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24 août 2009 1 24 /08 /août /2009 09:02

Nitsavim 1988

Teshouvah et Gueoulah dans Parshat Nitsavim.

Parasha Nitsavim ou la notion de teshouva (cours audio) :

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/nitsavim_ou_la_notion_de_teshouva/cours_1

Face A - Durée : 51,2 minutes

 

Livre de Devarim : lectures des quelques versets qui représentent la principale source qui concerne la Teshouvah dans la Torah. 3 questions en particulier.

Nous verrons que le même texte parle de deux réalités qui peuvent s’exprimer par le même vocable en hébreu qui est le terme de Teshouvah, en particulier le sens du verbe d’où découle le mot de Teshouvah.

 

Chapitre 30 de Devarim - Parshat Nitsavim :

 

Je reprends quelques notions de bases pour préciser le sens des termes.

Le mot de Teshouvah dérive de la racine Tshouv qui signifie dans son sens fondamental, revenir.

 

Et il y a une première signification du substantif Teshouvah : c’est la conduite du retour à une conduite droite lorsqu’il y a eu une faute. Dans son sens simple et fondamental, la Teshouvah c’est le retour sur la faute dans le sens du repentir.

 

Il y a un autre substantif qui se rattache à cette racine qui est Shivah, le fait de revenir lorsqu’on a été éloigné. Par exemple dans l’expression de Shivat Tsion. Historiquement cette expression de Shivat Tsion désigne le fait qu’à la fin du 2ème exil, entre le 1er et le 2ème Temple, c’est-à-dire entre le 1er et le 2ème royaume de Judah, a commencé le 2ème grand exil que l’on appelle l’exil de Babel, qui était l’exil des Judéens qui étaient les rescapés des Hébreux, puisque le royaume du Nord avait déjà été dispersé et détruit auparavant. Et lorsque Ezra et Néhémie ont décrêté le retour à Sion, alors on a appelé le retour de Babel, de la Babylonie, [c’était au temps du royaume des Perses qui a ensuite été conquis par les Grecs] on a appelé ce retour Shivat Tsion.

 

Et le texte que nous allons lire entremêle pratiquement dans les mêmes versets et dans les mêmes expressions, une exortation au retour à la conduite morale droite, ce que je vais schématiser en disant le retour à la Torah (et nous préciserons qu’il y a différent niveau de ce retour), donc désigne le fait de Teshouvah dans le sens de repentir, que je vais de nouveau définir de nouveau de façon élémentaire :

S’il y a eu faute, le fait de revenir sur l’attitude de la conscience qui est entrée dans la faute, de la guérir et de la revirginiser de cette atteinte que représente la faute, est la Téshouvah. C’est intentionnellement que j’emploie ce terme de guérison qui est employé par les Prophètes chaque fois qu’ils parlent de l’exortation au repentir. Il y a quelque chose de très proche entre la maladie de l’âme, la maladie de la conscience, la maladie du Nefesh – je ne dirais pas de l’âme la Neshamah - et ce que nous appellons la faute. La conduite de l’immoralité dans le sens strict représente un acte qui est fautif par rapport à une loi mais atteint la conscience du sujet même de la conduite morale.

Et la conduite du repentir est la guérison de cette atteinte. C’est pourquoi vous retrouvez toujours reliées la notion de guérison et la notion de repentir dans le versets des Prophètes qui l’utilisent.

Cette notion est propre aux catégories hébraïques concernant ce problème.

 

Le problème est important parce que nous connaissons un certain nombre de théories chez les psychologues et les médecins, et certains sociologues, que au fond la morale comme telle n’a pas de réalité propre et que les notions de bien et de mal doivent être ramenées et réduites à des notions de bons fontionnements du psychisme. Et qu’il n’y aurait pas de fautes morales mais une maladie et donc il y aurait à évacuer la culpabilité morale et de considérer qu’il n’y aurait pas des pécheurs mais que des malades.

 

C’est toute une série de théories philosophiques, et je vous en cite un exemple :  Lumbroso pour lequel il n’y a pas de méchant il n’y a que des malades. C’est un sujet pour lui-même, c’est un problème délicat car c’est effectivement lié, et nous voyons que les prophètes parlent de la faute comme une maladie du Nefesh, « maladie de l’âme » dira Maïmonide. Bien entendu la perpective n’est pas de réduire la moralité au comportement de la conscience psychologique. La conscience morale et la conscience psychologique renvoient à deux dignités très différentes de l’homme en tant que sujet. Il y a le sujet de la moralité et le sujet deu comportment psychologique.

 

Je referme cette parenthèse et je me demande si je n’ai pas été imprudent de l’ouvrir.

 

Les versets que nous lirons entremêlent cette exortation à la Teshouvah – le revenir à la conduite droite lorsqu’il y a eu l’écueil, le piége de la faute, et d’autre part, Shivat Tsion le retour lorsqu’il y a eu exil et éloignement d’Erets Israël par l’exil.

 

Je vous rappelle les termes fondamentaux : Téshouvah l’exortation au repentir et Tsivat Tsion le retour à Israël

C’est très frappant de voir, et nous allons en tirer les implications d’ailleurs, qu’il y a là une sujet un sujet propre à l’enseignement traditionnel juif qui est très actuel et qu’il est important de mettre en évidence dans les temps que nous vivons.

 

La 2ème question qui s’y greffe, ce sera une 3ème notion, c’est que ces textes que nous lirons vont poser aux Poskim – les décisionnaires qui établissent le code impliqué par les commandements de la loi. La loi en tant que loi donne un certain nombre de Mitsvot mais il faut établir le code corollaire de cette législation – la Halakhah – et les Poskim sont les grands maitres à travers les siécles. Les principaux en ont été les Rishonim dans le langage traditionnel, mais jusqu’à notre temps, les grands Dayanim sont des Poskim des décisionnaires qui trouvent comment induire ou déduire parfois la législation pratique d’application des Mitsvot de la Torah.

 

A propos de ces versets, il y a une grande controverse entre les décisionnaires : doit-on considérer la Teshouvah comme une des Mitsvot de la Torah ou ne s’agit-il que d’une exortation et non d’un commandement d’obligation ?

 

Je m’explique :

La 1ère thèse considère la Teshouvah comme une Mitsvah dans le sens d’obligation, de ’Hovah. Cela voudrait dire que parmi les 613 commandements de la Torah, il y en a un qui serait formulé ainsi. Toute faute a pour conséquence l’obligation morale du repentir.   

 

Il y  a une grande controverse entre Na’hmanide et Maïmonide à ce sujet. Je vous dis de suite quelles sont les 2 positions :

 

=>  Pour Maïmonide il n’y a pas d’obligation de Teshouvah en cas de faute, il condidére que c’est un comportement naturel de la conscience de l’homme à qui s’adresse la Torah, qui l’accepte et pour qui la notion de faute est vraiment faute. Il considère qu’il y a là une tendance de la consience morale, par elle-même, de se repentir d’une faute qui a été faite. La Torah  donnant comme Mitsvah obligation l’aveu de la faute.

 

=>  Pour Na’hmanide, la Teshouvah est une des 613 mitsvot de la Torah : en cas de faute il faut considérer comme obligation de la Torah d’avoir à se repentir.

 

Nous aurons donc à distinguer dans le même texte ce qui concerne la Teshouvah-repentir en cas de faute et le retour en Israël s’il y a eu exil.

 

Cela peut paraître étonnant mais c’est là ce qu’il faut découvrir : lorsque la Torah parle de Teshouvah on ne sait pas exactement de quoi elle parle. A priori s’agit-il du retour en Erets Israël ? ou sagit-il du revirement de la conscience après une faute ?

 

Vous voyez à quel point nous sommes peu familiers aux catégories authentiques de la tradition à ce sujet.

 

Je mets un peu les pieds dans le plat si j’ose dire: Aujourd’hui dans la génération actuelle, ces deux mouvement de retour sont indéniables. Le peuple Juif est revenu en Israël et d’autre part, corollairement, la reconstruction des communautés en Europe, en particulier en France, après la Shoah a contribué à un mouvement de retour à la Torah parmi les rescapés - les Baalei Teshouvah. Il semble que ces deux perspectives sont radicalement disctinctes, en tout cas dans le milieu qu’on appelle le milieu des ‘Harédim. L’idée du retour en Erets Israël et l’idée du retour à la Torah semblent complétement distincts mais la Torah les identifie. Je m’étonne de ce que personne ne s’en aperçoit. Mais il ne faut pas s’en étonner à ce niveau-là : il y a tellement de choses qui pour la Torah vont de soi et pour le juif pas du tout...

 

Dans une étude, le Rav Jolti, un des grand rabbins ashkénazes de Jérusalem, pose ainsi le problème.  Il cite Rambam dans les lois sur le repentir :

« Hil’hot Teshouvah : Perek Rishon Halakhah Rishonah :

« Toutes les Mitsvot, Asseh Lo Taaseh positives ou négatives, si un homme a trangressé l’un d’entre eux, ben bezadon ou ben bishgaga - soit intentionnellement, soit non intentionnellement,

 

(je devrais dire involontairement, mais c’est déjà un terme négatif bishgaga cela veut dire ma responsabilité, en tant que décision de ma volonté de faire vraiment ce que j’ai fait et qu’il n’y avait pas à faire, n’est pas engagée : lorsque j’ai été pris par le jeu de la vie dans tous les conditionnements qui font que les actions sont « quasi » responsables). Bezadon c’est quand je suis vraiment responsable de ce que je fais. Bishogah, c’est la majorité des comportements de la vie quand je suis pris par les machinations des choses machinales).

 

kesheaasse teshouvah lorsqu’il fera Teshouvah,

 

Késhéaasseh teshouvah l’expression asseh teshouvah n’est pas de l’hébreu très classique et pourtant Maïmonide est un puriste de l’hébreu. L’expression correcte est Larzo biteshouvah.

Mais finalement on s’est habitué à Laassot Teshouvah.

 

Véashouv me’heto ‘hayav midvadot

Et qu’il revienne de sa faute,il doit avouer...

 

Pour Rambam c’est très clair dans son expression qu’il considère que la Torah ne compte pas parmi les 613 Mitsvot la Teshouvah mais le fait d’avouer sa faute lorsque l’homme fera Teshouvah.

 

Et on cite le verset :

 

« Et ils avoueront leur faute » : zeh viduï devarim c’est l’acte du Vidouï.

 

La conduite du repentir est une des conduites morales les plus difficiles. C’est pourquoi nous avons énormément de textes et de références importantes qui montrent que nous sommes toujours aidés à faire Teshouvah :

 

=> Soit par le jeu de la vie qui finalement accule la conscience à ce revirement, ce retour sur elle-même, et en général ce sont des Yissourim. C’est difficile à expliquer, seuls les grands romanciers sont capables de décrire dans des romans de 600 pages comment finalement et par quelles associations d’événements on est mené à regretter certaines conduites et on est acculé pour pouvoir supporter sa propre conscience à décider qu’en fin de compte il vaut mieux être ainsi et comme ça...C’est très difficile à mettre en catégorie philosophique. Il y a là une description phénoménologique et existentielle des comportements de la conscience morale qui fait qu’en fin on préférera le bien au mal parce que le mal est insupportable. Mais pas forcément d’abord par vertu à l’origine du mouvement de Teshouvah mais parce que la vie nous contraint à préférer le bien au mal. Cette Teshouvah bien que de niveau inférieure est acceptée. Elle le commencement des degrés de la Teshouvah mais elle est acceptée bien évidemment. C’est la Teshouvah MéYirah, la Teshouvah qui vient de la crainte. Il y a différents niveaux de crainte. Le 1er niveau de cette aide qui est donnée consiste en les Yissourim : le jeu de la vie fait que je préfère être bien que mal.

 

=>  Il y a une autre manière d’être aidée qui s’appelle Shiata Dishmayah. Et là l’aide  vient d’En-haut. C’est également difficile à expliquer rapidement. Différents facteurs peuvent  jouer. Il y a ces êtres privilégiés qui sont aidés à être moraux. Soit par aide directe, et après tout le bon Dieu décide ce qu’Il veut, soit par le fait que le mérite des ancêtres jouent de façon toujours mystérieuse. Donc, c’est un sujet toujours un peu mystérieux. Je crois que chacun d’entre nous a eu une fois cette expérience. Il suffit d’une fois pour savoir qu’elle est réelle, on fait l’expérience dans certaines occasions de comportements de choix difficiles que l’on est aidé, on croit qu’il s’agit d’intuition ou de moment de grâce (c’en est un) et on est aidé à faire Teshouvah. 

Cela d’appelle Teshouvah méAhavah. C’est très différent comme comportement :

 

=>  Teshouvah MéYirah : regretter le mal que l’on a fait à cause de la crainte de la situation dans laquelle cela nous met,

=>  Teshouvah MéAhavah : se repentir du mal que l’on a fait pour amour de la vertu, ce qui est une Teshouvah un peu plus élevée.

 

Dans tous les cas la difficulté de la conduite du repentir vient en fin de compte de l’aveu parce que l’aveu c’est lutter en général contre ce qui est la cause de la faute : l’orgueil.

 

Je vous cite une analyse du Maharal qui a posé le problème de la manière suivante : nous avons milles occasions de fauter pour différentes raisons, mais si on réfléchit à la motivation profonde de la faute quelqu’elle soit on trouve qu’il s’agit de l‘orgueil. Pas n’importe quel orgueil mais l’orgueil d’être. C’est un orgueil métaphysiquement très profond. Lorsqu’une conscience s’éveille à l’être, quelque soit l’événement auquel cet éveil se produit, il arrive que cela s’exprime en orgueil d’être. Cela prend sa source dans l’éveil chez l’enfant qui se découvre existant... l’égo s’installe ...etc. C’est un trauma qui risque de s’installer chez l’enfant et il faut y être vigilant sinon cela s’installe pour toute la vie et c’est difficile à évacuer. C’est un choc énorme, une sorte de vertige de l’enfant qui découvre qu’il existe. Il y a un moment délicat du développement de la personnalité, et il arrive que cela s’exprime en orgueil d’être. L’égo s’installe...

 

Le Maharal dans une analyse importante montre que derrière toute faute se trouve finalement cet orgueil d’être qui est au fond finalement la faute du 1er homme. Et avec des implications de diverses sortes au niveau des catégories morales dont la principale est l’ingratitude. 

 

Admettons qu’on ne sait pas quel est le contenu de la faute du 1er homme. Le récit biblique est hermétique. Il faut comprendre que nos ancêtres ont eu le courage d’être les premiers humains. Adam et ‘Havah c’est pas rien, ce sont les être vivants qui les premiers ont eu le courage d’être hommes.

 

Il y a une ingratitude de la théologie chrétienne pour le 1er homme. Il est chargé de tous les péchés du monde entier. [Pour la tradition juive], Adam a fait Teshouvah et a été pardonné.

Qaïn a été le premier à faire Teshouvah  et l’a enseigné à son père Adam. Lorsqu’il en a eu l’expérience Adam a chanté Mizmor Shir Leyom Hashabat.

On ne connait pas le contenu de cette faute. D’après les traditions, il s’agissait d’un fruit qui a été  mangé et cela déclencherait tout ce qui se passe dans le monde depuis là jusqu’à nous y compris... ? C’est inouï. Et on dit cela pieusement.

(Humour juif : A Rosh Hashana on mange une pomme au miel)

On ne parle pas du contenu de l’acte, c’est un autre sujet, mais le texte donne une indication dans la tentation du serpent : « vous serez comme Dieu connaissant le bien et le mal » : il y a une sorte d’ingratitude qui se mêle à ce vertige de découverte de la créature qui se découvre existant : A la manière de Descartes : « Je faute donc je suis !».

 

Le Maharal utilise l’epression « Yédéi Âvérah - la main de la faute » ce qui fait que je tombe dans une faute quelqu’elle soit – c’est l’orgueil. 

 

Effectivement, avouer un défaut, avouer une faiblesse, avouer un manquement, dont on est conscient, cela vient heurter cet orgueil fondamental de l’égo humain dont j’ai parlé. C’est pourquoi l’aveu est une entreprise difficile.

 

Deuxième parenthèse sur ce  point : c’est d’avouer à voix haute.

En tout cas pour les fautes vis-à-vis de Dieu c’est entre nous et nous avons une liturgie qui nous aide à formuler l’aveu devant le Créateur, en communauté. On est aidé par le texte.

Pour les fautes vis-à-vis du prochain, l’aveu doit être devant témoins. Halakhah : Il faut dire exactement ce qu’on a fait et il faut deux témoins pour que ce tort causé soit lavé. Il faut être conscient que la difficulté de la Teshouvah réside dans l’aveu. Si la personne à qui on a causé du tort n’est plus de ce monde, il faut aller devant la tombe avouer avec un Miniane ce qu’on a fait. Les choses sont sérieuses. Les gens pieux lorsqu’ils apprennent le décés de quelqu’un prennent la précaution de lui demander pardon avant l’enterrement.

 

C’est là la thèse de Maïmonide : il considère que c’est un comportement conaturel au Tsadik : en état de faute il va de lui-même se repentir. Mais pour que le repentir soit authentifié il faut qu’il y ait aveu : c’est le commandement de la Torah. Cela économise une difficulté : si je considère que la Teshouvah est une Mitsvah parmi les 613, cela veut dire que la Torah considère qu’on ne peut pas appliquer la Torah. (Si la Torah comporte la Mitsvah de Teshouvah cela voudrait dire qu’elle ne s’adresse qu’à des fauteurs).

 

Q : C’est la même chose avec la Mitsvah d’aimer son père et sa mère ?

R : C’est un cliché et une erreur de croire que les enseignements de la Torah sont rationnels : mais si la Torah demande le respect des parents c’est qu’elle sait que naturellement on est tenté du contraire. C’est précisément aux Tsadkim que la Torah doit dire : « respecte tes parents !». Parce que le fonctionnement naturel de l’engendrement des générations fait que naturellement il y a le conflit des générations. La Torah nous prévient du danger, et c’est rassurant. Les psychologues ont beaucoup étudié cela. Au moment de la crise d’adolescence, il y a naturellement des tendances anti-parentales. Les adolescents se croient pervers mais c’est naturel. C’est là que la Torah intevient face à ce fonctionnement naturel pour ordonner le respect des parents.

Et il y a différents niveaux – pensée – parole - action...

La Halakhah est très minutieuse pour le respect des parents.

 

Exemple : « Lo tirtsa’h - Tu n’assassineras pas ».

On pourrait se demander à qui la Torah parle ? Israël sorti d’Egypte, seul peuple qui accepte la loi morale comme loi du salut et la Torah ordonne « Lo tirtsa’h » comme à un peuple d’assassins ?

 

Cela va très loin.

Même l’exortation au monothéisme est difficile ! Lorsque la Torah dit : « Shéma Israël Hashem Eloqénou Hashem E’had » à qui s’adresse-t’elle ? Le seul monothéiste au monde !

Lo Tirtsa’h : La Halakhah : même pas avec une parole ! même pas avec un regard !

En littérature française : « une oeillade assassine ».

Cf. toute l’histoire du Ayin Harâ qui peut créer un deuil avec un seul oeil.

 

Pour Maïmonide c’est très clair, une conscience qui a été une fois sensible à la valeur morale quelque soient les piéges de la vie et les écueils et les échecs, et bien c’est d’elle-même qu’elle finira par revenir et par faire Teshouvah.

 

Et là nous avons une philosphie de la vie selon Maïmonide qui est très « aristocratique ». Pour Rambam la Torah parle à une élite morale et il considère que cette élite ce sont les hommes normaux. Il faut donc une ascèse de santé morale avant de recevoir la Torah.

 

Question :

Que signifierait que la Torah comporte la Teshouvah comme un des 613 commandements ? 

 

Le Rav Kouk a enseigné à ce sujet : il y a un autre niveau de la Teshouvah qui implique que la Torah nous demande de faire Teshouvah : le Tsadik est constamment en conduite de Teshouvah. Cela inverse la perspective : La Torah n’a qu’une seule chose à dire au Tsadik : c’est de faire Teshouvah !

 

La Teshouvah de quoi ?

 

Il y a deux situations de manquement à l’absolu :

 

=>  soit la révolte contre le bien, c’est la faute,

=>  soit le fait d’être inférieur à un niveau de vertu qui pourrait être supérieur. Le fait de ne pas encore être mieux, c’est là-dessus que le Tsadik fait Teshouvah de manière permanente.

 

Il semble y avoir contradiction puisqu’il s’agit également d’ascension, de progression, d’amélioration, et pas de Teshouvah ?

 

C’est là que le Rav Kouk a mis en évidence dans Orot Hateshouvot, le fait que la Teshouvah n’est pas qu’un mouvement de la conscience morale. C’est un mouvement du monde lui-même de retour à sa source.

 

Nous avons vu dans d’autres études que la Création consiste à situer une créature loin du Créateur. Par consèquent, la situation de créature est une situation d’exil. Le monde est donné à un éloignement. C’est cela la Création. Toute créature, chacune à sa manière, ne peut pas ne pas percevoir cette absence de proximité, cette expérience d’être exilé et d’être éloigné de l’essentiel.

 

Je crois que  le thème de l’exil du paradis a ici sa source. Lorsque nous prenons conscience de nous même nous nous percevons comme exilé d’un paradis quelconque qui serait notre véritable monde. Chaque créature le perçoit à sa manière. Par conséquent, toute l’histoire du monde selon l’enseignement du Rav Kouk dans Orot haQodesh, c’est un retour à cette proximité.

Il y a donc un mouvement cosmique de la Teshouvah.

 

C’est très important de voir que le terme hébreu de Qorban que l’on traduit par « sacrifice » se rattache à une racine qui signifie s’approcher. C’est-à-dire que l’acte de sainteté – en latin l’acte sacré « sacer facere » – est un acte de rapprochement de la source de la sainteté- cela s’appelle le Qorban – qui est mal traduit par le terme de « sacrifice » qui connote une destruction de bien par culpabilité.  Cf. le Potlatsh dans le sociétés dites primitives : qui est une destruction de bien pour témoigner de la richesse. Cf. dans les société modernes le cadeau de Noël ou de ‘Hanoukah dans les sociétés modernes.

 

Ce comportement est attaché a une culpabilité cachée et ce scrupule fait qu’on considère que détruire le bien compense la faute. Il y a là un vertige pathologique. D’où l’idée du sacrifice et que l’acte sacré par excellence c’est de détruire quelque chose pour compenser une faute. Payer. Mais c’est finalement une mentalité païenne.

 

La thèse de Maïmonide :

La Teshouvah est une comportement naturel. Dans les principes de législation, selon le code de Maïmonide, la Torah ne légifère que là où la conscience est libre. Là où il y a comportement naturel il n’y a pas de place pour un commandemmeent de la loi parce qu’il n’y a pas de liberté. Dit de manière plus accusée : Le Tsadik n’est pas libre de faire ou ne pas faire Teshouvah, il ne peut pas faire autrement que faire Teshouvah. Sa conscience ne le laissera pas tranquille. Même celui qui n’est pas forcément Tsadik, le remord le rongera et il préfèrera se repentir que de continuer à souffrir du remords. (Pardonner à quelqu’un est vraiment un acte de ‘Hessed qui fait du bien et soulage la conscience d’autrui).

 

Et s’il y a commandement pour Maïmonide c’est celui de l’aveu.

L’aveu doit être à voix haute.

Pourquoi à voix haute ?

Dans la voix intérieure, dans notre vie intérieure il y a possibilité de penser des choses contradictoires simultanément. La velléité de Teshouvah n’est pas encore claire. Il faut l’engagement par la parole pour que la conscience dise ce à quoi elle s’engage.

Enseignement du Pri Tsadik : seuls pour les grands Tsadikim l’intention de Teshouvah est suffisante.

C’est connu par les psychologues depuis la catharsis psychanalytique : lorsque le patient est capable de parler de ce qui le préoccupe, c’est le commencement de la guérison. Le médecin sait de quoi il s’agit mais attend que le patient ait le courage de dire et c’est le signe de la délivrance...

C’est très parallèle. La Torah le savait déjà.

 

Na’hmanide : 

Dans son commentaire de la Torah il a écrit de manière très claire dans son commentaire sur le verset de Nitsavim chapitre 30 verset 11 :

 

כִּי הַמִּצְוָה הַזֹּאת, אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוְּךָ הַיּוֹם--לֹא-נִפְלֵאת הִוא מִמְּךָ, וְלֹא רְחֹקָה הִוא

11 Ki hamitsvah hazot asher anokhi metsavekha hayom

Car cette Mitsvah que je te prescrits aujourd’hui

lo-niflet hi mimekha

n’est pas trop extraordinaire pour toi

velo-re’hokah hi.

N’est pas trop loin pour toi,

 

לֹא בַשָּׁמַיִם, הִוא:  לֵאמֹר, מִי יַעֲלֶה-לָּנוּ הַשָּׁמַיְמָה וְיִקָּחֶהָ לָּנוּ, וְיַשְׁמִעֵנוּ אֹתָהּ, וְנַעֲשֶׂנָּה

12 Lo vashamayim hi

Elle n’est pas dans le ciel

lemor

pour dire

mi ya'aleh-lanou hashamaymah

qui montera pour nous au ciel

veyikacheha lanu

et la prendra pour nous

veyashmi'enu otah vena'asenah.

et nous la fera entendre et nous l’accomplirons,

 

וְלֹא-מֵעֵבֶר לַיָּם, הִוא:  לֵאמֹר, מִי יַעֲבָר-לָנוּ אֶל-עֵבֶר הַיָּם וְיִקָּחֶהָ לָּנוּ, וְיַשְׁמִעֵנוּ אֹתָהּ, וְנַעֲשֶׂנָּה

13 Velo-me'ever layam hi

Elle n’est pas au-delà de la mer

 lemor

pour dire

mi ya'avor-lanou el-ever hayam

qui traversera pour nous la traversée de la mer

veyika’heha lanou

la prendra pour nous

veyashmi'enu otah vena'asenah.

Et nous la fera entendre pour que nous l’accomplissons.

 

כִּי-קָרוֹב אֵלֶיךָ הַדָּבָר, מְאֹד:  בְּפִיךָ וּבִלְבָבְךָ, לַעֲשֹׂתוֹ

14 Ki karov eleykha hadavar me'od

Car la chose est près de toi grandement

befikha ouvilvavkha la'asoto.

Sur ta bouche et dans ton coeur pour l’accomplir.

 

Pour Na’hmanide, la Mistvah dont il est parlée ici c’est la Teshouvah à cause du contexte des versets précédents que nous verrons dans la 2ème partie de l’étude.

 

Pour toutes les sources de la Guemarah, cette Mitsvah n’est pas la Teshouvah, mais l’étude de la Torah. Ramban lui, préfère considérer que la Teshouvah est une Mitsvah et en voici le verset.

 

Ramban :

« C’est une Mitsvah de la Torah qui nous prescrit de faire ainsi, et c’est le sens de l’expression « sur ta bouche et dans ton coeur pour l’accomplir » : avouer la faute (avon) ! »

 

Na’hmanide suit sa propre opinion pendant tout le verset : la Mistvah c’est la Teshouvah, et il faut la bouche et le coeur : avouer et le dire alors que le Pshat habituelle de ce verset c’est l’étude de la Torah comme nous le verrons.

 

La différence de ces 2 thèses est claire : c’est que semble-t’il Maïmonide  .../...

 

***

Teshouvah et Gueoulah dans Parshat Nitsavim

 Suite & fin


http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/nitsavim_ou_la_notion_de_teshouva/cours_1

Face B - Durée : 34,2 minutes

 

considère la Teshouvah comme une attitude naturelle dans la 1ère doctrine.

 

Le problème est très proche de celui du retour en Erets Israël. Là aussi c’est quelque chose qui devrait aller de soi. Et vous remarquez à quel point les Juifs ont besoin d’être aidés pour quelque chose qui devrait aller de soi ! Cela devrait aller de soi dès que le retour d’exil est possible, et cependant il faut énormément d’aides supplémentaires pour que cela s’effectue quand même. C’est très parallèle.

 

Dans les 2 cas, nous trouvons que dans le code selon Maïmonide, il n’y a pas de Mitsvah formulée qu’il faille faire Teshouvah en cas de faute, ni de Mitsvah formulée qu’il faille réaliser Shivat Tsion revenir de l’exil.

 

Beaucoup de Juifs de la Galout dans leur bonne foi de leur propre piété argumentent que le code de Maïmonide ne contient aucune Mistvah d’habiter en Israël.   

 

Le contre-argument suffisant consiste à mettre en évidence cette chose invraisemblable : il faut démontrer des choses qui devrait aller de soi. C’est dire la chute du niveau de la moralité par rapport à la Torah.

 

Dans les deux cas, s’il faut démontrer qu’il faut se repentir en cas de faute avec Maïmonide on peut dire : de qui parlez-vous ?

 

Ou alors s’il faut démontrer le retour en Israël si on est en exil.

Maïmonide trouve invraisemblable d’avoir une Mitsvah pour cela.

 

Alors que Na’hmanide se préoccupe des Juifs comme ils sont et il faut les aider.

 

C’est le travail difficile des rabbins actuels qui est de démontrer des évidences.

De la même manière pour la Teshouvah et le retour en Erets Israël.

 

Le Rav Mosheh Boshko a répondu au Psak du Rav Ovadia Yossef (dont un des arguments est qu’il n’y a pas de Mitsvah d’habiter en Erets Israël et donc pas de Mistvah de libérer la terre d’Israël et s’il n’y a pas de Mistvah on n’a pas la droit de se mettre en danger...etc.) : « Mais y a t’il une Mitsvah d’habiter en exil ? »

 

Ce qu’il y a d’extraordinaire c’est que les deux thèses peuvent être argumentées sur les textes, et comme le Talmud a l’habitude de dire [Berachot 4b; Temurah 30b]: Ee Ba'it Eima Kera, Ee Ba'it Eima Sevara: si tu veux je peux faire appel au verset, si tu veux je peux faire appel au raisonnement.

 

Il y a des sujets où la controverse ne peut pas avoir d’issue, ni par des théories et l’idéologie du raisonnement, ni par l’exégèse, l’érudition du texte. Ce sont des options parallèles que l’on peut fonder et par le raisonnement et par l’exégèse jusqu’à la fin des temps.

 

Ce sont des options de foi, des options de l’être qui sont en jeu.

Derrière ces chocs du raisonnement et ces chocs de l’exégèse, il y a quelque chose de beaucoup plus grave : c’est une option de foi.

 

Avec gentillesse, la tradition aide ceux qui ont besoin qu’on leur démontre des choses qui vont de soi. Mais il y a des limites et lorsqu’elles sont atteintes cela explose.

 

Par exemple : on sait que personne n’est revenu à la Torah parce que cela est écrit dans la Torah. Le retour à la Torah reste un mystère. La personne ne sait pas elle-même comment !

Shiatah Dishmayah c’est le jeu de la vie... Un jour, un déclic ! Comment arrive-t’il ?

De la même manière pour le retour d’exil, c’est à postériori qu’on se demande pourquoi et comment ? Shiatah Dishmayah l’aide d’en-haut. La realité donne donc raison à Maïmonide.

 

On peut argumenter dans les 2 lectures que le verset 11 concerne l’étude de la Torah, et donc la Teshouvah n’est pas Mitsvah, ou bien cela peut être la Mistvah de la Teshouvah elle-même.

 

Mais le ’Hidoush du Rav Jolti indique un lien entre les 2. C’est dire que c’est l’étude de la Torah qui peut conforter le retour de la Teshouvah et donc il y a allusion aux 2 notions simultanément.

 

Il y a un verset qui peut fonder ce ‘Hidoush :

[Psaumes 19:8]:

תּוֹרַת יְהוָה תְּמִימָה, מְשִׁיבַת נָפֶשׁ

« Torah Hashem temimah meshivat nafesh »

 La Torah de Dieu est parfaite, elle ramène l’âme.

 

Elle fait faire Teshouvah au Nefesh : meshivat nafesh.

Le Pshat est que la Torah fait revenir le Nefesh à lui-même : Retrouver l’âme.

Mais lu avec cette nuance le verset donne le lien entre les 2 thèmes. 

 

Il n’y a pas de doute que le Pshat fondamental de cette Mitsvah c’est la Torah mais la thèse de Maïmonide peut s’appuyer sur ce verset puisque l’objet de la Torah c’est cette Teshouvah dans le sens cosmique indiquée par le Rav Kouk de retour à Dieu.

 

Aboulafia :

Un enseignement de la tradition de Aboulafia qui raisonne sur la signification des lettres de l’alphabet hébraïque : Il dispose l’alphabet de Alef jusqu’à Tav et puis la 2ème lettre c’est le Beit et l’avant dernière le Shin. Il y a deux lettres médianes très importantes dont on se sert beaucoup en hébreu qui sont le Youd et le Vav. 

Nous avons le mot de Bayit qui apparait là avec le Youd.  BaYiT est très important et le Zohar l’étudie à propos du 1er mot de la Torah : Bereshit...

Dans les Tikounei Zohar le mot de Bereshit est indiqué dans une des lectures qui en est Rosh Bayit. 

Le mot de Bereshit peut être lu soit comme une modification du mot Rosh par le Beit et la désinence Youd Tav qui rend le mot Rosh l’adverbe commencement  « Beit au commencement »

Cela peut être lu comme le mot Bayit modifié par le mot Rosh : Et cela veut dire le commencement de la maison. La maison c’est la maison habitée par l’homme, c’est à dire le monde.

Donc « Au commencement du monde » c’est déjà le monde.

Rosh Bayit c’est Bereshit !

 

Tout l’effort de l’homme c’est d’organiser le monde en tant que Bayit habitable et par l’homme et par Dieu, cela s’appelle Beth HaMiqdash.

 

Voilà comment en lisant l’alphabet on peut comprendre une philosophie de l’histoire du monde : organiser le monde en tant que Bayit – maison.

 

Et nous savons que le monde commence par la lettre Beth  - le Alef du monde est caché : il faut aller de Beit à  Tav et l’organiser d’après les 10 paroles Youd.... On pourrait disserter là-dessus mais l’idée est claire.

 

Si on y arrive, on a organisé le Bayit et on peut dire :

אַשְׁרֵי, יוֹשְׁבֵי בֵיתֶךָ

Ashréi yoshvei vetekhah... (Psaume 84:5)

Heureux ceux qui résident dans Ta maison

 

Si on n’y arrive pas on est bloqué et le Vav apparait et on est renvoyé en arrière.

Shouv – Shin-Vav-Beit.

Il faut revenir et recommencer.

 

Vous voyez donc quel est le processus de l’histoire du monde qui est l’histoire de l’organisation du monde comme maison de la sainteté, et en cas d’échec apparait ce mot Boush [Beit-Vav-Shin] la honte - Bousha- dont le doublet araméen est Bisha le mal.

 

Le Tsadik est occupé à organiser le monde en Bayit. Tant qu’il n’y arrive pas il a honte, et il revient et recommence... C’est la Teshouvah.

 

Parshat Nitsavim

 

Chapitre 30 verset 1 :

וְהָיָה כִי-יָבֹאוּ עָלֶיךָ כָּל-הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה, הַבְּרָכָה וְהַקְּלָלָה, אֲשֶׁר נָתַתִּי, לְפָנֶיךָ; וַהֲשֵׁבֹתָ, אֶל-לְבָבֶךָ, בְּכָל-הַגּוֹיִם, אֲשֶׁר הִדִּיחֲךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ שָׁמָּה

Véhayah

Et il arrivera

hi-yavo'ou aleykha

lorsque t’adviendront

kol-hadevarim ha'eleh

toutes ces choses

haberachah vehakelalah

la bénédiction et la malédiction

asher natati lefaneykha

que J’ai placé devant toi

vahashevota el-levavekha

tu reviendras sur ton coeur

(tu auras un revirement dans ta conscience : c’est le commencement de la Teshouvah-repentir)

bekhol-hagoyim

parmi toutes les nations

asher hidi’hakha Adonay Eloheykha shamah.

Où Dieu t’aura dispersé.

 

On voit comment les 2 sujets sont tout de suite ici liés. La Teshouvah commence par la prise de conscience de la nécessité de la Teshouvah chez les Goyim :

Cela veut dire quoi ? La suite :

 

וְשַׁבְתָּ עַד-יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, וְשָׁמַעְתָּ בְקֹלוֹ, כְּכֹל אֲשֶׁר-אָנֹכִי מְצַוְּךָ, הַיּוֹם:  אַתָּה וּבָנֶיךָ, בְּכָל-לְבָבְךָ וּבְכָל-נַפְשֶׁךָ

Veshavta ad-Adonay Eloheykha

Tu reviendras jusqu’à Hashem ton Dieu

veshamata vekolo

tu écouteras Sa voix

kekhol asher-anokhi metsavekha hayom

selon tout ce que Je te prescrits aujourd’hui

atah ouvaneykha

toi et ton fils

(chaque commandement utilisant l’expression « toi et ton fils » signifie que cela ne concerne pas l’individu isolé : « toi et ton fils », le peuple, l’enchainement des générations)

bekhol-levavkha

de tout ton coeur

ouvkhol-nafshekha.

Et de tout ta personne.

 

וְשָׁב יְהוָה אֱלֹהֶיךָ אֶת-שְׁבוּתְךָ, וְרִחֲמֶךָ; וְשָׁב, וְקִבֶּצְךָ מִכָּל-הָעַמִּים, אֲשֶׁר הֱפִיצְךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, שָׁמָּה

Veshav Adonay Eloheykha et-shvoutkha

Et Hashem ton Dieu ramènera ton retour (c’est le retour de l’exil)

Veri’hamekha

Il aura générosité pour toi (littéralement: te rendra matrice féconde)

veshav

et reviendra (sous entendu : avec toi)

vekibetskha.

et te rassembleras.

[veshav vekibetskha : cela c’est le retour de l’exil, on voit une dialectique très fine : tu commenceras à avoir des repentirs chez les Goyim : « qu’est-ce que je fais là ? »

Et alors Dieu te ramènera...]

mikol-ha'amim

depuis tous les peuples

asher hefitskha Adonay Eloheykha shamah

où Hashem ton Dieu t’aura dispersé.

 

On lit ce verset et on s’aperçoit que cet événement qui est décrit par le verset, nous le vivons !

Alors, la question de fond qui se pose et que nous devons poser avec beaucoup de franchise et lucidité : Qui fait ce retour ??? Dieu !!!

Voyez comment le verset parle : « Et Dieu te raménera... » 

On est revEnu du Groenland, de l’Alaska, de la Corse... Et c’est la première fois que cela arrive. Alors, qui fait cela ? Vous voyez que l’on ne peut pas ne pas être interloqué, stupéfait devant cela.

 

אִם-יִהְיֶה נִדַּחֲךָ, בִּקְצֵה הַשָּׁמָיִם--מִשָּׁם, יְקַבֶּצְךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, וּמִשָּׁם, יִקָּחֶךָ

Im-yiheyeh nida’hakha biktseh hashamayim

Et si tu a été repoussé à l’extrêmité du ciel

misham yekabetskha Adonay Eloheycha

de là-bas te ramènera Hashem ton Dieu

(C’est pourquoi il fallait laisser aux Goyim le temps d’inventer les avions...

Vous voyez le terme de Kibouts rassemblement qui apparait là)

oumisham yika’hekha

et de là-bas Il te prendra.

 

Et là le verset se fait encore plus explicite.

וֶהֱבִיאֲךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, אֶל-הָאָרֶץ אֲשֶׁר-יָרְשׁוּ אֲבֹתֶיךָ--וִירִשְׁתָּהּ; וְהֵיטִבְךָ וְהִרְבְּךָ, מֵאֲבֹתֶיךָ

Vehevi'akha Adonay Eloheykha el-ha'arets

Et t’amènera Hashem ton Dieu vers le pays

asher-yarshou avoteykha

que tes pères ont hérité

virishtah

et tu en hériteras

veheytivkha vehirbekha me'avoteykha.

Et Il t’améliorera et te multipliera plus que tes pères.

 

וּמָל יְהוָה אֱלֹהֶיךָ אֶת-לְבָבְךָ

Oumal Adonay Eloheykha et-levavekha

Hashem ton Dieu circonciras ton coeur.

 

C’est là le 1er programme : simultanément Teshouvah et Shivah Tsion : nous faisons Teshouvah et Dieu nous ramène... Que signifie alors faire Teshouvah ? Les deux sont maintenant entremêlés on ne peut plus dire ou l’un ou l’autre. Mais nous voyons qu’il y a deux étapes.

 

Verset 6 :  Une fois que ce retour est fait dans le pays...

וּמָל יְהוָה אֱלֹהֶיךָ אֶת-לְבָבְךָ, וְאֶת-לְבַב זַרְעֶךָ:  לְאַהֲבָה אֶת-יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, בְּכָל-לְבָבְךָ וּבְכָל-נַפְשְׁךָ--לְמַעַן חַיֶּיךָ

Oumal Adonay Eloheykha et-levavekha

Hashem ton Dieu circonciras ton coeur

ve'et-levav zar'ekha

et le coeur de ta postérité...

[le'ahavah et-Adonay Eloheykha

bekhol-levavkha ouvekhol-nafshekha

lema'an ‘hayeykha.

pour que tu aimes l'Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme, et assures ton existence.]

 

Ce qu’on apprend c’est que cet éveil de la conscience nationale c’est Dieu qui l’a faite d’après le texte. Il faut ouvrir les yeux et voir la réalité d’après la Torah.

S’il y avait des ’Harédim parmi nous ils seraient étonnés. Etonnés dans le sens 17ème siècle de coup de tonnerre. Mais cela les rassurrerait parce qu’ils sont très perplexes.

 

Rav Kouk disait que dans le Vidouï nous demandons pardon « pour la faute que nous faisons en nous étonnant » : l’étonnement du coeur. Il nous décrivait cela : énormément de gens très pieux sont étonnés de voir ce qui se passe dans l’histoire d’Israël contemporaine : « Comment est-il possible que Dieu ramène son peuple à travers ces sionistes laïques ? » C’est une faute ! Cet étonnement porte finalement sur la manière dont Dieu travaille ! Il y a une explication à cela. Mais il y a une stupéfaction, une perplexité qui bloque. Il y a une réflexion théologique à faire là.

 

Quand Dieu dit qu’il construira Jérusalem (comme l’indique un verset) il utilise des vrais architectes et non pas des rabbins ! Alors quand Dieu ramène Son peuple, Il les ramène avec des sionistes... C’est donc une réflexion à faire sur le monothéisme. De quel Dieu parle-t’on ?

Il faut intégrer cela dans une réflexion sur le monothéisme absolue.

 

Il y a deux attitudes religieuses toutes les deux de bonne foi.

Il faut expliquer que l’histoire que nous avons eu dans l’exil a fini par faire qu’une partie de la société juive pieuse s’est finalement tournée à l’envers et se trouve dans des impasses de perplexité de ce genre. La meilleure manière de parler de Méa Shéarim c’est de parler des cents portes de la perplexité. Ce ne sont pas des mauvais juifs mais des juifs perplexes. On est tous passé par là. Cette perplexité devant la forme prise par la réalisation de la promesse par le biais de l’agence juive...

Grâce au Rav Kook on a compris rapidement. Mais il faut comprendre cette stupéfaction.

C’est ce que la Torah dit : « quand tu reviens c’est Dieu qui te ramène ! » C’est cela la foi.

 

Rashi sur le verset 3 :

ושב ה' אלהיך את שבותך: היה לו לכתוב והשיב את שבותך, רבותינו למדו מכאן שהשכינה כביכול שרויה עם ישראל בצרת גלותם, וכשנגאלין הכתיב גאולה לעצמו, שהוא ישוב עמהם. ועוד יש לומר, שגדול יום קבוץ גליות ובקושי, כאלו הוא עצמו צריך להיות אוחז בידיו ממש איש איש ממקומו, כענין שנאמר (ישעיה כז, יב) ואתם תלקטו לאחד אחד בני ישראל, ואף בגליות שאר האומות מצינו כן (ירמיהו מח מז) ושבתי שבות מואב:

 

Heb. וְשָׁב, littéralement., Le Seigneur ton Dieu retournera (Lui-même) tes exils. [C’est le verbe שָׁב dans sa conjugation simple. Or, puisqu’on le sens du verset ainsi : “ Le Seigneur ton Dieu retoruneras tes exils”] l’écriture aurait du écrire, אֶת שְׁבוּת‏ ְוְהֵשִׁיב ה [avec le verbe וְהֵשִׁיב à la forme causative signifiant “ramener”]. Mais [bien que le sens du verset est en fait : “ Le Seigneur ton Dieu rretourneras tes exils”] Nos Rabbis nous enseignent depuis[la simple forme du verbe] ici [que cela fait allusion au fait que Dieu Lui-Même reviendra], que la Shekhinah réside parmi Israel, pour ainsi dire comme si c’était dans toute la misére de leur exi, et quand les Juifs sont sauvés [de leur exil], Dieu écrit [dans l’Ecriture une expression de] redemption pour Lui-Même [pour indiquer le fait qu’Il a aussi été sauvé, pour ainsi dire] ainsi qu’Il revient Lui-même avec l’exil d’Israël. (Meg. 29a).

 

Une autre [leçon] peut être apprise [de la forme inhabituelle du verbe qui indique “retourner les exils”]: Le jour où les exilés d’Israël se ressembleront sera si monumental et [ce rassemblement] sera une telle difficulté [production pour ainsi dire], que si Dieu Lui-même devait prendre littéralemment chaque Juif individuel par Sa main, [l’emmenant] depuis sa place [en exil. Nous voyons] le même concept [apporté par l’Ecriture,] quand le verset dit : “ וְאַתֶּם תְּלֻקְּטוּ לְאַחַד אֶחָד, בְּנֵי יִשְׂרָאֵל Et vous serez pris un par un , O enfants d’Israel” (Isaie. 27:12). [Ce verset se réfère au rassemblement des exilés d’Israël depuis Babylone. Cependant] nous trouvons cette [idée] aussi en regardant le [rassemblement]des exilés des autres nations, comme le dit le verset :“Et Je ramènerais les exilés d’Egypte (וְשַׁבְתִּי שְׁבוּת מִצְרַיִם)” (Ezek. 29:14)

 

Rashi :

Et Dieu reviendras ton retour et aura compassion pour toi

 «  le texte aurait du dire « et Dieu ramènera ton retour » mais il est écrit « Et dieu reviendra ton retour » avec shav et pas vééshiv.

Nos maîtres ont appris de la forme du verset pour ainsi dire, que la Shekhinah réside avec Israël dans l’angoisse de leur exil. »

 

Pendant 2000 ans on a répété cette phrase que lorsqu’Israël est en exil, la Shekhinah est en exil avec eux. Mais on oublie ce qu’on dit. Il faut entendre avec ses oreilles ce qu’on dit avec sa bouche : cela veut dire que quand Israël est en exil, la Shekhinah est en exil avec Israël. Un monde où la  Shekhinah est en exil de Shekhinah. Un monde où cette présence de Dieu est une absence.

Pourquoi ?

Parce que les Juifs sont en exil !

 

Nous avons un procès énorme avec l’Eglise : l’accusation de déicide.

Cette accusation n’est pas encore annulée.

Manés Sperber, psychologue d’origine autrichienne avait l’habitude de dire nous sommes victimes de notre capacité d’espérance et nous espérons quand même.

« Déicide » c’est finalement la même chose que dire la Shekhinah est en exil : Dieu a disparu du monde. Le langage n’est pas dans le même registre de vocabulaire mais on dit la même chose.

Il faut remarquer que les Chrétiens, les Romains, commencent a laisser tomber cette accusation de « peuple déicide » lorsque les Juifs reviennent en Israël 2000 ans après.

 

Enseignement du Sifrei :

Quand Israël est en exil, la Shekhinah est en exil pour le protéger.

Rashi en donne la fin  : Et quand Israël revient d’exil, la Shekhinah revient avec lui.

 

Mais que signifie un monde en exil de Shekhinah ?

Une Shekhinah en exil de Shekhinah ? Les barbares en concluent que les Juifs sont déicides !

Ils ne savent pas qu’ils disent « la vérité », la même chose dans leur mensonge.

 

Rashi :

« Et quand ils sont délivrés, il est écrit « délivrance pour Lui »

 

Rashi nous raconte que Dieu est en exil avec l’exil d’Israël et que la sortie d’exil est la délivrance divine.

 

« Et aussi il y a à dire : le jour du Kibouts Galouyiot – rassemblement des exilés - est grand et avec difficulté comme si Lui-même doit prendre chacun par la main vraiment, chacun de son endroit, selon ce qui est écrit (Isaïe): « Et vous serez glânés un par un, vous les enfants d’Israël. » »

 

Nous vivons cela actuellement. Cet éveil de la conscience nationale des Juifs, cet éveil du fait qu’il faille revenir sous peine de disparaître, c’est Dieu qui le fait.

 

Rashi ajoute :

« Et même les exils des autres peuples, nous allons trouver la même chose. »

 

Ezekiel « Je ramènerai l’exil de Mistraïm ». 

(le texte de Ezekiel comporte Moav)

 

Rav Kook explique ainsi : il y a une Shekhinah pour chaque peuple, lorsque Dieu a créé chaque peuple il a voulu créé telle manière d’être homme et telle manière d’être homme. Chaque peuple a la présence divine pour lui. Elle fonctionne différemment pour Israël, le fils ainé, mais elle fonctionne pour toute les créatures. La même chose qu’Israël se produit lorsqu’un peuple est exilé, il y a le même désordre dans l’ordre du monde. C’est valable pour tous les peuples. A plus forte raison pour Israël. Exemple des Français du Quebec qui vivent l’exil de France au Québec... Cela se sent. L’exil est mauvais pour tous, même pour les Arabes : il vaut mieux que chacun soit chez soi.

 

Conclusion :

Le même texte parle des deux comportements de Teshouvah en entremêlant l’enseignement et finalement vient se greffer une question classique : est-ce une ‘Hovah ou un comportement naturel ?

 

Dans tous les cas tous seront d’accord sur le fait que l’aveu soit clairement exprimé et formulé.

Ce qui est vrai pour l’aveu dans le cadre de la Teshouvah vis-à-vis d’une faute, c’est vrai aussi pour la Alyiah.

 

Les Juifs ont une certaine pudeur à ne pas avouer ce qu’ils font en montant en Israël. C’est rare qu’ils disent la vérité : je suis venu en Israël parce que je suis juif et que c’est chez moi !

Ils se cherchent des raisons secondaires par rapport à la raison principale. Pour être religieux, pour être socialiste...

 

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Published by Manitou - dans PARASHAT HASHAVOUA
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