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26 août 2009 3 26 /08 /août /2009 11:22

REPENTIR-REVENIR-RETOUR -
Les tentations de la marginalité - Suite & fin.

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/teshouva_retour_repentir_et_reponse/cours_1
Face C (38 minutes)

  Par le Rav Léon Askénazi

Au sujet de la Teshouva, Berakhot 10b (38:03).

Talmud Babli Berakhot 10b:

Pour introduire ce texte, je citerais un autre texte du Talmud Yeroushalmi qui est un texte classique (Yeroushalmi Makot II, 6) et qui va nous situer précisément la fonction de la Teshouvah telle que nous l’avions déjà défini et dans la 2ème scéance l’opposition des doctrines entre Maïmonide et Na’hmanide concernant la liturgie même de la Teshouvah.

 

Nous trouvons le texte suivant dans la Guemara :

 

1- « Shaalou la‘Hokhmah : ‘hoté mah dino ?» 

On a questionné la ‘Hokhmah la sagesse : ‘hoté mah dino ? quel est son jugement ?  La ‘Hokhmah répond par un verset de la bible : 

[Proverbes 13:21] :  חַטָּאִים, תְּרַדֵּף רָעָה  

ha‘hatayim teradaf râah 
les pécheurs seront poursuivit par le malheur.»


Le malheur poursuivra les fauteurs. Voilà donc la première opinion qui est celle de la sagesse concernant le jugement de la faute. Si le monde n’était que tel que la Sagesse peut le comprendre, c’est-à-dire tel que la pensée humaine par ses propres forces peut le comprendre, sans faire appel à un ailleurs du monde, à autre chose que le monde lui-même, si donc nous étions dans un monde impersonnel, alors la seule réponse de la Sagesse elle-même à ce problème serait qu’un enchainement de cause à effet qui fera qu’en fin de compte le malheur est la conséquence de la faute. Il y a là une vision très mécanique de ce problème. De la même manière que dans la physique une cause engendre un effet, et bien selon la sagesse, et bien sûr il y a là une option de sagesse, ce n’est pas de la science mais vraiment de la sagesse - ‘Hokhmah - il faut non seulement le comprendre mais aussi y acquiescer car ce n’est pas expérimentable immédiatement - mais selon la sagesse la faute engendre comme conséquence le malheur, même si celui-ci passe à travers des chaines de médiations. Même si effectivement ce n’est qu’en fin de compte que le malheur atteindrait celui qui se serait rendu coupable de la faute. C’est donc un 1er niveau, celui d’un monde perçu un peu à la manière dont la pensée scientifique se représente le monde, un monde perçu comme impersonnel, le monde de la sagesse. 

 

2- On a posé à la Nevouah -la Prophétie- la même question : ‘hoté mah dino ? Celui qui a fauté quel sera son statut ? La Prophétie a répondu par un autre verset de la Bible

« hanefesh ha’hoté hi tamout » (Yechezkel/Ezekiel 18:4) : « la personne qui a fauté mourra ! »

 

Il semble que la réponse de la prophétie est bien plus grave que la réponse de la Sagesse.

La réponse de la Sagesse consiste à dire qu’il y a une conséquence de malheur à la faute: on a troublé et violé l’ordre des valeurs morales et bien finalement ce kilkoul, ce désordre, engendrera sous forme de conséquence rigoureuse un malheur. Et voici que la Prophétie donne une réponse beaucoup plus grave : hanefesh ha’hoté hi tamout : la personne qui a fauté mourra !

 

3- On a demandé à la Torah la même question : ‘hoté mah dino ?

La Torah a répondu :  yabi korban vehitkhaper : « Qu’il approche un sacrifice et il sera expié » !

 

On est donc plus à l’aise avec la Torah qu’avec la Prophétie ou la Sagesse.

 

4- Et puis en fin de compte, on a demandé à Dieu lui-même

Shaalou la Qadosh Baroukh Hou : ‘Hoté mah dino ?

Il a répondu : Yaasse Tshouvah vehitkhaper « Qu’il se repente, et il sera pardonné » .

 

Voilà les 4 degrés de ce problème présentés par la Guemara.

Nous allons les reprendre un par un en les comparant progressivement.

 

1 – La Sagesse

 

Dans un monde qui ne serait que le monde de la ’Hokhmah, alors nous avons un problème qui apparait : c’est celui de la justice immanente. La justice immanente est une catégorie très habituelle de la pensée théologique mais la tradition juive et surtout talmudique, n’aime pas la justice immanente. Elle est précisément cet enchainement des causes et des effets du mal qui engendre le malheur et le malheur engendre lui-même un mal qui engendre un nouveau malheur et il n’y a pas de terme à la justice immanente.

De plus la justice immanente la plupart du temps est aveugle. Aveugle du point de vue que l’homme peut se faire de sa propre destinée. Bien entendu, rapportée à la Justice absolue la justice immanente entre dans l’économie de la justice absolue.

Mais malgré tout, et c’est surtout dans l’enseignement des Pirqey Avot, on nous exorte à briser cet enchainement de causes à effets dans l’ordre de la justice que l’on nomme justice immanente, en provoquant un jugement au tribunal (terrestre) de telle sorte  que cette chaine sans fin s’arrête quand même. C’est dans un tel monde que la Sagesse situe le problème de la faute.

Une sorte de structure proprement mécanique qui serait la justice immanente. Il y a des lois qui gouvernent les phénomènes moraux comme il y a des lois qui gouvernent les fais physiques. Et lorsque ces lois sont violées, en fin de compte elles se vengent de la même manière.

La différence entre les lois morales et lois physiques est bien connue : c’est que le résultat de la violation de la loi physique est automatique et c’est la raison pour laquelle on croit ce que dit la science parce qu’on peut en expérimenter automatiquement et immédiatement le résultat des fonctionnements des lois, alors que les lois qui gouvernent les phénomènes moraux et spirituels en général ne joue qu’en fin de compte après toute une chaine de causes et d’effets, de médiations, dont on ne peut pas percevoir toujours l’évidence ou la cohérence.

C’est en particulier cette fameuse phrase des Pirqey Avot : une des exortations de la morale talmudique : « Ne perd jamais foi dans le fait que le châtiment viendra » c’est-à-dire : « ne désespère pas du châtiment ».

C’est dire la difficulté du problème moral que la sanction n’est pas immédiate et automatique. Il faut croire qu’elle arrivera. Et la foi morale c’est de croire qu’effectivement, en fin de compte si on a violé les lois des valeurs morales la sanction arrive bien que ni automatique ni immédiate.

Alors c’est cette enchainement qui est la justice immanente. Cette justice n’est pas aimée, d’abord parce qu’elle n’a pas de fin et ensuite parce qu’elle est aveugle. C’est le processus de la justice immanente qui rend la vie de la société humaine aussi différente de ce que l’esprit exigerait.

 

L’esprit qui connait l’ordre des valeurs morales se suggère à lui-même un tout autre monde humain que celui de la réalité. Dans le monde de la réalité on a substitué la justice immanente à la justice du tribunal parce que les tribunaux ne jugent pas. C’est pourquoi pour briser cette ronde infernale le Talmud conseille de porter le cas de la contestation toujours devant le tribunal.

 

A partir du moment où le tribunal a décidé, et que les 2 parties ont accepté le jugement, les 2 Baalei Din, les 2 plaideurs, sont considérés comme innocents. Et celui qui est coupable et celui qui est innocent. C’est le problème de la bonne volonté ici dans ce cas qui consiste à accepter à priori la sanction qui vient innocenter. Pour un tel système de moral il n’y a pas de casier judiciaire. C’est  une morale effectivement difficile parce qu’elle exige que la sincérité aille jusque-là. A partir du moment où le jugement a été donné, on redevient Tsadik. L’homme est de nouveau innocent, et il ne peut y avoir de casier judiciaire. Le signe que la Teshouvah est sincère, c’est que c’est la dernière fois que l’on se repent. C’est le signe que le repentir est sincère et donc irréversible : il n’y a donc pas de casier judiciaire.

 

2 – La Prophétie

 

Dans un monde tel que le voit la Prophétie, le verset qui est cité c’est que : hanefsh ha’hoté hi tamout – la personne qui a fauté mourra. (Yechezkel/Ezekiel 18:4)

Je replace très rapidement ce verset dans son contexte. C’est dans un enseignement beaucoup plus général duquel cette expression est retirée pour l’économie de notre enseignement ici.

C’est l’enseignement que le père ne doit pas mourir pour le fils, ni le fils mourir pour le père, hanefesh ha’hoté hi tamout – c’est la personne qui aura fauté qui mourra.

 

L‘interprétation talmudique de ce verset dans son ensemble : un fils ne peut pas témoigner dans un procès où son père est en jeu et un père ne peut pas témoigner dans un procès où son fils est en jeu.

 

On a donc cité cette expression : la personne qui a fauté mourra.

On voit la différence de gravité entre la réponse de la Prophétie et la réponse de la Sagesse. Celle-ci prévoit l’enchainement du malheur mais il n’y a que le malheur. Tandis que la Prophétie va plus loin puisqu’elle supprime l’être. Le Nefesh c’est la personne. C’est en tant que nous sommes conscients de notre propre existence qu’on dit que nous sommes un Nefesh, une personne, un sujet.

Perdre son Nefesh signifie effectivement la disparition pure et simple. Et c’est le mot de mort qui est employé. Comment se fait-il que la Prophétie ne connaisse que cette peine ? N’y aurait-il pas d’autres possibilités de sanctions de telle sorte qu’on puisse espérer un sursis pour le repentir ?

 

C’est qu’en réalité, on ne peut pas tricher avec la Prophétie. La Prophétie parle des fautes qui ne se bornent pas à être des fautes d’actes, comme dans le 1er cas, mais des fautes qui portent jusque dans l’être. Dans la 1ère phrase, le 1er niveau, il s’agit encore des fautes d’actes. C’est la raison pour laquelle ce sont les événements qui sont en jeu dans cette chaine de cause et d’effet qu’est la justice immanente.

 

Mais lorsque la faute est celle de la volonté elle-même, lorsque c’est la volonté qui est mauvaise, lorsque l’attitude  de la volonté est de préférer par soi-même faire le mal que le bien, alors c’est le Nefesh qui est en faute, ce n’est pas seulement les actes qui sentent mauvais.

 

Il n’y a pas seulement inadéquation de la valeur morale avec l’événement, il y a le fait que le sujet du problème moral est lui-même atteint. Alors, c’est cela même la mort du Nefesh.

 

S’il n’y a avait pas la sratégie que va nous indiquer la Torah, il y aurait effectivement disparition du sujet de la moralité à partir du moment même où la volonté aurait été atteinte.

 

3 – La Torah

 

Nous avons souvent vu ce principe que l’acceptation de la loi morale comme signification de la destinée n’est possible que dans la mesure où l’on dispose de cette stratégie qui consiste à pouvoir revirginiser la conscience même après la faute. C’est là l’une des définitions du repentir telle que vu dans les 1ers cours. C’est précisément ce que la Torah répond : Il faut qu’il y ait déculpabilisation ce qui se nomme Kaparah en hébreu. Lekhaper est un terme qui signifie « recouvrir ». C’est comme si quelque chose pouvait recouvrir une nudité qui aurait été découverte par la faute. Je reprend briévement la raison pour laquelle, selon la Torah, la liturgie de l’expiation se fait par le sacrifice.

 

Comme vous le savez le problème du culte du temple des sacrifices est un problème très vaste. Au fond la question fondamentale, pour ce qui nous concerne, revient à se demander pourquoi le culte du sacrifice qui était demandé dans le Temple dans la Loi mosaïque était un sacrifice de nourriture ? Je dis bien sacrifice de nourriture, et pas seulement sacrifice d’animaux, c’était un sacrifice qui consiste à représenter le repas de l’homme. Effectivement, entrait dans ce sacrifice pas seulement de la viande mais aussi des parfums de l’huile et de la farine..., l’ensemble des constituants du repas de l’homme qui seront offerts en sacrifice.

 

Je voudrais expliquer cela de telle sorte de comprendre pourquoi cette liturgie de la Torah va obtenir la déculpabilisation, précisément par la participation à un sacrifice au culte du Temple.

 

Ce qu’on nous enseigne habituellement à ce sujet, c’est qu’au fond, d’après la Torah, l’objectif de toute l’histoire du monde, de la création, c’est que le monde devienne un Beit Hamiqdash, c’est à dire le lieu de sainteté.

Il est déjà arrivé que dans un point de l’histoire, un point du temps et un point de l’espace, est arrivé un point réussi de la sainteté : c’était le Temple de Jérusalem. Ainsi Jérusalem est devenu le centre du monde du point de vue de la révélation. En cet endroit-là est advenu cette réussite du Beit Hamiqdash une fois. Et finalement ce point de la sainteté est destinée à envahir la création toute entière. Ce sera là la transfiguration qui transformera ce monde-ci en monde à venir. Ce sera un monde où Dieu et l’homme pourront cohabiter littéralement.

 

Vous vous rappeler certainement de ce schéma de l’enseignement du récit biblique : pendant les 6 1ers jours du commencement Dieu a modelé son monde de telle sorte qu’il soit habitable par l’homme, et à partir du moment où le monde a été rendu habitable par l’homme alors l’homme apparait dans le monde et Dieu se cache. Et puis l’homme hérite de ce monde sans Dieu apparemment et doit l’aménager de telle sorte que de nouveau Dieu puisse y résider.

 

Dans le monde de Dieu il n’y avait pas de place pour l’homme et dans le monde de l’homme il n’y avait pas de place pour Dieu, tant que il y a la faute. Métaphysiquement c’est bien facile à comprendre : l’être de  Dieu est tel que la présence humaine s’évanouirait littéralement. Le Zohar nous dit : comme la flamme d’une bougie dans le soleil. Et de la même manière et pour la même raison, dans le monde de Dieu la présence de l’homme est encore impossible pour la même raison, car l’homme serait embrasé et brûlé par cette présence. Il faut donc que Dieu se cache pour que l’homme puisse exister. Mais un monde où Dieu s’est caché n’est pas encore un monde, et la construction de la sainteté, c’est precisément d’arriver à résoudre cette impossibilité originelle - un monde où l’homme et Dieu puissent coexister – et c’est cela le Monde à Venir – et c’est dans l’endroit de la sainteté que cette coexistence est possible.

 

Par conséquent, la faute est très exactement le Massakh, le rideau de fer, entre le Créateur et la créature. Et on comprend pourquoi la Bible insiste à montrer que la base de la sainteté c’est la moralité elle-même.

 

C’est cela le secret du sacrifice du culte du sacrifice du Temple mosaique.

Parce que finalement on nous enseigne, que toutes les fautes que l’hommes a l’occasion de faire, dérivent du fait qu’il doit obtenir sa nourriture pour vivre. Ce concept de nourriture au sens d’aliment de la consience, nourritures physiques ou spirituelles. Toutes les jouissances qui sont nécessaires pour que la conscience existe et connaisse son existence, à tous les niveaux. La recherche de ces jouissances est la condition même de l’existence, et inévitablement l’homme est donné au risque de la faute.

 

Et par conséquent, la déculpabilisation se faisait par la participation à ce repas parfait dans le Temple pour lequel aucune faute n’avait été faite. Cette nourriture qui représente l’acte du sacrifice est dite Hekdesh – la part de nourriture qui revenait aux prêtres d’en-dehors du circuit éonomique. Par exemple la dîme, la Troumah, les prêlévements les consécrations au Temple... Une nourriture sainte parce qu’aucune faute n’avait été faite pour l’obtenir. Cette nourriture-là c’était cela le sacrifice, le Korban.

 

C’est par la participation à ce sacrifice qui est participation à un repas parfait pour lequel aucune faute n’avait été faite, effectué par l’homme le plus parfait, habillé des vêtements parfaits et habitant la maison parfaite (les dimensions du temple) qui est l’objet même du culte du temple de Jérusalem que la déculpabilisation se faisait.

 

Comment ? Par le fait que l’on attestait que s’il n’y avait pas cette clause de l’existence humaine d’avoir à se nourrir pour exister, dans le cadre de la bonne volonté, on ne ferait aucune faute.

 

J’y ai beaucoup réfléchi pour pouvoir être aussi exhaustif : Sans aucune exception, tout ce que la morale ou l’éthique en général désigner comme faute détive d’une ‘hanaah, dérive de la recherche d’une jouissance. Et d’une jouissance qui par définition est indispensable à la vie.

 

Au niveau le plus matériel, le sacrifice, le Korban, c’est le repas. Mais, encore une fois, la conscience n’existe pas seulement par le fait des nutriments solides et physiques mais elle existe de par toutes les jouissance de la représentation. C’est d’ailleurs indiqué par le récit de la 1ère faute : « bon à manger, beau à voir et précieux pour comprendre... » 

A tous les niveaux de la jouissance, l’être que nous sommes se nourrit de sa propre représentation.

Et c’est parce qu’il est nécessaire de se nourrir pour exister qu’en fin de compte des fautes peuvent être faites.

 

J’éclaire cette nécessité elle-même du point de vue de cette doctrine :

Pourquoi doit-on se nourrir pour exister ? 

C’est la différence d’ailleurs entre l’existence et l’être.

Et bien, c’est précisément pour que le problème moral puisse être posé. Et on remarquera effectivement qu’il n’y a aucune autre situation du problème moral que revenu au problème économique. Et en fin de compte nous sommes dans le monde économique pour que le problème moral puisse nous être posé. Et c’est parce que nous sommes dans le monde économique qu’il y a le risque de la faute.

 

Par conséquent, c’est dans le circuit de jouissance retiré du circuit économique qu’apparaîtra la Qdoushah. On comprend pourquoi la nourriture du Kohen est dite sacrée. C’est la même nourriture de la même récolte du même champ de blé, mais la gerbe que l’on prélevé pour donner en Teroumah au Kohen est en elle-même Qedoushah parce qu’elle ne va pas entrer dans le circuit économique où elle serait littéralement souillée par les fautes que la relation économique oblige l’homme à faire.

 

Il est bien évident qu’aucune conscience ne peut rester intact à partir du moment où elle entre dans le circuit économique et il ne s’agit pas seulement du commerce ou du métier mais de tout ce commerce des jouissances qui fait que la conscience existe. Si on supprime le morceau de pain à la personne elle tombe en syncope, mais si on lui supprime aussi son paysage c’est aussi le même résultat. Tout ceci s’appelle Olam, tout cela s’appelle Akhilah.

 

Voilà ce que dit la Torah après l’enseignement de la Prophétie : hanefesh ha’hoté hi tamout.

Si la personne est atteinte par le mal alors la personne comme telle n’a comme issue que la mort, parce qu’il s’agit là des fautes qui sont faites intentionnellement, avec la volonté de les faire. Alors effectivement, lorsque c’est la volonté qui est engagée dans la faute, il n’y a pas de circonstance attenuante possible : ce n’est pas seulement au niveau des actes, c’est l’être lui-même qui est atteint.

 

Alors la Torah résoud le problème en parlant des fautes faites sans avoir voulu les faire expressemment. Toutes ces fautes qui dérivent de notre destin économique.

 

4 – HaQadosh Baroukh Hou

 

Au dernier degré on demande à Dieu lui-même:

‘Hoté mah dino ?

Celui qui a fauté quel est son jugement ?

Et Dieu répond : qu’il se repente et il sera pardonné !

 

Qu’y a t’il de plus que le degré précédent ?

Ou plus exactement dans le degré précédent qu’est-ce qu’il y avait de moins ?

C’est le fait que le Korban du sacrifice ne peut expier que la faute involontaire (ou plutôt non voulue expressemment, car le terme ‘involontaire’ est insuffisant pour exprime le terme hébreu ‘Shegagah’)

Le sacrifice peut expier la faute involontaire-non voulue expressemment.

Pour la faute voulue expressemment, l’issue est donnée par le repentir dans la mesure où l’homme retrouve cette possibilité, cette capacité d’inverser, dans son temps intérieur, sa propre attitude en tant que sujet des actes.

 

Voià donc les 4 niveaux de ce 1er texte.

 

Nous avons dans la Guemara de Brakhot un enseignement à propos du verset des Psaumes qui institue aussi cette doctrine qu’il y a une différence entre la personne et ses actes, et qu’il y a ces 2 niveaux de la faute d’acte et de la faute d’être.

 

Guemara Brakhot :

 

C’est un enseignement de la Guemara qui rend compte de la raison pour laquelle le texte de la prière, le texte de la liturgie des 18 bénédictions, a précisément 18 bénédictions dans un parallèle qui est fait avec les 18 premiers  psaumes.

A ce propos on nous dit que David a prononcé 103 psaumes (nombre qui a son importance dans le contexte mais qui ne concerne pas notre sujet) avant de pouvoir dire le mot de Halélouyah qui signifie en hébreu « louer le Seigneur – Halélou Yah », et avant de pouvoir prononcer ce mot, il fallait 103 Psaumes, car ce n’est qu’à cette étape du cheminement de l’enseignement de David à travers les Psaumes qu’il voit ce qu’il dit dans ce dernier verset du Psaume 103 qui contient ce mot de Hallélouyah.

 

C’est surtout la 1ère partie du verset qui va nous importer ici :

Yitamou ‘Hataïm min-Haarets véReshayim od einam

Bakhri Nafshi et-Hashem HalelouYah

« Les fautes disparaîtront de la terre alors les Reshayim disparaitront,

ma personne peut bénir Dieu comme source de bénédiction

Hallelouyah Louer Dieu »

 

Le contexte nous dit que pour pouvoir prononcer ce mot de Hallelouyah, il fallait d’abord parler d’un monde où il n’y aurait plus le mal : parler d’une monde où il n’y aurait ni les fautes, ni les méchants.

C’est là que nous avons dans ce verset, les 2 niveaux : au niveau de l’acte et au niveau de l’être.

 

1er point :

Que signifie ce fait qu’il fallait pouvoir dire qu’il n’y avait plus de ‘Hatayim ou plus de Reshayim ? Que signifie ce fait qu’il fallait voir un monde sans mal pour pouvoir dire Hallélouyah ?

 

C’est qu’en hébreu le concept de la louange, la catégorie de la louange, est très proche de la catégorie de la définition : louer en fin de compte signifie définir.

Puisque finalement la véritable louange c’est la définition elle-même.

 

L’article dans la langue hébraïque, c’est la lettre et après cette lettre Hé on place en général un Dagesh dans la lettre qui suit. Selon les grammairiens, dans la théorie la plus courante, ce Dagesh indique qu’une lettre est tombée et la lettre que le Dagesh remplace serait la lettre Lamed. Par conséquent l’article originel serait HaL.

 

Effectivement, il en est ainsi en arabe (El) qui est aussi une langue sémitique. Ce qui tend à confirmer cette hypothèse. Ce qui signifie que la racine de l’article défini serait la racine Hal – Halo – racine inusité dans sa forme simple mais qui est connu dans sa forme intensive sous la forme de la racine Hallel qui signifie louer. C’est dire que la catégorie de la louange c’est finalement la catégorie de la définition elle-même.

 

On peut d’ailleurs faire une analyse logique rapide pour le confirmer également :

Si l’on dit de quelqu’un plus que ce qu’il est alors la louange est péjorative (dire mon adjudant à un lieutenant).  Il faut dire ni moins ni plus. Par conséquent, louer vraiment c’est vraiment définir.

 

Dès lors, on ne peut pas louer Dieu, dire qu’Il est Dieu, dans le monde tel qu’il est avec le mal.

Il faut que David puisse dire qu’il parle d’un monde où il n’y a plus le mal pour qu’il puisse dire enfin Hallélouyah sans blasphème.

 

Dans une autre liturgie se trouve une catégorie assez analogue, c’est lorsqu’on prononce la proclamation de foi du Qriat Shéma :

« Ecoute Israël... Baroukh Shem kevod makhouto léolam vaéd... » prononcé à voix basse.  Pourquoi ? La Guemara discute le pourquoi de la voix basse : certaines communautés prononçant à voix haute ont été excommuniées pour avoir proclamé à voix haute la gloire de Dieu dans le monde : c’est une attitude blasphématoire, hérétique, pour supposer admettre que le monde tel qu’il est puisse être la Gloire de Dieu.

 

On ne peut pas ne pas le dire dit la Guemara, mais on ne peut pas le dire à voix haute.

Sauf un jour de l’année, le jour de Kipour où l’on est vraiment complétement retiré du circuit économique, alors il n’y a pas de mal ; et par conséquent, on est Qadosh, comme des Malakhim.

 

Kaballah : La Guématria de HaSatan = 364. Le Satan est souverain pendant 364 jour sauf le 365ème qui est le Jour de Kipour. Le Satan ne joue pas ce jour-là et on peut dire cette phrase à voix haute.

 

C’est donc une idée analogue dans le Psaume : dire la fin du mal avant de dire Hallelouyah.

 

C’est surtout à propos du 1er verset que notre Guemara enseigne une dicussion entre Rabbi Méir et sa femme Berouria.

 

Dans leur quartier des voyous génaient rabbi Meir qui prononça le verset suivant sous forme de souhait : « que disparaissent les pécheurs que je puisse dire Hallélouyah ».

Berouria lui répond, il n’est pas écrit : « Yitamou ‘Hotim que les pécheurs disparaissent», mais il est écrit : « Yitamou ‘Hataïm que les fautes disparaissent ».

Rabbi Méir a objecté, mais la fin du verset parlent des pécheurs eux-même qui disparaissent ?

Berouria a répondu, l’ordre c’est d’abord les fautes qui disparaissent et cela évite la disparition pure et simple des pécheurs.

Rabbi Méir lui a demandé : « que faire ? »

Elle lui a répondu : prie pour eux, qu’ils se repentent et qu’ils soient pardonnés...

 

Le miracle se produit, il y en a deux d’ailleurs, Rabbi Méir prie, sa prière est exaucée, ils font Teshouvah, et effectivement ils sont pardonnés et deviennent les élèves de Rabbi Méir...

 

C’est la différence entre ‘Hatayim et ‘Hotim.

 

En fin de compte,  le mal vient s’insérer dans la relation des actes entre la personne humaine et le monde de la création, mais il se dévoile que la conduite du repentir peut dégager la personne de cet 

handicap des actes, c’est-à-dire que la personne peut rester en deça du kilkoul du désordre que le mal peut introduire. La liturgie du repentir peut arriver à sauver la personne du désordre morale que la personne elle-même aurait causé.

 

C’est la différence entre ‘Hatayim et ‘Hotim. C’est donc que l’essentiel de l’enseignement du Roi David qui a été le chantre de la Teshouvah de telle sorte que l’on puisse dire Hallélouyah !

 

Même dans le temps de ce monde-ci, alors qu’il y a encore les actes manqués au niveau de la morale, on peut dire Hallélouyah dans la mesure où le repentir permet de dégager la responsabilité de la personne et la déculpabiliser.

 

  fin

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Published by Rav Léon Askénazi - dans PENSÉE JUIVE
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