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17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 19:33

SHOFTIM (1995)

Commentaire audio Shoftim (1995) 

Nous allons une fois de plus avoir la surprise d’une convergence entre les événements et la Parashah de la semaine, pour ceux qui ont écouté la radio toute la semaine, vous le diagnostiquerez par vous même, sinon je vous l’indiquerais rapidement.

 

[Deut. 16 :18]

שֹׁפְטִים וְשֹׁטְרִים, תִּתֶּן-לְךָ בְּכָל-שְׁעָרֶיךָ, אֲשֶׁר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לְךָ, לִשְׁבָטֶיךָ; וְשָׁפְטוּ אֶת-הָעָם, מִשְׁפַּט-צֶדֶק

Shoftim veshotrim titen-lekha bekhol-sheareykha asher Adonay Eloheykha noten lekha lishvateykha veshafetou et-ha'am mishpat tsedek.

Des juges et des policiers tu te donneras dans chacun de tes portes que Hashem ton Dieu te donne

Selon tes tribus et ils jugeront le peuple en jugement de justice.

 

שֹׁפְטִים וְשֹׁטְרִים

Shoftim veshotrim

Des juges et des policiers

תִּתֶּן-לְךָ

titen-lekha

tu te donneras

בְּכָל-שְׁעָרֶיךָ

bekhol-she'areykha

dans chacunes de tes portes

 

les Shéarim les portes des villes c’est précisément l’endroit où siégeait le tribunal de la ville. A l’entrée de la ville pour différentes raisons dit le Talmud, mais en particulier dans le cas où les étrangers arrivant en ville avaient à demander assistance.

 

Il y a déjà une indication qui sera reprise par la suite dans les versets suivants, c’est que chaque tribu devait avoir son tribunal. (On l’a étudié à la Parashah Matot)

 

Il y a une différenciation par tribu dans l’unité du peuple d’Israël, mais cette différenciation est concrète, réelle (Reouben, Shimon, Lévi Issakhar Zevoulon ...) chacune des tribus possède son profil spécifique et génial pour lui-même. Par conséquent, il faut s’habituer à l’idée que, dans l’Israël biblique, il y a douze Israël en un seul.

 

Cette différenciation en tribus, c’est le reflet de la multiplicité des nations dans Israël. Il y a différents niveaux du reflet de cette multiplicité c’est 70 et 12 qui sont 13.

 

Mais en fin de compte, la période de la différenciation des profils d’identité d’Israël en tribus, est close à partir de la destruction du 1er Temple.

 

 Sauf à de très rares exceptions, les familles ne savent pas s’identifier, s’affilier, aux tribus d’origines. C’est ce que l’on appellent les Yorassin - la généalogie ascendante  (yerous: le fait que l’on se rattache par les ancêtres à une source connue.) Sauf de très rares exceptions dans ces quelques familles qui ont gardé leur Sefer Yorassin, le livre de Yérouss - jusqu’au temps bibliques, et en particulier jusqu’à la tribu de Lévi. Bien sûr que les Lévi savent s’affilier à la tribu de Lévi. Mais il y a différentes traditions dans certaines communautés.

 

En général, j’ai remarqué que, dans tout ce que j’ai pu compulsé, qu’il y a énormément de familles qui se réclament de la descendance du roi David. Cela nous promet des compétitions messianiques le jour venu...

 

Mais il y a dans certaines communautés, certaines traditions dont beaucoup sont fondées d’ailleurs et ce genre de mémoire est important dans une communauté, dans une tradition, qui se rattachent à telle ou telle tribu.

 

Et d’une façon générante, les Juifs historiques qui se connaissent descendent de 2 tribus et ½ : la tribu de Judah, la tribu de Benjamin et la moitié Sud de la tribu de Ménassé et de la partie des Lévites qui faisaient partie du royaume de Judée qui était le Royaume du Sud.

 

Mais les familles de toutes les autres tribus s’étaient réfugiées dans le royaume de Judah. Ce qui fait que les Juifs qui sont des descendants des Judéens, récapitulent quand même d’une certaine manière l’origine ethnique de toutes les tribus d’Israël quelque soient les dominantes connues.

 

En particulier, il y a une dominante connue au Maroc qui était la tribu d’Ephraïm. La Bible indique qu’il y a avait des problèmes de prononciation dans la tribu d’Ephraïm grâce auxquels on les reconnaissait (Shibolet versus Sibolet) Et effectivement, cette confusion entre le Shin et le Sin était très répandu chez les marocains. En Israël, c’est devenu folklorique.

 

D’une certaine manière, du point de vue de la Halakhah, on ne tient plus compte de la différenciation en tribus. Seulement, il y a une différenciation différente et de même forme originelle qui s’est subsititué : c’est la différenciation en communautés : les Edot.

 

Aujourd’hui il n’y a plus tellement de Shevatim, sinon par façon de parler, mais des Edot, ces communautés d’origines de l’exil.

 

Effectivement,  formellement il faut bien se rendre compte que les enfants de Jacob sont tous nés en exil. Avec l’exception de Benjamin qui est conçu dans l’exil mais qui est né sur le chemin. C’est tout le problème de Beit Le’hem ... toutes ces grandes questions qui reviennent à l’histoire.

 

En schématisant, peut-être que la différenciation des profils d’identités vient des différents pays d’exil  d’où nous revenons aux moments de la sortie d’exil.

 

De la même manière que les tribus d’Israël, les fils de Jacob, ramènent les paysages humains anthropologiques de l’exil de ces temps-là, de la même manière les communautés revenues de l’exil, ramènent une typologie très parallèle de la différenciation des nations.

 

En quoi les Juifs sont-ils différents ?

Ils ne le sont pas en tant que Juifs mais en tant que Juifs de Goyim différents.

 

Lorsqu’un juif polonais rencontre un juif marocain ce n’est pas du tout les deux juifs en eux qui se heurtent mais le marocain et le polonais. Cela s’arrange parce qu’ils sont tous deux juifs.

 

Sans l’identité juive comme relai, il serait impensable qu’un polonais et qu’un marocain puisse faire partie du même peuple. Il peut y avoir du cosmopolitisme même chez les Goyim mais faire peuple avec des anthropologies aussi différentes est le propre d’Israël.

 

Le problème de la différenciation en tribus est un sujet extrêmement important.

L’indication donnée ici est extrêmement importante : chacune de ces tribus devait avoir son propre tribunal car il devait y avoir une connaissance concrète profonde et familière de la manière d’être Israël, de la part du tribunal particulier de chaque tribu.

 

Le tribunal de Reouben n’est pas compétent pour les problèmes de la tribu d’Issakhar ... etc.

Sauf pour les cas généraux de la loi pour Israël, mais pour tout ce qui concerne les cas de la vie quotidienne à résoudre, il y a une spécificité de chaque tribu que cette régle met en évidence.

 

C’est à mettre en évidence parce que de notre temps, tout est laminé, nivelé, sauf dans les cas particuliers de résistances folkloriques accusées.

 

Bien entendu, il y a une formation de base commune à tous les Dayanim, mais il y a une connaissance de la spécificité propre à chaque manière d’être juif qui est différente.

 

C’est pour cela qu’il y a très souvent des inconséquences du jugement du point de vue de la loi qui n’est pas jugée concrétement selon l’origine, mais qui est jugée théoriquement par rapport à l’idée d’un juif théorique et au nom d’une loi théorique.

 

Et alors, le fait que la Torah indique שֹׁפְטִים וְשֹׁטְרִים, תִּתֶּן-לְךָ בְּכָל-שְׁעָרֶיךָ Shoftim veshotrim titen-lekha bekhol-she'areykha n’est pas inutile. Apparement, on pourrait croire que c’est de trop. Dans «  toute tes villes » signifie «  dans chacunes de tes villes ».

 

שֹׁפְטִים וְשֹׁטְרִים, תִּתֶּן-לְךָ בְּכָל-שְׁעָרֶיךָ, אֲשֶׁר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לְךָ, לִשְׁבָטֶיךָ; וְשָׁפְטוּ אֶת-הָעָם, מִשְׁפַּט-צֶדֶק

Shoftim veshotrim titen-lekha bekhol-she'areykha

asher Adonay Eloheykha noten lekha lishvateykha veshafetou et-ha'am mishpat tsedek.


asher Adonay Eloheykha noten lekha

que Hashem ton Dieu te donne

lishvateykha

selon tes tribus

veshafetou et-ha'am mishpat tsedek

et ils jugeront le peuple en jugement de justice

 

De manière assez directe on se heurte là à une difficulté d’exégèse habituelle lorsque l’on rencontre ce type d’enseignements.

 

Il semble que tout cela va de soi : pourquoi est-il nécessaire de le préciser de manière aussi particulière ? Et tous les commentateurs, en fin de compte vont suivre Rashi, et mettre en évidence telle ou telle intention de la manière dont c’est formulé. Qu’une société fonctionne avec des juges et des policiers cela va de soi ! Pourquoi est-ce institué de manière aussi directe ?

 

Je prends d’abord ce 1er exemple et après nous verrons ce qu’en dit Rashi : ce qui est en question ici c’est l’ordre. Les juges passent d’abord et ensuite les policiers !

Si il y a les policiers d’abord et les juges ensuite, c’est l’état policier tel que de manière étrange depuis quelque jours, on accuse l’Etat d’Israël de devenir : « Medina mishtara » c’est cette semaine que cela a été créé dans les rues.

 

Il y a là une chose simple à comprendre : le pouvoir législatif d’abord, et le pouvoir judiciaire est auxiliaire du pouvoir législatif.

 

Rashi:

שופטים ושוטרים: שופטים, דיינים הפוסקים את הדין

Shoftim: Dayanim haposkim et hadin

 

Un exemple d’un Rashi très difficile apparement très simple.

שופטים, דיינים הפוסקים את הדין

Shoftim: Dayanim haposkim et hadin

C’est cela la définition d’un Dayan, celui qui possède du Din !

Cela va de soi ! Que veut nous dire Rashi ?

 

Possek veut dire trancher le jugement entre les différentes thèses ou hypothèses du jugement.

 

La Mishnah du Pirqey Avot dit :  « fais-toi un maitre et sors du doute du doute »

L’objet de la Mihsnah est de bien faire comprendre quel est l’objet du maître par rapport au Dayan.

Les Mishnayot du Pirqey Avot sont le bréviaire de la morale des Dayanim. C’est ce traité de la morale pour les juges qui est pris comme modèle pour la morale juive de façon générale.

 

Effectivement, la définition du Rav c’est pas tellement celui qui en sait plus que l’autre, il y a un peu l’idée du monde de la connaissance dans le Rav, mais c’est celui qui tranche quand il y a perplexité, lorsqu’il y a un doute.

 

Le mot de Safek est l’anagramme du mot de Psak : pour sortir du Safek il faut un Psak.

Le Rav c’est le Possek.

 

Très souvent, le maitre qui enseigne c’est un certain Rav, mais le maître auquel on demande comment faire, la décision c’est un autre Rav, un possek.

 

Depuis que le Rav Kook nous a quitté je consulte comme Possek le Rav Mordekhaï Eliyahou.

 

Il y a une autorité de celui qui tranche et dont la volonté est souveraine sur la volonté de l’élève, indépendament de la relation des intelligences et de transmission des connaissances. C’est recevoir sur soi une volonté de décisionnaire : « fais pour toi un maitre et éloigne toi du doute » : vous voyez le lien et les deux indications de la Mishnah.

 

Par conséquent, le terme de Poskim est tout à fait a sa place.

 

Une des commentaires indiquent cela que l’on a besoin de Dayanim qui soient Poskim tout simplement.

 

דיינים הפוסקים את הדין

Dayanim ha poskim et hadin

Parce qu’il y en a trop qui sont pas Poskim qui se servent du Shoukhan Aroukh comme d’un ordinateur pour déclencher des réponses alors qu’il faut qu’ils soient « Poskim et hadin ».

 

Chaque cas doit être réétudié pour lui-même, Cf. la Mishnah, même si on est sûr à l’avance par connaissance et expérience de l’issu de la décision, on doit refaire le procès parce que chaque cas est différent même si c’est le même.

 

Mishnah Pirqey Avot 1:1:

היו מתונים בדין

« Hevou metoumim badin »

 

Être Matoum dans le Din c’est être modéré dans le Din : le rôle du juge est de rendre juste. On a pas besoin du justicier pour condamner. Il y a un vertige qui risque de prendre le juge qui se croit obligé dans le sens fort de condamner, de juger et d’être le bras vengeur de la justice, le justicier de la justice...

 

«  Soyez circonspect dans le jugement » : même si vous êtes sûrs de la réponse, faites le procès.

 

Une autre lecture selon le Drash :

« היו מתונים בדין  Hevou metoumim badin » Adonnez-vous vous-même dans le jugement :

Cela veut dire que le juge doit se juger lui-même pendant qu’il juge quelqu’un d’autre...

« היו מתונים בדין  Hevou metoumim badin » Mettez-vous vous-même en question dans le jugement...

 

On retrouve la même idée dans une autre lecture du verset :

שֹׁפְטִים וְשֹׁטְרִים, תִּתֶּן-לְךָ

Shoftim veshotrim titen-lekha

Des juges et des policiers tu te donneras à toi

 

Lekha לְךָ non pas pour juger quelqu’un d’autre mais pour te juger toi-même et cela s’adresse d’abord aux juges eux-mêmes.

 

On a donc déjà une première indication :

Dayanim haposkim et hadin

C’est la définition du Dayan dont on avait besoin.

Donc on a besoin de Dayanim qui sont Poskim.

 

Effectivement, il y a énormément de tribunaux rabbiniques, surtout en diaspora, dans lesquels par excès de scrupule les juges n’osent pas décider et c’est pourquoi il y a énormément de tribunaux rabbiniques et de cas en suspend. Ils n’osent pas être Poskim et décider.

 

En particulier le grand principe talmudique selon lequel le Talmud définit quelle est la force des décisions prises dans le sens de faciliter la vie aux gens, alors que les juges risquent d’avoir la tendance inverse, celle d’être conduit à rendre la vie difficile aux gens par crainte d’être Possek.

 

Les Dayanim juges sont bien entendu responsables du fonctionnement de la cité mais leur rôle c’est d’être Possek. C’est au fond d’être à la place de Moïse en son temps. Comment Mosheh déciderait-il d’après la Torah ? C’est ce que le Dayan doit être.

 

D’autres commentateurs de Rashi, s’appuyant sur la suite de Rashi, indiquent qu’il faut quand même distinguer entre le rôle du Shofet et le rôle du Shoter. Le Shofet ne doit pas s’instituer comme étant celui qui s’approprie la force légale de faire appliquer la décision de justice. Cela doit rester deux instances différentes. Législatif et exécutif. Les décisons de justice et ceux qui doivent les appliquer. Des Dayanim qui tranchent la justice et non des Dayanim qui imposent la justice.

Il faut qu’il y ait deux instances différentes. La magistrature et le pouvoir judiciaire.

 

L’ordre dans un état normal une sociéte normale : le juge d’abord et le policier ensuite et non pas l’inverse d’un juge justifiant ce que le policier a décidé par son action...

 

Ce qui risque d’arriver avec le gouvernement actuel avec cette importance hypertrophié du ministère de la police par rapport aux autres ministères et en particulier par rapport au Sar Hamishpatim - le ministre de la justice. Nous avons un régime où le ministe de la police est beaucoup plus important que le ministre de la justice.

 

Vous voyez à quel point la Torah est actuelle de manière éternelle.

 

Dans la suite de Rashi : la définition de Shotrim.

שופטים ושוטרים: שופטים, דיינים הפוסקים את הדין. ושוטרים, הרודין את העם אחר מצותם. שמכין וכופתין במקל וברצועה עד שיקבל עליו את דין השופט:

Sanhédrin 16 :

שֹׁפְטִים des juges qui décident du verdict,

שֹׁטְרִים

qui imposent, qui s’instaurent, comme souverain tyran sur le peuple qui frappent après décision de justice et qui imposent jusqu’à acceptation du jugement des juges...

 

Voyez encore l’importance de l’ordre. C’est le juge qui décide et non pas l’inverse.

 

בְּכָל-שְׁעָרֶיךָ

bekhol-she'areykha

Dans toutes tes portes 

 

שֹׁפְטִים וְשֹׁטְרִים, תִּתֶּן-לְךָ בְּכָל-שְׁעָרֶיךָ, אֲשֶׁר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לְךָ, לִשְׁבָטֶיךָ; וְשָׁפְטוּ אֶת-הָעָם, מִשְׁפַּט-צֶדֶק

 

Shoftim veshotrim titen-lekha

bekhol-she'areykha

asher Adonay Eloheykha noten lekha lishvateykha

veshafetou et-ha'am mishpat tsedek.

Des juges et des policiers tu te donneras dans chacun de tes portes que Hashem ton Dieu te donne

Selon tes tribus et ils jugeront le peuple en jugement de justice

 

Mispat מִשְׁפַּט c’est le jugement.

Tsedek צֶדֶק c’est la justice.

 

Dans le Mishpat מִשְׁפַּט il y a le comportement légal du tribunal qui doit décider quelle est la décision de la loi de justice pour le cas particulier qui est en train d’être jugé.

 

Tsedek צֶדֶק c’est l’intégrité de la justice, l’intégrité morale de la loi morale érigée en justice.

 

On va lire dans le verset une petite nuance de ce que l’on a déjà appris. Cela nous fera revenir un peu sur ce que nous avons dit.

 

Si effectivement il y a l’ordre, les juges d’abord et les policiers ensuite, si effectivement il y a des tribunaux spécifiques pour chaque ville et pour chaque tribu, alors ils jugeront le peuple d’un jugement de justice de vérité juste. C’est lié. Si ces conditions-là sont accomplies, alors il y a une sorte de promesse : la conséquence est que וְשָׁפְטוּ אֶת-הָעָם, מִשְׁפַּט-צֶדֶק veshafetou et-ha'am mishpat tsedek.

Parce qu’effectivement cela va de soi que l’on ne parle que de juges qui sont censés être intègres.

 

Rashi :

ושפטו את העם וגו': מנה דיינין מומחים וצדיקים לשפוט צדק

Nomme des juges compétents et justes (pour qu’ils jugent avec justesse)

 

Moumkhéi c’est plus que compétents ce sont des spécialistes des cas de jugements qu’ils ont à juger. Des juges sont compétents pour telle genre d’affaires et pas pour telle autre... le Moumkhei c’est le spécialiste de tel ou tel secteur d’activité judiciaire : on ne demande pas à n’importe qui une expertise sur n’importe quoi. On ne demande qu’à celui qui est spécialiste du problème que l’on traite. C’est difficile d’être un expert, chaque fois que le tribunal convoque 2 experts, il y a trois opinions.

 

Il y a cet avertissement qu’il faut se méfier au moment où l’on nomme un juge, car une fois le juge nommé la justice va dépendre de lui. Or, il y a une régle traditionnelle qui n’est plus vraiment usitée : les juges passent des examens d’école et c’est ainsi qu’on les nomme indépendament des tractations politiques de telle ou telle factions de la population en Israël ou chez les nations contemporaines.

 

Alors que dans les temps traditonnels le juge était nommé par le juge précédent à la fin de sa vie. Il était désigné parmi tous ses disciples éventuels possibles au poste de successeur. C’est le Dayan précédent qui désignait son successeur alors qu’aujourd’hui il y a une sorte d’élection à la suite de critères qui sont en général objectivement légitimes mais qui n’ont plus rien à voir avec la règle traditionnelle de désignation du juge.

 

Nommes des juges compétents des tsadikim pour juger des jugements de justice.

 

De manière très délicate le commentaire suggère ici qu’il est possible qu’il y ait des juges qui ne soient pas intègres. Cette idée est une idée difficile, mais on voit très bien que de manière plus ou moins indirecte le commentaire l’indique. Le commentaire nous invite à nous méfier : parmi les juges, il peut y avoir des Tsadikim mais aussi des Reshayim. D’où la précaution de ne nommer que des Dayanim que l’on sait être des Tsadikim.

 

Il y a là un problème important : la fonction ne coïncide pa nécessairement avec la vertu qui devrait être nécessaire à la fonction. Et aujourd’hui, ce sont les fonctions qui priment les vertus qui devraient être au contraire les critères mêmes de la fonction elle-même.

 

Q : Je pense au livre de Rout où le 1er verset dit que les juges jugeaient et que c’est présenté comme un malheur ?

R :  Bien. Le Pshat du verset c’est une indication historique : « c’est arrivé au temps où les juges jugeaient » c’est à dire au temps où le pouvoir était le pouvoir des juges avant que le pouvoir royal ne soit institué avec David et Salomon il y a eu une période entre Josué et le temps des rois, c’est la période des Juges. Dans Salambô de G. Flaubert il y a une fonction des juges carthaginois phéniciens qui s’appellent les suffètes. Ce sont les Shophtim (shofet).

 

Il y a eu une organisation de la société où c’était le juge qui était le pouvoir à la fois politique juridique et militaire. Ce fût le cas d’ailleurs en Israël avant l’instauration de la royauté et la séparation des pouvoirs.

 

Le 1er verset du livre de Ruth indique cette période historique : c’était au temps où des juges jugeaient.

 

Mais par le fait que dans le verset il y a « Vayhi... »

וַיְהִי, בִּימֵי שְׁפֹט הַשֹּׁפְטִים, וַיְהִי רָעָב, בָּאָרֶץ

Au temps où les jugent jugeaient il y eu une famine » le commentaire va indiquer qu’il y a un lien : la manière dont les juges jugent est cause de l’état de la société.

 

En termes contemporains, en termes modernes, on peut dire que l’état de l’économie va dépendre de l’intégrité de la justice. Il y a un lien entre l’intégrité des tribunaux et l’état du problème économique dans une société donnée.

 

Et c’est indiqué dans beaucoup de Mishnayot du Pirqey Abot : si la justice fonctionne de manière intégre, et intégrale, l’économie se stabilise, sinon, on a toutes ces affaires, ces scandales, qui génèrent toutes ces disparités, ces inégalités, que l’on observe dans toute société contemporaine où les juges ne sont pas intègres.

 

Je suis particulièrement frappé par le fait suivant:

La plupart des scandales juridiques concernant des juges semblent bien dans la société israélienne avoir concerné beaucoup plus de Dayanim que de Shoftim.

 

Il y a un lien entre le déréglement économique (« וַיְהִי רָעָב, בָּאָרֶץ vayhi râv baarets il y eut une famine dans le pays ») et la manière dont la justice est rendue.

Mais ce qui me frappe beaucoup, et j’ai suivi cela depuis l’existence de l’Etat d’israël comme société au fonctionnement autonome, il y a eu un certain nombre de scandales concernant les juges, mais la plupart du temps cela concerne des juges religieux et non des juges civils.

Ce qui rejoint le texte de Rout.

 

C’est la raison pour laquelle le Midrash va lire le verset de Ruth ainsi:

« c’était au temps où les juges étaient jugés... ».

 

Et de là vient l’expression maintenant familière : lorsqu’un juge était en situation de jugement et s’occupait de juger en fonction de la loi, alors les plaideurs lui répondaient : « ne nous demande pas d’ôter la paille de notre oeil, ôtes la poutre qui est dans le tien ».

 

Lorsque les juges sont à être jugés, il y a une famine : c’est-à-dire qu’ils sont à être jugés au lieu de fonctionner comme juges, c’est-à-dire de stabiliser la justice dans la société, et de « justifier » dans le sens étymologique.

 

On n’a pas besoin du juge pour accuser, cela c’est le rôle de l’accusateur.

La Mishna s’adressant aux juges : « Ne fonctionne pas comme un avocat » que ce soit l’avocat de la défense ou de l’accusation. La fonction de juge est une fonction extrêmement difficile.

 

J’ai eu un maître qui était un grand Dayan algérien le Rav Fingerout, ashkénaze fondateur du Beit Din de Paris après la rappatriement des Algériens. Il était très scrupuleux et cardiaque. Il me disait : « je sais très bien que ma maladie vient de ma fonction de juge : chaque fois que le téléphone sonne je me demande quelle catastrophe il faut que j’arrange... »

 

Dans la société juive traditionnelle le Dayan était la figure respectable de la société. Il y a avait les rabbins, les ‘Hakhamim, mais quand il y avait le Dayan, qui était aussi rabbin et ‘Hakham, c’était autre chose.

 

Voilà l’indication que nous avons :

La fonction de juge n’est pas de juger dans le sens d’accuser, mais c’est de rendre juste de rendre Tsadik celui qui est Rashâ. Et c’est dans le jugement que cela se fait.

 

Or, nous avons comme fond de problème un problème de civilisation énorme : ce sont les civilisations (surtout Rome) qui substituèrent la légalité à la moralité. Alors que tout le message biblique de la Torah c’est de prendre la moralité comme légalité. On comprend toute la difficulté.

Les Dayanaim risquent de fonctionner comme des juges romains. La notion du droit moderne est basé sur le droit romain. C’est le légalisme pointilleux.

 

Celui qui est le plus vulnérable au risque de transformer la moralité en légalité, c’est précisément le juge. Alors méfiez-vous.

 

D’où ce verset y reliant la famine qui n’est pas seulement une famine de farine mais la famine de la parole de Dieu. A partir du moment où il n’y a pas dans une société de Dayan à qui on demande ce que Dieu décide lorsque j’ai besoin de savoir ce que la Torah décide, c’est une société perdue.

 

***

 

16:19

לֹא-תַטֶּה מִשְׁפָּט, לֹא תַכִּיר פָּנִים; וְלֹא-תִקַּח שֹׁחַד--כִּי הַשֹּׁחַד יְעַוֵּר עֵינֵי חֲכָמִים, וִיסַלֵּף דִּבְרֵי צַדִּיקִם

Lo-tateh mishpat lo takir panim velo-tika’h sho’had ki hasho’had ye'aver eyney ‘hakhamim visalef divrey tsadikim.

 

לֹא-תַטֶּה מִשְׁפָּט

lo tateh mishpat.

tu ne feras pas dévier le jugement.

לֹא תַכִּיר פָּנִים

lo takir panim.

tu n’auras pas de connaissance du visage.

(cela veut dire tu ne préféreras pas).

 

.../...

 

Shoftim 1995 - Suite & fin

Commentaire Shoftim (1995) 2ème partie 

 

.../...

 

Il y avait une régle : quand les tribunaux fonctionnaient selon la loi talmudique, que les plaideurs devaient s’habiller de la même manière : s’il y avait un riche et un pauvre le riche devait habiller le pauvre de la même manière que lui de telle sorte qu’au tribunal il n’y aucune tentation pour le juge de faire une différence. C’est très difficile d’être un juge de vérité. Si vous avez au procès un homme connu comme pieux et un autre connu comme non pieux... On peut imaginer que le juge soit tenté de privilégier l’homme pieux à l’homme moins pieux.

 

La Torah met en garde conre ce tentations-là. Par ailleurs, on sait, j’anticipe un peu, que si le juge ne fonctionne pas en tant que juge de vérité, l’exil vient. La conséquence est la perte du pays, cela va jusque-là !.

 

וְלֹא-תִקַּח שֹׁחַד

velo-tika’h sho’had

et tu ne prendras pas de pots de vin.

 

Il y a là un point difficile.

Que signifie qu’un juge accepte un Sho’had ?

Le Sho’had peut être spirituel et d’un autre ordre que matériel.

 

Remarquez à quel point les fonctionnaires dans les grandes affaires du pays d’Israël sont toujours suspectés de malversations pour avoir accepté des cadeaux, des prébendes.

 

כִּי הַשֹּׁחַד יְעַוֵּר עֵינֵי חֲכָמִים, וִיסַלֵּף דִּבְרֵי צַדִּיקִם

ki hasho’had ye'aver eyney hakhamim

visalef divrey tsadikim.

Car le Sho’had aveugle les yeux des sages

et falsifie les paroles des justes

 

La lecture habituelle, qui est le Pshat direct, est que ces ‘Hakhamim et ces Tsadikim sont ces juges eux-mêmes. Mais il y a là une difficulté : est-ce que vraiment la Torah peut prévoir que les juges en Israël sont soumis à la tentation du Sho’had ? En 1ère réponse oui. La Torah est Torah de vérité et sait comment sera la réalité de la vie.

 

Mais je vous donnerais une autre lecture :

Rashi cite le Sifrei :

וְלֹא-תִקַּח שֹׁחַד

velo-tika’h sho’had

et tu ne prendras pas de pots de vin.

le Sifrei dit : « même pour juger comme il faut juger ».

(C’est-à-dire en toute justice).

 

Au fil de nos lectures on s’aperçoit quelle est la grandeur du personnage du juge et sa difficulté liée à sa vulnérabilité. Le grand danger pour la société est qu’il n’y ait pas de juges intégres.  

 

Je vous propose la lecture suivante : en réalité la justice dépend de trois facteurs :

 

ð   1er facteur : que la loi soit connue.

 

Si la loi n’est pas connue la justice ne peut pas fonctionner. Les plaideurs peuvent invoquer leur ignorance de la loi. A plus forte raison si les juges ne connaissent pas la loi.

D’où ce principe : « nul n’est censé ignoré la loi » qui est un principe très important. Une société ne peut fonctionner qu’avec le postulat que la loi est connue ou en tout cas qu’elle est connaissable.

Et c’est le cas privilégié de la société israélienne : les juges étudient leurs lois. C’est très particulier à ce peuple. Je ne connais d’autres peuple dont la vertu de la recherche de la connaissance, c’est précisément l’étude de la constitution. Il y a un amour entre Israël et la Torah.

Dans quel autre peuple danse-t’on avec le code de la loi ?

C’est le cas particulier de l’accessibilité à la connaissance de la loi. Enormément de justes passent leur vie à étudier quelle est la vérité de la loi. Ne croyez pas que ce soit gratuit.

Il y a énormément de passages du Talmud qui n’ont jamais d’application pratiques. On les étudie avec tellement de ferveur parce que c’est la loi. C’est-à-dire la volonté de Dieu. C’est ainsi que doit être la vérité, et lorsqu’on étudie ces passages du Talmud on étudie la volonté de Dieu même si les circonstances concrètes font qu’on aura jamais l’occasion de s’occuper de ce problème.

 

ð  2ème facteur : l’intégrité des témoins.

ð  3ème facteur : l’intégrité des juges.

 

Je crois que l’intégrité des témoins est beaucoup plus importante que l’intégrité des juges, car c’est au travers des témoins que peut se reconstituer la réalité du cas que l’on doit juger. Le juge ne connait le cas qu’au travers de ce que les témoins en témoignent.

 

Par conséquent, même si la loi est connue, même si le juge est intégre, si les témoins ne le sont pas, la justice n’est pas possible.

 

Cela nous fait comprendre l’importance déjà dans les 10 commandement de l’interdiction du faux témoignage, c’est-à-dire l’importance du témoignage en soi.

 

J’ouvre une parenthèse :

La chose la plus difficile, dans l’ordre du comportement humain, c’est le témoignage.

Etre un témoin de vérité c’est la chose la plus difficile.

J’ai donné comme exemple celui des journalistes : un même fait raconté par des journalistes différents est un fait différent.

 

Etre témoin c’est savoir dire ce qu’on a vu. Il y a ici deux capacités très importantes : savoir voir et savoir dire.

 

C’est un peu ce à quoi fait allusion le verset : « car le Sho’had aveugle les yeux des sages » : il faut être sage pour savoir voir, c’est le témoin.

 

« Et falsifie les paroles des justes ».

 

Celui qui témoigne c’est celui qui dit ce qu’il a vu : celui dont la parole restitue la connaissance que la vision lui avait donnée. Un témoin par la vision est plus important qu’un témoin par l’ouïe.

 

Le principe talmudique c’est « Gadol gdolah reyiah meshmiyah » Voir est plus important que d’entendre pour un témoin : « j’ai vu que » l’emporte sur « j’ai entendu dire que ».

 

Le témoin est celui qui  transforme en paroles Devarim ce qu’il a vu par les yeux Eïnaïm.

La 1ère lettre de Ayin-oeil c’est Ayin et la 1ère lettre de Devarim-paroles c’est Dalet => Ed témoin.

Un témoin est celui qui met en parole ce que ses yeux ont vu.

 

Ici le verset va beaucoup plus loin qu’on pourrait le croire. Cela veut dire que si un juge accepte un Sho’had alors même lorsque le témoin est un témoin de vérité absolue son témoignage est récusé.  Le Sho’had pris par le juge aveugle les yeux des sages et falsifie les paroles des justes, c’est-à-dire les témoins.

 

צֶדֶק צֶדֶק, תִּרְדֹּף--לְמַעַן תִּחְיֶה וְיָרַשְׁתָּ אֶת-הָאָרֶץ, אֲשֶׁר-יְהוָה אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לָךְ

Tsedek tsedek tirdof

Tu poursuivras la justice de la justice

lema'an ti’hyeh

afin que tu vives

veyarashta et-ha'arets

et que tu hérites du pays

asher-Adonay Eloheykha noten lakh

que Hashem ton Dieu donne pour toi

 

Quel est le lien ?

Si la justice est une justice intégre alors Israël peut se maintenir dans le pays, sinon l’exil commence.

 

Rashi :

צֶדֶק צֶדֶק, תִּרְדֹּף

Tsedek tsedek tirdof

צדק צדק תרדוף: הלך אחר בית דין יפה:

Il cite le Sifrei et la Guémara de Sanhédrin 32b.

« Il faut préférer un tribunal beau » ie. un tribunal compétent

Cela signifie que des tibunaux ne sont pas « yafé ».

Une autre source donne : Be’har Lekha Beit Din Yafé : Choisis-toi un Beit Din beau.

 

צֶדֶק צֶדֶק

Tsedek tsedek

 

Ici la Torah ne définit pas ce qu’est le Tsedek, elle ordonne de rechercher le Tsedek du Tsedek c’est-à-dire non pas ce que la lettre de la loi définit comme la légalité, mais l’intention de la Torah lorsque la Torah a demandé ce qu’elle a demandé : le Tsedek du Tsedek.

 

La tension entre la moralité et la légalité est un problème qui a traversé toutes les civilisations : le fond du problème c’est qu’il y a la lettre de la légalité et l’intention de la Torah lorsqu’elle a demandé ce qu’elle a demandé. Et c’est cela que le juge doit mettre en évidence. Parce qu’il y a ce qu’il y a d’écrit et il y a ce que la Torah voulait en écrivant ce qui est écrit : ça c’est un Dayan, ça c’est un Possek, sinon c’est un fonctionnaire automate qui applique automatiquement.

 

Je vous dis ce qui à mon sens est le point le plus grave de ce problème :

Dans les civilisations contemporaines c’est facile à comprendre : il y a les enseignants des facultés et les professeurs de droit, et il y a les juges. Les premiers sont incapables d’être juges : ils savent trop de choses des hypothèses du droit pour être capable de décider : ils ont une formation telle que cela les handicapent pour être juge.

 

Or, malheureusement dans beaucoup de tribunaux rabbiniques, les Dayanim ont été formés dans des Yeshivot, c’est-à-dire dire dans des facultés de droit. Alors que normalement un Dayan est formé chez un Dayan. C’est pourquoi ils sont d’une certaine manière paralysés et conduits par un scrupule de piété à être des accusateurs plutôt que des juges.

 

Une de mes expériences :

J’ai compris cela qu’un professeur de droit ne peut pas être juge même si l’inverse est possible.

Jeune éducateur en France j’ai eu le cas d’un jeune coupe marié indûment et qu’il fallait divorcer.

A l’époque, sans tribunaux rabbinique, on avait l’habitude de demander l’avis de trois rabbins qui m’ont donné le même avis sous des formes différentes.

1er : la loi est ainsi mais il faut être gentil et ne pas être trop strict... 

2ème : êtes vous le rabbin officiel ? non ? ne vous en mêlez pas, nékoudah !

3ème : c’était le rav Roubinstein de la rue Pavé : il faut étudier le cas : 2 heures d’étude ensemble et au fur et à mesure j’étais convaincu de la décision du divorce, le Rav me dit : tu es convaincu ? Qui es-tu pour faire divorcer 2 juifs ? La loi est ainsi mais ce n’est pas ainsi que l’on fait...

 

Enormément de drames seraient évités si les juges jugeaient normalement d’après les régles de la Torah.

 

צֶדֶק צֶדֶק, תִּרְדֹּף--לְמַעַן תִּחְיֶה וְיָרַשְׁתָּ אֶת-הָאָרֶץ, אֲשֶׁר-יְהוָה אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לָךְ

Tsedek tsedek tirdof

Tu poursuivras la justice de la justice

lema'an ti’hyeh

afin que tu vives

veyarashta et-ha'arets

et que tu hérites du pays

asher-Adonay Eloheykha noten lakh

que Hashem ton Dieu donne pour toi

 

Lisez Rashi sur :

 lema'an ti’hyeh

afin que tu vives

 

Rashi :

למען תחיה וירשת: כדאי הוא מנוי הדיינין הכשרים להחיות את ישראל ולהושיבן על אדמתן:

« la nomination de Dayanim convenables est le mérite suffisant pour faire vivre Israël et les faire revenir sur leur terre». (Sifrei)

 

Cela veut dire qu’il y a un lien entre la manière dont les Dayanim les juges rendent la justice et le droit sur le pays. (Voir les Dayanim qui prétendent que l’on peut rendre le pays aux Arabes et le fait que le gouvernement veuille ‘rendre’ le pays aux Arabes. Il y a un lien entre les deux.)

 

לֹא-תִטַּע לְךָ אֲשֵׁרָה, כָּל-עֵץ:  אֵצֶל, מִזְבַּח יְהוָה אֱלֹהֶיךָ--אֲשֶׁר תַּעֲשֶׂה-לָּךְ

Lo-tita lekha asherah kol-ets etsel mizba’h Adonay Eloheykha asher ta'aseh-lakh.

Tu ne planteras pas pour toi d’idoles,

(Il s’agit ici d’idoles qu’on appellait Ashérot)

Kol ets

des arbres sacrés,

etsel mizba’h Adonay Eloheykha asher ta'aseh-lakh

à côté de l’autel de Hashem ton Dieu que tu feras pour toi. 

 

Il y a là l’idée des civilisations qui rendaient la justice sous des arbres. Il me semble qu’il y a là une image symbolique. Il y a un lien entre le fait que la justice n’est pas rendue de manière juste et l’idolatrie.

La première consigne pour que la justice soit intègre : n’implantez pas des arbres ! Ces idoles à côté desquelles vous rendriez la justice...

 

***

 

Frappant dans ce texte le lien entre l’intégrité des juges et l’exil. Je crois que cela vaut la peine de mettre cela en evidence : nous vivons cela concrétement et existentiellement de manière aigüe dans la société d’Israël beaucoup plus que dans tout autre société. Mais c’est vrai dans toute autre société.

 

L’état de la moralité dépend de la justice. Cela a l’air paradoxal. Si l’état de la moralité dépend de la justice, il en résulte que l’état de l’économie dépend de la justice.

 

Toute une série d’auteurs (de Balzac à Zola etc.) décrivent l’état moral de la société française avant les grandes guerres. On sent en lisant ces chroniques que l’on rentre dans une impasse et que quelque chose va arriver, que cette société ne peut pas continuer comme ça et une grande guerre arrive...

 

Si une grande guerre se déclenche à l’avenir dans le pays, on le devra probablement à la faiblesse des ministères de la justice par rapport au ministère de la police.

 

***

 

Chapitre 17 verset 8 - Le verset s’adresse aux juges aux tribunaux :

כִּי יִפָּלֵא מִמְּךָ דָבָר לַמִּשְׁפָּט, בֵּין-דָּם לְדָם בֵּין-דִּין לְדִין וּבֵין נֶגַע לָנֶגַע--דִּבְרֵי רִיבֹת, בִּשְׁעָרֶיךָ:  וְקַמְתָּ וְעָלִיתָ--אֶל-הַמָּקוֹם, אֲשֶׁר יִבְחַר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ בּוֹ

Ki yipale mimekha davar lamishpat beyn-dam ledam beyn-din ledin uveyn nega lanega divrey rivot bish'areykha vekamta ve'alita el-hamakom asher yiv’har Adonay Eloheykha bo

 

Ki yipale mimekha davar lamishpat

Lorsqu’une chose te paraitras trop difficile à trancher

Yipalé - C’est quelque chose qui dépasse la portée humaine – le Pélé: la merveille.

Lamishpat

ce qui concerne un jugement

Bein dam ledam

entre sang et sang – c’est un jugement d’ordre criminel

Bein din ledin

un jugement d’ordre pénal

Bein nega lanega

pour un jugement de dommage et intérêt

divrey rivot

des problèmes de querelles

bishaareykha

dans tes portes (tes tribunaux).

 

Lorsque 2 plaideurs sont en contestation et que les 2 acceptent apriori la décision du tribunal ils sont tous deux présumés Tsadikim. Les querelles de contestation par rapport à la loi sont toujours des contestations de Tsadikim. Les vrais causes que le Dayan doit juger concernent des causes où deux Tsadikim sont en différent. Les deux étant persuadés d’avoir bien agi au nom de la loi.

Ces cas-là sont très difficiles. Et si le Dayan considère que c’est trop difficile pour lui alors :

 

וְקַמְתָּ וְעָלִיתָ--אֶל-הַמָּקוֹם, אֲשֶׁר יִבְחַר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ בּוֹ

vekamta

tu viendras

ve'alita el-hamakom

tu monteras jusqu’à l’endroit

asher yiv’har Adonay Eloheykha bo

que Hashem ton Dieu aura choisi.

 

וּבָאתָ, אֶל-הַכֹּהֲנִים הַלְוִיִּם, וְאֶל-הַשֹּׁפֵט, אֲשֶׁר יִהְיֶה בַּיָּמִים הָהֵם; וְדָרַשְׁתָּ וְהִגִּידוּ לְךָ, אֵת דְּבַר הַמִּשְׁפָּט

Ouvata el-hakohanim haLevi'im

Et tu viendras vers les prêtres Lévites,

ve'el-hashofet

et vers les juges,

asher yihyeh bayamim hahem

qu’il y aura en ces jours-là,

vedarashta

tu creuseras le problème,

 vehigidou lekha

et il t’expliqueront 

et devar hamishpat.

la parole du jugement.

 

וְעָשִׂיתָ, עַל-פִּי הַדָּבָר אֲשֶׁר יַגִּידוּ לְךָ, מִן-הַמָּקוֹם הַהוּא, אֲשֶׁר יִבְחַר יְהוָה; וְשָׁמַרְתָּ לַעֲשׂוֹת, כְּכֹל אֲשֶׁר יוֹרוּךָ

Ve'asita al-pi hadavar asher yagidou lekha

Et tu agiras d’après ce qu’ils t’auront expliqué,

min-hamakom hahou asher yiv’har Adonay

de cet endroit qu’aura choisi Dieu (c’est-à-dire le tribunal suprême),

veshamarta la'asot kekhol asher yoroukha.

Et tu observeras de faire comme tout ce qu’ils t’auront indiqué.

 

C’est-à-dire que tu dois savoir à priori que tu ne peux pas comprendre pourquoi il ont choisi de décidé comme ça, parce que si tu pouvais comprendre tu l’aurais toi-même décidé.

 

עַל-פִּי הַתּוֹרָה אֲשֶׁר יוֹרוּךָ, וְעַל-הַמִּשְׁפָּט אֲשֶׁר-יֹאמְרוּ לְךָ--תַּעֲשֶׂה:  לֹא תָסוּר, מִן-הַדָּבָר אֲשֶׁר-יַגִּידוּ לְךָ--יָמִין וּשְׂמֹאל

Al-pi hatorah

D’après la loi

asher yoroukha

qu’ils te dévoileront

ve'al-hamishpat asher-yomrou lekha

d’après le jugement qu’ils te diront

ta'aseh

tu feras

lo tassour min-hadavar asher yagidou lekha

tu ne t’écarteras pas de la chose qu’ils t’ont dite

yamin ousmol

à droite ou à gauche.

 

A droite ou à gauche dans les problèmes de juridictions c’est ce qu’on appelle en langage Talmudique la ’Houmera (à gauche) et la Koulah (à droite).

 

C’est-à-dire lorsque le tribunal suprême aura décidé, tu feras ce qu’il aura décidé et tu ne t’en écarteras ni en aggravant, ni en allégeant ce qu’il dit.

 

Rashi :

ימין ושמאל: אפילו אומר לך על ימין שהוא שמאל ועל שמאל שהוא ימין, וכל שכן שאומר לך על ימין ימין ועל שמאל שמאל:

Même si ce juge te dit que droite c’est gauche et que gauche c’est droite. A fortiori s’il te dit que droite est  droite et gauche est gauche (Sifrei).

 

Même si tu penses que quand c’est gauche et qu’eux ont dit droite et que quand c’est gauche ils t’ont dit droite. Même s’ils te disent que la droite c’est la gauche et que la gauche c’est la droite, suis-les, car tu ne sais pas quelle est leur gauche et quelle est leur droite, ce n’est pas d’après tes propres critères...

 

Je veux revenir sur l’expression du verset 9.

וּבָאתָ, אֶל-הַכֹּהֲנִים הַלְוִיִּם, וְאֶל-הַשֹּׁפֵט, אֲשֶׁר יִהְיֶה בַּיָּמִים הָהֵם

Uvata el-hakohanim haLevi'im

Et tu viendras vers les prêtres Lévites,

ve'el-hashofet

et vers le juge

asher yihyeh bayamim hahem

qu’il y aura en ces jours-là.

 

C’est une expression difficile, car on en peut pas aller chez les juges d’un autre temps. Cette expression pose problème.

 

Mais c‘est justement ce qui est signifié : l’autorité légitime n’est pas forcément l’autorité légale qui peut être anachronique ou selon des critères datant des siècles précédents ou selon les critères des siècles futurs. L’autorité légitime est celle d’après les critères du siècle présent.

 

Dans le monde juif, existent des juges orthodoxes qui jugent comme on jugeait au 14ème siècle. Au 14ème siècle c’était légitime de juger ainsi. Mais le fait de juger ainsi au 20ème siècle est un jugement faux. Non par mauvaise volonté mais par anachronisme, non par mauvaise fidélité à la loi mais parce qu’il y a erreur de fidélité à la loi.

De la même manière, juger au 20ème siècle comme il faudra juger peut-être au 25ème siècle, comme dans les milieux dits progessistes ou libéraux ou réformés (déformés) c’est aussi une erreur.

 

Il faut juger au temps présent. C’est cela la véritable orthodoxie dans le sens étymologique.

Il y a ici une indication très importante : tu iras chez le juge de ton temps parce que de ton temps il y aura aussi des juges qui ne sont pas de ton temps...

 

Comment savoir quel est le juge de mon temps ?

C’est cela la difficulté.

Depuis que les Romains ont arrêté la Semikhah (le fait que les juges désignaient après eux quels seraient leur successeurs authentiques) nous sommes en plein désarroi.

 

Quel est le juge de notre époque actuelle ?

 

Il faut souligner l’importance du fait que la Torah prévoit tout cela. C’est la réalité quotidienne qu’elle prévoit. Elle prévoit le désarroi lorsqu’on ne sait pas á priori quel est le juge de notre temps.

 

Je me souviens avoir étudié ces questions avec la Rav Kook. Il nous indiquait que de son temps son père était le seul à être juge de son temps. Et toutes les autres grandes sommités de l’époque n’étaient pas de leur temps et se sont opposées au Rav Kook.

 

Il nous disait en expliquant l’enseignement de Maïmonide qui est important du point de vue des désignations de juridictions authentiques :

 

« Ya’hid vérabim halakha kérabim »

lorsqu’il y a une opinion unique la loi suit la majorité.

Mais Rambam ajoute :

« véim haemet ito, hou harabim »

« mais si la vérité est avec lui c’est lui la majorité ! »

 

Alors vous voyez la difficulté du critère.

Le Rav Kook insistait sur le sens du mot Ya’hid : lisez le Yé’hid : exceptionnel, à part !

 

Il nous disait en filligrane : c’est cela le sens profond de « Hashem Hou HaElohim ».

Hashem Ya’hid Elohim Rabim mais c’est Lui qui est Rabim. Hashem Hou Elohim !

 

La grande difficulté, c’est cela : arriver à savoir.

Et ceux qui ne le savent pas, pourquoi ne le savent-ils pas ?

Quel est le Shofet du temps, quel est le Gadol du temps ?

Est-ce le Rav Kook ? Ou bien est-ce les gens de Méa Sharim ou de Bnei Braq ?

C’est cela le fond du problème.

Celui qui spontanément va à Bnei Braq et bien c’est qu’il fait partie

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Published by Manitou - dans PARASHAT HASHAVOUA
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