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25 août 2009 2 25 /08 /août /2009 12:37

La Teshouvah dans la parashah Nitsvavim (1988)
 par le Rav Yéhouda Léon Ashkénazi

 

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/la_teshouva_dans_parachat_nitsavim/cours_1

Face A - Durée : 47,0 minutes

 

Dévarim: le texte principal auquel il faut se référer sur le sujet est le chapitre 30 dans la Parasha de Nitsavim. D’ailleurs, l’ordonnance du calendrier fait que c’est la Parasha que l’on lit le Shabat qui précéde Rosh hashana.

 

Surtout le verset  30.11 :

כִּי הַמִּצְוָה הַזֹּאת, אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוְּךָ הַיּוֹם--לֹא-נִפְלֵאת הִוא מִמְּךָ, וְלֹא רְחֹקָה הִוא

Car cette loi que je t'impose en ce jour, elle n'est ni trop ardue pour toi, ni placée trop loin.

 

Nous allons diviser l’étude en 2 parties. L’étude proprement dite et vos questions sur l’étude ou le séminaire en général. Vous avez déjà eu 2 exposés de Shmouel Wigoda, le 1er portant sur les Halakhot – la forme pratique de la conduite du repentir – et le 2ème sur la question de savoir comment la Tshouvah est possible. Je n’ai pas écouté le 1er enregistrement mais une partie du 2ème en tout cas, et je vais me baser très rapidement en introduction sur l’articulation du 2ème exposé pour l’exposé de ce soir.

 

La question posée : par rapport à la conception « naturelle » du problème moral, l’idée de la possibilité même de la Téshouvah est une idée invraisemblable.

Il y a une difficulté pour l’esprit humain livré à son fonctionnement naturel, d’admettre l’éventualité, la possibilité même que s’il y a une faute il puisse y avoir réparation de la faute, retour au point d’où on avait dévié de ce qu’on appelerait Derekh HaYésharah, la voie droite.

 

Je rappelle simplement que la racine d’où vient le mot de Téshouvah que l’on traduit pas « repentir » signifie essentiellement « retour ».

Il y a différents niveaux d’expressions possibles, d’harmoniques de sens, mais fondamentalement cela signifie le fait de revenir à l’endroit d’où l’on avait dévié.

 

Nous verrons tout à l’heure un peu plus en détail que la notion de Téshouvah se heurte au moins à deux obstacles. Pour le fonctionnement de l’esprit humain livré à ses forces naturelles, c’est-à-dire non éclairé par une révélation : la Téshouvah est impossible.

 

Comme nous posons le problème à un moment culturel qui vient après un très long temps d’éducation biblique, d’imprégnation de l’enseignement biblique dans la culture générale occidentale, il nous semble qu’il y a une évidence de la possibilité de la Téshouvah, parce que nous sommes habitués à une certaine éducation. Mais si l’on prend le problème à l’origine, à la racine, alors on comprend – et ce sera le sujet de mon exposé ce soir - qu’il y a là un ‘Hidoush, quelque chose de nouveau qui apparait avec l’enseignement de la Torah. J’essaierais de le baser avec un certain nombre de textes convergents d’ailleurs avec ceux qu’avait choisi Shmouel pour son propre exposé.

 

Et quelque chose de radicalement nouveau apparait dans l’histoire de la culture humaine lorsqu’on a admis la possibilité de la Tshouvah. Et cela est vrai pour beaucoup de sujets, nous sommes tellements familiers avec certaines notions par suite de l’imprégnation de l’éducaiton biblique que parfois nous en percevons plus le caractère novateur absolu -  ‘Hidoush – qui apparait dans la conscience humaine, et qui ne pouvait pas surgir des conditions naturelles de la pensée humaine. Sinon par hypothèse, les grands philosophes grecs ont envisagé ces hypothèses bibliques pour les rejeter comme invraisemblables. Le mot grec, qui m’échappe, signifiait « délirant ». Les Grecs rencontrant l’hébraïsme l’ont défini comme étant du délire.

 

Par rapport aux données de la pensée naturelle, cette notion en particulier mais cela vaut pour beaucoup d’autres notions qui nous semblent familières dans notre environnement spirituel, leur apparaissaient comme absolument délirantes.

 

Il y a là un sujet pour lui-même qui est très important que je ne fais qu’effleurer. Un petit exemple : celui que les grands théologues du moyen-âge avaient l’habitude de donner pour expliquer à quel point le développement de ce qu’avait été le message de la prophétie confrontée à ce qu’avait été l’intuition de la philosophie, il y a là une impossibilité de communication. Parce que les postulats mêmes des univers culturels sont différents. Lorsque nous nous situons après un très long temps culturel alors nous ne sommes pas toujours suffisamment avertis des prémisses du problème parce que nous sommes handicapés par cette familiarité qui se fait prendre pour de l’évidence.

 

Par exemple pour la notion de création : les premiers philosophes grecs ont repoussé énergiquement comme absolument blasphématoire l’idée de la création du monde par Dieu. Même les philosophes qui ont admis l’idée qu’il existe un être parfait – et en général c’est ainsi que les philosophes le définissent – ils lui dénie en tout cas l’attribut ou la définition de Créateur, ce qui est la première définition de la Bible. La première chose que nous savons de Dieu c’est qu’il est le Créateur du monde où l’on est. Pour les premiers philosophes c’était un blasphème de dire cela. Il y a un tel contraste entre l’imperfection du monde et la perfection de l’être à qui on attribuerait ce monde que c’est blasphématoire de dire qu’il en est le créateur.

 

Pour s’approcher de ces catégories et de ces contenus spirituels il faut d’abord se remémorer cela. Faire abstraction, mettre entre parenthèse ces familiarités qui viennent de l’éducation de la diffusion et de l’imprégnation bibilique pour prendre les problèmes à leur racine.

 

De la même manière le philosophe grec refusera comme absolument abbérante la notion de Teshouvah : le fait que s’il  y a eu faute il puisse y avoir repentir, expiation, annulation, restauration, pardon de la faute.

 

Pour deux raisons :

ð   Un obstacle proprement logique.

ð   Un obstacle moral qui vient des évidences de la conscience légaliste de la moralité. Parce que c’est injuste. Une morale philosophique ne pourra pas intégrer une notion comme le repentir. C’est injuste ! La loi est dure mais c’est la loi. S’il y a eu faute, il y a eu faute c’est irréversible…   

 

C’est cette notion que nous allons essayer d’approfondir, qui nous apparait comme un ‘Hidoush de la Torah.

 

Alors je reviens sur le plan de ces trois exposés :

Vous avez eu un 1er exposé sur le comportement de la Teshouvah, comment elle se réalise dans les différentes étapes :

 

ð   Le regret de ce qui s’est passé. (‘Harata)

ð   La prise de conscience et l’aveu. (Vidouï). L’aveu - le « Vidouï » - est le moment le plus important et le plus difficile de la Teshouvah. Il doit être fait à voix haute et devant témoins.

ð   Et l’engagement pour le futur. ( Kabalah)

 

Mais l’idée même que l’on puisse restaurer un état de virginité de la conscience après la faute va apparaître comme un scandale pour la pensée naturelle.  

 

Déjà dès la description du processus, on s’aperçoit qu’on est dans le monde de la pensée prophétique qui apparait délirante pour la pensée philosophique.

 

Ensuite Shmouel avait posé la question : comment la Teshouvah est-elle possible et la reponse qu’il a analysé le fut à travers un texte de base tiré de la Massekhet Brakhot du Talmud Yeroushalmi :

« On a demandé à la sagesse, celui qui a fauté quel est son statut ? » etc...

 

C’est que Dieu seul peut garantir que la Teshouvah soit possible.

Tant qu’on est dans le monde livré à ses propres forces et quelques soient les niveaux de valeurs du monde :

ð   le monde du déterminisme absolu que connait la sagesse, il faudrait dire la science,

ð   le monde de l’intériorité des consciences que connait la prophétie,

ð   le monde de l’ordre du monde que connait la Torah

il ne se trouve toujours pas de fondement définitif à la notion de Teshouvah. Elle reste hypothèse invraisemblable pour les raisons sus-citées.   

 

Il y a d’abord une impossibilité naturelle :

notre temps est irréversible on ne revient pas en arrière et voilà pourtant que cela se dit ainsi en hébreu : revenir en arrière pour restaurer ce qui avait été dérangé, dévié, dévoyé…  

 

Et il y a d’autre part le scandale moral pour une conception de la loi qui serait impersonnelle. On ne viole pas un théorème de mathématique ! Une fois le théorème de mathématique violé il ne peut pas être restauré. La locomotive construite sur ces données-là ne marchera pas, le frigidaire non plus... 

 

Et donc dans ce texte talmudique, la Teshouvah est possible parce que nous sommes en présence de quelqu’un. C’est parce qu’il y a quelqu’un qui dit : Yaasseh Tshouvah… Qu’il fasse retour - cette chose inconcevable par la pensée naturelle - Véhitkaper et il sera expié-pardonné.

 

J’aborde le sujet de ce soir qui est un 3ème niveau du même problème : tenter de comprendre plus profondément le ‘Hidoush  que représente pour la Torah et à travers la Torah le fait que la Teshouvah soit possible.

 

Il y a là un sujet parallèle très important de voir que c’est sur ce problème déjà que la pensée chrétienne s’est séparée du judaïsme. Et il y a là un fossé radical. On a refusé la loi parce qu’on ne pouvait pas envisager que l’homme par ses propres vertus, par ses propres forces, de sa propre initiative et par ses propres mérites, pouvait réparer ses fautes. Etant donné qu’on ne pouvait pas admettre cette idée de la Teshouvah parce qu’on fonctionnait en grec à l’origine du christianisme même si c’est sorti d’un milieu originellement juif. Nous avons maintenant l’expérience de ce que sont les commaunautés déjudaïsées qui se rendent à la synagogue mais ont appris à l’université grecque et sont d’imprégnation de culture grecque dans une shizophrénie spirituelle qui est le propre des Juifs en général lorsqu’ils sont déjudaïsés, et qui par conséquent ne pouvaient pas admettre l’éventualité de la Teshouvah  et par conséquent c’était trop dangeureux et impossible d’accepter la loi comme condition du salut. Puisqu’à la première faute on serait condamné, les Chrétiens disaient « damnés ». La Teshouvah étant impossible, étant cette « folie des Juifs »...

 

Il y a là 2 mentalités radicalement différentes. Cela s’accroche au premier récit du repentir que nous donne la Torah et qui est celui de Caïn. 

 

Nous savons que Adam harishone a fait aussi Teshouvah mais après la Teshouvah de Caïn.

Or, il y a deux moment dans l’histoire de cette teshouvah de Caïn : d’abord Caïn parle en chrétien orthodoxe si j’ose dire : « Je suis perdu ! Ma faute ne peut pas être expiée ». Et puis, en fin de compte, à travers l’expérience du sursis qui est l’expérience la plus étonnante dans cette problématique : le fait qu’une faute ait été faite et que la sanction n’arrive pas de suite, du dedans de cette expérience du sursis, alors en fin de compte il y a cette éventualité de la Teshouvah. Caïn fait Téshouvah, nous reverrons ces textes, et c’est extraordinaire de voir que le Midrash qui en parle parle d’abord d’un dialogue de compromis (Psharah).

 

Dieu se révèle à Caïn dans le Midrash et ils discutent. Et ils parviennent à un accord de compromis, quelque chose d’apparemment impossible, Psharah dit le texte.

 

Pour cela il faut discuter avec quelqu’un ! Et nous revenons toujours au même principe. C’est pourquoi je dis souvent, quelque soit la forme paradoxale de cette formule, le chritianisme, par rapport au judaïsme bien sûr, commence par être une religion absolument athée. Ce n’est que dans une mentalité athée qu’on ne peut pas envisager le repentir, parce qu’on est confronté à l’idée impersonnelle de la loi morale qui est effectivement la mentalité grecque et romaine et latine de la loi morale. A la manière d’une loi mathématique, impersonnelle, scientifique. Cela veut dire qu’il n’y a pas quelqu’un mais qu’il y a des principes. C’est cela l’athéisme. C’est très paradoxal ce que je vous dis là : c’est que dans l’essentiel, le christianisme commence par être une religion athée, ou une religion d’athées. Cela se voit en particulier par le fait que pour le chrétien Dieu reste trop loin, il lui faut quelque chose entre Dieu et lui. Le chrétien n’est sauvé que dans son médiateur. Il n’est pas sauvé en Dieu en langage chrétien. Les théologiens chrétiens ont toujours eu des difficultés énormes à parler de Dieu. Comme s’ils étaient tentés : à la maniére de ce que dirait le Kouzari : allez voir chez les Juifs de quoi ils parlent. Eux parlent du médiateur qui a pris sur lui leur fautes parce l’homme ne peut pas l’expier . On retrouve-là Caïn. 

 

C’est tout l’humour biblique de constater que le premier à s’être repenti c’est Caïn ! Et ce n’est que lorsque Adam harishone a entendu cela que le repentir est possible que lui même s’est repenti. C’est la première partie de l’étude. Nous verrons tout de suite ces deux Midrashim.

 

Ensuite s’il nous reste du temps, j’aborderais le sujet important à propos de ce texte de la Parashah de Nitzavim : le problème classique chez les rabbins de la controverse entre Maïmonide et Na’hmanide sur le problème de la Teshouvah et qui consiste à se demander si faire Teshouvah – l’expression Yaasseh Tshouvah - Laassot Tshouvah d’après le Midrash - est une Mitsvah, une obligation ou bien s’il s’agit d’un comportement naturel. Si c’est le cas les versets qui en parlent seraient de l’ordre de la promesse. Nous verrons que pour Maïmonide il est impossible de dire qu’il y ait une Mitsvah parmi les Mitsvot de faire Teshouvah.. Nous essayerons de comprendre pourquoi. Il y a une controverse permanente jusqu’à nos jours, elle n’est pas close. Je vous citerai l’analyse de l’avant-dernier grand rabbin ashkénaze le Rav Zolti z’al, qui a écrit un Maamar très important sur ce problème. Pour Maïmonide, la Teshouvah est un comportement naturel et ce que la Torah légifère ce n’est le comportement de Teshouvah mais la forme qu’elle doit prendre : à quelle condition la Teshouvah est-elle authentique ? Il faut qu’il y ait aveu. Et pour Maïmonide l’obligation porte sur l’aveu et non pas sur le compotement de repentir. Alors que pour Na’hmanide il y a une Mitsvah de faire Tshouvah.

 

Nous verrons que d’après notre texte le Pshat de la Torah semble être pour Na’hmanide mais la Halakhah est pour Maïmonide comme nous le verrons.

 

***

 

Je commence par un 1er texte du Midrash : Midrash Raba 1:4

 

Nous avons en mémoire pour la définition du sujet le ‘Hidoush que représente la Teshouvah dans l’enseignement de la Torah. Et là nous avons un texte qui nous montre que, d’une certaine manière, il y a là une intuition profonde que notre monde ne peut fonctionner que s’il y a un certain nombre de conditions préalables dont l’une étant que la Teshouvah soit possible. 

 

Le Midrash évoque un certain nombre de choses créees avant la création du monde. En clair, cela veut dire qu’il y a un certain nombre de conditions préalables de possibilité du fonctionnement du monde.  Et l’une de ces conditions est la Teshouvah.

 

On pourait mettre cela en équation. La consigne du problème moral n’est pas de dire : « voici le bien, voici le mal, tu fais le bien tu es juste et tu es sauvé, tu fais le mal, tu es méchant et tu es perdu » (Et ce sont des problèmes pour eux-même : comment je connais le bien, comment je suis sûr que je l’ai bien connu, comment je fais le bien..etc). Mais il s’agit de dire : « voici le bien, voici le mal, fais le bien il vaut mieux et si tu fais le mal, repent-toi ! » C’est cela la consigne, mais pour cela il faut que la Teshouvah soit possible.

 

Nous retrouvons sous une autre forme le problème précédent. C’est-à-dire que l’enjeu d’accepter la loi comme condition du salut est un enjeu terrible. Il faut une condition préalable étant donnée notre nature. Etant donné que notre nature est d’être libre, par conséquent il y a le risque de la faute. L’enjeu d’accepter la loi morale comme loi du salut implique préalablement que la Teshouvah soit possible.

 

Pourquoi la Teshouvah nous est-elle due comme possibilité ?

Parce que nous avons été créés dans la peccabilité. Les Chrétiens disent : nous sommes nés pécheurs. C’est faux. Nous sommes né peccables, c’est-à-dire risquant de fauter, parce que nous sommes nés libres. J’ai bien conscience de formuler cela déjà d’emblée, un peu plus dans les catégories du Rambam que dans celles du Ramban, j’y reviendrais.

 

Et bien entendu, il faut aménager ce principe. Lorsque nous disons que l’homme est libre – c’est un grand problème chez Maïmonide d’ailleurs – il faut savoir que cette formule ne doit pas se prendre au niveau le plus absolu, parce que tous ne se trouvent pas au niveau le plus absolu. L’homme est libre dans les conditions de son conditionnement. Nous sommes conditionnés mais notre essence si j’ose dire c’est d’être conditionné dans le principe de liberté.

Dit plus simplement, lorsque nous entendons Maïmonide dire de façon carrée et catégorique : « Voici le bien, voici le mal, tu es absolument libre de choisir et c’est toi qui fait ta destinée... » Cela nous semble complétement incompatible avec le monde de notre expérience dans lequel nous savons que ce n’est pas comme cela. Rambam ne le sait-il pas ?

Je l’ai vérifié, il y a 2 fois dans l’oeuvre de Maïmonide cet enseignement. Tout se passe comme si d’après ce que nous connaissons et avons pu apprendre de l’historique de son oeuvre c’est quand il était assez jeune qu’il a écrit cela. Quand on est jeune on est assez catégorique comme cela. Mais le problème reste. Il faut comprendre que Maïmonide d’emblée par méthode se situe au niveau le plus haut de ce que j’appelerais une aristocratie spirituelle. Il ne parle qu’aux hommes complétement libérés et leur dit : « tu es libre !»

 

Nous ne devons pas être gênés par ce contraste entre la formule théologique – l’homme est complétement libre capable de choisir le bien plutôt que le mal – alors que nous savons que nous sommes terriblement conditionnés et que notre marge de liberté dépend finalement de l’équation personnelle de chacun. Mais c’est dans l’équation personnelle de chacun que cela s’entend. Ce que le Talmud dit d’autre part qu’on est jugé toutes circonstances connues. C’est pourquoi d’ailleurs l’homme ne peut pas juger l’homme puisque il ne pourra jamais juger toutes les circonstances et que le grand principe du jugement c’est que l’on juge les actes et non les personnes, sauf cas exceptionnels mais qui ne changent rien à la règle.

 

La condition préalable au fonctionnement du monde est donc la possibilité de la Teshouvah.

D’où cela vient-il ? De ce que précisément nous allons être donnés à la liberté pour sa finalité propre, c’est un autre sujet. Pourquoi devions-nous être créés libres ? C’est un problème en soi, très difficile d’ailleurs. Mais étant donné qu’il en est ainsi et quelque soit la finalité de cela, alors il en résulte que nous sommes peccables. Et puisque nous sommes peccables, il ne peut y avoir de fondement à la bonne volonté que s’il y a éventualité de la Teshouvah.

 

Or, il est évident que sur ce problème nous avons une dychotomie absolue : d’un côté la tradition d’Israël et de l’autre côté toutes les autres cultures. Seule la Torah a choisi la loi morale comme condition du salut. Avec cette option de l’éventualité de la Teshouvah. Toutes les autres cultures ont renoncé à cela. Cela ne veut pas dire qu’elles n’étaient pas capables de l’envisager sous forme d’hypothèse. Mais il y avait une invraisemblance telle qu’on n’a pas pu la surmonter et c’est pourquoi on s’est résigné. C’est perceptible de façon très dramatique d’ailleurs à la lecture des grands textes fondateurs des autres traditions. On s’est résigné à substituer la légalité à la moralité pour le comportement dans l’histoire, et à chercher une stratégie du salut autre que la loi morale. Parce que la loi morale n’était pas praticable comme stratégie du salut. C’est la fameuse formule de Paul : « la loi tue parce qu’elle créé le péché ». C’est la mentalité chrétienne à sa racine, parce qu’on n’arriverait pas à envisager la vraisemblance de l’hypothèse.

 

Alors que nous avons ici un texte du Midrash qui résoud d’emblée la difficulté : il y a des conditions préalable au fonctionnement du monde, l’une d’entre elles est la Teshouvah.  Cela veut dire que Dieu a créé un certain nombre de valeurs qui sont les principes directeurs normatifs de ce que va être l’histoire du monde avant même que ne soit créé le monde lui-même.

 

Pour clore ce morceau d’analyse, il y a une différence claire entre deux termes qui est très importante :

ð   prendre conscience de soi comme pécheur.

ð   prendre conscience de soi comme pécable.

Ce sont deux sentiments existentiels radicalement différents. D’un côté le sentiment chrétient ou plutôt non-hébreu tel qu’il s’est exprimé de la façon la plus cohérente dans le christianisme et de l’autre côté le judaïsme. Le sentiment religieux chez l’hébreu est le sentiment de la liberté. Alors que le sentiment religieux dans le paganisme, et en fin de compte à la limite dans le christinisme, c’est le sentiment qui procède de l’expérience de la faute et de la culpabilité. Il y a là deux expériences radicalement différentes.

 

Midrash Rabba 1:4 :

 

( http://www.tsel.org/torah/midrashraba/breshit.html )

 

בראשית ברא אלהים ששה דברים קדמו לבריאת העולם יש מהן שנבראו ויש מהן שעלו במחשבה להבראות  

התורה והכסא הכבוד נבראו תורה מנין שנאמר (משלי ח) ה' קנני ראשית דרכו

כסא הכבוד מנין דכתיב (תהלים צג) נכון כסאך מאז וגו

האבות וישראל ובית המקדש ושמו של משיח עלו במחשבה להבראות

האבות מנין שנאמר (הושע ט) כענבים במדבר וגו

ישראל מנין שנא' (תהלים עד) זכור עדתך קנית קדם

בהמ"ק מנין שנאמר (ירמיה יז) כסא כבוד מרום מראשון וגו

שמו של משיח מנין שנאמר (תהלים עב) יהי שמו לעולם וגו

רבי אהבה ברבי זעירא אמר אף התשובה

שנאמר (שם צ) בטרם הרים יולדו ואותה השעה תשב אנוש עד דכא וגו  

 

 

 

בְּרֵאשִׁית, בָּרָא אֱלֹהִים

Bereshit Bara Elohim

(et on traduit en général « Au commencement Dieu créa… »)  

En hébreu Béreshit peut se lire Bé-Réshit : avec un Réshit avec un commencement, avec quelque chose qui était déjà là – donc créé avant le monde.

Quel est ce Reshit ? Ce sont les principes, le Shoresh, la racine de ce que vont être les 6 jours du commencement puis le 7ème.

 

On remarque cela tout de suite à la lecture du texte :

 

בְּרֵאשִׁית, בָּרָא אֱלֹהִים

Bereshit Bara Elohim

(Bereshit lu Bara Shit « Il créa 6 » )

בראשית ברא אלהים ששה דברים קדמו לבריאת העולם יש מהן שנבראו ויש מהן שעלו במחשבה להבראות

Shisha Dvarim Qadmou LéBriat HaOlam

6 choses ont précédé la création du monde.

Yesh meHem shénehivréou

Certaines d’entre elles ont été créé

 

Cela veut dire que Dieu les a faites achevées comme conditions préalables du monde

 

Véyesh meHem Shéâlou Bema’hshavah Léhibareot

Et certaines d’entre elles sont montées dans le projet d’être créées

 

C’est-à-dire qu’elles sont à l’état de projet et doivent être réalisées par l’histoire. Il y a deux catégories de ce Reshit, deux catégories des valeurs - conditions préalables à l’existence du monde.

ð   1ère catégorie : celles qui sont créées dans leur perfection si j’ose dire, dans leur réalité totale et ultime comme conditions préalables du monde .

ð   2ème catégorie : celles qui sont déjà créées mais à la manière dont un projet apparait à l’existence et non pas encore une réalisation.

 

התורה והכסא הכבוד

נבראו תורה מנין שנאמר (משלי ח) ה' קנני ראשית דרכו כסא הכבוד מנין דכתיב

 

HaTorah vé Kissé Hakavod nivréou

La Torah et le Trône de la Gloire ont été créée.

 

La Torah vous savez ce que c’est ?

Vous avez de la chance !

Par postulat, Kisseh haKavod - le trône de la Gloire - c’est l’endroit d’où procède les âmes des créatures.

 

Alors le Midrash nous cite des versets à ce propos.

האבות וישראל ובית המקדש ושמו של משיח עלו במחשבה להבראות

HaAvot vé Israël ouveit Hamiqdash oushémo shel Mashia’h alou bema’hashavah lehibareot

 

Ces 4 autres réalités sont « faites appaître à l’existence » sous forme de projet.

Les patriarches qui sont les engendreurs de la nation d’Israël.

Israël en tant que nation.

Ce sont deux indices d’existence différents: le monde des Avot et le monde des Banim, des Bnei-Israël. Dans l’histoire c’est la période des patriarches qui va d’Abraham à la sortie d’Egypte, et ensuite l’histoire d’Israël en tant que nation après la sortie d’Egypte.  

בית המקדש    Beit hamiqdash le temple

שמו של משיח   Shemo shel Mashia’h – le nom du Méssie

 

Il nous faudrait un exposé pour chacune de ces valeurs. On va déjà remarquer la différence entre ces deux niveaux : la Torah et le Kissé HaKavod sont créés avant que ne commence l’histoire du monde. L’histoire du monde d’une certaine manière est à l’abri du fait que la Torah est ce qu’elle est et que les âmes sont ce qu’elles sont. Ces âmes vont être données à une histoire selon la Torah dans le monde. Et un certain nombre de véhicules du projet de cette histoire doivent émerger de l’histoire elle-même, et ce sont Avot, Israël, Beit hamiqdash, Shemo shel Mashia’h.

C’est pourquoi le Midrash dit qu’ils ont été créé sous forme de projet.

 

Je vous dis pourquoi c’est important en prenant un exemple précis : c’est en fin de compte Jacob qui reçoit le nom d’Israël devenant le principe de l’identité d’Israël. Il y a là un problème pour lui-mëme : y-a-t’il prédestination pour que parmi toutes les manières d’être homme possibles il y en ait une que Dieu a décidé apriori qu’elle serait la plus privilégiée pour être l’objet de la révélation ?

Or, lorsqu’on suit le récit de l’histoire de la Torah depuis le 1er homme, on s’aperçoit que c’est intentionnellement que la Torah nous fait suivre l’histoire des mutations d’identité humaine de génération en génération  de telle sorte que nous comprenions qu’à partir du 1er homme une certaine lignée des fils de l’homme a fait d’elle-même ce que le mot de Yaaqov signifie et c’est cette lignée-là qui a reçu le privilège d’être nommé Israël. C’est Adam, l’homme, qui en Jacob devient Israël. 

A priori ( je dis bien à priori parce qu’à postériori c’est irréversible : une fois que Jacob est Israël c’est Jacob qui est Israël il y a une adresse et pas une autre. Même si Rome se prétend être Israël c’est trop tard) à priori du 1er homme n’importe quelle lignée aurait pu être ce Jacob devenant Israël. C’est créé sous forme de projet. Qui sera ce projet ? Celui qui le sera !

Mais il y a des seuils d’irréversibilité. A partir du moment où c’est Jacob qui devient Israël, il y a une adresse quelque part. Et si on veut être Israël c’est à cette adresse qu’il faut aller et pas à une autre. Il faut faire cela avec une seule adresse.

 

Voilà les 6 valeurs qui sont les conditions de l’histoire du monde.

 

רבי אהבה ברבי זעירא אמר אף התשובה

Mais Rabi Ahavah béRabi Zeirah ajoute : aussi la Teshouvah.

 

Et pour chacune de ces valeurs citées par le Midrash on nous cite un verset montrant que ces valeurs-là ont existé avant même que le monde n’existe.

 

Première donnée :

La Teshouvah est considérée comme une des conditions du fonctionnement de l’histoire du monde.

 

Je vais de suite confronter ce 1er Midrash avec une autre texte.

 

Et ce Midrash est cité de façon très importante dans un petit mais considérable livre du rav Kook qui s’appelle « Orot Hateshouvah » - les lumières de la Teshouvah. Le rav Kook disait qu’à chaque mois d’Elloul il étudiait son livre qu’il avait écrit pour appendre ce qu’était la Teshouvah. Il y a une différence de niveaux entre la Teshouvah du mois d’Eloul avant Rosh Hashana et la Teshouvah des 10 jours entre Rosh Hashana et Kipour.

 

Nosu allons confronter cela avec un autre Midrash cité par Shmouel.

On peut remarquer que ces 6 valeurs correspondent aux 6 jours et la 7ème au 7ème jour d’après le raisonnement du Midrash.

 

Bershit Bara Elohim et hashamayim vé et Haarets

Ki Sheshet Yamim Assah et hashamayim ve et haarets…

 

Donc ce Bereshit est la racine des 6 jours et du 7ème .

On voit dans quel rythme : 6 jours plus un 7ème, c’est clair. 

Du point de vue de l’étude talmudique à proprement parler, il y a un probléme : pourquoi a-t’il fallu Rabi Ahavah Ben rabi Zirah pour dire « Aussi la teshouvah ! » on aurait pu s’arrêter à 6 mais il a ajouté le 7ème ?

 

Cela correspond en tout cas aux 7 Sefirot inférieures.

 

Torah – ‘Hessed

Kisseh hakavod – Gvourah

Avot – Tiferet

Israël – Netsa’h

Beit hamiqdash – Hod

Shemo shel Mashia’h – Yessod

Teshouvah – Malkhout

 

 

***

 

Le 2ème texte c’est précisément à propos de la Teshouvah de Caïn.

 

Bereshit Chapitre 4 Verset 16 :

4 :16

וַיֵּצֵא קַיִן, מִלִּפְנֵי יְהוָה; וַיֵּשֶׁב בְּאֶרֶץ-נוֹד, קִדְמַת-עֵדֶן

Vayetse Kayin milifney Adonay vayeshev be'erets-Nod kid'mat-Eden.

Et Caïn sortit de devant Dieu...

 

Après que Caïn ait été jugé par Dieu, il sorti de devant Dieu...

 

Au nom de Rav Its’haq est cité l’enseignement suivant : Yatsa Saméa’h il est sorti joyeux (du tribunal qui l’a jugé) et on cite un verset de Shémot chapitre 4 verset 14 – verset très important parlant de la rencontre entre Aharon et Moïse. On apprend sur ce verset d’autre part que c’est entre Aharon et Moïse en fin de compte que va se faire le Tikoun, la restauration de la faute de Qayin par rapport à Hével. C’est la réconciliation des deux frères. La Tshouvah de Qayin se fait avec Aharon... Là aussi nous avons deux frères et le frère aîné reconnait que c’est le cadet qui est le véritable aîné. Cette situation restaure la faute de Qayin vis-à-vis de Hével.

C’est pourquoi pour la tradition en général on voit un parallèle entre l’histoire de Moïse et l’histoire de Hével, l’histoire de Aharon et l’histoire de Qayin.  Mais dans le sens de la rédemption. Qayin finalement a trouvé sa rédemption à différentes étapes. Une des étapes principales est Aharon. Chaque fois qu’il y a un premier né Tsadik, cela signifie qu’on a progressé dans la restauration de la faute de Qayin. En fin de compte le sommet est Aharon et Moise, mais il y a déjà une étape importante avec Joseph et ses frères. Il est aussi un fils premier né qui aime ses frères. C’est un sujet pour lui-même.

 

Le verset est donc le suivant où l’on justifie que le fait d’être sorti c’est d’être joyeux.

Lorsque Moïse dit qu’il n’arrivera pas tout seul à faire sortir Israël d’Egypte... « Alors Dieu lui dit voilà ton frère qui sort à ta rencontre, il te verra et se réjouira en son coeur  ». Alors on rapporte ce verset au verset précédent : lorsque Qayin est sorti il s’est réjoui.

 

Réjoui de quoi ?

Le 1er homme l’a rencontré et lui dit : qu’en est-il de ton jugement ?

Il lui a répondu : J’ai fait teshouvah  et je suis arrivé à un compromis - miparshati (psharah).

Alors Adam harishone inclina la tête et dit : « ainsi est la force de la Teshouvah et moi je ne le savais pas ! » Alors tout de suite il s’est levé et a dit : « Mizmor shir le yom ha shabat tov lehodot lashem ». Il a dit le Psaume du jour du Shabat que c’est bon de louer hashem...

 

Je ne reviens pas sur l’explication donnée par Shmouel dans son séminaire mais je vais vous en lire la suite :

 

Rav Lévi dit « ce Psaume le 1er homme l’avait dit mais il avait été oublié depuis la génération d’Adam Harishone.

 

C’est-à-dire que Adam a eu l’expérience que la Teshouvah est possible : le fait que Caïn ait eu un sursis. On va apprendre finalement que le sursis de Caïn va lui réussir pour lui à l’échelle individuelle. On apprend qu’il a fait Teshouvah de la fin du verset 4.16 :

וַיֵּשֶׁב בְּאֶרֶץ-נוֹד, קִדְמַת-עֵדֶן.

Vayeshev Caïn béErets Nod

Et Caïn s’installa dans le pays de Nod

 

Or, Nod en hébreu c’est la racine de Nad l’exil. Il y a une espèce de contraste dans les mots : Vayeshev Et il s’installa dans le pays des nomadesNod.

Et Vayeshev est interprêté par le Midrash comme le signe de sa Teshouvah.

On apprendra que la faute c’est comme un exil et que la Teshouvah c’est le retour.

…/…

lire la suite

****

 

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Published by Manitou - dans PARASHAT HASHAVOUA
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