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24 juillet 2009 5 24 /07 /juillet /2009 16:14

Houkat (1985) 2ème partie

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/houkat_serie_1985/cours_1

 

C’est dans l’identité d’Israël qu’il y a cette capacité de transformation des contraires. Cela fait partie d’un sujet beaucoup plus vaste : dans l’identité d’Israël il y a une force qui s’appelle le Bikhour – c’est-à-dire la force de transformer les choses en leur contraire : la malédiction devient bénédiction, le futur devient un passé, le passé devient un futur... Cela se voit dans énorméments de versets. Cette force-là se trouve en Israël. Je veux simplement mettre en évidence ce que nous vivons actuellement : on prend le passé le plus antérieur pour en faire un futur : C’est un Koa’h qui définit le Koa’h d’Israël qu’on appelle la force du ’Hidoush, du renouvellement.

 

Je relie cela très rapidement au problème de Moïse :

Moïse seul est capable de cette conduite de Mitsvah qui fait que toutes les Mitsvot sont possibles. Tant qu’on n’a pas eu cette clef, ce levier, on ne put pas embrayer dans la Torah. Pourquoi ? La Torah est donnée à un peuple dans l’état de pureté. Il faut donc d’abord le purifier pour qu’il puisse accéder à la Torah. Formellement, cela veut dire qu’il y a une Mitsvah à travers laquelle on devient soumis aux Mitsvot. Et c’est laquelle ? Du point de vue historique je crois que c’est suffisament clair : il faut passer de l’état d’impureté à l’état de pureté !

 

Le corollaire, c’est que celui qui fait passer les autres de l’état d’impureté à l’état de pureté lui-même sera impur et donc entre dans la communauté et est soumis à la même règle d’avoir à se purifier... etc.

 

Mais à priori, il s’agit de Moïse en particulier. Tant pour la sortie d’Egypte au niveau de l’événement historique, la sortie n’aurait pas été possible si ce n’était pas Moïse qui était l’intermédiaire, et pour éviter qu’on croit que c’est lui qui l’a faite on ne le cite même pas dans la Hagadah de Pessa’h. Mais on sait très bien que sans Moïse jamais rien n’aurait bougé. Mais il a fallu cette chose exceptionnelle que de Joseph à Moïse, finalement on trouve un hébreu sur le trône de Pharaon. Moïse est d’abord connu comme le fils adoptif de Pharaon et son héritier présomptif. Comme je le dis souvent c’est l’identité à l’inverse de celle de Joseph : Joseph c’est cet hébreu déguisé en égyptien. Et Moïse c’est cet hébreu déguisé en égyptien qui enlève le déguisement égyptien.

 

Tout cela a des antécédents dans le passé : une partie de l’identité d’Israël se met à part en vue du salut du Klal, de la collectivité, et a donc un destin exceptionnel, je parle de Moïse en particulier.

 

Tout se passe comme si nous vivons une situation analogue avec de nouveau cette situation de sortie de la Galout et le commencement de Guéoulah. 

 

Deux indications :

Il faut arriver à trouver cet clef, cette charnière, ce levier pour que cela puisse se déclencher. Cela ne peut venir que d’en-haut et ne peut pas venir d’en-bas. L’impur ne peut pas se transformer seul en pur. Il faut qu’il y ait un passeur. Quelqu’un qui fasse passer.   

 

***

 

Q : Je cherche un rapport direct entre le commentaire du Or Ha’Hayim et celui de Rashi ?

R : Ce sont deux choses différentes citées qui j’ai donné à deux moments différents de l’analyse. Il y a un rapport mais je ne l’ai pas précisé. L’enseignement du Or Ha’hayim : l’aspect ‘Houkah de la Torah c’est asher-tsivah Adonay lemor: “daber el-beney Yisra'el  D’autre part le Midrash que cite Rashi c’est le fait que Hashem nous ait donné ce commandement particulier de la Parah Adoumah, c’est une ‘Houkah. Cela veut dire qu’on va être en but aux contestations des Oumot Haolam, et j’essaie d’expliquer pour ma part l’importance de ce Midrash. Cela porte sur l’éventualité même, l’idée même, le problème même de la Torah qui est contestée : « vous ne pouvez pas pratiquer la Torah mais vous affirmez que c’est possible grâce à la Para Adoumah ? » Réponse : Grâce à la Para Adoumah avec derrière elle le thème de l’identité de Moïse et c’est Gzeirah de Dieu.

 

C’est un thème important mais difficile à manier. Il implique dans le langage de notre culture  contemporaine une catégorie qui est très délicate à exprimer et qui est l’élection d’Israël comme fait inexplicable.

 

Finalement, l’humanité entière, à travers l’islam pour sa part, et à travers la chrétienté pour la sienne, et dans d’autres fomules culturelles humanistes non forcément théologiques, reconnaissent qu’il y a un cas à part pour l’humanité et qui est le peuple juif, c’est-à-dire Israël. On ne dira pas « élection » mais on désigne finalement la même chose. Seulement, ils disent que cela a eu lieu et Israël a été ensuite déchu ... Ils ne peuvent pas nier qu’il y ait eu cela :

Zot ‘hukat hatorah asher-tsivah Adonay lemor daber el-beney Yisra'el

 

Dans le Kouzari par exemple Judah Halévi a très bien mis cela en forme dans son introduction. Si on demande au représentant de l’islam ou au représentant de la chrétienté d’où ils savent que ce en quoi ils croient est vrai, ils finissent par indiquer la source juive. A un certain moment il faut s’adresser à Israël ! Ancien testament pour les Chrétiens ou comme le dit le Coran la malédiction de la déchéance d’Israël. Cette incapacité d’admettre que la véritable volonté de Dieu c’est que la Torah d’en-haut soit pratiquée en bas. Pour eux la Torah d’en-haut n’est praticable qu’en-haut et pas en-bas où l’on s’arrange autrement.... Déclarant ces idées paradoxales : comment transformer l’impur en pur... ?

 

***

J’ai posé le principe suivant : il y a une Mitsvah en particulier de la Torah grâce à laquelle on peut embrayer dans toutes les Mitsvot de la Torah. Puisque toutes les Mitsvot de la Torah ont pour objectif, la Qédoushah, la sainteté.

 

Dans le temps de Galout quand le Beit Hamiqdash n’est pas encore construit, on peut penser qu’il y a une différence de nature entre les Mitsvot qui demandent la pureté pour la sainteté du temple et celles qui ne le demandent pas. Et cela c’est une situation de Galout, une situation provisoire. Tant que le temple n’est pas construit nous somme tous en état d’impureté, bien qu’il y ait les prescriptions de purifications dans les relations inter-humaines. Mais par rapport à la sainteté du Beit Hamiqdash nous sommes tous en état d’impureté. Il faut que l’on embraye quelque part pour pouvoir commencer à purifier les premiers  qui purifieront les autres. Dans tous les cas, il nous faut un Moïse qui soit ce cas particulier qui a été Moïse comme au temps de la sortie d’Egypte.

 

Il faut donc arriver à avoir le mérite d’une génération qui est capable de faire le travail de Moïse.

Là, il y a un mystère que l’on ne peut pas expliquer aux Goyim ni même au Satan. Dieu seul le connait et c’est une complicité  avec Israël. A chaque génération, dans le peuple d’Israël, il y a cela présent : cette capacité de pureté qui n’est atteinte par aucune impureté. On ne peut pas expliquer cela au monde qui ne comprend pas l’élection d’Israël, la grâce d’Israël, et qui devient furieux de ne pas pouvoir y participer...

 

Q :Y-a-t’il un rapport avec l’huile de ‘Hanoukah devenue impure ?

R: c’est la même chose, l’huile était rendue impure par le fait que les Grecs avaient touché les vases d’huile, et comme ils étaient impurs par contact du cadavre, l’huile est devenu impure. Toutes les Mitsvot finalement ont un préalable de pureté de telle sorte d’aborder le stade de la sainteté.

Tout ce qui est profane peut devenir saint à condition d’abandonner son stade d’impureté et d’acquerir d’abord la pureté.  Lorsqu’on est tombé dans l’impureté bien que par principe candidat à la sainteté, on est indisponible à la sainteté que l’impureté empêche. Il n’y a pas plus grande impureté que la Galout.

 

La sortie d’Egypte était impossible si ce n’était par Moïse, et le don de la Torah aux hommes était impossible si ce n’était par Moïse.

 

C’est le cas particulier pour l’ensemble des Mitsvot de la Torah d’une Mitsvah particulière qui permet la pratique de toutes les autres : la Mitsvah concernant la purification. C’est l’initiative de Moïse qui a fait que c’est possible. Donc il y a un secret de l’identité de Moïse qui est inexplicable pour les Goyim. Objectivement, cette histoire apparait comme si Dieu était complaisant envers Israël. Pour le monde entier, cela ne peut fonctionner mais pour Israël il lui donne un truc ?

Alors Israël répond : c’est Dieu qui l’a décidé, on n’y peut rien ! C’est ce que nous dit Rashi sur cette notion de l’élection d’Israël. Le piège c’est de croire que c’est une élection de privilèges, une élection de droits, alors que c’est une élection de devoirs, d’abord.

 

[L’année dernière eut lieu un grand colloque sur les Droits de l’homme à laquelle je devais participer avant d’être retenu. L’expression droits de l’homme n’existe pas dans toutes les sources de la tradition. Il y a celle des devoirs de l’homme.]

 

Suivant l’enseignement de Judah Halévi, il faut ajouter qu’Israël est l’Israël de l’humanité entiére.

Comme par exempe l’expression qui arrive avec la sortie d’Egypte : Ben Bekhori Israël   - mon fils 1erné Israël. C’est là dit le Midrash qu’on apprend que c’est bien Jacob qui est l’aîné et non pas Esaü. C’est confirmé là et cela veut dire que les autres aussi sont des fils. Mais tous l’oublient. Le statut de 1erné ne disqualifie pas les autres dans leur qualité de fils !

 

***

 

Q : Quel est le lien entre Parah Adoumah et le mythe chrétien ?

R : Dans le christianisme, comment cela se traduit-il dans leur théologie : c’est le fait que l’homme ne peut pas pratiquer la Torah, à moins qu’un homme exceptionnel prenne sur lui de la pratiquer et par-là expie les fautes de tout le monde. Mais ici c’est très différent : la Para Adoumah nous rend disponible pour pratiquer la Torah et chacun avec sa responsabilité.

 

***

 

Q : -inaudible-

R : J’explique rapidement: le principe de toute impureté quelqu’elle soit c’est le cadavre, c’est la mort. Nous expliquerons cela dans les Parashiot de Vayikra. Je vous dis simplement ce principe : Seul celui qui est capable de sainteté risque l’impureté. Plus on est capable de sainteté et plus on risque l’impureté grave. Vous verrez cet espèce d’étonnement, de paradoxe, dès qu’on arrive dans le livre de Vayiqra, livre qu’on appelle le Lévitique c’est-à-dire le livre qui concerne les Kohanim et les Léviim, ceux qui sont voués à la sainteté, alors les précisions méticuleuses concernant les risques d’impureté s’accumulent. .

 

Dans la culture générale à l’extérieur, c’est le principe complétement inverse : En français : « pour les purs tout est pur » mais il faut dire en réalité : « pour les purs tout risque d’être impur ». C’est-à-dire que celui qui est voué à la sainteté dans les principes de la culture générale ne connait pas l’impureté. Il n’y a plus de différence entre pur et impur. Cf. Paul.

 

Ici, la question est la suivante : du point de vue de la connaissance, on parle des 50 portes d’intelligence : Noun Shaarei Binah. Et corollairement à cela, il y a Noun Shaarei Touma, Noun Shaarei Kdoushah, les 50 portes de la pureté, les 50 portes de l’impureté.  On passe d’une porte de la connaissance à une porte supérieure de la connaissance en sortant d’une porte de l’impureté pour entrer dans une porte de la pureté. Mais s’il n’y a pas celui qui nous fait passer d’une porte de la connaissance de l’impureté à celle de la connaissance de la pureté, on ne peut pas sortir et on ne peut pas accéder à la connaissance. Cela revient un peu à ta question. 

 

Qriat Shéma 

 

Je vous dis l’exemple choisi dans le Talmud en parallèle à ce principe de Para Adoumah que l’on vient d’étudier. Effectivement, il existe une Mitsvah de la Torah grâce à laquelle on devient soumis à toutes les Mitsvot. Ce n’est pas la Brit Milah qui est une Mitsvah très important du signe de l’alliance puisqu’un juif même incirconcis reste un juif. Par exemple, le cas des hémophiles pour lesquels la loi prévoit de ne pas faire la circoncision. Il ne peut pas être président du consistoire mais il peut être rabbin. (Il ne peut pas être Parnass. Il y a des Mitsvot sociales qu’il ne peut pas réaliser).

La Mitsvah à travers laquelle on est soumis à toutes les Mitsvot c’est le Qriat Shéma : qui s’appelle Kabalat Ol Malkhout Shamayim Véol Mitsvot.

Quel est la signification du comportement de la Mitsvah de la lecture du Shéma ?

C’est un rite par lequel je prends sur moi la souveraineté de Dieu et de Ses commandements.

Kabalat Ol Malkhout Shamayim Véol Mitsvot.

 

Cette définition du Qriat Shéma nous est donnée dans la 1èreMishnah du 2èmechapitre de la Massekhet Brakhot dans un enseignement de Rabbi Yehoshua ben Kokha

 

La 1èreétude du Talmud concerne précisément une étude sur le Qriat Shéma. Vous allez retenir un des éléments de notre étude à propos du Kohen. Le Kohen reste impur jusqu’au soir. Sans entrer trop dans les détails du texte talmudique, je n’ai pas le livre devant moi et je vous en cite l’essentiel.

La 1èrequestion de tout le Talmud concerne la Mitsvah du Qriat Shéma le soir, parce que c’est la 1èreMitsvah qu’un Bar Mitsvah va faire. On est Bar Mitsvah le jour de la Bar Mitsvah, cela commence le soir et la première Mitsvah c’est le Qriat Shéma. Et par définition, le Qriat Shéma est la Mitsvah par laquelle on est soumis à toutes les Mitsvot.

 

Je formulerais le thème de cette étude ainsi : est-ce qu’on peut être obligé de la Mitsvah qui nous oblige les Mitsvot ?  Il y a comme un cercle vicieux. Peut-on considérer la Mitsvah du Qriat Shéma comme un des Mitvot parmi les autres ? La Guémara cherche la source de cette Mitsvah en tant que Mitsvah. Nous n’avons pas le temps d’étudier cela en détail je vous signale la définition du problème.

 

Voilà comment se formule la question de la Mishnah :

A partir de quand lit-on le Shéma le(s) soir(s) ?

 

Toutes les Mitsvot de la Torah vont commencer par cette Mitsvah qui consiste à dire le Qriat Shéma du soir, le soir de la Bar Mitsvah. Et chaque jour, cela recommence par le Qriat Shéma du soir. Et dans le 1erchapitre de Massekhet Brakhot, cette Mitsvah du Qriat Shéma est définie comme étant Kabalat ol malkhout shamayim véol Mitsvot.

 

Je reprends l’analyse de la difficulté : C’est par le fait que j’ai dit le Qriat Shéma que je suis soumis à l’obligation des Mitsvot. Mais qu’est-ce qui me soumet à l’obligation de cette Mitvsah qui, elle, me soumet à l’obligation des Mitsvot ? Je dois considérer donc toutes les Mitsvot comme étant obligation, mais la motivation de la Mitsvah du Qriat Shéma ne peut pas être obligation ! Qu’est-ce qui me mène à accepter le Qriat Shéma ? En acceptant le Qriat Shéma j’ai accepté l’obligation de toute la Torah. Mais ce qui me mène à accepter le Qriat Shéma cela ne peut pas être une obligation. Il y aurait un cercle vicieux !

 

Alors tout de suite la Guémara va s’occuper d’autre chose, elle va retenir le mot « le soir ».

Le sens de la question de la Mishnah c’est ceci:

A partir de quand c’est le soir pour dire le Qriat Shéma du soir ?

Parce que suivant les Mitsvot on peut commencer le soir à des moments différents. Par exemple pour Shabat on commence au coucher du soleil. Pour cette Mitsvah en particulier du Qriat Shéma on va finalement apprendre que la Mitsvah ne prend force de loi que à partir de la sortie des étoiles. Entre le temps du coucher du soleil et la sortie des étoiles, c’est le temps du crépuscule, le temps de passage entre le jour et la nuit, et donc cela pose problème: quand y-a-t’il passage ? Au commencement du passage ou à la fin du passage ?

 

Pour la sainteté du Shabat le passage a lieu au commencement du passage. Dès que le soleil se couche c’est Shabat. Donc le crépuscule du soir fait partie de la nuit. C’est-à-dire du jour suivant. Tandis que pour la Mitsvah du Qriat Shéma, le passage n’a lieu que lorsque le passage est fini. Alors donc le crépuscule fait partie du jour précédent. Vous avez compris pourquoi la Mishnah veut savoir quand c’est le soir pour le Qriat Shéma.

 .../...

Il y a différence entre les Séfardim et les Ashkénazim.

Je n’ai pas le temps d’expliquer cela. C’est pourquoi vous voyez au Kotel les Minianim des Séfardim finissant plus tôt alors que les Minianim des Askénazim attendent la sortie des étoiles pour commencer le Qriat Shéma.

 

Voilà la réponse donnée par la Mishnah :

A partir de quand on dit le Qriat Shéma du soir, c’est-à-dire à partir de quand c’est le soir pour dire le Qriat Shéma ?

C’est à partir du moment où le Kohen qui s’était rendu impur devient de nouveau disponible, pur dans sa pureté, bon pour le service de la Qédoushah.

 

On voit comment la Guémara va établir un lien direct entre ces 2 données. Formellement, c’est le même problème : la Mitsvah qui rend possible toutes les Mitsvot c’est le fait qu’un Kohen qui était pur, s’est rendu impur et donc reste impur jusqu’au soir, ce n’est que là que lui peut devenir de nouveau bon pour le service. Et de même manière, l’engagement du juif qui accepte la Torah commence par la Mitsvah du Qriat Shéma. Cela veut dire que celui qui lit le Qriat Shéma est dans la situation du Kohen et son culte commence par le fait qu’il est possible de manger la Teroumah. La Teroumah c’est le prélévement des récoltes qui est envoyé au Temple et qui est considéré comme nourriture consacrée et nourriture sainte que seul le Kohen a le droit de manger. C’est la partie des récoltes qui a été prélevée avant la commercialisation de la récolte. C’est donc un aliment pour lequel il n’y a eu aucune faute. C’est pourquoi c’est un nourriture consacrée et que seul le prêtre, qui est l’homme sans faute, l’homme de sainteté, a le droit de manger pour déculpabiliser l’ensemble du peuple. 

 

A partir de quand vais-je dire le Qriat Shéma du soir ?

Réponse : A partir du moment où le Kohen qui était indisponible pour son service redevient disponible pour son service.

 

La Guémara va poser une question apparemment naïve, je paraphrase :

Si la Mishna nous avait dit l’heure à laquelle il faut dire le Qriat Shéma, elle aurait précisé de suite « à la sortie des étoiles ! », et en ajoutant à la rigueur « comme dans le cas du Kohen » pour qu’on comprenne le lien. Mais elle nous a donné la réponse : « à l’heure où le Kohen rentre pour manger la Teroumah… » !

 

La Guémarah dévoile quelque chose de tout à fait autre. On se réfère à notre verset de Parshat ‘Houkat :

 

19 :7

וְכִבֶּס בְּגָדָיו הַכֹּהֵן, וְרָחַץ בְּשָׂרוֹ בַּמַּיִם, וְאַחַר, יָבֹא אֶל-הַמַּחֲנֶה; וְטָמֵא הַכֹּהֵן, עַד-הָעָרֶב

et le prêtre lavera ses vêtements et il lavera sa chair dans les eaux( il prendra le bain de purification) et aprés seulement le Kohen rentrera dans le camp et le Kohen sera impur jusqu’au soir.   

 

Regardez bien l’ordre :

A partir du moment où arrive le soir, le Kohen qui s’est rendu impur, (le Kohen dans notre cas du  Qriat Shéma c’est n’importe quel Kohen et n’importe quel camp, n’importe quelle impureté pour n’importe quelle raison...) est indisponible pour son service de Qedoushah jusqu’au soir. Après avoir pris la Tévilah c’est-à-dire le bain de purification. Ici, c’est le point de départ de tout ce problème. Le Kohen qui a rendu possible à tout Israël le commencement des Mitsvot.

 

C’est pourquoi il est très important que le Talmud ait choisi comme modèle de celui qui pratique la Mitsvah, le Kohen. Le modèle reste le Kohen.

 

On retrouve un thème très important de la Torah :

A la sortie d’Egypte Israël était destiné à être « un peuple de Kohanim ». Après ce qui est arrivé, il n’y a que les Kohanim qui sont restés Kohanim jusqu’au temps messianiques, mais entretemps le modèle reste le modèle. Le Juif doit pratiquer la Torah à la manière d’un Kohen dans sa Avodah.

 

Il y a d’autres conceptions du judaïsme possibles. La Guémara cite 7 opinions autres qui se groupent finalement en 3 catégories de nourriture.

 

  Le Kohen qui mange la nourriture consacrée,

  La pauvre qui mange le pain de la charité,

  Le Baal Habayit qui mange le pain de son travail.

 

On s’aperçoit que ce sont 3 heures différentes du soir : à la fin de la journée de travail celui qui rentre le vendredi soir chez lui et dit la Brakhah pour manger le pain du Shabat, ou bien le soir quand le pauvre rentre pour manger le pain de charité, finalement entre toutes ces grandes opinions en trois grandes catégories, la Guémara choisit comme modèle le Kohen.

Cela veut dire qu’à l’échelle individuelle on pourrait concevoir un judaïsme de la pauvreté, par voeu d’ascèse, on pourrait considérer un judaïsme d’exil sur le modèle du judaïsme consistorial : pendant toute la semaine comme les autres et juif le Shabat ; et entre ces 3 éventualités la Mishnah choisi : Halakhah pour tout Israël le modèle c’est le Kohen !

 

Finalement, ce que nous dévoile la Guémara : si la Mishnah a répondu que c’est à l’heure où le Kohen qui s’était rendu impur, rentre de nouveau dans le camp de la pureté pour manger sa Troumah, c’est pour nous indiquer un principe très important : que le sacrifice d’expiation du fait qu’il a été impur, n’empêche pas qu’il est de nouveau tout de suite disponible pour le service dès que le temps est arrivé. Son sacrifice d’expiation ne peut être offert la nuit. Donc il doit attendre le lendemain matin. Alors il est tout de suite disponible le soir et le sacrifice d’expiation attend après. Ce principe s’appelle « Kaparah laméakévah ».

C’est-à-dire que la Kaparah de l’exiation de ce qui s’est passé comme cause de l’impureté n’est pas un obstacle au fait d’être redevenu pur.

 

Il y a 3 processus :

 

  le processus du passage de l’impureté à la pureté,

  le processus de l’expiation de l’impureté antérieure,

  et le processus de passer au moment du temps où l’on a changé de temps.

 

« Il est impur jusqu’au soir ».

A la fin de journée, il prend le bain de pureté, mais il faut attendre le début du soir (c’est-à-dire la sortie des étoiles dans notre cas) pour pouvoir de nouveau être disponible pour son service.

 

Il y a une 3èmeclause : il faut qu’il expie son impureté. Parce que nous nous sommes dans le cas d’Israël : ce n’est pas une faute de s’être rendu impurs, mais il y a une obligation de se purifier. Tandis que pour le Kohen il n’y a pas seulement obligation de se purifier, c’est une faute pour lui de se rendre impur ; il y a donc expiation de l’impureté.

 

Par conséquent, avec ce principe-là, peut-être a t’il fait tout ce qu’il fallait faire et qu’il s’est purifié, le temps est arrivé, mais il faut quand même qu’il attende le lendemain matin pour commencer à être bon pour le service, après son sacrifice d’expiation de l’impureté.

Mais la Guémarah nous dit que non : si la Mishnah s’est exprimée ainsi, c’est pour nous faire comprendre que pour le Qriat Shema aussi, l’expiation n’est pas nécessaire, c’est-à-dire qu’elle peut être retardée jusqu’au lendemain matin.

 

Cela veut dire qu’après avoir fonctionné toute la journée, il est impossible de fonctionner sans qu’il y ait d’impureté. Prenez cela à tous les niveaux de valeurs. Quelle est alors cette ‘Houtspah de se dire : Bon et bien la journée est terminée et avec mon stock d’impuretés je me mets devant le Créateur je dis de nouveau Shéma Israël et je reprends le service avec mes impuretés ?  La Guémara nous dit alors que si le temps est arrivé, il est de nouveau bon pour le service. Si des choses doivent être arrangées, demain il fera jour ! L’expiation attend le lendemain…

C’est une perspective extrêmement importante. Je vous complète cela.

 

Prolongement :

Il y a une discussion quelque pages plus loin pour savoir quel est l’ordre entre Téfilah et Qriat Shéma le soir et matin. Tout le monde est d’accord que le matin l’ordre c’est Qriat Shéma et Téfila. Alors que le soir, il y a discussion entre Rabi Yo’hanan et Rabi Yéhoshouah ben Lévi. Rabi Yo’hanan nous enseigne le soir l’ordre est le même que le matin : d’abord Qriat Shéma et ensuite la Téfilah. Pour Rabi Yéhoshouah ben Lévi le soir on dit d’abord la Téfilah et après le Qriat Shéma.

 

Voilà comment cette discussion est introduite dans la Guémara. 

On a cité une Braïtah, un enseignement précédent, indiquant voilà l’ordre du comportement de l’homme à la fin d’une journée » 

L’homme revient du travail le soir, qu’il ne dise pas «je vais manger un peu, boire un peu, avant le Qriat Shema », de peur que le sommeil ne le prenne... et qu’il passe la nuit sans le Qriat Shéma.

 

Voilà quel doit être l’ordre du comportement de l’homme à la fin d’une journée : 

« L’homme revient du travail du champs le soir». Si le temps du Qriat Shema n’est pas encore là parce qu’il a fini de travailler au début du crépuscule. Mais ce n’est que lorsque le crépuscule est fini qu’on peut dire Qriat Shéma. Il a donc fini de travailler quand le crépuscule commence.

Ce n’est que lorsque le crépuscule finit qu’il dira le Qriat Shema.

 

Alors la Braïtah nous dit : s’il avait l’habitude d’étudier le Miqra, il lira le Miqra, s’il a l’habitude d’étudier la Mishnah, il étudie la Mishnah, quand le temps arrive il dit le Qriat Shema et il prie...

 

Alors la Guémara va dire : nous avons donc là une source qui est suivant l’opinion de Rabi Yo’hanan. Rabi Yo’hanan avait dit de la manière suivante : qui mérite le monde à venir ? Celui qui relie le Qriat Shéma du soir à la Téfilah du soir. Parce que la dernière proposition du Qriat Shéma du soir c’est le rappel de la sortie d’Egypte : Et on prie devant Celui qui nous sauvé d’Eypte.

 

Au matin cela ne pose pas de problème, la sortie d’Egypte est achevée, on est sorti de la nuit. Le soir on va rentrer dans l’événement et peut-être qu’on ne le méritera pas, alors on n’en est pas assuré. Est-ce que le soir on peut assurer la prière à la reférence de la Guéoulah ?

La Guéoulah est évidente au matin, et elle est aléatoire le soir.

 

Cette discussion est très importante pour toute les implications historiques et politiques que j’essaierais de vous montrer très rapidement

 

Alors, finalement la Guémara va dire : qu’est-ce qui les sépare ?

L’opinion de Rabi Yo’hanan c’est que le rite est ainsi : le matin Qriat Shema - Téfilah de Min’ha -Qriat Shema -Tefilah de Arvit .

Rabi Yéhoshouah Ben Lévi c’est Qriat Shema -Téfilah de Shaarit -Tefilah de Min’ha -Tefilah de Arvit et Qriat Shema du soir.

 

Et cela n’a rien à voir avec le Qriat Shema que l’on dit avant de se coucher qui est encore autre. Il s’agit du Qriat Shéma de Arvit.

La Guémara dit : on peut expliquer cela soit par le raisonnement, soit par le recours au verset.

 

Le recours au verset est le même pour les deux.

Rabi Yo’hanan le cite et dit : puisque le texte « et tu en parleras à ton lever et à ton coucher... »

Il souligne l’analogie : De la même manière le matin c’est d’abord le Qriat Shema du matin et la Téfilah un matin, le soir c’est d’abord le Qriat Shema du soir et après la Tefilah du soir !

C’est le « raisonnement scripturaire » (basé sur les versets).

 

D’autre part, on peut expliquer cela par le raisonnement.

Voilà comment a raisonné Rabi Yehoshouah ben Lévi:

Puisque la Guéoulah vraiment n’a eu lieu qu’au matin, la Guéoulah du soir n'est pas Guéoulah vraiment, et par conséquent on ne peut se baser sur elle.

Alors que Rabi Yo’hanan pense que : puisque la Guéoulah du soir est déjà Guéoulah, bien que la Guéoulah vraiment ne soit que le lendemain matin, elle est déjà Geoulah et on peut se baser sur elle. La discussion s’arrête-là, on ne peut pas trancher.

 

Dans ce problème, ni le recours au texte ni le recours à l’idéologie ne peut trancher. il faut un engagement.

 

C’est pourquoi Rabi Yo’hanan dit : qui mérite le monde à venir ? Celui qui dit d’abord Qriat Shema et ensuite la Tefilah de telle sorte de sortir de la Guéoulah pour entrer dans la Tefilah, le soir déjà. Or, la Halakhah est comme Rabi Yo’hanan : la tradition a choisi son opinion.

 

Au moment de la sortie d’Egypte : Moïse annonce la délivrance à minuit et demande la préparation du sacrifice de Pessa’h pour le soir. Ceux qui sont réticents et ne feront pas le sacrifice de Pessa’h ne sortiront pas avec eux. Ceux qui attendent des signes ne sont pas sortis, ceux qui ont agi dès le commencement sont sortis.

 

Cette Ma’hloqet existe aujourd’hui de notre temps, c’est la Ma’hloqet idéologique entre le Mizrari et l’Agoudat Israël. La position de Agoudat Israël c’est celle de Rabi Yehoshouah ben Lévi: la Guéoulah oui, mais quand elle sera là ! Cela veut dire : On verra demain matin s’il fera jour vraiment, pour le moment nous sommes encore à la veille de la veille de la veille ... Par conséquent, on ne dira pas la Brakhah et le Hallel à Yom Haatsmaout... !

Tandis que Mizrari suit la position de Rabi Yo’hanan. On dit la Brakhah et le Hallel à Yom Hatsmaaout. Et la Halakhah est en faveur de ceux qui disent que dès que cela commence, cela commence... Question à demander aux rabbins de la Agoudah : n’ont pas lu cette Halakhah-là ?

 

<fin>

 

 

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Published by Manitou - dans PARASHAT HASHAVOUA
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commentaires

Cohen Sabban Abraham 17/06/2010 23:33


Il y a différence entre les Séfardim et les Ashkénazim.

Je n’ai pas le temps d’expliquer cela.
C’est pourquoi vous voyez au Kotel les Minianim des Séfardim finissant plus tôt alors que les Minianim des Askénazim attendent la sortie des étoiles pour commencer le Qriat Shéma.

-Êtes-vous sur d'avoir bien retranscrit ce passage ?
C'est l'inverse ! l'usage est connu...
Voyez Choulhan Aroukh Orah Hayim 234 §1
note du RAMA pour Ashkenazim =jusqu'à plag Minhah
Maran pour les Séfarades = nuit cad ,trois étoiles


blogueur 29/08/2010 11:30



merci pour votre remarque



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