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31 juillet 2009 5 31 /07 /juillet /2009 12:49

Parasha Matot 95

par le Rav Yéhouda Léon Ashkénazi

2 thèmes :

- La guerre de Midiane

- Le cas particulier d’une Mitsvah que Moïse transmet directement aux chefs des tribus. C’est d’ailleurs le mot de tribus - Matot – qui donne son nom à la Parashah. Ce n’est pas le mot de Shevet – tribu dans le sens ethnique – mais le mot de Maté – la bâton de commandement. Dans l’hébreu moderne Maté signifie l’état major. Depuis les temps les plus antiques, il y  avait ce signe de la souveraineté militaire et politique et civil : le bâton de commandement.

 

Nous avons là le cas d’une Mitsvah que Moïse a transmis aux Rashei HaMatot aux chefs des tribus. Nous verrons ce qu’il y a dans cette Mitsvah en  particulier qui explique pourquoi la transmission de la Torah n’est pas indiquée de la manière classique. Habituellement Moïse enseigne d’abord à Aharon tout seul. Ensuite venaient les fils d’Aharon et Moïse enseignait aux fils d’Aharon en présence d’Aharon. Ce qui fait que Aharon avait déjà entendu 2 fois l’enseignement. Mais une fois à son niveau à lui et une fois au niveau de ses fils. De telle sorte que Aaron était aussi initié à la manière dont il faut parler à un degré inférieur de la hiérarchie. Et ensuite Moïse convoquait les chefs de tribus. Il y avait une troisième degré. Et ensuite tout le peuple.

 

Il y a là une pédagogie importante. C’est ainsi que toutes les Mitsvot d’après les références des versets  qui parlent de la transmission des Mitsvot de la Torah pour Moïse furent transmises. Moïse avait le niveau de prophétie qui s’appelle Koh Amar  Ainsi a dit (Dieu) – voici comment Dieu m’a parlé – pas dans la forme mais dans le sens – et donc la transmission pédagogiquement va tenir compte du niveau de celui à qui on transmet. Le contenu est absolument ce que Moïse a à dire mais la manière dont il va le dire dépend de l’interlocuteur.

 

C’est du côté du Mekabel, de celui qui reçoit le message que la forme change. Mais du côté du Mashpiah celui qui donne le message c’est toujours le même message. Cela se rattache à l’expression hébraïque traditionnelle qui est « de bouche à bouche » et non pas « de bouche à oreille ». Parce que l’oreille n’entend pas forcément ce que l’oreille a dit. Et pour répéter scrupuleusement, il faut répéter ce que la bouche a dit. Il faut que la bouche répète ce que la bouche du maitre a dit. Si c’est ce que l’oreille de l’élève a entendu c’est déjà autre chose. 

 

C’est le degré de prophétie כֺּה אָמַר Koh Amar. Mais Moïse a un cas particulier – et c’est le cas dans cette Mitsvah – que le niveau de prophétie qui s’appelle זֶה הַדָּבָר Zeh HaDavar – voici la chose même que Dieu a dite... Et là c’est strictement dans la forme et le fond.

 

Si on a le temps on n’étudiera cela et je vous donnerais une exemple très important de comparaison de la même Mitsvah où Moïse revient sur la même Mitvah en précisant Zeh HaDavar Voici la chose que Dieu a dite -  parce qu’entretemps il y a un changement de stratégie parce que entretemps il y a eu la faute du veau d’or. Il s’agissait de la fonction d’Israël de recevoir les offrandes pour construire le temple. D’aprés la première forme de la Mitvsah qui est donnée dans la Parashah de Troumah les offrandes étaient reçues de quiconque apportait l’offrande. Fût-ce t’il d’Israël ou non. Ces offrandes-là sont utilisées pour le veau d’or... Alors Moïse revient à la Parashah de Vayaqel en fin de Shemot sur cette Mitsvah en disant זֶה הַדָּבָר Zeh HaDavar...

 

Je vous donnerai cet exemple car il est important de voir la différence de la transmission de la prophétie par כֺּה אָמַר Koh Amar – tous les prophètes prophétisent par כֺּה אָמַר Koh Amar, Moïse aussi – mais le niveau propre à Moïse est זֶה הַדָּבָר Zeh HaDavar  voici la chose elle-même... 

 

Il s’agit de la Mitsvah qu’on appelle  Haatarat  Nedarim - Dans quel cas peut-on annuler un voeu ?

Tout le problème est celui de l’importance de la parole. La forme même de la transmission entient compte : כֺּה אָמַר Koh Amar – ainsi a dit ou bien voici la chose qu’Il a dite. A propos du Midrash qui concerne l’importance de la parole. J’espère avoir le temps d’y arriver.

 

Sinon je vous signale le sujet important :

Pourquoi cette Mitsvah-là est-elle confier aux chefs des tribus ?

 

***

 

1er sujet : l’ordre que reçoit Moïse de venger Israël de ce que Midiane avait fait avant de mourir. La dernière chose que Moïse devra faire avant de quitter la scène de l’histoire terrestre. Il est mort dans le sens qu’il ne vit plus de la vie terrestre, mais il est un des trois personnage du récit biblique desquels il est dit qu’ils ne sont pas mort mais qu’ils ont changé de monde, vivants. De ce monde-ci au monde à venir, tout le monde doit passer par la porte de la mort. Sauf trois personnages qui ont été ’Hanokh - Mosheh - Eliyahou Hanavi qui sont montés vivants au ciel. (Pour Jacob c’est dans le Midrash). C’est un sujet pour lui-même. Pourquoi ces trois-là ? Quelles sont les caractéristiques communes avec ces trois-là ? Etc...

 

On va d’abord lire quelques versets et j’étudierais 2 points de ce passage :

Comment comprendre la forme même de ce 2ème verset ?

 

Chapitre 31 de Matot :

31:1

וַיְדַבֵּר יְהוָה, אֶל-מֹשֶׁה לֵּאמֹר

Vayedaber Adonay el-Moshe lemor

31:2

נְקֹם, נִקְמַת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, מֵאֵת, הַמִּדְיָנִים; אַחַר, תֵּאָסֵף אֶל-עַמֶּיךָ

Nekom nikmat bney Yisra'el me'et haMidyanim

A’har te'asef el-ameycha.

« Venge la vengeance des enfants d’Israël de la part des Midianites

 

C’est le peuple de Midiane : cela nous renvoit à la Parashah de Pin’has et de Balak que j’ai un peu négligé. Lorsque Balak avait obtenu de Bilaam le prophète des nations de maudire Israël mais que la malédiction a été transformée en bénédiction, Balak instatisfait obtient quand même de Bilaam un conseil pour vaincre Israël : le dénaturer spirituellement. Cela consiste à envoyer les filles de Midiane pour séduire les fils d’Israël. Et il y a une catastrophe, une Maguéfah, 24 000 morts. C’est Pin’has qui intervient pour arrêter cette catastrophe. Il y a alors un contentieux avec Midiane qu’il faut régler avant que Moïse ait le droit de quitter ce monde. 

 

נְקֹם, נִקְמַת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, מֵאֵת, הַמִּדְיָנִים; אַחַר, תֵּאָסֵף אֶל-עַמֶּיךָ

Nekom nikmat bney Yisra'el me'et haMidyanim

A’har te'asef el-ameycha.

« Venge la vengeance des enfants d’Israël de la part des Midianites

aprés seulement tu t’adjoindras à ton peuple

 

C’est un expression qui veut dire mourir dans l’hébreu biblique mais qu’il faut comprendre littéralement.

 

Enseignement de Rabbi ‘Hayim Louzzato grand kabaliste d’Italie:  

En analysant les différents termes dont se sert la Bible pour dire la mort, il va établir que le texte de la Bible déjà au niveau de la Torah connait la survie dans le monde à venir. Cela se rattache à une grande polémique avec les théologues chrétiens qui prétendent que ce qu’ils appellent l’au-delà est une innovation du christianisme et qu’il n’y en a pas trace dans l’ancien testament...

 

Il y a 3 expressions :

-          Vayidvar : il expira

-          Vayamot : il mourut

-          Vayassef al amav : il fut adjoint à son peuple

 

-          Vayidbar : Il expira. C’est le fait de rendre le dernier souffle c’est lorsque l’âme et le corps se séparent.

 

-          Vayamot : Il mourut. C’est lorsqu’il n’y a plus de vie biologique dans le corps. Le fait de savoir si l’âme se sépare du corps un peu avant l’arrêt de vie biologique, c’est un autre problème. Cela s’étudie dans la Guémarah du Talmud : à partir de quel moment peut-on diagnostiquer  la mort clinique ? Vayamot c’est quand la séparation de l’âme et du corps a pour résultat la mort du corps. C’est le corps qui est mort. C’est la personne qui est expirée. C’est le Néfesh qui expire. Et le corps est mort. Le cadavre du corps mort c’est Guéviah. 

 

-          Vayassef al amav : Il a été adjoint à son peuple. Ram’hal explique que cette expression signifie que cette personne qui a vécu sa vie terrestre est allé rejoindre son peuple là où il se trouve, c’est-à-dire dans le monde à venir.

 

אַחַר, תֵּאָסֵף אֶל-עַמֶּיךָ

A’har te'asef el-ameycha.

Et aprés tu mourras

 

Beaucoup de commentateurs ont étudié cette forme : par exemple Guélilé Zahav a indiqué ceci : grammaticalement, le mot de תֵּאָסֵף Téassef signifie « être ajouté à » mais signifie aussi « être séparé de ». C’est les paradoxes de la langue hébraïque. Il faudrait qu’il y ait Téassef meamekha tu quitteras ton peuple qui lui reste en vie... Mais le fait que ce soit indiqué ainsi :   

 

אַחַר, תֵּאָסֵף אֶל-עַמֶּיךָ

A’har te'asef el-ameycha.

Et aprés tu mourras

 

C’est pour indiquer que l’essentiel de l’existence c’est dans le monde à venir. Et qu’ici c’est une existence provisoire – pour employer un terme mathématique - une projection de l’existence vraie dans les coordonnées de l’espace-temps de ce monde-ci. Mais littéralement cela veut dire : et après tu seras ajouté à ton peuple.

 

Je vous propose mon explication, sans avoir de source :

Il faut comprendre simultanément pourquoi c’est la dernière chose que Moïse doit faire : régler ce contentieux avec Midiane, et d’autre part pourquoi c’est sous cette forme « et après tu rejoindras ton peuple... ». Plus précisément,  on ne peut pas dire que Moïse est mort bien que ce soit écrit. Il est mort de la mort terrestre. Mais c’est vivant qu’il est entré dans le monde à venir. Et d’autre part, le terme qu’il aurait fallu employé c’est le terme de Vayidbar. Nous l’avons étudié à propos de Abraham et Ishmaël. Rashi cite le Talmud qui explique qu’on emploie cette expression uniquement pour les justes, les Tsadikim. Parce que les Tsadikim vivent toute la quantité de vie qui leur est donnée en ce monde-ci. C’est pourquoi cela se traduit par expirer. Les Tsadikim vivent jusqu’au dernier instant. Et c’est pourquoi ils meurent dans un instant, cela s’appelle mitah be néshiqah, la mort dans un baiser. Et le modèle parfait de cela a été Moïse qui a vécu, à la seconde près, 120 ans. Il est mort le jour de sa naissance 120 ans après. Il y a énormément d’enseignements à ce sujet, en particulier, une des origines du souhait : « jusqu’à 120 ans ! »

Souhait qui soulève 2 réactions :

-          Pourquoi tu m’en veux tant que ça?

-          C’est tout ?

 

Il y a un problème entre Moïse et Midiane.

Dans cet aspect cette dimension du problème : Pourquoi est-ce Moïse lui-même qui doit couper ce cordon ombilical qui risque d’attacher Midiane à Israël, précisément à travers Moïse ?

 

Fin de Parshat Balak :

On apprend dans cet épisode des femmes midianites, qu’un chef de tribu, on apprend son nom dans Parshat pin’has, Zimri Ben Salou, a pris une midianite devant tout le peuple. . 

 

25 :6

וְהִנֵּה אִישׁ מִבְּנֵי יִשְׂרָאֵל בָּא, וַיַּקְרֵב אֶל-אֶחָיו אֶת-הַמִּדְיָנִית, לְעֵינֵי מֹשֶׁה, וּלְעֵינֵי כָּל-עֲדַת בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל; וְהֵמָּה בֹכִים, פֶּתַח אֹהֶל מוֹעֵד

Vehineh ish mibeney Yisra'el

ba vayakrev el-echav et-haMidyanit

le'eyney Moshe ule'eyney kol-adat beney-Yisra'el

vehemah vochim petach Ohel Mo'ed

Et voici une personnalité d’entre les Bnei Israël

Est venu et il approcha de ses frères, la midianite

Aux yeux de Moïse et aux yeux de toute l’assemblée d’Israël.

Et ils pleuraient devant l’entrée de la tente d’assignation 

 

Que signifie que Moïse et les autres pleuraient ? 

Car Moïse était impuissant à intervenir d’où le grand mérite de Pin’has qui va intervenir lui. Parce que précisément Moïse avait épousé une midianite.

Donc il faut voir les choses à la racine : il y a un contentieux entre Israël et Midiane qui passe par  Moïse depuis l’origine de notre histoire de cette génération du désert, puisque Tsiporah la fille de Jéthro est midianite. Et donc il était « juge et partie » donc impuissant à intervenir. N’importe qui aurait pu dire : « mais toi ? ». C’est donc l’initiative de Pin’has qui a arrêté cette Maguéfa.

 

Il faut se référer à ce que raconte le début du livre de Shemot. C’est dans le chapitre 2 qui évoque ce lien entre Moïse et Midiane.

 

Sefer Shmot chapitre 2 verset 11

 

2:11

וַיְהִי בַּיָּמִים הָהֵם, וַיִּגְדַּל מֹשֶׁה וַיֵּצֵא אֶל-אֶחָיו, וַיַּרְא, בְּסִבְלֹתָם; וַיַּרְא אִישׁ מִצְרִי, מַכֶּה אִישׁ-עִבְרִי מֵאֶחָיו

Vayehi bayamim hahem vayigdal Moshe

vayetse el-e’hav

vayar besivlotam

vayar ish Mitsri makeh ish-Ivri me'ehhav

Et il arriva en ce jour-là Moïse grandit

et il sorti vers ses fréres.

« Et il vit leur fardeau

et il vit un homme égyptien frapper un homme hébreu de ses frères »

 

Jusqu’à ce verset Moïse est connu officiellement comme le fils adoptif et hériter présomptif de Pharaon. Seul son frère sa soeur et sa mère savent en réalité qu’il est hébreu, fils du chef de la tribu de Lévi. On est tellement habitué à connaître « Moïse l’hébreu » qu’on ne se rend pas compte que pendant les 40 premières années de sa vie il était égyptien.

 

Il faut comprendre qu’il est le paradigme de la vocation messianique de l’identité juive de la diaspora qui commence avec Joseph. Joseph est l’hébreu qui se met au service de la civilisation égyptienne avec la perspective de transfigurer la civilisation égyptienne. Il y a dans la messianité des hébreux la dimension Joseph à l’extérieur. Et lorsqu’il s’avère que cela a été un échec..., ce fut toujours le cas pour l’aventure de Joseph qui s’est produite dans toutes les civilisations. Joseph n’est pas n’importe qui mais le fils bien-aimé de Jacob qui disparaît dans une clandestinité absolue, on ne sait pas ce qu’il est, et il se dévoile comme étant à la tête de l’empire du temps. C’est le juif assimilé par excellence. Yossef Hatsadik.

 

 Je le décris de cette manière pour boucler la boucle qui le sera par Moïse, l’hébreu qui prend l’habit égyptien pour se mettre au service de la civilisation égyptienne. Et ce profil d’identité, hébraïque ou juif traverse toute notre histoire, jusqu’aux grands hommes de la diaspora dont le dernier peut-être était Mendès-France. Ces hommes qui portaient en eux le génie d’Israël bien qu’étant complétement assimilés. Donc en dépit de leur option individuelle, c’est quand même Israël qui travaille dans la civilisation du temps. C’est la dimension Joseph dans sa clandestinité égyptienne. Et voilà que lorsqu’il s’avère que cette tentative messianique à l’extérieur, qui n’est pas simple diaspora, mais diaspora la plus clandestine, la plus assimilée. Quand Jacob va rencontrer Jacob à la fin de cette histoire, il y a un Midrash extraordinaire, il a devant lui un égyptien. Il va demander à propos de ses petit-fils : qui sont-ils ceux-là ?

 

Il ne les reconnait pas comme Hébreux ! Joseph lui a reconnu ses frères. Mais eux ne l’ont pas reconnu parce qu’il est assimilé à l’égyptienne. C’est un verset. Cela se passe sans arrêt dans le même profil : les Juifs assimilés sont obligés de reconnaître les Juifs de la tradition juive. Mais les Juifs de la tradition  ne reconnaîssent pas les Juifs assimilés comme juifs. C’est le drame de Joseph. Ce n’est qu’en fin de compte qu’il se dévoile que Joseph était quand même Tsadik.

 

Je ne sais si Mendés-France était Tsadik dans le sens biblique mais c’était un grand homme d’une grande stature. J’ai eu affaire à lui lorsque j’étais président des étudiants juifs à Paris. Il se disait français, avec une solidarité pour le judaïsme. (Kissinger était un petit à côté de Mendès-France. Prix nobel de la paix pour avoir massacré des dizaines de milliers de vietnamiens !)

Les français les voient comme des juifs mais les juifs les voient comme des Goyim.

 

Cette histoire commence à Joseph et s’achève à Moïse qui est le profil d’identité de Joseph inversé.

C’est le juif sur le trône du Pharaon qui découvre la vie égyptienne et qui rejoint les hébreux. C’est l’histoire du juif de diaspora. Effectivement, ce qui s’est passé de notre temps  le retour de beaucoup de juifs de disapora au judaïsme, toujours restés marginaux d’ailleurs, c’est à cause du choc de ce que Moïse a vu : les égyptiens persécutant l’hébreu. Et beaucoup de juifs contemporains aprés la Shoah ont rejoint l’identité juive, tout en restant marginaux. Non par amour du judaïsme mais pour être solidaires avec les persécutés et non pas avec les persécuteurs.

C’est exactement l’histoire du verset concernant Moïse. Mais jusque là on ne sait pas qui sont les frères de Moïse. Officiellement ce sont les égyptiens. 

 

2:11

וַיְהִי בַּיָּמִים הָהֵם, וַיִּגְדַּל מֹשֶׁה וַיֵּצֵא אֶל-אֶחָיו, וַיַּרְא, בְּסִבְלֹתָם; וַיַּרְא אִישׁ מִצְרִי, מַכֶּה אִישׁ-עִבְרִי מֵאֶחָיו

Vayehi bayamim hahem

vayigdal Moshe

vayetse el-e’hav

vayar besivlotam

vayar ish Mitsri makeh ish-Ivri me'ehhav

Et il arriva en ce jour-là

Moïse grandit

et il sorti vers ses frères.

« Et il vit leur fardeau

et il vit un homme égyptien frapper un homme hébreu de ses frères »

 

vayetse el-e’hav

et il sorti vers ses frères.

 

Le lecteur juif est persuadé qu’il s’agit des hébreux ses frères. Mais le verset ne précisent pas lesquels. C’est l’ambivalence du verset.

 

וַיַּרְא, בְּסִבְלֹתָם; וַיַּרְא אִישׁ מִצְרִי, מַכֶּה אִישׁ-עִבְרִי מֵאֶחָיו.

vayar besivlotam

vayar ish Mitsri makeh ish-Ivri me'ehhav

« Et il vit leur fardeau

et il vit un homme égyptien frapper un homme hébreu de ses frères »

 

Dès qu’il y a une société, il y a les maîtres et les esclaves. Les deux ont un rôle, une tache à accomplir dans l’histoire du monde. On est jugé en fonction de la tache que l’on a à accomplir.

 

וַיַּרְא אִישׁ מִצְרִי, מַכֶּה אִישׁ-עִבְרִי מֵאֶחָיו.

vayar ish Mitsri makeh ish-Ivri me'ehhav

et il vit un homme égyptien frapper un homme hébreu de ses frères »

 

C’est en fin de verset que l’on sait que ce sont les hébreux que Moïse a choisi comme frères, parce qu’il a vu l’égyptien frapper un hébreu.

 

C’est pas du tout pour du raison de civilisation que Moïse a préféré les hébreux aux égyptiens mais pour des raisons d’ordre moral. Parce qu’au niveau de civilisations ils sont complices de la même civilisation qu’est l’empire égyptien.

Par exemple, un juif français de diaspora classique est inséré dans le circuit de la cité française.

Il est inséré dans la diaspora comme les hébreux étaient insérés dans l’empire égyptien.

L’empire égyptien étant totalitaire les choses sont claires.

 

C’est pour des raisons morales que Moïse a choisi. Le verset est très clair

וַיַּרְא אִישׁ מִצְרִי, מַכֶּה אִישׁ-עִבְרִי מֵאֶחָיו.

vayar ish Mitsri makeh ish-Ivri me'ehhav

et il vit un homme égyptien frapper un homme hébreu de ses frères »

 

Pour quelqu’un qui le verrait de loin, et qui n’arrive pas à se sortir de ce mystère : comment décrire un juif de telle sorte qu’on puisse le reconnaître ? Quel est le critère pour être juif ?

Tous les critères proposés sont faux.

On veut définir un juif par la Torah ? La Torah elle-même prévient qu’un juif sans Torah c’est quand même un juif. On veut définir un juif par la terre d’Israël ? Quid des autres dehors ? On veut définir un juif par l’appartenance au peuple ? Le juif est citoyen français mais il est juif....etc.

Cela reste un mystère pour cerner cette identité.

 

Voilà ce qui se passe dans ce verset : C’est une situation contemporaine que nous avons vécue. Du moins en particulier tous les penseurs que l’on appelle « les nouveaux philosophes » qui en France sont pratiquement tous juifs, qui ont été déçus de la civilisation Goï et qui se réclament des valeurs juives du dehors de la communauté et du dehors d’Israël. Un seul qui est un peu sympatique : Glucksman. Les autres sont des imposteurs. Hommes de valeurs tous, mais qui sont restés coïncés sur des demi-chemins. 

 

Voilà le problème :

Moïse est déçu pour des raisons d’ordre morale de la civilisation égyptienne.

 

וַיִּפֶן כֹּה וָכֹה, וַיַּרְא כִּי אֵין אִישׁ; וַיַּךְ, אֶת-הַמִּצְרִי, וַיִּטְמְנֵהוּ, בַּחוֹל

Vayifen koh vakhoh vayar ki eyn ish

Vaya’h et-haMitsri vayitmenehu ba’hol.

« Il se tourna ça et là et vit qu’il n’y avait personne, il frappa l’Egytien et l’enfouit dans les sables »

 

La civilisation égyptienne a été enfouie dans les sables comme vous le savez.

En hébreu ‘hol signifie aussi profane : cela veut dire « c’est fini ».

 

Le lendemain :

 

Verset 13

2 :13

וַיֵּצֵא בַּיּוֹם הַשֵּׁנִי, וְהִנֵּה שְׁנֵי-אֲנָשִׁים עִבְרִים נִצִּים; וַיֹּאמֶר, לָרָשָׁע, לָמָּה תַכֶּה, רֵעֶךָ

Vayetse bayom hasheni vehineh shney-anashim Ivrim nitsim

vayomer larasha lamah takeh reekha

« Le lendemain et voici 2 hommes hébreux qui se disputent »

Alors il dit au Rashâ : pourquoi frapperais-tu ton prochain ?

 

On entend tout de suite Véahavtah léreakha kamokha - l’amour du prochain.

Le Midrash pose la question : comment sait-il qui est le méchant ?

Réponse : C’est celui qui a la main levée...

 

Après la Soah, les nouveaux philosophes sont déçus de la civilisation ambiante. Ils vont au consistoire et y voient deux hébreux se disputer. Alors ni l’un ni l’autre. Moïse s’enfuit déçu de la société égyptienne et déçu de l’état des communautés juives de son temps. Ensuite, il recevra une leçon d’analyse par Dieu lui-même quand au bout de 40 ans, passé sans aucune révélation de Dieu à Moïse, Dieu va se révéler à lui...

« C’est bien mon peuple que tu vas aller sauver ».

Hagadah de Pessa’h :

« Et les égyptiens nous ont faits du mal et nous ont persécutés »

Lu par un Midrash comme « les égyptiens nous ont rendu mauvais... »

Dieu explique à Moïse qu’il n’a pas compris dans quel état ils sont : c’est Mon peuple dans l’état où il se trouve qu’il faut aller sauver. Moi, Je n’ai pas fermé les yeux ni les oreilles à leur situation... » imagine Rashi. Il n’y a pas de doute que dans les camps de concentration d’Egypte, cela se passait comme le raconte le Midrash. Mais c’est la situation dans laquelle la persécution les a mis. Très souvent nous sommes trompés .../... 

***

Parasha - Matot 95 Suite & fin

.../...

 

c’est le résultat de l’exil. Nous avons ramenés tout ces défauts-là. Il faut savoir ce que c’est que 2000 ans d’exil : cela détruit l’équilibre nerveux des Juifs. Tous les juifs sont nevrosés par 2000 ans d’exil. 

 

Quand j’ai fait ma Aliah et que j’ai vécu quelques semaines en Israël commme israélien, je me suis rendu compte que les 20 ans passés en France j’étais malade sans le savoir.

On vit une vie normale, et 2000 ans ont pour résultat de détraquer les nerfs des juifs.

Un cours du Rav Kook à ce sujet : la Aliah c’est une cure de revitalisation. Il faut se guérir de l’exil.

Un enseignement du Rav Ouziel : nous avons besoin de deux sortes de Messie : l’un qui sort les juifs d’exil et l’autre qui sort l’exil des juifs. Une cure de désintoxication. On ne se rend pas compte à quel point nous sommes devenus un peuple étrange. Au niveau national c’est ce qui se passe au niveau du consistoire.

 

Quel est l’état de la société hébraïque en Egypte ? Datan et Aviram !

 

וְהִנֵּה שְׁנֵי-אֲנָשִׁים עִבְרִים נִצִּים

vehineh shney-anashim Ivrim nitsim

et voici 2 hommes hébreux qui se disputent 

 

C’est ce qu’étaient devenus les Hébreux. 

Lorsqu’il se heurte à ses deux déceptions, vis-à-vis de la société ambiante égyptienne, et vis-à-vis de sa propre commuauté d’origine, Moïse fils adoptif de Pharaon décide de tout quitter et de s’enfuir. Il s’enfuit non pas n’importe où. Il semble d’aprè le texte qu’il sait où il va.

 

Verset 15

וַיִּשְׁמַע פַּרְעֹה אֶת-הַדָּבָר הַזֶּה, וַיְבַקֵּשׁ לַהֲרֹג אֶת-מֹשֶׁה; וַיִּבְרַח מֹשֶׁה מִפְּנֵי פַרְעֹה, וַיֵּשֶׁב בְּאֶרֶץ-מִדְיָן וַיֵּשֶׁב עַל-הַבְּאֵר

Vayishma Par'oh et-hadavar hazeh

vayevakesh laharog et-Moshe

vayivrach Moshe mipney Far'oh

vayeshev be'erets-Midyan

vayeshev al-habe'er.

Et Paro entendit cette chose.là

Et il chercha à tuer Moïse

Et Moïse s’enfuit de devant Paro

et s’installa au pays de Midyan

et s’assît auprès du puit.

 

C’est très condensé, c’est clair que Moïse sait où il va.

 

Pourquoi Midian ?

Midiane n’est pas n’importe qui, c’est un des fils d’Abraham.

Abraham après avoir eu Sarah comme femme, après l’épisode de Agar a pris une femme nommée Qétourah qui est Agar après sa Teshouvah d’après certains maitres du Midrash.

Agar s’est repentie vis-à-vis de Sarah. Les Qétoret sont liés à cette Teshouvah.

De Qétourah qui est Agar dans le Midrash, Abraham a eu d’autres enfants dont l’un est Midiane.

 

2:16

וּלְכֹהֵן מִדְיָן, שֶׁבַע בָּנוֹת; וַתָּבֹאנָה וַתִּדְלֶנָה, וַתְּמַלֶּאנָה אֶת-הָרְהָטִים, לְהַשְׁקוֹת, צֹאן אֲבִיהֶן

Ulekhohen Midyan sheva banot

vatavonah vatidlenah vatmalenah et-harehatim

lehashkot tson avihen

Et le prêtre de Midiane avait 7 filles

Et elles venaient et puisaient l’eau et remplissaient les abreuvoirs

Pour abreuver le troupeau de leur père.

 

Midrash : le prêtre de Midiane n’a pas de berger pour veiller à son troupeau. Yitro a eu la même expérience qu’Abraham : il a répudié toutes les idolâtries du monde, à commencer par celle de Midiane, et était disponible pour une révélation de vérité. C’est pourquoi son peuple l’avait mis en quarantaine. Donc ses filles devaient s’occuper du troupeau.

Moïse ne va donc pas n’importe où. 

 

‘Hidoush personnel : je n’ai pas trouvé de source à ce propos sauf peut-être une mince allusion du Shlah dans cette Parashah : Moïse a une tentation : puisque l’Egypte l’a déçu et Israël tel qu’il est en Egypte l‘a déçu également, il va chercher un erstatz d’Israël à Midiane. C’est similaire avec tous ces juifs assimilés qui sont revenus à la communauté après la Shoah mais en tant que marginaux. Ils se sont tous cherchés un remplaçant d’Israël.

 

Tous ces jeunes juifs, intellectuels brillants déçus par la civilisation occidentale, mais surtout par la communauté ou le pays d’Israël, se mettaient au service des pays du tiers-monde : Mao, Che Guévara... Tout comme Moïse, ils se cherchaient un Midiane : « tu seras mon Midiane et je serais ton Moïse ». Effectivement, ils se sont tous pris pour des prophètes des pays du tiers-monde.

 

Cette explication me plait parce que si c’est déjà arrivé pour Moïse c’est qu’il y a de l’espoir pour tout le monde.

 

On trouve la clef du problème dans la fin du verset 15:

 

2:15

וַיִּשְׁמַע פַּרְעֹה אֶת-הַדָּבָר הַזֶּה, וַיְבַקֵּשׁ לַהֲרֹג אֶת-מֹשֶׁה; וַיִּבְרַח מֹשֶׁה מִפְּנֵי פַרְעֹה, וַיֵּשֶׁב בְּאֶרֶץ-מִדְיָן וַיֵּשֶׁב עַל-הַבְּאֵר

Vayishma Par'oh et-hadavar hazeh

vayevakesh laharog et-Moshe

vayivrach Moshe mipney Far'oh

vayeshev be'erets-Midyan

vayeshev al-habe'er.

Et Paro entendi cette chose-là

Et il chercha à tuer Moïse

Et Moïse s’enfuit de devant Paro

et s’installa au pays de Midyan

et s’assît auprès du puit.

 

Rashi sur la fin :

Il a appris de Jacob qui a rencontré sa promise près du puit.

 

Ce qu’il y a derrière c’est énorme. Cela veut dire qu’il veut faire comme Jacob, fonder un peuple d’Israël avec la fille de Jéthro comme matrice : un ertsatz d’Israël.

Cette référence au puit de Jacob c’est la rencontre de Jacob et Rachel qui fonde le peuple d’Israël aprés la sélection d’identité depuis Abraham Isaac jusqu’à Jacob...

 

On voit là l’option de Midiane.

Il y a une telle osmose entre Moïse et Midiane qu’il faut que ce soit Moïse qui brise cette tentation de Midiane. Après seulement il pourra rejoindre son peuple. Parce que tant qu’il est proche de Midiane il y a un doute : Ne va t’il pas remplacer Israël par une autre société... ?

 

***

 

Retour à notre verset :

Chapitre 31 de Matot :

31:1

וַיְדַבֵּר יְהוָה, אֶל-מֹשֶׁה לֵּאמֹר

Vayedaber Adonay el-Moshe lemor

31:2

נְקֹם, נִקְמַת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, מֵאֵת, הַמִּדְיָנִים; אַחַר, תֵּאָסֵף אֶל-עַמֶּיךָ

Nekom nikmat bney Yisra'el me'et haMidyanim

A’har te'asef el-ameycha.

« Venge la vengeance des enfants d’Israël de la part des Midianites

aprés seulement tu t’adjoindras à ton peuple

 

Je vous donne une référence qui vous montrera à quel point les détails du texte sont important pour comprendre ce qui se passe.

Je vous lis une référence qui se trouve dans le Sifré 37:2 (Midrash sur Bémidbar)

Amar Rabi Its’haq : que signifie A’har ? Et après seulement tu rejoindras ton peuple ?

J’en ai dit l’essentiel tout à l’heure : il faut arrêter cette tentation de Midiane, il n’y a que Moïse qui doit le faire.

 

La grandeurt de Moïse est mise en évidence par d’autres commentaires :

Dieu dit à Moïse:

 נְקֹם, נִקְמַת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, מֵאֵת, הַמִּדְיָנִים; אַחַר, תֵּאָסֵף אֶל-עַמֶּיךָ

Nekom nikmat bney Yisra'el me'et haMidyanim

A’har te'asef el-ameycha.

« Venge la vengeance des enfants d’Israël de la part des Midianites

aprés seulement tu t’adjoindras à ton peuple

 

Moïse pouvait décider d’ëtre immortel puisque c’est écrit : après seulement tu mourras...

Il aurait laissé tranquille Midiane et serait immortel.

 

Retour au Sifré :

A’har...

C’est pour nous faire connaître la louange des dirigeants d’Israël qui ne quittent pas ce monde avant d’avoir venger la vengeance d’Israël qui est la vengeance de Dieu lui-même (comme nous allons le voir sur le verset). Beaucoup de Drashot ont été faites sur cette grandeur de Moïse à qui Dieu tend la perche. Mais dès que tu vas régler les compte avec Midiane tu vas rejoindre son peuple. Mais Moïse n’attend pas et agit tout de suite en s’adressant aux chefs des tribus pour lever une armée contre Midiane.

 

Amar Rabi Its’haq 

eitour léSoufrim halakha léMoshe miSinaï

C’est une expression qui veut dire la forme littéraire des rédacteurs : on peut enjoliver l’écriture

אַחַר, תֵּאָסֵף אֶל-עַמֶּיךָ

A’har te'asef el-ameycha.

Le mot de A’har est en plus. Il aurait suffit que le verset dise :  véte'asef el-ameycha

 

Le mot אַחַר A’har est un enjolivement de la forme. Il dit Halakhah LéMosheh MiSinaï pour préciser que ce mot-là אַחַר A’har est très important et que l’on ne peut s’en passer. Après seulement tu seras d’Israël... Les Midrashim ont bien cerné la véritable intention du texte. 

 

Or, concernant Midiane, le Midrash explique que plus que tous les autres adversaires d’Israël, il y a contestation sur Israël de la part de Midiane. Il faut le comprendre en hébreu.

 

Midian = Mem-Dalet-Youd-Noun de même racine que Din. Or, il y a un mot qui se rapproche c’est le mot de Madon, le mot de contestation. Din madon la querelle de contestation.

C’est Midian par excellence qui conteste Israël. Si Israël n’est pas là c’est Midiane. Car Yitro a eu la même expérience que Abraham. Sa contestation est grave car c’est l’identité la plus proche d’Israël. Si Abraham ne donne pas Israël il aurait pu donner Midiane.

 

Une analyse en français : les choses les plus proches mais qui ne sont que proches sont en réalité les plus dangeureuses. On est aidé par le français dans cette analyse : entre proximité et approximation.  Le caractère positif de ce qui est tout proche c’est d’être ce qui est tout près. Mais le caractère négatif : ce n’est que près, à côté, approximatif. C’est une caricature.

 

C’est la définition même de l’hérétique. Une sorte qui ressemble, car sorti de...

A l’origine on ne voit pas la différence mais avec le temps c’est un abîme... C’est le cas du christianisme. Assez rapidement les rabbins ont institués que certaines formules de la prière devenaient impropres chez le ‘Hazan car trop chrétiennes alors qu’elles auraient pu passer pour très pieuses du point de vue juif.

 

Traité Brakhot : Celui qui dit « Modim, Modim » « nous te reconnaissons, nous te reconnaissons », celui qui répète les mots de Modim on le jette (allusion au père et au fils...). Celui qui répète le mot de « Amen, Amen ».  Celui qui répète le Qriat Shema (allusion au père et au fils...)

 

Et aujourd’hui la communauté juive est mélangé entre sadducéens et pharisiens. C’est précisément dans la prière qu’on peut déceler qui fait partie de quoi. Les premiers chrétiens étaient des juifs pieux.

 

***

 

Dès que Moïse entend :

31:2

נְקֹם, נִקְמַת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, מֵאֵת, הַמִּדְיָנִים; אַחַר, תֵּאָסֵף אֶל-עַמֶּיךָ

Nekom nikmat bney Yisra'el me'et haMidyanim

A’har te'asef el-ameycha.

« Venge la vengeance des enfants d’Israël de la part des Midianites

aprés seulement tu t’adjoindras à ton peuple

 

31:3

וַיְדַבֵּר מֹשֶׁה אֶל-הָעָם לֵאמֹר, הֵחָלְצוּ מֵאִתְּכֶם אֲנָשִׁים לַצָּבָא; וְיִהְיוּ, עַל-מִדְיָן, לָתֵת נִקְמַת-יְהוָה, בְּמִדְיָן

Vayedaber Moshe el-ha'am lemor

hechaltsu me'itchem anashim latsava

veyihyu al-Midyan

latet nikmat-Adonay beMidyan.

Et Moïse parla au peuple en disant:

Engagez des hommes pour la guerre

Et ils seront contre Midiane 

Pour donner la vengeance de Dieu contre Midiane.

 

Dieu dit à Moïse :

נִקְמַת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, מֵאֵת, הַמִּדְיָנִים

 nikmat bney Yisra'el me'et haMidyanim

La vengeance d’Israël contre Midian

Et Moïse dit au peuple

נִקְמַת-יְהוָה, בְּמִדְיָן

nikmat-Adonay beMidyan ?

 

Rashi sur Nikmat Hashem :

Midrash : « pourquoi Moïse dit-il « la vengeance de Dieu » ? Parce que celui qui se dresse contre Israël c’est comme s’il se dressait contre Dieu. »

 

Il y a des implications énormes. Il y a énormément de sources à ce sujet. Dieu lui-même considère qu’une faute contre Israël est plus grave qu’une faute contre lui. En voilà un exemple !

 

A lire chez vous un enseignement du Guélilé Zahav sur la différence entre Koh Amar et Zeh Hadavar

 

*****

 

Q : Bilaam donne un conseil à Balak d’envoyer les filles de Moav. Midiane géographiquement c’est au Sinaï et pas à Yarden ?

 

R : Oui mais Midiane et Moav ont fait une coalition contre Israël. Effectivement la question est posée : pourquoi la vengeance ne s’exerce-t’elle pas contre Moav puisque Balak était roi de Moav ? Il y a d’autres sources indiquant que Moav est protégé parce qu’en fin de compte David sortira de Moav. C’est déjà le cas lorsque Abraham protège Lot, avant même Moav. Dès que David est né l’interdiction de ne pas faire de guerre à Moav est levée. Ruth n’est pas n’importe quelle convertie. La plus proche qui est devenue la plus éloignée. Lot est un « comme Abraham » et s’est éloigné. Lorsque Ruth revient elle ramène tous les intermédiaires... Elle était rejettée le plus loin avec Moav. C’est pourquoi elle va devenir le paradigme des convertis.

 

 Q : Après le veau d’or, Dieu propose à Moïse de faire un nouveau peuple à partir de lui et lui refuse il y a déjà eu un choix ?

 

 R : Oui, c’est une bonne question qui fait le lien avec cet autre thème : c’est justement après le veau d’or que Moïse prophétise par Zeh Hadavar. Jusqu’au veau d’or, le peuple n’est qu’au niveau de Koh Amar. Après le veau d’or, il y a une catharsis de ce risque d’idolâtrie par le Erev Rav. Après, Moïse peut leur prophétiser par Zeh Hadavar.

La question a été étudiée par le Talmud : un peuple qui sortirait de Moïse sortirait aussi d’Abraham d’Isaac et de Jacob. Alors on ne comprend pas très bien l’argumentation de Moïse, lorsque Dieu lui dit : « de toi Je ferais sortir un grand peuple et je vais annuler ce peuple-là... » Moïse plaide en disant : « rappelles Toi d’Abraham d’Isaac et de Jacob à qui Tu as promis... »

La réponse nous est donnée par un Midrash qui cite la Guémara: « A quoi cela ressemble-t’il ? Une table à trois pied ne tient pas et tu voudrais une table à un seul pied ? »

Cela signifie que l’identité des pères est très différentes par rapport à l’identité de Moïse qui est celle du maître. Un peuple sortant de Moïse serait une église. C’est la grande différence avec le chritianisme. Le peuple de Moïse serait un maître et ses élèves, alors que le peuple d’Israël c’est un père avec ses fils. Cela n’a rien à voir.

La grande différence entre le christianisme et le judaïsme commence là : Dieu a contracté alliance avec un peuple. Le peuple d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. On ne parle jamais du Dieu de Moïse. On parle du Dieu d’Abraham, de Isaac et de Jacob. Le maitre c’est Moïse, et lorsque Moïse parle au peuple, il dit : « votre Dieu m’a dit... » et jamais « mon Dieu », à part deux exceptions qui s’expliquent chacunes. Chaque fondateur de religion dit « Mon Dieu m’a dit de vous dire... » Voie royale de l’idolâtrie. Le christianisme nous a inventé un Israël qui est une église. Le danger serait d’inventer un Israël qui serait une synagogue.

C’est le dialogue qu’on retrouve entre Dieu et Moïse : « cela n’a pas marché avec le peuple, tu vas fonder une  église... » Moïse lui répond : « je sais très bien que ce n’est pas cela que tu veux, mais un peuple ! »

Quelle est la différence ? Une église est toujours celle des élus. Les parfaits, l’élite. Avec le peuple c’est universel. Or, une église ne peut pas représenter l’universel humain qui ne peut être représenté que par une collectivité, par un être collectif.  Alors l’église est une communauté mystique, une confession.

On est juif par l’identité. C’est ce que j’explique aux candidats à la conversion. On ne change pas comme de carte de parti. Certains sont persuadés que la vérité est chez nous : comment le savoir avant d’apprendre la Torah ?  Ces motivations de conversions sont suspectes. La vraie question que l’on pose c’est : acceptes-tu l’histoire juive ? Oui ? mais tu es fou ! sais-tu ce que c’est que l’histoire juive ? Celui qui accepte l’histoire juive cela commence à être sérieux. Soit il est fou, soit il est juif.

Il adopte Israël et ensuite sa religion, et non pas l’inverse. C’est ainsi que parle la Bible : « Il nous a choisi parmi les peuples et nous a donné Sa Torah ». C’est comme cela que parle Ruth : elle dit « ton peuple sera mon peuple et ton Dieu sera mon Dieu », mais il y a un ordre.

 

Il ne s’agit pas d’adopter certaines idées à la place d’autres idées, c’est une histoire d’identité. Il faut être juif pour être juif et pas tous les Goyim peuvent être juifs, indépendament du niveau de vérité.

 

***

 

On a compris pourquoi Moïse devait couper le cordon ombilical avec Midiane. La tentation de Midiane. Une assimilation très particulière. Risquer de quitter le judaïsme au nom des valeurs juives... C’est ce qu’on voit chez quantités d’intellectuels juifs fuyant le judaïsme en se réclamant des valeurs juives. Si c’est déjà arrivé à Moïse il y a de l’espoir...  

 

Fin

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Published by Manitou - dans PARASHAT HASHAVOUA
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