements de la Torah de l’ensemble de la charte de la valeur morale qui a 613 dimensions qui leur semble incompatible avec leur identité anthropologique.

 

Deux exemples :

Lorsque la Torah est proposée à Ishmaël et à Essav.

Et cela veut dire quoi accepter ou refuser la Torah ?

Cela veut dire accepter de confier le sort de sa propre destinée au jugement de la moralité. C’est pourquoi toutes ces nations qui se réclament du Dieu d’Israël à leur manière ont séparé la morale et la religion.  Je crois que l’exemple le plus clair est celui du christianisme. Cela ne veut pas dire que le christianisme se veut immoral, mais en tant que religion il est en dehors du salut par la moralité. Pour ceux qui connaissent un peu la culture chrétienne c’est suffisamment clair.

 

« Rendez à Dieu ce qui est à Dieu et rendez à César ce qui est à César » : cette séparation entre la politique et la religion est essentiellement d’abord une séparation entre la politique et la morale. Parce que la morale a été séparée de la religion. Ou bien la phrase : « tout est permis mais tout n’est pas convenable ». On retrouvera ce problème tout à l’heure avec la mentalité occidentale du repentir : repentir vis-à-vis de quoi ? Puisqu’on n’a pas accepté la Torah et ce principe que sa propre destinée en tant que créature est jugée par rapport au problème moral, c’est-à-dire par rapport aux fautes. Et le terme de fautes doit d’abord être entendu au niveau du problème moral. La faute du premier homme c’est de mettre la morale en question. Ce n’était pas une faute « religieuse » comme le croit - avec raison d’autre part parce que c’est vrai aussi – les consciences pieuses lorsqu’elles parlent de faute, elles y voient tout de suite des problèmes de fautes liturgiques, des fautes du code religieux. Alors que il s’agit d’abord de faute quant à la moralité.   

 

Je vous donnerais l’exemple très clair du jugement de l’humanité qui a mené au déluge. Prenez les versets en préface introduisent le récit du déluge : Cela s’est passé depuis si longtemps et on est si familier avec ce récit qu’on ne se rend plus compte de la catastrophe inouïe que cela a pu représenter dans l’histoire de la créature du Créateur : Dieu qui décide d’annuler un monde entier ! Et effacer tout ce qui s’est produit pendant les dix premières générations de l’histoire de l’humanité. Le verset donnant la raison pour laquelle le sort de l’humanité au temps du déluge a été scellé de façon définitive – tous étaient condamnables même Noé puisqu’il a trouvé grâce c’est qu’il ne méritait pas d’être sauvé par lui-même – c’est la violence. La terre était emplie de violence. Par saturation du mal moral alors la catastrophe sur l’humanité. Il ne s’agit pas du tout de problème de conduite  religieuse. Toute la premièére humanité dont la Bible nous raconte l’histoire est jugée d’abord à travers le problème moral. Et cela continue. Si vous faites un bilan du contenu du texte liturgique du Vidouï, l’aveu, au moment du repentir, vous verrez que l’essentiel de l’aveu porte sur des risques éventuels de fautes d’ordre moral. Cela implique aussi des manquements au code religieux qui sans être secondaires sont seconds. C’est d’abord sur le problème moral. Cf. les premiers versets du chapitre 6 de la Genèse : le jugement de l’humanité a porté sur la conduite morale.

 

Un Midrash explique l’état des moeurs avant le déluge.

D’ailleurs dans beaucoup de chroniques littéraires des écrivains d’Europe avant la guerre de 70 ou la guerre de 14 probablement aussi avant la guerre de 39 sont des descriptions de l’état des moeurs dans la civilisation européenne qui font pressentir que la catastrophe va arriver. J’ai en tête surtout la manière dont Emile Zola parlait de la cité européenne. C’est un peu dans cette atmosphère-là que le Midrash que je vais vous citer se situe.

 

Midrash : Les habitant du village faisait la queue au marché devant un commerçant qui vendait un sac de grain. Et chaque habitant du village prenait un grain du sac. Après un certain temps, il n’y avait plus rien dans le sac mais on ne pouvait accuser et condamner personne d’avoir voler le sac puisque chacun n’avait pris qu’un grain et que ce n’est pas condamnable...

 

C’est un Midrash très suggestif : c’est sur un comportement de l’ordre de la moralité que l’humanité a été jugée. Lorsque le problème moral ne peut même plus être posé. Alors il y a saturation de mal et condamnation.

 

Je crois qu’il y a une hypertrophie dans les société religieuses – c’est beaucoup plus tardif – de croire que le salut dépend de vétilles d’ordre liturgiques. C’est intentionnellement que j’emploie ces termes-là. Cela ressort d’une espèce de déviation de conscience obsessionnelle. Mais c’est d’abord le problème moral qui est posé à l’homme.

 

Me revient à l’esprit une analyse sémantique en français : « les avocats marrons ».  Ce sont des hommes de lois qui étudient la loi pour savoir comment la tourner. A partir du moment où une société fonctionne à ce niveau-là on ne peut plus poser le problème moral, il y a saturation de mal et la société est condamnée.

 

Je ne pense pas précisément à ce qui se passe dans les tribunaux israéliens actuellement mais je pense que c’est un problème des sociétés légalistes, où la légalité prime la moralité.

 

Retour au sujet :

 

Définition de ce que signifie proposer la Torah et accepter la Torah :

Cela veut dire accepter que le sens de sa destinée soit jugée par le problème moral. C’est de cela qu’il s’agit d’abord dans toute la liturgie du jugement, du repentir et de l’expiation. C’est une liturgie qui est propre à l’unique religion (de ceux) pour qui le salut passe par la loi morale. On ne trouve pas une liturgie de ce genre dans les autres religions.

On n’a pas ce qui se passe de Rosh hashanah le jour du jugement  les 10 jours de Téshouvah et puis d’autre part le jour de l’expiation que l’on appelle aussi le jour du Pardon puisque le terme hébreu de Kaparah veut dire les deux. Parce que c’est la seule religion qui est la religion de la Loi.

Et d’autre part cette religion de la Loi a un culte, mais ce n’est pas au niveau des fautes de culte que la destinée est en question, mais c’est au niveau du problème moral sur lequel la loi légifère que la destinée est en question.

 

Dieu propose à Ishmaël la Torah.

Et Ishmaël demande ce qu’il y a écrit dans la Torah ?

Dieu répond – lisez dans les 10 commandements - Lo tignog tu ne voleras. Et Ishmaël dit :

- je ne peux pas accepter cette Torah parce que la bénédiction que mon père m’a donné c’est « Yado Bakol véYad kol Bo : sa main sur tous et la main de tous sera sur lui » .

C’est toute l’histoire des rapport entre Ishmaël et l’humanité. Expansion : sa main sera sur tout. On est assez obsédé par la première partie du verset « Yado bakol sa main sur tout » mais « Yad Kol Bo – la main de tout sera sur lui ».

 

J’ouvre une petite parenthèse sur le sens que lui donne le Midrash.

La bénédiction des 3 patriarches c’est pour Abraham « Bakol », pour Its’haq « Mikol », et pour Yaaqov « Kol ». Relisons le verset : « la main d’Ishmaël Yado Bakol » s’agrippe à la bénédiction d’Abraham « Bakol ». Mais « Yad Kol Bo » la main de Jacob sera sur lui.

 

Cela veut dire qu’il y a un comportement qui nous est décrit de façon très claire par ce Midrash : on est sensible à la moralité mais voilà tout se passe comme si on la pense inaccessible. Parce qu’il y a dans la nature humaine quelque chose qui empêche de réaliser cet idéal de la moralité. Et c’est tout à fait la vision de la civilisation extérieure à Israël concernant le problème moral.

 

Je vous citerais un des plus grands penseurs de l’humanité avant la diffusion de l’enseignement de la Bible, c’est Aristote. Il n’est pas parmi cet amalgame dont j’ai parlé précédemment avec ces philosophes postérieurs qui n’ont pas de pensée purement philosophique ou purement biblique. Quand un philosophe nie les notions bibliques il est quand même imprégné par ces notions bibliques qu’il nie. Tandis qu’Aristote était en dehors de ces notions bibliques. Aristote dans son Ethique le dit de manière très claire: la morale est impraticable. Il y a un pessimisme profond de cette âme humaine de l’option de l’âme grecque à cette époque et qui a envahi la culture générale qui est que la vérité morale ne peut pas être réalisée dans la réalité. Elle ne peut être que contemplée. L’éthique c’est la contemplation de la morale. C’est très différent la morale et l’éthique. L’éthique c’est la connaissance des valeurs morales et non pas leur pratique. Il y a une espèce de pessimisme  profond. On a pris conscience de ce qu’est la nature humaine – Connais-toi toi-même – et on sait très bien qu’on est incapable de pratiquer la moralité. Laquelle moralité nous subjugue, nous fascine, on est sensible aux valeurs du bien. Il y a un pessimisme de renoncement : la morale n’est pas de ce monde... Et quand on véhicule des principes de ce genre on aboutit à Auswitsch. La morale n’étant pas de ce monde donc c’est possible qu’on aille jusque-là... A Auswitsch ou au Rwanda.

 

Vous voyez de quelle mentalité cela procède. Il y a une option de l’âme grecque qui en fin de compte a choisi ce pessimisme-là. L’âme grecque est contemplative et tragique. La morale se contemple. Vous percevez je pense les sources grecques du refus chrétien de la Loi. Impraticable ! Si on acceptait la loi à la manière de cette folie des Hébreux qui accepte la Torah, on serait condamné-damné à la première faute. Pourquoi ?

Parce qu’il y a dans la nature humaine un obstacle non pas à la vertu en général mais à tel aspect de la vertu. Chaque éthnie va diagnostiquer dans sa culture anthropologique un obstacle à tel aspect de la Torah comme Torah. C’est un Midrash extrêmement important.

 

.../... 
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Published by Rav Léon Askénazi - dans PENSÉE JUIVE
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